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TRANSFORMATION DE LA SOCIETE MEDIEVALE

doute aux préoccupations du XV' siècle ; les hommes avaient souffert de la guerre civile et de la guerre étrangère ; en ces temps de pillage, de famine et de peste, la mort ne se laissait pas oublier, et la pensée que tous, du mendiant au roi, a l'empereur, au pape, étaient égaux devant elle, donnait aux petits une sorte de satisfaction vindicative ; une frénésie burlesque et sinistre s'empare alors de ces pauvres mannequins ; la danse se rythme au bruit des tympanons et du cliquetis des squelettes. Les peintres ne furent FiG. 2Ô3. — Le Maître pas seuls a montrer cette effroyable

DK Moulins. — Figure inconnue allégresse devant les exploits de la ET I A .Madeleine. mort. Ces aspects de la putréfaction

iMiisée .lu Louvre) ((^liclic llaclielle) \ /-il i- • l

que Villon a décrits avec tant de crudité, les sculpteurs ont mis une étrange insistance à les détailler dans leurs cadavres de pierre. Mais le temps approche ou ces œuvres rudes vont disparaître devant un art plus savant. Les fantômes sinistres de la nuit vont s'évanouir dans la radieuse lumière de la Renaissance.

Comment l'art gothique n'aurait-il pas disparu alors que les conditions mêmes du travail gothique ne devaient pas survivre au Moyen Age ?

Deja, au .W siècle, les arts ne satisfont plus comme autrefois a des nécessités collectives ; ils émanent d'individualités plus caractérisées et s'adressent à des particuliers ; les amateurs et les artistes commencent à se reconnaître et a se rechercher.

Même en architecture, les morceaux de bravoure que le gothique flam- — 1 29

FiG. 264. — Le MaItre

de Moulins. — Anne de Beaujeu

et Saint Jean.

(Stua^e Ju Louvre) (Cliché Hachette.)

FiG. 265. — Scène du ro.ma.n

« Les échecs amoureux ».

(liibl. Sat. Ms. fr. 14:1.)

boyant ajoute aux grandes calliedtales paraissent n'être que des fantaisies personnelles, caprices décoratifs dessines par un architecte ingénieux pour satisfaire un donateur. On ne sent rien la de cette pensée commune et de cette nécessite mécanique unies autrefois pour dresser les cathédrales. La sculpture exige une habileté plus grande ou une éducation plus raffinée. L'imagier du .Mil siècle taille des figures d'une grande beauté, mais simplifiées, sommaires, comme il convient a un art monumental et à un siècle idéaliste. Au XII h siècle, de très belles statues ont pu être exécutées par des praticiens de second ordre ; des voix incultes ont pu tenir excellemment leur partie dans les chœurs du plain-chant. Mais, a la fin du Moyen Age, la plastique devient plus réaliste et les figures plus caractérisées ; les sculpteurs et les peintres veulent exécuter des portraits. Pour cet art difficile, il faut des artisans exercés, une technique très savante ; de la foule anonyme des imagiers populaires se détachent quelques artistes plus adroits, dont la renommée se répand et que les grands seigneurs appellent de très loin. Et de même en peinture. C'était un travail fort complexe, mais enfin c'était un travail machinal que celui de la mosaïque ou du vitrail ; la fresque ellemême avait été réduite à une telle simplicité de moyens que, à l'époque romane, des artisans sans génie pouvaient aisément la pratiquer. Et maintenant voici que les peintres de miniatures et de retables s'attachent à cette

• . . 'filC'le que ^^ ^^ Cmaise-D.eu.

le but n est jamais atteint : iCUchi " Moiiuiiienls Historiques ".)

FIN DE l.'INSPinATIO\ COrillQVE

1 copier la nature el re|>r()-

H duire les as|)e(ts de la vie ; les traditions d'atelier ne suffisent plus a l'art ; bientôt on exigera l'onginalite ; les artistes comptent d'autant plus qu ils ont su mieux rejeter les traditions qui étaient, au XIII siècle, l'art tout lir,. M);.— Tapisserie DE l'Apocalypse A Angers, entier. Une passion nou-

(Clichè " Monuments lliitanques ".)

formes et des belles couleurs, remplace le sentiment religieux a mesure qu'il se retire. Les arts lentement changent de raison d'être.

Enfin, cependant que s éteint ce foyer de légendes que fut l'àme médiévale, la tendresse et le merveilleux de l'art chrétien meurent peu a peu dans [atmosphère refroidie. L'ingenuité ne peut s'attarder dans 1 âge mûr ; si elle se prolonge trop, elle semble être de la débilité intellectuelle. Un jour donc

îlle.

amour des

belU

FiG. 268. — Tapisserie DE l'Apocalypse, a Anoers.

/Cliché " Miiniimciils lliflori^iies ".

FiG. 269. — Tapisserie dite de la Licorne. (Musée de Cluny.) (Cliché Hachette.)

il fallut renoncer aux caresses du parler enfantin et accepter résolument les formes sévères de la raison adulte. Les fantaisies de l'art furent de plus en plus détournées vers la Mythologie antique, sur laquelle la Religion na plus aucun droit. L'Art et le Christianisme d'ailleurs se retrouvent de temps en temps et jamais la séparation ne sera complète ; mais ils se traiteront désormais avec

gravité, sans 1 abandon familiei du temps ou lis menaient une Vie commune ; ces personnes devenues graves ne se rappelleront plus jamais quelles ont joue ensemble dans leur enfance.

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