LES VIERGES SCULPTÉES
geois et seigneurs a la cour des ducs de Berry ou de Bourgogne, (es petites Vierges, scul[)tees parfois bien lourdement, sont comme perdues en des tissus surabondants, ou il est malaise de discerner leur attitude. Les sculpteurs du Xlir siècle, pour assou[)lir la raideur archaïque, avaient inllechi légèrement les figures ; les corps pesaient sur une seule hanche, et cette attitude nonchalante dessinait avec élégance des plis obliques. Mais, s'il suffit dans une figure nue comme celles de Praxitèle ou vêtue de vêtements légers, ce mouvement de la hanche est à peine perceptible quand le corps est embarrassé de lourdes draperies.
Les imagiers populaires ont donc accentué ce geste jusqu'à la caricature. Au milieu du X\' siècle, les Vierges se contournent bizarrement parmi des replis tourmentés. Vers la fin du siècle seulement, le type de la Vierge retrouvera la grâce et la simplicité.
L'œuvre des imagiers gothiques a été reproduite en petit par les ivoiners. Cette sculpture est une réduction de la grande. Même si les figures de pierre avaient disparu, on pourrait, avec les ivoires, raconter le motif de la Vierge depuis le Xlll jusqu'au .\\' siècle. C'est Notre-Dame en effet qui a été le plus souvent représentée par les ivoiners. Son image s'est multipliée et répandue en même temps que son culte. On la vit d'abord comme à Paris, à Reims, à Amiens, toute gracieuse, les yeux à peine fendus et souriant un peu de ses lèvres minces. Au cours du Xl\' siècle, les figures suivent l'évolution des images de pierre, et il n'est pas d'autres moyens de les dater que la chronologie des oeuvres parallèles de la grande
FiG. 212. — Jeanne DE Bourbon, provenant de la chapelle DES Célestins.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
FiG. 2i3. — Saint Mairice.
(Musée d'Orléans.) (Cliché Ilachetle.)
sculpture. On voit alors la préciosité s'accentuer ; les plis de la rube se compliquent ; le lianchement " du corps s'exagère, et l'aspect gênerai est d'une grâce un peu maniérée ; plus tard la figure salourdira, et la fine matière ne réussira pas a traduire le robuste réalisme du XV' siècle.
Les ivoiriers ne s'en sont pas tenus à la copie de la statuaire ; ils ont aussi transposé les effets des enlumineurs, gravant de délicats reliefs sur des plaques d ivoire qui forment diptyque ou triptyque.
Au centre, la Vierge, la petite reine gothique qui sourit à son enfant, accompagnée d anges a longues sur les volets, quaritite
robes, à visages poupins , ■ i
de petits tableaux où l'ivoirier, suivant le goùl' du siècle, a fait tenir dans
Fiii. l'i^. —
l'^irA'RE DE ROI.
(Mii.técdii Louvre.) (i.liclu'llachelti:.)
FiG. 2i5. — Saint A1ii;iiei.