‹ France MilitaireChapitre 12 sur 62 · OPÉRATIONS SUR LE RHIN · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LE RHIN

SOMMAIRE

Investissement de Mayence — Affaire entre te» deux lignes.— Combat du 22 mai.— Prise et reprile de la redoute de Junden-Sand.— Pichegru prend le commandement de l'armée de Rbio-et -Moselle.— Blocus et capitulation de Luxembourg.— Commencement de la campagne.— bilualion et forces respective» des armées française» et autrichiennes.— Passage du Rhin.— Marche sur la Labo.— Capitulation de Mmbcim. —Retraite de» Autrichiens »ur le Mayo.- Investissement de Mayence par la rive droite du Rhin.— Tombât de Heidelberg.— Jonction de Clairfayt et de VVunnscr.- Inaction île Piehegru.— Pénurie de* armées françaises.— Retraite de l'armée de Sambre et Meuse.— Les Autrichiens forcent les lignes de Mayence.— Inaction de Clairfayt.— Diversion opérée par Marceau.— Combat sur la Pfrim.— Relraile de Ptcbcgra. Combat de Frakendahl.— Retraite sur la Quricti.— Prise de Maoheini.— Mouvement» de l’armée de Sainbre-el Meuse — Armistice.— Insurrection belge étouffée. —Trahison méditée mais non exécutée.

Français. Généraux.

Armée de Samhre-et - Meuse . | Jocrdan.

Armée de Rhin-et- Moselle, j p|S*wui.

Autrichiens. Généraux.

Armée du Bas-Rhin.— CLsnrArr.

Armée du lîaut-Rhin.—Wvwsys*.

Investissement de Mayence. — Après la retraite des Prussiens sur le Bas-Rhin , afin de couvrir la Westpha • Lie, la prise de la tète du pont de Manhcim avait terminé, pour les armées du Rhin, la campagne de 1794. Le gouvernement français, tout en s’occupant des moyens de rentrer en paix avec l’Europe, avait ordonné au général Moreaux, commandant l’année de la Moselle, de bloquer Luxembourg, et au général Micbaud de foire cantonner les troupes de l’armée du Rhin sur la rive gairche autour de Mayence, afin d’en commencer l’investissement. Ces deux places étaient les seules que l'ennemi possédât encore de ce côté du fleuve.

Mayence renfermait une garnison de 20,000 Autrichiens, dont le plus grand nombre campait sur les glacis. Ils s’opposèrent de tous leur» moyens d l’exécution des lignes dans lesquelles Micbaud établit ses troupes autour de la place, tant afin de les mettre à l’abri de l’injure de la saison que pour servir de préparatifs au siège. Tour à tour ouvriers et combattants, les soldats républicains, stimulés par les conseils et par l'exemple de leur général, avaient à repousser l’ennemi d’une main tandis qu’ils tenaient de l’autre les instruments de leurs travaux. — Malheureusement les ouvrages qu’ils commencèrent alors avaient un immense développement; ils consistaient en une double ligne de circonvallation en forme de demi-cercle de quatre lieues d’étendue, depuis Laubenheim jusqu’à Monbach. Le Rhin en formait la cordc: Mayence en occupait le centre. Néanmoins ces travaux furent poussés si activement qu’ils furent à peu près terminés vers la fin de janvier. Les Autrichiens s’étaient aussi baraqués et retranchés en avant de la ville. Les deux partis sc trouvaient ainsi occuper des camps concentriques dont les postes intermédiaires étaient disputés chaque jour avec des suct ès variés.— Les soldats français manquaient de vivres et d’habillements, tandis que leurs ennemis, abondamment fournis de tout par la rive droite du Rhin, pouvaient être renouvelés sans cesse par des troupes fraîches. Le discrédit des assignats augmentait la misère des troupes; ce fut afbrs que le gouvernement accorda huit francs par mois en numéraire aux généraux et aux officiers de tout grade qui

furent aussi admis à participer à quelques-unes des distributions de vivres faites aux soldats.

Affaire entre les deux lignes. — Quelques escarmouches , quelques combats sans grande importance remplirent les deux premiers mois du blocus. Ainsi, par l’établissement sur la rive gauche d'une batterie de gros calibre, Micbaud parvint à faire taire le feu des batteries ennemies de la rive droite, qui l’incommodaient beaucoup. Ainsi la possession d une Ile, voisine de la rive gauche, fut vivement disputée les 20 et 22 mars, et cette Ile, après avoir été prise et reprise, finit par rester aux Français. — Les Autrichiens, pour sc venger de cet échec, effectuèrent, le 26 mai, une attaque générale sur toute la ligne française. Dès l'aube du jour, les troupes de la garnison et celles campées sur les glacis s’avancèrent vers les avant-postes républicains, qu’elles réussirent à surprendre sur plusieurs points; quelques coups de fusil ayant répandu l'alarme, on battit la générale; chacun prit les armes et se précipita vers les points attaqués.— L’impétuosité de l’ennemi était snr le point de forcer la ligne du camp; mais les soldats se rallièrent â leur général, qui, dans le tumulte du combat, eut la jambe fracassée par un biscalen. Cet accident redoubla le courage des troupes, qui parvinrent à faire rétrograder en désordre les assaillants: ceux-ci tentèrent en vain de se reformer ; ils furent culbutés et rejetés pêle-mêle dans leurs cantonnements, laissant l’intervalle entre les deux lignes couvert de morts et de blessés.

Combat du 22 mai.— Prise et reprise de la redoute de Junden-Sand. — Des renforts arrivaient successivement devant Mayence. Les Autrichiens augmentaient, de leur côté, le nombre des défenseurs de cette place. Les deux armées n’attendaient que le momeut de mesurer leurs forces. Mais l’ordre n’en était pas encore donné, et Micbaud employait les nouvelles divisions à augmenter les travaux qui ceignaient déjà la place. Cesl ainsi que fut établie une troisième ligne de circonvallation, armée de batteries formidables. Ces lignes, à peu près achevées daus les premiers jours de mai, étaient susceptibles d une bonne défense; un seul

point y paraissait défectueux ;cYlait l'extrême droite, ; qui n'avait été poussée que jusqu'à Lmbcnbcini, alors i qu'il eût été facile de l’appuyer au Rhin.

