‹ France MilitaireChapitre 33 sur 62 · ARMÉE D ITALIE. — BATAILLE D’ARCOLE · texte numérisé non relu

ARMÉE D ITALIE. — BATAILLE D’ARCOLE

SOMMAIHB.

Efforts de r Autriche.— Alvinxi remptorr Wurmser. -Situation de l arnM'c d'halle -Projets du général airfrichlpn.— rotrnnrnmwnt de* iMMtJlitAk - Retraite «tes Français sur Montebrllo. -Combats «le Saint- Mti-hel et de Scffunza du - -Affaire de la Breuta.— Combat de Calliaoo.

— Retrait r de Vaubois sur la tâjruua.— Maihc d'Alviun — fouib.it de Caldlcro.- Uivuiiratfi'iiifiit do Bouaparlc-- luspiratioa soudaine.— • L'armée quille Vérone.— Mouvement (TAIvin/i sur Vérone Bataille d'Arcole. — Première journée. — hruiiénie journée.— Tro»ièm* journée, -lettre (ouehanie dr Bonaparte. — Anmlulc fausse. -Rentrer à Vérone. Retraite de Davidotrirti.— Conibai de fonijiarj.— Retrait» #Alriaxi derrière la Brenta.— Sortie de la yarotsun de Mamout.— Préscutatmu au Directoire des drapeaux pris à Arcole.— Prise de cantuQuexuruU.

sa Mis; RÉPtaucsiM. Il sauta lurtauLE.

Générai en chef. — Bokspsktb. Il Général m c/ie f. — Alyinu.

Efforts de i Autriche.— Alvin zi remplace tfurmser. j Avec cet» force», qui s’élevaient à peiue à 36.ÛÜ0 — Le blocusde Wurmser et d’une partie de ses troupes ! homme», Bouaparle avait à bloquer une place forte dans Man loue laissait sans défenseurs, du coté de ! dont la garnison était un eorps d'armée qui, trop faible l’Italie, la frontière des Étals autrichiens. L'Empereur . pour tenir seul la campagne, était assez fort pour sen’y avait plus ni armée ni général; mais pareil ô | couder par des sorties vigoureuses et multipliées l'acl’Antre de la fabuleuse mythologie, le cabinet de tiou de l’armée qui allait s'avancer pour le délivrer ; il Vienne paraissait reprendre de l’audace et de la vi- fallait en outre établir un corps d’observation sur gueur dès que ses soldats touchaient le sol de la patrie. l’Adige, surveiller l'Italie laissée en arrière et faire Trois armées venaient d’étre successivement dipersées face à l'Autriche redevenue assaillante. Le prestige des et anéanties , une quatrième se forma aussitôt. Ouas- premiers triomphes de l’armée française pouvait modanowich, retiré dans le Frioul, avait rassemblé autour nicntauémeul le soutenir dans cette position difficile; deGorizia les débris des régiments battus à Castiglione mais ce prestige, encore puissant, devait être détruit et à Bassauo; il reçut des renforts qui élevèrent la par le premier revers, et une catastrophe devenait force de son corps à 25,000 homme». Le» succès de inévitable. Bonaparte comprenait toutes ces difficultés l’Archiduc sur la Lahn et sur le Hhin permirent à et les sentait vivement; il demandait en vain au Direcl'Autriche d'envoyer à son armée d'Italie la division toire des renforts nécessaires, le gouvernement em~ du Vorarlberg, composée de vieilles troupes. Dans le ployait ailleurs toutes scs troupes. L'armée des côtes Tyrol, lecorpttde Davidowich, dont les troupes avaient de l'Océan, devenue disponible par la pacification le moins souffert dans la campagne précédente, fut momentanée de la Vendée, allait être inutilement porté à 20,000 combattants. Les renforts qu’il reçut se envoyée en Irlande. On Redirigea sur l'Italie qu’un composaient, il est vrai, de milices nouvellement levées faible détachement de 4,000 hommes, aux ordres du et de régiments de Croates; mais ou y comptait aussi géuéral Key. Bonaparte, en l'attendant, faisait fortides bataillons venus des armées allemande» du Hhin, fier Peschiera , Legnago et Pizzigbetouc, autant que le bataillons composés d'anciens soldats , dont la fierté et lui permettait le defaut de bras et d’argent.

le courage élaieut relevés par de récentes victoires sur *

les troupes républicaines. Deux mois suffirent à la Projets du général uw/rscAiew.— Davidowicb, après

réorganisation de cette armée, qui fut mise sous les les derniers échecs qu’il avait éprouvés dans le Tyrol, ordres du feld-maréchal Alviuzi , général renommé par s'était retiré cuire Neumark et Dotzen ; (Juasdanowich ses tsients militaires, justifiés dans les campagnes de avait pris position à Gori/.ia , dans le Frioul, où AL 1794 et de 1796 en Belgique. Les Autrichiens avaient vinzi ne tarda pas à le rejoindre. Le maréchal divisa montré dans celte circonstance une activité qui ne la partie de l’armée autrichienne qui se trouvait dans leur était pas habituelle; dès la fin d'octobre, Aivinzi le Frioul, et dont il garda la direction personnelle, en se trouva eu mesure de reprendre les hostilités. deux corps, qu’il confia à (juasdanowich et à Provera.

Ces deux corps devaient s’avancer sur Vérone par

Situation de l'armée d'Italie. —Cependant et en Bassano , pendant que Davidowieh, à trente lieue» de présence des forces croissantes de l’ennemi, celles dont U, marchant par la vallée de l’Etsch, de Botzen sur le général en chef de l’armée d Italie pouvait disposer Trente, chasserait Vaubois de celte ville, de Roveredo s’étaient affaiblies au lieu de s’augmenter; des fièvres et de Rivoli, et viendrait, par la vallée de l'Adige, se épidémiques avaient encombré les hôpitaux et duniuué réunir à Alviuzi , à Vérone, pour ensuite se diriger de considérablement le nombre des combattants. concert sur Mantoue. Le général autrichien confiait

Le gros de l’armée française était resté en observa- ainsi à de grands hasards la jonction de deux corpa tion autour de Mantoue, sur l'Adige et sur la Brenta ; que rien ne l'empêchait de réunir en quelques marches le corps de blocus, formé par la division Serrurier, avant de commencer les opérations, était aux ordres de KÜmaine, et retranchait Saint- ■ -

Georges; Augereau formait la réserve à Vérone; Commencement des hostilités. — Retraite des Masséna était sur la Brenta ver» Bassano et T ré vise , Français sur Montebetlo. — L’armée impériale passa en face du corps principal d'Alvinzi; les débouchés du le Tagliamentoet la Piave, et s'avança, le 4 novembre, Tyrol sur le Lavis élaieut gardés par Vaubois. sur la Brenta, en deux colonnes fortes de douze ba-

taillons chacune. Provera, avec celle de gauche, prit position à Ponteniva , son avant-garde â Carmignano, au-delà de la rivière ; Quasdanowich , avec la colonne de droite, s'établit en avant et à gauche de Bassano; la brigade Milrowski s'avança sur le château de Scala , poussant des partis vers Primolano, afin de s'emparer * des débouchés de la vallée de la Brenta; Alvinzi séjourna dans ces positions, autant pour attendre des nouvelles de Davidowich que pour donner quelque repos à ses troupes.

Bonaparte, à la première nouvelle de ces mouvements de l'ennemi, ordonna à Masséna de se replier sur Montebello, et à Augereau de s’avancer à Montebello pour soutenir Masséna. Par ce mouvement si simple, le gros de l'année française fut aussitôt réuni.

Combats de Saint - Michel et de Segonzano. — Vaubois devait fermer à Davidowich lés vallées de l’Adige et de la Brenta; mais au lieu d'attaquer la gauche de l’ennemi par Segonzano, il partagea ses forces en deux colonnes: Gu yeux, avec sa brigade, attaqua les Impériaux le 2 novembre , en avant de Lavis, emporta le poste de Saint-Michel malgré leur opiniâtre résistance, leur fil 350 prisonniers et brûla leur pont sur l'Adige.

