CAMPAGNE CONTRE ROME
sou u An \t.
DopNcitl de U ooor de Rome.— Ruploir de rannitik*.— Manifwle de Honap*rtr— Opinion pnblkque 3» Rome.— Combat de Seoio.- Pr»«e de Faenza, de Korli, elr.— Omipation d'Ancône - Modération du général en cbef.-Me*ure« en futur de» prêtrr» françmi réfugié» en Italie Marrtie »ur Maeerata. — Priae de Lorvlte.— Onrupadoo de Macéra la et de FoliRno.— Alliance arec la rtpubliqne de Saint Marin.— Preuii^m ouverture» pour la paix.— lettre» de Bonaparte et de Pie VI.—' Traité de Toleolino.— Réflexion» sur la campagne d'Italie.
ARMÉE RÉPt MLtCAlNE.
Division d'expédition.— GéaCnl Victor.
Duplicité tie la cour de Home. — De tou* les Étal* italien» mal dupons envers la République française, la cour de Rome était celui qui avait dans ses relations avec la France, constamment montré le plus de duplicité et de mauvaise foi. Incapable dé se décider franchement pour l’une des deux grandes puissances qui se disputaient la péninsule italienne, ses dispositions hostiles ou ses supplications pacifiques suivaient les variations de la fortune de l’armée d’Italie. — La lutte critique qui se termina heureusement par la victoire d’Arcole, ranima un iustant ses espérance»; elle rassembla des troupes et poussa à se lever en masse ses anciens sujets de la Komagne, qui se portèrent contre les Français aux plus épouvantables excès. — L’armistice de Foligno se trouvait ainsi rompu.
• Libre, par la victoire de Rivoli et la reddition de Manloue, de se débarrasser enfin d’un ennemi impuissant et perfide, Bonaparte avait repris ses projets d'expédition contre Rome, et après la capitulation de Wurmser, s’était rendu lui -même à Bologne afin d'ètre à portée de diriger suivant les circonstances les mouvements des troupes.
lin courrier romain tombé en son pouvoir avant la Bataille de Rivoli lui fournissait de nouveaux griefs contre le gouvernement papal, line lettre du cardinal Busca, secrétaire d’État du Pape, au prélat Albani, Douce à Vienne, dévoilait dans tout son jour la duplicité de la cour sacerdotale: cette lettre portait la date du 7 janvier 1797, jour même oft les colonnes d’AIvinzi s’étaient ébranlées pour recommencer les hostilités contre les Français ; on y lisait le plau de l’allianre projetée contre la France entre le pape* Pie VI cl l’empereur d'Allemagne. Le passage suivant ne pouvait laisser aucune illusion sur la déloyauté que les diplomates romains apportaient dans leurs relations avec le ministre de la République.
« J’apprends, disait Busca, parles deux derniers courriers que le baron de Thugut a changé de langage. Malgré son air de mystère, nous ne pouvons plus douter des secours de l'Kmpereur, d’autant plus que l'Impératrice et lui vous les ont promis. Il sembleaussi que le baron deThugul compte sur nous, à en juger par le prompt départ du général Colli, par l’obligation qu’on lui impose de se bâter de voir nos troupes, et par la manière dont on nous a excités à reprendre nos pays. Tout nous dit que déjà on nous regarde comme alliés. — Tant qu’il me sera permis d’espérer des secours de l'Empereur, je temporiserai relativement aux propositions de paix que les Français nous ont faites. Vous
ARaÉR PAPALK.
Général en chef.— Colli.
ne pouvez vous former une idée de tout ce qu’on a fait pour m’obliger à répondre à Cacaull. Les uns tâchaient de me persuader par l’espoir de meilleures conditions, les autres par la crainte et par des menaces; mais, toujours constant dans mon opinion, et jalonx de mon honneur, que je croirais offensé en traitant avec les Français, lorsqu’une négociation est entamée avec la cour de Vienne, je ne me suis laissé ni séduire ni intimider, et jusqu'à ce que je m’y voie obligé, je ne changerai pas de parti. Vous ne devez pas douter de la sincérité de ces sentiments.
