‹ France MilitaireChapitre 26 sur 62 · RETRAITE DE MOREAU. — BATAILLE DE B1BERACII · texte numérisé non relu

RETRAITE DE MOREAU. — BATAILLE DE B1BERACII

SOMMAIRE

Pauage du Lecb.— Combat de lartodbarK --llarclM> de Deiaix sur A ictwtrtt.— Combat de Zell.— Moreaa te décide A la retraite.— Tentative de* Auirirhien» »ur Kcbl. - Retraite «Kt l’artnéo françaiac.- Combat de bcbUMcnrled.— Caiaille de liiberacb.— Moreau renonce A irurvbcr" sur la Kinlriif.- PaiUKe du vat d’I'nfer.— Bataille d’Emmeadingen.- Bataille de bcbüciigen.— L ’aruiéc repauc le Riùn.— Artmalice proposé et refu*»'. - Jugement i sur la catnpaanc-

arukk ixpIkials. t

Général en chef.—\ji prince Cxaio».*.

Général de l armée du Haut- Rhin.— Latoui.

Général en chef. \ Moreau.

, I DliSAI*. — FfKIMJ.

Chefs de corps d’armée.

I (.©huovSaivt-Cy*.

Après la bataille de Neresheim, l'Archiduc, battu par Moreau, était revenu â son premier projet, et. Laissant son armée sous le commandement du général Latour, était parti en toute bàlc avec un corps de 28,000 bouimes afin de se réunir à Wartensleben, et d'écraser, par la masse de ses forces, l’armée isolée de Sambre-et-Meuse.— Ce résultat, qui devait eulraluer la perte de Moreau après celle de Jourdan, n’aurait pu être prévenu que par la jonction des deux armées françaises; mais les ordres du Directoire ne laissaient pas même aux deux généraux la possibilité de songer un instant à cette réunion ;à Moreau surtout, auquel ses instructions prescrivaient d’envoyer des renforts ft l’armée d’Italie, et de manœuvrer de manière à favoriser les opérations de cette armée. — C’était lui enjoindre implicitement d'abandonner celle de Sambre-el-Meusc à ses propres ressources. — (Juoi qu’il en soit , dès qu'il apprit le départ de l’Archiduc, il réunit chez lui , le 23 août, à son quartier général d’Augsbourg, les chefs de ses trois corps d’armée, et tint conseil avec eux sur ce qu'il y avait A faire. Les conséquences du mouvement de l'Archiduc étaient faciles A prévoir; il n’existnit d’autre moyen de salut que d'opérer sur la gauche et de marcher au secours de Jourdan par la route la plus courte, celle de Donawerth ù Aischlett, en engageant le général en chef de l'année de Sambrc-el-Mcusc a ne pas combattre avant la jonction des deux armées.— Le conseil , espérant concilier les intentions du Directoire et les difficultés du moment, croyant manœuvrer A la fois pour aider Bonaparte et secourir Jourdan, adopta au contraire une résolution funeste, celle de pénétrer en Bavière pour y faire une diversion.

Passage du Lech. — Le passage du Lech et l’attaque de Latour furent donc décidés. La rivière, enflée par la fonte des neiges du Tyrol, rendit très difficile la première de ces opérations, qui s’effectua le 2 4 août. La seconde division de l’aile droite, aux ordres de Férino, passa à Hanstelten, Gouvion-Saint-Cyr près de Lechhausen, et la tète de l'aile gauche à Langweid ; le surplus de cette aile se rassembla entre Augsbourg et Hanstetlen, afin de franchir la rivière aux deux passages principaux, le gué de Langweid étant si mauvais que Desaix, après l’avoir passé avec son état major et un détachement de cavalerie, jugea prudent de ne pas

T. II

soumettre le reste de son corps à la même épreuve. La 3e demi-brigade d 'infanterie, la 8IF de ligne, le 4e de dragons et une partie du 8* de hussards, parvenus les premiers sur la rive droite du Lech, s’emparèrent aisément de kussing, des hauteurs de Moringen, et s’avancèrent sur Otlmariug, où huit escadrons de cavalerie impériale et deux bataillons d’infanterie firent une vive résistance. D’autres escadrons français déjà passés se dirigeaient pendant cette affaire vers la chapelle Sainl-Afra et le grand pont d’Augsbourg, appuyés par de l'infanterie qui suivait la rive gauche. Ce mouvement avait pour but île joindre la gauche de l’aile droite avec les troupes du centre. Tandis que Férino traversait vers ilansletten, Saint-Cyr, par une vive attaque, éloignait les Autrichiens, et le passage continuait aux deux gués de Lechhauscn, village qui fut enlevé par la 21e demi-brigade, conduite par le chef de bataillon Hobiu, nommé chef de brigade sur le champ de bataille. — On avait pendant ce temps travaillé activement au rétablissement des ponts. Dès qu’ils furent achevés, le reste des troupes, la réserve et l’artillerie passèrent sur la rive droite. L’armée eut à regretter l'adjudaut général llouel, qui se noya en traversant la rivière.

Combat de Friedberg. — Le général Latour avait pour instructions de s’éloigner le moins possible du prince Charles, et d’empèchcr tout mouvement concentrique qui eût permis la réunion de Jourdau et de Moreau. Pour atteindre ce but, il aurait dù concentrer scs forces sur le Bas-Lcch ; mais il ne parut pas sentir l’importance de ce point stratégique, cl il les dissémina au contraire de la manière la plus imprudente: 12,000 hommes formant l'aile gauche, sous Froelich, s’étendaient vers Scbœngau jusqu'aux montagnes du Vorarlberg, que défendait le géuéral Wolf, soutenu par les généraux Græfer et Saint- Julieu, commandant les corps du Haut-Tyrol ; l’aile droite, cuire Bain et Pesenbruck, se composait de la division Mercantin, de 7,500 hommes; Aichstelt et Ingolstadt étaieut gardés par des détachements; Coudé occupait Landsberg avec 5,000 combattants; Latour, avec 6.000 autres, était posté au centre vers Friedberg. Ln voulant ainsi tout couvrir il s’exposait à tout perdre; néanmoins sa position sur le plateau de Friedberg était des plus fortes..