Davidowich s’était porté vers Segonzano. Fiorella, poussé â sa rencontre avec une brigade, marcha sur le château de Segonzano, au lieu de débusquer des hauteurs de Bedole les Autrichiens aux ordres de Wukassowich. Celui-ci descendit de Bedole et culbuta la 85e qui attaquait le château. Davidowich débouchait en ce moment de la route de Neumarck, il se réunit à son lieutenant, passa le ravin en avant de la Piazza, et s’étendit sur les hauteurs de Sevignano. Vaubois, dont cette manœuvre menaçait de déborder la droite, évacua Trente et se retira dans la position de la Pietra et de Besseno, qui domine le défilé de Caliiano.

Affaire de la Brenta. — Davidowich s'engageait ainsi dans la vallée de l'Adige, laissant à sa gauche et derrière lui les défilés de la Brenta. Mais pour que les petits succès de cette aile droite autrichienne devinssent la cause de sa perte, il fallait battre d’abord Alvinzi. Bonaparte prit donc l’offensive et dirigea, le 6 novembre. Masséna sur Ci tadel la et Augereau sur Bassano. Masséna rencontra l’avant-garde ennemie, commandée par Liptay, à Ospital et à Carmignano, et la pressa vivement. Alvinzi, pour la soutenir, fit avancer, par la droite de la Brenta , son aile gauche sur Ospital , pendant que l'aile droite, divisée en deux colonnes, marchait par Lenove et Marostica. "afin de prendre les Français en flanc et â revers. O mouvement, assez bien combiné, aurait pu réussir si Augereau, qui trouva à Lenove la tète de colonne de Quasdanowich, ne l’eût vivement repoussée de ce poste. Les Autrichiens ayant reçu des renforts reprirent Lenove; mais ils en furent encore une fois repoussés et forcés, après un rude engagement, de se replier sur le gros du corps de Quasdanowich â Marostica, où ils restèrent jusqu’à la nuit malgré de vives et nouvelles attaques d’Auge-

reau. De son côté, Provera, vivement pressé par toute la division Masséna, fut rejeté sur la gauche de la Brenta, et obligé de couper son pont de Fonteniva

Combat de Caliiano. —Retraite de Vaubois sur la • Corona. — En marchant sur la Brenta, le général Bonaparte avait eu le projet de remonter la vallée pour tomber sur les derrières de Davidowich, et le détruire ainsi qu’il avait fait de Quasdanowich à Lonado, ensuite il comptait répéter contre Alvinzi cette même manœuvre d’attaques séparées qui lui avait valu la victoire de Castiglione. Le succès incomplet de l’affaire de la Brenta, la résistance obstinée des Autrichiens, le nombre de troupes qu’ils pouvaient lui opposer, le firent renoncer à ce dessein ; il revint à Vérone, où il apprit avec douleur que la division Vaubois, attaquée vigoureusement à Caliiano, avait faibli devant l’ennemi.

Davidowich, maître de Trente le 4 novembre, après un rude combat, avait jeté aussitôt un pont sur l'Adige.

Le 6 , Laudon et Ocskay étaient descendus par la rive droite, et Wukassowich par la rive gauche; les trois généraux avaient essayé inutilement , par une attaque simultanée, de forcer Vaubois au défilé de Caliiano. Celte position formidable, dont un ruisseau encaissé couvre le front, a la gauche appuyée â l’Adige et la droite à des montagnes inaccessibles. L’attaque faite le 6 sur les châteaux de Pietra et de Besseno avait été renouvelée le lendemain avec plus d’acharnement. Ocskay, avec des batteries établies à Nomé, sur la droite de l’Adige. foudroyait les positions des Français, tandis que Wukassowich, renforcé, les attaquait vigoureusement. Le château de Besseno avait été emporté vers cinq heures du matin, et celui de Pietra peu de temps après; mais le bataillon qui avait d’abord évacué ce dernier poste, étant revenu avec des renfort*, l’avait repris aux Autrichiens. Le combat était devenu alors des plus acharnés sur ce point, ainsi qu’au Vogelberg et à Caliiano. Ces postes avaient été plusieurs fois pris et repris. Les troupes françaises avaient cependant déjà enlevé deux pièces de canon et fait 1,300 prisonniers, lorsque au milieu de cette lutte désespérée uue terreur panique s’était emparée subitement de ceux qui défendaient le village, et ils s’élaient enfuis en désordre. Trois bataillons de troupes fraîches arrivant alors de Mori, avaient repris le village aux Autrichiens et s’y étaient maintenus jusqu’à la nuit; mais Vaubois craignant d’être tourné, et peu sûr de ses

* Il tint à peu de chose que la journée ne /ü I complètement déridée en faveur des Français ; Bassano fui sur le point d'être occupé par eux.

• Au combat du 6 novembre , sur la Brenta , les généraux Quaadanmvich et Hobcnxollern furent poursuivis par la division Augereau sur Bassano ; un effort était nécessaire pour les obliger à repasser le pont et rendre la journée décisive. Napoléon envoya l’ordre à une brigade de réserve d’avancer ; mais un bataillon de Croates de neuf cents hommes , que Quasdanowich avait envoyés en Ranqumri de droite quand il marchait en avant, ae trouvant coupé, ac barricada dans un village sur la chaussée de Viceucc à Bassano : la brigade de réserve . accueillie * l’entrée de ce village par une vive fusillade, ne put déboucher; il fallut uiantrnrrer cl amener du canon ; ce village fut enlevé de vive force; mais la brigade perdit deux heures et la nuit était close quand clic arriva vis à -vis Bassano. »

( Mémoires (te Napoléon.)

soldats, avait abandonné sa position de Calliano et s’était, pendant la nuit, replié sur la Corona. Davidowkh venait de déboucher dans la plaine de Roveredo et était campé en avant de cette ville.

La retraite inattendue de Vaubois menaçait la sûreté de Vérone, Bonaparte se bâta de remonter â cheval et courut à toute bride aux soldats qui venaient de tromper ses espérances. Il les rencontra sur le plateau de Rivoli , que devait bientôt illustrer une de nos plus décisives victoires, et là, faisant rassembler la division il témoigna énergiquement son mécontentement.

« Soldats, dit-il, je ne suis pas content de vous ; vous n’avez montré ni discipline, ni constance, ni bravoure: aucune position n’a pu vous rallier; vous vous êtes abandonnés à une terreur panique ; vous vous êtes laissé chasser de positions où une poignée de braves devait arrêier une armée. Soldats de la 39e et de la 85*, vous n’êtes pas des soldats français. — Général, chef d’état-major, faites écrire sur leurs drapeaux : Ils ne sont plus de l’armée d’Italie. »

Ces paroles poignantes, ces reproches amers et mérités vont au cœur des soldats. La voix de leur général les rappelle à des sentiments dignes d’eux. Ils demandent tous d’une voix â être placés à l’avant-garde, et pour réparer leur conduite, jurent de vaincre ou de mourir. Bonaparte s’attendait à cet honorable élan. Assuré désormais que la route de Vérone sera défendue de ce côté aussi vigoureusement qu’il était possible qu'elle le fût, il revint à son quartier général.

Marche d’ Alvinzi.— Combat de Caldiero. — Alvinzi croyant que Bonaparte fuyait devant lui, l'avait suivi le 7 sur Vicencc. Provera ayant rétabli le pont qu’il avait coupé, marcha aussi sur Scalda-Ferro. L’ennemi entra le 8 à Vkence et le 9 à Montebello. Là , ayant appris les succès de sa droite, Alvinzi résolut de s’avancer le 11 jusqu’à Villa-Nova pour y attendre que Davidowich, après avoir forcé la Corona et Rivoli, débouchât sur Bussolengo ou Compara; le maréchal, après avoir forcé le passage de l'Adigc, se serait alors réuni â son lieutenant , et conformément au plan convenu, ils auraient marché ensemble sur Mantoue.

