ARMÉE D’ITALIE
SUITE DU BLOCUS DE MANTOUE. - CRÉATION DES RÉPUBLIQUES ITALIENNES.; REPRISE DE LA CORSE.
SOMMAIRE
Satin du Nonu.— Escarmouche» aatuur de Mantouc.— Affaire de Montc-Chiaragulo.- Sortie* diverse*.— Projet* de Bonaparte sur l'Italie. —Création d« République* Ctupadanc et Tran*p.idane.— Situation intérieure de Malle.— Jugement sur Bonajurtc en 1*96.— Drapeau* offert* par l’année d'Italie.— Le Directoire et TArtnéc.— Repriie de la forte sur lus Aoglai*. •
Suites du blocus. — Escarmouches autotir de Mantoue. — La victoire de Saint-George» fut la dernière opération dirigée par Bonaparte lui-nténie contre l’armée de VVurmser, renfermée dans Mantoue. Dès que cette armée avait été repoussée dans la place, les postes de Saint-Georges et de la Favorite avaient été fortifiés avec le plus grand soin, afin qu’il fût désormais impossible aux Impériaux de déboucher de ce côté, par où auraient pu leur arriver des secours du Tyrol. Néanmoins les Autrichiens restèrent encore mattres du Séraglio, dont Augereau ne s’était pas emparé quoiqu'il en eût reçu l'ordre. Le Séraglio est un district fertile entre le Bas-Mincio et le Pô, et qui, par les bestiaux, les fourrages et le bois qu’on eu pouvait retirer devait donner à la garnison de Mantoue les moyens de prolonger sa résistance en augmentant ses approvisionnements. On a différemment expliqué les raisons qui déterminèrent Bonaparte à ne pas insister pour ôter aux assiégés ce riche territoire; ce fut, disent quelques rapports officiels, le désir d'attirer Wurmser dans une seconde affaire en rase campagne; mais il fallait bien peu présumer du jugement de ce général pour oroire qu’après tant de terribles leçons il se laisserait aller à une pareille imprudence. Il est probable que si les Français , qui conservèrent le pont de Governolo, ne gardèrent pas également le Séraglio, ce fut uniquement à cause de l’insuffisance de leurs forces.
Mantoue renfermait alors 25,000 hommes d’infanterie et 5.000 cavaliers. Celte dernière troupe était à la vérité plus embarrassante qu’utile dans une place dont le siège allait commencer, et où l’extrême difficulté des débouchés devait rendre nul l’usage de la cavalerie. Cette garnison diminua bientôt dans une proportion effrayante par suite des maladies qu’occasioua l’air pestilentiel des marais parmi des soldats exténués par de longues marches, et soumis chaque jour à de nouvelles privations. Vers la fin de septembre quelques milliers de malades avaient déjà succombé; neuf mille autres encombraient les hôpitaux et les maisons particulières; le nombre des défenseurs actifs de la ville était réduit à moins de 16,000 combattants.
La force de celte garnison était néanmoins telle encore , qu’après la victoire de Saint-Georges il devait importer plus à Bonaparte de lui fermer toute communication avec le dehors , et de la réduire, par le manque de vivres, aux dernières extrémités, dont le moment allait être accéléré par la masse d'hommes qui la composaient, que de l’attirer dans des sorties où elle aurait perdu des|soldatsJ plus à charge à la place qu'utiles à
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sa conservation. Ce fut le plan auquel on ne tarda pas à revenir, si on ne l'avait pas même adopté d'abord; il avait pu paraître couvcnable dans les premiers jours du blocus, où l’épidémie faisait encore peu de progrès, de diminuer par quelques combats le nombre des soldats, afin de réduire la garnison au point d'être trop faible pour hasarder des sorties qui lui permissent de tenir la campagne en avant de ses murs, tout en étant trop nombreuse pour le service de l'intérieur, c'est-à-dire de la placer dans une position numérique telle qu’elle hâtât, saus utilité, la consommation des approvisionnements dont la place était pourvue.
La fin du mois de septembre et le mois d’octobre furent marqués par quelques sorties. Le 21 septembre l’ennemi poussa 1,500 hommes de cavalerie sur Castelluccio; les grand'gardes, d’après les instructions quelles avaient reçues, se replièrent afin d’attirer l’ennemi loin des batteries de Mantouc; mais cette fois il sut profiter des leçons précédentes, et devant ce mouvement rétrograde et inoff^nsif , la cavalerie autrichienne s’arrêta; elle rentra ensuite dans la place sans s’être livrée à aucun acte d’hostilité.
Les Français avaient occupé et retranché le pont de Governolo, autant pour défendre à l'ennemi le passage du Miucio sur ce point, que pour se le réserver à eux-mêmes. Ce poste fut attaqué le 23 septembre sur la rive droite de la rivière, par un fort détachement aux ordres des généraux OU et Minckwitz. Les Français étaient sur leurs gardes, et les défeuseurs du pont avaient reçu des renforts. Après une vive canonnade et plusieurs charges d'infanterie, les deux brigades autrichiennes furent obligées de rentrer en désordre à Mantoue, abandonnant 1,100 prisonniers et cinq pièces de canon attelées, avec leurs caissons-
Le géuéral Kilmaine, qui avait le commandement temporaire des troupes françaises destinées au blocus de Mantoue, garda les mêmes positions jusqu’au 29, espérant toujours que le désir de ramasser des fourrages attirerait la garnison hors de la place. — Son attente fut déçue; l’ennemi, inactif, restait campé à la Chartreuse devant la porte Pradella, et à la Chapelle devant la porte Cerèse. — Kilmaine résolut alors de l’attaquer dans ces deux camps, et y dirigea des troupes par plusieurs points; mais les Autrichiens les évacuèrent à leur approche et il n’y eut qu’une légère fusillade d’arrière-garde. — La Citadelle fut bloquée le 1er octobre. La porte Pradel la et la tour de Cerèse furent occupées le même jour à cinq heures du soir. — Bonaparté avait quitté, le camp de Mautoue pour aller
FRANCE MIUTA1RK.