« Il est pourtant vrai que les Français ont grande envie de conclure la paix avec nous...»
Hupture de V armistice Manifeste de Bonaparte. — Celle dernière phrase, qui semblait encourager la lâcheté et la perfidie, était une erreur. Aux desseins pacifiques avaient succédé des projets légitimes et politiques de vengeance... Bonaparte avait donné à Cacaull, minisire de la République française, l’ordre de quitter Rome. Lannes et Victor, aussitôt après l’affaire de la Favorite, avaient été dirigés sur Bologne ; ce dernier fut même poussé sur Imola. Enfin le 3 du même mois J5 pluviôse an 5, Bonaparte, de sou quartier général de Bologne, fulmina la déclaration suivante, qui annonça à l’Ilalie que le temps des ménagements était passé, et que la fourbe romaine avait poussé à bout la loyauté française.
« Art. 1rr. Le Pape a refusé formellement d’exéruter les articles Bel 9 de l’armistice conclu le 2 messidor â Bologne, sous la médiation de l'Espagne, et ratifié solennellement à Rome, le 27 juin 1796. — Art. 2. La cour de Rome n’a cessé d’armer et d’exciter, par scs manifestes, les peuples à la croisade : ses troupes sc sont approchées de Bologne jusqu’à dix milles, et ont menacé d'envahir cette ville. — Art. 3. La cour de Rome a entamé des négociations hostiles contre la France avec la cour de Vienne, comme le prouvent lis lettres du cardinal Busca et la mission du prélat Albani à Vienne. — Art. 4. Le Pape a confié le commandement de ses troupes à des généraux et officiers autrichiens envoyés par la cour de Vienne. — Art. i>. Le Pape a refusé de répondre aux avances officielle» qui lui ont été faites par le citoyen Cacaull, ministre de <a République française, pour l’ouverture d’une négociation de paix. — Art. 6. Le traité d’armistice a donc été violé et enfreint par la cour de Rome: en conséquence je déclare que l’armistice conclu le 2 messidor, entre la République française et la cour de Rome, est rompu.»
Monument «le Virgile a Mantoue. élevé par 1 armer Française •
Entrer dru F nuirai* À Rome .
Cette rude déclaration fut suivie de la proclamation l suivante:
«L’armée française va entrer sur le territoire du Pape: elle sera fidèle aux maximes qu’elle professe; elle protégera la religion et le peuple. Le soldat français, qui porte d’une main la baïonnette, sûr garant de la victoire, offre de l'autre, aux différentes villes et villages, paix, protection et sûreté... Malheur à ceux qui les dédaigneraient, et qui, de gaîté de cœur, séduits par des hommes profondément hypocrites et scélérats, attireraient dans leurs maisons la guerre et ses horreurs, et la vengeance d'une armée qui a, dans six mois, fait cent mille prisonniers des meilleures troupes de l’Empereur, pris quatre cents pièces de canon, cent dix drapeaux et détruit cinq armées. — Art. Ier. Tout village ou ville où, \ l'approi he de l’armée française, on sonnera le tocsin, sera sur-le-champ brûlé, et les municipaux fusillés. — Art. 2. La commune sur le territoire de laquelle sera assassiné un Français, sera sur-le-champ déclarée en état de guerre; une colonne mobile y sera envoyée; il y sera pris des otages, et il y sera levé une contribution extraordinaire. — Art 3. Tous les prêtres, religieux et miuistres de la religion, sous quelques noms que ce soit, seront protégés et maintenus dans leur état actuel, s'ijs se conduisent selon les principes de l'Évaugile; et s’ils sont les premiers. à les transgresser, ils seront traités militairement et plus sévèrement que les autres citoyens.»