Bonaparte, instruit de la marche d’Alvinzi sur Villa- Nova, quitta Vérone le 11 novembre, à trois heures de l'après-midi, et se dirigea sur Caldiero avec les divisions Augereau et Masséna. L'avant-garde d’Augercau repoussa l'ennemi des postes de Saint-Michel et de Saint-Martin.— Les hauteurs de Caldiero , d’une pente raide, couvertes de vignobles, flanquées d’un côté par l'Adige et de l’autre par les hautes montagnes de Sette- Communi, contre-forts des Alpes tyroliennes, forment un des postes militaires les plus remarquables de l’Italie. — La première ligne des Autrichiens s’appuyait la gauche à Caldiero et à la chaussée de Vérone; la droite occupait les crêtes du inont Olivetto et le village de Cologna; le corps de bataille qui était resté à Villa- Nova eut ordre de se mettre en marche aussitôt après le combat de Saint-Michel, qui faisait justement présumer à Alvinzi que les Français voulaient engager une affaire générale. En effet, le 12 à la pointe du jour Masséna se porta sur la droite de l’ennemi, et Augereau

sur la gauche. Ce dernier emporta d’abord le village de Caldiero et fil 200 prisonniers. Masséna ayant gagné la droite des Impériaux par Lavagna , leur avait déjà pris cinq pièces de canon quand la réserve autrichienne arriva sur le champ de bataille.

Alvinzi en disposa aussitôt: cinq bataillons furent dirigés par Suave et Colognola sur la gauche de Masséna; quatre autres bataillons renforcèrent le centre, et Provera , avec un pareil nombre, se porta sur la droite d'Augereau. Des forces si supérieures changèrent la face du combat , qui était très acharné sur toute la ligue. Le temps était affreux, et la pluie qui tombait par torrents se trouvait chassée par un vent de nordest sur le visage des Républicains. Glacés par le froid et accablés par la fatigue, ils cédèrent contre tant d’obstacles, et Masséna perdit non sans quelque désordre le terrain qu’il avait conquis avec tant de peine. La 75* demi-brigade, tenue jusque-là en réserve, arrêta néanmoins l’ennemi par sa bonne contenance L’armée, après avoir continué jusqu’au soir la canonnade, se replia sur Vérone, d’où elle était sortie la veille.

Découragement de Bonaparte. — Bonaparte rentra dans Vérone. Les difficultés de sa position se présentèrent vivement & sa pensée. Il sentait la faiblesse numérique de son armée; les renforts tant de fois promis, tant de fois annoncés n’arrivaient pas. Les généraux étaient accablés de fatigue et ne savaient plus que faire. Les soldats, épuisés par des marches multipliées, par des combats continuels, décimés par les maladies, laissaient voir leur découragement. La force morale, qui soutient les hommes les plus patients et les plus courageux, a des bornes. On conçoit qu’au milieu de tous ces embarras, qui paraissent inextricables, le général en chef lui-même se soit laissé aller à une sorte de désespoir. Il écrivit alors au Directoire, dont les lenteurs successives et l'apathie inexplicable laissaient ainsi, faute de secours euvoyés à temps , écraser celte brave armée , conquérante de l’Italie, une lettre où se peignent énergiquement les tristes sentiments qui oppressaient son âme.

« Toute l’armée est excédée de fatigue et sans souci liers. Je l’ai reconduite â Vérone, où elle vient d’arri- « ver. Aujourd'hui, 24 brumaire (14 novembre), repos « au troupes; demain, selon les mouvements de l’en- « nemi , nous agirons. Je désespère d’empêcher la levée « du blocus de Mantoue, qui dans huit jours était à « nous. Si ce malheur arrive, nous serons bientôt v derrière l’Adda, et plus loin s’il n’arrive pas de « troupes.

« Les blessés sont l’élite de l’armée : tous nos officiers «supérieurs, tous nos généraux d’élite sont hors de «combat; tout ce qui m’arrive est si inepte! et ils «n’ont pas la confiance du soldat! L’armée d’Italie, «réduite à une poignée de monde, est épuisée. Les «héros de Lodi, de Miilesimo, de Casligl one et de « Bassano sont morts pour la patrie ou sont à l'hôpital; « il ne reste plus aux corps que leur réputation et leur «orgueil. Joubert, Lamies, Lanusse, Victor, Murat, « Chariot, Dupuis, Rampon, Pigeon, Ménard, Chabran « sont blessés : nous sommes abandonnés au fond de

• l’ Italie. La présomption de mes forets nous était « utile ; on publie dans des discours officiels que nous « ne sommes que trente nulle hommes.

u J’ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais « tous des hommes d’élite qu'il est impossible de ran- « placer. Ce qui me reste de braves voit la mort infai I- « lible, au milieu des chances si continuelles et avec •t de» forces si inférieure». Peut-être l'heure du brave « Augereau, de l’intrépide Masséna , de Bcrthier, de... «est près de sonner. Alors! alors! que deviendront ces « braves gens? Celte idée me rend réservé, je n’ose « plus affronter la mort, qui serait un sujet de décou- « rarement et de malheur pour tous ceux qui sont « l’objet de mes sollicitude».

« $00* peu de jours nous essaierons un dernier effort.

• Si la fortune nous sourit , Manloue sera pris et avec «lui l'Italie.

« Renforcé par mon armée de siège, il n'est rien que «je ne puisse tenter. Si j’avais reçu la 83e, forte de «trois mille cinq cents hommes connus A l’armée, «j'eusse répondu de tout! Peut-être, sous peu de jours, a ne sera-ce pas assez de quarante mille hommes. »

Pourtant, même dans son profond découragement, Bonaparte ne se laisse pas complètement abattre. Cet espoir qu’il fait succéder à la peinture si vive des malheurs de son armée et de ses propres alarmes, il va le réaliser. Son génie vient de lui découvrir le moyen de rappeler la victoire sous ses drapeaux et de reconquérir la réputation de son armée.

Inspiration soudaine. — L' armée quitte Vérone. — Dans la situation critique où les Français se trouvaient placés A Vérone, repasser le lliucio, c’eut clé la perte de l'Italie. Bonaparte ne pouvait songer à prendre ce parti; il se détermina .1 passer l’Adigc au-dessous de la gauche d'Alvinzi , pour agir derrière l’armée autrichienne. Cette résolution, qui paraissait hasardeuse au premier abord, était la seule qui offrit encore quelque chance de succès. C’était un coup de génie.

Le général Alvinxi, en se présentant devant Vérone par la route de Caldiero, avait à sa droite des montagnes impraticales, à sa gauche l’Adlge, en face une place (Vérone) dont l'enceinte était A l’abri d’un coup de main. Le terrain qu’il occupait, fermé ainsi de trois côtés, ne lui offrait d’autre issue que le défilé de Villa-Nova. Par la manœuvre qu’il allait commencer, Bonaparte s’approchait de celle issue, forçait l’ennemi A combattre face en arrière, et plaçait l’armée républicaine dans un terrain marécageux où il n'est possible de combattre que sur des digues, et où la supériorité individuelle du soldat et l’avantage de la défensive devaient racheter l'infériorité du nombre.

La garde de Vérone fut confiée au général Kilinaine, qui. avec 2.0U0 hommes, avait été rappelé du blocus de Mantoue. où était resté, avec un petit nombre de soldats. In général Miollis. Les troupes réunies au camp de Vérone, et A la tête desquelles Bonaparte allait agir, s'élevaient A environ 13.000 hommes: c’étaient les divisions Augereau et Masséna , et la réserve de la cavalerie. Le I i novembre au soir elles prirent les armes, traversèrent silencieusement la ville et sortirent par la

perle de Milan pour aller »c former sur la rive droit» de l'Adige. Les de&srins du général en chef étaient iguotvs de tous; ee mou veinent s’effectua avec le silence, l'anxiété et la douleur quLcaractérisent une retraite. On voyait déjà le siège de Mantoue levé, l'Italie perdue! Quelques habitants, dévoués de cœur aux principes de la révolution française, regardaient, le cœur serré, la marche rétrograde de ces soldats qui emportaient avec eux toutes leurs espérances d'avenir et de liberté. La nuit ajoutait encore A la tristesse de ce départ, qu'on croyait commandé par i’échec de Caldiero.

