LES TYPES GOTHIQUES : JESUS, LA VIERGE
^ conservera cette attitude que dans le Jugement dernier, qu il préside aux façades occidentales de nos cathédrales.
Mais, plus tard, il se retrouve droit, isole sur le trumeau central de certains portails, avec une individualité, une signification personnelle qui ne doit plus rien aux figurants qui l'entourent, ni a la scène ou il prend part. Son attitude s'est calmée, sa face s est ennoblie ; d'une main, il tient le livre de vérité et, de la droite, il fait le geste de bénir. A cette figure sans action, les sculpteurs du Xlll siècle ont su donner une incomparable majesté. Le Beau Dieu " d Amiens, largement drapé dans une toge souple, lève un visage si doux qu'il semble en rayonner une lumière tranquille ; la révélation ne saurait être annoncée avec plus d'évidence (fig. 1 40). Au Xlir siècle, une splendeur sereine enveloppe le Christ qui enseigne " ; au déclin du Moyen Age, il sera remplacé par le Christ de souffrance.
Mais la Vierge surtout fut chère aux hommes du Xlll siècle; sa figure domine l'art gothique tout entier. La plupart des grandes cathédrales lui sont consa- I crées, et déjà on lui réserve une chapelle profonde dans le choeur. Pourtant les Evangiles ne lui prêtent qu un rôle efface ; mais l'imagination populaire y supplée ; les légendes ont fleuri autour d'elle et lui ont composé une abondante biographie. Au Xil' siècle, la Vierge n apparaît qu'assise et pour soutenir I l'Enfant-Dieu sur ses genoux ; elle est le trône de Salomon " ; Jésus ne la regarde pas, déjà il prêche ou il bénit. C'est ainsi I qu on la représentait sur les tympans des 1 ____ ~-i
FiG. 148. — Figure
DE BlENIIEfREUX DANS LK Jl'GE.MEST DERNIER DE LA CATHÉDRALE DE BOL'RGKS.
(Cliché Mieiisemciil.)
FRA.XCE
églises romanes, ou qu'on la sculptait en pierre, en ivoire, en métal ou en bois. Dans les cathédrales gothiques, un portail lui est toujours consacré ; elle se tient debout, portant 1 Enfant Jésus sur son bras gauche, la hanche légèrement montante, la jambe droite repliée nonchalamment, de manière a creuser dans la robe de larges plis obliques. La tète reste couverte d'un pan de manteau, suivant la mode traditionnelle qui vient d'Orient ; mais une large couronne royale corrige la tristesse un peu monacale de cette coiffure byzantine, il ne reste rien non plus de l'hébétude impassible des vierges romanes; la tète s'incline vers lenfant, les yeux se ferment a demi, et la bouche sourit. Cette taille souple, cette robe un peu sinueuse, ces mains qui jouent, ce tendre regard que la Vierge échange avec le petit Jésus, toutes ces gentillesses ont formé une figure nouvelle, chère entre toutes à l'art occ.DKNTA, E DE Rf.ims. gothique. C'cst Ic XIII' sieclc français qui
(ClicliÉ Hachette.) . .
a inventé cette reine gracieuse, fine, enjouée, qui sourit a son enfant, dont la ' Vierge dorée " d'Amiens est le type monumental accompli, et qui se multipliera durant des siècles par l'ivoire et le bois (fig. 138-142). Mais les petites vierges taillées dans l'ivoire accentuent cette finesse précieuse ; sur ces visages grassouillets, les traits sont menus ; les joues sont bien rondes, le front bombé, le cou dodu ; mais le nez est futé, les lèvres et les yeux pinces d'un petit rire pointu.
La légende de la Vierge inspira toujours heureusement les sculpteurs du Xlir siècle. A Amiens, à ^'''"=- '^"- ~ 1'"'<»ail ^^^
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FiG. 149. — Vierge DE i.A Visitation ;
PORTE CENTRALE DE LA l'AÇADE