Opinion publique à Home. — Ce langage inaccoutumé fit .1 Rome un effet difficile à décrire; le peuple et les grands furent frappés d'une égale terreur; tous les hommes sages et que n’aveuglaient pas le fanatisme improuvaienl la politique tortueuse et maladroite du gouvernement qui avait espéré cacher ses projets hostiles au moment où il donnait pour chef A ses soldats le Piémontais Colla. — Dans un temps où les foudres du Vatican avaient perdu leur puissance, les armements de la cour de Rouie contre l'année victorieuse de l'Autriche et conquérante de l'Italie paraissaient misérables et ridicules; ils étaient l’objet des pamphlets secrets et de la risée publique. — On faisait dire à Pasquin : Plus Sextus, cunctando perdidit rem.
Et Marforio lui répondait par cet ancien distique fait pour Alexandre VI :
Sextus Tarquinius, Sextus Nero, Sextus et iste : Semper sub Sextis perdita Routa fuit.
«Ces satires qu’avouait la raison, dit un historien contemporain, ne rendaient pas plus raisonnables les conseillers du Saint-Père. » Au lieu de chercher, par une prompte soumission, à conjurer l'orage qui les menaçait, ils se décidèrent à tenter le sort des armes.
Combat de Senio.— Prise de FaPnza, de Forli, etc. — Une division de l'armée papale, forte d'environ 4,000 hommes, avait coupé les ponts du Senio, rivière qui a sa source dans l’Apennin, et va se jeter dans un des bras du Pô en passant entre Faênza et Imola ; elle s’était retranchée soigneusement sur la rive droite, qu’elle avait garnie de canons.— Comme tout le reste
de l'armée, cette division était accompagnée de prêtres et de moines qui contribuaient par leurs exhortations à entretenir l’exaltation des soldats. Les drapeaux avaient été bénits et étaient ornés des images de la Vierge et de plusieurs apûtres. Les soldats avaient juré sur la croix d’étre fidèles à Dieu, au saint-siège et au souverain pontife. Les étendards de la cavalerie portaient la devise fameuse des enseignes du grand Constantin : une croix et ces mots au-dessous : In hoc signo vinces. Ainsi encouragés, entourés d’objets sacrés et qu'ils étaient habitués à respecter, les soldats du pape, auxquels le fanatisme donnait du cou rage,, ne doutaient pas de la victoire.
Le 4 février, la division française, aux ordres de Victor , se mit en mouvement ; le général Lannes commandait l’avant-garde. A son approche du Senio, l'ennemi commença à le canonuer. « Il ordonna aussitôt aux éclaireurs de la légion lombarde d'attaquer les tirailleurs papistes; le chef de brigade Lahoz, commandant la légion lombarde, réunit ses grenadiers, qu'il fil former en colonne serrée pour enlever, baïonnette au bout du fusil, les batteries ennemies. Cette légion, qui voit le feu pour la première fois, s'est couverte de gloire; elle a emporté quatorze pièces de canon sous le feu de 3 ou 4,000 hommes retranchés. Pendant que le feu durait, plusieurs prêtres, un crucifix A U main, prêchaient ces malheureuses troupes. Nousavons pris à l’ennemi , outre les quatorze pièces de canon, huit drapeaux, 1,000 prisonniers , et tué 4 ou 500 hommes.