à Milan où les affaires intérieures de l'Italie réclamaient sa présence et se» soins. '
Affaire de Mon te- Chiaragulo. — Le jour même où, par l'occupation des portes Pradella et Cerêse, s'était complété l’investissement de Mantoue, 1.70 hommes de la garnison , sortis le matin à huit heures, s'en trouvèrent coupés. — Ils avaient passé le PA à Borgoforle pour aller fourrager. — L’impossibilité de rentrer dans la place les détermina & chercher un refuge du côté de la Toscane. L'officier qui les commandait était porteur des instructions de Wurmscr, pour soulever les habitants du pays et pour leur fournir des armes dont oq avait rempli les chariots qui devaient ramener le fourrage à Mantoue; mais loin d'étre accueilli comme il s’y attendait, ce détachement fut poursuivi par la garde nationale de Keggio, et par des paysans armés à la hâte. Vivement pressé, il se réfugia sur le territoire de Parme, dans le château de Monte- Ghiaragulo, où il fut bientôt cerné et contraint de capituler. Bonaparte, en rendant compte de cet incident, où deux hommes du pays avaient été tués, écrivait au Directoire : « Ce sont les premiers Italiens qui ont versé leur sang pour la liberté de leur
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Sorties diserses.- Le 7 octobre, les Français ayant mis le feu â des meules de foin réunies près de la Citadelle, les Autrichiens firent une sortie pour éteindre l’incendie et enlever ce qui restait encore de ces fourrages. Us attaquèrent le château de Prada, situé sur la route qui conduit de la Citadelle à Soave, et qui était défendu par 300 hommes de la GIP demi-brigade, aux ordres du chef de bataillon Dislous. — L'n bataillon de la 1 1e demi-brigade, soutenu d'une pièce de canon, étant arrivé pour renforcer ce poste, les Impériaux furent mis dans une déroute complète, et poursuivis jusque sur les glacis de la Citadelle — Les batteries françaises liraient fréquemment sur la place; un magasin à poudre prit feu et sauta. L’explosion fut si forte qu’elle fit s’ouvrir plusieurs fenêtres du château de Borgoforte, situé à deux lieues de Mantoue.
Les assiégés firent inutilement encore plusieurs sorties, qui attestaient également l’activité du Vieux AYurmser et l’impuissance de la garnison. La plus remarquable fut celle qui eut lieu dans la nuit du 18 octobre contre les retranchements de Saint- Georges, dont les Autrichiens tentèrent l’escalade, opération qui échoua complètement— La garnison, rebutée par tant d’échecs et affaiblie par les maladies qui faisaient de continuels ravages, cessa dès lors de rien entreprendre. Néanmoins ses approvisionnements diminuaient chaque jour; Wurmser sentait amèrement qu’en cherchant avec les débris de son armée un asile 'dans Mantoue, au lieu de pouvoir ea prolonger la défense il n’avait qu’accéléré l’époque de la reddition. Vers la fin d’octobre, il se vit forcé d’ordonner de tuer les chevaux pour nourrir les soldats : dès lors la garnison put calculer que, à moins d'être efficacement secourue par l'Autriche, elle ne saurait faire durer sa résistance qu’autant que durerait son courage à sup-
porter les privations, chaque jour croissantes, auxquelles elle allait être soumise.
Projets de Bonaparte sur l' Italie.— Tandis que les intrigues autrichiennes et les menées des petits princes italiens tendaient à créer des embarras à l’armée française parmi les souverains, toutes les pensées du général Bonaparte étaient de lui assurer des appuis parmi les peuples. La régénération complète de ritalie par la création de républiques indépendantes, devait atteindre ce but. Bonaparte savait que la grande nation italienne, délivrée du joug de l’Autriebe, réunie et vivifiée par des institutions libres et par l’amonr de la patrie, serait pour le peuple français une alliée naturelle et dévouée. Toutes scs lettres au Directoire réclamaient la grande et politique mesure de la constitution définitive de la nationalité italienne par rétablissement de républiques, o 11 faudrait, écrivait-il, réunir un congrès à Modène ou à Bologne, et k composer des députés des États de Ferrare, Bologne, Modène et Reggio.— Il faudrait avoir soin qu'il y eût parmi ces députés des nobles, des prêtres, des cardinaux, des négociants, enfin des hommes de tous les états, généralement estimés et reconnus pour patriotes. Iu On y arrêterait l'organisation de la légion italienne) T on ferait une espèce de fédération pour la défense des communes; 3° le congrès pourrait envoyer des députés à Paris pour demander la liberté et l’indépendance de l’Italie. — Cela produirait un très grand effet. — Il est indispensable de ne négliger aucun moyen pour répondre au fanatisme de Rome, et pour nous faire des amis, n
Le» projets du Directoire étaient opposés aux plans généreux de Bonaparte. Le Directoire voulait la paix, mais c'était de l’Autriche qu'il prétendait l’obtenir, dût la liberté de l’Italie en être le prix. Il répondit froidement aux chaleureuses réclamations de Bonaparte en faveur de la nation italienne : o La politique et nos intérêts bien entendus, envisagés sainement, nous prescrivent de mettre des bornes â l’enthousiasme des peuples du Milanais, qu’il convient toujours de maintenir dans des sentiments qui nous soient favorables, sans nous exposer à voir se prolonger la guerre actuelle par une protection ouverte et en les encourageant trop fortement â manifester leur indépendance
1 Le cinquième anniversaire de la fondation de la Wpobliqoc française fui célébré le ü septembre, à Milan, arec une solennité dont les journaux italiens ftrcnl alors celle pompeuse description :
«Au point du jour, le* canon* du château annoncèrent le retour de ce jour glorieux pour les Français et méniofabk* pour l'univers. 1-c* citoyens se disposèrent avec joie S le c lébrer. A huit heures tes membres du congres général d'état , du conseil suprême el des autres tribunaux «e rendirent à la municipalité; une garde nationale nombreuse, inMéc aux troupes française* , formait la baie dans les vastes cours du palau de la commune et dans la rue qui conduit à la cathédrale. Le* officiers français «'étaient , de leur côté , réunis au palau Serbelloni , ml logent Monsieur et Madame Bonaparte.— A neuf heures le cortège K mit en marche : un détachement d'artilleurs avec deux canons, et un détachement de grenadiers français étaient en lélc; venait ensuite un bataillon de la garde naliooalc a»cc la musique. — Le curps municipal el le* membre* des tribunaux marchaient en groupe* sans aucune de ce* vaine* distiarhous d’éoqueSl* et de préséance qui étaient jadis considérée* comme ai importantes. Ils ne s'occupaient que d’uue seule aflairo , la célébration d’une fête ré pub beat ut- , nouvelle pour noue grande cité Dès que )t cortège fut
Ainsi, en faisant briller la liberté aux yeux des populations italiennes, ardentes et dévouées, ce n'était pas un don que le Directoire voulait leur faire, ce n'était qu’un prêt qui devait leur être retiré si le sacrifice de leur indépendance, conquise par tant de Victoires, devenait nécessaire à la conclusion du traité avec l’Autriche; prêt fatal, et qui leur aurait rendu plus amer et plus flétrissant l’esclavage sous lequel elles seraient retombées.
Création des républiques Transpadane et Cispadane.— Bonaparte avait le coeur trop haut placé pour ne pas comprendre que l’existence nationale de l’Italie importait â sa gloire aussi bien qu’aux succès de ses opérations militaires. Il ne pouvait servir la politique mesquine et tortueuse du Directoire; et pendant que, pour assurer la tranquillité de la Péninsule, il faisait fortifier et armer Pizzighetone, Reggio, toutes les places des rives de l’Adige et de l’Adda, ainsi que les châteaux d'Urbin et de Ferrare, il encourageait, par son approbation, les efforts des patriotes qui , en deçà et au-delà du Pô, créaient les républiques Cispadane et Transpadane. Cette forme de gouvernement offrait le seul mode de réorganisation de l’Italie qu’il fût possible d’espérer de l’esprit du moment. Les bases principales de l’administration des nouvelles républiques furent établies d’après les conceptions du général en thef.
