ROYALISTES
Armée det Côtet-de-l Octkm.—Hocja.
Chouans. I Comte de Pciiivt.
i Couite d'HnviLLv.
Origine de la Chouanerie.— Va guerre des Chouans, qui, dans l'origine, n’iTait qu’une espèce de brigandage exercé de nuit sur les grandes routes, et qui a fini A peu près de la même façon, fut commencée par des rassemblements de contrebandiers réduits à là misère par la suppression des gabelles. AVant la Révolution, plus de 2,000 familles ne vivaient que du commerce frauduleux du sel , fait A main armée sur les frontières de la Bretagne, surtout entre Vitré, Fougères et Laval ; l'abolition des douanes intérieures leur enleva ce moyen d'existence. Ces hommes endurcis à la fatigue, habitués A une vie aventureuse et vagabonde, se rangèrent naturellement alors parmi les ennemis de la République. Ils se réfugièrent dans les forêts; celle de Pertre fut le berceau de la ühouauerie. Bientôt une foule de paysans, qui cherchaient à se soustraire au recrutement des armées, se joignirent à eux et firent cause commune. C’étaient alors tout simplement des voleurs, ne sortant de leurs repaires que la nuit, pour se mettre A l’affût sur les grandes routes. Dans l’origine , les troubles politiques ne servaient pas même de prétexte A leurs brigandages. Mais le nombre de ces hommes croissant avec le mécontentement soulevé contre les nouvelles institutions, les chefs royalistes conçurent la pensée de les faire servir à leurs projets, et la Chouanerie prit peu à peu une couleur politique.— Jean Chouan, qui, avec ses trois frères, s’était fait remarquer par son courage et par sa haine contre le parti républicain , avait été choisi pour chef par la première bande réunie dans la forêt de Pertre, il donna son nom à la guerre et aux soldats
Progrès de V insurrection. — Un grand nombre de rassemblements se formèrent sur différents points de la Bretagne. Le jeune Piquet du Boisguy, proscrit
* Chouan ou chat-huant. L'origine de ce nom , qui a servi à désigner les insurgés royalistes de la rive droite de la Loire, est assez oheeure , quoique les événement* de cette guerre soient en quelque «orte contemporains. I j plupart des auteurs {et c'est l'opinion qui a été généralement adoptée) la fool remonter à la famille UMUtyjii , dont le chef, père de quatre garçons, était sabotier au bourg tic Saint-Ouen des Toits, près de Laval. Pour désigner la forme de son visage, nature lie ment triste et refiogné. scs voisins t'avaient nommé chouan, par corruption du mol cbal buanl, que les paysans du T. U.
avec toute sa famillç, en commanda un dans la forêt de Fougères, et Bernard de Villeneuve, également proscrit pour ses liaisons avec la Rouarie, en forma un autre dans la forêt de Lorges. — Un peu plus vers la côte, entre Lamballc et Montcontour, Charles de Boishardy eut aussi un rassemblement sous ses ordres. Palherne et du Magnan cherchèrent à soulever la rive droite de la Loire. — Le comte de Labourdonnaye, le chevalier de Site et le comte de Boulaioviiliers, travaillèrent A insurger le Morbihan.
Puisa/c. — Il fallait un chef unique pour donner quelque ensemble d'action A tous ocs rassemblements épars. — Après le passage de la Loire, le comte Joseph de Puisaye vint s’offrir de lui-même. Il avait été député aux états-généraux; il avait, comme maréchal de camp, commandé l'avant-garde de l’armée départementale de l’Eure; on lui savait de l’esprit , des talents, du courage, de l'habileté et du goût pour Pintrigue et l’activité. Il parvint aisément A s’emparer de l’esprit des crédules Bretons, se fit reconnaître pour général par la plupart des antres chefs , qui avaient , il est vrai, moins de capacité et moins de droits A prendre la direction supérieure de l’insurrection ; et se servant de ses premiers succès comme d’un moyen pour en obtenir de plus grands, il ne tarda pas A établir des liaisons avec l’Angleterre et A donner une organisation A l’armée de la Chouanerie, qui ne commença toutefois A sc faire remarquer qu’après l’affaire de Savenay.
Fouille de la forêt de Pertre. — Mort de Jean Chouan.— Ce fut aussi vers cctle époque que la Convention envoya en Bretagne des troupes pour réprimer l’insurrection. En décembre 17U3, le général Beau fort, avec environ 6,000 hommes, occupa Fougères, où Puisaye
Maine et de la Bretagne prononcent ainsi. La forme du nez de Jean Chouan, l'aîné de ic* Bis. qui dans son portrait est coorbe comme le bec d*uo hibou, semble donner du poids S c»Ue explication D'autre* pensent que le nom de chouan a été donné aux fil* Cottereau et à lotis le* contrebandier* ou vagabonds dr nuit {qui formèrent le premier noyau de* insurgé*', S cause de Tbabrtude qu'ils avaient de communiquer ensemble pendant leurs expédition* nocturnes, en eoutrofaisant le cri du chat-huant.
avait établi «ou quartier général. Le rassemblement de la forêt de Pertre s’était déjà fait remarquer par des traits d’une férocité inouïe. Le massacre des habitants du village de Cuillé avait, entre autres, excité l’indignation générale. Le cantonnement de Vitré se mit à la poursuite des Chouans et parvint à en arrêter trois: un de ces prisonniers offrit de racheter sa vie en découvrant la retraite de ses chefs et même en le» livrant. Huit cents hommes, guidés par cet homme, se mirent en marche et arrivèrent au bourg de Pertre. Puisaye était caché dans une caverne , près de là , avec quelques autres royalistes. Le commandant du détachement républicain, afin d’être moins remarqué, se porta sur ce point avec quelques hommes seulement. Une décharge de coups de fusils, à l’entrée de la caverne, donna l’éveil. Deux Chouans obscurs fureut tués en voulant forcer le passage, mais Puisaye et quelques autres réussirent à s’échapper. Le lendemain on fouilla la forêt; environ 700 insurgés furent tués ou pris. Le fameux Jean Chouan périt dans celte affaire.
Manoeuvres et travaux de Puisaye. — Puisaye n’en continua pas moins à travailler & l’organisation de la Chouancrie, quoiqu’il rencontrât de grands obstacles de la part de quelques chefs , surtout de ceux du Morbihan, qui refusaient de reconnaître son autorité. Il continuait également, et avec beaucoup d’adresse, à entretenir les Anglais des forces immenses , disait-il , dont il pouvait disposer et qui n’avait besoin que d’un faible secours du dehors pour opérer la contre-révolution. Ces forces, néanmoins, jusqu’en 1794 , se réduisirent à quelques rassemblements de 30 à 200 hommes qui, même réunis, ne soutinrent nulle part le choc des Républicains. Généralement leurscxploits se bornaient à quelques surprises de nuit. Sous ce rapport, les Chouans étaient bien différents des Vendéens, qui redoutaient surtout de combattre pendant les ténèbres.