Les Républicains venaient d’acbevrr une grande redoute sur un terrain appelé le Junden-Sand. Le général autrichien (.lau fayt, chef supérieur de l'armée de défense, résolut, le 22 mai, d’opérer une nouvelle attaque générale, dans l'espoir qu’un effort bien dirigé contre cette redoute et deux autres postes, ceux du bois de Monbach et du tlardenberg, suffiraient pour l’en rendre maître, ou tout au moins pour lui permettre d’en détruire les retranchements. En déserteur avait heureusement prévenu la veil'e le général français. Clairfayt trouvant les Républicains sous les armes, hésita d’abord A donner l'ordre d’attaquer. La canonnade dura quatre heures. L'ennemi se décida alors à porter en avant les Manteaux ronges, troupes légères récemment levées dans la Dalmatie et dans la Servie. Os soldats, indisciplinés, s'élancèrent avec la plus grande hardiesse sur les retranchements du bois de Monbach , et prirent une redoute armée de deux canons.

La vue de ces bandes extraordinaires, qui s'avançaient au combat en poussant des cris sauvages, inspira d’abord un mouvement de surprise aux soldats républicains; cet étonnement ne fut pas de longue durée; ils se rallièrent bientôt et reprirent aux Servien» et aux -Dalmales la redoute et les deux pièces que ceux-ci avaient d'abord enlevées. Les Manteaux rouges, furieux de se voir ravir leur conquête, recommencèrent avec acharnement un combat corps A corps, où les baïonnettes françaises eurent l'avantage. Se voyant sur le point d’élre enveloppés, ils se décidèrent A la retraite. On les poursuivit jusque sous les murs de Mayence. — Mais si l’attaque du bois de Monbarh était repoussée, il n’en était pas «le même de celles du poste de Hardrnberg et de la redoute de Junden- Sand. — Les Autrichiens s’étaient jetés en forces si nombreuses et avec tant d’impétuosité sur ces deux points, que les Français avaient été contraints de les abandonner. L'ennemi s'y établit et en resta maître jusqu’à quatre heures de l’après-midi ; alors les soldats républicain» s’avancèrent de nouveau , résolus A le» reprendre.— La position du Hardenberg dominait la gauche de leurs ouvrages, et la redoute de Junden- Sand. leur avait coûté des travaux infinis, les soldat» s'écrièrent eux -mêmes que ce serait une honte de le» bisser A l’ennemi. — Les Autrichiens se virent donr assaillis au moment où ils s’y attendaient le moins. Comme ils avaient déjà néanmoins garni d’une artillerie formidable les deux postes qu’ils avaient pris, les premier* pelotons français furent criblés par la mitraille, ce qui n’arrêta pas la marche des suivants; on battit la charge et ils s'élancèrent avec fureur sur les Autrichiens, qui furent en un instant culbutés et reconduits l’épée aux reins jusque sous le canon de Mayence.

Piehegru prrrut le commandement de l’armée de Phin-et- Moselle. — Ce fut à cette époque que l’armée du Rhin prit le nom (Formée de Hh in-et- Moselle, et que Piehegru y arriva pour remplacer Michaud ,

; dangereusement malade des suites de sa dernière blessure. — Il sVlablit de nouveau pendant l'été une espèce de trêve tacite entre les deux partis. La Prusse avait fait la paix avec la France, et tous les yeux étaient tournés vers les négociations qui se traitaient A Bâle, et auxquelles un grand nombre d’états d’Allemagne s'empressaient de prendre part sous la médiation du cabinet de Berlin. La campagne de 1795 ne s’ouvrit véritablement que lorsque le général Jourdan fut envoyé sur le Rhin pour en effectuer le passage et concourir au blocus définitif de Mayence.

blocus et capitulation de Luxembourg.— Le blocus de Luxembourg avait eu lieu dans les derniers jours d'i toi) e 1791, par trois divisions de l'armée de la Moselle, aux ordres de Moreaux. Nous ne suivrons pas dans ses détails l’histoire de ce blocus. La place, armée de 500 pièces d'artillerie, faisait un feu continuel. —Le 20 mars, deux divisions de l’armée de Sambre^t- Meuse, commandées par Desjardins et Cbapsal, vinrent relever les troupes de siège qui furent dirigées sur Mayence. Le général Hatry eut alors le commandement en chef du blocus; il 01 construire sur une hauteur boisée une batterie destinée A brûler la ville. Le feldmaréchal Render, gouverneur de la place, tenta, dans la nuit du 15 au 16 mai, une sortie pour la détruire, mais ses efforts furent sans succès. — Enfin n'attendant plus de secours, et tourmenté par les sollicitations des habitants qui, effrayés de cette batterie menaçante, se croyaient déjà écrasés sous leurs maison», Render demanda lui-même A capituler le juin. Jourdan et le conventionnel Talot se rendirent au camp de Luxembourg pour régler les articles de h capitulation, qui eut lieu le 7 juin. La garnison, de 13,000 hommes, sortit avec les honneurs de la guerre, et fut renvoyée sous parole de ne point servir contre la France ou ses alliés avant d’avoir été échangée.

Commencement de ta campagne. — Le Comité de salut public, voyant les lenteurs du siège de Mayence, dont la possession lui était garantie par les articles secrets du traité de BAIe avec la Prusse, s’était déridé A transmettre aux armées de Jourdan et de Picbegru l’ordre d’entrer activement en campagne, A une époque où l’on songe parfois déjà A prendre des cantonnements.—Tandis que les troupes de Jourdan se disposaient A passer le Rhin, snivant leurs instructions , Piehegru rassemblait devant Mayence une nombreuse artillerie de siège et toutes les munitions nécessaires pour attaquer régulièrement cette place par la rive gauche, aussitôt que l'armée de Sambre et-Meuse serait en mesure d’en compléter le blocus sur la rive droite.

Situation et forces respectives des armées françaises et autrichiennes. — Au moment de la reprise sérieuse des hostilités contre l’Autriche, la ligne française s'étendait depuis BA le A Dusseldorf; la gauche, forte de 97,000 homme», et formée par l'armée de Sambre-èt-Meuse, aux ordres de Jourdan, était rangée depuis Ringen jusqu’au-dessous de Dusseldorf. L’armée de Rbiii-et-Moselle , répartie en onze divi-

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sions , formait le centre et la droite, et son effectif montait à 95,000 combattants; elle occupait la rive gauche du Rhin depuis Ringen jusqu’à Huningue, passant par les fameuses lignes de Mayence. — Desaix commandait l’extrême droite sur le Haut-Rhin.— L’armée du Nord, qui avait détaché plus de la mo tié de ses- forces pour renforcer les deux armées de la Sambre et du Rhin, gardait encore la Hollande.

