PUVIS DE CHAVANNES
l'architecture, est aussi toujours d'une admirable convenance morale. Sans doute, les premières œuvres, la Paix, la Guerre, n'étaient pas destinées à la ville d'Amiens, ou les circonstances les ont placées, mais les peintures qui sont venues compléter la décoration du Musée de Picardie décrivent les paysages picards et la vie de cette province. Au Musée de Rouen, voici la nature inspirant les arts ; à celui de Lyon, la sérénité du rêve païen sous la radieuse lumière et l'ardeur mystique du moine-peintre dans son monastère toscan. Au Musée de Marseille, deux compositions traduisent le rôle de cette colonie grecque " qui est restée la ' porte de l'Orient ". Puvis de Chavannes a créé, pour ainsi dire, un genre, la décoration des péristyles de musées, de ces monuments si caractéristiques de notre X'X siècle et ou I on devrait entrer en contact avec lame historique et géographique de nos provinces. Le grand décorateur dégage ces physionomies régionales et, dès l'entrée, nous offre un magnifique objet de méditation. Ces images, qui ne sont ni de la pure allégorie, ni de l'histoire, doivent leur charme vivant au paysage. C'est par la vérité de la lumière et et le dessin du sol que Puvis donne à ces visions la vraisemblance, sans leur donner l'exactitude; les saisonc, les régions, l'Eté, l'Hiver, Rouen ou Marseille, sont caractérises dans leur physionomie poétique ; il a mis dans une nature viable de pures fictions ; il a modernise et ravive l'âme mythologique du paysage d'histoire.
A la Sorbonne, dans le bois sacré où conversent les Lettres et les Sciences, se respire une telle poésie
FiG. 8Ô9. — Cabanel. — Phèdre.
(Musée de Montpellier.) (Cliché Hachette.)
FiG. «70. — Baudrv. — LENI.èvIÎ.MEN 1 DK Psyché.
(CluIlCiiit de Chantilly. I (Cliché Ihnhctic )
FR.iNCF. -
que ces allégories en dépouillent leur froideur scolastique et participent a la vie divine et a la sérénité élyséenne (fig. 790). D'autres paysages dégagent la poésie des siècles lointains. A Lyon, le radieux paganisme des Grecs et I a me franciscaine de I Ombrie. Au Panthéon, Puvis a illumine de la clarté d'une aube blanche l'enfance de Sainte Geneviève et montré sa vieillesse dans la lumière du crépuscule ou de la nuit ; le ton a tant de douceur naive qu'il ressuscite l'àme idyllique de la légende. Cette œuvre toute moderne apparaît aussi ancienne, aussi pénétrée d'humanité que ces reliques qui ont, durant des générations, accueilli les prières des pèlerins ; elle perpétue la présence de la Sainte. Du haut de la montagne sacrée, la patronne de Pans veille encore sur la cite (tig. 884 a 887). Puvis de Chavannes, qui n'était pas un artiste impeccable, a, comme les grands poètes de la peinture, créé un univers à lui ; les hommes et les choses y sont mêlés à une même existence harmonieuse.
Bien souvent, il rappelle Poussin par la puissance de la pensée, la prédominance de la conception, la tranquille assurance du métier et le rythme plastique de la composition.
Chez les plus grands génies de notre art. Poussin, Chardin. Millet, Puvis, presque toujours la main-d'œuvre compte peu ; ils spintualisent la matière, obtiennent l'adhésion de la pensée et éveillent la faculté de rêve, sans étonner les yeux.
Pendant que Puvis poursuivait son rêve, la peinture de Courbet développait ses conséquences. Nous
Fi<;. 871. — Gaillard.
DOM PrOSPER GuÉRANCiKK (PORTRAIT fiRAVÊ).
(•■Galette des heaux-Arts".)