Les partisans de Puisaye s’étant accrus des débris de l’armée vendéenne échappée au désastre de Savenay, il essaya , de concert avec quelques habitants, de s’emparer de Rennes. Cette tentative, qui avait pour but principal de prouver au ministère anglais la force des Chouans, échoua complètement par la trahison d’un des conjurés.
Puisaye se retira dans le Morbihan, où sa présence fut l’occasion d’un rassemblement de 7 à 8,000 Chouans dans la forêt de Malacé. Mais toute celle armée s'évanouit devant 3,000 Républicains que lui opposa le général Bcaufort. Puisaye revint dans la forêt de Pertre et s’arrêta avec 800 hommes environ, au bourg de Liffrê. Il y fut enveloppé par quelques compagnies républicaines, et les Chouans, défaits au premier choc, furent massacrés pour la p’upart.
Son départ pour Londres. — Puisaye sc sauva presque seul. Il avait déjà formé le dessein de passer en Angleterre pour y presser l’envoi des secours et des renforts que le ministère britannique semblait assez disposé à lui accorder. — Avant de partir, il rédigea une proclamation où il prit le titre de général en chef de l'armée catholique et royale de Bretagne, et qu’il parvint à faire signer à la plupart des chefs de
rassemblements. Il organisa , pour entretenir la révolte en son absence , un conseil général d’administration et de guerre, dont un officier bourguignon, nommé Desoteux, qui se faisait appeler le baron de Cormalin, fut nommé président. Cormatin, avait été officier dans la garde constitutionnelle de Louis, il était déjà major général de l'armée aux ordres de Puisaye.
Hoche venait alors d’étre nommé au commandement de l’armée des côtes de Brest et de Cherbourg, chargée de la poursuite des Chouans. Cormatin, aussi peu général que Puisaye , n'entreprit point de lutter contre un tel adversaire. Il resta dans l'ombre, comme son prédécesseur, n’entretenant que par de sourdes machinations le feu de la guerre civile. Quelques faux assignats que lui envoya Puisaye l’aidèrent k faire de nouvelles recrues. — Néanmoins, et comme nous l’avons déjà dit, il assista aux négociations de la Jaunaie et signa même peu de temps après ;le 20 février 1795), avec les principaux chefs de la chouanerie, un traité particulier à La Mabilais.
Dispositions de V Angleterre. — Préparatifs d’une grande expédition. — L’Angleterre , qui n’avait jamais cessé d’entretenir les illusions des insurgés, commençait à craindre de voir la guerre civile cesser enfin en Bretagne, par suite du découragement des royalistes. Dans le but de ranimer leur ferveur, elle faisait avec un grand éclat les préparatifs d’une expédition gigantesque pour venir à leur secours. Elle y était poussée, en outre, par les instances de l’Autriche qui, depuis la paix conclue par la République avec la Prusse, la Hollande et l’Espagne, croyait une diversion en France nécessaire pour amortir les coups qui pouvaient lui être portés sur le Rhin.
De son côté, le comte de Puisaye, que toutes les relations s’accorde à représenter comme actif et entreprenant , intriguait auprès du cabinet de Saint-James, avec toute l’ardeur naturelle à son caractère, pour bâter les préparatifs. — Le bruit de l’armement fit accourir à Londres le comte d’Artois, qui se trouvait alors en Russie. — Puisaye, après avoir conféré avec le prince de tout ce qui était relatif à l’expédition dont le gouvernement anglais devait lui confier le commandement, envoya en Bretagne et en Anjou des agents affidés pour annoncer la prochaine arrivée de l’escadre et pour communiquer de terre avec cette dernière au moyen de signaux convenus.
l'n corps d’émigrés, au nombre d’environ 6,000, à la solde du gouvernement anglais, formait la principale force de l’expédition. Cette campagne royale (c’est ainsi qu’on l’appelait alors ) , fut prèchée à Londres par l’évêque de Dol , comme une véritable croisade. La plupart des émigrés qui en furent instruits accoururent en Angleterre de tou9 les points de l’Europe pour y prendre part. Néanmoins, comme le nombre n’en paraissait pas suffisant, le gouvernement britannique offrit de l’or et des armes aux prisonniers républicains qui voudraient en faire partie. La misère extrême où ceux-ci étaient réduits, et, plus encore, l’espoir de profiter de la circonstance pour recouvrer la liberté, les décidèrent à accepter. Le régiment
Royal-Louis en fut presque entièrement composé. Lee émigrés, qui ne doutaient jamais de rien, ne virent, dans ces Républicains ainsi enrégimentés, qu'un surcroît d'auxiliaires; mais les Anglais, il y a lieu de le croire , ne s'abusèrent pas sur les suites probables de cet étrange amalgame d’opinions et de caractères si opposés. -l>n a prétendu aussi que le mélange, dans les corps composés d'émigrés, des officiers de marine et de ceux de troupes de terre, avait été le résultat d’une combinaison machiavélique qui avait pour but de détruire l’espoir de la marine française. — Une division d’environ 5,000 hommes fut mise tous les ordres du comted’Hervilly. Lecomte deSombreuil devait prendre le commandement du reste des troupes. Puisaye, A son grand désappointement, ne conserva que le grade de général en chef des Chouans. Le cabinet de Saint- James, sans doute pour décider un plus grand nombre d'émigrés A faire partie de l'expédition , avait d’abord promis d'y joindre une division anglaise de 6,000 hommes et un régiment d’artillerie, mais la pacification de la Vendée servit de prétexte pour les retenir A terre , ou du moins pour en retarder indéfiniment le départ ; de sorte que les troupes de débarquement ne se composèrent que d'émigrés et de prisonniers.
Arrestation de Cormatin. — Mouvements royalistes en Bretagne , promptement réprimés. -- Outre les émissaires et les officiers dont Puisaye s’était fait précéder sur le théâtre de l’insurrection future, et parmi lesquels le chevalier de Tinteniac occupait le premier rang, le comte d'Artois avait envoyé en Poitou le marquis de Rivière, pour faire cesser les dissensions qui existaient entre Charette et Stofflet, et pour engager ces deux chefs à faire une diversion en faveur de l’expédition projetée. — Cormatin profitait de la trêve pour organiser la guerre civile. Mais il était surveillé de près par le général Humbert ; et comme, par suite d’un excès de confiance et de présomption, il ne se donnait pas même la peine de voiler ses intrigues, elles furent aisément découvertes. On en eut la preuve en interceptant des dépêches qu'il adressait A d’autres chefs. Au moment oh , plein de sécurité , il se disposait 1 joindre au bourg de Cisay un rassemblement destiné à surprendre un convoi d’artillerie, il fut arrêté avec Solihac, Jarry et quelques autres officiers.