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Après le passage du Lech et pendant l’engagement ver» Ottmaring, Férino s'était formé sur la gauche des Autrichien», qu’il devait tourner, pendaulque le centre et la droite de l’armée française les attaqueraient de front vers Lcchhauscn et Friedberg. Desaix, chargé d’observer la division Mercantin, avait fait passer sur la route de Neubourg deux brigades destinées à intercepter de ce côté la retraite de l’ennemi. Le résultât fut tel qu’on pouvait l’espérer, Oltmaring fut emporté par Férino, et le plateau de Friedberg gravi par la di- ‘ vision Saint-Cyr. Latour se voyant sur le point d’ètre tourné, ordonna la retraite. La route de Ratisbonne était gardée, et il aurait voulu se rejeter sur celle de Munich; mais Férino occupait Ottmarmg. Après avoir inutilement (enté de forcer ce passage, les Autrichien» s’enfuirent dans le plus grand désordre par des chemins de traverse entre les routes de Munich et de Haliftbonne. Les troupes de La Roche et de Dubesme 'des corps de Férino et de Saiut-Cyr) donnèrent seules dans cette affaire, qui coûta aux Impériaux dix-sept pièces de canon et 2,000 hommes, dont 1,200 prisonniers.

Combat de Lagenbruck. — Apres la victoire de Friedberg, l'armée de Rhin-et-MoseJlc ne mit pas assez d’activité dans la poursuite de l'ennemi, et laissa A Latour le temps de rallier ses troupes, d’opérer sa retraite et de s'établir sur l’Iser. la gauche A Kirehtrudingen, le centre à Riem, la droite A Landshut, gardant * tou» les ponts qui pouvaient assurer ses mouvements sur les deux rives. Ce général, bien assuré dans cette position, alla même au-devant d’un renfort que l’Archiduc, informé de l’échec de Friedberg, lui envoyait sous les ordres de Nauendorf.

Moreau suivait lentement l'ennemi en se prolongeant A gauche. Il eût craint de s’avancer sur l’Iser en laissant l’ennemi maître A la fois des débouchés du Tyrol et de la tête de pont d'Ingolstadt. Il s'était donc décidé, pour occuper ce dernier poste, à rapprocher son aile gauche du Danube.. Le 1er septembre, Férino arrivait vers Dachau; Saint-Cyr s’établissait vers Pfaffenhofen et Freysing; Desaix près de (iuntersried et de Geisenfeld. La tête de pont d’Ingolstadt, devait être attaquée par Delmas; Labordc était encore vers kempten, a trente lieues sur la droite.

Mais, pendant ces mouvements trop étendus de la droite et du centre, Latour, encouragé par l’airivée de Nauendorf, emporté par son caractère impétueux et jaloux de réparer l’échec de Friedberg, sc porta dans l’angle formé par le Danube et l’Iser, et attaqua la gauche de Moreau avec une nombreuse cavalerie. La 10e demi-brigade d’infanterie légère, postée dans les bois de Geisenfeld. soutint bravement le premier choc j des Impériaux, et par sa résistance donna le temps A ! la cavalerie de réserve de monter a cheval , et au corps j de bataille de s’avancer au soutien de son avant-garde, entre la Chnpellc-Saint-Cast et Puccb. Le combat fut j vif sur ce point, dont l’ennemi s’empara, et oû il éta- j blit de fortes batteries d’artillerie qui obligèrent la ! droite de Desaix A se replier sur le bois en arrière de Gambach. la? plus grand effort de l’ennemi se faisait par la grande route Vers Langcnbruck, où il parvint

A pénétrer; mais l’extrême gauche des Français occupait une hauteur dominant le village, que l’infanterie ennemie, formée en colonne d’attaque, chercha deux fois A gravir, et dont elle fuL deux fois repoussée.

Pour tourner la gauche de Desaix, et s’emparer de la grande route, 1,000 cavaliers autrichiens, après avoir traversé des prairies marécageuses, vinrent se déployer entre Langenbruck et Gcisenfeld. Ce point était alors dégarni, les troupes chargées de le défendre ayant été envoyées vers la Chapeile-Saint-Casl; mais Desaix et Beaupuy , ayant reconnu l’intention de l'ennemi, y dirigèrent aussitôt un bataillon de la 62e de ligne, le 8* de chasseurs, le 0e de dragons, le lrt de carabiniers et une compagnie d’artillerie légère. La marche de ces troupes, cachée par une hauteur, s'effectua sans être connue de l'ennemi qui, n’apercevant que quelques pelotons épars sur la colline, les chargea avec fureur. Le feu de quatre pièces chargées à mitraille fut insuffisant pour l’arrêter; mais la cavalerie autrichienne, arrivée à vingt-cinq pas de la crête supérieure, fut tout A conp chargée avec impétuosité par le régiment de carabiniers, qui la rejeta en désordre dans les marais. Les dragons et les chasseurs la prirent en flanc et, lui coupant la retraite, la forcèrent A défiler devant le front du bataillon d’infanterie, qui la salua d’un feu de mousqueterie bien nourri. La perte de cette cavalerie, en mort et en blessés, fut considérable. F.nfin Desaix, pour décider le combat, reprit l’offensive avec la droite de son corps de bataille. Les Impériaux, repoussés de la Chapelle-Saint-Cast par un bataillon de la 97®, se déterminèrent A opérer leur retraite par le bois de (ieisenfeld. Une de leurs colonnes, dirigée sur Rrichertshofen poAir forcer le passage de la Paar, avait également échoué.

Saint-Cyr, occupé A l'attaque de Freysing, ne prit point part à ce combat; la direction du vent l’empêcha même d’entendre la canonnade. Cette circonstance fut heureuse pour le général Latour, qu’elle sauva d’une ruine sans doute inévitable, si le centre des Français «U agi de concert avec l’aile attaquée. — Une division du corps de Férino fit le même jour une tentative inutile pour s’emparer du pont de Munich. — Le désir d’occuper cette place donna lieu, le 3 septembre, sur User, A un engagement A la suite duquel les Français restèrent mai très des postes de Mosbourg, de Freysing et d’un pont sur la rivière.

Mart fie de Desaix sur Aichslelt. — D’autres escarmouches sans importance, et dans l’une desquelles le général Lambert fut tué près de Ncustadt, eurent aussi lieu les jours suivants sur l’Iser, et dans les environs de la tète de pont d’Ingolstadt, dont Delmas tenta inutilement de s’emparer.