Tout à coup, au lieu de suivre la route de Milan, l’armée reçoit l’ordre de tourner A gauche et de se diriger, en longeant l'Adige, sur le village de Bonco, où un pont venait d’ètre jeté d’après les instructions du général en chef. Lajoie rentra daus tous les cœurs. Les soldats comprirent que le génie de leur général avait trouvé un moyen de vaincre l'ennemi; ils devinèrent ses intentions, et leur marche, si tristement commencée, s’acheva avec coutiauce et gallé. Le ib au matin toute l'année avait traversé l’Adige el se retrouvait sur la rive gauche de la rivière1.

Mouvement d'Jhinzi sur Vérone . — Cependant , au lieu do se porter rapidement sur Manloue en franchissant l’Adige, Alvhiai, après le combat de Caldiero, perdit deux jours, le 13 et le 14 novembre, à délibérer sur ce qu'il convenait de faire. Le résultat de ces quarante-huit heures de réflexion fut que douze bataillons se dirigeraient sur Vérone, nuuis d'échelles, pour l’enlever par escalade dai s la nuit du là au IG, pendant que douze autres bataillons passeraient l’Adige A Zevio, entre Vérone et Ilouco; mouvement dont l’exécution aurait clé contraire A tous les principes, puisque ces bataillons, ainsi jetés au milieu de l'armée française, y étaient, exposés A être anéantis.

Le mouvement des Impériaux sur Vérone commença le 14. Mitrowski, détaché avec sa brigade dans la val-

> ÇHn Iquet auteur*. Jotniul entre antres, ont reprorbé au général Bonaparte d'avoir choisi le point de Rouen pkd6l que «lui d’Albamlo pour passer l'Adige. et de s’élre ou» ainsi dan* la nécessité d’avoir encore l’Alpon A franchir pour arriver sur 1rs curatnunira lions <le l'ennemi, O reproche paraît grave du boni ; vom la réponse qu'y a laite Bonaparte lui mine:

* Le pont sur l’Adige lui Jeté vis-A-vig Ronro, iur la droite de l’Àlpon, entre lYnibouiluirc de celle rivière et Vérone, el non vi* à-vis Albarrdo, au dissoo* de l'embouchure de l'Alpon, t" parce que h-* hussards autrichien* occupaient le village d'Albatedo, et que s* l’on y avait j< In pont il» russeui donné l'éveil à Alvm/i. (.'était surtout «ir une surprise que Ton complaît, lamli* que l'ennemi avait négligé d'occuper le» marais vit-ft vi* Ronco, se conlenlant île 1rs faire éctairer par «le* pal rouille* de hussard» qui dm* fm* par jour parcouraient 1rs dignes; 2" l'armée française u 'avait que 13.000 hommes, elfe ne t» un ail avoir jtniiu espoir, dans IY|at dt s choies , d'en Battre 30,ik« dans une plaine oovertc 011 1rs ligne» rnssenl pu se déployer : mai» sur îles digues cnviruuiH'es de marais, les télés <tc ro'oonc* seule» se bâtiraient, le nombre sérail uns mltnenee: 3° Alvimi « préparai! à donner fanant à Vérone, son quartier général en était A tirais lieues: il se pouvait qu'au munirai od l’année française marcherait sur Honco , d marchât pour forrvr Vérone; il fallait doue qu'elle passât le l’d au dessus de lYtnbqg^iare de l'Alpon . pour u’avoiraunm ahdacfe natunl à suivre Alvinzi sur Vérone. SI elle eût passé vis-à-vis Alhatrrio, quelques hatailkm» croates en position sur la rive droite de l'Alpon auraient suffi pour protéger la marche d'Alvinzi sur Vérone ; nue fois celte ville perdue, l'armée française était obligée de bal ire eu retraite pour *c réunir avec Vauboit sur Mantoue et y prévenir renacnn. »

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Me de la Breota , eut ordre de revenir sur TAdige pour observer le cours de celte rivière, conjointement avec le colonel Brigido, qui commandait une brigade déjà établie du côté d'Albarcdo.

Dp son côté Bonaparte, en marchant sur Honco, avait donné A Vaubois, chargé de défendre jusqu’A la dernière extrémité la position de la Corona , Tordre d'envoyer la brigade Guycux se réunir à l’armée qui allait combattre , et de détacher A Vérone quelques bataillons, qui portèrent A 3,000 hommes la force de la garnison commandée par kilmaine.

Bataille d'Arcole. — Première journée. — Le 15 au matin , l'avant-garde d'Augereau , qui avait passé le premier le pont de Ronco, se porta A droite sur Arcole. La 12* légère eut la garde du pont, et Masséna, avec sa division diminuée de la 77r de ligne , qui resta dans un petit bois A la droite du pont pour servir de réserve, marcha sur Porcil. La -cavalerie d'environ 1,000 A 1,700 hommes, aux ordres du général Beaurevoir, était sur l’autre rive de TAdige, prête A passer la rivière dès que le besoin l’exigerait.

Nous croyons nécessaire, pour l’intelligence de ce qui va suivre , de donner quelques détails sur le champ de bataille oA le sort de l’Italie allait être encore une fols décidé. Arcole, où passe la route de Ronco A Villa- Nova que Bonaparte avait le projet de suivre pour arriver sur les derrières de l'armée ennemie, est un village situé au milieu de marais coupés dans tous les sens par des canaux et des ruisseaux, qui en rendent les abords difficiles et dangereux. La chaussée étroite qui conduit de Ronco à Arcole longe l’Alpon, petite rivière profonde et A bords encaissés, qui sort des montagnes de Sette-Communi et se jette dans TAdige entre Arcole et Albaredo. L’Alpon, torrentueux vers sa source, ralentit son cours dans les plaines basses qu’il parcourt et qu’il inonde quand les pluies l'ont gonflé. Près du lieu où il se jette dan» TAdige , le terrain , plus bas que les deux rivières, est impraticable même en été, si ce n’rsl autour des fermes et des villages. On ne peut y cheminer que par les digues ou chaussée*, dont les deux principales aboutissent à Ronco. Celle de droite, par Arcole, va A San-Bonifacio et Villa-Nova; celle de gauche, par Porcil et Cakiiero, arrive aussi sur la grande route de Vérone à Yicence. — L’Alpon coupe la digue qui conduit A Arcole. On Ty traverse sur un pont de bois étroit et élevé, aboutissant A quelques maisons que Teuuemi avait crénelées , et dont le débouché était défendu par du canon. Sans but bien déterminé, les Croates qui occupaient Arcole avaient aussi liarricadé la télé de ce pont. Ces précautions forent décisives pour Âlvinzi , et le sauvèrent d’une défaite totale.

Quand Augereau parut devant Arcole , il n’y avait qu’un assez faible détachement ; mais le détachement fut assez promptement renforcé pour soutenir une première attaque qui, en raison des difficultés du terrain , ne pouvait être opérée que par les pelotons de la tête de la colonne.

Les premiers coups de canon qu’entendit Alvinzi sur tes derrières l’inquiétèrent peu d’abord, mats bientôt,

sur le rapport du colonel Brigido, il conçut des craintes tellement exagérées, qu’au lieu de passer TAdige à Zevio ou de se porter sur Vérone, il changea scs dispositions , dirigea des renforts en bâte sur Arcole et fit exécuter A son armée un changement de front en arrière. Six bataillons, conduits par Provera, furent dirigés sur Porcil; vingt-deux escadrons et quatorze bataillons sc portèrent sur San-Bonifacio et Arcole ; les parcs rétrogradèrent sur Montebello.

