ARMÉE D’ITALIE
V1CT04HR8 EN PIÉMONT. - MO.NTENOTTE. - MILLESIMQ. - MONDOVL
SOMMAIRE
f arnol et Bôniparte.— Plan de Campagne.— Arrivée de Bonaparte à t'armée.— Rérolte dw troupe* à A IhenRa — Positions rwpertiret de* deut année*. —Rote beurente de Bonaparte. —Combat de Vottri.— Bataille de Montcnotte. -Bataille de Mtttnimo.— Combats de (x»aena «1 de Dego. - Deuxième corabat de Uegu-— Pria*» du camp de Ce**.— (xwnbjt de Saint Micbal.- Bataille de Mendovi. -ArmuÜceprupuaé — Bépoate de Bonaparte.— Mouremcnt de l'armée.— Price de thcranco . de Fowaoo et d’Alba.— Fermentalkju populaire A Turin.- fWuuion de TanoiV autour d’Alba.— Proclamation du général en chef.— Armûiice de CberaKo.— Pau arec le roi de Sardaigne. -Réflexion*.
kh*ix iujibucaiim;.
Générât en chef, I &kumrtz.
Généraux divisionnaires. j âSwSïîïl
Carnot et Bonaparte. — U» plans divan adressé! par Bonaparte an Comité de salut public, en 1794 et en I79ô, avaient fixé sur ce général l'attention de Carnot, qui le 61 nommer général en clief de l'armée d'Italie. Carnot , devenu Directeur, avait repris la direction des affaires militaires: il était, comme on le dieeil alors , chargé d’organiser la victoire : les lAtonneweuu et l'inaction de Schcrer, après ia victoire de Les no . ne lui faisaient pas supposer qu'il frtt propre a mettre avec succès a exécution un plan de campagne un peu hardi t tandis qu’au contraire le jeune général qui avait sauvé la Convention au treize vendémiaire, réunissait a un dévouement prouvé pour ia République, tous les avantages désirables dan si un chef militaire hautement placé.
Conception prompte, facile et complète de l’ensemble et des détails d'une opération; clarté et concision dans Iss ordres; activité expansive, enthousiasme communicatif et néanmoins sang-froid imperturbable pendant l’action; coup dce.il sùr et résolution rapide; connaissance des hommes, habileté a se servir des choses: dispositions a ne laisser aucun élément de suoeès inactif ; sagacité dans l'emploi des ressources; examen attentif et préalable de toutes tes chances d'une entreprise; esprit disposé par une puissante faculté naturelle â ne s'étonner de rien, a être prêt a tout, inattaquable par le découragement, imeosible a une vanité aveugle, apte a combiner a l'avance aussi bien qu’a l’improvrite Us moyens de parer aux suites d'une défaite, ou d'assurer toutes les conséquences d'une victoire; toutes oe» qualités qui, réunies, font l'homme de guerre accompli et le grand capitaine, avaient été reconnues eu Bonaparte par Caruot. Il avait deviné le prochain vainqueur de l'Italie. Mais la sagacité politique , la capacité administrative dn futur empereur, et cette ambition , vaste comme son génie , ne s'étaient sans doute point manifestées aussi clairement aux regards du Directeur de la République. Les sentiments démocratiques de Carnot étaient trop fermes et trop imités pour que, dans ce cas, loin de concourir A ce qui devait aider A l’élévation de Roua parte, U ne ae fut paa empressé au contraire de lui enlever tontes les occasions de se mettre en évidence.
x.séc coxujée.
Impénaux et Autnc/dens.—Bsauuae.
Sardes et Piesnontais.^ésms. ,
Plan de campagne. — Le but du gouvernement directorial , dans la campagne qni allait s'ouvrir tu Italie, était de pester la guerre au-delà des Alpes, conformément au projet conçu par h; nouveau général «a chef, et de forcer par des victoires le roi de Sardaigne de ae détacher de la Coalition qui paraissait reprendre de nouvelles forces dans la ligne des petits états de l'Italie, auxquels la cour de Vienne avait Soi par persuader que la République française menaçait la oalio-; nalilé des peuples Italiens.— Le Directoire espérait aussi amener l'Autriche , en l'attaquant directement dans ses états de Lombardie, A faire la paix avec U République.
Pour arriver A ce résolut, le général Bonaparte, manoeuvrant par sa droite, et entrant en Italie su point oh les contre-forts des Apennins s'abaissent avant de se joindre A ceux des Alpes , devait descendre en Lombardie par le Mont ferrât, et porter tons ses efforts contre les Autrichiens, afin de détacher le Piémont de leur alliance. — Pendant ce temps, nos armées d'Allemagne, réorganisées sous les ordres de Jourdan et de Moreau , reprenant l’offensive, auraient marché sur la Souabe et sur 1a franc orne, pour se réunir ensuite au coeur de la Bavière. Bonaparte, après avoir dé 1 rimé ou obügé A ht paix le roi de Sardaigne, devait s'avancer sur t'Adige et forcer les Autrichiens A .quitter la Péninsule italique.
Ce plan de campagne, remis an général en chef par le directeur Carnot, était celui qu'une année auparavant Bonaparte avait tracé lui-même pour Schcrer.
Nous avons déjà fait connaître les succès et les revers des armées d'Allemagne , et les causes qui les empêchèrent d'exécuter la partie du grand plan qui leur était cun&é; nous allons voir comment le génie du général en chef saura le suec es des opérations de farinée d’Italie.
Arrivée de Bonaparte à l'armée. — Révolte des troupes à Albenga. — Bonaparte arriva A Nice , quartier général tfe l'armée d'Italie, le 27 mars 1796. Au lieu d'une armée de 69,000 hommes, qu'on lui avait annoncée, il trouvn 31,000 combattants disponibles, mais dépourvus de tout, sans argent, sans vivres, sans souliers , sans habita; d'ailleurs indisciplinés al adonnés au pillage, dette armée, A U vérité, était
FRANCE MILITAIRE, r
jeune, enthousiaste et intrépide. — L’armée coalisée austro-sarde, forte de 80,000 combattants et deux cents canons, était commandée par Beaulieu , qui avait remplacé Devins, tombé en disgrâce après la bataille de Loano. Ce vieux général passait pour un militaire habile, actif et entreprenant.— Bonaparte n'avait sous son commandement que quatre divisions, aux ordres des généraux Masséna, La harpe, Augereau et Serrurier, formant un total de 28,000 hommes d’infanterie, 3,000 cavaliers et trente pièces d'artillerie.— Son génie devait suppléer au nombre des soldats et des canons.
Le nouveau général en chef était connu des généraux par les combinaisons stratégiques de la campagne de 1795; il sut promptement leur imposer 'quel que fût leur dépit de se voir un si jeune chef) le respect qui était dù à sa position ; mais pour obtenir la confiance des soldats il fallait des victoires. Bonaparte ne pouvait que leur en promettre. —Sa première résolution fut de porter son quartier général de Nice à Albenga , afin de se rapprocher de l’ennemi. Avant de partir, il fit réunir les régiments sur la place de la République, et s’adressant aux braves qu’il allait conduire aux combats, il leur dit : a Soldats! vous êtes nus, mal nourris; le gouver- « nement vous doit beaucoup , il ne peut rien vous « donner. Votre patience, le courage que vous montrez «au milieu des rochers sont admirables; mais ils ne w vous procurent aucune gloire; aucun éclat ne rejaillit a sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles u plaines du monde; de riches provinces, de grandes «villes seront en votre pouvoir; vous y trouverez « honneur, gloire et richesse. Soldats d’Italie! vous ne u manquerez ni de courage, ni de constance!» Ces paroles n’électrisèrent point les soldats ainsi qn’il pouvait l'espérer; ils paraissaient indifférents, et leur attitude aurait découragé un chef ordinaire. Néanmoins, aussitôt après sa harangue le général en chef, sans rien laisser paraître de ce qu’il éprouvait, prit la route d’Albenga.