« Nos troupes se portèrent aussitôt sur Faénza ; elles en trouvèrent les portes fermées; toutes les cloches sonnaient le tocsin, et une populace égarée prétendait en défendre l’entrée; tous les chefs, notamment l'évêque, s’étaient sauvés. Deux ou trois coups de canon enfoncèrent les portes, et nos gens entrèrent au pas de charge. Les lois de la guerre m’autorisaient A mettre cette ville infortunée au pillage ; mais comment se résoudre A punir aussi sévèrement toute une ville pour le crime de quelques prêtres! J'ai envoyé chez eux 50 officiers que j’avais faits prisonniers, pour qu’ils allassent éclairer leurs compatriotes et leur faire sentir le danger qu’une extravagance pareille A celle-ci leur faisait courir. J'ai fait ce matin venir tous les moines , tous les prêtres; je les ai rappelés aux principes de l’Évangile, et j’ai employé toute l’influence que peuvent avoir la raison et la nécessité pour les engager à se bien conduire : ils m’ont paru animés de bons principes. — J’ai envoyé à Ravennes le général des Camaldules pour éclairer cette ville, et A Cesenne, patrie du pape actuel , le père dom Ignacio, prieur des bénédictins *. »
Cette campagne de la Romagne ne devait être ni longue ni sanglante. Un enthousiasme général accueillait parlout les Français, qui, du 4 au 7 février, occupèrent Forli, Cesenne et tous les postes intermédiaires.— Les hommes exaltés se reportaient au temps de rancieune Rome, qu’ils espéraient voir renatlie dans une nouvelle république.
Les coulemporains s’étonnent tous de ce qu’alors h* Directoire n’ait pas consenti à renverser le gouverne- > Rapport du général en cbef.
méat pontifical, comme il lui était si facile de le faire, et comme il le fit i '.innée suivante , poussé à bout , il est vrai, par les violences exercées contre l'ambassadeur français, et par l'assassinat du général Dupbot.
Occupatiofi d’.Ihcône. — Poursuivant sa marche , conformément S ses instructions, Bonaparte ne rencontra aucun obstacle de Faénza jusqu'à Aucône, où il ârriva le 9 février, l’n corps de 1 ,200 hommes s'était posté sur les hauteurs en avant de eette ville dans l’espoir d’y arrêter le* Français. Le général Victor forma sa troupe en trois colonnes , et favorisé par quelques accidents de terrain, enveloppa complètement la milice papale et la prit tout entière sans brûler une seule amorce.
Ancône ouvrit ses portes, et les Français y entrèrent; ils trouvèrent dans la citadelle cent vingt bouches â feu, un arsenal bien approvisionné et trois mille fusils neufs que l'Empereur venait d’envoyer au Pape. Les officiers furent renvoyés chez eux sous serment de fie plus servir. La possession d’Ancône, seul porl qui existe sur l’Adriatique depuis Venise, et duquel on peut, en vingt-quatre heures, sc rendre en Albanie, était très important pour la correspondance de la France avec Constantinople.
Modération du général en chef. — Mesures en faveur des préires français réfugiés en Italie. — Nous avons vu, par les traitements si différents qu’il fit subir aux villes de Lugoet de Faënza, toutes deux dans un état pareil de rébellion, combien Bonaparte était pénétré de celle maxime des hommes d’Élat : que ce n’est pas le cœur , mais la léle qui doit régner . il donna une nouvelle preuve de sa politique modérée dans la manière dont il traita les prêtres réfractaires réfugiés eu Italie.— Malgré le coup violent que la révolution française avait porté au culte catholique, le général en chef concevait quelle influence les sentiments religieux ont sur le» peuples, et dans un sage esprit de tolérance et d’avenir, il employa d'honorables moyens pour se concilier l'affection de ces prêtres que la république conventionnelle avait persécutés avec fureur.