Cependant la tète de la colonne d’Augereau rencontrait au pont d’Arcole la plus vive résista nce, et ne pouvait déboucher sur la rive gauche de TAIpon. Les impériaux qui gardaient le village le défendirent opiniâtrément. Il fallait pourtant forcer le passage A tout prix : il était trop tard pour songer A tourner l’ennemi par Albaredo. Le succès dépendait d’un instant, de l’un de ces mouvements d’enthousiasme qui avaient déjà assuré la victoire à Lodi et au Mincio. — Les généraux sentaient le péril de la position, et chacun d’eux, payant de sa personne, donnait l'exemple du dévouement. Ils a* mirent A la tète de la colonne et cherchèrent A la faire avancer, à travers une épaisse mitraille. Lannes, déjà blessé, fut atteint de deux coups de feu ; Verdier, Bon et Verne furent mis hors de combat. Augereau prit un drapeau et s’avança seul jusqu’au milieu du pont où , appelant A lui scs grenadiers, il resta quelques minutes; mais tous ses efforts furent inutiles : d'épouvantables décharges écrasaient les pelotons, avant même qu’ils pussent arriver au pont.

Bonaparte, informé de cette résistance obstinée et inattendue, se bâta d’envoyer Guyeux A Albaredo À pour y passer TAdige et faciliter, en tournant Arcole le succès de l’attaque de front. Il accourut eosuite avec son état-major au lien du combat, et, se montrant tout à coup en tête de la colonne : « Grenadiers, s’écria-t-il, n’êtes-vous plus les braves de Lodi? • La présence du général en chef ranima le courage des soldats et excita leur enthousiasme. Bonaparte voulut en profiter, sauta A bas de son cheval, et, saisissant un drapeau, s’élança vera le pont en criant -.«Suivez votre général. » La colon ue s’ébranla, mais, accueillie par un feu terrible, elle s’arrêta de nouveau. Lannes, malgré ses deux blessures, avait voulu suivre Bonaparte; H tomba frappé une troisième fois: le général Vignolle fut blessé; le colonel Muiron, aide de camp du générai en chef, fut tué en le rouvrant de son corps. Tous les coups portaient , dans ccttc masse serrée et profonde où 1rs boulets et la mitraille ouvraient d’effroyablet brèches. Les soldats, après un moment d’hésitation, reculèrent, au moment peut-être où un dernier effort aurait déridé de la victoire. Le général en chef entraîné remonta A cheval; une nouvelle décharge A mitraille renversa tous ceux qui l’entouraient et A la présence desquels il avait peut-être dû de n’être pas atteint lui-même. Son cheval effrayé fut culbuté dans le marais, et y entraîna avec lui son cavalier que les Autrichiens, poursuivant les Français en retraite sur la digue, dépissèrent de plus de cinquante pas. Mais l’adjudant général Belliard , voyant le péril qui menaçait le général en chef, rallia une cinquantaine de

grenadiers et chargea à leur tète , en criant ; « Sauvons notre général. » Les Croates furent repoussés dans leurs retranchements. Bonaparte dégagé remonta à cheval; sa vue et ses paroles rassurèrent les soldats qui reprirent leurs rangs et se reformèrent sur la digue. Cet effort fut le dernier, et l'on attendit le résultat de l’attaque de Guyeux.

Masséoa , plus heureux à la gauche , avait repoussé la colonne ennemie qui débouchait de Bionde , et , la culbutant au-delà de cc village, s’était ensuite emparé de Porcil , dont il avait également chassé les Autrichiens. Mitrowski, pendant ce temps, s’était formé en bataille entre San-Bonifacio et San-Stephano. Guyeux , qui avait alors réussi à déboucher sur Arcole, par 1a rive gauche de l’Alpon , s’empara du village en quelques instants. Mais les Autrichiens paraissant en force pour le reprendre, et la nuit approchant, Bonaparte crut dangereux de garder la position hasardeuse qu’il occupait sur des digues, avec l’Adige à dos et entouré de marais où il pouvait être culbuté. Tranquillisé momentanément sur Alvinzi, il voulait d’ailleurs être à portée d’agir, dans le cas où un mouvement de Davidowich aurait de nouveau forcé Vaubois Il repassa donc sur la droite de l'Adige autour de Ronco, ne laissant que la 12e et la 76r demi-brigade dans leur position d’observation sur la rive gauche, pour la garde du pont. Le gros des ennemis resta eutre San- Stephano et San-Bonifacio ; Provera, derrière un canal, entre Porcil et Caldiero. Porcil et Arcole furent réoccupés par les avant-gardes impériales. Le résultat de cette première journée, tout incomplet qu’il était, pouvait s’appeler une victoire, puisqu'on avait obtenu, par la retraite de l’ennemi, l'abandon de la position inexpugnable de Caldiero et la délivrance de Vérone.

Deuxième journée. — Pour tirer tout le parti possible de ce premier avantage obtenu sur Alvinzi , il fallait le rejeter définitivement sur la Brenta : Bonaparte, certain que Vaubois n’avait pas été attaqué le 15 par Davidowich , résolut de livrer une nouvelle bataille le lendemain. Les deux divisions repassèrent l'Adige le 16 à la pointe du jour, et dans le même ordre que la veille. Les Impériaux s’avançaient de

* Void b réponse de Napoléon lui- même à cet dent question» de» critique» militaire» : Pourquoi le village d'sircole fut-il évacué par l'armée française à lu fin de ta première journée ? pourquoi le fut-U de nouveau à ta fin de la seconde ? — « Farce que le» avantage» obtenu» dan» la première journée , quoique oontkJérabie* , ne l'étaient pa« »s*cz pour que Tannée pôt déboucher dan» te plaine et rétablir tes communication» arec Vérone; cependant B était à craindre que , pendant le jour même qu’elle «’élait battue S Arcole, Davidowich se fût porté de Rivoli sur Castcl-Novo, étalon il n‘y avait plu» de temps à perdre, il fallait que l’armée marchât toute la nuit pour «e réunir le lendemain à Vaubois sur Castel-Novo et Villa-Franea, battre Davidowich, sauver le blocus de Mantouc, puis revenir après, s'il y avait lieu, avant qu'Alvinzi rût passé l’Adige.— Napoléon reçut à quatre heures du matra te nouvelle que Davidowich n’avait point bougé te Teille, alors il repassa le pont et prit Arcole. A te fin de la seconde journée il fil les même» raisonnements; il avait obtenu de» avantages réels, mai» pa» assez décisifs encore pour pouvoir se hasarder à déboucher en plaine ; il se pouvait toujours que Davidowich eût marché sur Vaubois, il fallait être en mesure de couvrir le blonis do Mantouc. Ces raisons tiennent I des calculs d’heures, et il faut bien connaître l'échiquier de Vérone, de Villeneuve, de Ronco, de Manioue, de Castel-Novo et de Rivoli pour les concevoir.#

Porcil et d’Arcole pour attaquer le pont de Ronco. Masaéna rejeu encore une fois Provera sur Porcil, en lui faisant 1,500 prisonniers; Guyeux, contenu par une brigade ennemie, ne put passer â Àlbaredo; Robert, avec la 75°, culbuta les Autrichiens à la baïonnette sur la chaussée du centre, et Augereau rejeta leur avant-garde sur Arcole ; mais ici se renouvelèrent les scènes sanglantes de la veille : sept généraux ou officiers supérieurs furent blessés. Le général en chef essaya vainement de faire jeter un pont de fascines à l'embouchure de l’Alpon pour tourner Arcole, pendant que la garnison de Legnago , à laquelle il avait envoyé des ordres pendant la nuit, inquiéterait la gauche de l’ennemi, en remontant l'Adige; la force du courant s’y opposa. L’eau avait trop de profondeur pour que les soldats pussent traverser l’Alpon : l’adjudant général Vial y chercha inutilement un gué. En reconnaissant le lit de cette rivière, Bonaparte courut des dangers ; son aide de camp, le jeune EUiot , fut tué.

Pour repousser l’attaque dirigée & Arcole sur son avant-garde et sur sa gauche , Alvinzi avait fait passer l’Alpon, i San-Bonifacio, à une partie de son ceutre, qui devait s’avancer contre Augereau , en filant par la digue qui longe la droite du ruisseau. Bonaparte arrêta ce mouvement , qui eût pu être dangereux , en faisant diriger sur la tête de la colonne ennemie le feu de quatre pièces d’artillerie légère.