L’armée de Sa mb re-et-Meusc était alors en pleine retraite au-delA du Mayn, après avoir livré la fatale bataille de Wurlzbourg. Elle perdait ses conquêtes dans le Haut-Palatinat et dans la Franeonic; et Mo-, reau allait être forcé d’abandonner les siennes en Souabc et en Bavière, dès que l’Archiduc, qui avait déjA , le 9 septembre, pris position sur la Lahn, sc déciderait A tirer parti de tous scs avantages. ;

Le général de l’armée de Rhin-et-Moselle ne pouvait pas ignorer les succès du prince Charles, exagérés par les gazettes allemandes. Il se borna néanmoins à la demi-mesure de détacher le corps de Desaix du côté de Nuremberg, pour communiquer avec Jourdan, qui se trouvait à soixante lieues de là. — Ce détachement, dirigé sur le point oh l’armée entière eût dû se porter quinze jours plus tôt, compromettait alors également l’armée et Desaix.— L’ailegauche,sedirigeant sur Aischstett, passa donc le Danube le 10 à Ne u bourg; le centre prit à Unterstadt une position intermédiaire sur la rive gauche; Delmas resta sur la droite vers Zell, pour défendre Neubourg; Férino, afin de couvrir les ponts du Lech, se replia vers Friedbcrg, derrière la Paar. Latour suivit ce mouvement et s'avança sur Schrobenhauscm, tandis que Nauendorf passait le Danube, et que Froelich marchait sur Landsberg.

Combat de ZeU. — Ces divers mouvements ne rendaient pas meilleure la position de l’armée républicaine, dont le centre, isolé sur la rive gauche du Danube et à vingt lieues de ses ailes, était incapable de résister à l’effort des masses que Latour aurait pu réunir. Ce général, au lieu d’un emploi vigoureux de toutes ses forces contre le centre de Moreau , à Neubourg , voulut tenter de le forcer avec la seule division Mercantin. — Le 14 septembre, à la faveur d’un épais brouillard, il sc jeta avec son avait-garde sur les six bataillons de Delmas, concentrés entre Pruck et Zell, et les culbuta. Ce général et le général Oudinot furent blessés en chargeant à la tête de la cavalerie. Moreau prit aussitôt lui-même le commandement de cette division, qui se trouvait sans chefs, et soutenu par un renfort que Saint-Cyr lui envoya de la rive gauche, parvint à se maintenir dans sa position et à repousser l’ennemi. Deux autres tentatives renouvelées dans la même soirée n’eurent pas plus de succès: dans la dernière la cavalerie autrichienne fut culbutée et poursuivie jusqu'à Lichtenau.

Moreau se décide à la retraite. — Moreau ayant appris enfin la retraite de l’armée de Sambrc-et-Meuse, et jugeant qu’aucune diversion ne pouvait plusélre utile à Jourdan, rappela le corps de Desaix. Ce corps revint le 16 sur la rive droite du Danube, où l’année entière se trouva réunie entre Neubourg et Walden. Moreau comprit qu’il devait opérer lui-même un mouvement rétrograde. Menacé sur sa droite par Froelich, et sur sa gauche par Nauendorf, il résolut de se rapprocher du Rhin en remontant aux sources du Danube; mais craignant que l’ennemi ne le prévtnt à Ulm, dès que sa retraite lui serait connue, il donna au général Monlrichard l’ordre de s'emparer de cette place pendant que l'armée repasserait le Lech et reviendrait vers l’iller.

Tentative des Autrichiens sur Kehl. — Encouragé par ses succès mêmes, l’Archiduc, non content de repousser Jourdan, avait pris des dispositions pour opérer sur les derrières de Moreau. Après le passage du Rhin, celui-ci avait donné des ordres pour le rétablissement du fort de Kehl et de la tête de pont d’Hu-

ningue. le prince autrichien résolut de s’emparer de ces postes, dont les ouvrages étaient à peine ébauchés, et de détruire les ponts qu’ils devaieut couvrir.

Après l'affaire de Wurtzboorg, il détacha onze escadrons sous les ordres du général Meerfeld , qui fut chargé de communiquer avec le commandant du camp de Manheiin, Petrasch, et de lui porter l’ordre de joindre une partie de sa garnison à celle de Philisbourg pour attaquer le général républicain Scberb, resté eu observation à Bruchsal avec trois bataillons et deux escadrons. Petrasch devait battre ce petit corps français et couper les communications de Moreau avec le Rhin. Scherb, attaqué une première fois le7, le fut de nouveau le 13 par des forces quadruples des siennes, qui l’obligèrent à sc replier sur Kehl, où il prit position le 15 en avant des ouvrages sur la rive droite de la Kintzig. Ce mouvement rétrograde se fit avec ordre et lenteur, quoique les Français fussent harcelés de tous côtés. Petrasch, connaissant leur faiblesse numérique, crut pouvoir s’emparer des ouvrages de Kehl par un coup de main, et les fit attaquer le 18. Ses troupes étaient formées en trois colonnes: la première, composée de la moitié du régiment de Ferdinand , commandée par le colonel Ocskay, pénétra jusqu’à l’ouvrage à corne du Haut-Rhin, en remontant la rive gauche de la Kintzig; la seconde, formée de l’autre moitié du même régiment, se porta de Sundheim sur le bourg de Kehl, dont elle s’empara; la troisième, partie de Neumuhl, devait aussi pénétrer dans Kehl; en même temps une fausse attaque avait lieu sur la rive gauche de la Kintzig, et le colonel Pongralz, avec une réserve, s’avançait vers le Rhin jusqu’au pied des retranchements.

Scherb était encore sur la droite de la Kintzig que la première attaque avait déjà réussi; les Autrichiens arrivèrent au milieu du bourg après avoir franchi une grande partie des ouvrages. La cavalerie française fut presque détruite en filant dans les rues de Kehl pour regagner le pont de la Kintzig; mais le général Siscé ayant alors tourné le fort au-dessus du Rhin, avec la 68e demi-brigade, réussit, vers sept heures du matin et après d’incroyables efforts, à rentrer dans Kehl et à repousser la colonne d’Ocskay, qui fut lui-même fait prisonnier avec 200 hommes. La garnison du fort, composée d’un bataillon de la 24e et des débris de la 104e, n’avait pas perdu courage et tenait fêle à l’ennemi , encore maître d’une partie du village. Cependant les généraux Moulins et Schawembourg formèrent à la hâte à Strasbourg, alors sans garnison, et où l’alarme s’était répandue , un bataillon des ouvriers de l’arsenal, qu’ils envoyèrent à la tête de pont : un nouveau renfort de deux bataillons de grenadiers et de chasseurs de la garde nationale ne tarda pas à les suivre. La face du combat changea. Ces nouvelles troupes, pleines d’ardeur, rejetèrent l’ennemi hors du bourg de Kehl. La troisième colonne ennemie débouchant de Neumuhl à dix heures du matin, fut obligée de se retirer après quelques tentatives inutiles.

Cette action fit le plus grand honneur au général Siscé, à la 68e demi-brigade, et surtout à la brave garde nationale de Strasbourg.

