ARMEE D’ITALIE.— CAMPAGNE D’ALLEMAGNE
SOMMAIRE
L'archiduc Charte* remplace Ab irai- Force* de* (Vtrr armée*. -Escarmouche» dimses-Partâge rte la Plate. -Coenhit rte Sortie — Comtal de Longara.-Pas»agt du Tagfianicnlo.-Pnsc rte Palmanova.- Marche de Masséna par le* montague».- Passage rte l’Isonzo — Prise de Cradisca.— 1 Combat de CasasoU. -Occupation c! combat de Tartia.— Prise de U Chiusa-di-Pletz.— Capitulation de Bayalitseh.— l'rlaa de Trieste. «fldna, rte Gorttia, etc.— Opérations dans le Tyrol. -Passage du Lavis.— Occupation c* combat deNeumarct.— Entrer J Bot ren. — VxMDlMt de Ü«».-kalrft 4 Bmrn- Levée en masse du Tfrol.— Combat de Millenwald.-Corobat d’Uotcr-Aae.-Réunion dr Jouhnt é Bonaparte, à Villacb. -Prise de klagenfurtb.-Ouvcrtum de paix faite» par Bonaparte 4 l'Archiduc.— Réponse du prince Chark*.— Combat de Dlrntteio.— Combat de K undsmarck.— Retraite de l'Archiduc sur Vienoe.— Terreur data Vienne.— Armistice de Judeubourg.— Préliminaire» de paix ligné» à Léoben.
Aimât afreauemr. |j armée impériale
Générât en chef.—hoHkrxrnL [j Générai en chef.— L'archiduc Charles.
t' archiduc Chartes remplace 4 ivlnzi.— Forces des deux armées. — Rassuré par le traité de Toîentino snr les dispositions de l'Italie méridionale, Bonaparte attendait avec impatience, pour marcher contre l’archiduc Charles, qui était venu des bords du Rhin remplacer Alvinzi dans le commandement des troupes Impériales, l'arrivée de deux divisions de l’armée française du Rhin, que le Directoire, après la suspension des hostilités sur ce fleuve, s'était enfin décidé à Fui envoyer. Ces divisions, fortes de 18,000 hommes, aux ordres de Delmas et de Bernadolte, après avoir franchi le Mont-Cenit, le Piémont et la Lombardie, sans que leur marche eût été connue des Autrichiens, rejoignirent l’armée d’Italie sur l’Adige assez A temps pour permettre au général en chef de commencer la Campagne avant la fonte des neiges; ce qu’il désirait Surtout afin de ne pas donner à l'ennemi le temps de couvrir d’ouvrages de campagne les débouchés des Alpes Noriques, et de mettre en défense Palmanova. R importait également de battre l’Archiduc avant qu’il étlt été rejoint par les nombreuses divisions allemandes qui venaient aussi du Rhin pour renforcer l’armée impériale d'Italie.
Nous avons déjà dit combien Bonaparte suspectait ta bonne foi de la république de Venise, vieille et décrépite oligarchie, irrésolue dans ses inimitiés comme dans ses alliances, et n’attendant qu’une occasion favorable pour se prononcer contre la Prance. La division Victor, qui devait rester en arrière comme pour surveiller dans la Romagne l’exécution du traité conclu avec le Pape, eut l'ordre, dès que farinée se porterait en avant, de prendre position sur l’Adige afin d’y former Te noyau cfun corps d'observation contre les Vénitiens.
Après avoir réglé tes affaires des Républiques CispadaneetTranspadane,qui devaient lui fournir quelques renforts de troupes italiennes récemment organisées dans ces nouveaux États, Bonaparte courut â Padoue activer les préparatifs de sa prochaine expédition contre l’Atiemagne. Si l'on en juge par les succès mêmes qu’il avait obtenus avec une armée si inférieure en nombre 1 toutes celles que lui avait opposées l’ennemi, armée que décimaient scs propres victoires, il semble que favori&é par les renforts qu’il venait de recevoir, Bonaparte ne devait rencontrer aucun obstacle; néanmoins des difficultés d’une autre nature donnaient à l’entreprise nouvelle qu’il allait tenter une T. n.
apparence gigantesque, èt exigeaient pouf être vaincues toute sa hardiesse et toute sa fermeté. Les Français, pour arriver au cœur de l’Autriche, avalent en effet & franchir les longs défilés des Alpes Noriques et Juliennes, avec le Tyrol sur leur gauche, et la Hongrie, la Croatie et les places vénitiennes sur leur droite. Dans un pays oft les communications, déjà si difficiles, se trouvaient à la merci de deux provinces si évidemment hostiles, Venise et le Tyrol, le moindre échec pouvait entraîner les suites les plus funestes.
L’armée républicaine active était forte d’environ 55,000 hommes; elle se trouvait ainsi distribuée dans les premiers jours de mars : Bonaparte avait réuni sous »c* ordre* immédiats quatre divisions dans la marche Trévisane; Masséna, avec 10,000 hommes, était à Bassano; Guyeux ,qui avait remplacé Augercau envoyé à Paris \ occupait Trévise avec 9,800; Serrurier,
• Augereau était chargé d’offrir au Directoire le* drapeaux de Farinée de WurniMf et de la gtrniton de Mantouc. La présentation de ce* drapeaux, disent le» journaux du temps, eut lieu le 10 tenlôtc au v (20 février 1797/, il» furent reçu» avec plus de solennité encore que les précédent». • La salle des audiences n’étant pas assez vaste pour cette cérémouie, il avait été élevé une estrade dans le milieu de la cour du palais du Luxembourg , au pied de l'arbre de la liberté. Invité par le ministre de T intérieur 4 descendre, le Dirertoire, précédé de ses h u iss Mrs et messagers d'Êlat, et accompagné de se* ministre* et du corps diplomatique, « rendit au lieu destiné et se plaça sur l'wtradr. Lin tropliée de drapeaux autrichien*, précédemment envoyés par l’armée d'Italie, était suspendu 4 l’arbre de la liberté et surmonté d’un drapeau tricolore. La garde 4 cheval du Directoire était rangée en double baie autour de l’estrade , et la garde 4 pied garnissait U cour et y maintenait l'ordre. Un corps de musique militaire exécutait les airs républicains.
«Une salve <f artillerie annonça l'arrivée des soixante drapeaux pris 4 Mantuuc. Le général Augereau , chargé de les présenter, entra au milieu de* acclamations et de* cris multipliés de vive ta Ràpubttquc ! Précédant le* soixante guerriers vétéran» qui portaient avec fierté les drapeaux autrichiens, ce général arriva 4 l’estrade et lut présenté au Dirertoire par le ministre de la guerre... A ses côtés étaient son père, vieux militaire qui, malgré ses cheveux blancs, avait un air martial, et son frère, compagnon de ses travaux, qui lui est attaché cou une aide de camp. — Ou distinguait aussi, avec un grand intérêt, auprès de lui, un frère du général en cher Bouaparle, Agé de douze ans .Jérôme, né en 17Kf ; chacun lâchait de reconnaître dans le* traits de «rt enfant ceux du couquérant de l'Italie.— Le public était impatient d'en tendre le géoéral Augereau, et ce général paria ainsi au Directoire :
«Citoyens direcleor»,
«L'année d'Italie, an nom de laquelle je viens de déposer ce» enseigne* ennemie* à côté de celles qm von* ont été présentée* depuis Je commencement de sa glorieuse campagne, usa chargé d'étre auprès de vous l'organe de se* scntimenls et le garant de son iqviolabié attachement 4 U Constitution de l'an m ; de vous exprimer aussi le désir qu'elle a de procurer à la HépubUque une paix aussi durable que glorieuse.
« Fidèle à son serment , forte de son courage et de l'estime de* ami*
te
Dy
avec 9,500, (‘tait à Gastel-Franco ; et Rernadotle, avec 10,000 de l’armée du Rhin, avait pris position à Padoue. — Non compris une réserve de cavalerie aux ordres de Dugua, ce corps, destiné A agir dans le Frioul, était fort de 37,000 hommes; il formait le «.entre et l’aile droite de l’armée. — L’aile gauche, composée des divisions Joubert, Baraguey-d’Hilliers et Delmas, d’ensemble 18,000 hommes, était opposée, dans le Tyrol , aux généraux Kerpen et Laudon. — Le reste des troupes placées sous les ordres du général en chef de l’armée d’Italie s'élevait à environ 15.000 hommes disséminés dans la Péninsule. Miollis commandait A Mantoue, La-Sa Icet te à Milan , Yaubois A Livourne et Balland dans le Véronais. — La division Victor devait, comme nous l’avons dit, s'avancer de la marche d’Ancôue sur l’Adige, afin d’étre â portée d’observer Venise.
Le prince Charles avait pris le commandement de l'armée impériale avant que les renforts tirés des bords du Rhin et de l’intérieur des Étals d’Autriche fussent arrivés. Dans les premiers jours de mars, le gros d&ses forces se trouvait sur le Tagliamento. L’aile droite, commandée par Kerpen et Laudon, campait derrière le Lavis et la Noss, pour détendre l'entrée du Tyrol; die devait agir de concert avec les habitants de cette province, qu'on avait organisés pour une levée en
«tu goirrerrttincnl républicain. Panure justifiera , dan» la campagne prochaine, l'opinion avantageuse que lui ont aiquiae, depuis onze mois, soixante-quatre combats et vingt sept batailles.