Le jour finissait et le général en chef, aussi peu avancé que la veille , fit reprendre aux troupes les positions qu’elles occupaient la nuit précédente sur la droite de l'Adige.

Troisième journée. — L’insuccès de ces diverses tentatives ne décourageait pas le général en chef. U venait d’apprendre que Davidowich avait attaqué le même jour, 16 novembre, Vaubois qui s’était replié en bon ordre sur Bussoliogo ' ; il devenait important d’obliger Alvinzi à reculer au-delà de Villa-Nova, et de se remettre ensuite en communication directe avec Vérone, afip de marcher contre Davidowich. Bonaparte se résolut donc à une troisième attaque. Il fit travailler toute la nuit pour établir uu pont de chevalet à l’embouchure de l’Alpon * : mais, cette fois,

• Davidowich qui «f trouvait , avec toutes se» force», eu mesure d’attaquer Vaubois dès le 10 novembre, et dans un moment où un *urrès edt élé décisif, ne »e porta que le 16 »ur la positiou occupée par le général franc# U. Il avait même uni nécessité divué son corps d'armée : Landon avait été posté à droite ver» Tione et Condino. Octkay étail en intermédiaire ver» Brentonico et Mori, oempant A vio, Valfreddo et lessago. le corps de bataille campait vert Serra valle et l'avant garde près d'Ate. Vaubois, attaqué sur If» hauteurs de Ferrara et de la Corona, contint d'abord rennemi ; mai» leudon ayant débouché dans la vallée de Caprino pendant qu'une colonne passait l’Adige vers Croara pour enlever le plateau de Rivoli, et que VVukassowicb s’avançait par 1a grande roule de Vérone sur UOiiuta, II craignit d’être tourné et ce replia d’abord sur Rivoli, puis sur Campara. Son arrière-garde fut entamée pendant cetle retraite, H le général Ftorrlla fait prisonnier avec 1 à 800 homme», Vaubois te retira derrière le MJncio en passant par Gsm para et Peschirra. Après ce succès Davidowich s’avança le 18 jusqu’à Castel-Novo et Fassago. et resta deux jours dans celle position , poussant des partis jusqu'à Vérone.

*«On a demandé, dit Napoléon dan» scs Mémoires, pourquoi l’armée française ne jeta point dan» la première journée un pool à l'embouchure de l’Alpon , afin de déboucher en plaine P pourquoi, du moto» , clic ne le fit pas ta seconde journée ? Farce qu’elle avait

ce n’était pas contre Arcole que le plus grand effort devait être dirigé.

Le 17, k la pointe du jour, commença le troisième et dernier acte de cette terrible lutte. L’armée se mit en mouvement pour passer l’Adige; un des bateaux du pont de Ronco s'étant enfoncé , au moment où la tète de la première colonne était en train de défiler, cet accident faillit devenir funeste. Les Autrichiens t'avançaient en force pour attaquer la 12* légère; heureusement , quelques pièces placée» en batterie sur la rive droite, de manière & prendre en écharpe la colonne assaillante, la contraignit de s’arrêter. On raccommoda le pont et l’armée put traverser la rivière. Masséna prit la gauche, Augereau la droite; le général Robert , avec une demi-brigade , était au centre. L’ennemi fut d’abord repoussé jusqu’à Porcil et Arcole. Comme l’attaque principale, projetée par le général en chef, devait avoir lieu par la droite sur l’autre rive de l’Alpon , Masséna ne s’était fait suivre vers Porcil que par la 19e demi-brigade de ligne, et avait laissé en intermédiaire la 32e qui fut embusquée dans des massifs de roseaux à droite de la digue, et la 18e légère qui resta en bataille près du pont. Augereau, après avoir passé le pont de chevalet jeté sur l’Alpon, devait se lier avec deux bataillons de la garnison de Legnago, arrivant par San-Gregorio, pour tourner la gauche de l’ennemi ; la réserve de cavalerie était chargée de soutenir ce mouvement. Robert, arrivé à Arcole avec la 75* de ligne, y trouva les Autrichiens en force; des troupes fraîches et nombreuses sortirent contre lui. D’après les instructions qu’il avait reçues , il se replia assez rapidement vers l’Adige. Cette manoeuvre réussit : les Impériaux croyant que l’armée française lâchait pied, s’élancèrent imprudemment à sa poursuite et s’avancèrent du côté de Ronco, où leur colonne profonde , massée sur une digue étroite, donna contre le gros de la division Masséna. Bonaparte, qui avait compté sur ce mouvement, ordonna à la 18* légère d'attaquer les ennemis de front sur la digue, tandis que le général Gardanne, sortant des roseaux où il était embusqué avec la 32*, les prenait en flanc, et que Masséna, revenant de Porcil au pas de course, tombait sur leurs derrières. Cette triple attaque fut décisive : les Autrichiens, culbutés dans les marais, y restèrent enfoncés, exposés à une fusillade qui en tua un grand nombre. 3,000 furent faits prisonniers ; le reste réussit avec peine à regagner Arcole en désordre.

Pendant que la gauche et le centre se trouvaient assurés par cette brillante action , Augereau , ayant passé l’Alpon, attaquait vivement l'aile gauche ennemie pos-

êproové de* rever* depuis huit jours ; parce qu’elle ne comptait que 13,000 combattant* ; parce qu 'enfin ce ne fut que le troisième jour par des succès obtenus successivement que l'équilibre fut un peu rétabli entre les deux armée*. L’état des choses était tel que tl. avant d'ordonner les mouvements du troisième jour, Napoléon eût convoqué un conseil des généraux , pour discuter s’il devait marcher sur Vérone par la rire gauche, ou s'il devait se porter au secourt de Vaabots par la rive droite, toutes les opinions eussent été pour le mouvrmeot de la rive droite : et quand deux heures avant le jour les généraux de division reçurent Tordre de te porter en avant , ils trouvèrent le mouvement hardi. Comme 1rs divisions s'ébranlaient , 1rs coureurs annoncèrent que l'ennemi s’était mis ai retraite sur VIceoce et la Brenu. *

tée sur la rive opposée, et dont l’extrémité était appuyée à un marais. Seule, la division française était trop faible pour tourner cet obstacle : Augereau attendait, afin de rendre son attaque décisive, l’arrivée des 800 hommes sortis de Legnago, mais ceux-ci ne paraissaient pas encore. Le général en chef sachant que toute espèce d’attaque faite sur le flanc d’une troupe qui n’y est pas préparée, est suffisante pour l’ébranler, ordonna au lieutenant Hercule, officier de ses guide», de choisir vingt -cinq hommes de sa compagnie, dt longer l’Adige d’une demi-lieue, de tourner rapidement tous les marais qui appuyaient la gauche ennemie et de la charger en faisant sonner plusieurs trompettes. Cette ruse eut un succès complet. L’infanterie autrichienne perdit l’aplomb qu’elle avait conservé jusque-là : Augereau en profita pour presser une attaque de front. L’apparition de la petite garnison de Legnago, avec quatre pièces de ranon , sur le» derrières de l’ennemi , acheva la défaite. Les Autrichiens se retirèrent précipitamment, laissant au pouvoir des Français plusieurs centaines de prisonniers.

Dès que Masséna, qui venait de son côté de chasser l’ennemi de Porcil , vit les Impériaux commencer leur retraite, il se porta lui-même avec deux de ses brigades au centre sur Arcole , déboucha par ce village et les poursuivit dans la direction de San-Bonifacio , se liant ensuite par sa droite avec Augereau. Le jour baissait ; l’armée s’établit la gauche en avant d’Arcole, et la droite à San-Gregorio, et passa la nuit gardant ses lignes pour combattre, dans le cas où l’ennemi aurait encore voulu , le lendemain, tenter le sort des armes. Mais Alvinzi , vaincu sur le terrain le plus favorable à la défensive, n’osa pas risquer une nouvelle bataille dans une campagne ouverte et se retira, le 18, sur Montebello, puis sur Vicence, espérant apprendre sur la Brenta quelque chose de Davidowich, dont il n’avait pas de nouvelles. Son armée principale était réduite & moins de 18,000 combattants. Quatre drapeaux, dixhuit canons, 6,000 prisonniers furent les trophées des trois sanglantes journées d’Arcole; les Autrichiens eurent 8 à 10,000 hommes hors de combat. Outre les généraux déjà nommés, le général Robert et le général Gardanne furent blessés dans la journée du 17; l’adjudant général Verdelin fut tué ».