Il contient de présenter quelques détails sur l’établissement de ces gouvernements si promptement créés.— Si Bonaparte avait contre ses projets les petits princes, les grands propriétaires féodaux et le clergé, il avait pour lui les savants, lés négociants, les petits propriétaires et tous les hommes voués aux professions industrielles et mécaniques, qui attendaient des nou-
irrivé sur ta place publique, on y vit bientôt paraître le général co chef avec une brillante escorte de générai et d'officier* de l'étatmajor. Cette troupe h* plaça sur le côté droit de la place; la municipalité , le congrès et 1rs autres autorités se placèrent sur une double estrade en face de la cathédrale; A gauche étalent les troupes françaises et la garde nationale; les deux côtés de rentrée étaient également garnis de musiciens. le canon, disposé sur l'avanl-place du palais arehidural. annonça le rommencement de la fête. On planta tan arbre de la liberté; on prononça plusieurs disrourt relatifs A la circonstance. I/? général en cher Bonaparte, le commissaire (Jirrrau. les officiers d’état -major, tous A cheval, étaient le principal ornement du spectacle. Les troupe* françaises et nationales défilèrent par pelotons devant eux, et. fatsaal le lourde la place, s'acheminèrent vers le cours de la ponc d'Orient . ort se dirigea de son côté le général et son cortège , retournant au palais Serbtlloni ; le» autorité* constituées s'y rrndiient a pied avec tou» leurs officiers... Madame Bonaparte jouissait du coup d’ml de la fête de dessus la grande loge du Casino di recreazioni ; toutes tes fenêtres étaient garnie* de spretateurs. — Au fond de la place on avait élevé un temple avec la statue de la liberté. La déesse elle-même parut bientôt sur un superbe char triomphal traîné par six beaux courtiers : c'était une jeune femme vêtue à la grecque et agitant un drapeau trii-olore. Six jeune» garçons folâtraient autour d'elle, orné» de guirlandes de fleurs et de feuillages , et portant les emblèmes de la liberté victorieuse, de la tyrannie vaincue, de la coalition foudroyée. Entre les guirlandes et le» fleur» on huit sur une large Inscription les noms des armée» qui ont bien mérité de la patrie, d’autre part celui de la Lombardie présenté a la déesse par un génie qui l'implorait en faveur de no» belle» contrée». Ce char, aprè» s’étre arrêté d’abord devant le palais du général, parcourut la ville, puis retourna A la plarc du palais national pendant le dtner, dont le général Al le* honneur». An sortir du dîner, le cortège se rendit, an bruit rtn canon, an cours de la porte d’Orient, et assista A de» Jeux qn: rappelaient le» beaux Jour» de li Grèce. Il y eut de» courses A pied et i cheval , exécutée*
veaux principe» de liberté et d’égalité civile*, de* droits dont il» n’avaient pu jouir jusque-là. Après la répression des premiers troubles, et la punition de leurs instigateurs, les habitants des campagnes, dont on cessa de froisser les vieux préjugés religieux, s’habituèrent aisément è un nouvel état de choses qui leur promettait un avenir plus heureux. La Lombardie manifesta la première le désir d’assurer son indépendance sous la protection des armes républicaines. Bonaparte approuva ce vœu , et l’exemple du Milanais fut bientôt imité sur tes deux rives du Pô, quoique les habitants des campagnes fussent peut-être moins que ceux des villes enthousiastes des nouvelles idées. La Lombardie avait donc pris déjà les formes républicaines immédiatement après l'affaire de Pavie. Son gouvernement fut celui désigné plus tard sotis le nom de république transpadane, par opposition à celle qui fut formée peu après sur l’autre rive du Pô, sous le nom de république Cispadane.
Les résultats politiques et militaires de cette création de nouveaux états devaient être aussi avantageux à la France que défavorables à l’Autriche; mais pour les obtenir et déjouer toutes les intrigues, il convenait que leur gouvernement fût plus fort encore que libéral. Bonaparte le sentait ainsi, mais il était fréquemment contrecarré dans ses idées par les commissaires du Directoire, chargés des détails de la nouvelle administration-, néanmoins l’influence qu’il exerça sur eut l'aida à mener à fin l’opération délicate de la régénération italienne. Il sut composer avec les anciennes institutions, à part celles qui tenaient au régime féodal, glissa sur les réformes religieuses pour ne pas indisposer une foule ignorante, aveuglément soumise au clergé. Les nobles, par leur admission aux charges civiles et administratives, conservèrent la considéra*
par dp» officier» français ainsi que par no» citoyen*. Le «oir de» représentations théAtrale», des danse* et une Joie dont nous éprouvons encore les douces et cuivrâmes sollid tâtions, en noos écriant : /7 ré la République française! vive le jour de sa fondation t puisse ta cinquième epot/ue de son anniversaire devenir ta première de notre république lombarde et Italique!»
U cinquième anniversaire de la République fut aussi célébré avec pompe dans toutes le* autre» grande» ville* de nulle ncrapée* par le* troupes françaises. I* peuple italien *e plaisait A ce* spedaclr*.
La fêle dfe Gêues. ville alliée et non conquise, eut un caractère particulier. Les bAtiments français mouillé* dans le port l'annoncèrent par de* salve* d’artillerie qui furent répétées par le» fort» de la ville; le pavillon tricolore et mu de* puissances amies flottaient de ton* côté». Le ministre Fa y pou 11 donna le loir Une fête oû assistèrent te ministre du rot de Sardaigne et un grand nombre de noble» Génois. Les retaoous du temps en ont conservé la description. • Le goût, la simplicité et le patriotisme, disent ils, y régnairnt égatcmrnt. le» salle», les appartements et le jardin étaient ornés d'emblèmes et de trophées. On a remarqué que les qnatre pavillons génois, hatave, espagnol et français étaient réunis par un ruban tricolore, sur lequel était écrit en lettres d’or ; alliance Dans le Jardin, 111amlné hr jlbmment , on voyait l'arbre dr la liberté , l’autel «1e la patrie et la stalne de la liberté. Deux orchestres exécutaient tour A tour des marches ou de» chanson» patriotiques. Ou chanta aussi l’hymne italien que ic peuple chaule A Milan :
Del despotico polere,
Ile al foco, intqui editti;
Son detV uomo i primi drttti.
Equagliança e tiberta.