«Ce nVlait pas assez pour sa gloire «l'avoir détroit cinq armées nombreuses A l'ennemi : l'opinrSire ambition de la maison d'Autrtche, prodigue du >ang humain, fondait l’espoir de conserver le sceptre de l’Italie dans la garnison qui défendait la place de Manloue. l-e nombre dis combattants, la réputation du général qui s’y était reufmné.el les approvisionnements considérable» dont elle était pourvue , tout concourait A nourrir ce chimérique désir, et à donner des prétentions ridicules A l’agent du cabinet de Vienne, dépêché â Vicencc pour y traiter des préliminaires de la paix. Il était donc réservé â la gloire de celle armée d’oblenlr, pour prix de ses fatigues et de ton courage, d’en prendre possession au nom de U république, et d'assurer par celte forteresse la conquête de l'Italie.
■ Quels efforts l'ennemi peut-il oppo>er désormais aux soldais républicains ... Cependant cette armée a éveillé contre elle la calomnie... Eh quoi1 ont-ils pose persuader, 1er ennemis de leur pairie, ces lâches courtisans qui osent se Haller de nous donner un maître, que les soldais républicains se sonl battus pendant six années pour en avoir d’autre que la lot? Non, citoyens directeurs, tou 1rs tes factions doivent échouer devant votre sagesse et itnunciR vn ABMfKs; ce n'est que pour le maintien de la Constitution qu 'elles ont acceptée, et pour ta fuxispérUé de ta République, qu'elles sont disposées d verser leur sang.
«Tandis que vous eonsarrez tou» vos moments d conserver te dépôt constitutionnel et d comprimer tes malveillants , farinée d'Italie ne «estera de concourir A seconder par sa discipline et son énergie ordinaire, tous les projets qui tendront A donner A la République «vtle paix qui fait l'objet des désirs do tous ses amis.
• Pu «cm- ut votre sagesse ci «on courage Unir l’olive ail laurier, et forcer les ennemis du gouvernement républicain A le chérir comme nous.»
Ce discours d' A ugereati n’est-il pas le manifeue du général qui devait agir au 18 frm'lidor, tout autant que l'expression des senti* menu de I armée d'Italie? — Le Directoire s'applaudissait de ce dévouement officiel des a rmérs ; il le demandait pour s’en faire on appui A l’intérieur et A l’eitériettr. La réponse du président du Directoire témoigna A l’armée d’Ilalie la satisfaction du gouvernement ; puis Angerean reçut l'accolade fraternelle, et le président lui remit , conforme ment au décret du corps législatif, un drapeau tricolore pour représenter celui qu'il avait porté A Arcole. Il lui Ht aussi don d’une armure complète . au nom de la République. « Puis le Direr- 10» te , ayant vu défiler devant lui les hravet vétérans qui portaient les drapeaux, rentra dans le lieu de ses séances Les drapeaux furent déposé* . sous les yeux du Directoire, A côté de ceux qui annonçaient les trophée* des précédentes victoires de l'armée d’Italie.*
masse. L’intervalle entre l'aile droite et les troupes derrière le Tagliamento se trouvait gardé par la brigade Lusignan, postée A Feltre derrière le Cordevole. La Piave était observée par Hohenzollern, qui avait ordre de ne pas s’engager, dans le cas où les Français s’avanceraient en forces.
L’armée impériale aurait été plus nombreuse que l'armée républicaine si les renforts qu’elle attendait du Rhin l’eussent rejointe ; mais ils ne devaient^rriver que vers les premiers jours d’avril.— L’armée de Bonaparte l’emportail donc sur celle de l’Archiduc par le nombre el la composition. Ces avantages étaient compensés, il est vrai , par les difficultés dont nous avons parlé, et par les dispositions hostiles de Venise et du Tyrol , d’où l’Archiduc pouvait tirer tant de ressources et tant de moyens de succès. Déjà même 10,000 Esclavons, rassemblés A Venise sous prétexte de couvrir cette capitale, n’attendaient qu'un signal pour se lier par Vérone aux corps autrichiens du Tyrol.
Escarmouches diverses. — Avant le 10 mars, d’où il faut dater l’ouverture de cette campagne, quelques combats préliminaires et peu importants avaient eu lieu â la droite sur la Piave, et A la gauche dans le Tyrol , entre les avant-postes français el les débris de l’armée impériale qui se reformait dans le Frioul et le Tyrol; mais partout les Français avaient été vainqueurs.
Ainsi, le 22 février, l’ennemi fut culbuté en avant de Lavadina par les troupes de la division Augereau , et le général Walther le poursuivit jusque sur la Piave. L’adjudant général Duphot et le chef de brigade du 23r chasseur A cheval furent blessés dans celte affaire.
Le jour suivant. Mural s’empara , A Foy, des retranchements ennemis; il y fit 25 prisonniers et tua un pareil nombre d’Autrichiens; puis ayant attaqué un corps de chasseurs tyroliens, il le culbuta et le mit en déroule. — Bell tard, commandant la droite de Joubert, fut assailli le même jour A Bedole, battit complètement l’ennemi, à qui il tua une trentaine d'hommes et en blessa un plus grand nombre.
L’adjudant général Kellermaun ayant passé dans le même temps la Piave A San-Mamma , mit en fuite un poste ennemi.
Le 2 mars, et d’après les instructions données par Bonaparte au général Joubert, d'attaquer l’ennemi s’il cherchait A s’établir sur la rive gauche du Lavis, le général Belliard se précipita sur un corps autrichien qui avait pris position à Monte-di-Savaro et le mil en fuite en lui enlevant un drapeau.
Passage de la Piave. — Depuis la bataille de Rivoli les principales forces de l’armée d’Italie campaient sur les bords de la Piave et du Lavis. Les Impériaux , de l’autre cùté de la Piave, avaient leur droite appuyée & l’Adige du cùté de Salurn, et leur centre derrière le Cordevole. Olte disposition des troupes autrichiennes dans le Frioul a été généralement regardée comme une faute du conseil auliqoe ou de l’Archiduc, qui a entraîné pour l’Autriche les désastres de cette campagne. Le prince Charles aurait eu en effet un grand avan-
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tage à porter le théâtre de la guerre dans le Tyrol, I dont les habitants étaient dévoués, et où il pouvait, | avec la faculté de concentrer ses opéra lions, «se réunir â ses renforts vingt jours plus tôt; car Sacile, Conégliano, etc., sont très éloignés du Rhin, dont Inspruck est rapproché par des communications faciles. Il résultait en outre de la nature des localités que la position de l'Archiduc entre la mer Adriatique et les montagnes ne devait plus être tenable dès que sa droite serait menacée, puisque c’était de ce côté que se trouvait la communication directe avec Vienne, et le point AVillach) qu’on pouvait considérer comme le nœud stratégique de toutes les opérations de la future campagne.
Bonaparte, qui comprit d’abord toute l’importance de manœuvres exécutées dans cette direction, en chargea Masséna dont la division formait la gauche du corps de bataille qui devait agir sur le Frioul; ce général devait être soutenu par Baraguev-d’Hilliers, commandant la droite de Joubert dans les gorges de la Brenta. Son mouvement avait pour but de tourner, en gagnant les montagnes, la droite des Autrichiens, pendant que la ligne de ces derniers serait attaquée de front par les trois autres divisions.
Masséna, en conséquence, se dirigea le 10 sur Feltre*. L’ennemi, à son approche, évacua la ligne de Cordevoie et se retira sur Belluno, d’où il fut déposté le lendemain.
La division Serrurier se porta le 11 à Asolo, où elle fut assaillie par un temps horrible; elle passa la Piave le lendemain, 12 mars, à la pointe du jour, vis-â-vis le village de San-Vido. Ce passage s’effectua heureusement, malgré la profondeur et la rapidité du courant; ! un tambour seul se noya. Un détachement de cavalerie, ! commandé par le chef d’escadron Lasalle, et la 21e d’infanterie légère, conduite par l’adjudant général Leclerc, culbutèrent un corps ennemi qui voulait s'opposer à leur passage, et se portèrent rapidement à Saint-Salvador. Au premier avis du passage, Hohenzollern , craignant de se laisser envelopper, abandonna le camp de la Campana.
Le même jour, à deux heures après midi, le général Guyeux franchit également la Piave à l’Ospedaletlo, et arriva le soir, avec sa division, â Conegliano. a Lu « soldat, entraîné par le courant, dit Bonaparte dans a un rapport sur ce passage, est sur le point de sc « noyer ; une femme de la 60e se jette â la nage et le a sauve. Je lui ai fait présent d’un collier d’or auquel « sera suspendue une couronne civique, avec le nom a du soldat qu’elle a sauvé. »
Plusieurs rencontres eurent lieu dans cette journée entre la cavalerie des deux années. La cavalerie française eut toujours l’avantage et fit prisonniers 80 hussards hongrois.