Alors éclata le mécontentement des troupes; elles annoncèrent hautement qu’elles ne partiraient qu’après avoir reçu la solde arriérée et obtenu les habillements dont elles avaient besoin. Les généraux essayèrent vainement de les faire rentrer dans le devoir. Bonaparte, informé de l’insurrection, donna froidement l’ordre d’arrêter et de garder à vue les officiers des régiments révoltés. Cet ordre fut aussitôt exécuté; privés de leurs chefs, les soldats se précipitèrent en foule sur la route et atteignirent bientôt le général qui cheminait lentement, entouré de son état-major. Les voeux de cette troupe indisciplinée avaient déjà changé d’objet ; leurs cris étaient : La liberté de nos officiers! rendez-nous nos officiers! Bonaparte semblait avoir prévu cette tumultueuse demande; il y répondit en adressant aux soldats cette mémorable allocution, qui rappelle celle d'Annibal au passage des Alpes : « Soldats , j’entends vos vœux, ils me plaisent, « ils sont dignes de vous! ce n’est plus une guerre dé- « fensive, c’est une guerre d'invasion, ce sont des « conquêtes que vous allez faire; vous êtes sans artiile- «rie, sans habits, sans souliers, sans solde; vous « manquez de tout; mais vous êtes riches en courage.
« Au-delà de ces monts s’étendent les plaines fertiles « du Piémont et de la Lombardie. Là sont des maga- «sins, de l'artillerie, des trésors; marchons, et dans « peu ils seront à vous. L’ennemi est quatre fois plus « nombreux, vous en aurez plus de gloire ; je vous rends « vos officiers ; ils vous conduiront contre les ennemis « de la République. »
Aces mois l’enthousiasme succéda au désordre; les cris de vive Bonaparte! vive notre général en chef! te firent entendre. On peut affirmer, nous écrit un témoin oculaire de cette scène, encore peu connue, que la confiance de l'armée d'Italie dans son jeune général date de cet instant. — Le quartier général établi le 5 avril à Albenga fut porté le 9 à Savoue. Bonaparte, pour se rendre dans cette dernière ville, dut suivre, avec le personnel des administrations et son petit parc d’artillerie, la route périlleuse de la Corniche, exposée au feu des canonnières anglaises.
A Albenga, les efforts du général de l'armée d’Italie pour réunir ce qui, dans les magasins, pouvait être utile à ses soldats, furent couronnés de quelque succès. Tout en s’occupant de prendre connaissance de l’état de ses troupes et des positions de l'ennemi, H portait un œil sévère sur les différentes administrations de l'armée, et il leur imprima bientôt toute son activité. Il assura les différents services et parvint même à faire payer aux troupes un à-compte sur leur solde, ce qui augmenta leur confiance et les attacha irrévocablement au chef qui comprenait leurs besoins et savait améliorer leur sort La position de ses généraux avait aussi attiré sa sollicitude, et il avait fait distribuer à chacun d'eux, comme gratification d’entrée en campagne, une somme de cent francs, prise sur deux mille louis qui lui avaient été remis à son départ de Paris, et qui composaient tout le trésor de l'armée. Ce détail suffit pour faire connaître quelle était alors la pénurie des finances de la République.
Positions respectives des deux armées. —Les forces de Beaulieu étaient ainsi réparties : il avait sous ses ordres immédiats environ 50,000 Autrichiens et une artillerie composée de cent vingt -quatre pièces de campagne et de seize obusiers; un corps de 30,000 Piémontais, commandé par Colli, se liait à celui de Beaulieu ; le reste de l'année Piémontaise, d'environ 24,000 hommes, sous les ordres du prince de Carignan, couvrait, depuis le Mont-Blanc jusqu’à l’Argentière, toutes les avenues de la Savoie et du Dauphiné, et était destiné à faire face à l’armée des Alpes, qui comptait à peu près le même nombre de combattants.
La ligne occupée par Beaulieu et par Colli était fort étendue et coupée par des montagnes, des vallées et des ravins d’une communication souvent difficile. Le général autrichien avait sa gauche à Yoltagio elOvada; son centre à Sassello, et sa droite, sous Argenteau, dans la vallée de la Bormida, où elle se liait à la gauche de Colli ; la droite de ce dernier s’appuyait à l’Argentière, où elle communiquait avec 1a gauche de Carignan, et sa gauche, sous Provera, se liant avec Argenteau , défendait Millesimo et Cairo, et devait s’assurer des hauteurs de Cosseria, qui séparent les deux vallées de la Bormida.
La ligne det Français, établie presque parallèlement, était aussi beaucoup trop étendue. Les divisions Macquart et Garnier avaient été détachées pour couvrir depuis Tende au col de Cerise ; la gauche, sous Serrurier, campait versOrméa et Garessio; le centre, près du mont San-Giacomo, était commandé par Augercau; Masséna était à Cadibone, et Labarpe â Savoue, d'où il avait poussé la brigade Cervoni en avantgarde sur Voltri.
Ruse heureuse de Bonaparte. — Un coup d’éclat prompt et décisif pouvait seul, au début de la campagne , tirer l’armée de l’état misérable où elle se trouvait. Bonaparte combina tous les moyens de le frapper, avec ce tact d’un génie militaire qui n’a point eu d’égal de nos jours. Il résolut d’écraser d'abord le centre de l'ennemi, se promettant d’avoir ensuite séparément bon marché des deux ailes. Danscette vne,il massa le gros de ses forces vers San-Giacomo, depuis A Itare jusqu'à Montenotte, laissant Serrurier avec une partie de la gauche A Garessio, pour fixer l’attention de Colli par de fausses attaques.
La ligne ennemie, par son étendue et par sa disposition , trop renforcée vers ses ailes relativement au centre, rendait plus facile l’exécution du plan de Bonaparte. C'était une faute de Beaulieu, que, par une ruse, le jeune général réussit encore A lui faire aggraver. Villars, envoyé de France, sollicitait à Gènes un emprunt de 20 millions et la remise des forts de la cèle. D’après les instructions de Bonaparte, il demanda au conseil de la République génoise, en le prévenant qoe le projet du général français était de pénétrer en Lombardie , de livrer â l’armée d’Italie, pour appuyer ses opérations, Gavi et la Bocbelta. Beaulieu en fut aussitôt instruit, et prolongea sa gauche vers Gènes. Il se h Ata d’envoyer au passage de la Bocbctta six bataillons. Le corps de bataille aux ordres de Sebottendorf, remonta ta vallée d’Orba. La droite resta k Sassello et occupa Dego, communiquant avec la gauebe des Sardes, aux ordres de Provera. Colli, avec le reste de ses forces , occupait le camp de Ceva et les avenues de Coni. Les deux corps principaux se trouvaient ainsi aux extrémités de la ligne, dont le centre affaibli n'avait plus que les divisions de Provera et d’Argenteau à opposer aux forces de Laharpe, de Masséna et d’Augereau, massées entre Savone, Cadibone et San-Giacomo.
Combat de Voltri . — Beaulieu commença les hostilités; il dirigea, le 10 avril, sur Voltri, son aile gauche forte de onze bataillons divisés en deux colonnes : l’une, aux ordres de Pittoni , devait s’y rendre par Couegliano; l’autre, sous Sebottendorf, parCampo-Freddo et Marone. — Cervoni, qui rouvrait Voltri avec 3,000 hommes, voyant ses avant-postes repoussés de Bra et de Pegli , se porta sur Melle où il soutint un engagement opiniAtre; mais canonné sur la droite par les chaloupes anglaises, attaqué de front et tourné sur la gauebe par des forces supérieures, il battit en retraite pour rejoindre Laharpe k la Madona de Savone. — O mouvement rétrograde, appuyé par deux bataillons postés sur les hauteurs de Varaggio , aurait été impos-
sible, si Sebottendorf se fût dirigé sur Arenzano ou Crevari , deux postes qui barrent également le chemin de Savone à Voltri.