■ A neuf heur»* commencèrent les danse» républicaines , qoi forent interrompre* A minuit par tm souper qu'assaisonnait resprll d'égalité cl de liberté. »
tion dont ils étaient jaloux, et obtinrent de plus une ' influence politique dont i'AulricUe les avait privés. : Cette révolution fut paisible et sans réaction dans le | Milanais et les autres principautés Les peuples s'habituèrent aisément à jouir de droits qui éleudairnt leurs avantages sociaux et leurs libertés nationales.
Le peuple de Reggio suivit le premier l'exemple des Lombards, et devint le foyer de la propagande italienne. On se rappelle que le duc de Modène, Hercule 111, avait fui de ses états lors de l’arrivée des Français, laissant le timon des affaires a un conseil de régence. Ses sujets le détestaient, ceux de Reggio en particulier. Ils s'insurgèrent le 26 août, prirent les armes, chassèrent les autorités ducales et créèrent une municipalité en se mettant sous la protection française. Les légations de Bologne et de Ferrare, cédées A la France par le Pape, envoyèrent des députés au peuple de Reggio pour le féliciter et lui offrir une alliance. Bonaparte avait confié provisoirement le gouvernement de ces deux petits états à un conseil qui devait leur donner une constitution sage, adaptée à leur situation et à leurs mæurs.
La régence de Modène voulut résister au mouvement populaire et se mit en devoir de réparer les fortifications de la ville. Bonaparte ne cherchait qu'une occasion pour substituer A cette régence un gouvernement qui gagnAl aux Français l’esprit des habitants; il fit marcher des troupes sur Modène, prétextant la violation du traité qui défendait de relever ses fortifications. Les Fiançais entrèrent A Modène le 9 octobre. Le conseil de régence se dispersa et fut remplacé par un comité de gouvernement qui prêta serment à la République française. Le nouveau gouvernement, aussitôt après son installation, adressa aux habitants de Bologne et de Ferrare l'invitation d'envoyer des députés A Modène pour se concerter sur la manière de consolider leur récente révolution. Les députés réunis décrétèrent quelques jours âpres, dans une assemblée générale, l'union des quatre pro-
1 Bonaparte, tout en prouvant ta création des nouvelle* républiques, qui drraicnl être aulaut d’appuis pour son armée, icnail beaucoup k ce que rétablwscmciil <tc rcs états populaires ne fi'it souillé par aucun excès. Ayant appris que ta jilanlation de l’arbre de la liliciié avait été à Bologne l'occasion de quelque» violence» et de pillages, H se rendit sur k champ dau*eclto ville et donna l'ordre d'arrêter et de livrer ks roupablr* au* tribunaux, qui rn firent prompte justice ; entoile il adressa aux Bolonais une prodaniatiuo où l'on remarque le passage suivant :
«lin peuple qui se livre A <tes excès csl indigne de la liberté : un peuple libre r*l ««rirai qui rrsperle les personne» et le» propriété». L'auarcliic produit la guérie intestine et foule* le* calamité* publiques. Je suis l'ennemi des tyran», mais, avant tout, IVn ocrai juré de» scélérat», de* brigand» qui la commandent lorsqu’il» pillent, .le ferai fusiller ceux qui, renversant l’ordre social . tout lié* |s>ur l'opprobre et le malheur du monde.
• Peuple de Bologne, voulez »ou* que la République française vont protège? vouiez vous que l’armée française vous estime et s'Iionoïc de faire Totre bonheur ? voulez vous qur je me vante quelquefois de l'amitié que vou» me témoigne/ 1 réprimez rr petit nombre de icélé rai»; Faite-» que personne ne nul opprimé : quelles que soient ta opinions, nul ne pctil êirearrélé qu’en vertu de la loi.... Faites surtout que la propriété» soient respecté**. »
Le sénat bolonais, ainsi encouragé par le général rn rhef, retrouva la firmcté nécessaire |*our faire respeilt-r ks loi*, et l'organisa Hun de la garde civique assura à l'avenir le maintien de la tranquillité publique.
vinces de Modène, Reggio, Ferrare et Bologne ; l'organisation d’une garde nationale *é dentaire dans chaque ville confédérée; l’envoi d’une députation au général Bonaparte et à la république Transpadane, etc. Toutes les institutions nouvelles ne devaient être que provisoires jusqu’A la paix générale.
Situation intérieure de V Italie — Cependant Bouaparte et le Directoire avaient fait en vain plusieurs tentatives pour s'attacher la république de Venise. O vieil élat, frappé d'atonie, était incapable de foire à propos la paix ou la guerre, l'ne flottille vénitienne avait été année sous le prétexte de la défense des Lagunes. La coïncidence de celte mesure avec le refus fait par le Pape de signer la paix, et l’arrivée A Rome d'un envoyé napolitain chargé de conclure une alliance entre Naples et le Saint-Siège, fit craindre A Bonaparte d’avoir bientôt sur les bras une nouvelle ligue italienne. Il avait pressé le Directoire d’en finir avec le roi de Naples. Un traité de paix définitif fut signé à Paris le 10 octobre. Ce traité refroidit l’ardeur guerrière de la cour de Home qui , n’ayant pas pu s’arranger avec la République française, travaillait de tous scs efforts aux préparatifs d une guerre dans laquelle elle espérait avoir Naples pour alliée. — Le roi de Sardaigne venait de mourir, et l’on avait craint un instant une rupture avec son successeur. Cette crainte avait été heureusement dissipée.— Au commencement d'octobre, pendant que le Directoire traitait A Paris avec son ambassadeur, un autre traité stipulant le paiement de quatre millions, la clôture du port de | Cènes aux Anglais, et le libre passage pour les troupes I républicaines et leurs convois, transformait la capitale de la république génoise en une place d’armes française. Ce fut vers cette époque que la paix fut aussi définitivement conclue A Paris avec le duc de Parme; les conditions en étaient A peu près les mômes que celles de l’armistice
Ces différentes négociations occupèrent les loisir» du général en chef depuis l’affaire de Saint-Georges
1 Ce qui caractérise le premier généralat de Bonaparte, c'est que déjà, comme dan» tout le cours de sa carrière, il *e montre non moins habile administrateur que grand homme de guerre. Il est a la for* guerrier, diplomate et législateur, rendant qu'il organite le* nouvelle* républiques, il signe ou prépare de» traités, songe à créer rn Italie un esprit public qui lui soit favorable, et une armée qui pui-sc défendre la nationalité italienne qu'il a A cœur de foudtT. Au moment nu' me où il veille h l’organisation d>* garda nationale» de Bologne, de Ferrare, île Modène, de Milan , etc,, et à la création de la légion lombarde, qui ne tarifera pas A picndre plan- dans la rangs de l’armée française, il «'occupe aussi de la fondation d'établissement* relatifs A l'iustroi'lion publique , et da académies qui, rn disputant U* savants en faveur de* Français, doivent ajouter l'influence da esprit* éclairé* k aile da arme», et enfin il lait propœr par l'aduiiuistralioii lombarde un prit pour le meilleur discours sur telle intéressante question : Quel est te gouvernement titre gui convient te mieux au bonheur de l'Italie?
