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LE MONUMENT AUX MORTS DE BARTHOLOME

rectifies par l'esprit philosophique, le vide P creusé par le rationalisme dans une sensibilité restée religieuse ? Comment ce monument qui entasse tant de désespoir sous un ciel indiffèrent ne nous detourne-t-il pas d aimer la vie ? C'est que le sculpteur a modelé ces figures gémissantes avec une sorte de douceur amoureuse. Une jeune fille se détourne pour envoyer un baiser d'adieu, et la tristesse de sa destinée est comme illuminée par la grâce incomparable de son geste. C'est lart qui, par son prestige, remplace la coiisolation absente.

La douleur attendrie du christianisme respire dans ces figures d'une beauté païenne, et la simplicité même du sculpteur rappelle le beau métier de nos gothiques. Les hommes d'aujourd'hui mêlent ainsi volontiers a la douleur et a la mort la volupté profonde . de la beauté. Depuis

B Chateaubriand, notre siècle a aimé ces transpositions de nobles sentiments et cache sous les magnificences de lart les défaillances de la foi. Admirable monument, ingénu comme une œuvre de primitif et tout frémissant d'une sensualité moderne ! 11 dépasse notre époque et s adresse a l'humanité ; sa force d'emotion ira croissant, a mesure que

. oSu. — Dai.ou. — Paysan.

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es siècles viendront y communier dans la douleur des générations.

F1G.Q40. — Tii. Rivière

— Phryné.

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(ClUhc Hachette )

Quelle autre conclusion donner a un livre qui suit 1 histoire jusqu au moment présent et auquel chaque année vient ajouter sa page ? Arrêtons-nous devant des œuvres ou se rencontrent une grande idée et un grand talent, et de signification assez haute pour reunir la France d'aujourd'hui a celle d'autrefois. On voit bien alors comment notre art exprime la France de toujours et sa vie profonde, puisque,

dans son admirable continuité, il reconcilie les régimes, efface les révolution? et jusqu aux déplacements de la croyance.

Chacun de nos styles fut bien a limage de nos institutions, et I art français reste un témoin vendique de l'histoire de France. La physionomie changeante et toujours aimable de notre patrie apparaît dans les monuments de nos villes, les vieilles pierres de notre sol et les reliques de nos musées. Parcourons ces antiques cites. 11 y a bien des variétés régionales ; en voici qui seront toujours gothiques pour avoir atteint leur apogée au Moyen Age ; d'autres restent éclairées encore par le sourire de la Renaissance ; ailleurs s impose la majesté des souvenirs romains. Mais pourtant la même histoire se ht dans toutes nos villes. Dans la plupart, le .\l.\ siècle a place des péristyles doriques sur les palais de justice et traduit par un classicisme uniforme notre centralisation administrative. Le XVlll siècle se reconnaît a l'élégance spirituelle dont il a paré la raison française, comme

en ces gracieux eveches abrites dans l'ombre des cathédrales. Le XVII' siècle n'est pas tout entier à Versailles ; voici de sévères hôtels, contemporains de Louis XiV, sur la face desquels on croit retrouver le loyalisme grondeur de vieux parlementaires.

L'allégresse de la Renaissance se manifeste par son architecture imprévue, exubérante, les fantaisies de pierres, les tourelles riantes et les jardins lumineux. Mais le reçard revient toujours vers la cathédrale médiévale, qui s'arc-boute aux maisons tassées a ses pieds pour soulever plus haut sa voûte et de sa flèche indiquer le ciel : témoignage de ce que

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