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LA PEINTVRE EN PROVENCE

des papes ont été décorées de fresques italiennes, et sans doute plus d'un motif est venu jusqu'à Pans ins|)irer les peintres ou les munatunstes ; dans le parement de Narbonne ", maigre l'acuité du dessin gothique, on retrouve la mollesse sinueuse des compositions sicnnoises (Hg. 239).

Au X\ siècle, les peintres qui ont passé par Avignon apportaient le style précis du Nord. L'un d'eux nous est connu. Enguerrand Charonton, de Laon, qui peignit une Vierge, au visage pale, aux traits menus, couronnée par le père et le fils et de chaque côte une multitude de figures célestes ( 1 453). Cette apparition domine une vision de Provence, un paysage brûlé, des collines sèches, semées de maisons blanches (fig. 248).

Un chef-d'œuvre mystérieux et anonyme, une Vierge de pitié, autrefois a Villeneuve-d'Avignon, transpose un de ces groupes pathétiques que les imagiers taillaient dans la pierre ou le bois. L'ampleur et la franchise des formes sculptées remplacent ici la gentillesse menue des figures d'enlumineurs (fig. 249). A Aix. le roi René groupait des peintres dont quelques-uns venaient de Flandre. Nicolas Froment, bien qu'il soit d'Uzés, a fait son profit du naturalisme néerlandais. Son tableau du ' Buisson ardent " (fig. 25 1 ), par l'exactitude du détail et l'éclat des couleurs, révèle un disciple de la manière brugeoise (1476). Il fut, par surcroit, un excellent portraitiste du bon roi René et de sa femme, Jeanne de Laval. Son autre tableau certifie, une résurrection de Lazare, montre, ainsi que plusieurs autres peintures anonymes, comment 1 art de Flandre s'était acclimaté, racontant les légendes locales et empruntant a la Provence ses aspects. On a plaisir a retrouver les paysages ensoleilles

Via

^4. — Brœderla.m.

— L'.Vnnonciaïion :

l-RAGMKNl DU RE1ABLE

DLt jMi'sée DE Dijon.

(Clichc \cHi\iciii.)

FiG. 245. — Descente de croix.

(Musée du Louvre.) (Cliclié Ilachetle.)

et, parfois, quelques tètes hirsutes et truculentes, des visages féminins au teint mat, coiffés de bandeaux bruns. Cette province artistique, destinée a s'effacer de plus en plus dans la France, n'en gardera pas moins, pendant très longtemps, sa personnalité. Elle continuera d'envoyer de nombreux artistes a la cour et a Paris, ce qui est encore un moyen de prouver sa vitalité dans un organisme où le centre absorbe de plus en plus les énergies.

Cependant, un peu a l'écart de cette grande voie ou 1 art circulait de Flandre en Italie, la France monarchique se remettait peu a peu de la terrible crise ou elle faillit sombrer ; chassée de Pans par l'invasion anglaise, la royauté s'était installée au sud de la Loire. Alors que les provinces de 1 Est, des Etats du duc de Bourgogne a ceux du roi René, étaient ouvertes aux influences étrangères, la France du roi de Bourges s'était resserrée sur son centre, isolée en elle-même, séparée pendant longtemps de ces provinces néerlandaises dont la vie artistique était, jusqu'à ce jour, si étroitement mêlée a la sienne. La peinture continua de lleurir ; ce fut un art d'une fine originalité, mais avec une débilite de convalescent ; il manquait d'un centre fort ou se FiG. 246. — fixer et de traditions locales profondes où trouver Saint Sifi-kein yj^ç direction ; Tours, Bourges, Moulins, ont éga- (CiicM lunhcitc I Icment i)arlici|)e a 1 existence de cette école acc-

JEAN rOUQUET

phale ; on l'appelle l'école de la Loire ;

et comme elle, le grand fleuve coule,

nonchalant et mdecis, dans un lit

trop vaste.

Le Tourangeau Jean Fouquet

(1415-1485) semble avoir ete le

grand pemtrc au temps de Charles \ 1 1

et de Louis XI. On verrait mieux

combien peu il est l'elcve des Néerlandais SI l'on ne voulait a tout prix,

pour le faire plus grand, lui attribuer

quelques très beaux portraits anonymes où se retrouvent l'impeccable

sûreté et la précision de l'art flamand

ou flamingant. Quatre peintures a peu

près certaines font revivre les figures

les plus illustres du royaume, en ce

milieu du XV siècle : Charles VII, le roi très victorieux " (fig. 258) ;

Jouvenel dc3 Ursins, son conseiller (fig. 257)

lier, trésorier de France, et enfin une Vierge

digence de la peinture, présente ce vif intérêt d'être sans doute le

portrait d'Agnès Sorel. Dans chacune de ces œuvres, mêmes mentes

et mêmes insuffisances ; le peintre a bien vu ses personnages et les a

montrés aussi typiques qu'on peut le souhaiter : le roi — un pauvre

— un bourgeois obesc et apoplectique. Mais, s il voit juste, le peintre n est pas un exécutant très sur ; le dessin manque de nerf ; son pinceau de miniaturiste réussit mieux les figures ou l'imprécision devient de la grâce. Il a enluminé un livre d'heures pour Etienne Chevalier, une Histoire des Juifs de Josèphe, et y a prodigué de fines images de son pays et de son temps. La

lonimîrjliBâr '

î,i;;frrr;r,i;

Via. 247. — Jaci^l i.,.^.ii 1

DE Hesdin. Les Noces de Cana.

Ms. LAT. 910.

(Hibliolhùque Sationale )

Etienne Chevaqui, maigre 1 m-

étre grelottant et fourbu, — Jouvenel

Fig. 248. — Enguerrand Charonton. — Le couronne.ment de la Vierge; fragment

DU tableau de \'ll.LENErVK-LÈS-AvlUNO.N.

(Clichi: l.aiifflois.)

FiG. 249. — Vierge de Pitié

niOVENANT DE VlLI.ENEUVE-LÈS-AvlGNON.

(Musée du Louvre.)

iClidté llJdietU:)

tout neuf, se dressent sur la rive. Il est aise aussi de reconnaître quelques monuments illustres de Paris, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, Vincennes, la Bastille, le gibet de Montfaucon. Les scènes de

l'histoire sacrée sont jouées par des contemporains de Charles Vil ou de LouisXI ;

légèreté du procède, la limpidité de la couleur sont en harmonie avec la nature tourangelle. les colhnes molles et bleuissantes qui, par delà les petites figures du premier plan, bordent au loin la vallée de la Loire. Le fleuve coule paresseusement dans ses prairies, le ciel est d'azur léger, lumineux et transparent ; parfois, une ville en ses remparts ou un château blanc,

l"iG. 25o. — Jean Fouquet.

Portrait du peintre,

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