Cependant Imitait* questions de publique et d'administration ne détournent pa* son attention de la qui *t ion militaire.
.lamat* le* mené** pour soulever les population* italienne* n'avaient été aussi active* qu'cita le furent pendant k* deux mois qui AUivirrtu le blocus de Wurtntcr dan» Manloue. Dr* émissaire* ennemis pai couraient ks pa>« occupés par le* Français, et cherchaient A exciter l'msum'Cbon. On vit reparaître ks liai bel» dans le comté de Nice et dan» la partie uionliieuse du Moutferrat; niait la gucr.e active que leur fit le général l.autitcr, et la mort de leur* chefs ne tardèrent pas 1 en amener la dispersion. On en arrêta et oo en fusilla
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jusqu’au moment où l’armée autrichienne se mit de nouveau en mouvement pour venir au secours de Manloue. Le gros de l'armée française était resté pendant ce temps autour de Manloue, et en observation sur la Brenta et sur l’Adige. Bonaparte pressait en vain le Directoire pour en obtenir les renforts qui devaient combler les vides formés par tant de batailles et surtout par les maladies qui , autour de Manloue et dans les plaines marécageuses de l'Adige , décimaient les Français ainsi que les Autrichiens.
Jugement sur Bonaparte en 1796. — Pour faire apprécier les talents que Bonaparte déployait alors comme général et comme administrateur, et montrer quelle opinion avaient déjà ses contemporains de son génie et de son avenir, nous citerons la note qu'un général (Clarke, depuis duc de Fellre ), envoyé vers cette époque à Milan, pour observer la conduite des chefs militaires et des commissaires civils en Italie, ; adressait au Directoire. « Le général en chef a rendu les plus importants services. Placé par vous au poste glorieux qu’il occupe, il s’en montre digne; il est l’homme de la République. Le sort de l'Italie a plusieurs fois dépeudu de ses combinaisons savantes. Il n’y a personne ici qui ne le regarde comme un homme de génie, et il l’est effectivement. Il est craint, aimé et respecté en Italie. Tous les petits moyens d'intrigue échouent devant sa pénétration. Il a un grand ascendant sur les individus qui composent l'armée républicaine, parce qu’il devine ou conçoit d'abord leur pensée ou leur caractère, et qu'il les dirige avec science vers le point où ils peuvent être le plus utiles. Un jugement sain, des idées lumineuses le mettent à portée de distinguer le vrai du faux. Son coup d’œil est sûr; ses résolutions sont suivies par lui avec énergie et vigueur. Son sang-froid dans les affaires les plus vives, est aussi remarquable que son extrême promptitude à changer ses plans quand des circonstances imprévues le commandent. Sa manière d’exécuter est savante et bien calculée. Bonaparte peut parcourir
un grand nombre. Des «rouble* étaient en mime temps fomente* dan* le* ÜefS, et oo en accusait Dème le rotule Girola, ministre de l'Empereur à Gènes. l-es Anglais avalent débarqué sur le lilloral de la poudre, des armes cl d'autres munitions de guerre qui y avaient été secrètement transportées. Le fief de Sainte Marguerite, situé dans la vallée de U Srrivia . où se trouve , sur une bailleur, un rhJtteau su* ceptible de défense, élail le point rentrai de réunion des insurgés; leurs forces l'augmentaient chaque jour de prisonniers autrichiens échappés aux convois que l'armée d’Italie dirigrail sur la France. Des agents placés sur toutes les routes d'étape* leur facilitaient 1rs moyens de fuir et leur fournissaient des guides pour se rendre dans les anciens fief* impériaux. On y répandait à profusion de* manifestes de W u miser. Ce générai avait réussi à envoyer de Manloue à Lénct le colonel Merranlini . qui demeura, dit-on, caché plusieurs jour* dan* la maison du ministre autrichien , attendant le moment de te mettre à la tête de F insur reri ion projetée. tx»« officiers allemands qui étaient restés prisonniers 1 Gènes, sur parole, devaient se réunir à lui. le général en chef, instruit de toute* res intrigue» par le ministre de la République française auprès du gouvernement génois, donna des ordres au gouverneur de Tortooe. Celui- ri envoya aussitôt au château de Sainte-Marguerite et dans h* autre* Hef* impériaux un détachement pour enlever les munitions de guerre qui y étaient cachées, et arrêter le* hommes armés qui s'y trouvaient rénnis. L'insurrection fui amii étouffée avant sa naissance.— Cependant les émissaires porteur* de fausses nouvelles circulaient encore fréquemment , et le général en chef dut prendre aussi des mesures sévfrre* contre eux. Des négociants partis de Gènes avec grand fracas, s’étaient réfugiés
avec auccè* plus d'une carrière; ses talents supérieurs et ses connaissances lui eu donnent les moyens. Je le crois attaché à la République, et sans autre ambition que celle de conserver la gloire qu'il s’est acquise. On se tromperait si l’on pensait qu’il fût l’homme d'un parti. Il n'appartient ni aux royalistes qui le calomnient, ni aux anarchistes qu’il n'aime point. La constitution est son seul guide. Rallié à elle et au Directoire qui la veut, je crois qu’il sera toujours utile et jamais dangereux à son pays. Ne pensez point, citoyébs directeurs, que j'en parle par enthousiasme; c'est avec calme que j'écris, et aucun intérêt ne me guide que celui de vous faire connaître la vérité. Bonaparte sera mis par la postérité au rang des plus grands hommes.»
Drapeaux offerts par V armée d'Italie.— Le Directoire. et l’Armée.— Les victoires de Bonaparte sur le Mincio et sur l’Adige soutenaient en France l’esprit public, que les revers essuyés par les armées du Rhin auraient probablement abattu. Le Directoire était flatté des succès de l'armée d’Italie, dans la pensée qu'ils jetaient de l’éclat sur son gouvernement, et lut facilitaient les moyens de comprimer les partis menaçants déjà pour son existence. Comme tous les gouvernements qui sont faibles, et qui ont la conscience de leur faiblesse, il caressait l’armée et la faisait valoir par des fêtes et des réceptions solennelles , espérant s’en faire au besoin un appui contre l’opposition des deux conseils ( les Anciens et les Cinq-Cents). II préparait ainsi, sans s'en douter, l’établissement du gouvernement militaire.
Quoi qu’il en soit, ces réceptions solennelles avaient alors un grand retentissement et produisaient un effet profond sur l’opinion publique.
Ainsi dans sa séance du 10 fructidor (28 août), le Directoire avait reçu solennellement des mains du capitaine Dutaillis \ aide de camp du général Berthier, chef d’état-major de Bonaparte, les drapeaux enlevés à l’ennemi dans la glorieuse campagne des cinq jours.