Bataille de Montenotte. — Pendant que Beaulieu faisait attaquer Voltri, Bonaparte dirigeait le gros de ses forces sur le centre des Austro-Sardes. — Le général autrichien ne fut instruit de cette manœuvre, que par le bruit du canon. Il reconnut alors le piège où il était tombé , et il comprit la gravité de sa faute. La faible résistance qu'il avait éprouvée sur sa gauche était un indice certain que le principal effort de Bonaparte s'opérait sur les divisions d'Argenteau et de Provera. Il fit donc aussitôt marcher des troupes k leur secours, et se prépara lui-mème k s’y porter.
Une partie de la division Laharpe était retranchée sur les hauteurs de Montenotte et de Monte-Legino. — Argenteau avait eu l’ordre d’enlever ces positions, et s’était mis en marche avec 12,000 hommes divisés en trois colonnes, au moment même où le maréchal Beaulieu descendait k Voltri, pour conférer avec le chef de l’escadre anglaise Nelson, sur des opérations ultérieures. — Argenteau avait conduit sa division sur le mont Traversin, où Roccavina, parti de Dego avec 2,500 hommes , devait le rejoindre. Une colonne conduite par le colonel Lczeni marchait par la crête de l'Apennin vers Badeno , laissant à gauche quelques détachements pour se lier avec Beaulieu.
La position de Montenotte, où eut heu entre les deux armées le premier choc qui fut décisif pour la cam^ pagne, consiste en une petite chaîne de hauteurs placées sur les sommets mêmes de l'Apennin, et qui forment en s’abaissant un peu, le col de Montenotte, espèce de nœud où viennent se rattacher le mont Traversin , le mont Prato et le mont Legino; ce dernier contrefort s’étend vers Savone; les Français avaient établi dans le point le plus rétréci de son arête, une redoute k peine armée et destinée A couvrir le chemin direct du col de Montenotte A Savone. Deux autres redoutes existaient encore sur le Traversin et â Castel lazzo; mais l’occupation de Monte-Legino était surtout importante , en ce que celte montagne était comme la clef des manœuvres de l'ennemi, puisque Beaulieu et d’Argcntcau devaient la franchir pour effectuer leur réunion convenue dans le bassin de Savone.
Roccavina , arrivé seul au point du jour le II avril devant 1rs hauteurs du Traversin , les attaqua sans attendre Argenteau, et s’en rendit maître.— La colonne principale d’Argenteau parvint vers midi A Castellazzo, et s'en empara presque sans coup férir. La seconde redoute avancée tomba alors au pouvoir des ennemis. — Il ne leur restait que la troisième, celle de Monte-Legino, A emporter pour être maître de toute la ligne , et pour mettre à découvert l’aile droite des Français.— Le chef de brigade Rampon,qui avait été détaché afin de rccucillir Cervoni, vint s’y établir avec 1,200 hommes. Les Autrichiens, animés par leurs premiers succès, se présentèrent fièrement devant les retranchements; ils furent accueillis par des feux croisés d’artillerie et de mousqueterie , qui leur enlevèrent des rangs entiers. Au milieu du feu le plus vif, Rampon , pénétré de l’im-
FRANCE MIIJTAIRÉ.
portance du poste, et emporté par un de ces élans qui caractérisent une Ame forte et formée pour îes grandes actions, fil prêter aux braves qu’il commandait Ce serment de mourir s'il le fallait dans la redoute, et de X’ensevelir sous scs ruines plutôt que de la laisser occu per par l’ennemi. —Les Autrichiens, & travers le fracas de l’artillerie et de la fusillade, purent entendre ce sermeht solennel suivi des cris prolongés de vive ta /b*puhtique. — D’Argent eau et Roccavinâ parvinrent a rendre leur première audace à leurs soldats, découragés par plusieurs heures d'une attaque inutile. Ceux-ci, décidés à une attaque désespérée, reformèrent leurs rangs pou r exécu ter u ne nou vel le ch a rge ; il s s’a va ncèrent jusqu'au pied de la redoute fatale, étonnés de la facilité de leur marche , et s’attendant A chaque instant A une de ces effroyables décharges qui avaient couvert les abords de Monte- Legino de cadavres et de blessés. Mais le canon se tut cette fois. Les munitions des défenseurs de la redoute étaient totalement épuisées.
Ces braves, la baïonnette croisée et formés en masse, opposèrent un rempart de fer aux efforts des Impériaux. Vainement le fer de l’ennemi ouvrait-il A chaque instaut des brèches sanglantes dans l’héroïque carré, les vides étaient aussitôt remplis. Trois charges successives furent ainsi repoussées. La nuit survint sans ralentir l’acharnement des deux partis D'Argent eau , convaincu enfin de l’inutilité de ses efforts et effrayé de ses pertes, suspendit l’attaque , bien résolu de la recommencer le lendemain. Il prit position en arrière de la redoute, oti il se fît renforcer par la réserve, et posta A Ferraria un régiment pour couvrir son flanc droit Fendant cette admirable résistance, Bonaparte arrêtait à Savone des mesures décisives pour isoler définitivement les deux ailes de l'armée coalisée et pour en écraser te centre. Masséna dut se porter sur les hauteurs d'Altare pour attaquer la droite des Autrichiens, et après les avoir culbutés, les prévenir sur leurs communications. Il devait être secondé par la brigade Ménard , qui, partant de Cadibooe, avait ordre de surprendre Montenotte supérieur par la droite , pendant que Joubert et Dommartin , arrivant de San-Uiacomo, se prolongeraient sur les flancs et les derrières de cette position; enfin Augereau, qui, la veille, s'était avancé de Loanoà Matière, devait, au point du jour, surprendre Cairo dans la vallée de la Bormida , et après avoir assuré le succès de l’attaque de Ménard, et percé la ligne autrichienne, se rabattre sur Monte-Freddo pour se réunir à Dommartin.
La position critique du brave Hnmpon n'avait pas été oubliée dans ces dispositions, et Laharpe, parti A minuit de la Madona de Savone avec les brigades Causse et Cervoni , était venu réapprovisionner la redoute de Moute-Lcgino, et se poster eu arrière pour attaquer de front Argenteau, quand il en serait temps. La perte de ce dernier aurait été inévitable si l'on eût pu faire concourir A tous ces mouvements la cavalerie restée faute de fourrages et par suite de la difficulté des chemins , en cantonnement sur la côte.
1 La rerimife de Montr ?pjpr,o était défendue par nti tolattlnn de la 21e et un Ormi-halaiHuo «k- (a 117e, qui, réuni» a pré* l'amalgame, formèrent U 32’ demi brigade, lurnomuiiH. la brave.
Un brouillard épais favorisa la marche des eolonfu*s républicaines. Laharpe en vint aux mains le premier avec Argenteau, A cinq heures du matin, tl avait surtout pour but de retenir le général autrichien dans sa position , et de l'empêcher de s’apercevoir dfe la marche des diverses colonnes qui allaient l’envelopper. Argenteau renforcé, ne doutant plus du succès, engagea l’affaire avec ardeur, et le combat se soutint quelque temps avec acharnement et des chances variées.
La fortune sembla même quelques instants abandonner tout -A-fait Laharpe; mais l'illusion des impériaux, s’ils en conçurent, fut de courte durée. Masséna s’était d’abord dirigé sur les hauteurs d'Altare où Bonaparte l’avait rejoint; A la faveur du brouillard* U s’était ensuite porté, avec la brigade Ménard, sur les positions importantes de Bric-de-Menau, puis, soutenu par Joubert, sur celle de Castellazso. l'aile fut l'impétuosité de sou choc, que tous les postes autrichiens furent culbutés en un instant.
Masséna traversa rapidement ensuite le vallon de Ferrari», pour se porter par Montenotte inférieur, sur les lianes et les derrières du général Argenteau. Les postes qui la couvraient furent enlevés au pas de charge, et ta ligne ennemie fut vivement abordée daus celle direction pendant que Laharpe, formé en colonne, l’attaquait de front sur le Monte-Prato. Augereau , pendant ce temps, s’avançait en bâte de Carcare sur Monte-Freddo. Il était impossible qu’Argenteau pût résister A des manœuvres aussi habilement combinées. Ses troupes déployèrent toutefois le plus grand cu»rage dans l’attaque de front sur les positions de Nontenotle. Bonaparte, afin de mieux juger la marche du combat et prescrire les manœuvres convenables v s’était établi sur un plateau au centre de scs divisions.