Cet événement fit prendre les armes A tous les chefs royalistes. Hoche lança des colonnes mobiles à leur poursuite. Silz ayant en vain tenté de surprendre Vannes, fut arrêté au chAteau de Penbouet, et succomba dans la lutte, en essayant de se faire jour A la baïonnette. Georges Cadoudal prit le commandement des débris de sa troupe et n’éehappa qu’avec peine au général Avril. Un rassemblement commandé par du Boisguy fut dissipé A Fougères par le général Humbert. Le chef de In division des côtes du nord, Boishardy, fut surpris et tué, le 13 juin, au chAteau de Ville- Heures, avec dix de ses officiers. Caqueray, un des officiers de Scépeaux,sc fit tuer A ChAteau-Gonthier, dans un engagement avec la colonne mobile du général Lcbley. La vigueur de ces poursuites calma un peu l’effervescence de la Cliouanerie renaissante.
Départ de l'expédition. — L’expédition projetée partit d'Angleterre en deux divisions, l’une vers le milieu de juin, l’autre dans les premiers jours de juillet. Une troisième, portant avec elle le comte d’Artois, devait mettre sous voile plus tard , s'il y avait lieu , c’est-A-dire si les deux premières réussissaient.— L’Angleterre avait rarement fait un armement aussi dispendieux. Il se composait d'approvisionnements et de munitions immenses, d'armes pour 80,000 hommes, d’habits pour 60,000, d'une nombreuse artillerie, de 2 millions en or et 10 millions en faux assignats fabriqués A Londres. Le transport des troupes et de tous ces préparatifs exigeait 100 bâtiments de charge. — Le commodore Warren escorta, dans la Manche, la première division avec trois vaisseaux de ligne, plusieurs frégates cl quelques bALiments légers.
Débarquement des émigrés à Quiberon. — Il avait été décidé que l’expédition prendrait terre près de Quiberon, où Georges Cadoudal slélait porté avec un corps insurgé, et dont la côte n’était pas gardée. Le 27 juin, au point du jour, Puisaye, avec son étatmajor et 12 A 1,500 émigrés, commandés par d’Hervilly, furent débarqués au moyen de bateaux plats et en bon ordre sur la plage de Carnac , entre la presqu'île de Quiberon et le golfe du Morbihan. Cette opération était achevée A onze heures, et d’Hervilly, enivré d’avance, comme ses compagnons, par l’espoir d'un succès dont il n’avait pas la modestie de douter, prit gravement possession de la France an nom de Louis XVII. Ensuite il établit son quartier général à Karnac. Le reste de la première division fut mis A terre le lendemain avec les armes et munitions de toute espèce, pour babiller, nourrir et équiper les insurgés. L’adjudant général Romans sortit d’Auray avec 250 Républicains et essaya vainement de s'opposer à ce débarquement.
Le premier débarquement avait été A peine effectué, que le bruit s’en étant répandu en Bretagne avec une inconcevable rapidité, un grand nombre de paysans prirent volontairement les armes, et les capitaines de paroisse menaçant de mort les retardataires, tous sc soulevèrent. Ils accoururent de toutes parts, divisés par troupes plus ou moins considérables , rompant les, ponts, interceptant les passages, et précédés d’une foule de femmes et d’enfants ; de lourds chariots traînant leurs bagages et leurs bestiaux qu’ils croyaient mettre ainsi à l'abri du pillage. Dans l’attirail nécessaire A une armée débarquée sur une plage stérile, parmi les barils de biscuits, de salaison, de vin, d’eau-de-vie, etc. , se trouvaient des caisses remplies d’uniformes rouges dont on habillait les paysans bretons au fur et A mesure 'qu’ils arrivaient. Ils furent armés coorganisés dans la journée du 29 juin. Puisaye en choisit l’élite et en forma trois corps de 1,500 hommes chacun , qui furent placés sous les ordres de Bnis-Rerlhelot , de Tinteniac et de Vauban.
La première de ces colonnes campa derrière Auray, sur la hauteur de Loc - Maria. Elle formait la droite. Tinteniac, avec la seconde, fut dirigé sur Landtvanl. Mendon, entre les deux colonnes, fut occupé
par la troisième. La gauche de l'armée, du côté de Sainte-Barbe et d’Étel , fut couverte par une seconde ligne d’insu rgés. Au ray, évacué par le» Républicains, fut occupé sans résistance. Cette ville, que traverse la grande route, ouvrait le pays aux royalistes, et H est probable qu’ils auraient rapidement conquis la Bretagne s'ils eussent eu quelques milliers d’Anglais pour auxiliaires, et si, profitant d’un heureux début, ils eussent marché en avant avec celte audace et cette résolution qui assurent presque toujours le succès.
Discussions entre Puisa/e et d'Hervillr. — Tel était, il faut le dire, le plan de Puisaye, et l’exécution en eût été favorisée par l’espèce de consternation que le débarquement avait jeté parmi les Républicains, qui en ignoraient la force. Douze mille Chouans bien armés et bien habillés formaient déjà le noyau d’une armée qui pouvait d’autant plus sc grossir en avançant rapidement , qu’on ne manquait ni d’armes ni de cadres. L’influence de Puisaye était, malheureusement pour la cause royale, balancée par celle de dllervilly qui, imbu de toutes les vieilles routines, ne voulait marcher qu’avec la plus grande circonspection, sans rien donner absolument au hasard , et qui résolut de ne pas s’éloigner des vaisseaux, d’y attendre les renforts promis par Puisaye, d’aguerrir les Chouans, de les discipliner et enfin de s’emparer de Quibcrou pour s’assurer une position militaire.
Prise du fort PenUiièvrc par les Émigrés.— Outre une perte de temps irréparable, il résulta du système de temporisation adopté par dllervilly, que le fort de Penlhièvre , qui fermait l’entrée de la presqu'île de Quiberon, ne fut pris que six jours après le débarquement, alors qu’on aurait dit s’en emparer tout de suite.— Cette presqu’île, dont rithxme n’a que trente toises, a deux lieues de longueur sur une demilieue de largeur. Quoique sablonneuse, elle est assez fertile. On y trouve cinq ou six misérables petits hameaux et un havre étroit propre A uu débarquement.
Trois frégates anglaises et un vaisseau rasé avaient fait le 30 juin , contre le fort Penlhièvre , une première attaque inutile. Ce fort fut assailli de front et en flanc par des batteries de terre, le 3 juillet, pendant que des chaloupes canonnières le batlaieul à révéra. Dépourvue de munitions et de vivres, ia garnison, composée de 300 hommes du 41® régiment, se rendit A discrétion après un feu de sept heures. D’ennemie on crut qu’elle allait devenir amie. Elle fut aussitôt incorporée dans le régiment d llervilly, qui eut même l’imprudence d’en laisser une compagnie entière dans le fort pour y faire le service.
