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LE MAITRE DE MOULINS

FiG. 252. — Jean Fouqcet. — Adoration des Mages.

Heures u Étie.nne Chevalier.

(ilusiie Condé, à Chantilly.}

'Cliché llachellej

Déjà, pourtant, l'art français est près d'accueillir les motifs d'un art étranger. louquet est allé en Italie, et il en a rapporte des dessins d'arabesques et de pilastres, toute une ornementation a la Michelozzo, qu'il s'empresse d'utiliser, souvent mal a propos ; symptôme bien caractéristique que ce Tourangeau, sacrifiant au milieu du W siècle, les fantaisies du gothique flamboyant pour la décoration plus méthodique, moins capricieuse, de l'Italie. Cette facilité d'accueil, on la retrouve dans l'entourage de Fouquet, chez un de ses continuateurs, le miniaturiste Jean Bourdichon. Le Livre d'heures d'Anne de Bretagne (fig. 260-261) (I 508) montre une douceur continue qui ne va pas sans fadeur. Le peintre regarde moins autour de lui le monde vivant ; son pinceau se complaît aux formes molles et aux couleurs tendres. Un peintre aimable a laissé des peintures charmantes, dont la plus importante est dans la cathédrale de Moulins. Comme Bourdichon, ce Maître de Moulins " (fig. 256, 259, 262, 263, 265) fut avant tout un portraitiste pieux de la Sainte Vierge (entre 1480 et 1500) ; il la peignait délicate et pâle et posait parfois sur sa tête la coiffe blanche des Berrichonnes.

Même quand il la montre dans la splendeur de sa cour céleste, il ne la dépouille point de son ingénuité de jolie paysanne. Les grands seigneurs et les châtelaines de France Fig. 253. — Jean Fouquet. — n'ont pas encore l'allure aristocra- Prise de Jéricho. Histoire tique que leur prêtera la Renais-

DES Juifs de Josèphe. j 1 C -

,!,,.,■ ..j. X- .■ , , sance ; dans les figures se recon-

(Cliché Berihaud.) naît Ic type du terroir, comnne

FiG. 254. — Voûtes

DE LA CHAPELLE DE LA MAISON DE JaCQIIES CtElIR, A BoLROES.

tClichc S cil rdei II.)

Memling et Gérard David laissent le réalisme flamand s'attiédir au souffle méridional, dans les miniatures de Jean Bourdichon, à tout instant, on croit reconnaître quelque figure de Vierge ou de Saint Sébastien venue d'Om-

dans le paysage les molles et verdoyantes ondulations du sol bourbonnais. Pourtant cet art séduisant manque de force ; on le sent facile a influencer. Ce qui lui appartient (Il propre, c'est une sensibilité fine, une élégance naturelle qui corrige les figures septentrionales de leur gaucherie native, sans leur donner pourtant les poses superbes de l'art italien et sa science de mise en scène. A cette date, l'art français s'abandonne a un idéal d'elegance et de beauté, et semble, comme l'art européen tout entier, se mettre à l'unisson de l'Italie. Alors que

F16. 256. — Le Maître de Moulins.— La Vierge glorieuse

ET LES DONATEURS, PlERRE DE BoURBON

ET Anne de Beaujeu ; cathédrale de Moulins. (Cliché Xeurdein.)

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