A peine Argenteau connut-il le danger qui menaçait les troupes chargées de couvrir sa droite près de Ferraria, qu’il crut devoir faire un changement de front pour se porter à leur secours. Il marcha donc vivement par sa droite avec toutes ses forces, laissant seulement le colonel Nessliuger avec 2,000 hommes* pour défendre Monte-Prato, contre Laharpe. Mais if était déjà trop tard , et Masséna , ayant f rauchi tout les obstacles, débouchait par Montenotte inférieur. r
A peine les deux généraux furent- ils en présence* que les Autrichiens inférieurs en forces furent rejètés en désordre sur Paretto et Dego. Nesslinger, battu de son côté par Laharpe, ne parvint A opérer sa retraite qu’avec une perte considérable. Argenteau et Boccavina, blessé? dans cette déroute, firent d’inutiles efforts pour rétablir l’ordre. Des drapeaux , des canons et 2,500 prisonniers furent pour les Français le résultat de la journée. L’ennemi eut plus de 1,500 morts -et de toute la division d’Argenteau qui montait A environ 12,000 hommes, à peine 8 ou 900 parvinrent-ils le soir A Ponte-lvrea, tout le reste ayant été tué, pris ou dispersé.
L’armée française occupait alors tous les versants des Alpes du côté de la Méditerranée; mais pour tirer parti de la victoire, il ne fallait pas donner A Beaulieu le temps de rétablir scs communications avec Colli.
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PhANCE MILITAIRE.
Cétall dbnc un triomphe qui ne pouvait être profitable que suivi d’autres triomphes encore.
Bahiille de Mittrsimo. — Combats de Cosscria et de Dego. — Beaulieu s’occupait en hâté des moyens de prévenir les suites de la défaite de Montenotte. 11 avait porté, le 13 avril, son quartier général A Acqui, après avoir fait replier sur l’Orba sa gaïiche , si mal à propos dirigée vers Gènes. Le général Wukassowich devait se porter avec trois bataillons par le revers de Montc-Fayole,pour rallier, à Snssello.un corps de même force, que Laharpe tenait en échec. Le* six bataillons réunis devaient ensuite se diriger sur Dego, qu’Argenteau avait ordre de défendre jusqu’à la dernière extrémité.
Beaulieu espérait ainsi rétablir ses communications avec Colli. Provera, qui, quoique fortement compromis par le voisinage des Français postés entre lui et Beaulieu , n'avait pas été entamé à l’affaire de Montenotte , liait encore les débris du corps d’Argcnleau à Fàrmée sarde. Colli , au premier bruit de l'attaque , avait envoyé une division sur sa gauche vers Paroldo, et s’était avancé lui-même avec quelques bataillons, sur Monle-Zemolo et Onclo.
Mais toutes ce* mesures partielles allaient être rendues nulles par l’impétueuse activité de Bonaparte. Dans la soirée même de la journée de Montenotte , il avait ordonné à Laharpe de poursuivre le centre ennemi dans la direction de Sasscllo, et de rabattre ensuite sur la Bormida , pour se rapprocher de Cairo.
Lui-même, se portant avec le centre et une partie dé la gauche dans la direction de Dego, établit son quartier général à Carcare. Masséna et Dommartln se postèrent avec neuf bataillons près de Cairo, sur les hauteurs qui dominent ce bourg et Dego. La 1™ légère, commandée par Joubert, occupa la Chapelle Sainte-Marguerite. Les hauteurs au-dessus deCosseria furent gardées par les 18e et 75* demi-brigades , aux ordres de Ménard. Augeieau fut détaché en avant de Carcare. Serrurier, avec une partie de la gauche A Gare&sio, continuait à fixer l’attention de Colli par de fausses attaques. La cavalerie attendait pour agir que l’armée eût débouché des sommets de l'Apennin, sur le versant du Piémont.
Dommartin , retenu à Cairo . ne put se joindre à Masséna, qui, ayant reçu dans la nuit l’ordre d’attaquer Dego, ne crut pas devoir l'exécuter avec le peu de tfonpes qui lui restaient. Cette attaque ne lui sembla pas même possible le lendemain , quoiqu’il eiU été renforcé par la division Labarpe. Il s’établit pour la nuit à la Bochelta , après avoir fait sur le camp retranché de Dego une simple reconnaissance.
L’ennemi s'était concentré sur les hauteurs du bourg deMiliesimo, entre les deux vallées de la Bormida. Il se liait, par les hauteurs de Biestro, avec les troupes rassemblées à Dego, interceptant ainsi les routes de la Lombardie et du Piémont.— Le 13 avril, au point du jour» Augereau, formant la gauche, força les gorges de Millesimo et tourna ainsi la droite de la division de Provera , pendant que les troupes de Joubert et de Ménard , au centre , enlevaient les positions voisines et
tournaient cette division par la gauche. Provera , se trouvant ainsi enveloppé et séparé de Colli, fut sommé de se rendre; mais, ne prenant conseil que de son audace, il forma ses soldats en cotonne serrée, et , se faisant jour à la baïonnette à travers les Français , il tenta un mouvement sur la gauche pour se rapprocher des Autrichiens; la rivière, grossie subitement par des orages, s’opposait I sa retraite. Pressé entre cette barrière infranchissable et la colonne française, il gravit la hauteur de Cos&eria, et, sans vivres, sans artillerie, s’y retrancha dans les ruines d’un vieux château.
Les plans de Bonaparte se trouvaient dérangés par cet incident. Il hésita s’il emporterait Cosscria de vive force. L’entreprise ne paraissait pas facile. Élevé sur la plus haute montagne de cette partie de l’Apennin, éè château est sijué au Dtrud de trois contre-forts dont les flancs forment, à la distance de trois à quatre cents toises , un glacis gazonné d’une pente très raide. On pouvait perdre beaucoup de temps et de monde dëvant cette position , pendant que Masséna , déjà peutêtre engagé à Dego , avait besoin de prompts secours. Bonaparte essaya d’effrayer Provera par une sommation , mais celui-ci, persuadé de toute la force de son refuge, déclara qu’il ne consentirait à l’évacuer qu’à la condition de pouvoir rejoindre son corps d’armée. Les pourparlers furent rompus. Une forte canonnade, qui commença à se faire entendre du cêtê de Oencio, ayant déterminé Bonaparte à partir, Augereau, resté seul devant Cosseria , tenta vainement de battre le château en brèche; les épaisses murailles de ce vieil édifice ne furent pas entamées par l’artillerie.
Enfin ennuyé, à la chute du jour, d’être arrêté par cette espèce de bicoque , il résolut de l’enlever de vive force. Il forma trois colonnes d’attaque aux ordres du général Bannel et des adjudants généraux Joubert et (Juesnel , qui se dirigèrent sur le château par la crêté de chacun des conlre-forl s, exposés aux atteintes d’une vive fusillade. Joubert, ayant ordonné une halte à sa troupeau milieu du glacis, pour qu’elle reprit haleine, les deux autres colonnes imitèrent cet exemple; l’ennemi, prenant ce repos pour de l’hésitation, fit rouler sur les assaillants des quartiers de roc qui écrasèrent tout sur leur passage; en uu quart d’heure, mille hommes furent ainsi mis hors de combat. Les généraux Bannel et Quesnel fièrent tués.
Joubert , ayant rallié sa colonne , gravit la montagne et parvint au pied des retranfchements ennemis , qu’il escalada même avec sept de ses soldats mais, frappé alors 5 la tête par un éclat de pierre , il fut renversé sans mouvement et comme mort. Les soldats , privés de tous leurs chefs, rétrogradèrent et cherchèrent un refuge dans les broussailles qui étaient au bas des hauteurs. La nuit survint, et Augereau, craignant que l’ennemi n’en profitât pour s’ouvrir un passage de vive force, réunit tous sas bataillons, fit faire des épaulements en tonneaux et placer des batteries d’obusicr à demi-portée de fusil. Les assiégés, harassés par la fatigue et la faim, souffraient encore plus de. la soif.