Retraite de l'armée française. — L’armée de Rhin- ] et-Moselle, suivie avec une extrême circonspection ! par les Impériaux, arriva le 2*1 septembre sur liller, sans avoir été inquiétée. Moreau, qui avait d’abord voulu séjourner dans cette position, fut informé par les gazettes autrichiennes de la marche de l’Archiduc dans le Haut-Rhin. II crut devoir ne pas perdre de temps pour se rapprocher du fleuve, surtout dés qu’il eut appris que Naucndorf, par une marche rapide sur Dim, pouvait déborder sa gauche et se lier avec Petrasch, qui occupait les vallées de la Kinlzig et de la Rcnchen.

L’armée se porta en trois marches de l’Iller derrière le Feder-Sée ( lac Feder), où elle arriva le 28. — Les hauteurs en arrière de la Schussen, entre Raindt et Rawensbourg, furent occupées par le gros du corps de Férino, que les brigades Paillard et Tharreau avaient rejoint. Le centre, aux ordres de Gouvion-Saint-Cyr, prit position près de Steinhausrn, entre le lac et l’abbaye de Schussen ri ed ; l'aile gauche, commandée par Desaix, campa entre le lac et le Danube. Desaix avait passé ce fleuve A Ehingen. Son arrière-garde, après avoir soutenu dans Ulm une canonnade contre Naucndorf, n’avait évacué celte place que dans la nuit du 26 au 27. Le quartier général était A Sulgau.

Naucndorf se dirigeait à marches forcées sur Tubingen , afin de gagner le flanc gauche des Français, pendant que Latour les suivait pas A pas , enjoignant A sa gauche, augmentée des brigades Wolf et Saint-Julien , de presser la droite des Républicains; manœuvre insignifiante, puisque la marche de cette aile était sans importance stratégique pour les Impériaux , et qu’ils la poussaient alors vers la Suisse, dont tous leurs efforts auraient dù tendre A l’éloigner.

Combat de Schussenried. — L'armée française séjourna le 80 dans scs positions. Sa situation pouvait devenir plus critique chaque jour, au milieu de corps ennemis qui, sans être liés entre eux, l’enveloppaient presque de toutes parts. Les parcs d’artillerie et les équipages couraient le risque d’ôtic enlevés par les insurgés de la Forêt-Noire, réunis aux détachements autrichiens. Moreau, cependant, calme et vigilant, ne se laissait aller A aucune inquiétude qui eût pu le pousser avec précipitation; il opérait son mouvement rétrograde moins comme une retraite que comme une manœuvre.

liai Met, qui commandait l’avant-garde de Latour, descendit dans la soirée du 80 des hauteurs deüroth , et attaqua avec impétuosité la gauche de la division Duhcsme postée en arrière de Schussenried. Sainl-Cyr soutint son avant-garde avec le corps de bataille, et l’affaire s'étendit sur toute la ligne, férino et Desaix furent aussi attaqués ; mais partout on repoussa l’ennemi A qui ces engagements meurtriers coûtèrent beaucoup de monde.

Bataille de fliberath. — Après ce combat, Raillet forma, avec 5,000 hommes, le centre des Impériaux vers Sleinhnusen; l’aile gauche, forte de 10,000 (des corps Mercanlin et Condé}, sc rapprocha d’Holzmjthc; à la

droite, Kospolh, avec 0,000 combattants, occupait Schafflangen et éclairait Oggelshausen et Séckirch ; Latour, avec une réserve de 2,200 hommes, campait sur les hauteurs de Groth ; enfin le reste de l’année sous Froclich, était établi A Rawensbourg, poussant des partis sur Wolfsegg.

Nauendorf, vers Tubingcn, manœuvrait sur le flanc gauche de l’arméede Rhin-ct-Mosellc; Petrasch occupait sur ses derrières les montagnes Noires où Latour espérait pouvoir l’acculer dans peu de jours; mais Moreau avait étudié sa position , et connaissait ses ennemis. Son armée, plus forte en masse que chacun des corps de l’armée impériale en particulier, occupait au milieu d’eux une position centrale qui lui permettait de prendre A volonté l’initiative, et de choisir le temps, le lieu du combat et même le combattant. Il résolut de livrer bataille le 2 octobre au corps de Latour même , qui , imprudemment adossé au ravin de la Rvss, n’avait qu’un seul débouché par Biberach,et dont les trois divisions étaient séparées par des obstacles qui ne leur permettaient pas de se secourir mutuellement.

D’après un plan d’allaque un peu étendu, par suite du grand éloignement des colonnes françaises qui avaient A partir eu même temps de Waldsée et de Ricdiingen , Férino laissant un détachement devant l'Argon pour contenir Froclich, devait se porter avec la gauche de sa division . par la roule de Waldsée A Bibcrach, sur les villages d’Ober-ct-lInter-Efsendorf jusqn’A Gmendorf. Le but de cette manœuvre était de tourner la gauche de l’ennemi, placée près de Wintersteltcn. Saint-Cyr, pendant ce temps, devait attaquer le centre par la route de Reicbenbach A Biberach. et Desaix assaillir la droite de Latour par la route de Ricdiingen. La perte totale de l’armée de Latour aurait été vraisemblablement la suite de ces dispositions habilement combinées, si elles eussent pu être mises A exécution; mais l’officier chargé de porter au général Férino les ordres du général en chef s’égara et ne put pns rrmplir sa mission.

Le centre dut former trois attaques: la première, conduite par le général Gérard, dit Vieux, sc porta par Oggelshausen ; Saint-Cyr conduisit la seconde par la roule de Reichenbach A Biberach. Pendant que la brigade Laboissière, de la division Duhc&me, contenait l’ennemi A droite de Schussenried, Dubesme, lui-même, chargé de la troisième attaque, dirigeait son autre brigade A travers les bois , entre Schussenried et Holzreuthe, pour agir contre Mercantin. L’action s'engagea vers huit heures. L’infanterie autrichienne, occupant les bois au-dessus de Sternhauscn, fut forcée par les 100e et 106'“ demi-brigades. La cavalerie autrichienne essaya vainement de la soutenir par une charge vigoureuse; les escadrons ennemis furent repoussés par le JKdc hussards cl par les greoadiers de la 106e. Baillet, avec le centre , dut sc réunir sur Groth à la réserve de Latour, mouvement que Condé et Mercanlin suivirent sur Winterstctten.

Saint-Cyr, qui, en profitant de ce premier succès , aurait pu repousser l’ennemi sur le ravin de la Ryss , se déploya alors entre Muttensweilcr et Watenweiler t

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trompé par le faux rapport qu'une colonne ennemie , débouchant par Mtcbelswand, allait menacer sa droite. Cette circonstance ralentit la marche du général français, et permit à Latour de faire filer sur l'mcndorf et de mettre en sûreté son parc d'artillerie. Il en fut quitte , à Groth , pour une canonnade qui se prolongea jusqu’à cinq heures du soir. Le defaut de succès de .celte première attaque dépendit aussi d’un mouvement mal exécuté par un chef de brigade qui , chargé d’enlever une batterie de huit pièces flanquant la droite du centre de l'ennemi, resta inactif dans un bois par lequel il devait déboucher.