Après la paix, le roi de Prusse ayant rappelé ses soldats, les Autrichiens défendaient seuls la rive droite du Rhin; Wurmsrr de Lorrarh, près Bâle, jusqu’à Philisbourg, et Clairfavt de Philisbourg jusqu’à Dusseldorf; les forces alliées s’élevaient à près de 180,000 hommes. L’armée de Rhin-et-Moselle avait ainsi devant le front qu’elle occupait, l’armée entière de Wurmser et une partie de celle de Clairfavt, à l'autorité de qui Wurmser était subordonné.

Ces quatre armées belligérantes, occupant les deux rives du Rhin, devaient, étant à peu près d’égale force, offrir respectivement d’insurmontables difficultés 5 celle qui voudrait franchir ce fleuve; aussi les généraux en chef semblaient-ils peu empressés d’en faire la tentative. La difficulté du passage n’existait pas à la vérité au même degré pour les Autrichiens, maîtres de Mayence; mais, en débouchant de cetto place, ils eussent eu sur leurs flancs deux années, et Clairfavt ne voulut point essayer une opération aussi hasardée; Il attendait que ses adversaires lui offrissent une meilleure occasion de les combattre, ce qu’ils ne devaient pas tarder à faire, étant dirigés par un comité plus propre à la paix qu’à la guerre, et où l’on s'apercevait facilement de l'absence de Carnot.

Passage du Rhin.— Jourdan seul s’occupait activement de préparatifs de passage. Dans la nuit du 1er septembre, il fit occupcH’tfe deNeuwied par 1,200 grenadiers, et le lendemain il profita de l’espèce de stupeur où l'attaque nécessitée par eette occupation avait jeté l’ennemi, pour faire conduire en arrière de Weisentburm un équipage de pont qui avait été d'avance réuni sur la Moselle. D’après l’avis de Kléber, il avait été décidé qu’on s’emparerait de Dusseldorf pour favoriser le passage du gros de l’armée. Un grand nombre de nouvelles barques furent louées à Duisbourg et dirigées sur la Rbur : on en rassembla un nombre suffisant pour porter A la foi» 3.000 hommes.

Le passage s’exécuta dans la nuit du 5 au 6 septembre, vers Dusseldorf , Urdingen et Eichclcamp, sous la protection de nombreuse» batteries établies sur la rive gauche. Le corps du général d'Erbach, de 10.000 hommes au plus, était chargé de défendre la ligne qui s’étend de l’embouchure de la Wipper jusqu’au ruisseau d’Augerbach; mais suivant l’usage des alliés, qui croyaient agrandir l’échelle de leurs combinaisons militaires en raison de l’étendue donnée à leurs cordons d’observation, cette troupe était disséminée sur une longue ligne, en divers postes* dont les plus considérables étaient à Mendelheim et à Sa rem ; un bataillon à Dusseldorf et Hamm, et la plus forte masse en réserve à Kaikum. Ainsi, en voulant trop couvrir, les impériaux ne couvraient rien.

Les premiers passages des troupes républicaines ae firent dans de petites barques emportées par un courant rapide, dont un beau clair de lune argentait d’abord les flots; bientôt le fleuve sembla se changer en une masse d’eaux embrasées sous les feux croisés de plus de deux cents pièces de canon, qui tonnaient à la fois des deux rives pour anéantir ou pour protéger la petite flottille, line faible division partie de l’embouchure de l'Erft, sous les ordres de Championnct, se dirigea sur Dusseldorf, déjà cauonné et bombardé de la rive gau<be, et contraignit le gouverneur autrichien A capituler. — Lefebvre avait passé ver» Eifbelcamp;’ après avoir traversé le cordon prussien , il tourna la droite des Autrichiens par Augcrost. La gauche de l’ennemi , menacée par Dusseldorf, se retira promptement sur Closterath et (ierhesteim ; enfin tout le corps de d'Erbach, débordé par des forces supérieures sur scs deux extrémités, sc trouva heureux de sc replier sans trop de pertes, et protégé par sa cavalerie, sur Rattingen. — Le débarquement de la gauche de Jourdan vers Duisbourg, sur le cordon de i’Augerbach, favorisa beaucoup ce passage du Rhin.

Marche sur ta Lahn. — Lorsque l’armée de Sambrt:et- Meuse l’eut effectué tout entière, il ne resta plus au comte d'Erbach qu’à se retirer précipitamment pour regagner sa communication par Elberfeld et Schwaluie.

Il rejoignit la division du prince de Wurtemberg, mais, ces deux généraux n étaient pas dans le cas de résister aux Républicains, qui les rejetèrent sur Siegbourg, uA ils arrivèrent le 11 septembre. Le prince de Wurtemberg prit ensuite position sur la Lahn,après s’étre replié sur le corps de Wartcnslebcn , qui était resté assez inutilement en observation vers Neuwied. Jourdan se posta en face de l’ennemi, la droite au Rhin, la gauche vers Limbourg; son mouvement obligea les Autrichiens à appuyer sur leur gauche et à y envoyer des forces. Clairfavt se porta de ce côté avec une partie de son centre. Wurmser, avec une division de l’armée du Haut-Rhin, vint remplacer les troupes tirées parClairfayt du camp de Scbwetzingen ; et Quasdanowirh s'établit à Heidelberg.