Après avoir exécuté de grands mouvements pour tenter la délivrance de Provera , l’armée ennemie se trouva le 14 au point du jour en présence de l’armée
républicaine. Elle occupait les hauteurs de Cencio et la vallée de la Bormida. Les troupes sardes commencèrent l'attaque en assaillant la brigade Ménard au centre; elles furent repoussées. Cette brigade dut alors appuyer sur sa droite, afin de soutenir l'attaque que les divisions Labarpe et Masséna devaient exécuter sur Dego.— La position de Dego, qui barre la vallée de la Bormida , se compose d’une chaîne de mamelons garnis de retranchements et dont le plus élevé , celui de Magliani, était défendu par une redoute qu'il fallait emporter, afin d'empèchcr la réunion des deux armées.
Pendant qu’il faisait ses dernières dispositions pour cette entreprise, Bonaparte apprit que Provera , manquant de tout et ne pouvant prévoir l'instant de sa délivrance, s’était décidé à capituler et avait mis bas les armes.— Cette nouvelle augmenta l’élan et la confiance de l’armée. — La division Augcrèau, devenue libre, reçut aussitôt l’ordre d’appuyer Serrurier sur la gauche et de s’emparer des hauteurs de Monte- Zemolo, afin de repousser Colli sur le Tanaro , dans son camp de Ceva, et de l’isoler encore plus de Beaulieu, qui déjà se repliait par Acqui et la vallée d’Orba.
La gauche de l'ennemi , occupant Dego avec de fortes batteries, se trouvait, à une heure de l’après-midi, débordée par Masséna. Les troupes légères poussaient des reconnaissances jusqu’au chemin de Dego à Spino. Labarpe secondait cette attaque avec sa division formée sur trois colonnes serrées en masse. Le général Causse, conduisant la première , passa la Bormida sous un violent feu d'artillerie, et ayant de l’eau jusqu’à la ceinture; il sc porta ensuite sur le flanc droit de l’aile gauche ennemie. Ccrvoni franchit aussi la Bormida avec la seconde colonne, pour attaquer de front la même aile, qu’il s'agissait de séparer du reste de la ligne; et enfin, avec la troisième, l’adjudant général Boyers manœuvra de façon à couper la retraite aux Impériaux.
Il y «ut tant d’ensemble et de précision dans tous ces mouvements, que lorsque Masséna commençait ù tourner la droite delà position. Causse et Cervoni réunis s’avançaient par lagauebesurla grande redoute de Magliani , en colonne serrée et au pas de charge. L'ennemi fit une vigoureuse résistance. Ce ne fut qu'après un combat de trois heures et avec des perles énormes, que les Français emportèrent la redoute qui leur livrait Dego.
Les Autrichiens étaient en fuite lorsque les renforts qu’Argenteau amenait à Dego parurent sur les hauteurs en arrière de la ville. Ils avaient été jusqu’alors retenus intempestivement à Parelto. Argenteau perdit la tête en voyant la défaite du corps qu’il venait appuyer. Au lieu de tenter une attaque avec ses troupes fraîches, il se replia précipitamment devant quelques détachements de tirailleurs qui le menaçaient de front et en flanc. Sa retraite décida la complète déroute des troupes du camp de Dego; mais un petit nombre seulement put s’échapper , parce que l’artillerie qu’avait arrêtée Masséna, encombrant la route, les fuyards durent se jeter dans d’affreux ravins pour gagner, plus loin, le seul chemin qui leur restât ouvert Argenteau fut harcelé jusqu’à Spino , et le gros
de la division Masséna occupa les mamelons et le vilp lage de Dego.
Aogereau avait été détaché sur Monte-Zemolo , aussitôt après la reddition de Provera. Secondé par la brigade Rusca , qui assaillit Murialto après s’étre emparée des redoutes de Maramassa , son attaque obtint le 15 un plein succès.
L’ennemi perdit à la bataille de Millesimo et aux combats de Dego et de Cosseria, quinze drapeaux, vingt-deux pièces de canon attelées et avec leurs caissons ; il eut environ 2,500 hommes tués , 7 & 8,000 prisonniers, parmi lesquels se trouvèrent des régiments presque entiers, un lieutenant général et plus de vingt colonels.
Deuxième combat de Dego. — Les soldats républicains, joyeux de leurs succès, se reposaient de leurs fatigues avec cette sécurité confiante qu’inspire la victoire. La pluie tombait par torrents, et le plus grand nombre avait été chercher un abri dans les habitations ; 1 ,000 hommes à peine restaient dans les bivouacs pour garder les positions de Dego. Un grand danger pourtant menaçait ce point. Nous avons dit que Wukassowicb avait dû marcher pour rallier les bataillons établis à Sassello , et pour venir ensuite , par Ponte-lvrea , sc lier à la gauche d’Argenteau. A la suite d’une marche aussi accélérée que le permettait le mauvais état des chemins , sa division , forte d’environ 6,000 hommes, arriva le 15, dans la nuit, auprès de Dego; mais, au lieu d’une armée autrichienne qu’elle s'attendait à rencontrer, elle trouva les vallées environnantes remplies des débris dispersés du corps qui venait d’être battu. La position de Wukassowicb était difficile; mais, trop brave pour se retirer sans combattre, incertain d’ailleurs s'il pourrait y réussir, ce général résolut de prendre l’initiative et d’attaquer lui-mème les Français. Favorisé par les dernières ombres de la nuit et par les brouillards épais du malin , il s'avança jusqu’au mont Lagarde. Les postes républicains , sans défiance , furent emportés au premier choc. Vainement le général Lasalcette voulut-il faire quelque résistance; les soldats, ou ivres, ou succombant au sommeil et à la fatigue, furent sourds à sa voix. Ils prirent la fuite en désordre , d’autant plus épouvantés , qu’ils ne pouvaient concevoir d’oû provenait cette singulière attaque. Les Impériaux , étonnés de la facilité de leurs succès, reprirent, outre Dego et les redoutes voisines , G00 prisonniers et toute l’artillerie perdue la veille.
Masséna occupait les positions les plus voisines dç Dego. Il parvint à rallier dans la plaine les soldats qui se dirigeaient en désordre vers Coletto, et il les ramena à l’ennemi espérant le surprendre avant que celui-ci eût eu le temps de s’établir; mais Wukassowicb était déjà sur ses gardes. Les régiments français , engagés les uns après les autres, ne firent que d’inutiles efforts contre lui, et, à peine revenus de leur première frayeur, rétrogradèrent de nouveau.
Bonaparte, informé de cet événement inattendu, et craignant d’avoir en tète toute l’armée de Beaulieu , envoya à La harpe, qui marchait sur Ceva, l’ordre de
revenir aussitôt. II se porta lui* même sur le lieu de j l’action, où il prit les mêmes dispositions que celles qui avaient été la veille couronnées d'un si brillant . succès. Latiarpe arriva. Causse et Masséna dirigèrent 1 en même temps sur la redoute de Magliani, uneattaque ; A laquelle l’ennemi riposta par un feu meurtrier. Le général Causse s’élançait impatient à la tête de quel- ; ques coûtâmes d'hommes de la 90* demi-brigade, lorsqu’il tomba mortellement blessé. On le porta hors des rangs. Le général en chef s’efforçait de rétablir le combat, et passait non loin de IA, Causse le fît appeler, et , d’une voix éteinte, lui demanda : « Dego est-il re- « pris?— La redoute est A nous, répondit Bonaparte.— ! « Dans ce cas, s’écria le blessé avec un accent héroïque,
« Vive la république ! je meurs content, o Ce n’était , tontefois , qu’une consolation offerte par Bonaparte aux derniers moments d'un brave , et un moyen de relever le moral abattu des soldats. Rien n’était encore décidé, et les républicains ébranlés se retiraient même alors en désordre devant les Autrichiens , encore exaltés par leur incompréhensible succès, qui venaient d'opérer une sortie.