Desaix s'était avancé par la route de Riedlingen pour assaillir le flanc droit de l’ennemi, au moment de l'attaque du centre. Il se trouva, en sortant de Mittel-Biberach , devant le corps de Kospoth , qui s'était replié de la position de Schafflangen sur celle du Galgenberg. Le combat s'engagea aussitôt, et Desaix, avec une partie de son corps, manœuvra pour tourner par les ailes, l’eunemi, que ses autres brigades attaquaient de front. La droite du général français marchait par Obemdorf sur Mittel-Biberach , pendant que la gauche, se portant par Bickenhardt, s'emparait du Lindeberg (montagne de Linde) et de Biberacb. Les ! Autrichiens, culbutés par l'attaque de front, furent contraints de défiler en colonne entre les deux divisions de Desaix. La tète se fit jour, mais cinq bataillons succombèrent après une vigoureuse résistance, et restèrent prisonniers.

Labour, éclairé trop tard sur le danger de sa position, avait ordonné à Mercantin de se retirer sur Eberhardszell; à Condé, de se poster vers Schweinhausen; à Baillet et à Kospoth, de se replier derrière la R?ss par Biberacb. Il était trop tard. Saint-Cyr, rassuré sur sa droite, attaquait de front le poste de Groth, que la brigade Gérard tournait par Reute. Latour, après avoir traversé les bois de Rindcmoos, tenta de se reformer vers Gretschweiler. Suivi par Saint-Cyr, et trouvant Bibcrach au pouvoir de Desaix, il dut s’ouvrir un passage à travers les masses de ce dernier. La moitié de sa colonne réussit à passer; le reste fut pris ou dispersé. Mercantin, à la 4auche, parvint à Eberhardszell sans être inquiété; Condé fut poursuivi jusque près d’Appendorf; Latour, pendant la nuit, rassembla ses troupes derrière Ringschneidt, et porta Baillet à Laufheim pour garder scs communications avec le Danube. Les Français victorieux bivouaquèrent sur les bords de la R y sa.

L'ennemi eut 4,000 hommes hors de combat; 4,000 prisonniers , dix-huit pièces de canon et deux drapeaux furent les trophées de cette journée. La victoire, si bien préparée par les combinaisons du général on chef, eût été complète, si la droite, aux ordres de Férino, eût pris part à l'action.

Moreau renonce à marcher sur la A'inlzig. — Passage du val (T Enfer. — Cependant Nauendorf venait d’opérer sa jonction avec Petrascb , et quoique leurs forces, réunies à Ilechingen au nombre 20,000 hommes, ne fussent pas suffisantes pour arrêter une armée trois fois plus nombreuse , elles pouvaient en inquiéter la

marche et la retarder assez pour donner à l'Archiduc le temps d’arriver sur la Renohen. Ce prince, favorisé par l'armistice conclu avec Beurnon ville, marchait suivi d'une partie de l’armée impériale du Bas-Rhin , pour se réunir à Latour.

Le général en chef de l’armée de Rhin-et-Moselle, qui eût pu en venir aux mains, le 3 septembre, avec Nauendorf ou avec Pctrasch, ou même avec tous les deux réunis, renonça, après la victoire de Biberacb, au projet de se porter sur Strasbourg par la vallée de la Kint/.ig, alors trop bien gardée , et prit la route directe du val d’Enfcr, afin de gagner Kreybourg avant l’arrivée de l’Arcbiduc sur l’Klz. Le gros de l’armée passa le Danube vers Riedlingen. L'avant-garde s’empara de Yillingen et de Rothweil ;la droite fui destinée à tenir tête à Latour vers Tullingcn ; la gauche à contenir Nauendorf près de Rothw eil ; et le centre à forcer le passage du val d’Eufer.

Ce poste n'était gardé que par deux bataillons, aux ordres du colonel d’Aspres. Ils furent rejetés par l’avant-garde de Saint-Cyr, sur Emmcndingen, avec perte de 2 à 300 hommes. Ce général entra le 12 octobre à Freybourg ; le reste de l’armée passa la gorge les jours suivants. La marche des équipages et des parcs de l’armée, que l’on dirigea sur Huninguc, fut couverte par les brigades Tharreau et Paillard, qui soutinrent contre les troupes légères de Froelich quelques combats d’arrière-garde.

Bataille d 'Emmemli ngen. — Moreau aurait voulu se rendre à Kehl par la rive droite du Rhin. Dans ce but, la gauebe de l'armée se porta à Emmcndingen; le centre vers VValdkirch, et la droite resta en observation dans la vallée de Saint-Pierre. Saint-Cyr dut s'emparer d’Eltzacb , mais le mauvais état des chemins dégradés par des pluies affreuses, fit échouer cette opération, qui aurait peut-être d’ailleurs compromis l'armée, en l’éloignant du pont de Brisacb, dont l’ennemi pouvait s’emparer. Il eût été mieux , les communications par la rive droite du Rhin n’étant pas suffisamment assurées , de passer le fleuve à Brisach , et de venir par la rive gauche déboucher, le 16, sur Kehl, contre le corps qui se trouvait prèsd’Offenbourg.

L'Archiduc s'était réuni , le 15 octobre, à Petrascb , à la gauche duquel Naueobourg vint le même jour se lier. Latour, débouchant par la vallée de la Kintzig, opéra, le 17, sa jonction au camp de Mahlberg Le 18, Froelich et Coudé , qui avaient seuls suivi les Français par le val d’Enfcr, arrivèrent à N'custad t, et Wol f se post a à Waldsbul ; mais la droite des Français se maintint à Saint-Pierre, contre le général Froelich.— L’Archiduc ayant réuni ses principales forces , voulait attaquer les Français sur-lc-champ. L’extrême fatigue des troupes de Latour le força à remettre le combat au lendemain.

De son côté, Moreau, dans le but d’attaquer les Autrichiens , mettait ses troupes en mouvement ; sr» divisions devaient s’avancer par les montagnes où les pluies continuelles rendaient la marche lente et extrêmement difficile.