Capitulation de Manheim . — On se rappelle que la prise de la tête du pont de Manheim avait eu lieu dans les derniers jours de 1794. Pichegru , craignant peutêtre que si l’inaction de son armée se prolongeait trop, pendant que l’armée de Jourdan s’avancait victorieuse en Allemagne, sa conduite ne parût inexplicable et n’éveillàt des soupçons, sc décida à seconder les opérations du général en chef de l’armée de Sambre-et- Meusc. En conséquence la partie de son armée cantonnée sur le Haut-Rhin eut ordre de le descendre et de se rapprocher de Manheim. Il fit, le 20 septembre, sommer le gouverneur de lui remettre cette place, qu’il menaçf d’incendier eu cas de refus. Le gouverneur

Retraite des Autrichiens sur le Marn.— Investissement de Marence par fa rive droite du Rhin. — Après l’occupation de Manheim , rien n’était plus facile à Pichegru que de couper toute communication entre

Wurmser et Clairfayt; le sort même de ce dernier général dépendait probablement d'un mouvement rapide, par lequel l’armée de Rhin-et-Moselle débouchant sur la rive droite en force suffisante, l'eiH placé entre deux fi ux. Il le sentit et fit donner l’ordre à Wurmser de venir du Ilaut-Rhin, à marches forcées, à son secours; en même temps il abandonna la position de la Lahn, pour se porter en toute hâte sur le Mayn , qu’il passa les 22 et 23. De là , sa retraite au coeur de l’Allemagne était facile et sûre, si Pichegru s’avançait de Manheiin sur Heidelberg. Eu attendant Wurmser, Clairfayt se posta la droite à Ascbaffenbourg et la gauche vers Francfort. Jourdan le suivit sur le Mayn et y prit position, le 25, avec une partie de ses forces, le reste était en arrière pour garder les postes de la rive droite du Rhin. Jourdan s’occupa dès lors de compléter l’investissement de Mayence sur cette rive.

Combat de Heidelberg. — La plus grande partie de l’attirail de guerre et des magasins de Clairfayt était dans Heidelberg, qu’occupait le corps seul de Ouasdanowich; mais au lieu de se présenter sur ce point avec une forte partie de son armée, Pichegru n’y déboucha qu’avec deux divisions ;6*et7e), qu’il venait de retirer au général Schaal , chargé en son absence du blocus de Mayence, et comme s'il eût trouvé cette troupe trop forte pour battre l’ennemi, il la sépara en deux colonnes qui remontèrent les deux rives du Necker. La colonne de droite (7* division} rencontra les troupes de Quasdanowich, dans les journées des 23 et 24, et les culbuta; mais quand elle arriva près des montagnes, l’ennemi s’étant aperçu de sa faiblesse et de son isolement, réunit ses forces, revint sur elle et la mit en fuite. Une partie de cette colonne ne dut son salut qu’à un gué qui lui permit de repasser sur la rive gauche du Necker, où elle fut protégée par la sixième division. Elle perdit , dans cette affaire , son chef, le général Dufour, et 1,200 hommes tués ou blessés.

Jonction de Clairfayt et de TV urmser. — Cet événement, quoique peu important en lui-même, eut des suites immenses. Wurmser et Clairfayt opérèrent, par la grande route du Rhin (Berg-Strasse), leur réunion, qu'il eût fallu empêcher à tout prix. Alors , rassuré sur ses derrières, Clairfayt résolut de reprendre l’offensive sur Jourdan, laissant à Wurmser le soin de contenir le petit nombre de troupes que Pichegru tenait sur la rive droite.

Inaction de Pichegru. — Pénurie des armées françaises. — Jourdan travaillait à s’établir devant Mayence; mais son armée, qui avait été mise ainsi que lui sous le commandement supérieur de Pichegru, avait besoin d’ordres pour agir activement. — Pichegru continua à ne point faire connaître scs desseins, à ne donner aucun ordre et à rester dans l'inaction, refusant opiniât rément d’envoyer au-delà du Rhin d'autres divisions que les deux qu’il avait di rigées sur Heidelberg. L’échec arrivé à l’une d'elles nécessitait dans les positions d» s deux armées un changement pour lequel les généraux avaient besoin de S’trulendrç. Les représentants les invilèrcut à se réuuir

le 4 octobre au quartier général d'Ober-lngelheim; mais cette conférence n’eut d’autre résultat que de faire naître la désunion entre les deux généraux. — Pichegru envoya au gouverneur de Mayence une sommation qui, moins heureuse que celle faite au commandant de Manheim , fut accueillie par un refus. — Cependant on avait résolu de pousser l’investissement commencé sur la rive droite, et Kléber en avait été chargé; mais bientôt le manque d’artillerie, de fascines et d’instruments propres à remuer la terre, interrompit les travaux et rendit totalement impossible les tranchées et les fortifications nécessaires pour tenter avec succès le siège d’une place d’un si grand développement. A celle désespérante pénurie se joignait la disette croissante qui régnait dans les deux armées, surtout dans celle de Jourdan. On pouvait prévoir que cc long siège n’aurait pas une issue favorable.

Retraite de l‘année de Sambre-et - Meuse. — L’audace de Clairfayt s'était accrue par l'inaction des armées républicaines. Lorsqu'il eut reçu les renforts détachés de l’armée de Wurmser, et qui montaient à 25,000 hommes, il songea à effectuer son attaque. La position de Jourdan était critique, quoique son armée fût animée du meilleur esprit et parfaitement disposée à combattre. Il couvrait la ligne de Mayence sur la rive droite du Rhin, avec une partie de ses troupes campées le long du Mayn et de la Nidda, mais il avait en face des forces supérieures. Son aile gauche était en l’air, au milieu d'un pays ennemi, et n’avait pour défense que la ligne de neutralité de la Prusse.— On devait douter que celle ligne fût respectée par Clairfayt qui faisait aux Français le reproche de l’avoir récemment violée à Eicbelcamp. — Le général autrichien avait , en effet, résolu de tourner la gauche des Républicains. Après avoir renforcé sa droite de plusieurs milliers de grenadiers hongrois et de divers corps dont il déroba la marche en violant la ligne neutre, il se mit en mouvement dans la nuit du 10 au U octobre, passa le Mayn à Sligcnstadt, et, tandis que scs troupes légères se portaient sur la Nidda , ses masses s’avançaient sur Welzlar pour envelopper l'armée française. Jourdan , craignant alors d'engager le combat avec des chances défavorables, ordonna la retraite et l'abandon du blocus de Mayence.

Ce mouvement rétrograde se fit dan& le plus grand ordre. Pendant que le centre de l’armée se repliait sur le Rhin , et l’aile gauche sur Dusseldorf, la droite, aux ordres de Kléber, repassait le fleuve par le pont de Neuwied et se fortifiait sur la rive gauche. Quelques engagements sans résultats eurent lieu entre l’arrièregarde républicaine et l’avant-garde autrichienne. On s’accorde généralement à dire que les Français firent plus dans celte circonstance qu’on ne devait attendre, même de leur intrépidité connue. Un accident grave faillit néanmoins empêcher la retraite des colonnes qui passaient par le pont de Neuwied, et fut sur le point de les livrer à l’ennemi.