Tentative avortée sur Saint-Malo. — Une tentative fut faite à la même époque, sur Saint-Malo, par un chef de Chouans nommé Labaronais. Il s'agissait de s’emparer de celle place par surprise. Le complot fut découvert. Le gouverneur fit fermer les portes de la ville, dans laquelle on arrêta plusieurs des conjurés. Le reste fut pris ou dispersé dans la forêt de Comor.
Dispositions de Hoche.— Tandis que les principaux chefs émigrés consumaient leur temps en tristes débats
sur les préséances et le commandement, le général Hoche prenait les mesures les plus actives pour être bientôt en mesure de changer sa position offensive en une attaque vigoureuse. Il ralliait ses troupes disséminées et leur assignait divers points de rassemblement pour les avoir A sa disposition, ou pour couvrir les principaux postes menacés. Le général Rey eut ordre d’envoyer, sous la conduite du général Valletaux, 1,000 hommes d'élite A Ploérmel afin de garantir Rennes de toute surprise; la garnison de Brest fut complétée; 4,000 hommes et huit bouches A feu, de la légion du Finistère, vinrent soua les ordres de Chabot se poster à Ou imper. Les armées des côtes de La Rochelle et de Cherbourg dirigèrent 0.000 hommes et 400 chevaux sur Rennes: des colonnes mobiles furent organisées et mises en mouvement sur tous les points oh leur présence fut jugée nécessaire.
Premiers succès des Républicains . — Chabot, dès le 29 juin, avait détaché le général Josnet en reconnaissance sur Hcnnebon, avec 1 ,500 hommes de troupes légères. Les avant-postes des Chouans, qui occupaient cette position, furent mis en déroute et rejetés sur Landevant où ils répaudireut l'épouvante. Dans le même moment et après un vif engagement, Bols- Berthelot venait d’être chassé d’ Aura y par le général Romans. L’émigré Vaubau, très inquiet, laissa 3,000 hommes A Mendon , ordonna une reconnaissance sur sa droite et se porta lui-même sur sa gauche avec 2,000 hommes; elle venait d’être forcée et avait suhi le sort de la division Tinteniac, ahaudoonant en outre aux Républicains un convoi d'armes et de munitions. Vauban, revenu à .Mendon, changea la face du combat en se portant avec le reste de sa division sur les derrières des Républicains. Ceux-ci furent rompus à leur tour et ne gagnèrent Landevant qu’avec peine. Vauban, avec une partie de la division Tinteniac, qu'il avait ralliée, vint ensuite A Ploêrmel , la retraite de Bois-Bcrlhelot ne lui permettant pas de reprendre position A Mendon.
Dllervilly désespérant de résister aux Républicains avec les troupes à sa disposition, établit, quatre jourt après, une nouvelle ligne de défense dont la gauche s’appuya A Sainte-Barbe et la droite au Mont-Saint- Michcl et A hamac, disposition tout-à-fail vicieuse, en ce que la droite pouvait être refoulée dans la mer par suite d’un effort sur le centre, établi à Pioermcl.
Occupation des lignes des Émigrés. - floche avait le coup d’œil trop militaire pour ne pas apprécier les vices de la position du général émigré; il conçut le projet et il reconnut dès lors la possibilité d’emprisonner son ennemi dans la presqu'île. Le 7 juillet, il le força A se replier d'abord sur Sainte-Barbe, que les royalistes furent presque aussitôt contraints d’abandonner. — Dllervilly, avec toutes ses troupes régulières, tenta vainement le jour suivant de rentrer dans celte position, d'où allait dépendre le salut de son armée.
Afin de couper aux royalistes toute communication avec l’intérieur, Hoche établit lui-même ses troupes sur la ligne d'où il les avait dépostés, et malgré leur vive résistance il la couvrit de retranchements. Celte ligne ,
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située A une lieue et demie du fort Penthièvrc, sur la falaise de ^uiberon, avait son centre tu avant de Sainte -Barbe et appuyait ses deux ailes A la mer.
Attaque projetée. — Diversions de Tinteniac et de làntivy. — Les vivres commençaient fl manquer sur la presqu'île où se trouvaient entassées tant de bouches inutiles ; d’Hervilly et Puisaye se décidèrent, le Ifijuillct, fl une attaque générale. Pour en favoriser le succès on arrêta de faire en même temps deux diversions. Le chevalier de Tintrniac, chargé de l’une d’elles, débarqua, le II, fl la pointe de Saint-.lacques, avec 100 Émigrés et 4.000 Chouans, qui prirent le nom d'armée Pouffe, fl cause de la couleur de leurs habits. A vingt lieues de là et sur la plage de Guidel, ver» Lorient,
3.000 hommes, sous les ordres de Lanlivy, furent aussi mis à terre. Après quatre jours, qu'on supposait nécessaires pour rallier les partis d'insurgés qui pouvaient se trouver dans le pays et battre les détachements républicains, ces deux divisions devaient se réunir le 15 à Baud , et le 18, attaquer fl revers le camp des Républicains.
Tinteniac réussit d'abord; il débusqua de Sarzeau H00 Républicains commandés par Homans, qu’il battit ensuite fl Mtissiac; puis il se jeta un peu trop à droite dans la forêt de Mollac. Grouchy le poursuivit avec trois bataillons, et n’ayant pu l’atteindre revint fl l’embouchure de la Vilaine. Tinteniac s'étant ensuite concerté avec les chefs du conseil du Morbihan, qui avaient reçu du comité de Pans l’ordre de tenter une expédition sur Saint-Malo, crut pouvoir l’entreprendre et revenir assez tôt fl Raud pour prendre part fl l’attaque du 10. Il s'empara d’abord de la ville, mais non du chflteau de Josselin, qui repoussa toutes ses attaques; de IA il se dirigea sur lr chflteau de Coêtlogon, suivi par Crublier et par le général Champeaux. A peine ses soldats commençaient-ils â prendre quelque repos qu’ils furent attaqués par les Républicains; Tinteniac s’élança, armé d’une carabine, pour rallier les siens et protéger leur retraite; mais il tomba lui-méme percé de coups, et sa divisiou se dispersa, au moment où le général Floche livrait fl d’Hervilly un combat désastreux auquel Tinteniac aurait dû prendre part s’il eût suivi exactement scs instructions. La diversion du côté de tjulmper fut presque nulle; elle n'opéra que quilques attaques insignifiantes, et se termina par le rembarquement de la division Lantivy.
Combat lie Sainte- Ha rite. — La seconde division des Émigrés parut dans la baie de (Juiberon, le 15 juillet, veille du jour où d'Hervilly se préparait à tenter une attaque générale sur la ligne ennemie. Malgré ses vives instances et l'intérêt bien évident de la cause royaliste, Sombreuil ne put obtenir de débarquer sa divisiou fl temps pour y prendre part. D'Hervilly voulait garder pour lui seul l'honneur de la victoire, sur laquelle sa ridicule confiance n'avait aucun doute.