L’Archiduc avait disposé son armée en quatre corps ;

le premier, de huit bataillons et quatorze escadrons, aux ordres de Nauendorf, devait attaquer Waldkirch; le second, de douze bataillons et vingt-trois escadrons, commande par Wartensleben, avait ordre de se porter sur Emmendingeu et le pont de l'F.Iz; le troisième, de huit bataillons cl qui uze escadrons , dirigé par Latour, fut partagé en deux sections pour s’avancer par Heimbach et Malterdingen, sur le pont de Rondringen; enfin le quatrième, de cinq bataillons et trois escadrons, aux ordres du prince de Furstemberg, devait occuper Kensingen , faire des démonstrations contre Riegel, et se maintenir derrière Rust, Rappel et ürafenhausen. Chacun de ces corps, outre sou artillerie de campagne, avait quelques petits obusiers.

Les dispositions de Moreau étaient analogues A celles de l’Archiduc. Delmas devait se porter sur Riegel et Hecklingen. Les hauteurs de Malterdingen et de kondringen étaient gardées par Bcaupuv. La première division du centre occupait Emmendingen. Saint-Cyr partant de Waldkirch avec l’autre division et la réserve, avait ordre d’attaquer l’aile gauche ennemie par la vallée de FKIz, vers Bleibach , et de la forcer, en la tournant, à évacuer toutes ses positions entre le Rhin et les montagnes. Enfin, les débouchés de la Forèl-Noire, A l’extrême droite, étaient gardés par le général Férino.

Saint-Cyr, pour effectuer son attaque dans la vallée de l’Elz, se mit en mouvement, le 10, A la pointe du jour, par la vallée de Bleibach. Un de ses détachements filait A droite, sur les crêtes du Kanderhcrg, vers $imonswald, pour descendre dans ce village par le ravin. De son côté, Nauendorf formait ses colonnes; mais, sachant qu’on ne doit pas manœuvrer dans les vallées profondes, sans garnir de flanqueurs les sommités latérales, il y avait, dès la veille, poussé deux bataillons et trois escadrons. U en résulta que Saint-Cyr, qui voulait, par le moyen de la petite colonne dirigée sur Simonswald, inquiéter le flanc gauche de son ennemi, eût lui-même le sien à découvert. Les tirailleurs ennemis, se glissant par le ravin qui débouche sur l’Ela, j près de Rulnau, occupèrent les bois qui dominenl'la vallée où il se trouvait, et engagèrent la fusillade. Cette circonstance inattendue, et la nouvelle qui lui fût donnée de la marche d’une colonne sur ses derrières, décidèrent Saint-Cyr A se retirer sur Waldkirch. I.a petite colonne descendue sur Simonswald , se replia sur les sommités du Randerberg, poursuivie par Nauendorf qui attaqua aussitôt Waldkirch , s’empara , après une lutte meurtrière, du défilé dont il fit occuper les hauteurs, et repoussa Saint-Cyr jusqu’à Langendeazlingen.

La division Reaupuv, portée A Matterdingen, soutenait depuis midi contre les deux colonnes dirigées par Latour, un vif engagement. — Dès le commencement du combat, le brave général français avait été tué. — Dans le même temps , Férino était forcé par Froelicb, dans la position de Saint-Pierre. — Moreau averti des échecs éprouvés par sa droite et par sou centre, ne crut pas devoir engager une affaire générale, avec FE’z A dos, et Froelich sur sa droite. L’ordre de se retirer sur Amwasser fut envoyé A Ikaupuy; mais

la mort de ce général ayant empêché qu’il ne fût communiqué A sa division, celle-ci soutint le combat jusqu'au soir, et ne se retira que devant de nombreux renforts qui arrivèrent aux Autrichiens.

Le centre de l’Archiduc ne fut pas si heureux. Deux des trois colonnes dont il se composait, furent arrêtées presque tout le jour par des tirailleurs français dans les bois de Landeck. Après un combat très rude , où Wartensleben fut grièvement blessé, la troisième colonne, arrivant sur le flanc droit des Républicain», décida l’évacuation d’Emmendingen. Ils se retirèrent derrière l’Elz, en détruisant les ponts.

Desaix posta la division Delmas A Riegel et Endingen; celle de droite garda ie débouché de Nimboorg. Saint-Cyr appuya sa droite aux montagnes, en arrière de Langcndenzlingen, et sa gauche A Unter-Reule. Nauendorf et l'avant-garde de l’Arcbiduc ayant rétabli des ponts et passé FElz, le 20 au matin, campèrent près de Langcndenzlingen.

Bataille de Si filiengen . — A près ces divers combats, ' Moreau se décida A cesser de manœuvrer dans le Brisgau, et A se retirer sur Huningue avec une partie de l’armée pour y repasser le Rhin. Desaix eut ordre de traverser le fleuve A Brisach, dans la nuit même du 20, et de se porter rapidement A Relil par Strasbourg. Le centre continua sa marche rétrograde, harcelé par l’avant-garde ennemie qui se jeta brusquement dans Freybourg. Saint-Cyr se forma en arrière de celle place, pour empêcher les Autrichiens d'en déboucher, et pour y attendre Férino. L’aile droite sortant alors de là vallée de Saint-Pierre, était vivement poursuivie par Froelich et le prince de Condé. Sa jonction avec le centre s'opéra néanmoins heureusement. A peine venait-elle d’avoir lieu , que les corps de Condé et de Froelich, débouchant du val d’Enfer, engagèrent une forte canonnade. La retraite n’en continua pas moins en bon ordre, par les hauteurs de Pfaffenweiler. Moreau s'établit , le 22, A Schliengen, déterminé, si cela était nécessaire pour mieux assurer son passage, A accepter encore un combat.

Au sud de Mulheim , une chaîne de hauteurs escarpées , s’étendant du fleuve au mont Hohenbiau , coupc transversalement la vallée du Rhin. Ce contre-fort du Hohenbiau est encaissé de trois côtés : A gauche par le Rhiu, A droite par la Rander, et sur son front par le ruisseau de Schliengen , dont la source est dans le Hohenbiau, et l’embouchure près de Stcinsladt dans le Rhiu. Ce fut dans cette forte position que Moreau s’arrêta pour attendre l’Archiduc. Sa ligne occupait une étendue de trois lieues; la droite appuyée au défilé de Randern , le centre vers Licl et Eckenheim , et la gauche au fleuve vers Stcinsladt.

L’Archiduc campa vers Neubourg et Mulheim , et employa la journée du 23 à reconnaître la position des Français, qu’il se proposait d’attaquer le lendemain. Ses dispositions pour ce combat ressemblèrent A celles qu’il avait prises A Emmendingeu. Son armée fui encore partagée en quatre corps, aux ordres des princes de Condé et de Furstemberg, des généraux Latour et Nauendorf.