Combat de Sacile. — La division Guyeux atteignit le 13 mars l'arrière-garde ennemie, à deux lieues de Sacile, et lui fit environ 300 prisonniers. Le génétal Dugua, commandant la réserve, fut légèrement blessé dans cette affaire. — Un corps de bulans, vivemeul pressé, demanda à capituler. Le chef d’escadron Si;ibcck s’avança sans défiance pour lui faire mettre bas les armes; mais à peine fut-il â portée de pistolél qu’on l’étendit raide mort d'un coup de feu. Les Français, indignés de cette perfidie, s’en vengèrent sur les bulans qui furent tous sabrés.
Hohenzollern , vivement compromis par ces diverses marches, se replia sur le Tagliamcnto par Pordenone et Valvasone.
Combat de Longara. — Masséna, ayant quitté Belluno, remontait la Piave dans la direction de Cadore, lorsqu’il atteignit l’arrière-garde ennemie près de Longara. Celle-ci, devancée par les troupes légères des Français, se forma en carré pour s’ouvrir un passage , mais après plusieurs tentatives inutiles elle mit bas les arme». Les Français firent, dans cette circonstance, 700 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient 100 hussards , un colonel et le général Lusignan. Bonaparte, mécontent de la conduite qu’avait tenue ce général envers les malades de Brescia , après l’affaire de Castiglione, le fit conduire en France en défendant qu’il fût échangé.
1 Le 9 mtr* , une proclamation adressée A tous 1m corps de l’armé rappela aux soldait les triomphes déjA obtenu* en Italie, et leur annonça les desseins du général en chef sur l'Allemagne.
• Soldais! la prise de Manlouc vient de finir une campagne qui vous ■ don ru1 des litres éternels à la reconnaissance de la pairie. Vous avez été victorieux dan* quatorze batailles rangées cl soixante-six combats. Vous avez fait cent mille prisonniers, pris cinq cents pièces de canon de campagne, deux milles de gros calibre, quatre équipages de pool. Les cnolribulions mises sur le pays que vota avez conquis ont nourri, enlreleou. soldé l'armée pendant toute la campaguc. Vous avez , en outre, envoyé trente millions au tnintslrr des finances pour le soulagement du trésor public. Vous avez enrichi le muséum de Paris de trois cents chefs -d’ffiivrc de l’ancienne et nouvelle Halle , et qo’ii a fallu trente siècles pour produire. Vous avez conquis A la République les plus belles contrées def Europe. les république* Transpadane et Cispadane vous doivent leur liberté. Les couleurs françaises flottent pour la première fois sur les bords de l’Adriatique, en face et A vingt -quatre heures de l'ancienne Macédoine, d’où Alexandre s'élança sur l'Orient. Luc grande destinée vous est aussi réservée; vous n'avez pas tout achevé. Vous cbAUerez ces insulaires perfides qui , étrangers aux malheurs de la guerre , sourient avec plaisir aux maux du continent. Us rois de Sardaigne, de Naples, le Pape, le duc de l’arme te sont détachés de la coalition de vos ennemis , et ont brigué votre amitié. Vous avez chassé le* Anglais de Livourne , de Unes , de U Corse. C’est en vous que la pairie met scs
plut chères espérances : vous continuerez a en être dignes. De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la République â sa naissance, l’Empereur reste seul devant vous. Se dégradant lul-mémc du rang d’une grande puissance, ce prince s'est mis A la solde des marchands de tondre*. Il n'a plus de politique, de volonté, que rdles de ce cabinet perfide. Le Directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la paix A l'Europe. La modération de ses proposions ne se ressentait pas de U force de ses armes. Il n'avait pas consul lé votre courage, mai* l'humanité et l’envie de vous faire renlrrr dans vos familles. Il n’a pas été écouté A Vienne. Il n’est donc plus d’espérance pour la paix qu’en allant la chercher dans le cœur de* Étals héréditaires de la maison d’Autriche. Voua y trouverez un brave peuple, accablé par ta guerre qu’il a eue contre le* Turcs et par ta guerre actuelle. Lm habitant* de Vienne et des États d’Autriche gémissent sur l’aveuglement et l’arbitraire de leur gouvernement. Il n’en Mt pas un qui ne soit convaincu que l'or de l’Angleterre a corrompu les ministres de l’Empereur. Vous respecterez leur* propriété*. C’est la liberté que vous apporterez A la brave nation hongroise, l-a maison d’Autriche qui, depuis trois siècles, va perdant A chaque guerre une partie de sa puissance, qui mécontcutc sc* peuples en tes dépouillant de leurs privilèges, se trouvera réduite A la fin de crtta sixième campagne ( puisqu’elle nous contraint A la faire), A accepter la paix que nous lui accorderons , et A descendre en réalité au rang de* puissance* secoudaires, où elle s’est déjà placée eu M mettant aux gages et à ta djspositwu de l’ Angle terre»
Le lendemain, 14 mars, Masséna se rabattit sur Spillmbergo, dans le but de se jeter par Gepiona sur la droite des Autrichiens, qu'il se proposait de refouler dans la plaine. Serrurier prit position le même jour à Porto-Üuffole et arriva le lendemain à Belvedcre. Pordenonc fut occupé le 14 par la division Guyeux. L’effet de ces divers mouvements fut de rejeter les principales forces autrichiennes qui se trouvaient dans le Frioul , sur la gauche du Tagliamento. Quelque* détachements de cavalerie légère sc trouvaient seuls encore en deçà , et l'on pouvait croire à une bataille prochaine entre les deux armées. Il n’en devait pas être ainsi. L’Archiduc voulait éviter tout engagement sérieux avant d’avoir reçu tes renforts du Rhin. Il désespéra même d empêcher le passage du Tagliamento, et résolut seulement, pour retarder autant que possible la marche des Français, de profiter de quelques retranchements élevés à la hâte sur la rive gauche du torrent-
Passage du Tagüartwnlo. — La division Guyeux, venant de Pordenone, celle de Bernadotte de Sacile, et «elle de Serrurier de Paziano, se dirigèrent toutes trois le 16 sur Yalvasone. Guyeux , dépassant cette dernière place, arriva A onze heurts sur les bords du Tagli*mento, dont l’ennemi sembla vouloir disputer le passage. Bonaparte ordonna alors à l'un de ses aides de camp, le chef de bataillon Croisier, d'aller reconnaître la rivière jusqu’aux retranchements, ce que celui-ci fit avec 2ü hommes qui furent accueillis par la mitraille.
La division Bernadotte arriva à midi de Yalvasone, et Bonaparte se disposa à forcer le passage du Tagliamento,dont les eaux se trouvaient tellement diminuées par de longues gelées, que cette rivière était à peu près partout guéable. L’arrière-garde autrichienne était retranchée dans des villages de la rive opposée, tels que Torrida, Ri vis, Gradisca, Pozzo, Goricc et CodroTpo. L’espace entre ce dernier village et Camino est une plaine où la cavalerie s'étendait sur deux lignes. Bonaparte, aussitôt après l'arrivée de Bernadotte, ordonna à Guyeux de sc porter sur ja gauche pour passer la rivière à la droite des retranchements ennemis, entre Torrida et Rivis. Bernadotte dut passer sur la droite en face de Codroïpo. Une batterie de douze pièces de oanon fut établie sur chacun de ces points pour protéger les mouvements dç ces généraux,
Les divisions Guyeux et Bernadotte, arrivées au point de passage, formèrent leurs bataillons de grenadiers et se rangèrent en bataille ayant chacune une demi-brigade d’infanterie légère en avant, soutenue par deux bataillons de grenadiers et flanquée par la cavalerie. L’infanterie légère sc dispersa en tirailleurs. Le général Dommartin, à la gauche, et Lespinasse, à la droite, firent avancer les deux batteries dont le feu ne tarda pas A s’engager avec 1a plus grande vivacité. L’ordre fut alors donné dans chaque demi-brigade "de faire ployer en colonne serrée les premier et troisième bataillons sur les ailes du deuxième, et le général Duphot entra dans la rivière à la tète de la 27' d’infanterie légère. Il l’eut bientôt traversée, soutenu par le général Bon , que suivaient les grenadiers de la divi-
sion Guyeux. Murat exécuta le même mouvement sur la droite, soutenu aussi par les grenadiers de la division Bernadotte. Toute l’armée était en mouvement, et le lit du fleuve se trouvait couvert de soldats, chaque demi-brigade par échelons et des escadrons de cavalerie en arrière des intervalles. Os masses sc flanquaient ainsi entre elles.
La cavalerie ennemie tenta inutilement plusieurs charges sur notre infanterie au moment où elle sortait de l’eau. La rjvière fut passée, et l'Arcbiduç s’efforça alors de déborder notre droite avec sa cavalerie, et notre gauche avec son infanterie. Bonaparte envoya au secours de Bernadotte le général Pugua et l’adjudant général Keliermann , avec la cavalerie de réserve. Ce renfort, soutenu par l’infanterie que commandait l’adjudant général Mircur, culbuta les escadrons ennemis et fit prisonnier le général autrichien Scbulz qui les .commandait. Cet incident accéléra la retraite de l’Archiduc, déjà commencée. Quelques bataillous chargés de la couvrir tenaient néanmoins encore avec opiniâtreté dans Gradisca. Guyeux attaqua ce village malgré l’obscurité delà nuit,et parviut à s’en emparer Le prince Charles fut même sur le point d’y être fait prisonnier. La déroute devint dès lors complète. Les Autrichiens furent poursuivis (tendant trois ou quatre milles sur la route de Palmanova.