Kléber avait ordonné à Marceau, commandant l’arrière-garde, de faire meltre le feu à des bateaux destinés à embraser le pont de Neuwied quand l’aile

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gauche l'aurait repassé. Le capitaine de génie chargé par le général Marceau de l'exécution- de cet ordre, calcula mal 1rs instants; 1rs bateaux incendiaires arrivèrent sur le pont et y mirent le IV u au moment où 1rs premières colonnes seulement allaient le traverser. — L’armée, poursuivie vivement par l’ennemi, se trouvait ainsi acculée au Rhin sans moyens de passage. — Marceau, désespéré, voulait se brûler la cervelle ; un aide de camp lui arracha son pistolet. — Le danger n’en était pas moins pressant, et il fallut que ce qui restait de l’arrière-garde de Jourdan sur ce point de la rive droite redoublât d’audace pour contenir les Autrichiens. Kléber conserva un admirable sang-froid. Il accorda trente heures au chef des pontonniers pour rétablir le pont. Ensuite, employant tous ses soins à empêcher que Clairfayt ne fût informé de ce désastre momentané, il rallia ses soldais, repoussa l’ennemi et donna aux travailleurs le temps d’assurer le passage des troupes.

Jourdan eût bien désiré qu’on pût conserver la tète de pont sur la rive droite, mais les travaux en étaient trop imparfaits pour permettre une défense avantageuse , et elle fut évacuée. Les Français gardèrent seulement l’Ile de Neuwied qu’ils avaient hérissée de batteries formidables. Dusseldorf fut mis aussi en état de défense et couvert par un camp retranché.

La retraite de Jourdan fut l'opération la plus importante de l’année à cause de (‘influence qu’elle exerça sur la campagne. Tout le monde blâma Picbegru d’avoir laissé son armée arrêtée sous Mayence et le long du Rhin, au lieu de déboucher vivement de Manheim sur Heidelberg, pour couper Clairfayt avant sa jonction avec Wurraser et terminer la campagne par une victoire. On n’est point aussi unanime dans le jugement porté sur la retraite de l’armée de Sambreet-Mcuse. En convenant qu’elle était inévitable des bords du Mayn , ou Jourdan ne pouvait s’empêcher d’être tourné par des forces supérieures, d’excellents critiques ont pensé qu’il n’eût pas dû la prolonger audelà de la Lahn ou de la tête du pont de Neuwied.

Les Autrichiens forcent les lignes de Mayence. — Clairfayt crut devoir profiter de l’éloignement de Jourdan pour déboucher par Mayence, sur la rive gauche, et tenter de forcer les Français dans les lignes qu’ils avaient établies devant cette place. Par mesure de précaution , et afin de n’être pas troublé dans cette opération, il avait fait échelonner du côu‘ de Neuwied et de Dusseldorf, sur la rive droite, des détachements assez nombreux pour faire croire au général de l’armée de Sambre-et-Meuse qu’il avait en tête des forces considérables, et qu’il était toujours poursuivi.

Le départ des deux divisions que Pichegru avait tirées des lignes pour les porter sur Manheim n’avait laissé devant Mayence que 52 bataillons et 4 régiments de cavalerie, tous extrêmement affaiblis par la disette, les maladies et les fatigues. Celte armée manquait de moyens de trans|>ort, et presque toute son artillerie restait sans attelages, les chevaux étant morts de faim ou de froid. Quatre compagnies d’artillerie légère ayaient seules reçu quelques remontes et faisaient

encore leur service; les pièces de position ne pouvaient plus être remuées; des hommes pris dans les deini-brigades traînaient les pièces de batailloo quand l’état des chemins le permettait.

30,000 hommes figuraient bien sur les états de situation; mais 24,000 seulement étaient présents sous les armes, et ils étaient disséminés sur uue ligne demi-circulaire de huit mille huit cents toises de longueur, depuis Lanbenheim jusqu’à Budenbeim. Cette ligne, faible partout, avait encore contre elle sa proximité d’une place d’un aussi grand développement qufr celui de Mayence, qui possédait des camps retranchés où une armée pouvait se rassembler sans être aperçue du dehors.

Clairfayt ne voulait attaquer qu’un point des lignes; il choisit celui qui présentait le plus de chances de succès. Nous avons parlé de la lacune qui existait depuis les retranchements de Laubenbeim jusqu’au Rhin, ce fut de ce cûté qu’il dirigea ses efforts.

Tout avait été disposé pour l’attaque dans la nuit du 28 au 29; cetieattaque fut favorisée par uu orage qui ne permit pas aux Républicains d’avuir la moindre connaissance des préparatifs qu’on faisait contre eux.

Deux bataillons et quelques hussards remontèrent le Rhin pendant la nuit sur une flottille et débarquèrent derrière la droite française aux vilCges de Stackenhcimetde Bodenheim. Le reste des troupes fut divisé en quatres colonnes principales et plusieurs petits corps détachés. La première, aux ordres du général Neu, fut placée aux environs du village de Weissenau; la deuxième, commandée par Staader, occupa l’espace entre le fort Sainte-Elisabeth et Zalbach; la troisième était peu éloignée de la seconde ; la quatrième resta provisoirement dans les ouvrages avancés de la place. Les bataillons de Lascy et de Manfredini devaient , placés à l’extrême droite de l’armée, faire de fausses attaques sur la gauche des lignes.

Les troupes débarquées par la flottille s’emparèrent des villages de Stackenheim et de Bodenheim , où était le quartier général dcCourtot, commandant la huitième division française. Ce général en fut chasaé et regagna Laubenbeim, où il trouva le général Scherb déjà aux prises avec les tirailleurs de l’avant-garde de Neu, sortie de Weissenau. Bientût la colonne ennemie arriva près des lignes et força Laubenbeim. Les ouvrages de Sainte-Croix , formant une première ligne de retranchements, furent en même temps enlevés par les colonnes de Staader. La position de Courlot était critique. Attaqué de front par Staader, en flanc par Neu, et à revers par les troupes de la flottille, ce général, peu expérimenté, ne pouvait déjà plus dissimuler ses craintes ; il perdit entièrement la tête quand il vit l’ennemi maître du village de Laubenbeim. — Il eût pu se retirer sur la neuvième division, puisqu’il n’était pressé que sur sa droite et que sa gauche était libre. Ce mouvement même était si naturel, qu’il semble qu’il eût dû faire partie de ses instructions. Mais il prit la fuite en suivant la direction qui semblait l’écarter le plus vite de l’ennemi; et le soir, après une marche pareille à une déroute, il sc trouva, avec les débris de sa division, à sept lieues du champ de Pi-

