‹ FranceChapitre 73 sur 244 · LE STYLE GOTHIQUE RAYONNANT · texte numérisé non relu

LE STYLE GOTHIQUE RAYONNANT

porte, fièrement encastrée r dans ses murs, l'effigie équestre du roi. Le Palais de Justice de Rouen montre quelle richesse élégante lorncmentation gothique pouvait déployer sur une façade. De superbes accolades encadrent bien les larges fenêtres. Dans les intervalles, des contreforts, évides pour abriter des statues, montent jusqu'aux lucarnes, sur

FiG. 194. — Cloître du musée

DES AUGUSTl.NS, A TOULOUSE.

(Cliché lladiette.)

lesquelles ils jettent des arcs-boutants, et, sur les combles élevés, la pierre se contourne, frise en une floraison exubérante de pinacles et de gables ajoures (fig. 190).

A la fin du Moyen Age étaient définitivement constitués les types d'architecture civile, le château, l'hôtel communal ou particulier, tels qu'ils subsisteront après la Renaissance. La rénovation de l'architecture ne portera guère que sur la décoration ; les contreforts évidés vont être remplacés par des pilastres et les gables par des frontons ; les nervures de pierre qui courent capricieusement sur les façades gothiques comme les ceps d'une vieille treille vont se discipliner, s'effacer en bas-reliefs délicats ; mais l'édifice ne sera pas transformé dans la logique de son organisme.

Les hommes du XIV siècle n'ont plus guère construit de cathédrales ; le grand effort d'invention technique est a son terme,

et l'élan mystique est arrêté ; le style gothique continue pourtant à vivre sans se répéter. Les formes générales de I édifice se font d'une élégance plus précieuse, et l'ornementation ne cesse de s'enrichir.

Le style gothique du

^ , ^ . f- r, XIV'^^ Siècle est plus mé-

FiG. 195.— Cloître de la Chaise Dieu. 1 j- 111

fCliché Nettrdeiit.) thodique, plus Calculc

FiG.

— Niii- Di; Saim-Ulln,

A RofEN.

(Clichù Uachctte.)

qu'au temps de Philippe Auguste.

Des portails occidentaux de Notre- Dame-de- Paris aux portes nord et sud de Jean-de-Chelles, on voit l'architecte rechercher davantage la netteté du dessin : c'est avec sûreté qu'il développe le thème décoratif d'une porte et d'une rose ; les fa(;;ades prennent une élégance précise, régulière, non sans froideur. A Rouen, 1 admirable nef de Saint-Ouen (fig. 196), construite d'un seul jet, sur un plan bien suivi, est d'un style impeccable et un peu nu. Les masses de l'architecture, murs et piliers, les fenêtres élargies à trois meneaux el à roses rayonnantes ont la pureté d'un beau dessin d'architecte. On appelle style rayonnant ce style correct et châtié qui parut quand les architectes substituèrent les recherches décoratives aux problèmes de mécanique. Les modifications portèrent sur toutes les parties de l'édifice. Ce qui restait d'inerte dans

la maçonnerie fut élimine ; les fenêtres s'élargirent, les piliers s'affinèrent en un faisceau de colonnettes ; les profils des nervures se firent plus aigus ; les chapiteaux des piliers s'effacèrent ; le tnfonum fut diminue ou disparut pour donner plus d'élan aux lignes verticales. Le style rayonnant pousse a son degré extrême l'élégance compatible avec la solidité de l'édifice. Pour parer cette ossature un peu grêle et recouvrir cette nudité, les architectes ajoutèrent quantité d'agréments décoratifs : dans les fenêtres .. elaigies, les meneaux multiplies

D Ai.i:n(,:oiN. ^ , i i

(Cliché iiaciieiie.) portent des roses ; sur les portails,

FiG. I

. — Cathédrale DE Sens.

(Cliché Neurdeiii.)

Page 1