A mesure que la division Serrurier arrivait gc Yalvasone, elle passait la rivière et se mettait en bataille pour servir de réserve. Les trois divisions bivouaquèrent sur le champ de bataille. Cette opération offrit dans l’ensemble de tous ses mouvements une régularité et une précision qui la faisait ressembler à une manœuvre de parade, La journée valut aux Français six pièces de canon enlevées à l’ennemi, «t envirop üQQ prisonniers. U fuite des Autrichiens, qui semblaient totalement démoralisés, dura toute la nuit; ils redoutaient de sc trouver le lendemain en présence de l’armée français*, et d’ètre contraints à engager une nouvelle affaire.
Prise de Palmanova, — Bonaparte , malgré l’Apreté de la saison, venait de signaler l’ouverture de celte nouvelle campagne en pénétrant dans la Carinlhie, et du sommet des Alpes Norique», barrière qu’aucun peuple moderne n’avait encore franchie, il allait bientôt montrer à ses soldats, d*un côté le bassin de l’Adriatique, et de ('autre celui du Danube, au milieu duquel Vienne paraissait comme le but de toutes leurs victoires
Les divisions Guyeux et Bernadotte s'emparèrent, le 17, de Palmanova. L’Archiduc avait d’abord voulu s’établir dans cette place, qui renfermait plus de trente mille rations de pain et des magasins de farine; mais prévenu partout et poursuivi sans relâche par un adversaire auquel II ne pouvait résister, ü lui abandonna même les bords de la Torre, où arrivèrent, le 18, les deux divisions qui s'étalent emparées la veille de Palmanova.
Bonaparte ordonna au général Chasseloup de mettre cette plaoe en état de défense, résolu d’en faire un point d’appui pour ses dépôts. L’administration dut ('approvisionner pour un mois. Us remparts furent
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armés tle pièces prises aux Autrichien?, et de tintes celles cq fer trouvées à Edifie et ÿur le? côte? do VAdrialique.
Lors de j’ejitrée de? Français à l’almanova , U y avait seulement dix jours que le prince Charles s’ôtait emparé de cette place, appartenant aqx Vénitiens.
Marche e/a Massina par 1er montagne*.— Mtefiéna , commuant *a marche dons 1rs montagnes, sur U droite de l'Archiduc , s'ôtait établi le 18 A Saint-Daniel , i Oeopo, A Omona, aux débouchés des gorges du Tagiiamento, dana leaqucllea il avait poussé ses avantpostes. De IA il pouvait sans difficultés entrer dans la vallée de la fella, d'oA en trois ou quatre marches il se serait porté sur le point stratégique décisif de Villaeh, oh il aurait été en même temps le maître des débouchés sur Vienne, et de toutes les grandes communications de l’armée ennemie.
Passage de l'Isonw, — Prise de Gradisca. — Bonaparte , décidé A pousser vivement le prince Charles au-delà des Alpes, avait fait donner à Joubert des instructions conformes autant que possible à toutes les circonstances dans lesquelles il pouvait être placé par les hasards de la guerre dont il était chargé dans JeTyroL
Aussitôt après le passage delà Torrent) mars) par les divisions licrnadotie et Serrurier, la première se porta fur Gradisca, Faut re se d i rigea su r SamPietro pour passer riüonÿû au-dessus du pont de CaateIJiano et remonter par la rive gauche sur Gradisca, en suivant les crêtes des montagnes qui dominent cette ville. L’Arebiduc pensait que l’Isonzo opposerait à la marche des Français une barrière d'autant plus sûre que celte rivière ne peut être franchie par une armée qu’entre Monfalcoue et Gorui'a. Ceci est A la vérité ordinairement vrai de ce torrent, large, rapide et profond; mais par suite des longues gelées, les eaux s’en trouvaient alors extrêmement basses, et il était guéable sur tous les points.
Les Autrichiens, pour appuyer leur gauche dans le cas où ils eussent défendu U ligne de l’Isonzo, avaient couvert d’ouvrages de campagne la ville de Gradisca, sur la droite de cette rivière. Celte place était occupée par quatre bafailjopa à qui Bonaparte se proposait de couper la retraite, par suite du mouvement de Serrurier, dont nous avons parlé. Ce dernier général ayant rencontré, sur le point où il devait passer, quelques troupes soutenues par de l’artillerie, ne se laissa pas arrêter par est obstacle, et disposant ses soldats en colonnes serrées, entra dans l’eau malgré le feu des batteries de l'ennemi, Celui-ci, qu’intimidèrent ces dispositions, se replia en toute hâte, abandonnant Gradisca à scs propres forces.
Cependant Bernadotte, pour détourner l’attention de la garnison du mouvement de Serrurier, faisait attaquer, du côté de Palmanova, les retranchements ennemis par des tirailleur*. Nos soldats, cédant à leur ardeur naturelle, s'avancèrent la baïonnette en avant jusque sous les murs de Gradisca; mais accueillis par un feu de mousqueterie et de mitraille bien nourris, iis furent contraints de se replier.
le* Autrichiens s'applaudissaient déjà de ce petit avantage. — Bernadotte lit avancer quatre pièces de canon pour enfoncer la porte, mata «lie «ait couverte par une flèche bien retranchée. — Serrurier s'étant alors montré sur Jet hauteurs de l’autre cité delà place, la garnison, h qui il ne restait aucun espoir de s’échapper ou de se défendre long-temps, consentit i se rendre sur une sommation de Bernadotte. 3,000 prisonniers, l'élite de l'armée du prince Charles , dis pièces de canon et divbuit drapeau* furent les fruits de celle journée.
La plupart des généraux qui devaient former depuis le brillant état-major de Bonaparte, tels que Murat, lâuroc, Mireur, etc,, figurèrent avec honneur dans cette affaire.
Combat <Je Casasata. — Le prince Chartes voyaAt les dernières barrières des États héréditaires franchies par les Français, HH vivement désiré de pouvoir concentrer ses troupes à Villaeh, oh il espérait recevoir enfin les détachements de l’aimée du Itfam. il efit aussi couvert de ce poiut U coinmuuicalion avec Vienne , et s'en fat assuré une par Lient avec le corps du TyroL Cet état de choses l'eût même mis en mesure de reprendre l'offensive eu s’avsnçapt par (a droite sut Ponleba et le Tagüaqiento, vers L'diue et l’aima nova; mais toutes ses combinaisons, lentes et méthodique», devaient être annihilées par l'extrême activité des mouvements de Bonaparte. Ainsi k dessein de se concentrer a Villaeh , déjà «I partie déconcerté par le rapide passage de l'Isonur, et par la prompte reddition tk Gradisca, allait i'ètre bien plus encore par la merci*1 de Massésa sur la droite des Impériaux, qu’il menaçait de prévenir à Terri».
Forcé a une prompte retrait, par le» derniers auecte des Français, le corps d'Ocshay remontait en hâte les vallées du Natisone et de l'Isonzo pour gagner avant les Républicaine les passage» de Caperett», d Ober-Preet et de Tarvi». Ceci semblait difficile i espérer. Une autre colonne , conduite par les généraux Gon treuil et Bayalitscb, st convoyant le matériel de l'armée, semblait devoir être devancée par la division Guyeux, qni s’avançait de Cornions sur Cividaie. ,
L'Archiduc, menacé par Guyeux et par Masaéna, était aussi suivi sur Gorizis par les divisions Serrurier et Bern*dotte, 11 ordonna à Gonlrcuil et I Bayalitscb de presser leur marche autant que pouvaient le permettre la difficulté des roules et l'embarras causé par les équipages. Lui -même se retira sur Laybach et Krainbourg avec sa gauche et les troupes du priuee de Reuss. Ce mouvement plaça entre aes colonnes tonte la chaîne des Alpes dites Carniquet, ce qui devait les livrer isolément h un adversaire actif et habile à profiter de pareilles fautes.
Bonaparte, en effet, après la prise de Gradisca, se porta sur Gorisia avec les divisions Bernadotte et Serrurier ; Guyeux était déjà en marche sur Cividaie. La double direction prise par l’Archiduc convainquit k général français de la nécessité de renforcer Masaéna versTarvis. Laissant donc à Bernadotte le aoin de suivre la colonne ennemie qui marchait sur Laybach ,
(I remonta l’Isonzo avec la division Serrurier, se dirigeant par Canale sur Caporetto; Guyeux se rendit au même point par Pufero et la vallée du Natisone.
Le résultat de ces divers mouvements fut très heureux. Dans le grand nombre d’affaires auxquelles il donna lieu, nous ne citerons que les plus importantes. Masséna s’était aquitté avec son habileté ordinaire des instructions qu'il avait reçues : après s'être emparé du fort de la Cbiusa-Veneta , il était arrivé au pont de Casasola, où l’ennemi s’était rallié pour empêcher le passage. Les tirailleurs français firent d’abord replier les tirailleurs impériaux ; ensuite les grenadiers des 32e et 75® demi-brigades, en colonne serrée, forcèrent le pont, et malgré ses retranchements et ses chevaux de frise, culbutèrent les Autrichiens et les poursuivirent jusqu'à Ponteba, leur faisant 600 prisonniers, tous des vieilles troupes venues du Rhin.