à Milan, annonçant que le* Français étaient * la vrille de bomhardcr Gène*. Bonaparte leur fit ordonner de sortir à l’Instant de la Lombard*. La lettre dans laquelle il prescrivait au général Berthk-r de tes faire partir sur-le-champ fut rendue publique ; oo y remarquait le passage suivant ;
• J’ai à cœur d’ôter aux malveillants tou* les moyens d’inquiéter le brave peuple génois , auquel l'armée d'Italie a des obligations essentielles, taut pour le grain qu’il nous a procuré daus le temps de disette, que pour l'anulté qu'il a toujours manifestée pour la République. Au moment où les Géoou ont fermé leurs ports aux Anglais et chassé le ministre de l'Empereur, qui avait exécuté des soulèvements dans les fief* impériaux , ils ont des droit* plus particuliers A la protection de la République française. »
Dans le même temps et a tin d'empéchcr l’opinion publique de se laisser égarer, il Rusait publier aussi la lettre suivante , adressée ptr lui au cardinal Mattel.
• les riiYoïuianres où vous vous été* trouvé étaient vraiment difficile*, et absolument nouvelles pour vous. C'est A cette seule raison que je veux attribuer les faute* estent telles que vous avez commises. Les vertus morales rt chrétiennes que tout le monde s'accorde 1 reconnaître en vous me font désirer vivement que vous vous rendiez dans votre diocèse. Assurez tous les ministres du culte et tou* les religieux des différentes congrégations, de la protection spéciale que je loir accorderai , lorsque toutefois ils ne te mélcroot point dr* affaires politiques de* peuple* »— Ce* communlcalious offtaelles produisaient un excelirat effet sur les populations.
• Depuis bcutcoaut général et pair de France.
Cet officier avait, A cette occasion , prononcé le discours suivant • :
«Citoyens directeurs, vous voyez les étendards arrachés aux ennemis par les Républicains en Italie. Les Autrichiens, après avoir reçu des renforts considérables, attaquèrent quelques-uns de nos postes, et s’en emparèrent ï fiers de ces premières tentatives, ils Annoncent A toute l’Italie que bientôt on n’y comptera plus un seul Républicain; mais quatre jours seulement ils connurent les succès. Les Français réunis attaquent à leur tour cette armée un instant victorieuse, formidable par le nombre, et dernier espoir de l’Autriche. In quatre autres jours elle est entièrement défaite, toute son artillerie perdue; et Wurmser, ainsi que Beaulieu, trouva en Italie les braves qui, en 1792, les défirent tous deux à Jemmapes. Os succès, éternellement glorieux, sont dus à la bravoure et à l’intrépidité de nos soldats, et aussi aux savantes dispositions ét A l’infatigable activité de leur jeune général ; nuit et jour à leur tête , partageant leurs dangers, leurs fatigues, leurs privations, il conduit leurs attaques, dirige leur courage et leur ouvre partout le chemin de la victoire. — Citoyens directeurs, nous avons à regretter la perte de braves et intrépides camarades; mais ils sont morts dignes de la cause sacrée qu'ils défendaient. .î’ch ai vu au lit d’honneur, sur le champ de bataille, blessés à mort et près d’expirer, arrêter le dernier soupir pour crier à leurs camarades: Courage, mes amis ! ta victoire est à nous. Un autre , grièvement blessé, porté par ses camarades, et voyant passer le général, suspendit le cri que lui arrachait la douleur, pour faire entendre celui de: Mon général, Vive ta République/ — Citoyens directeurs, que ces drapeaux, que ces trophées, scellés du sang républicain, soient le gage de l’assurance que la seule et noble ambition de l'armée d’Italie et du général qui la commande, est d’anéantir jusqu’au dernier les ennemis de la République, et leur plus douce récompense sera d’avoir acquis quelques droits A la reconnaissance nationale. »
La Reveillère-Lepeaux répondit à Dutaillis. On remarqua dans son discours les passages suivants, qui renfermaient une louange un peu exagérée alors, mais que nos armées out méritée depuis.
« L’intrépidité et le dévouement des soldats républicains, le courage et l'habileté des généraux, ont porté la gloire des armes françaises au plus haut degré, et affermi pour jamais le gouvernement républicain. — Les prodiges qu’ils ont opérés ont donné de la vraisemblance à ceux qu’on nous raconte de l'antiquité, puisqu'ils les ont surpassés. — Puissent tant de constance et de succès forcer un ennemi opiniâtre A renoncer enfin au projet insensé de renverser la Répu-
1 Non» rapportons tcTtnclInoent ce discours et cr tri qui tarent prononcé» lors dp l'envoi de* drapram prti S Boveirdo. S Rauano et â Salntfieorgr», parce que, S noire ai», H» peignent avw fideillé t>*prH qui animait a kir* Canner rCptil'Iieaine, rt le* seul (menu que tt» triomphe* Inspiraient au gnttrernemrnt. Pans le tanffafp* (tu militaire on volt »e manifester un patriotisme sinrtreft prmrta rona- «ÎHire de iv que t'armée vaut r! peut faire; le rimmors du président ! du Directoire fait pressentir que le ftoitTcntemenl aura besoin de t'armée à l'intérieur et compte sur elle. I
bltque, et le rendre accessible à la voix de la paix I la paix, objet constant de nos vœux et de nos travaux! Qu’ils apprennent au surplus, les ennemis de la France, que s'il fallait de nouveaux triomphes pour les y contraindre, ils ne coûteront rien à mis guerriers; ils sauront achever leur ouvrage. Ils feront plus: après avoir donné l’exemple des vertus guerrière* dans les camps, ils donneront dans leurs foyers celui des vertus civiques et du respect dû aux lois.»
Peu de jours après, le 15 vendémiaire an v (l€r octobre 1796), le chef de brigade Marmont, aide de camp du général Bonaparte, et envoyé par lui pour apporter vingt-deux drapeaux pris sur l’armée de Wurmser A Roveredo, A Lavis, à Bassano, etc.» fut présenté au Directoire par le ministre de la guerre. Cette cérémonie solennelle avait attiré un grand concours de citoyena qui manifestaient d’une manière non équivoque leur sympathie pour la brave armée d’Italie.
En présentant Marmont, le ministre adressa au Directoire un discours oû les actes de cette armée étaient heureusement résumés.