1 La perte de* Français 1 la bataille d'Arcole n’a jamai* été indiquée. On l’exagérerait en la calculant d'aprè* le nombre de* officier* généraux qui t’y sacrifièrent pour enlever k* troupe*, et qui te trouvant S leur léte dan* un combat de chaussée, devaient nécessaire ment être le» première* victime*. Deux de ce* généraux . Robert et Verne, succombèrent i leur* blessure*. Bonaparte, dan* ton rapport au Directoire, a atp*i parlé de l'acharnement qui animait le* combattant* dan* ce* mémorable* journée* : « Jamai* champ de bataille n’a été aussi disputé que celui d’Arcole ; je n’ai presque plu* de généraux : leur dévouement et leur courage sont un* exemple. Le général de brigade La ont* est venu au champ de bataille n’étant paa encore guéri de la Meaaure qu’il a reçue A CoverBolo. n hit blessé deux foi* pendant la première journée de la bataille. Il était, t trot* heures aprè* midi, étendu *ur ton Ht et souffrant, lorsqu'il apprend que je me porte moi même A la tête de la colonne ; il te jette A bas de sou lit , monte A cheval et revient me trouver. Comme II ne pouvait pa* être A pied, il fut obligé de rester A cheval. Il reçut A la téta du pont d’Arcole un coup qui l’étendit un* connaissance. Je voua atmre qu’il fallait tout cria pour vaincre; le* ennemi* étaient nombreux et acharné*, le* généraux A la télé; non* en a von* tni plusieurs. »

lettre touchante de Bonaparte. — Nous avons rapporté comment deux aides de camp du général en chef , Muiron et Klliot , avaient été tués. Bonaparte regretta vivement ces deux officiers, que leurs talents et leur bravoure auraient sans doute appelés à de hautes destinées. Sa lettre à madame Muiron , celle qu'il écrivit au Directoire pour lui recommander celte honorable et intéressante veuve, sont empreintes d’une vive sensibilité *. Ces lettres furent écrites du champ de bataille d’Arcole, ainsi que la lettre suivante, qu’il adressa au général Clarke, pour lui transmettre aussi une douloureuse nouvelle.

« Votre neveu Eiliot a été tué sur le champ de bataille d’Arcole. Ce jeune homme s'était familiarisé avec les armes; il a plusieurs fois marché A la 1ère des colonnes; U aurait été un jour un officier estimable. Il est mort avec gloire et en face de l’ennemi ; il n’a pas souffert un instant. Quel est l’homme raisonnable qui n’envierait pas une telle mort ? quel est celui qui , dans les vicissitudes de la vie, ne s'abonnerait pas pour sortir de cette manière d’un monde si souvent méprisable ? quel est celui d'entre nous qui n’a pas regretté cent fois de ne pas être ainsi soustrait aux effets puissants de la calomnie , de l’envie et de toutes les passions haineuses qui semblent presque exclusivement diriger la conduite des hommes ? »

En lisant ce billet , on sent que la gloire de Bona-

• Voéci cw deux lettres :

À la citoyenne Muiron.

i Itatroo est mort A m« côte* mr le champ de bataille d'Arrote. Vous avez perdu un mari qui vous *Uit cher; j'ai perdu un ami auquel jYlai* depuis long-temps al lâché : mais la patrie perd plus que nous deux . en perdant un officier distingué autant par ses talents que par sud rare courage Si je puis tous être lion A quelque chose, à tous ou A sou eufaut , je vous prie de compter, eulièmuc ut sur moi.»

J u Directoire exécutif.

■ Le citoyen Muiron a serti depuis les prennent jours de la révolutiou dans le corps de l'artillerie ; il s'est «pénale ment distingué au siège de Toulon , où il fin Me*** eu entrant j>ar une embrasure dans la célébré redoute anglaise. Son père était alors arrête comme fermier général : le jeune Muiron se présenta A la Convention nationale, au comité révolutionnaire de sa section, couvert du sang qu'il venait de répandre pour la palne; il ublint la libération de son père. Au 13 Vendémiaire il commandait une division d'artillene qui <k-r«iKt.-iii la Courra don : Il AM sourd aui séductions d’nn grand nombre de ses connaissances et des personnes de sa senéte. Je lut demandai ai le gouvernement pouvait compter sur lui: ■Oui, me dit-il, j’ai fini ser meut de soutenir la Képubliqnc ; je fais partie de la force armée , j'obéirai A mes chefs. Je suis d'ailleurs, par ma manière de voiri «ancrai de lous le* révolutionnaires, et tout autant de ean qui n'en adoptent le* bmsiuics et la marche que pour rétablir un trône, que de oeux qui voudraient rétablir ce régime cruel où mon père et mes parente ont si long temps souffert. ■ Il s’y comporta cffei-timiwui en brave homme, et Ait très utile dans cette journée qui a sauvé la liberté. bepui* le cuuiuieneenicul de la campagne cillai*. j'avais pris le citoyen Muiron pour mon aide de camp : il a rendu daus presque Soutes tes a flaires des service* essentiels: en tin il est mort glorieusement sur le champ de bataille d’Arcole, laissant une jeune veuve enceinte de huit mots.*

L’empereur Napoléon cooserva jusqu'au dernier muaient an souvenir reconnaissant du dévouement du rolonei Muirou pour le général Bonaparte. Iians 1e quatrième endu ite de son testament , date de Lungwood , te 24 avril 1821. on lit : ■ Noos léguor» I0Ü.W0 francs A la •veuve. Hls ou petit-fils de outre aide de camp Muiron, tué A nos • côtés A Arcole en nous rouvrant de son corps. • Mate il ne parait pas que personne dit pu récUmer ce tegi aussi honorable pour la mémoire du général que |mur celte de l'aide de camp. On ht dam un ouvrage sur la campagne d’Italie, publré en 1797, que la veuve et l'enfant de Muiron «valent, A peu de mois l'un de l'autre, suivi ce brave daus la tombe.

parte a dejt éveillé l’envie, et que les attaques de l’envie n’ont [tas laissé le grand boni nie sans quelques atteintes. Les piqûres du moucheron irritent et désespèrent le roi des animaux. En se reportant par le souvenir , à cette époque de la vie de Bonaparte, on se demande quels étaient donc en France ces hommes qui ne at montraient pas alors glorieux et enthousiastes des victoires du général de l’armée d’Jlalie ? quels étaient ceux qui refusaieul au héros par qui la nation française était replacée à son rang parmi les peuples, leur tribut d'amour et d'admiration? ee ne pouvaient être des Français.