Mais Bonaparte, arrivant suivi de la 89* demibrigade, conduite par le général Victor, soutint le choc des Impériaux , qu’il culbuta bientôt et repoussa dans Dego , où il entra avec eux. Ce premier succès rendit la confiance aux autres colonnes. Cervoni gravit les flancs du mamelon , et Masséna , renforcé de la brigade Ménard , gagnait déjà les approches de la grande redoute que Wukassowich défendait en désespéré, lorsque ce géoéral, sur le point d'être cerné, se décida A la retraite, et, abandonnant Magliani, se dirigea sur Acqui , harcelé vivement par la cavalerie française. Sa retraite devint bientôt un affreux désordre. Il perdit 1,000 hommes de sa division, les canons qu'il avait repris et les prisonniers qu’il avait faits.
Ce fut, dit-on, pendant l’attaque de la redoute de Magliani que Bonaparte remarqua pour la première fois un jeune chef de bataillon, Lanncs , guidant, sur la droite det Impériaux , la 8e demi-brigade qu’il avait ralliée, et avec laquelle il fournit une charge si heureuse , qu’elle contribua puissamment au succès de la journée : Bonaparte le nomma cbef de brigade après l’action.
Le même jour, pendant que le général en chef reprenait Dego, et qu’Augcreau enlevait les crêtes de Monte- Zemolo, le général Rusca s’emparait, après un vif engagement , des hauteurs de San-Giovani , au-dessus de Muriatto, position où l'on domine les vallées duTanaro et de la Bonnida. L’occupation de ce poste et de Monte- Zcmolo assurait la communication de l’armée avec la réserve aux ordres de Serrurier, qui commençait luimême à prendre part aux opérations, en occupant sur les deux rives du Tanaro, et presque sous Ceva, les positions de Balifolo, Bagnasco et Nocettod’où il pouvait se lier A la gauche d’Augereau.
Cette série de combats livrés dans le même but, pendant plusieurs jours et sur tant de points différents, n’a été considérée par quelques auteurs , entre autres le général Jomini, que comme une seule et même bataille. Elle eut pour résultat d’isoler les deux armées ennemies et
de mettre le* Français en possession de toutes les sommités centrales de l’Apennin. Us Coalisé* perdirent dans ce» diverses affaires 20,000 hommes tués ou blessés et 40 pièces de canon.
La reprise de Dego assurait la droite de l’armée républicaine contre les entreprises de Beaulieu. Mais Bonaparte avait encore A accabler Colli. Aussi expéditif que scs soldats étaient infatigables , il dirigea le 16 avril Augereau sur Ceva «, où le général dut se réunir A la division Serrurier et A la brigade Rusca. Le quartier général fut porté A Salicetto le 18. Masséna s’établit vers Monte-Barearo. Cairo et la route de Savons furent couverts par une brigade de réserve aux ordres de Victor. La division Labarpe resta entre la Bormida et le Bclbo à San-Benedetto pour observer Beaulieu.
Prise du Camp de Ceva. — Le projet du général en chef était de faire investir le camp retranché de Ceva, par Masséna qui aurait traversé le Tanaro entre Ceva et Castellino , pendant que Serrurier aurait marché sur le flanc droit de l’ennemi. L’attention des troupes sardes devait être distraite de ces mouvements par une attaque de front que trois brigades, commandées par Augereau , avaient ordre d’exécuter sur le camp de Ceva et la position de Pédagiera.
Cette attaque eut lieu le 16. Les redoutes extérieures du camp de Ceva étaient défendues par 8,000 hommes qui opposèrent une vigoureuse résistance. Elles furent vainement assaillies à plusieurs reprises par les colonnes de Jouberl et de Beyrand. Cependant , vers le soir, quelques-unes de ces redoutes furent emportées.
Colli , informé d’ailleurs des mouvements de Serrurier et de Masséna , crut devoir évacuer la position de Ceva. Les Piémontais opérèrent leur retraite en bon ordre sur Mondovi , et le lendemain , 17, les divisions Augereau et Serrurier étant réunies devant Ceva , la première investit la citadelle où Colli avait laissé 800 hommes d’élite , et dont le manque d’artillerie de siège empêchait de commencer l’attaque.
Combat de Saint-NicM. — Colli , pour couvrir Mondovi , s’arrêta sur la gauche de la Cursaglia près du confluent de cette rivière avec leTanuro. La droite piémontaise, aux ordres du général Bcllegarde, s’appuyait à Notre-Dame-de- Vico ; la gauche, sous Vitslis, s'étendait vers Lesegno. Le centre , commandé par Dichat , était posté A Saint-Michel. Une réserve occupait la Bicoque.
La gauche de cette position , couverte par deux torrents, n’était pas abordable; le pont de Pra , vis-à-vis Lesegno avait été rompu. Deux autres ponts existaient encore , celui de la Torre à la droite et celui de Saint- Michel au centre; mais leur* débouchés étaient hérissés de batteries rasantes. Serrurier eut ordre de faire attaquer La Torre et Saint-Michel par le général Guyeux
' Ce fat dan» ce» marche* qu’arrivant *ur le» hauteur» de Monte- Zemok). l'armée française contempla avec étonnement la chaîne gigante*qoe de» Alpe», qu'elle voyait * '«lever derrière et autour d'elle un» le» avoir passée». « A mutai a franchi k» Alpe», dit Bonaparte, nou», dou* le» avoo* fournies. » Célail en effet le plan et le résultat de» première» manœuvre» de cette glorieuse campagne.
et la brigade Fiorella , pendant quAugereau traverse* rail le Tanaro pour tourner la gauche.
Juubert , d'après les ordres d'Augmau , chercha à reconnais cette rivière tortueuse , et & la traverser} mais il ne trouva pas de gué, et ne parvint X l’autre bord qu après des peines inouïes ; ses soldats ne purent le suivre, Gu yeux eut plus de bonheur X la gauche. Ayant trouvé un passage au-dessus de la Turre, il attaqua Bell egard e et le contraignit X la retraite.
Serrurier et Fiorella franchirent le pout Saint-Michel malgré le feu violent des batteries ennemies, et après trois heures d’un combat opiniâtre se logèrent dans le bourg. Dii-bal*, quoique assailli de front a même débordé, opposait cependant une insurmontable résistance, qui donna au géuéral en chef le temps de venir X son secours avec des renforts. La réserve fut en même temps dirigée sur le flanc des Français groupés autour de Saint-Michel. Le courage des Piémontais sembla redoubler X la vue de ces nouvelles troupes; ils se ruèrent avec impétuosité sur les Républicains qui furent contraints de repasser le pont eu désordre, laissant sur Le champ de bataille û X OüO hommes hors de combat. — Tout le terrain qu’avait gagné Serrurier fut perdu par cet échec. 11 dut revenir X Ceva, et les deux partis se retrouvèrent dans la même position que la veille. *
Bataille de Moudoyc. — Bonaparte sentait l’urgence de frapper an coup décisif. Déjà Beaulieu, houleux de son inaction, s’était arrêté dans sa retraite et avisait avec le commissaire sarde, baron de Latour, aux moyens de secourir efficacement Colli. Le quartier général fut transporté à Lesegoo où Masséaa eut ordre de sc diriger, après avoir passé la Tanaro par le pont de Gcva.
Le général en chef , par ses manœuvres du 19 , avait eu le dessein de percer par Mondovi, pour forcer les Piémontais à un changement de front qui leur fil perdre l'avantage de l’excellente position qu'ils occupaient. La première attaque n’ayant pas eu de succès, une seconde fut résolue, quelles que fussent la fatigue et le découragement de» troupes.