« L’armée d'Italie, toujours triomphante, vous présente les trophées de ses nouvelles victoires. — Les ennemis, vaincus à Castiglionc, avaient reçu des renforts considérables; ils préparaient en silence une nouvelle attaque, avec l’espoir de réparer leurs défaites; mais ils étaient attendus par une armée accoutumée A vaincre, et la bataille de Saint-Georges a mis un dernier terme A leurs efforts. La postérité croira avec peine au témoignage de l’histoire, lorsqu’elle apprendra que, dans le cours d’une seule campagne* l’Italie entière a été conquise; que trois armées ont été successivement détruites; que plus de cinquànte drapeaux sont restés entre les mains des vainqueurs; que quarante mille Autrichiens ont déposé les armes; enfin que trente mille Français et un guerrier de vingt-cinq ans ont opéré tous ces prodiges. L’armée d'Italie n’â plus de triomphes A obtenir ; elle a rempli la plus glorieuse et la plus étonnante carrière: qu’elle renvoie donc la victoire aux armées du Rhin, et qu’un ennemi* trop prompt A s’enorgueillir de quelques avantages éphémères, apprenne bientôt que les Français sont partout les mêmes, et que lorsqu’ils combattent pour la liberté, rien ne peut résister A leur courage.»
Marmont prit ensuite la parole, et d’une voix sonore, avec ce ton légèrement emphatique qui était de mode A une époque oû il semblait qu’une partie de la nation se donnai en spectacle A l’autre sur un théâtre:
« Citoyens directeurs, dit-il, l'armée d’Italie, après avoir conquis la plus belle partie de l’Europe, n’avait pas fait assez pour sa patrie et pour sa gloire; ses phalanges guerrières devaient, avant de se livrer au refios, anéantir l’ennemi qui leur restait A combattre. Une expédition est projetée: la sagesse des dispositions, l’infatigable constance des troupes, la confiance entière de chaque soldat dans le général qui le commande, tout promet un heureux succès. L’armée part; elle renverse tout ce qui s’oppose A sa marche, et, pour la première fois depuis l’existence de la nation, les Français voient les sources de la Brcuta, et pénètrent dans l’antique ville de Trente : alors, changeant subitement
de direction, l'armée arrive, avec ta rapidité de l'éclair, sur les derrières de l’armée autrichienne, et le général Bonaparte force le général Wurmser à recevoir bataille dans son quartier général même. — L'armée de la liberté devait être celle de la victoire; les Autrichiens sont défaits, et le peu qui échappe au fer des Français n'a d'antre espoir que de se jeter dans Man tour. Dr* circonstances le favorisent, il pénètre jusqu'à cette place : c’est alors que Wu miser, fort de quelques troupes fraîches qu’il y trouve, veut encore tenter la fortune ; mais un combat est une nouvelle occasion de gloire pour les Français : nos troupes marchent dans le plus bel ordre; et , grâce A l'excellente combinaison de nos forces, la victoire ne chancelle pas un moment. Les Autrichiens rentrent en foule par le seul passage qu'ils possèdent: nous nous en rendons maîtres, et ce qui reste, ne pouvant ni fuir ni se défendre, se confie A notre générosité. — Ainsi Wurmser,. qui a cherché, avec les débris de son armée, un asile dans Mantouc, et qui avait conçu l’espérance de prolonger la défense de oette place, assure au contraire sa reddition, et en rapproche même l'époque. — Les vingt-deux drapeaux que j’ai l'honneur de vous présenter sont les témoignages éclatants de ces succès. Ils ont été pris en quatorze jours, aux combats de Serravalle, de Lavis , des gorges de la Brenta, et aux batailles de Hoveredo , de Bassauo et de Saint-Georges. — L’armée d'Italie , pendant cette brillante campagne, a détruit deux armées, pris quarante-sept mille hommes, deux cent quatre-vingt pièces de canon et quarante-neuf drapeaux. Ces victoires vous sont un sûr garant , citoyens directeurs, de son amour constant pour la République ; elle sait défendre les lois et leur obéir, comme elle a su battre les ennemis extérieurs. Veuillez ta considérer comme une des plus fermes colonnes de ta liberté, et croyez que tant que les soldats qui la composent existeront, le gouvernement aura d' intrépide s défenseurs. — J’ai l’honneur de vous présenter aussi deux drapeaux pris sur les troupes du Pape : nous y ajoutons peu de prix , parce que nous avons eu peu de peine à les obtenir; mais ils sont au moins un monument qui atteste l’activité de l'armée d'Italie, et l’étendue du pays qu’elle a parcourue pendant celle campagne. »
La Reveilière-Lepeaux était encore président du Directoire; il répondtt A Marmont:
« Plus rapide que la renommée. L’armée d’Italie vole de triomphes en triomphes. Par elle, chaque jour est marqué d’un succès éclatant. Tant de faits héroïques, tant d’beureux résultats, l’ont rendue également chère aux amants de la gloire et aux amis de l’humanité ; car si ses victoires ont honoré A jamais les armes françaises, elles doivent aussi forcer nos ennemis A la paix. — Grâces soient donc rendues A la brave armée d’Italie et au génie supérieur qui la dirige. Le Directoire exécutif, au nom de la République française, reçoit avec la plus vive satisfaction les trophées qui attestent tant d'actions étonnantes; il vous charge de porter d vos braves frères d'armes les témoignages de la reconnaissance nationale.— Et vous, jeune guerrier, dont le général atteste la bonne conduite et le courage,
recevez ces armes» comme une marque de l’estime du Directoire, et n’oubliez jamais qu’i/ est tout aussi glorieux de les faire servir an-dedans pour le maintien de notre constitution républicaine, que de les em-i ployer à anéantir ses ennemis extérieurs ; car le règne des lois n’est pas moins nécessaire au maintien des Républiques que l’éclat de la victoire. »
Ainsi, dans ces discours d’apparat, l’armée, qui sentait sa force, offrait au Directoire un appui que celui-ci acceptait sans sc douter de sa propre faiblesse. — En effet, un an après cette séance solennelle eut lieu le 18 fructidor, qui précéda de vingt-six mois seulement le 18 brumaire.
Reprise de la Corse sur les Anglais, — Noua avons fait connaître (t. 1er, p. 124 A 128) cotnment la Corse fut livrée aux Anglais par la défection de Paoli, à qui le gouvernement français en avait confié le commandement supérieur. Nous avons raconté comment le général corse crut devoir quitter son pays après avoir vu ses espérances évanouies et l’autorité que les Fran^ çais lui avaient donnée, remise avec la vice-royauté de l’I le A un général anglais, lord Klliot. — Le premier libérateur de la Corse était ainsi puni A la fois dans son ambition personnelle et dans ses sentiments nationaux. Au lieu d’avoir rendu sa patrie indépendante et sa gloire plus respectée, il sentait que la Corse, de département libre et français, était devenue un royaume tributaire des Anglais, et que le nom de Paoli resterait à jamais entaché d’une trahison. •*
Les Corses étaient plus partisans des idées de liberté réveillées en 1789, que des principes démagogiques proclamés en 1793. Un grand nombre d’entre eux, cela est certain , avaient d’abord été séduits par l’espérance de posséder une sage et pratique liberté, à l’aide de la constitution anglaise, qui passait alors pour le chef-d’œuvre des combinaisons sociales et politiques; mais ils se fatiguèrent bientôt des exactions de toua genres , de l’avariee et de l'insolente hauteur de ces nouveaux alliés qui se considéraient comme leurs maîtres. La conduite des administrateurs anglais mécontenta ceux mêmes qui les avaient appelés avec le plus d’empressement. Le contraste de cette insupportable domination , avec l’accueil fraternel fait aux patriotes corses qui se réfugiaient en France, grossissait le nombre des partisans de la République, auxquels sc joignirent bientôt tous ceux qui croyaient voir rejaillir sur leur pays une partie de la gloire dont brillait déjà leur jeune compatriote, le général en chef de l’armée d'Italie. Chacun des triomphes de Bonaparte affaiblissait le parti des étrangers ; chacune de ses victoires dans la péninsule italienne était pour les Anglais, en Corse, une véritable défaite. Celte révolution dans les esprit* avait élé poussée si loin , que depuis plusieurs mois le* garnisons britanniques n’osaient plus sortir de leur* quartiers. L’autorité anglaise n'était plus reconnue dans l’intérieur de l'ile , où l’on avait cessé de payer le* contributions; le vice-roi Elliot fut même, dans une
* Marmont, ainsi que Dutaillis, murent chacun du Directoire, en s ii.iii' de b MtisfacüoQ du souKroemcut, uoe paire de pistolets de prix.