chiffrai, pendant ce temps, restait â Obcr-lngelheim , et sa droite était déjà en fuite qu’il n'avait pas encore connaissance du combat. Cependant, la division Colloredo était aux prises avec les avant-postes de la neuvième division républicaine, qui la repoussèrent d'abord dans le ravin de Zalbaeb, d’où elle avait débouche. Une partie de la cavalerie ennemie traversa en même temps la ligne sur les hauteurs d'Hcchtsheim, qu’avait abandonnées la division Courtol, et se porta en toute hâte sur le flanc droit et les derrières de la brigade de droite de la neuvième division qui se trouvait en bataille entre la neuvième et la grande route de Marienborn à Mayence. Cette brigade, composée de la onzième légère et de la sixième de ligne, était commandée par le général Duverger. Elle eut â peine le temps, pour éviter d’être prise entièrement à revers, de commencer un changement de front, l’aile droite en arrière; elle fut même, pendant son mouvement , attaquée par la cavalerie ennemie; mais cette dernière ne tarda pas â être rejetée hors de la ligne par le deuxième de hussards. — Nous 11c pouvons entrer dans le détail de tous les engagements particuliers auxquels cette affaire donna lieu. — Pichegru, informé enfin de ce qui se passait, ordonna aux dixième et onzième divisions d'exécuter leur retraite, mouvement que favorisait la résistance prolongée de la neuvième. Pressée, cependant, par les colonnes de Neu, de Staader et de Colloredo, celle-ci rétrograda aussi à son tour, et les troupes dont elle se composait sc trouvèrent réunies, entre une et deux heures, sur les bau- • teurs de Niéder-Ulm , en arrière de la Selz. Les trois divisions ayant mis le feu â leur parc d’artillerie qn’elles ne pouvaient emmener, faute de chevaux , s’avançaient, quoique isolées l’une de l'autre, A peu près dans la même direction; et, malgré quelques attaques d’arrière-garde, arrivèrent assez en ordre, le soir, aux rendez-vous qui leur avaient été assignés. — La huitième division seule manquait â son poste : on ne savait ce qu'elle était devenue. La neuvième et la cinquième, en s’étendant, pour faire disparaître la Ineune produite par son absence, la rencontrèrent âCrunstadt, encore livrée au désordre et désorganisée.— Celte malheureuse journée coûta â l’armée républicaine 3,000 hommes, tués ou blessés, et 60 pièces de canon. L’ennemi eut environ 2,600 hommes hors de combat.

Inaction de Clairfayt. — Diversion opérée par Marceau. — Après avoir forcé les lignes de Mayence, Clairfayt aurait rendu le succès qu'il venait d’ob- ' tenir bien autrement décisif, si son audace eût égalé sa prudence et scs talents comme général. Il aurait pu , en ralliant les troupes de Wu rimer et en agissant avec plus d’activité, anéantir ou faire prisonnière l'année d’investissement tout entière. Mais, au lieu de se mettre immédiatement à la poursuite des Républicains, il resta six jours dans la position conquise et n'en partit que le 5 novembre. — Le général Wartens- Irben marcha sur Alzey ; Nauendorf attaqua, â Rochenhausen , une division française et la rejeta sur Winweiler. Clairfayt se porta lui-même sur Westofen, Ostcrofen et Worms.

Pichegru , de y>n côté, avait rallié l'armée de Rhinet-Moselle , sur le petit ruisseau de la Pfrim, la droite au Rhin, la gauche au mont Tonnerre.— Jourdan, instruit de ce qui venait de se passer devant Mayence, avait détaché aussitôt, sur le Hunsdruck, le général Marceau avec 20,000 hommes , pour opérer une diversion en faveur de l’armée du Rhin. Marceau attaqua, le 10 novembre, les gorges de Stromberg, occupées par de» détachements de l’armée de Clairfayt. Malgré l'escarpement des rochers, les soldats, encouragés par l'ardeur de leur jeune général, parvinrent jusqu'aux gorges, à travers la mitraille et les boulets , et en chassèrent l’ennemi. Le champ de bataille, couvert de blessés et de mort», resta en leur pouvoir. Arrivé sur les bords de la Nabe, Marceau eut encore avec les Autrichiens un nouvel engagement, où ceux-ci perdirent #00 hommes , tués ou prisonniers. Il s'empara de Kreutznach; mais l’ennemi ayant reçu dans la soirée même un renfort de 18 bataillons et de 30 escadrons , qui portait ses forces à un nombre double de celui des Républicains . Marceau ne crut pas devoir s'exposer aux chances d un combat par trop inégal et regagna la position de Sohn-Yalt, qu’il avait occupée auparavant. — Le but que Jourdan s’était proposé se trouvait néanmoins rempli en partie, puisque Clairfayt, au moment où il attaquait Pichegru , avait été obligé de détacher une partie du corps de Warlensîeben contre Marceau, à Kreutznach.

Combat sur la Pfrim. — Retraite de Pichegru. — Pichegru avait réuni sur la Pfrim toutes ses troupes disponibles, ne laissant sur la rive droite du Rhin que la garnison de Manheim. Néanmoins, sa position était encore trop étendue pour le nombre de ses soldats, et de plus facile â tourner par la gauche; aussi , ne se dissimulait-il pas le danger de livrer une bataille, étant presque dépourvu d’artillerie et ayant A combattre une armée numériquement très supérieure; mais il ne pouvait se résoudre ni à abandonner Manheim A scs propres moyens de défense, ni A l'évacuer. Il avait appelé Jourdan A son secours; il espérait que ce général arriverait assez tôt sur la Nahe aveç des forces suffisantes pour occuper Clairfayt , tandis que lui-même n’aurait plus alors à combattu* que YVurmser. Mais les pluies avaient dégradé les chemins et rendaient difficiles les marches et les manoeuvres des troupes.