Occupation et combat de Tarvis. — Masséna ne s’arrêta point à Ponteba et continua la poursuite de l'ennemi jusqu’au-delà du bourg et du plateau de Tarvis, dont il resta maître. Tous les magasins établis dans la contrée tombèrent au pouvoir des Français par cette défaite de la colonne d’Ocskay. On conçoit aisément quelle était alors la situation critique de la colonne de Bayalitsch, qui, chassée de Pufero avec une perte de deux pièces de canon et 100 prisonniers, avait été refoulée le même jour dans les gorges de Caporetto. Elle se trouvait, par le vice des manœuvres de l’Archiduc, placée entre Guyeux et Masséna, dans une position où tout espoir de salut lui était absolument enlevé.
Ce fut à Krainbourg que l'Archiduc apprit l’occupation de Tarvis par Masséna et l’état critique de Bayalitsch. Il envoya à Ocskay l’ordre de reprendre Tarvis, où les Français ne devaient avoir que des avant-postes ; mais celui-ci, trop maltraité, s’était déjà retiré à Wurzen, dans la vallée de la Save. Gontreuil, qui commandait l’avant-garde de Bayalitsch , ayant traversé le col d’Ober-Preet, se présenta devant Tarvis, dont il chassa les avant-postes républicains, momentanément rejetés jusque sur Safnilz. Il espérait avoir ainsi assuré la retraite du reste de la colonne; mais Masséna l’ayant attaqué le 22 au matin, avec toute sa division, le repoussa bien au-delà de Tarvis en lui tuant et faisant prisonniers un grand nombre de soldats. Les débris de l’avant-garde autrichienne sc ré- j fugièrent dans les gorges de Gaititzbacb par Raibel.
Le prince Charles rejeta la mauvaise issue de celte affaire tantôt sur Ocskay, tantôt sur Gontreuil et Bayalitsch , quoiqu’elle dépendit plutôt de la dissémination de ses forces et de l’habileté de Bonaparte à profiter de toutes les fautes de ses adversaires. « Le « combat de Tarvis, dit le général en chef de l’armée «d’Italie dans un rapport, s’est donné au-dessus des « nuages, sur une sommité qui domine l’Allemagne et « la Dalmatie. Dans plusieurs endroits où notre ligne « s’étendait, il y avait trois pieds de neige , et la cava- « lerie, chargeant sur la glace, a essuyé des accidents « qui ont été surtout très funestes à celle des ennemis. »
Prise de la Chiusa-di- Plelz. — Capitulation de Bayaütsch. — Pendant l’affaire de Tarvis, Guyeux, soutenu en seconde ligne par la division Serrurier, poussait la colonne battue la veille à Pufero jusqu'au fort de la Chiusa-di-Pletz. Bayaütsch, sous la protection de ce fort et du petit corps deKoblos qui le défendait, croyait pouvoir poursuivre en paix sa marche; mais les montagnes escarpées de Pieu, qui dominent la Chiusa , ayant été gravies par l’infanterie française, en même temps que les généraux Bon et Verdier se présentaient devant le fort avec les 4® et 43® demibrigades, ce fort ne tarda pas à être emporté de vive force. Koblos et les 500 hommes qui s’y trouvaient mirent bas les armes.
Rien ne s’opposa dès lors à la poursuite de la colonne ennemie, dont l’arrière-garde allait être aux prises avec les troupes de Guyeux, quand Masséna, qui s’avançait sur Raibel, rencontra son avant-garde. La colonne de Bayalitsch, prise ainsi en tête et en queue, capitula presque sans résistance.
Trente pièces de canon , quatre cents chariots portant les bagages de l'armée, 5,000 hommes et quatre généraux furent, pour l’armée française, le fruit de cette capitulation.
L’Archiduc, après ce double échec, ne put plus espérer de reprendre l’offensive, quoique ses renforts attendus du Rhin fussent arrivés. Il établit la brigade Ocskay et ses grenadiers à Villach, laissa la division Mercantin à Klagenfurt, et se porta à Saint- Veit avec celles de Kaim et de Reuss.
Prise de Trieste, d’/dria, de Gorizia, etc.— Trieste, le seul port important que l’Empereur possédât sur l'Adriatique, fut occupé le 23 mars par la réserve de cavalerie de Dugua et par une garnison d’infanterie tirée de la division Bernadotte.
Bonaparte, après l’affaire de Tarvis, maître des débouchés qui conduisent de l'état de Venise en Allemagne, établit les divisions Serrurier, Masséna et Guyeux vers Villach, sur les bords de la Drave; elles y furent réunies le 28. Afin d’établir une communication avec Joubert, dont nous n’avons pas encore parlé, le général polonais Zayonscheck fut poussé sur Lien/, en remontant la vallée de la Drave; mais ayant trouvé tout le pays en insurrection , il ne tarda pas à revenir et sans avoir rempli sa mission.
Bernadotte, de son côté, après avoir battu à Camigna l’arrière-garde du prince de Reuss, prit la direction de Laybach par Wippach, Priewald et Adelsberg. Il avait en route poussé un détachement sur Idria, célèbre par ses mines de mercure, et où on trouva du vif-argent préparé pour une valeur de deux millions. Bonaparte rendit compte de cette capture importante en envoyant au Directoire l’inventaire de ce qui avait | été pris danTGorizia lors de l’occupation de cette place le 21 mars.
Opérations dans ie Tyrol. — Passage du l/tvù. — Nous avons dit précédemment que l’aile gauche de l’armée d’Italie était chargée d’agir dans le Tyrol contre les généraux Kerpen et Laudon. Les instructions du
général en chef à Joubert lui prescrivaient, après avoir rejeté kerpen au-delà du Brenner, de faire un à droite et de descendre la vallée de la Drave pour rejoindre le gros de l'armée française à Yillach, mouvement d'autant plus régulier que Joubert n'entra en opération que lorsque Bonaparte était déjà victorieux sur le Tagliaraento, et qu’il ne marcha par sa droite! sur la Drave, comme nous l’allons voir, que lorsque le j quartier général était déjà à Klagenfurth.
La gauche se trouvait, le 19 mars, en position vers Trente, éclairant par des partis les gorges de la Brenta jusqu'à Primolano et Cismone. Les trois divisions dont elle était formééne se trouvaient séparées des corps de Kerpen et de Laudou que par l’Adige. Kerpen, cantonné dans les vallées de Fiemme et de Cavalese en arrière du Lavis, se liait par les gorges du Cordevole et de la Piave, avec le principal corps d’armée de l’Archiduc, occupant alors Belluno. Laudon campait à la droite sur la rive gauche de la Nos», depuis le confluent de cette rivière avec l’Adige jusqu'à Ponte-di- Legno dans le Val-di-Sole.
La dissémination des forces ennemies offrait à Joubert de grands avantages pour exécuter les ordres qu’il avait reçus. Toutefois la soumission du Tyrol n’était pas sans difficultés ; Joubert avait à lutter et contre l’esprit belliqueux des Tyroliens et leur dévouement pour la maison d’Autriche, et contre ta rigueur de la saison et les obstacles naturels à un pays où les communications sont même difficiles avec de bons guides. Néanmoins ces considérations n’arrétèrent pas ce brave général , jaloux de se conformer aux instructions de Bonaparte. Une attaque sur toute la ligne fut résolue pour le 20 mars, époque à laquelle Bonaparte était présumé devoir se trouver sur le Tagliamento. Le principal effort de cette agression devait tomber sur la gauche des Autrichiens, qui offrait le point le plus faible. Les deux ailes de l’armée ennemie se trouvaut séparées par l’Adige, on les isolait en effet pour toujours si l’on prévenait celle de droite à Botzen.
Joubert résolut en conséquence de forcer le passage du Lavis en face des hauteurs du Cembra avec les troupes de sa propre division, d’attaquer sur ces hauteurs le corps de Kerpen et de se diriger ensuite par Cavriana sur le flanc gauche des Autrichiens, pendant que Delmas et Baraguay-d’Hillirrs se porteraient avec leurs divisions sur la route de Botzen. — La brigade Belliard passa le Lavis le 20 mars au village de Sevignano, malgré le feu violent de l’ennemi qui bordait l’autre rive. Elle s'avança ensuite sur le plateau de Cembra, contre le corps de Kerpen. Celui-ci, débordé par sa gauche, ne put faire une longue résistance, cl après un rude combat fut rejeté sur Saint-Michel, d’où il se retira vers Botzen par les hauteurs. Les Autrichiens perdirent dans ce combat quelques canons, deux drapeaux et 2,000 prisonniers. Les chasseurs tyroliens y furent fort mal traités. Laudon, par suite de cet engagement décisif, resta abandonné à ses propres forces sur la droite de l’Adige.
Occupation et combat de Neumarck. — Joubert, avec deux brigades de sa division, marcha le lende-
main sur Salurn par les montagnes, et poussa la brigade de Belliard sur Neumarck par Cavriana et Pmzone. Il voulait ainsi couper la route de Cavalese et s'emparer du pont de Neumarck. Delmas et Baraguay-d'Hilliert poursuivirent leur marche vers Botzen. Vers le soir Belliard chassa l’ennemi des hauteurs de Peza, et le rejeta en désordre dans Neumarck, qui fut évacué pendant la nuit.