Jnecdote fausse.— On a raconté qu'a près la bataille d’Arcole, Bonaparte, revêtu d’un uniforme de simple officier, allant lui-même visiter les avant-postes, trouva une sentinelle endormie; que le général, sans réveiller le soldat, prit son fusil , et se mettant en faction, attendit patiemment qu’on vint le relever; qu’A sou réveil , le soldat étonné et reconnaissant l’officier qui avait pris sa place , s'était écrié : u Bonaparte , je suis perdu »; et que le général lui avait répondu : « Rassure-toi, camarade ; après tant de fatigues, il est bien permis à un brave comme loi, de s'endormir; mais une autre fois choisis mieux ton temps. » Celte anecdote , répétée sans examen par la plupart des auteurs, et même par les estimables rédacteurs des Victoires et Conquêtes, a acquis ainsi UDe certaine popularité. Elle n'est pas vraie cependant. Napoléon lui-même l’a démentie à Sainte-Hélène. Quand il ne l’aurait pas fait, ne devait-on pas en reconnaître la fausseté, en songeant que le général de l’armée d’Italie, après la victoire d’Arcole , avait de trop grands intérêts à surveiller pour perdre deux heures .1 remplacer un soldat en faction. Rayons donc cette historiette de l'histoire du grand capitaine. Les anecdotes controuvêcs, loin d'y ajouter aucun lustre, affaiblissent l'éclat de son nom. La seule vérité suffit à sa gloire.

lient rée à Vérone . — Retraite de Davidowick. Combat de Compara. — L’armée rentra triomphante à Vérone , par la porte de Venise , trois jours après en être sortie mystérieusement du côté opposé, par la porte de Milan. Les habitants et les soldats manifestaient , pour le général en chef, une même admiration et un égal enthousiasme. Bonaparte, certain qu'Alvin» ne songeait qu'a se retirer sur Vicence , afin sans doute de se lier i Davidowicb , par la vallée de Brenta, s’était borné A le faire suivre par la cavalerie. — Après avoir mis en fuite le général en chef de l’armée autrichienne, il songeait A écraser son lieutenant. Les divisions Augervau et Masséua ne firent que traverser Vérone. — Masséna marcha sur Villa Franca , pour s’y réunir A Vaubois, qui se portait sur le même point par Borghetto. Angereau , gagnant la vallée de i’Adige, vers Dolce, devait couper la retraite au général autrichien , pendant que Vaubois et Masséna l’attaqueraient de front. La perte de Davidowicb aurait été la suite inévitable de ce plan bien exécuté; mais ce géuéial, informé, dans la journée du 19 , de la retraite d’Alvinzi , regagna en hAte le* montagnes de Roveredo , pendant que Vaubois et Masséna s’ébranlaient drji pour l’attaquer.

Son arrière-garde fut néanmoins atteinte A Compara. Les régiments de Lchrbach et de Lattermann furent en partie détruits, surtout le premier, dont un bataillon entier fut contraint de mettre bas les armes. Un détachement de 3 à 100 Autrichiens se noya presque entièrement en voulant traverser l’Adige.

Masséna et Vaubois s’arrêtèrent à Castelnovo, avec le gros de leurs divisons. Joubert poursuivit l'ennemi jusque près de la Corona. Aug-rt-au s'empara des hauteurs de Santa-Anna, enleva 200 prisonniers a ux troupes x|ui occupaient ce poste, et occupa ensuite la position de Dolce; deux équipages de pont, appartenant A l’ennemi , furent brûlés dans la vallée de l’Adige.

Retraite d’Alvinii, derrière la Brenta. — Bonaparte était revenu sur ses pas, craignant qu'Alvinzi ne tentAt quelque chose sur Vérone. Ce dernier ne se voyant suivi que par quelques cavaliers, avait en effet envoyé, pour secourir Davidowich , quelques bataillons dans la montagne de Malara , et s'était lui-même avancé de nouveau jusqu’à Villanova ; mais l'extrême activité de Bonaparte, déjà prêt à déboucher de Vérone, déjoua encore toutes les combinaisons du maréchal , qui se retira derrière la Brenta , où la saison avancée et la fatigue des troupes le décidèrent à prendre des cantonnements, la gauche vers Padoue , la droite vers Trente, te liant avec Davidowich ; le centre fut établi A Rassano, ainsi que le quartier général.

Sortie de la garnison de Mantoue.—\jt% entreprises compliquées, exécutées par des troupes isolées, et qui n'ont aucunes communications directes entre elles, manquent toujours d’ensemble et d’activité. Ce résultat est inévitable quand une armée doit agir sur une base très étendue. Ce fut un des motifs qui firent échouer complètement Alvinzi; l’inaction de Davidowich surtout fut fatale aux Autrichiens. Il est inexplicable en effet que ce général soit resté plusieurs jours en présence de Vaubois , sans lui livrer bataille. La réunion des deux corps de l’armée impériale aurait été la suite inévitable d’uu engagement qui aurait eu lieu le 12, et Davidowich attendit jusqu'au IG pour combattre. Rien, ce semble, ne devait empêcher ce général, après avoir forcé la Corona et Rivoli , de déboucher par Polo sur Vérone, tandis qu'Alvinzi s’y dirigeait par Villanova et Caldiero. Les chances de succès eussent été alors réunies en faveur des Autrichiens.

La conduite de Wurmser, dans cette circonstance , ne peut être expliquée que par qnc ignorance complète des tentatives d’Alvinzi pour débloquer Mantouc. Ce vieux guerrier, qui aurait pu favoriser les opérations de de l’armée impériale par une sortie faite à propos sur le faible corps de blocus laissé devant Mantouc, resta tranquille dans cette place tandis qu'on se battait pour le délivrer; et le 23, quand toute cette armée était en

fuite , il attaqua les assiégeants avec une forte colonne d'infanterie et de cavalerie ; mais il trouva les Français sur leurs gardes : Kilmaine était déjà revenu devant Manloue, avec les 3,000 hommes qui avaient été momentanément détachés à Vérone. 11 fut donc vigoureusement repoussé et rentra dans la place avec perte de 200 hommes , d'un obusier et de 2 pièces de canon.

Présentation au Directoire des drapeaux pris à Arcole. — La lettre écrite de Vérone, avant la bataille d’Arcole , avait inspiré au Directoire de vives inquiétudes. Le gouvernement, alors en bulle aux violentes attaques des partis, avait besoin des victoires de Bonaparte pour résister A la double opposition des conseils et au mécontentement populaire. Il se hâta donc, aussitôt que les résultats de la bataille lui furent connus, de les annoncer au conseil des Cinq-Cents et à celui des Anciens. — Peu de jours après, la remise publique des drapeaux pris À Arcole devint un moyen d’influence sur l'opinion publique. Le chef de bataillon Lemarois, aide de camp du général en chef, fut conduit devant le Directoire par le ministre de la guerre, et offrit les trophées d'Arcole aux chefs du gouvernement , en leur adressant un discours où il présenta le tableau des récents exploits de l'armée d Italie, et des héroïques efforts de son jeune général. Le président du Directoire répondit A Lemarois.

« Vos généreux compagnons , vos valeureux frères d'armes, vainqueurs de quatre années, ont fait plus que de triompher de l’Autriche, ils ont vaincu la renommée d’Anuibal La liberté , endormie sur la

tombe de Brutus, s’est réveillée au bruit de vos exploits; et la victoire , toujours fidèle A sa cause sainte , n’a point trahi les Républicains qui combattaient pour

elle Retournez , jeune guerrier, les entretenir de

la gratitude de la patrie et de l'admiration de l’Europe; dites-leur que leurs noms sont attendus par les marbres du Panthéon ; dites-leur qu’ils sont déjà gravés dans le coeur de tous les bons Français , et que si tous les vœux du Directoire exécutif sont devoir la paix réconcilier toutes les nations , c’est qu'elle doit assurer U félicité publique et celle des héros qui soutiennent avec tant de dignité l’impérissable gloire de la République française. »

Prise de cantonnements. — L’armée victorieuse imita l'armée vaincue, et prit des cantonnements dont clic avait également besoin. - Les Autrichiens étaient derrière la Brenta et dans le Tyrol ; les Français s’étab! iront le long de l'Adige, occupant la ligne de Monte- Baldo, de la Corona et de Rivoli, avec des postes avancés au-delà de Legnago et de Vérone.

L’armée d’Italie terminait dignement par la victoire d'Arcole , l'année qu'elle avait commencée par les glorieuses batailles de Munlenotle et de Mondovi.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

2 sorvamt*. Combat de Saint-Michel et de Segomano. 6 — Affaire de la Brenta.

1 2 et 13 — Combat de Caldiero.

t 16, IG et 17 sovEutaK. Bataille d’Arcole.

16 — Combat de la Corona.

17 — Combat de Compara.

23 — Sortie de la garnison de Mantoue.

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