LE STYLE GOTHIQUE RAYONNANT
les gables pointus, ajourés, se dressent comme une dentelle rigide ; les contreforts s'achèvent en pinacles ; des aiguilles de pierre ou de métal hérissent tous les sommets ; les tours s'elevcnt, les flèches pointent, flanquées de clochetons ; la pierre se creuse, s'effile, emportée vers le zénith par un élan commun a 1 édifice entier.
L architecture gothique va ainsi s'enrichissant. alors même que la force créatrice est épuisée ; la cathédrale est un organisme qui peut accueillir indéfiniment des membres et des ornements nouveaux ; le portail peut toujours être surmonté d'un gable ; une façade peut toujours être flanquée de tours ; chaque tour peut toujours porter une flèche. Le plan même de ledifice se prête aux adjonctions. A Rouen, le corps de la cathédrale disparait parmi les membres qui lui ont été rattachés, entre les deux tours qui élargissent sa façade, le
portail des libraires et celui de la Calende qui mettent des décorations monumentales aux extrémités du transept, la chapelle de la Vierge qui approfondit l'abside et enfin l'énorme flèche qui surmonte la lanterne.
Les cathédrales que n'avait point terminées le Xlir siècle n'ont point été abandonnées pourtant. Mais le maître de l'œuvre, lorsqu'il reprend l'édifice, ne songe nullement a retrouver les intentions de l'architecte primitif. Il ne s'associe pas au plan initial ; il s'intéresse seulement a la partie ou il travaille, façade, tour, flèche, portail ou chapelle. Aussi la construction FiG. iQQ. — Porche ^ v ■ ^\
T>v. Sai.nt-Maclou, a ROUE.N. ^^s ^§"s^s ne se poursuit-eUe pas a (Cliché Hachette.) travers les siècles à la manière d'un
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tliéorème repris au point où il a rompu. Chaque époque apporte
ete inter-
son style particulier ; certaines cathédrales racontent 1 histoire entière de notre architecture. La façade de Tours permet de suivre dans leur rapide succession les styles de France. A mesure qu'elle s'eleve, sa décoration gothique tourne a l'ornementation Renaissance ; deux tours, parties pour finir en fieches, se terminent en lanternes rondes, a l'italienne. La façade d Angers commence cette évolution depuis le style roman. La cathédrale de Rodez (fig. 207-208) continue, au delà de la Renaissance même, les avatars de l'architecture française. Ledifice s'élève, sévère et massif, mais, a mesure qu il monte, se couvre de fioritures ; au deuxième étage de la tour, la muraille pleine commence à se découper, à se détailler, et rapidement les nervures se ramifient avec une richesse exubérante que soutiennev.t les formes solides d une géométrie rigoureuse. La façade proprement dite superpose des styles jusqu'en plein XVll' siècle. Des architectes classiques ont placé au sommet
une façade ' jésuite " : deux ordres antiques surmontés par un
fronton ; pour terminer la cathédrale, on a juché à son sommet une
réduction du Val-de-Gràce ou de
la Sorbonne.
La décoration intérieuredescathé-
drales n'est pas moins accueillante ;
elle ne cessera de se compléter jusqu'à nos jours. Les Xiv , XV' et
XVI' siècles ont enrichi les nefs de
jubés curieusement ciselés et détruits
au XVI II" siècle ; ils ont garni le
choeur avec des stalles en bois d'une
richesse inouïe ; ils 1 ont entoure d'une
galerie sculptée. Le XVll siècle,
au pied des piliers, construira des
autels de marbre, avec frontons et
colonnes encadrant un grand tableau
Fig. 200. — Cage
d'escalier A Saint-Maclou
DF. Rol'EN.
(Clulié Hachette.)
i-iG. 20I. — Portail si'i)
DE Saint-Ré.mv. a Rei.ms.
(Clichi Coiirleiix.)