On sait qu’une loi rendue A une dos époque* de crise révolutionnaire avait condamné A la déportation tous les prêtres réfractaires. Un grand nombre d’entre eux avait naturellement cherché un refuge dans les Étals du Pape, tjuand les victoires des armées françaises vinrent les atteindre dans cet asile oh ils s’étaient crus en sûreté, ils furent en proie aux plus vives alarmes. Ils étaient mieux que d’autres A portée de comprendre combien les troupes républicaines devaient être irritées contre le clergé d’Italie. Après l’occupation d’Ancône, ou d’eux, presque désespéré, se présenta devant le général en chef, et hors de lui, se croyant privé de toutes ressources et sans espoir d’obtenir aucun pardon, il demanda qu’on le fit fusiller. Bonaparte lui parla avec bonté, et lui dit, pour calmer ses craintes, que trouvant en lui un homme qui avait respecté la loi en s’y soumettant, il allait pourvoir A sa sûreté et A sa subsistance. Trop juste en même temps pour prendre une mesure unique et personnelle seulement A cet ecclésiastique , il voulut étendre sa protection sur tous
ces malheureux Français, et publia la proclamation suivante :
u La loi de la Convention nationale , sur la déportation , défend aux pTêlres réfractaires de rentrer sur le territoire de la République française, mais non pas de rester sur le territoire conquis par les armées françaises. La loi laisse au gouvernement français la faculté de prendre sur cet objet les mesures que les circonstances peuvent exiger. Le général en chef , satisfait de la conduite des prêtres réfractaires réfugiés en Italie, ordonne ce qui suit : Les prêtres réfractaires soûl autorisés à rester dans les États du Pape, conquis par l araiée française. Il est défendu, sous les peines les plus sévère* > aux individu* de l’armée, aux habitants, prêtres onU religieux du pays , de molester, sous quelque litre que ce soit , les prêtres réfractaires. Les prêtres réfractaires seront mis en subsistance dans différents couvents, où il leur sera accordé, par les supérieurs, le logement, la nourriture, la lumière et le feu... Le général en chef verra avec plaisir ce que les évêques et autres prêtres charitables feront pour améliorer le sort des prêtres déportés. »
Marche sur Macerata. — Prise de LoreUe. — Une colonne mobile, réunie A Tortone, s’était dirigée par Sienne, sur Foligno, où elle devait se réunir à celle que le général Victor conduisait dans les États du Pape, par la Homagne. En conséquence , Victor marcha sur Macerata, petite ville A huit lieues d’Ancône, à quarante lieues de Borne, et chef-lieu de la province du même nom r Macerata) , que l’on appelle plus communément Marche d’Ancône, et qui est une des plOs belles et des plus riches des États du Pape.
Le général Victor était précédé par un aide de camp de Bonaparte, le chef de brigade Marmont, qui, pendant la nuit du 9 au 10 février, se porta en toute hAtê sur Lorette, où il comptait arriver avant que l’on eût eu le temps d’en enlever les trésors que la piété de plusieurs siècles y avait accumulés. Malgré sa diligence1, Colli l’avait prévenu et en avait retiré la ploè grande partie. Marmont y trouva néanmoins encore des matières d’or et d’argent , pour une valeur d’on million, outre les reliques vénérées qui avaient valu tant de richesses A cette église. Os reliques furent envoyées A Paris, par la commission des Arts, qui parcourait l'Italie à la suite de Bonaparte. La pins Importante était la fameuse madone * statue en bois assez grossièrement travaillée. La tradition prétend que cette statue, représentant la vierge Marie , ainsi que la casa ou chapelle qui la renfermait, avait été apportée de Judée en Italie, par des anges. Transportée à Paris , la madone y fut conservée jusqu'en 1802. Alors , après le concordai, Bonaparte la rendit au pape Pic VII, qui la fit replacer en grande pompe dans la chapelle de LoreUe, oû elle est encore aujourd hui l’objet de la vénération des fidèles.
L’envoi de cette madone à Paris était une pure fantaisie de la commission des arts, A laquelle Bonaparte voulut bien se prêter , car puisqu'on laissait à Rome, son pape, on pouvait bien laisser A LoreUe, sa madone.
Occupation de Macéra ta et de Foligno. — Victor avait poursuivi ta marche sur Maccrata, où il arriva le 14. Sa division remonta ensuite la valide de Chieoti par Tolentino et Camerino, pour traverser la chaîne des Apennins et gagner Foligno, où elle devait se n'unir à la colonue mobile partie de Sienne. Les Français se trouvèrent ainsi le 18 maîtres de la Romagnc, du duché d’I’rbin, de la Marche d’Ancônc, de rOnibrîo et des petites provinces de Peruvia et de Camerino.
