LA REPUBLIQUE DE DALOU
naît pas moins au style de nos artistes qu'a l'austérité de ces républiques Spartiates. Dalou a fait vivre une figure populaire, d'une beauté énergique, avec le bonnet phrygien et, sous le gros tissu de sa robe, un corps musclé. N'est-ce pas la même qui chantait la ^Carseillaise dans le groupe de Rude et qui, dans le tableau de Delacroix, escaladait la barricade ? Maintenant, elle est calme, triomphante, et sa main fait un geste d'apaisement. Le cortège s avance lentement, poussant le char, masse énorme où le sculpteur a entassé des fauves majestueux, des enfants potelés, des femmes du peuple qui sont des Fécondités, des ouvriers qui sont des Hercule, une force tumultueuse, disciplinée dans une marche irrésistible. D'affreux caïmans tordus par la rage devaient cracher des jets d'eau sur le cortège triomphal ; Gardet les a remplacés par des animaux moins agressifs. Ce mouvement, cet éclat, cette couleur rappellent Rubens et aussi le style opulent dont Le Brun s'était servi pour chanter Louis XIV. Dalou, le sincère démocrate, a repris les allégories monarchiques pour glorifier la République. Ces sentiments modernes sont a 1 aise dans les formes traditionnelles et classiques ; cette descente du faubourg des barricades ne serait pas déplacée dans les allées de Versailles (fig. 941).
Le ' Monument aux Morts " de Bartholome a montre" récemment que la sculpture n'avait pas cesse d'être le langage éloquent
l'iG. q3ô. — RoDiN. — Blste de fe.m.me. ^\/iist'e du Luxembourg ) (Cliché lljchette.)
FiG.y37- — RoDiN. — Le Baiseu
(Miisôe du l.uxcmbDiirfr )
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-| des profondes émotions. La pierre impérissable convient a ce thème éternel de la mort. Le sculpteur a dispose ses figures sur la paroi d'un tombeau égyptien ; de chaque cote, vers la porte de l'hypogée, se traînent des figures qui sont comme autant de formes des lamentations humaines. Les vieillards, aux membres cassés, y viennent en trébuchant ; des corps jeunes se tordent, se révoltent, s étirent avec une sorte de langueur fiévreuse : il en est qui, ai'oles de terreur, se voilent les yeux ; soudain, un étrange courage s'empare de ces moribonds quand ils sont sur la pente, et c est avec une douceur sereine qu ils glissent dans la nuit. Au-dessous, dans la tombe, git le couple humain sur qui veille un génie, les bras étendus. A quoi bon ce génie de l'immortalité ? Ces cadavres, le sculpteur we les a point représentes se levant du tombeau ; ils ne s'éveilleront pas, l'œuvre ne fait point pressentir de résurrection. Les Jugements derniers du Moyen Age montraient une vie nouvelle sortant de la mort ; les gisants du XV' siècle, les squelettes des charniers gothiques rappelaient seulement au mépris de la vie du corps, et personne ne se méprenait sur le sens de ces images. Rien de semblable ici. Au seuil du tombeau, les vivants sculptes par Bartholomé se lamentent, parce qu'ils ne peuvent pas, comme les stoïciens, consentir aux lois de lunivers et qu ils n ont pas la tranquille certitude de la foi. Ce sont de pauvres hommes attaches a lexistencc cl que rien ne console de mourir. 11 n'y a point ici la douce espérance d'un croyant du .Xlir siècle, et l'artiste n'a pas ose une image de la résurrection. Ne scnt-on pas un peu de cette indécision qui pesé sur de respectables cérémonies dont les vieux rites ont ele
Ui. ç'iS. — ROC.KK Bl.lXIIK
— Le Froid.
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(ClUlw ll.nhilti-.)