de ses tournées, arrêté par une population à demi insurgée, qui ne lui rendit la liberté qu’à condition qu’il retirerait ses troupes des villes centrales. La promesse qu’il fit de quitter bientôt l'ile avec tous ses soldats empêcha seule peut-être une explosion générale.
Bonaparte méditait depuis long-temps de soustraire sa patrie à la domination anglaise : c’était autant pour favoriser une expédition faite dans ce but, que pour chasser les Anglais de l’Italie, qu’il s’était emparé de Livourne. Cette ville servait d’asile aux Corses ennemis de l’Angleterre, et de là ils entretenaient avec leur pays des relations propres à assurer le succès de l'expédition qu’on devait tenter pour sa délivrance.
Les Anglais n’occupaient que le littoral de la Corse, et s’y maintenaient même avec difficulté, surtout depuis la déclaration de guerre de l’Espagne qui menaçait leur station navale dans la Méditerranée. La nouvelle de la prise de Livourne et celle d’un armement considérable préparé à Toulon, firent pressentir à Elliot que le moment n’était pas éloigné ofi l’Angleterre allait perdre la Corse; il résolut aussitôt de s’emparer de Porto-Ferrajo , chef-lieu de l’ile d'Elbe, à six lieues de Livourne, entre les côtes de Toscane et de Corse. Cette station maritime, militaire et commerciale, avait presque tous les avantages de la Corse sans en avoir les inconvénients. Porto-Ferrajo, sommé le 10 juillet, fut occupé par les Anglais en représailles de l’occupation de Livourne par les Français. Les forts en furent gardés conjointement par les soldats du grand-duc et par ceux à la solde de l’Angleterre.
Bonaparte, débarrassé de Wurmser, jugea que le moment était favorable pour affranchir la Corse du joug britannique. Depuis long-temps il avait pris en secret toutes les mesures propres à seconder les bonnes dispositions de ses compatriotes. Deux armements s’acbevaient à la fois dans les |»orts de Toulon et de Livourne. Le général de division Gentilr, le même qui s’était distingué à la défense de Bastia, brave officier, corse de naissance, fut mis à la tête de l’expédition de Livourne. Vingt-cinq vaisseaux espagnols, sortant de Carthagène, à la poursuite de l’escadre anglaise, devaient rendre infaillible le succès de l’opération. Gentili, dans son impatience toute patriotique, n'attendit pas le concours des Espagnols; il savait d’ailleurs que les Anglais se disposaient à évacuer l’ile, et il se hâta d’y envojer un détachement composé de plusieurs réfugiés armés, et d'un petit nombre de soldats commandés par le général corse Canada, en attendant qu’il pût réunir un nombre de bâtiments suffisant pour toutes les troupes de l’expédition. Casalta , échappé au gros temps et aux croisières ennemies, débarqua le 19 octobre dans nie, où l'avaient précédé le commissaire du
Directoire Salicetti, et deux officiers du génie et de l’artillerie, chargés d'organiser d’avance les moyens de l'insurrection.
Casalta fut rejoint le lendemain de son débarquement par un grand nombre de patriotes corses, et se porta sur Bastia où il arriva le 21. Maître des hauteurs qui dominent la ville, et certain du concours des habitants, il somma la garnison, d’environ 3,000 hommes, de se rendre sous une heure. Les Anglais, au lieu de combattre, gagnèrent les vaisseaux qu’ils avaient en rade; mais leur retraite précipitée s’effectuait en désordre. Casalta entra dans la ville, tomba sur leur arrière-garde et leur fit 800 prisonniers parmi lesquels se trouva presque en totalité le régiment émigré de Dillon.
Les patriotes corses, en se portant le lendemain sur Saint-Florent, forcèrent les gorges de San-Germano, fortement retranchées, et malgré le feu de deux vaisseaux embossés devant le chemin de Saint-Florent, et tirant à mitraille, ils pénétrèrent dans cette ville. (Quelques prisonniers y furent encore faits, ainsi qu’à Bonifacio, où ils entrèrent dans la soirée du même jour. — Elliot, avec les débris de scs divisions, se réfugia dans la baie de Porto-Ferrajo. Ajaccio, dans le même temps, tombait également au pouvoir deGentili, qui avait effectué son débarquement de ce côté. Ainsi quelques jours suffirent pour l’entière expulsion des Anglais, qui ne purent même pas sauver quelques bâtiments de guerre qu’on brûla dans le port d’Ajaccio.
Bastia, Ajaccio et les autres communes de l’ile s'empressèrent d’envoyer à Livourne une députation chargée de renouveler le serment de fidélité à la République française. Salicetti, chargé de l'organisation du nouveau gouvernement, fit procéder à la convocation des assemblées primaires et â l'acceptation de la constitution de l’an in. Le général en chef de l’armée d'Italie y envoya des troupes pour ôter aux Anglais toute espérance d'y rentrer.
Cette reprise de la Corse , qui fut considérée alors comme le prélude de la prochaine délivrance de la Méditerranée, eut des conséquences très favorables au commerce maritime de Marseille et de tout le midi de la France. Les vaisseaux anglais se montrèrent moins fréquemment sur cette mer, que, dans son langage aussi profondément politique que poétique, Bonaparte aurait voulu qu'on pùt appeler le lac Français. Ils en disparurent même entièrement quelque temps après, non pas faute de ports de relâche, puisqu'ils avaient encore ceux de l’ile de Sardaigne et Porto-Ferrajo , maisâ cause des forces navales que la France et l’Espagne pouvaient réunir, et qui étaient supérieures à celles que l'Angleterre, occupée de projets sur l’Inde et sur l’Amérique, était en mesure d'entretenir sur la Méditerranée.
A. HUGO
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