✓ alliance avec la répub/àjue de Saint-Marin. — Il ftislail encore sur un poiut de la péninsule italienne, ■ comme en parodie de l’ancienne république romaine, Tin petit coiu de terre où s’était conservé au moins nominalement une forme de gouvernement semblable â celui qui avait rendu l’ancienne Rome maîtresse du monde; vrai peuple de Parias, d’ailleurs, au milieu de tant de hautes et insolentes aristocraties qui l’humiliaient, le pressaient de tous côtés et semblaient ne lui conserver l'existence que comme pour servir d'ombre au tableau que formait le reste de l'Italie. C’était la petite république de Saint-Marin, enclavée dans le duché d’Urbin.
Bonaparte, en traversant ce duché, députa vert les magistrats de Saint- Mar in, Monge, membre de la commission des arts, et le chargea d’élrc l’interprète de la considération qu’avait pour leur petite république la grande république française.
Il serait difficile de décrire l’effet produit sur les représentants de la république de Saint-Marin par cette marque d’estime d'un général qui venait déjà de renverser ou d’avilir tant d’orgueilleuses et insolentes principautés. « Nous ne regardons que comme un songe, disaient-ils naïvement, l'instant où nous vous avous vu arriver. C’est la première fois que nous avons reçu un tel honneur, que votre pation seule pouvait nous faire. »
Il convient néanmoins de faire remarquer que malgré l’espèce d'enivrement qu’excita parmi les magistrats de Saint-Marin la bienveillance inattendue du conquérant de l'Italie, la petite république fut assez sage pour refuser uu agrandissement de territoire que lui proposait Bonaparte. Modérée dans ses désirs, elle se borna a resserrer avec la France ses rapports commerciaux, ù conclure un traité qui assurât son existence politique , et un marché pour obtenir le libre passage des grains dont elle avait besoin. Cette modération fut appréciée : le général en chef se montra constamment rempli de la plus extrême bienveillance pour la république; lors de son retour de Tolentino, Il lui fit présent, entre autres objets, de quatre pièces de canon, il exempta de toutes contributions les propriétés de ses citoyens dans la Romagne, et lui fit délivrer gratuitement une provision de blé dont elle demandait à faire l’achat.
Premières ouvertures pour la paix. — Lettres de Bonaparte et de Pie VL — Les États du Pape étaient en grande partie conquis; il ne restait plug à occuper que la Sabine, le patrimoine de saint Pierre et la campagne de Home. Vainement dans de ridicules manifestes de guerre la cour de Rome avait-elle promis à
I ses soldats l'assistance active des apôtres saint Pierre et saint Paul; vainement avait -elle répété Rouvent « que quoique l’armée papale fût pour les incrédule» un objet de mépris et de risée, elle aurait toute la vigueur et la puissance nécessaire pour remplir les vœux publics. » Le temps des miracles était passé.