Les deux premiers corps attaquèrent la gauche française à Steinstadt et A Schliengen , mais tous leurs efforts échouèrent devant la brigade Xansouty et la division Ambert. Dubesme, au centre, eut plus de peine A repousser les attaques opiniAtrcs de Latour. Le temps était affreux, les troupes combattaient, exposées à une pluie orageuse, dans des terrains détrempés par les pluies précédentes, et ofi la cavalerie était paralysée. Les succès furent plus balancés sur le front de Férino. La droite des Français, vers Kandern, était la clef de toute leur ligne, et un échec sur ce point eût été décisif, en permettant aux Impériaux de les prévenir sur Iluningue. C’est aussi vers Kandern que PArchiduc se proposait, dit-on, de faire un principal effort. Il est cependant difficile de croire A cette assertion, en songeant au petit nombre de forces qui furent dirigées sur ce point , et en considérant que le corps de Nauendorf, par suite d’un retard dans ta marche, qu’il eût été facile de prévenir, ne se trouva que vers la fin du jour en mesure de donner avec toutes ses forces contre la droite française, tandis que les trois autres corps avaient commencé leurs attaques dès le matin.

Il résulta des dispositions de PArchiduc ou des lenteurs de son lieutenant , que les troupes placées dans les environs de Sizcnkircb-furent d’abord repoussées par les soldats de Férino, A qui les Autrichiens, revenant en force, reprirent plus tard ce poste, et ensuite Kandern; mais leurs efforts ne purent réussir A déposter les Français des hauteurs qui dominent ce dernier village. Un épais brouillard, suivi d'un violent orage, mit fin au combat. La position de Moreau était restée intacte malgré la perte du poste de Kandern.

Tandis que le gros de l'armée combattait à Schliengcn, les brigades Tharreau et Paillard, postées en arrière de l'extrême droite, se retiraient devant le général Wolf, chargé de les suivre dans la vallée du Rhin par les villes forestières , et prenaient position en arrière de Rheinfelden , dont elles firent sauter le pont.

L'armée repasse le Rhin. — L’Archiduc passa la nuit sous les armes , comme s’il eût eu l’intention de renouveler le combat au point du jour. Moreau , qui n'avait accepté celui du 24 que pour laisser aux équipages et aux parcs le temps de le précéder sur la rive gauche, opéra sa retraite peudant la nuit sur Hallingen, continua le lendemain 26 son mouvement rétrograde, et passa le Rhin A Iluningue , sans que son arrière-garde fût même inquiétée par l’ennemi. Le général Abatlucci resta chargé de la défense de la tète du pont d'Huningue.

L’armée française redescendit ensuite la valljéc du Rhin, pour se rapprocher de Kehl.— La retraite de Moreau , commencée l£ 10 septembre A Pfaffenhofen, et finie le 26 octobre à iluningue, avait duré quarante-sept jours.

Desaix , après avoir passé le Rhin , s’était aussitôt porté avec une partie de son corps sur la Queich, pour repousser les postes que Hotze avait laissés vers Schweigenheim, après une tentative qu’il avait faite précédemment sur l’Alsace. Il fit réoccuper Spire , et menaça un

instant la télé de pont de Mantirim. Vers la fin d’octobre, les communications furent rétablies avec l’armée de Sainbrc-ct-Mcusc.

Laissant le prince de Furstemberg avec treize bataillons et douze escadrons en position' devant la tète de pont d’Huningue , l’Archiduc, après le passage de l’armée de Hhin-ct-Moselle, sur la rive gauche, était revenu ver» Kehl avec le reste de ses forces. Férino , avec l’aile droite, couvrait la première de ces places. Saint-Cyr, avec le centre, rejoignit Desaix à Strasbourg.

Armistice proposé et refusé. — Les deux armées française et autrichienne, quoique également affaiblies et harassées , n’avaient pas encore pris de quartiers d’hiver. Le Directoire, qui voulait renforcer Bonaparte aux dépens des armées du Rhin, chargea Moreau de proposer un armistice. Le prince Charles, prévoyant que les grands coups allaient se frapper sur les bords de l’Adige , reçut cette ouverture avec plaisir ; et en la transmettant au cabinet de Vienne, fit même filer 10,000 hommes de sa gauche vers le Tyrol. Mais lç conseil aulique, croyant Alvinzi assez fort pour délivrer Mantnuc, repoussa la proposition du Directoire. Le prince Charles eut même l’ordre de rappeler immédiatement la division en marche pour le Vorarlberg, et de commencer les sièges du fort de Kehl et de la tète de pont d'Huningue. Nous reviendrons sur ces deux entreprises qui remplirent les premiers mois de l’année

Jugements sur la campagne. — La conduite et les dispositions de Moreau pendant la campagne de 1796, et surtout pendant la fameuse retraite , ont été l’objet de grandes louanges et de vives critiques \ 11 nous.

1 Nou* nous bornerons S citer quelque* mots de l'empereur Napoléon , qui sont peut-être plus que sévères, et le jugement du généra! Jomioi . qui se range aussi parmi les critiques de Moreau.

Voici l'opinion de Napoléon :

• la campagne en Allemagne, de 1706, ne fait honneur ni aqx

talents militaires de ceux qui en ont conçu le plan , ni au géucral qui en a eu fa principale direction, et qui a commandé la principale armée. I" II passa sur la rive droite du Danube et du Lcch. après U bataille de Nrrcsbeim , le 1 1 août , tandis qu'en marchant devant lui sur l'Atkmul. par la rtve gauche du Danube, il se fût joint en (mût marches avec l'armée de Sambrc-rt Meuse, qui était sur la licdnifz, et eût . par ce mouvement , décidé de la campagne : H resta inactif

six semaines, pendant qoe l'Archiduc battait l'armée de Sanibrc-et- Meuse et la rejetait au-drli du Rhin ; 3" il laissa assiéger Kehl pendant plusieurs mois par une armée inférieure, à la vue de la sienne, et il le laissa prendre

... «Sa retraite, an lieu d'étre une preuve de talents, est la plus grande faute que Moreau ait jamais psi romraeltrc. Si, au lieu de se retirer, il eût tourné l'ennemi et marché sur les derrières du priuce Charles, je pense qu’il aurait écrasé ou pris l’armée autrichienne. Le, Directoire me portait envie; il avait besoin «le tout faire pour diminuer la gloire militaire que j'avais acquise; ne pouvant accréditer Moreau pour une victoire, il le vanta pour sa retraite, et le ftt louer dans les termes les plus pompeux, quoique les généraux aulrfr chiens eux mêmes blâmassent sa retraite. Au lieu d'éloges . tyorcag^ méritait la plus sévère censure et la plus complète disgrikv- •

Voyons maintenant ce que dit Jomini : après avoir rapporté 1^ passage du Rhin à Iluningue, il ajoute;