Vauban, pour favoriser l'attaque, descendit avec
2.000 hommes et 100 soldats de marine sur la plage de Genèse. Les Émigrés s'avancèrent fl la pointe du jour en vue des ouvrages de Sainte-Barbe. Le régiment de la Marine, ployé eu colonnes, tenait la droite; celui de
Dudresney s’avançait dans Je même ordre à cent vingt lias sur la gauche; le corps de d’Hervilly, formé par sections, se trouvait fl la gauche., ayant derrière lui en réserve une divisiou de Chouans commandée par M. de Levis; Loyal-Émigrant formait l’avant-garde. Toutes ces troupes s'élevaient A environ 4.500 hommes, nombre égal fl celui des Républicains. Hoche, prévenu dès la veille par deux transfuges de l’attaque projetée, avait eu le temps de faire les préparatifs nécessaires pour recevoir l’ennemi, lin feu de mousquelerie engagé dans le lointain fit croire aux Royalistes que Tinteniac cl Lanlivy arrivaient sur les derrières des lignes de Hoche; leur joie et leur confiance redoublèrent ; ils s'avancèrent dans le plus bel ordre, l’arme au bras, sur l’avant-garde républicaine, postée au pied des hauteurs. D’après ses instructions, le général Flumberl se replia devant eux comme s'il cédait fl l’effet d’une surprise. Les Émigrés prirent cette retraite simulée pour une fuite, et quelques signes de mépris se mêlèrent fl leurs cris menaçants; ils furent ainsi attirés jusqu'à portée de pistolet de quatre batteries que masquaient des compagnies d'infanterie. Arrivés fl un point calculé d’avance et où leurs masses profondes se trouvaient exposées, fl la fois de frout et d'écbarpe, au feu de toute l’artillerie républicaine, la scène changea subitement: une effroyable décharge de toute» lis batteries démasquées vomit des tourbillons de fer dans leurs rangs épais, et y abattit des files entières; ce feu continua quelque temps sans interruption, «et, dit un témoiu «oculaire, s'il eut été aussi bien dirigé qu’il était « vivement nourri, pas un homme n'eùt échappé des « deux régiments qui avaient commencé l’allaque. b A l'intrépidité naturelle de ces Français émigrés se joignit la rage d'avoir été ainsi joués, et leur attaque n'en continua qu'avec plus de fureur. D'Hervilly lit battre la charge. La Marine , Loyal-Émigrant et Dudresney se précipitèrent fl droite sur les retranchements ; vains efforts: leurs rangs, criblés par le feu de la mousqueterieetpar la mitraille, furent rompus sur tou» les points. L>uelques-uus des plus intrépides franchirent cependant tous les obstacles et arrivèrent daos les derniers redans. Mais d'Hervilly, plein de courage quoique sans talents comme général, reconnut luiiiiênie l'impossibilité du succès et donna l'ordre de la retraite. Son régiment l'exécuta; l'officier qui portait cet ordre fl la droite ayant été tué, celle-ci coutinua fl s'avancer pendant que le reste du corps de bataille exécutait le mouvement rétrograde : on battait la charge d’un côté et la retraite de l’autre. Celte circonstance produisit un mouvement d'hésitation parmi les plus braves. Le général républicain s'en aperçut et fit charger la colonne royaliste par 2ü0 chevaux et par deux bataillons. Le désordre drvint général: d’Hervilly fut mortdlfiiient blessé d'un coup de biscaim, et ce jour eût peut-être vu la ruine complète des Royalistes sans le secours imprévu de Vauban. Ce chef ayant échoué dans la diversion qu'il devait faire sur karnac, s'était rembarqué en désordre et revenait au fort Peut liièvre avec le commodore Warrcu : il s’aperçut de la déroute des Émigrés; aussitôt, et afio de proléger leur retraite, il se jeta avec ses C&ouan» dans les ouvrages
avances, Warren embossa se* chaloupes sur la gauche des Républicains et en forma une batterie qui , enfilant la falaise, criblait les rangs des vainqueurs acharne* A la poursuite, et les obligea enfin à se replier dans leurs lignes. Dans ce fatal combat, les Émigrés laissèrent cinq canons aux Républicains. Les régiments de la Marine et de Dudresney furent presque entièrement anéantis; sur cent vingt officiers qui les commandaient, cent furent tués ou blessés.
Situation critique des royalistes. — Débarquement de Sombreuit. —Cette désastreuse affaire était décisive i pour les Émigrés; ils durent se résigner dès lors A rester enfermés dans la souricière où ils s’étaient jetés ; Hoche appelait ainsi la presqu’île de Quiberon. Les fortes des Républicains s’accroissaient chaque jour; il ne restait aux Royalistes qu’un moyen de salut, le rembarquement ; mais il est douteux que la raison d’humanité fut plus paissante que la raison d'État sur les chefs anglais, et les eût décidés A permettre un retour qui aurait rendu inutiles les frais immenses déjà faits pour l’expédition. Cette expédition était manquée; les moins clairvoyants le sentaient : néanmoins, A la presque certitude d'essuver la honte d'un refus s’ils demandaient A se rembarquer, les Émigrés joignaient de* sentiments de générosité et d’honneur qui leur défendaient de le faire; ca r c’eût élé livrer A la vengeance républicaine les Chouans qui s’étaient joints A eux et les Royalistes de l’intérieur que leur approche avait soulevés. — Le mal était donc Irrémédiable et tout marchait A une catastrophe inévitable. — La division Sombreuil débarqua le 17 et prit poste A Saint-Julien, au milieu de la péninsule; mais sa présence ne suffisait pas pour relever l’abattement général : la désertion était devenue si fréquente parmi les prisonniers incorporés aux Émigrés, que Hoche, qui connaissait la situation des Royalistes, fit, dit-on, insinuer A ees transfuges d’y rester, comptant qu’ils le serviraient mieux qu’en se joignant ouvertement à ses troupes, ce qui ne tarda pas A se vérifier par la prise du fort Penthièvre. — Les officiers généraux ne se souciaient pas de remplacer d’Hervilly, que la mort allait bientôt soustraire aux reproches mérités que lui attiraient de toutes parts sa hauteur et son incapacité. Puisa ye, qui lui succéda, quoique nommé par le ministère anglais, ne jouissait que d’une autorité incertaine, les Émigrés persistant A le regarder comme un chef de Chouans sans pouvoir sur les corps réguliers.
