ROMANTISME ET MOYEN ACE
Quand fut apaisée cette vague de fureur, on tenta de reconcilier le monde moderne Y I' avec les restes du passe, il y eut une
restauration artistique comme une restauration religieuse et monarchique. Statues mutilées, tombeaux, sépultures violées, chasses vidées n'étaient plus que d'inofîensifs objets d'art : documents pour les historiens, trésors pour les amateurs ; des musées recueillirent ces épaves d'églises ; la dévotion archéologique remplaça la dévotion religieuse. 11 n'est pas étonnant que le sentiment esthétique ressemble tant a une sorte de piete laïque, puisque les œuvres dart ne sont bien souvent que les accessoires désaffectés d un culte.
Deux hommes ont puissamment contribué a cette réconciliation, au nom de la beauté, entre la France moderne et celle du Moyen Age : Chateaubriand, qui révéla aux romantiques la puissance sentimentale des monuments gothiques, et Lenoir, qui, pendant la tourmente révolutionnaire, recueillit dans son Musée des monuments français " les vieilles pierres, tombeaux et statues, arrachés à leur asile et jetés à la voirie. Le Génie du Christianisme et les reliques accumulées dans le musée de; Petits-Augustins ont enfièvre l'imagination française. Le Moyen Age se révéla, mystérieux, émouvant, coloré, comme dans le demi-]our mystérieux des cathédrales ; les plus purs classiques, Ingres lui-même, ont comme les autres rêve du Moyen Age ; les premiers qui ['étudièrent y apportèrent une telle émotion qu'un reflet de leur poésie vient encore parfois éclairer l'obscure activité des erudits. Chateaubriand et Lenoir ont donné le branle à ce travail nombreux et disperse qui va occuper ce XIX*^ siècle, grand éplucheur d'archives, catalogueur de monuments, restaurateur de ruines et conservateur de musées.
L'architecture a été transformée par cette curiosité du Moyen Age. D'abord les ruines gothiques avaient fait oublier les ruines romaines d'Hubert Robert ; les peintres préférèrent les vieilles maisons de Rouen aux restes du Forum. Les poètes décrivaient avec de sombres couleurs les burgs des légendes allemandes, et la lithographie popularisait des images de tours moussues ou
TiG. 780. — Pradier. — Sapho.
(.Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
de pignons dentelés. Ils ne tarissaient pas de sarcasmes contre les coupoles, les colonnes et la régulante géométrique des monuments classiques. Et, depuis lors, on n'a point cessé de dénigrer cette architecture. 11 ne suffisait pas de la critiquer ; il eût fallu la remplacer ; mais l'architecture ne se transforme pas aussi facilement que la peinture ou la poésie. Cette faveur littéraire des formes gothiques devait naturellement passer dans le style décoratif. L'art romantique a aimé le style broussailleux du gothique allemand : Chateaubriand avait enseigné que la voûte des cathédrales imite les branchages des anciennes forêts. De menus objets, des frontispices d'ouvrage étaient ornés de nervures enchevêtrées. On construisit même quelques tombeaux gothiques. Les jardins anglais, toujours a la mode, se faisaient de plus en plus mélancoliques, abritaient quelquefois des fragments d'abbaye ou quelque gisant " anonyme, raide dans son armure, les mains jointes, pour le moins un preux de Charlemagne ou un Franc mérovingien. Puis des archéologues, historiens ou architectes, Merimee, Lassus,
Viollet-le-Duc, se mirent à étudier les monuments gothiques de France. Beaucoup déjà tombaient en ruines. Alors commença une vaste entreprise de restauration, travail sans fin auquel s'est consacrée une grande part de l'activité de nos architectes. La France du XIX' siècle, qui a créé tant de musées, devait aussi conserver les monuments historiques et artistiques. Ce furent d'abord
FiG. 761. • — JkHAN m SKK..SELR. —
Roland mriki'x.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
FiG. 782. — Pradif.r. —
A Ni.MES.
(Cliché Févrot.)
Fontaine,