• Ainsi tinii cette retraite , qne d'une part on a trop vantée, et que de l’autre on a jugée avec trop de rigueur. L’armée du Rhin , engagée en Bavière, tomba dans une position défavorable par la retraite de Jourdan. Celte fausse position, où elle s’était volontairement engagée après le départ de r Archiduc, justifie assez le reproche eu-

semble que pour bien apprécier celte retraite, il faut se rappeler qu’elle a été effectuée lentement, en bon ordre, avec discipline, par des troupes françaises, c’est-A-dire avec les soldats les plus ardents et les plus impétueux dans le succès, mais aussi les plus facilement rebutés par les revers; que le général a signalé sa marche rétrograde par une victoire importante {celle de Biberach; ; que loin de se laisser entamer, il a ramené avec lui en France et les canons et les drapeaux , et les nombreux prisonniers enlevés à l’ennemi ; que tous les mouvements successifs de la retraite, même ceux qui ont eu lieu A la suite des combats, ont été opérés méthodiquement sans hAte et sans confusion, comme un effet de la volonté du chef , et non pas comme la conséquence d’un échec ; et qu’ainsi enfin le moral des soldats , la confiance et l’ardeur de l’armée n'ont éprouvé aucune atteinte. Les réflexions suivantes du maréchal Gouvion- Saint -Cyr feront d’ailleurs mieux que nos paroles comprendre le mérite de ces résultats.

«L’armée ayait le plus grand besoin de repos ; six mois de bivouac continuels avaient exténué les hommes et les chevaux , et ruiné le matériel; l’habillement ainsi que la chaussure étaient totalement détruits; un tiers des soldats marchait pieds nuds , et Ion n’apercevait sur eux d’autres vestiges d’uniforme que la buffle-

couru par Moreau , de n’avoir pas suivi la marche de ce prince sur Nuremberg, afin d’agir de concert avec l'armée de Sambrc et-Meuse ; lorsque après avoir négligé cette occasion de combattre le prince Charles arec de* forces supérieures, la retraite de l'année de Rhinet -Moselle devint indispensable, elle n’eut rien de si périlleux ni de si étonnant qu'on puisse la mettre en parallèle avec celle de Xénopbon, comme beaucoup d'écrivains l'ont tenté. Moreau n’avait sur sa droite aucune force ennemie capable de s’opposer A sa marche. Il eut A la vérité sur ses derrières de petits corps de partisans , et A la fin une assez forte division; mais dans un pays où les routes sont si nombreuses, toute* ne sauraient ê»re bien gardé»*....

• L’armée française recueillit une trop juste gloire des combats multipliés qu'elle livra ou soutint, pour qu'on ait besoin d'exagérer le merveilleux d’une campagne où l’un de ses généraux lit briller quelque* étincelle* d’on génie qui ne sc développa que trois ou quatre ans plus lard.

• En jugeant la retraite d'après ce qu’elle pouvait avoir de désastreux, la France dut se féliciter de voir revenir intacte une armée qui s’était enfournée en Bavière au moment où celle qu'elle devait soutenir était ramenée sur le Rhin. Mais les militaires qui jugerout cette opérât ion sur la situation effective des forces opposées, et sur les obstacles réels qu'elle rencontra , trouveront qu'elle n’offrit rien d'extraordinaire, A l'exception de la bataille de Biberach, dont toutes les combinaisons sont dignes d éloge*. *

terie. San» le» haillons de paysans dont ils étaient couverts, leurs têtes et leurs corps eussent été exposés A toutes les injures du temps. C’est dans cet état que je les ai vus défiler à Huninguc, et cependant leur aspect était imposant ; à aucune époque je n’ai rien vu de plus martial. Leur démarche était fière; peut-être quelque chose de farouche se faisait voir dans leurs regards »

«J’ai critiqué, comme d’autres, les dispositions de Moreau , surtout à l’occasion de la retraite de Bavière, et je reconnais cependant que c’est la plus belle opération de ce genre, qui ait été faite pendant les longues guerres que la France a soutenues; on sera surtout bien porté A l’admirer, si on la compare A celles que le plus grand homme de guerre de notre temps a exécutées en Russie, à Leipzig, et A Waterloo.

«Le but que s'était proposé le Directoire, par la guerre d’invasion qu’il avait ordonnée aux armées d’Italie , du Rhin et de Sambre-et-Meuse, ne put être atteint dans la campagne de 1796 ; elles ne purent faire leur jonction sur les frontières des étals héréditaires de l’Autriche. La paix que l'on avait eu tant de raisons d’espérer, fut ajournée à l’année suivante. Cependant quoique les dispositions principales du plan de campagne n’aient pas réussi , il est résulté des efforts des armées de Sambre-et-Meuse et de Uhin-et-Moselle, des avantages assez marquants ; la Coalition a été scindée, deux des électeurs de l’F.mpire out retiré leur» troupes de l’armée de l'Autriche, et plusieurs princes assez puissants ont fait leur paix avec la France: on pouvait prévoir que le gouvernement autrichien se lasserait bientôt de supporter seul le poids d’une guerre aussi vive. Par suite de ces défections, l’Archiduc avait perdu environ 40,000 bonunes, les Autrichiens, restés poqr ainsi dire seuls sur le champ de bataille , ont été obligés de faire de plus grands efforts et d’essuyer de plus grandes pertes. Le prince Charles, au lieu d’envoyer des renforts en Italie qui eussent arrêté les succès de Bonaparte, s'est vu contraint d’en retirer quelques troupes pour les opposer A Moreau, et éloigner sa droite duTyrol. Il y aurait de l’injustice A ne pas convenir de tous ces avantages, et A nier qu'ils n'aient puissamment concouru aux succès de notre armée d’Italie , et à préparer le cabinet autrichien A fafirc la paix.»

RÉSUMÉ 'CHRONOLOGIQUE

24 Aorr. Passage du Lech. — Combat de Friedberg.

1er sfPTEMs&H. Combat de Langenbruck.

10 — Marche de Desaix sur Aischatett.

14 — Combat de Zell.

16 — Retour de Desaix sur le Danube. — Moreau se décide A la Retraite.

18 — Attaque de Kehl par les Autrichiens.

30 septembre. Combat de Schussenried.

2 octobre Bataille de Biberach.

11 — Passage du val d'Enfer.

12 — Entrée des Français A Frcybourg.

19 — Bataille d’Emmendingcn.

24 — Bataille de Schtiengen.

20 — L’armée française repasse le Rhin.

A. HUGO

On souscrit chez DELLOYE , Ldileur, |*iace de la Buurse, rue des Eillt-s Saint-Thomas, 13.

Pari». — Imprimerie et Fonderie deUn.soix et C*, rue des Francs-Boargcois-Saint-Michcl , 8.

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