Reprise du fort Pent bièvre par les Républicains. — I/irritation extrême de la Bretagne contre les Républicains, celte irritation dont les Émigrés n’avaient su tirer aucun parti, prescrivait au général Hoche, placé entre les Royalistes débarqués et une population ennemie, d’en finir promptement avec les premiers. Il fallait pour cela occuper le fort Penthièvre. De vieux militaires soumis encore A l’empire des anciennes routines voulaient agir méthodiquement; ils conseillaient j d’ouvrir une tranchée, de battre en brèche, etc., ce j qui eût fait perdre bien du temps; Hoche voulait un | moyen plus expédilif.Sur ces entrefaites, deux sergens-
majors transfuges vinrent lui proposer de s’en emparer par surprise; l’isthme découvrant A marée basse un sentier par où on pouvait le tourner. Ils promettaient que leurs camarades de l'intérieur égorgeraient les canonniers émigrés sur leurs pièces; un autre déserteur devait apporter le mot d’ordre. — Ce fut le parti qu’adopta le générai républicain et pour l’exécution duquel il donna des ordres précis.— L’attaque eut lieu dans la nuit du 20, par un temps d’orage; une brume épaise en déroba les préparatifs aux Émigrés. Le général Humbert, partant A minuit des hauteurs de Saint- Colomban, devait, en suivant avec 500 hommes de l’avant-garde la laisse de la basse mer, se porter sur le village de Kerustin, en tourner la droite, franchir les palissades et faire main basse sur tout ce qui résisterait. Le général Boita marchait derrière lui pour le soutenir avec le reste de l’avant-garde. L'adjudant général Ménage, avec 300 grenadiers de la brigade Valleteaux, avait ordre de culbuter les grand’gardes ennemies, et filant par la droite le long de la mer, de surprendre le fort par la gorge sans tirer un coup de fusil; il devait être soutenu par le reste de la brigade. Trois bataillons restaient seuls à la garde du camp. Le général Lemoine, après avoir posté une brigade A la hauteur de l’avant-garde, et y avoir laissé un bataillon, deux pièces de quatre et sa cavalerie, devait suivre avec le reste la queue de la colonne Valleteaux. Des pionnier* portaient des sacs de terre et des fascines pour combler les fossés ; rien en un mot n’avail été omis de ce qui pouvait assurer le succès décrite expédition.— On partit A onze heures du soir. L’orage était si violent qu’il causa du désordre dans la marche des colonnes d'attaque; Hoche, que son activité faisait courir de l’une A l’autre, parvint A les rallier; elles arrivèrent A deux heures au pied du fort. Les Chouans, campés sans gardes, furent surpris et égorgés dans les premiers ouvrages ; mais quelques coups de fusil ayant répandu l’alarme, un feu terrible commença sur les assaillants. La colonne de gauche, guidée par Humbert, dont le* soldats marchaient dans l’eau jusqu’à la ceinture, foudroyée de front par les batteries du fort, et de flanc par les canonnières anglaises, qui bordaient le rivage, considérait déjà l’assaut comme impossible. Hoche y était accouru pour prévenir le désordre prêt A naître; il était du même avis que les soldats et leur donnait l’ordre de reprendre le chemin des lignes, croyant avoir donné dans un piège.
Le mouvement rétrograde allait s’effectuer quand un grand bruit sur la droite ayant fait lever la tête au général en chef, il montra A ses soldats, et ils reconnurent aux premières clartés du jour, le pavillon tricolore flottant sur le fort Penthièvre à la place du drapeau blanc. C'était Ménage qui, à la faveur du mot d’ordre et guidé par les transfuges, avait, ainsi que ses 300 grenadiers, escaladé le fort par un sentier réputé inaccessible. Les canonniers royalistes avaient été tués sur leurs pièces. et les portes livrée* aux Républicains. Les conjurés de l’intérieur égorgèrent euxi mêmes, dit-on. leurs officiers et se réunirent A Ménage, ! dont les soldats firent main basse sur tout ce qui ne se [ joignait pas A eux. Bientôt le fort fut entièrement au
pouvoir des Républicains. Hocbe y entra aussi tôt, et sur les remparts qui venaient d’èlre pl is, {-leva Ménage au grade de général.
Le fort Pcuthicvre, situé au col de l’isthiuc , était un carré de trente toises sur chaque face, qui se liait à la côte opposée par un camp retranché dont le marquis de Contades ordonna l’évacuation dès qu’il vit le pavillon tricolore arboré sur le fort. Celte évacuation se ht si précipitamment que les Émigrés abandonnèrent le parc d’artillerie placé maladroitement au village le plus avancé du côté de l'ennemi. Hoche laissa deux bataillons à la garde du fort et se mit en marche sur trois colonnes pour balayer la presqu’île, où les Émigrés, disséminés, sc ralliaient à la hôte, ne recevant plus d'ordres de personne.
Départ de Puisa ye. —Sonibreuil prend le commandement des Emigrés, — Puisaye venait en effet de quitter la Péninsule; ayant, après la prise du fort, rencontré Sombreuil à la tète de sa division, il lui avait ordonné de prendre une position et de l'y attendre , et il s’était embarqué sous prétexte d'aller à bord du vaisseau du commodore Warren, presser l’envoi d’embarcations destinées à sauver l'armée. Il semble que ce n'était pas dans un pareil moment le rôle d’un général en chef, et que le dernier officier de l’armée eût pu servir de porteur à une invitation manuscrite adressée dans ce but au commodore anglais ».
Sombreuil restait seul chargé du commandement. Une seule voie de salut s’offrait encore à l’armée royaliste , c’était la reprise du fort Pcntbièvre que les régiments de Reon et de Damas demandaient â grands cris à attaquer; il fallait profiter de cet élan. Sombreuil hésita, laissa l’abattement prendre le dessus sur le désespoir, et finit par donner â ses troupes l’ordre de se retirer en arrière de Saint-Julien.
Deux colonnes républicaines longeaient les côtes de la presqu’île. Une troisième s’avançait entre elles. Des femmes , des enfants éplorés les précédaient en fuyant et poussant des cris lamentables. La colonne de droite, malgré le feu des canonnières anglaises, s’avança au
1 D'après le* Mémoires sur Quiberon de M. Rouget de riale, qui, il Faut le dire, te montre très partial en faveur de Puisaye , auquel il emprunte une grande partie dm détails qu'il donne sur l’expédition , Puisaye avait déjà envoyé un émissaire (Rohu) A bord des vaisseaux anglais ; mais • de nombreuses difficultés, dit l'auteur de ta Marseillaise, avaient retardé le départ de Robu pour la flotte an glaise, et Puisaye arriva presque aussitôt que lui A bord de Pamiral, demeuré dans une ignorance complète des événements. Sur le compte qui lui en rôt rendu . sir John Warren déploya toute l'énergie et toute l’activité dont il avait donné tant de preuves depuis le commencement de 1 expédition. D’après ses signaux et ses ordres exécutés avec autant d'intelligence que de promptitude, srs bâtiments armés prirent les positions propres A protéger le rembarquement des Royalistes, et ses embarcations te mirent loules en mouvement pour allt r les recueillir. I a corvetlc t/ie lark (!’ Alouette]! , de vingt-quatre pièces de canon, cl la frégate la Porno ne, montée par le commodore lui- même, foudroyaient ta plage par laquelle on arrivait au Fort- Ncnf. Tandis que leur feu ralcni ïs*ail la poursuite des Républicains, les marins anglais de tous les grades rivalisaient de courage et d'ardeur pour sauver quinze ou dit huit cents victimes qu'une terroir frénétique ou l'égarement du désespoir avaient précipité dans les flots. Abjurant toute rivalité, toute antipathie nationale, les capitaines conduisaient oit mêmes leurs chaloupes sur tous les points ort ils voyaient des hommes en péril, et sous une grêle de mousquclerie et de mitraille venaient jusuu au rivage les disputer & la fureur de la mer et & celle de leurs cuocimt.»