Les trois divisions s’y réunirent le lendemain 22. Joubert, avec l'avant-garde, sc porta en reconnaissance sur la route de Botzen, aux environs de Sanla- Barbara.
Laudon , cherchant à rétablir ses communications avec Kerpen, arriva à Serviten et fit attaquer Neumarck par ses troupes légères , soit qu’il voulût gagner la route de Botzen, soit qu’il crût pouvoir aisément s’emparer de la place. Belliard, devinant son projet, fit débarrasser le pont que Kerpen avait barricadé dans sa retraite, et marcha au-devant des Autrichiens avec la 86e demi-brigade.
L’ennemi, après une vive fusillade, fut repoussé de Serviten et de Rung sur Saint-Valentin, où la résistance fut plus grande. Le combat était encore indécis quand Dumas, à la tête de la cavalerie, déboucha subitement du pont de Neumarck et chargea en flanc la colonne autrichienne qu’il mit en déroule. Profitant de ce moment favorable, les grenadiers de la 80e se jetèrent dans une redoute qui flanquait la droite du village et s’emparèrent de deux pièces de canon qui s'y trouvaient en batterie. Le général Laudon, forcé de renoncer alors à son premier dessein, se retira par les montagnes dans la vallée de Méran.
A la suite de celle action, qui fll honneur aux généraux Belliard et Dumas, les Français rentrèrent dans Neumarck avec plusieurs pièces de canon et 8 à 90Q prisonniers.
Entrée à Botzen. — Botzen ouvrit ses portes aux Républicains le jour même de l’attaque de Neumarck par Laudon. Cette nouvelle conquête livra à l'armée des magasins dont elle avait le plus grand besoin. Joubert laissa Dumas dans Botzen avec environ 5,000 hommes, lui recommandant d’occuper fortement Terlan pour observer la vallée de l’Adige, puis avec le reste de son corps il s’avança de suite sur Clausen où i l'attendait le général Kerpen. ,
Combat de Clausen. — Entrée à Brixen . — Cette position était avantageuse pour l’ennemi, en ce que U route de Botzen à Brixen, où sc trouve le bourg de Clausen, est resserrée entre l’Eisach et des montagnes inaccessibles. Les Autrichiens étaient en bataille en arrière de ce défilé, protégés par de l’artillerie placée sur les hauteurs. Joubert les attaqua le 22 mars. Le combat fut des plus acharnés et était encore indécis à la chute du jour lorsqu’une demi-brigade française, ayant tourné la droite de l'ennemi, parvint, avec des peines incroyables, sur les rochers qui le dominaient, et fit rouler sur lui d'énormes blocs de pierre qui renversaient les files les unes sur les autres. Joubert s’avança alors , avec les 12e et 33® en colonnes serrées.
contre te centre dre Autrichiens , qui , ne pmrr.int résister à cet effort combine, opérèrent leur retraite en désordre rree perte de 1,500 hommes lofs oit prisonniers. Les Français entrèrent le lendemain dans Brisen, oh ris trouvèrent aussi des magasins considérables *.
levée en masse du Tyrol. — L'invasion dn Tyrol et les nombreases défaites dont quelques partiel de ce pars avaient de}» été te théâtre, n’avaient pas abattu te courage des Tyroliens. A la voit du comte de Lehrbach, ces paysans, simples et grossiers, coururent an armes, brillant d'immoler les Français A dre idées de vtngeanee et de patriotisme qu'il n'avait pas Hé difficile de leur inspirer. Ils s'emparèrent de foutre les principales Issues dre vsltees. Lestevees de Hait, de Sehvrata et de rinnthel rouvrirent les environs de Curling; 1e poste de Gossenras fut confié » relire de Kiububl et de Kufstein ; les milices de Pusterthal et de Brixen couronnèrent les hauteurs qui couvrent tenrs vallées; enfin Laudon, avec celtes dn Haut-lnn et ses propres troupes, défendait les avenues de Mèran.
Combat de HiUemvatrt. — Kerpen , malgré lYchec qu'il avait essuyé, aurait pu, des hauteurs de Muhlbach, a deux lieues nord de Brixen, défendre le Pusterthal et les gorges dlnspruck ; mais i! préféra s'établir a Mittenwald, laissant la vallée de la Rient a découvert et ne gardant que les ponts de l'KIsach sur la mute dlnsprurk. Joubert l’attaqua 1e 28 dans cette position. Quelques bataillons arrivés du Bhin firent assez bonne contenance d’abord , mais après une courte canonnade Belliard décida l’affaire en attaquant la droite ennemie •vee la 85* en colonnes serrées par bataillon. Harcelés dans leur retraite par de continuelles charges de cavalerie, tes Autrichiens perdirent quelques centaines de prisonniers et furent poursuivis jusqu'à Sterling, A seize lieues d'Inspruck.
La route qui joint ces deux villes passa sur un contre-fort du mont Brenner, 1e plus élevé du Tyrol. Cet obstacle seul séparait les Français de U vallée de l’inn; mais Joubert, d'après tes instructions, n'osait 1e franchir, ne pouvant guère séloigner de Brixen où 1) devait attendre des nouvelles, soit de Bonaparte, soit de Moreau , qu'on supposait avoir déjà passé te Rhin et dont Ire mouvements devaient se combiner avec ceux de Bonaparte. Le corps de Joubert était destiné à lier l'armée du Rhin A celte d’Italie , et il ae serait privé des moyens de communiquer avec Tune ou l’autre en avançant vers llnn A travers un pays en insurrection, et où l’on ne pouvait pousser de reconnaissances sans s’exposer A les voir enlever, comme il était déjA arrivé A quatre compagnies de la division Masvéna , qui,’ ayant remonté ta vallée de la Drave
1,1/ généra; Jaotme srrtvs 1 Brtara toujours pounatTant In waeow. U Bénérst thunes, O la iHsdelu n/alrne, a lue Or» propre utam pluucuri cataUen ronamia . Il i il/ blasa* WufrwowM àe deux coup* tte tabrc; *oq aide de camp, d’Ilarmancourt , a élé Maaa4 Or Béaérrt a , pendant pfcmeori roinafo*.
«v no poaÉA unraudrw de caialme caoenta qvtfea-
lalknHWr «M émulé W •*•»*!* mfnuim.
{ Rapport du général en chef.)
ponr avoir dre nonvellrs de Joubert, avaient été taillée* en pièce. Ce dernier, dans une cireonstanre aussi cm* barratsante, rétrograda sot Brixen, oh 11 prit une position d’attente.
Combat à* Voter-, lue. — Kerpen s'enhardit â la vue de ce mouvement rétrograde, et descendit dn Brenner pour rentrer dans Sterzing. Il plaça son camp le lendemain à Maufs, pois a Mittenwald. Un engagement très vif eut lien le 3! mars entre les troupes avancées des deux partis, à Ünter-Ane. Les Autrichiens y souffrirent beaucoup et y perdirent un grand nombre de prisonniers.
Néanmoins ils renonvelèrent lenr tentative îe 2 avril avec pins d’ensemble. Kerpen assaillit Untef-Àue, et il en fut, comme la première fois, repoussé avec pertè*; mais pendant ee temps Laudon déboucha sur Terlan , dont il s'empara. Ce général avait rassemblé tes milices du Tyrol occidental et surtout les coarageux habitants du Wintsgaw, au nombre d’environ 12,000 hommes, & qui il avait donné pour tête de colonne ses Vieilles troupes régulières. Laudon, avec ses nouvelles forces, combattit le 3 l'avant-garde républicaine en avant de Botzcn. Sa droite, conduite par Neuperg, descendit par les montagnes sur Tramin, pour s’emparer des communications des Français avec Vérone.
Réunion de Joubert à Bonaparte à l Winch. •— Le colonel Ebcrlé, de la 85e, avait, pendant ce temps, pénétré dans la vallée de la Drave & raide d'nn déguisement et avait fait connaître ensuite â Joubert les progrès de Bonaparte en Carinthie. Joubert ae décida aussitôt & opérer sa jonction par Lienz, mesure d autant plus urgente que pendant qu'il avait en tête les troupes de Kerpen, Laudon f avec les forces qu'il avait réunies, ne pouvait manquer de s’emparer très incessamment de Botzen, ce qui aurait beaucoup compliqué sa position.
Botzen fut évacué le 4 au matin , d’après les ordres de Joubert, qui réunit toutes ses troupes à Brixen, et se mit en marche le 5 avril de grand matin pour Pruneken , après avoir brûlé les ponts de l’EUach entre Ober-Aoe et Aischa. Son arrière-garde se défendit assez long-temps contre les troupes légères de Laudoû dans les villages de Clausen et de Seben, atteignit Brixen vers le soir, et rejoignit le corps principal pendant la nuit. Les forces de Kerpen furent paralysées pendant cette journée par la destruction des ponts de l’Eibach. Ainsi Joubert, sans être inquiété, remonta la Rient jusqu'au col de Tolbacb. Parvenu aux sources de la Drave , il descendit à Lienz et marcha sur Villack Il n’eut i soutenir dans cette longue marche qu'un seul combat avec des paysans insurgés, à Mahlbach, près de Spitaî, à dix lieues de Yfllach. Ce rassemblement fut dispersé.