Clairfayt, renforcé dans la soirée du 8 novembre, par le corps de Latour, détaché de l’armée de Wurmser. et fort de 16 bataillons et de 40 escadrons, avec un train considérable d’artillerie, se décida A livrer bataille. L’attaque commença le 10 novembre, avant le jour. Warlenslfben. avec un tiers de l'armée, renforcé par des troupes légères du corps de bataille, commença 1’ flaque xur Kircheim-Poland , avec l’aile droite autrichienne , et contraignit les Français de rétrograder jusqu'A Masbach et Coiheim. — Le général Krav, avec l’avant-garde autrichienne, contenait le centre et la droite des Français, pour favoriser l’attaque dirigée sur leur gauche, jusqu'au moment où Clairfayt en personne pourrait faire donner le corps de bataille.— L’armée autrichienne s’étant enfin avancée

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dan» l'après-midi, et la première ligne s'étant formée, Desaix qui, avec sa division , était au centre de l'armée, se trouva trop faible pour détendre la position étendue qu’il occupait. — L’artillerie française s'élevait A peine à 40 canons mal servis. Les Autrichiens avaient en batteries 150 pièces amplement fournies de munitions de toute espèce.

La dixième division ( Desaix ) ayant doue exécuté un mouvement rétrograde, Picbegru crut devoir ordonner une retraite générale sur Frakcndahl. Elle commença à la nuit close par les divisions de la droite, et Manbeim, abandonné à ses propres forces, n'eut plus d’espoir de salut que dans l’arrivée de Jourdan. Ou a blâmé Picbegru de ce que, en se décidant à recevoir une bataille sur la Pfrim, il n'avait pas rappelé A lui trois divisions, les deuxième, troisième et quatrième, inutilement cantonnées sur le Haut-Khin. Il y a lieu de croire que, daus ce cas, Clairfayl , qui fut obligé de détacher le lendemain une de ses divisions contre Marceau, revenant à kreulznacb, n'aurait pas forcé la position de la Pfrim , et que l’armée de Khio-el-Moselle aurait pu y attendre l'armée de Sambre-et-Meuae.

Combat de Frakendahi . — Le combat de la Pfrim fut suivi de i'iuvestissement de Maubeim, dont le siège commença ausilôt. Dès le commencement, le bombardement en fut poussé avec vigueur. Clairfayt en confia le soiu à Wurmscr et continua la poursuite de l'armée de Picbegru, qui s'était arrêtée sur le canal de Frakcndahl, la gauche A Turckbcim, la droite au Rhin, le front couvert par le bois de Friesenheim et par les rives marécageuses du canal et des ruisseaux de Stosbacb et de Fuchsbach. Mais le découragement de celle armée augmentait A mesure qu’elle perdait du terrain et, par une raison contraire, t'enthousiasme des Autrichiens s'accroissait eu raison de leur succès. Clairfayt était décidé A attaquer cette nouvelle positiou; et si Picbegru se laissait encore battre, il était difficile de savoir où il pourrait s’arrêter eusuite, tant il est vrai que rabattement du soldat eulratne plus de revers que son exaltation ne produit de succès. On doit appliquer A * la guerre cette réflexion d’un auteur : aS'il est toujours facile de s’arrêter quand on gravit uoc montagne, on ne peut dire où l’on s’arrêtera en la descendant.»

Le général Kray commença , le 13 , A inquiéter la gauche des Français vers Turckbeim et Tripstadt. Le 14 au malin, le centre des Autrichiens sc porta sur Lambsheim. Ce poste retranché fut emporté par l'ennemi, pendant qu’une plus forte colonne, où se trouvait Clairfayt, tournait la ville en jetant des ponlssur la Fuchsbach. Latour, qui commaudait l'aile gauche, mit en mouvement trois colonnes et fit trois attaques; la première à l'extrême gauche, aux ordres du général Oit, marcha sur Edickeim et Friesenheim; la seconde, conduite par Latour lui-même , se porta directement sur Oggersheim et Studernheim, par la chaussée; la troisième, plus A droite et commandée par le général Lilien , attaqua Epstrin de concert avec une brigade du centré de Clairfayt. — Toutes ces attaques, exécutées par des forces supérieures, réussirent assez

bien; l’aile droite, aux ordres de Werneck.se bornait A rationner le mou. in d’Arsheim, pendant que la gauche combattait seule, combinaison maladroite, puisqu'en forçant Picbegru à la retraite, elle lui permit néanmoins de la faire presque sans perte, derrière le canal de Frakendalb , d'où il marcha dans la nuit à Muttersladt , pour aller prendre position sur la Speyerbach.

Retraite sur la Queich. — Cette nouvelle position sur la Speyerbach dut être encore abandonnée, par suite d’un mouvement du corps de Nauendorf qui v s’étant porté le 10 novembre sur kaiserslautern, menaçait la gauche des Français. Les Républicains se retranchèrent donc derrière les lignes de la Queich, leur gauche appuyée A Landau.— Clairfayt s'établit sur la Speyerbach.

Prise de Manhrim.— Manheitn renfermait une garnison de 9,000 hommes. Elle fut dans le principe vivement bombardée; mais on n'a d’ailleurs aucun détail sur la défense, qui est restée un mystère jusqu’à présent : ou sait seulement que la place était mal approvisionnée en munitions de guerre et de bouche, et qu’elle n’a presque point fait de résistance. Le choix du général Monlaigu, qui la défendit, les circonstances où ae trouvait alors Picbegru, et quelques pièces trouvées depuis dans les fameux fourgons de Klinglin, ont donné lieu A des soupçons de trahison sur lesquels l'historien ne peut émettre aucune opinion. Manbeim se rendit le 22 novembre.

Mouvements de l' armée de . Sambre-et- Meuse. — » Pendant les divers mouvements rétrogrades de Pichegru , Jourdan avait résolu de laisser son aile gauche sur la rive droite du Rhin , et de se porter avec le reste de l’armée sur la Nahe, dans l’espoir d’opérer sa jonction avec Picbegru et de contraindre Clairfayt A revenir sur ses pas. Le mauvais étal des chemins , le dénùnfènt absolu de toutes choses ralentirent les mouvements de l’armée de Sambre-et-Meuse au point de faire presque naître sur le compte de Jourdan des soupçons indignes du beau caractère de ce général. Les divers plans qu'il avait formés furent déjoués par Clairfayt et surtout par la reddition de Manhcim. Le corps de Nauendorf gardait Deux-Ponts, par où les deux armées françaises auraient pu communiquer. La ligne de la Nahe fut ocrupéc de Bingen A Birkcnfrld par cinq divisions de l'armée de Sambre-et-Meuse. Plusieurs nouveaux engagements eurent lieu vers Kreutzriach entre le» généraux autrichiens kray, Nauendorf et Marceau. Cette ville fut prise et reprise. Pichegru, de son cAté, fit reprendre Deux-Ponts et menacer kaiserslautern; mais tous ces combats, qui ne se rattachaient A aucun plan général, doivent être considérés comme de simples affaires de postes sans importance. La saison devenait rigoureuse; Jourdan finit par quitter la ligne de la Nahe pour se rapprocher de Trêves et de Trarbach. Les Autrichiens faisaient alors aussi d'immenses préparatifs pour passer le Rhin sous Coblrutz. Kléber, qui commandait sur ce point, écrivit A Jourdan pour l’informer de ces mouvements hostiles. Les deux généraux

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ne doutaient pas qu’ils ne fussent le signal d’une des plus vigoureuses attaques qu’crtt encore offertes celte campagne.

