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LES HOTELS URBAINS

couvre le toul ; un pignon donne a la façade cette silhouette aiguë cliere aux gothiques. L'homme du XV siècle peut, a bon compte, orner sa façade en sculptant des marmousets dans les poutres en saillie ; a I intérieur aussi, le bois est sculpté et peint ; la maison tout entière semble être un travail d'ébéniste. Les hôtels étaient aménagés comme la partie intérieure des demeures féodales ; l'hôtel de Jacques Cœur a Bourges (fig. 192), l'hôtel de Sens et celui des abbes de Cluny a Paris (fig. 1 89) sont les demeures non fortifiées de grands seigneurs à la ville. Ainsi que le château, l'hôtel ne montre que sur la cour une (ac^ade riante et hospitalière. Il est le plus souvent sépare de la rue par un corps de bâtiment, parfois un simple mur crénelé, qui fait clôture. Avant de pouvoir contempler cette gracieuse architecture, il faut passer sous une porte basse. Au cours du XIV'= siècle, l'architecture civile adopte de plus en plus la fenêtre carrée et à croisée sur laquelle s'applique parfois un arc en accolade ; la fenêtre en arc brisé est réservée au style religieux. Une tourelle se détache parfois, coiffée d'un clocheton ; elle enferme un escalier a vis, et ses ouvertures disposées obliquement rendent apparente l'ascension des degrés ; ce sera pendant longtemps un des thèmes favoris de l'architecture française que ces petites tours saillantes ; celle que Raymond du Temple avait construite dans le Louvre de Charles V fut célèbre jusqu'à la Renaissance.

Dans le Royaume de France, on a tardé beaucoup a construire des maisons communales ; les villes n'ont pas atteint la puissance municipale des

cites de Flandre, et les ,- m „

, . j , . . l'iG. 191. — Palais de justice de Beauvais.

cathédrales servirent aussi (Ciu-hé iiachette.)

FiG. 102. — Maison

DE Jacques Cœur, a Bourges.

(Cliché Xetirdein.)

bien souvent aux réunions politiques. Notre-Dame-de-Paris n'était pas achevée depuis fort longtemps que ses voûtes résonnaient aux furieuses invectives que, devant les Etats, un agent de Philippe le Bel lançait contre le pape. Pourtant a l'administration urbaine il fallait un hôtel ou s'installer. Ce sont surtout les villes du Nord, riches cités mêlées à la vie flamande, dont les hôteis de ville présentent un caractère vraiment original, avec la décoration minutieuse chère au luxe de ces civilisations marchandes, et l'énorme beffroi communal, plus fier qu'un donjon féodal. Au rez-de-chaussée, comme à Saint-Quentin (fîg. 185) et Arras, une galerie ouverte ; aux étages, des fenêtres, dessinées par de gracieuses courbes, les dernières du style gothique, et parfois, surmontant la façade, comme a Saint-Quentin, une rangée de pignons ; ils faisaient cercle avec les pignons bourgeois autour de la grand place. L'Hôtel de Ville de Compiegne (fig. 1 87), au contraire, dune physionom.ie tout autre, est de ce style d'architecture qui s'est forme au cœur de la France après la guerre de Cent Ans et qui rappelle davantage la puissante architecture féodale. C'est, comme l'hôtel de Cluny ou de Jacques Cœur, un édifice gracieux et sobrement décoré, non pas à la manière de la maison commune de Flandre, ouverte au passant et laissant pénétrer sous ses voûtes la vie grouillante de la place, mais une maison de ville dans une monarchie forte, où les fonctions publiques confèrent une sorte de noblesse, et qui

Fig. io3. — Ciie.minée dans la grande

sAi.i.i: DU I'ai.ais i>i: justice de Poitiers.

(Cliché Hachette.)

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