Quoique depuis vingt jours l’Archiduc eûl perdu en dix combats le quart de son armée, et que le reste fût plongé dans le découragement, la position de Bonaparte n'en était pas moins difficile* Tout s armait contre lui sur ses derrières. L* Tyrol, dégarni par la
réunion de Joubert au reste de l'armée, menaçait de rejeter les garnisons françaises en Italie. Une levée en | masse s’apprêtait dans la Hongrie et l’illyrie, et l’insürrection se propageait jusqu'à Trieste; le sénat de Venise armait surtout avec activité, et quoique les divisions Victor et Kilmaine pussent le tenir en respect, la situation brillante de l’armée d'Italie n'en était pas moins précaire, et le moindre revers eût pu la changer totalement. Il fallait que cette armée revint sur ses pas ou qu’elle marchât sur Vienne. Bonaparte prit ce dernier parti comme le plus audacieux et le plusronforrac à son génie. Il n'avait à franchir que la chaîne septentrionale des Alpes, et cet obstacle, non plus que. l’armée de l'Archiduc postée derrière la Muhr, ne semblaient guère dans le cas de pouvoir l’arrêter.
Prise de Kfagenfurth Dès le 29 mars et avant l’arrivée de Joubert, le gros de l’armée s’était avancé sur la route de Klagenfurth, qu’occupait la division Mercantin, dont l'avant-garde fut surprise. Masséna lui enleva 200 hommes et deux pièces de canon. En sc repliant sur la ville, elle y répandit l aiarme, ce qui détermina le prince Charles à la faire aussitôt évacuer. Bonaparte y établit le soir même son quartier général qui fut transféré le lendemain à Saiut-Vcit. L’armée prit position entre ce bourg et Freisach. On poussa de Klagenfurth un détachement de troupes légères dans la direction de Marburg, sur la gauche de la Drave. Comme il avait l’habitude de le faire dans toutes les nouvelles provinces ennemies où il pénétrait, Bonaparte, de Klagenfurth, adressa aux habitants de la Carinthie une proclamation toute pacifique et propre à lui concilier, ainsi qu’à son armée, l’esprit des habitants. _____
Ouvertures de paix faites par Bonaparte à l’Archiduc. — Ce fut alors que, dans un but qu’explique suffisamment la situation grave où l’armée se trouvait au milieu de ses succès mêmes, inspiré sans doute aussi par la noble pensée d'assurer à sa patrie ude paix glorieuse, Bonaparte, agissant à la fois comme homme d’État et comme général d’armée, adressa au prince Charles, de soo quartier général de Klagenfurth, cette lettre devenue célèbre 1 :
« Monsieur le général en chef,
« Les braves militaires font la guerre et désirent la paix. Cette guerre qe dure-t-elle pas depuis six année*:1 Avons-nous assez tué de monde, fait assez de mal à la
’ Napoléon , dans m Mémoire*, a pris loin de faire connaître le* motif» qui îc décidèrent S une démarche qui fût alors diversement appréciée. «Après le passage dn Tagliamcnlo, Napoléon écrivit au Directoire qu’au 15 avril il lecait en Allemagne daus la capitale de la Carinthie; qu’il fallait donc que le* armé»'* de Samhreet Meuse ci de Rhin-rl Moselle , qui comptaient 140.000 combattants, se missent •an» délai en marche, et prissent position *or I f- ns; que. arrivée* sur cette rivière, il dirigerait le mouvement combiné des trois armée* sur Vienne. — Le Directoire lui répondit qu’il allait ordonner A scs armées do Rhin d’eatrrr en opération ; qu’au moment où il recevrait ce courrier, déjà le* hostilité* auraient commencé. - Mais le 1er aTril Il reçut à Klagenfurth l’avis qu'il ne devait pat compter sur la roo péralioa de* armées du Rhin ; qu’il serait possible que celle de llochc entrât en campagne, mais que celle de Moreau était hors d'état de passer le Rhin. Cette nouvelle fit naître en lui bien des soupçons.— Il avait conclu un traité offensif et défensif avec le rot de Sardaigne . lui avait garanti scs Etats, et, en avait obtenu un contingent de T. II.
triste humanité? Elle réclame de toutes parts. L’Europe,, qui avait pris les armes contre la République française, les a posées-, votre nation reste seule, et cependant le sang va couler plus que jamais! Cette sixième campagne s’annonce par des présages sinistres; quelle qu’en soit l’issue, nous aurons perdu de part et d’autre quelques milliers d’hommes de plus. Il faudra bien finir par s’entendre, puisque tout a un terme, même les passions humaines.
o Le Directoire de la République française avait fait connaître à Sa Majesté l'Empereur le désir de mettre fin à la guerre qui désole les deux peuples; l'intervention de la cour de Londres s’y est opposée. N'y a-t-il donc aucun espoir de nous entendre? et faut-il, pour les intérêts ou les passions d'une nation étrangère aux maux de la guerre, que nous continuions à nous entreégorgir? Vous, M. le général en chef, qui, par votre naissance, approchez du trône, et qui êtes au-dessus de toutes les petites passions qui agitent les ministres et les gouvernements , êtes-vous décidé à mériter le titre de bienfaiteur de l’humanité entière, et de vrai sauveur de l’Allemagne? Ne croyez pas que j’entende par-là, M. le général en chef, qu'il ne vous soit pas possible de la sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que les chances de la guerre vous deviennent favorables, l’Allemagne n’en sera pas moins ravagée. Quant à moi , M. le général en chef, si l’ouverture que j'ai l’bonneur de vous faire peut sauver la vie d’un seul homme, je m'estimerai plus heureux de la couronne civique, que Je me trouverai avoir méritée, que de la triste gloire qui peut me revenir des succès militaires. »
Réponse du prince Charles. — La réponse de l’Archiduc parut moins franche que la lettre du général républicain ; mais il est juste de faire remarquer que le jeune prince, quelle que fût d’ailleurs sa loyauté, manquait de la liberté nécessaire pour agir sans l’autorisation du conseil aulique. Voici quelle fut sa réponse:
« Monsieur le général ,
« Assurément, tout en faisant la guerre, et suivant la vocation de l’honneur et du devoir, je désire autant que vous la paix, pour le bonheur des peuples et de l’humanité.
« Comme néanmoins, dans le poste qui m’est confié, il ne m'appartient pas de scruter ni de déterminer
10,000 homme* d'infanterie, 2,000 «le cavalerie et 24 pièce* de canon. Cette division , qu'il eût menée en Allemagne, aurait assuré se* derrière»; chaque soldat piémontais eût été pour hii on Otage. Le Dfrectoirc , sans blâmer ce traité, traîna en longueur le* ratification*, et la campagne s’ouvrit avant que I armée eût pu être renforcée de orltc division de bonnes troupe*. C'était d’autant plu* fâcheux que ce* 12,000 homme» ayant été rendus mobile* pouvaient être dangereux. - Napoléon avait aussi à *e plaindre de l’influence qu'avait le ministre Quinni. qui ouvrait le* porte* avec la clef d'or, et entravait les afTaire* de Venise. — Il *c convainquit de la nécessité de faire la paix, et écrivit sa lettre si connue à t’Airhtdoc.—Tou* le* courrier* de Hans qu’il reçut jusqu'au 18 avril le confirmèrent dan* ridée que le* armées d'Allemagne ne bougeraient point. Il u'appnt le passage du Rhin qu'aprê* la signature de* préliminaire* de Léoben , qu’il n'eût »ignés que dans Vienne, s’il eût su que In deux armées françaises do l-hui voulaient entrer en campagne ; quand même elle* n'eussent pssié le Rhin qu'au mots de mai, cela lui eût été suffisant. •
la querelle des nations belligérantes, et que je ne suis muni, de la part de Sa Majesté l'Empereur, d’aucun plein pouvoir pour traiter, vous trouverez naturel , M. le général, que je n’entre point avec vous, là-dessus, dans aucune négociation, et que j’attende des ordres supérieurs pour cet objet de si haute importance, et qui n’est pas foncièrement de mon ressort.
« Quelles que soient, du reste, les chances future* de la guerre, ou les espérances de la paix, je vous prie, M. le général , etc. »
Combat de Dirnstein. — Il fallut donc continuer la guerre. Contrarié par le refus qu’il venait d’éprouver, Bonaparte la poursuivit plus activement encore. Le l*r avril, l’armée se mit en marche sur Freisach; à peine son mouvement était-il commencé, qu’un aide de camp du prince Charles se présenta au général en ehef pour solliciter une suspension d’armes de quatre heures. Ce court espace de temps cachait un projet dont Bonaparte ne pouvait être dupe. Il comprit qu’un renfort considérable devait être au moment de rejoindre V Archiduc, et que celui-ci, qui occupait le sommet des Alpes Cantiques, craignait d’être attaqué avant que ces troupes fraîches eussent le temps d’arriver en ligne. Il refusa' donc et ordonna au contraire de presser plus vivement le mouvement sur Freisach. En effet, une division autrichienne, arrivant du Tyrol, sous les ordres du général Sporrk, était déjà dans la vallée de la Muhr , et marchait en toute hâte pour se réunir au gros de l'année impériale.