p.is de charge sur Loyal-Émi'grant et Dudrrsoey, formant la gauche des Émigrés. Ces deux corps ne résistèrent pas. La plupart des soldats jetèrent leurs armes eu se disant Républicains. La division d'Hervilly se mit en pleine déroule et se précipita ensuite vers la mer.
Les Émigrés mettent bas les armes. — Sombreuil, avec sa division, qui seule lui obéissait encore , s’était alors formé au fort Portaligen, seul coin de la presqu'île qui ne fût pas occupé par les Républicains. Deux corvettes anglaises soutenaient son feu. Le désespoir des Royalistes semblait devoir rendre leur résistance terrible, quand ces mots partirent des rangs républicains : « Rendez-vous , les prisonniers seront épargnés; »> ce que les Républicains u’cniendaient que des prisonniers enrôlés avec des Royalistes. Sombreuil, trompé, s'avança pour proposer une capitulation. Plusieurs écrivains affirment qu’il en obtint une, ce qu’il est impossible de nier ou de certifier. Hocbe s’apercevant que, pendant ces pourparlers, on pressait rembarquement, fit pointer sur le rivage deux canons chargés A mitraille qui contraignirent les barques 1 s’écarter et à ne plus revenir. — Une seconde sommation fut faite aux Émigrés qui restaient indécis, n'osant trop se fier A la merci des Républicains. 700 grenadiers les chargèrent alors A la baïonnette. Ce moment fut décisif: quelques-uns vendirent chèrement leur vie, d’autres sc tuèrent eux-mémes pour ne pas tomber au pouvoir de l'ennemi ; mais le plus grand nombre, A l’exemple de Sombreuil, mit bas les armes. 4,000 prisonniers, 20,000 fusils, des effets d'habillement et d'équipement pour 30,000 hommes, plusieurs millions çn faux assignats, et une immense quantité de munitions de guerre et d'approvisionnements de tous genres, furent le fruit de la victoire *.
Mort de Sombreuil.— Exécutions militaires. — Les prisonniers traversèrent l’armée victorieuse en vomissant mille imprécations contre Puisaye et l'Angleterre. Il furent d’abord dirigés* sur Au ray, puis sur Vannes. Hocbe aurait désiré que leschefsdes Émigrés fussent
1 Ce résumé de tout ce qui a été écrit sur Quiberon , tant par les Royalistes que par les Républicains, n'est pas d’accord avec les Mémoires que vient de publier M. Rouget de PUle pour combattre l'opinion accréditée d'une capitulation faite avec tes Émigrés à Quiberon. M. Rouget de l'Ule n'élait poiht alors, comme on l'a dit , aide de camp de Hocbe, il avait suivi volontairement le représentant Tallien , envoyé par la Convention auprès de l’armée de Hoche. Nous allons faire connaître texlnetlement son récit.
• Le général Hoche, lorsque je le rejoignis, arrivait au pied du Fort-Neuf A la tête de ses grenadier*. Après les avoir rangés en bataille dans un fond, A l'abri du feu de* Anglais : « Amis, leor cria t-il, « prenez ha loi ne et finissons en ; et loi, s'adressant A tin pctH lamnottr
• qui se trouvait près de lui , en tête de la colonne, liens toi prêt A
• battre la charge. • Ces mots me firent frissoniier. «Ab ! général,
• mWriai je d'une voix étouffée et profondémi nt émue, général, quel •effroyable hécatombe r -Que voulez-vous que je fasse? répliqua-t-il «vivement. Dois Je remettre en question ce qui est décidé ? Dois-Je «laisser aux Anglais le temps d'embarquer les Émigrés, de faire ou
• mouvement sur mes derrières, peut-être de me couper b retraite? « — Mais, général, ces malheureux prisonniers, entrés de force dans «les rang* ennemis, qui désertaient par baudet pour rentrer dans les «vôtres, que ton# leurs vieux appellent pré* de vous , vous allez donc «les égurger pêle-mêle' • Hoche frémit et se frappa le front ; puis, après avoir réfléchi an instant; «Eh bien! médit il avec chaleur, •allez leur signifier de rendre les armes , ou qu’ils «ont jeté* A la
• mer. » Je poussai mon cheval, heureux d’avoir obtenu ce répit, si
seuls puni* suivant les lois républicaines » et II écrivit dans ce sens au ComHéde salut public; mais Tallien fit changer les dispositions qu’on avait pu concevoir pour ces malheureux, si toutefois elles étaient favorables. « Ce vil ramas de complices et de stipendiés « de Pitt, dit-il, le 26 juillet à la tribune, ces exécra- « blés auteurs de tous les forfaits et de tous les désas- «r très contre lesquels la Praûce lutle depuis cinq ans, « ont été poursuivis par nos braves jusqu’au sein des
• flots, mais les flots les ont rejetés sous le glaive de « la loi, etc.
Le général Lemoine, chargé de l’application rigoureuse de celte loi invoquée par Tallien, se rendit à Vannes oh il institua des commissions militaires. Sombreuil , l'évéque de Dol et quelques autres chefs, furent jugés le 29 juillet, a Je jure (dit Sombreuil danssa «défense, et il soutint son direjusqu’à la mort)qu’il y acu «une capitulation d’après laquelle les Émigrés devaient •être traités comme prisonniersdeguerre.» Et adjurant alors les grenadiers qui étaient présents: «Répondez, ««jouta-t-il, n’est-ce pas devant mus que j’ai capitulé?»