Masséoa fut renforcé de Joubert pour attaquer la gauche de Colli au confluent du Tanaro et X Useguo. Augereau descendit la vallée du Tanaro, et marcha sur Alba pour menacer les communication* de l’ennemi, enlever ses dépôts, et jeter l'alarme jusque dan* Turiu. La droite des Piémontais devait être assaillie par Serrurier, qui était maître du pont de la Torre. Enfin on organisa provisoirement sous les ordres du général Meyuier, et pour se porter sur le centre par Saint- Michel, un nouveau corps composé des brigades Miolis et Pelletier auxquelles devait se réunir uue des divisious de cavalerie qui reçut en conséquence l’ordre de bâter sa marche pour rejoindre l'armée.
Colli, épouvanté de ces dispositions audacieuses et de rapproche de tant de colonnes, n’osa pas, avec une ligne aussi étendue que la sienne , livrer un combat d’où le sort du Piémont allait dépendre. Renonçant X tous les avantages de sa position de Saint-Michel , il résolut de gagner celle du Briquet , sous la protection de Mondovi; et dans ce but, U 9e mit en pleine retraite.
X deux heures après minuit, précédé, dans le plqt grand ordre , de son artillerie et de ses bagages, U ne voulait que gagner du temps et attendre l’arrivée de Beaulieu que le baron de tatou r lui annonçait incessamment.
Mais sa retraite se fit avec trop de lenteur, et ftp-» fatigable activité de son jeune adversaire le surprit dans de* dispositions qui durent lui faire regretter d'avoir abandonné Saint-Michel. — En effet , Bonaparte, informé de son mouvement rétrograde, et l’attribuant au découragement , fil aussitôt poursuivre l’armée sarde par la division Serrurier qui se trouvait la plus X portée de descendre les montagnes et qui fut suivie par toute l'artillerie et la cavalerie disponible. — l u pont fut jeté en bâte sur le Tanaro, et l'in* fanterie ne tarda pas non plus X sc mettre en marche. Masséna resta seul X Saint-Michel pour lier le gros de l’armée avec la division Labarpe. Serrurier atteignit le premier l’arrière-garde de Colli , sur les hauteurs cm avant de Yico. Bientôt arrivèrent Guycux qui se jeta sur la droite des Piémontais , et Meynier qui déborda leur gauche, ce qui contraignit Colli à gagner en désordre Mondovi. Serrurier, avec les brigade* Fiorella et Dommartin, marcha droit sur le centre de l’ennemi établi dans la position de Briquet. Dicbat défendit ce point avec résolution, et soutenu par la réserve que lui amenait Colli, arrêta d’abord les Républicaine; mais Guyeux qui menaçait de gagner Mondovi par la droite ayant obligé Colli X se diriger de ee côté ; cl Dkhat ayant été tué, le centre des Piémontais fut enfoncé et s’enfuit en désordre. Colli donna alors l’ordre de U retraite.
La cavalerie française s'étant mise avec ardeur X la poursuite de l’enuemi , le général btcngd qui la commandait fut ramené X son tour parles escadrons sardes, numériquement bien supérieurs aux escadrons républicains ; Stengel , dans une charge, fut mertcRement blessé et tomba entre les maius des Piémontais , avec une partie de son détachement. L n aide de camp de Bonaparte , Murat, 9e distingua particultêresneol dans cette occasion.— Les clefs de Mondovi furent apportées au vainqueur par les magistrat* de la ville. L’ennemi perdit dans cette affaire 1,800 hommes (dont 1,309 prisonniers), vingt et un drapeaux et huit canons.
Colli se retira entre Coni et Cherasco , derrière; la Stura, tandis que Beaulieu, quoique seulement observé par Labarpe, restait paisiblement autour d’Acqui: a* gauche sur l'Orha, sans paraître songer X tenter aucune diversion en faveur de ses alliés. La situation du général piémontais poursuivi par une armée aussi audacieuse qu’infatigable était extrêmement critique. Les dernier* succès de Bonaparte avaient jeté l épouvanté dans Turiu.
La situation des Français, maigri- leurs triomphes, rien était pas moins difficile. La rapidité de leur marche et le défaut d'administration les exposaient X manquer de tout au seiu de l'abondance. La maraude était devenue l’unique ressource des soldat». Bonaparte ne possédait pas d'établissement solide en Piémont, dont l'ennemi occupait toutes le* place» fortes, et CttUt pu»* vait encore, par U rive gauche du PA, se joindre à
Beaulieu, renforcé de* Napolitain*; l'armée coalisée aurait pu de nouveau présenter ainsi en ligne une masse de forces capable d'inquiéter l'armée française, et peut-être de mettre un terme A ses victoires.
Armistice proposé. — Réponse Je Bonaparte. — Ce fut dans ce* circonstances que Colli, d’après l'autorisation du roi de Sardaigne, écrivit le 23 à Bonaparte, que la oour de Turio venant d'envoyer A dues des plénipotentiaires pour y traiter de la paix avec la France, sous la médiation de l'Espagne, il lui proposait uue suspension d’hostilités pendant la durée des négociations.
Bonaparte était résolu de ne pas laisser à l’ennemi le temps de concerter ses mesures défensives. Ces ouvertures n'endormirent ni sa prudeuee ui son activité, quoiqu'il appréciât tous les avantages d'une trêve avec le Piémont, dans la situation précaire où il se trouvait. Il répondit donc qu’il ne pouvait traiter de la ftaix sans avoir reçu les ordres du Directoire, précaution adroite qui lui laissait la faculté de continuer ses opérations et de proposer un moyen-terme qui aplanit les principales difficultés de la position de son armée; et il ajoutait que toute suspension pure et simple était impossible, d'après la situation militaire des deax partis ; qu'il n'était d’autre moyen de faire cesser les hostHités que de lui remettre deux des trois forteresses de Coni, d’Alexandrie ou de Tortone, au choix du roi de Sardaigne. Cette proposition acceptée aurait livré aux Français des places fortes propres à servir de base A leurs nouvelles opérations, et neutralisé les avantages que les Autrichiens pouvaient tirer des nombreuses forteresses du Piémont; la suspension d'armes aurait d’ailleurs laissé à Bonaparte le loisir d’écraser isolément Beaulieu.
Mouvement de l'armée. — Prise de C/ierasco , de Fossano et d' Alla. — Afin de donner plus de poids à sa demande, et de prouver qu’il était toujours prompt A profiter de scs sucres, le générai français passa l’Kliero le même jour, fit jeter des ponts sur le Pezio , et porta son avant-garde sur Caru. Augereau eut ordre de s’avaacer de Castcllino sur Dogliani, et de s’emparer du passage de Xarzolo.
Tous les mouvements de l’armée républicaine se succédèrent et s’appuyèrent rapidement.— La cavalerie de Beaumont suivie de la division Masséna occupa le 24 la ville de Réné.— Victor, resté à Cairo avec une brigade de réserve pour couvrir la communication avec Savone, rejoignit Labarpe, cette communication ayant été plus directement établie par Tende et Garcssio. La division La harpe, sans cesser d’observer Beaulieu, se rabattit de Monte-Rarcaro sur Niella, pour se rallier A l’armée. Augereau se porta vers Lamoro et Serrurier à la Trinité.— Ce dernier s’avança le lendemain sur Fossano où se trouvait le quartier général ennemi, l*ne canonnade de plusieurs heures et sans résultat eut lieu entre les deux partis, séparés seulement par la Stura.
Le même jour, Masséna se portait sur Clierasco, ville forte par sa position au confluent de la Stura et du
T. II
Tanaro, et par uue enceinte bastionnée, très bien palissadée , fraisée et garnie de vingt-huit pièces de canon.—Ce poste excellent pour y établir, A l'abri d'un coup de main , les dépôts de première ligne , fut assailli avec impétuosité par Masséua ,que secondaient le géuéral Dujard et le jeune Marmont , aide de camp de Bonaparte. L'ennemi en fut chassé et se retira pendant la nuit, derrière la Stura. — Ce succès fit replier Colli sur Carignan pour couvrir Turin, dont les Français n étaient plus qu’à neuf lieues.— On trouva dans Cberasco, où Bonaparte appuyait alors sa droite, des magasins considérables de munitions et de vivres.