Le 2 avril, la division Masaéna, formant la tête de colonne, arriva devant l’ennemi qui occupait les gorges de Dirnstein dans les montagnes en avant de Neu? marrie, et oft passe la route de Klagcnfunh à Vienne. Les Autrichiens étaient en position. La brigade Lindenao il Guldendorf et Pichlern, le prince d’Orange à Ancien , Bad-Anelen et S Neuderk ; ce dernier village, qui formait le centre de la position, avait été retranché. La réserve de grenadiers, aux ordres de Kaim, bivouaquait en avant de Neumarck où le princeCharles avait son quartier général.
Les avant-postes autrichiens furent culbutés en un instant par la y légère qui formait l’avant-garde de Masaéna , et qui se jeta ensuite eu tirailleurs sur les flancs de la position. Son attaque fut aussitôt soutenue par le reste de la division Masaéna , et par la division Guyeux. Le général Kaim essaya de rétablir le combat éh se portant avec sa division en arrière des villages de Guldendorf et de Picblcm. Mais, â la tête des grenadiers des 18e et 32e de ligne , formés en colonne serrée, Masséna pénétra au centre de la gorge dans Anelen et Bad-Ancten , et l’ennemi se vit refoulé sous les barricades de Neudeck, qui furent emportées au pas de charge par les grensdiers el la T légère. Le prince d’Orange fut ainsi rejeté sur Neumarck. Mercantin, qui marchait sur Mublbach, dut, pour D’être pas coupé , abandonner Guldendorf et Pk-blern.
Combat de Hundsmarck. — Une brigade de grenadiers autrichiens soutint la retraite de l’Archiduc jusqu’à la chute du jour. Cette retraite s’opéra sur Hunds-
marck, avec perte de? à 800 hommes tués ou prisonniers. Les Français bivouacquèrent sur le champ de bataille. Iis avaient trouvé dans Freisach el à Neumarck des provisions considérables.
Les divisions Masséna et Serrurier se portèrent , le 3 avril , sur le village de Scheiffling dont l’occupation devenait très importante, à cause de sa positron h l’embranchement des routes d’Italie et d’Allemagne. Masséna poussa, le même jour, jusqu’à Hundsmarck, dont il resta maître après un rude combat contre une division autrichienne de vieilles troupes qui eut environ 400 hommes tués , blessés ou prisonniers.
Bonaparte détacha le même jour de Scheiffling une portion de la division Guyeux A la poursuite de la colonne de Sporck qui rôdait encore dans la vallée de la Muhr; mais celle colonne, favorisée par les gens du pays, parvint , par la route de Radstadt, à se réunir avec l’Archiduc.
Retraite de l Archiduc sur Vienne . — Le prince Charles résolut dès lors d’accélérer sa marche sur Vienne , sans disputer un terrain qu’il ne pouvait plut défendre , mais dans l’espoir de pouvoir encore réunir sous les murs de U capitale assez de moyens pour y tenter une action décisive.
Les Français prirent la route de Léoben, et occupèrent le 7 avril, et sans coup férir, Knitteofeld et Judenbourg où Bonaparte établit son quartier général , et où il te décida à s'arrêter pour attendre et effectuer la réunion de sis forces qui , poursuivant alors l’ennemi dans toutes les directions , se trouvaient entièrement disséminées. Bernadotte, qui s’était jeté vers Leybach, te rapprochait du centre à marches forcées par Klagenfurth, ayant laissé au général Friant le soin de veiller sur Trieste. Joubert, dont on était fort inquiet , se trouvait alors, comme nous l’avons raconté, sur le point d’atteindre Villtcb. Tout faisait croire que ïei armées du Rhin n'avaient pas encore franchi ce fleuve: néanmoins, après avoir concentré ses fortes à .ludeitbourg, Bonaparte allait encore se trouver entraîné, avec un petit nombre de braves isolés et sans communications assurées, â une bataille décisive, dont le résultat devait être ou la paix de l’Europe, ou la ruine de tous les avantages que tant de succès brillants avaient déj.\ produits, et semblaient promettre encore.
Terreur dans Vienne.— Mais la terreur que ces taccès mêmes avaient jetée dans Vienne, devait éviter à Bonaparte les hasards d’une action redoutée par lui seulement sans doute à cause des suites qu’elle pouvait avoir. La fermentation régnait dans la capipale de l’Autriche. On relevait les fortifications; les milices se rassemblaient dans les lignes de Mariahülf ; mais ces mesures tardives inspiraient peu de confiance. La cour et les administrations se tenaient prêtes à partir pour Prague* au premier signal. L’Empereur oe pouvait s’abuser sur les moyens de résistance qui lui restaient encore, il se rappela les récentes dispositions pacifiques de Bonaparte, et chargea les généraux Bellegarde et Merfeidt de négocier auprès de ce général.
FHAWCE MILITAIRE,
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Armistice de Judenbourg. — II» arrivèrent le 7 à Judenbourg, et ne proposèrent d’abord qu’un armistice de six jours que Bonaparte accorda comme un acte de pure générosité et comme un gage de son désir de conclure la paix, mais dont les conditions furent naturellement A son avantage. Les avant-postes de son aile droite restèrent dans les places qu'ils occupaient le 7 entre Fiume et Trieste. Sa ligne , en se prolongeant, coupait la Drave à Marburg, et suivait par Gratz, Brucit et le Liedelberg jusqua Admont dans la vallée de l’Ens. Les Français, dans cette ligne de démarcation, occupaient Gratz, Bruck et Rollciunaon où iis n'avaient pas encore pénétré. L'armistice devait être commun aux troupes qui se trouvaient dans le Tyrol.
Bonaparte transporta son quartier général A Léoben •ù il détermina aussitôt les nouveaux cantonnements de son armée. Serrurier occupa Gratz ; Guyeux, Léoben; et Masséna, Bruck. Bernadotte resta devant Saint-Michel, et Jouberl fut échelonné de Villach à Klagcnfurth , poussant une division jusqu’à Gemona , autant pour assurer Içs subsistances que pour observer les Vénitiens. L’armée, sans cesser de couvrir les grandes communications avec l'ilalie, fut ainsi resserrée de Brixen A Trieste, et se trouvait, en cas de rupture, à portée de reprendre aussitôt l'offensive et de déboucher en quelques marches dans les plaines de Vienne.
Préliminaires de paix signés à Léoben.- Dix joura après l'armistice, eut lieu la signature despréliminaires de paix ( au château d’Ekwald près de Léoben ) entre le général Bonaparte, stipulant pour la République française, le marquis de Gallo et le général Merfeldt pour l’Autriche.
Les principaux articles de ce traité, qui n’a jamais été publié officiellement, étaient ; la renonciation â la Belgique par l’Empereur; la reconnaissance des limites ée la France, telles que les lois de la République les avaient fixées; l'établissement et l'indépendance de la
j République lombarde; la cessation des hostilités avec l’Empire, et la réunion d’un congrès à Berne pour y traiter de la paix générale, l'n article secret stipu sit en outre trois clauses importantes : 1° la cession de la Lombardie autrichieunc en échange d’une indemnité prise sur les États de la terre ferme vénitienne; Venise aurait reçu en échange la Romagne et les légal ion# de Ferrare et de Bologne; T l’occupation par les Kranniis jusqu’à la paix définitive des forteresses de Patina- Nova, Manloue, Peachiera, Legnago et Vérone; 3° et enfin l’abandon du duché de Mudèuc, pourvu qu’â l.i paix générale, on assurât au Duc dépossédé uno indemnité.
Les préliminaires de Léoben servirent de base au traité de Campo-Furmiodont nous parlerons plus lard, Bonaparte eut d'autaut plus â s'applaudir de ce qui venait de se passer, que les insurrections fomentées dans les États vénitiens prenaient un caractère alarmant, et que dans le cas où il aurait dû continuer la guerre , ses communications se seraient trouvées compromises de la manière la plus sérieuse, pendant qu'tj aurait eu en tète les principales forces de la monarchie autrichienne.
Les victoires de Bonaparte détruisaient trop rapidement les espérances des ennemis de la République pour qu’ils ne fussent pas empressés à les nier. La nouvelle de l’armistice de Judenbourg trouva A Paris un grand nombre d'incrédules. Celle de la signature des préliminaires de Léoben fut encore plus froidement accueillie par les hommes qui avaient la prétention de formuler l’état de l’opinion publique par la hausse ou la baisse des rentes. La Bourse était alors ennemie de la paix. — Le Directoire, A la réception du courrier que lui adressa Bonaparte, fut obligé d'annoncer aux deux conseils que les hostilités avaient ci ssé , et que les stipulations préliminaires de la paix étaient signées,
« afin, ce sont les termes du message, de dissiper les inquiétudes qui s’étairiil élevées daus le public, et que la malveillance et l’agiotage s’étaient efforcés d’accréditer. u
RESUME CHRONOLOGIQUE
0 mau. Proclamation du général Bonaparte.
10 — Reprise de# hostilités. — Entrée à E'ellre.