faible qu'il fût. 'Surtout , me cria le général, qu’ila aient A (aire ctuer « le féu de la flolle anglaise. Si )e perds un bumme ili ton! loin morts. > Je me portai rapidement ver* le front, où je vi* régner une extrême agitation parmi tes Royalistes... A mon approche un grand nombre accoururent au bord du rocher. Que n'éprouvai je poiul lorsque du milieu d'eux j'ratcndi* «'élever plutieurt voix qui m’appelaient par mon nom , celle* un* doute d’ancien* camarade* ou d'officier* qui m'avaient connu dan* k* garnuon»: * Mc***ur* . dis je avec le peu •de fermeté que je pu* recueillir, voici le* propre* parole* que le gé- «néral m'a chargé de vou* transmettre : — Allez leur signifier de •mettre bas les armes, ou qu'ils sont jetés à ta mer — Mais, «monsieur, nou* avon* envoyé de* parlementaire*, et nou* attendons
• leur réponse- - Voua avez ru la réception qu’on leur a (aile, et qu'on
• n'a point voulu k* f-couter. Messieurs, décidez- voue, nul délai n’est «admissible. Surtout, a dit encore le général . qu'ils aient à faire •cesser te feu de la flotte anglaise; si je perds un homme ifs
• sont tous morts. • Ce fut en ce moment qu’une voix s'écria ; «Eh! « monsieur, vou* voyez bien qu’il» tirent mit nous comme sur vou*. » Allégation fausse, que de la pari des Emigrés pouvaient expliquer le* aocideaU d’une mer très houleuse, et la chute fortuite dans le Fort- Neuf de quelque* un* de* boulet* dirigé* de la (lotte anglaise contre no* colonne* , qui débouchaient par la crête de la plage; mai* allégation démentie par toute la conduite de* Anglais dan* ce* terribles oÉrcoaalaoces ; accusation enfantée par la «erreur, avidement recueillie cl propagée par la bain* nationale, alors dan* toute sa forte, et qui doit être classée parmi ces calomnies dont les nation* rivale* sont u touveul prodigue* In une* envers le* autre*.— Le galop d’un cheval que i’eolendi» derrière moi me fil retourner, et ie vu Ménage accourant le sabre A la main, la télé enveloppée d’un mouchoir blanc fl qui s’écria : 'Qu’est- ce A dire, messieurs, le général veut bseu vous •accorder quelque répit, et vou* en abust-z pour commuer va* ern «barquemeau.1 qu'il* ressent A rioalant même ou c’esl fait de vou* *.
* Qu'auraient signifié ce* reproches s’il* avaient été adressé* i des hommes qu’on aurait roosidéréa comme iféchappan! A la mort sur le champ de bataille que pour être livré* A de* tribunaux inipitoya-
Mnf Le* i Mémoires de M. Rouget île l*Ute. loin de détruire l’opl-
y’SSmcrou* *** Une cap*,ulalw>n » noui •eowâwat plutôt de nalure à
1*8 condamnés furent conduits le lendemain sur la promenade publique de Vannes , nommée ta Garrnne% et placés sur une même ligne pour être fusillés. « J’aime à voir mon ennemi en face », répondit Sombreuil, tpiatid on lui offrit un bandeau. Et comme il était couché en joue : « Visez plus à droite s’écria-t-il « ou vous me manqueriez. » Ces mots furent les derniers qu’il prononça.
Les autres prisonniers furent jugés à Auray, et exécutés près de celte ville, dans une prairie encore en vénération parmi les habitants qui la nomment la Prairie des Martyrs *.
L’expédition de Qulberon trompa également les espérances des Émigrés, des insurgés royalistes et des Anglais. Elle souleva dans le temps ua cri général d’indignation contre l’Angleterre. «Au moins, disait « Pitt à Shéridan , le sang anglais n’a pas coulé A Qui- « bcroii. •— C’est vrai , répondit l’orateur de l’opposi- « tiou, mais l’honneur anglais y a coulé par tous les « pores. »
«Mai* quoi, ajouta- t-il un* leur laiuer le trmp* de répondre, n*jr a- • t-il que de* Emigrés parmi vou* ? n‘jr a-t il plu* de Français?» A cet appel un violent houra éclata sur le rocher. — .Oui, oui, il y a de* «Français , créèrent A la foi* tou* le* prisonnier* enrôlé* de force «en Angleterre. Vive la nation l vive la République ! » En même temps te démêlant de* Emigrés, qu'il» pouua»ul de droite et de gauche. Il* s’élancent au bord de la roche, d'où ils *c jettent A corp* perdu dan* la plaine et viennent A tonte* jambe* s'agglomérer autour de Ménage. •
Le* Émigré* posèrent le* arme*. Un entretien eut lieu entre le général Hoche et Sombreuil II* te promenèrent seul* pendant quelque lemp* *ur te bord d’un rocher qui dotntoait U mer. Bientôt ils furent rejoint* par te* rrpréaenlaal».
«Kn débouchant sur la plate forme, nous vlme* Hoche et Sombreuil qui se promenaient paisiblement l'un A rôié de l’autre tout au bord du rocher, Hoche le plu* prè* du bord, de ior»e que d’un coup de coude le chef royaliste pouvait précipiter le général républicain de cinquante ou soixante pkds dau* U mer. Cad me fit peiner au dur de Cuise partageant son lit avec le prince de Coudé, et dormant pré* de lui d’un profond sommeil la ntltt même du Jour où U l’avait battu et fan prisonnier A la bataille de Drenv. Huche et Sombreuil s'avancèrent A notre rencontre. - • Citoyen*, du Hoche aux repré «sriitanls. je vou* présente te comte Charte* de Sombreuil.— Lecomte «de Sombreuil ' interrompit Rlad assez étourdiment. Monsieur, j’ai «été en présence avec mademoiselle voire Mrur.- Me**icur*, répondit «Sombreuil, le* malheur* de ma famille sont connut ; il a dû m'être « permit de chercher A la venger...*
M. Rouget de l’Ute ne cherche point A deviner quoi a pu être le sujet de l'entretien particulier de* deux généraux. On voit par son réril que Sombreuil avait l’air tranquille et résigné . mai* qtiVn retournant au fort Penthièvrr • te général Ifoche marchait *eol en avant , absorbé dans une rêver» métancoMque qui contrastait avec l‘irre**c amnitumée de la victoire. •
* Après la déclarai ion de Sombreuil cl A défaut <rofHpfcri français qui voulussent continuer à faire pari» des rouimiKions militaire* , dr» officiers étrangers composèrent ce* tribunaux ncceptioanets. D’après M. R<x*gct de riale, le* jugements et les exécution* ^élevèrent A 800 par jour.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
27 jeta. Débarquement de* Émigré* A Quiberoa. 3 Jrtuar. Pria* du fort PeatMèm.
Il — Diversion de Tluteniac et de Lantiry,
16 jviuxt Combat de Sainte-Barbe.
20 — Reprise du fort Pcnlhièvre.
Les Emigrés mettent bas les armes.
26 — Mort de Sombreuil.
A. IIIGO.
(ta sousrrit chez MLI.OYE , Éditeur, plaça de la Bourse, n* des Filtes-ét.-Thoma*, (3.
Pari*. — Imprimerie et Fonderie de ltir.aotra et Comp. , rue de» Fr*nc»-Boiirg*o»»-SaiiJt-Miclifl, 8.