La retraite de Colli livra à Serrurier la ville de Fossauo entre Coni cl Cherasco. Coni fut investi par les divisions Macquart et Garnier, avec lesquelles, en appuyant A gauche, se lia la brigade Fiorella.- Bonaparte, pour mieux consolider sa position, pressait la droite de Kellcrmann commandée par Vautrais do déboucher en Piémont par Saluées. Pendant ce temps, Augereau avait occupé Alba, et fait jeter aussitôt des ponts de bateaux sur le Tanaro, très large et très rapide devant cette ville.
Fermentation populaire à Turin. — Bonaparte, qui voulait épouvanter le roi de Sardaigne, autant par la crainte de ses propres sujets que par la terreur des armes républicaines , permit aux patriotes d'Alba de prendre les annes et de s’organiser sous la protection du drapeau tricolore. Turin fut bientôt rempli de proclamations insurrectionnelles. Comme Bonaparte l’avait prévu, la crainte d’uue révolution populaire fit A la République française et à la paix des auxiliaires de leurs plus implacables ennemis, la noblesse et le clergé. t
Réunion de l’armée autour d'Alba . — Proclamation du général en chef. — L’armée française était alors réunie devant Alba, dans un des plus Iraaux, des plus riches pays du monde ; elle pouvait, au sein de l’abondance, s’y refaire de ses fatigues passées. Les lieu* de la discipline se resserraient, toutes les troupes étaient animées d un enthousiasme belliqueux qui fut bientôt portée au comble par la proclamation suivante ; a Soldats!
« Vous avez, en quinze jours, remporté six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquante pièces de canon, plusieurs places fortes, conquis la plus riche partie du Piémont; vous avez fait 10,000 prisonniers1, tué ou blessé 10,000 hommes. Dénués de tout, vous avez suppléé A tout. Vous avez gagné des batailles sans canon, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué plusieurs fois sans pain. Les phalanges républicaines étaient seules capables d’actions aussi extraordinaires. Grâces vous en soient rendues, soldats!
« Les deux armées qui naguère vous attaquèrent avec
' C'ett dix-sept mille que la proclamation aurait drt porter. — « la** Aulnrbim», h Drgo, curent prisonniers. 1-e chef d'élalmajor, en faflumt imprimer IVlal de* prisonniers, eu oublia 2,000 qui avaient déj.l élé évacué* *ur N ice . et dont le rSte u’avait pas élé remis à l'adjudant général chargé de ce détail. » {Noie de /‘Empereur.)
audace. fuient devant vous. Les hommes pervers qui j se réjouissaient dans leur pensif du triomphe de vos ! ennemis, sont confondus et tremblants. Mais, soldats, I il ne faut pas vous le dissimuler, vous n’avez encore | rien fait, puisque beaucoup de choses vous restent | encore à faire. Ni Turin, ni Milan ne sont à vous. Vos ennemis foulent encore les cendres des vainqueurs des Tarquins.
‘ a Dénués de tout au commencement de la campagne, vous êtes aujourd'hui abondamment pourvus. Les magasins pris â vos ennemis sont nombreux. L’artillerie «le siège est arrivée. La pairie attend de vous de grandes Choses; vous justifierez son attente. Vous brûlez tous de porter au loin la gloire du peuple français; d'buinilier le* rois orgueilleux qui méditaient de nous donner des fers-, de dicter une paix glorieuse qui indemnise la patrie des sacrifices qu’elle a faits. Vous voulez tous, en rentrant dans le sein de votre famille, «lire avec fierté : J'Hais de l'année conquérante de l'Italie.
«(Amis, je vous la promets, cette conquête; mais il est une condition qu’il faut que vous juriez de remplir, c’est de respecter les peuples que vous délivrerez de leurs fers; c'est de réprimer le pillage auquel se portent lies scélérats suscités par nos ennemis. Sans cela, vous ne seriez point les libérateurs des peuples , vous en Seriez le fléau. Le peuple français vous désavouerait; vos victoires, votre courage , le sang de vos frères morts en combattant, tout serait perdu, surtout l’honneur el la gloire. Quant à moi et aux généraux qui ont votre confiance, nous rougirious de commander une armée qui ne connaîtrait de loi que la force; mais, investi de l’autorité nationale, je saurai faire respecter à un petit nombre d'hommes sans co ur, les lois de l'humanité et de l’houncur qu’ils foulent aux pieds. Je ne souffrirai pas que des brigands souillent vos lauriers.
« Peuples d'Italie , l'année française vient chez vous pour rompre vos fers. Le peuple français est l'ami de tous les peuples. Venez avec confiance au-devant de iios drapeaux; votre religion, vos propriétés et vos usages seront religieusement respectés. Nous ferons la guerre en ennemis généreux ; nous u’en voulons qu’aux tyrans qui vous asservissent. »
Armistice île Cherasco. — Beaulieu , qui sentait enfin combien son inconcevable inaction compromettait les grand» intérêts de la Coalition, s’était décidé , le 21 ,
: à opérer avec une partie de son armée un mouvement concentrique pour sc rapprocher de Colli ; il ! était à peine à moitié chemin quand la nouvelle de | l'armistice conclu entre les chefs des armées française | el piémontaise arrêta sa marche et l'obligea à se diriger en bâte vers la ligne du Pô afin de couvrir la Lombardie.
Victor-Amédée avait adhéré aux conditions proposées par Bonaparte. — Colli en informa le 27 avril le général de l'armée d'Italie, et lui annonça que le cabinet sarde envoyait des plénipotentiaires à Paris pour traiter de la paix définitive. L’armistice fut signé le 28 avril au quartier général de Cherasco. — Les conditions de cette suspension d’armes étaient très avantageuses aux Français. Tortone devait leur être livré le 30 avril ; Coni et la forteresse de Ceva sur-le-champ. Ils devaient conserver leurs positions au-delà de la Stura et du Tanaro , el le passage du Pô leur était accordé sous Valence.
Paix avec le roi de Sardaigne.— La paix définitive, mais humiliante, et imposée au roi de Sardaigne par la dure nécessité, fut signée à Paris le 15 mai. Toutes les places fortes , excepté Turin , durent être remises aux Français jusqu'à la paix générale. La Savoie, les comtés de Nice, de Tende et de Beuil furent cédés à La Bépublique. Les Piémontais durent eux-mémes démanteler les forts de la Brunelle, d'Exiles et de Suze , et réduire l'effectif de leur armée à 20,000 hommes.
Hèfle x ions. Il y avait du merveilleux dans ces résultats, et l'on doit peu t'étonner si les peuples en furent alors si fortement frappés. En effet , en quinze jours, un jeune général , malgré les embarras qu’avait créés une administration sans prévoyance, avec une armée affaiblie par des besoins de toute nature avait battu deux armées ennemies, remporté six victoires, et forcé le roi de Sardaine à demander une paix a laquelle les efforts renouvelés pendant quatre ans par Montesquieu, Biron, Dugoinmier , Dumerbion, Kcllerinann et Schcrer, n’avaient pas pu le décider à souscrire. La supériorité numérique, qui, presque constamment jusqu'alors avait décidé du succès des bataillons, disparut devant les combinaisons hardies et profondes de Bonaparte, dont l’éclatant début dans la carrière militaire révéla les véritables règles de la stratégie moderne; règles qu'une longue expérience avait à peine laissé entrevoir â scs prédécesseurs.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
10 AvaiL. Combat de Vollri.
10 et 1*2 — Bataille de Montenollf.
13 et 14 — Bataille de Millésime. — Combat de Cosseria. — Combat de Dego.
15 — Deuxième combat de Dego.
10 — Prise du camp de Cera.
10 Avait. Combat de V'ieo ou de Saint-Michel.
22 — Bataille de Moudovi.
25 — Prise de Cherasco , de Focsano et d'Alba.
26 — Proclamation de Bonaparte à l’armée d'Italie.
2B — Armistice signé à Cherasco avec h* Piémontai*. 15 mai. Paix signée à Paris avec le roi de Sardaigne.