Armistice. — Les choses en étaient là quand on reçut, le 21 décembre, au quartier général de l’armée de Sambre-et-Meuse , un parlementaire envoyé par Clairfayt pour proposer un armistice. On ne connaît pas encore aujourd’hui les motifs qui purent déterminer les Autrichiens à faire une telle proposition, quand la victoire leur donnait tant d’avantages. Jomini suppose qu’elle fut la suite de la fatigue de leurs troupes et de la crainte qu’avaient les généraux de ne pouvoir pas se maintenir dans leurs quartiers d’hiver sur la rive gauche du Rhin, ayant à droite l’armée de Jourdan et à gauche celle de Pichegru. Quels que pussent être les motifs de Clairfayt, Jourdan se hâta d’accepter l’armistice, mais à condition qu'elle s’étendrait à l’armée de Pichegru. lin mouvement de dépit porta d’abord ce dernier général à refuser la trêve offerte; il avait moins de moyens de résistance à opposer que Jourdan, et il se résigna enfin, pressé par ses officiers. L’armistice fut signé le Ier janvier 1796. En concluant cette convention, Jourdan croyait avoir bien mérité de sou armée et de la France; mais le Directoire, prétextant que la Constitution lui attribuait exclusivement la signature des armistices, annula celui que le général de l’armée de Sambre-et-Meuse venait de conclure, pour en signer un autre à peu près pareil qui fut rédigé par des commissaires de son choix. Cette chicane était ridicule. La Constitution, en attribuant au Directoire le droit qu’il réclamait, n’avait pas entendu l'empêcher d’en investir ses généraux. Il fut convenu que les armées cantonneraient dans les positions qu'elles occupaient respectivement, et les hostilités furent suspendues indéfiniment, sous la seule réserve de se prévenir dix jours avant de les reprendre.

Insurrection belge étouffée. — Cette convention inattendue déconcerta les projets des ennemis de la

France en Belgique, ofi un aventurier nommé Jacquemin menaçait d’allumer une Vendée entre la Sambre et la Meuse. Déjà des rassemblements considérables de paysans avaient surpris des convois, les dépôts et les petits détachements étaient insultés; on craignait une explosion générale. L’armistice permit de distraire sans danger une division de l’armée du Nord , et de l’envoyer à Bruxelles, où elle rétablit la tranquillité d’autant plus facilement que les insurgés se trouvèrent privés de l’appui des Autrichiens.

Tra/iison méditée mais non exécutée, —a La trêve, dit Jomini , faillit cependant mettre la République A deux doigts de sa perte. Picbegru , ne trouvant pas à Strasbourg, dans la modicité de son traitement, de quoi subvenir aux frais de scs secrètes orgies, prêta plus d’attention aux propositions des royalistes, et renoua avec le prince de Coodé des négociations dans le terme desquelles il entrevoyait, avec l'indépendance, plus d’honneurs et de fortune que dans la plus belle victoire. A celte époque Louis-Stanislas-Xavier de Bourbon venait de se rendre à Offenbourg pour s'y faire proclamer roideFrance par le corps des Émigrés. Sa présence donna une nouvelle activité à ces négociations mystérieuses. Fauché -Borel fit de fréquents voyages d’un quartier général à l’autre, et s’il faut en croire les Mémoires d’un homme qui n’y fut point étranger, Pichegru devait être le restaurateur de la monarchie en France et recevoir en récompense de ce service un million en numéraire et le château de Chambord. On ignore encore les causes qui firent échouer ce beau rêve... »

Il est triste, mais il est vrai de reconnaître que le conquérant de la Hollande, ainsi que le vainqueur de Jemmapes, devinrent indignes de la confiance des troupes républicaines. Dumouriez et Pichegru sont deux noms qui ne peuvent plus être nommés avec honneur au milieu d’une armée. Le soldat doit pouvoir dire en tout temps: Honte aux déserteurs! infamie aux traîtres!

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

26 mars. Combat entre les deux lignes devant Mayence.

2*2 mai. Prise et reprise de la redoute de Juuden-Sand.

31 — Pichegru prend le commandement de l’armée de Rhio-et- Mosele.

7 sois. Capitulation de Luxembourg.

5 et 6 septembre. P.issjge du Kbiu par l’armée de Sambrc-ct- Ncuse-

11 — Marche des Français sur la Lahn.

22 — Prise de M.uiheim par l’armée de Rhin-ct-Mosclle.

22 et 23 — Retraite dit Autrichiens sur le Mayo.

25 — Combat de Heidelberg.

— > — Jonction de Clairfayt et de Wurraser.

4 octobre. Conférence des généraux français à Ober-Ingelheim.

10 et i3 — Retraite de l’armée de Sambre-et-Meuse.

28 et 29 — Clairfayt force les lignes de Mayence 10 .novembre. Diversion opérée par Marceau. — Combats de Stromltcrg cl de Kmitznach-

Retraite de l’année de Rhin-et-Moselle. — Combat sur la

Pfrim.

13 — Combat de Frakendahl.

16 — Retraite de» Français sur la Quekh.

21 — Armistice entre les debx années signé par Jourdao. — Accepté par Pichegru le 1er janwer 1796.

A HUGO

On lOOBcnt chez PHt.LOYB , Éditeur, place de la Bourse , nie des Filtes-Saint-Tbomas , 13.

Pari». — Imprimerie et Fonderie de Rioxoox et Coœp., me de* Frsnrs-Dmirpwis-Saint-Micbel , S.

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