Bonaparte désirait toutefois ne pas trop s’éloigner du centre de scs principales opérations et de la ligne de la Urenla; il profita d'une ouverture du cardinal Mattéi, dont il connaissait l’esprit doux et conciliant, pour faire à ce prélat une réponse qui produisit beaucoup d'effet sur les cardinaux de l'intimité du Saint--*" | Père. Celte réponse était digne et modérée, propre â faire réfléchir une cour de prêtres habiles. Le passage suivant leur prouvait combien Bonaparte était étranger aux sentiments de haine que tant d'autres affcctaient alors pour la religion et se» ministres, et surtout combien il était disposé à s'appuyer sur l’influence % que pouvait lui donner le clergé. « Il reste encore k sa sainteté, disait-il, un dernier espoir de sauver ses États, eu prenant plus de confiance dans la générosité de la République française, et en se livrant promptement et tout entier à des négociations pacifiques. Je sais que S. S. a été trompée. Je veux bien prouver encore à l’Europe la modération du Directoire français, accordant au Pape cinq jours pour envoyer un agent muni de pleins pouvoirs, qui se rendra à Foligno, où je me trouverai, et où je désire pouvoir contribuer en mon particulier à donner une preuve éclatante de la considération que j’ai pour le saint-siège. »
Cependant la terreur était dans Rome. Tous ceux qui s'étaient trop ouvertement déclarés contre les Français en redoutaient alors l’approche, et une foule d'habitants, surtout de prêtres et de moines, se hâtaient d’éviter par la fuite la colère du vainqueur qu’ils supposaient devoir être irrité. La famille du Pape, les princes romains faisaient charger leurs richesses mobilières sur des chariots qu’ils faisaient partir pendant la nuit pour Naples; car le peuple de Rome, s'il eût été instruit de ces précautions désespérées, se serait opposé à leur départ. Les pays qu’avait traversés l’armée d’Italie, comptant sur sa marche ultérieure vers Rome et sur l’abolition du gouvernement sacerdotal, proclamaient leur tndépeudance, et s’organisaient pour la liberté.
Le Pape reconnut enfin l’abîme où l’entraînaient des conseillers maladroits et fanatiques. Devenu humble par nécessité, il se résigna â subir la loi du vainqueur, et pour sauver ce qui lui restait, fit plus de sacrifices qu’on ne lui en avait d'abord demandés.— Ce fut dans cette vue qu’il écrivit à Bonaparte.
« Cher fils,
<r Salut et bénédiction apostolique.
« Désirant terminer à l’amiable nos différons actuels avec la République française, parla retraite des troupes que vous commandez , nous envoyons et députons vers vous, comme nos plénipotentiaires, deux ecclésiastiques , M. le cardinal Mattéi , parfaitement connu de vous, et monseigneur Galeppi ,et deux séculiers, le duc don Louis Braschi, notre neveu, et le marquis Camille Massimo, lesquels sont revêtus de nos pleins
pouvoirs , pour concerter avec vous , promettre et souscrire telles conditions que nous espérons justes et raisonnables, nous obligeant, sous notre foi et parole, de les approuver et ratifier en forme spéciale, afin qu'elles soient valides et inviolables en tous temps. As* suré des sentiments de bienveillance que vous nous avez manifestés, nous nous sommes abstenus de tout déplacement de Rome, et par- là vous serez persuadé combien grande est notre confiance en vous. Nous finissons en vous assurant de notre plus grande estime, et en vous donnant la paternelle bénédiction apostolique.
« A Saint-Pierre de Rome , le 12 février 1797, l’an xxn41 de notre pontificat. Put VI. »
Traité de Tolentino. — Bonaparte avait porté son quartier général i Tolentino. Ce fut là qu’il reçut les envoyés du Pape. Dans l’état où étaient les choses, il l'agissait bien moins, pour ces derniers, de discuter un traité que de souscrire une capitulation. Aussi la paix fut-elle conclue le 19 février, aux conditions que le générai français voulut dicter.
Voici en quels termes ce traité du 19 fut annoncé par Mattéi , au secrétaire d’État , cardinal Busca : «Les conditions sont très dures et semblables en tout à la capitulation d’une place assiégée. J’ai palpité, tremblé jusqu’à présent, pour S. 8., pour Rome et pour tout l’État. Rome cependant est sauvée ainsi que la religion, malgré les très grands sacrifices qu’on a faits. »
Le sacré collège , quoique sans aucun moyen de défense, voulut s’opposer à la signature du traité, et refusa même de le sanctionner. Le Pape, indigné d’une opposition aussi imprudente, qui pouvait entraîner la perte de l’église et la ruine de Rome, assembla le peuple et lui annonça lui-mème, au milieu d’unanimes acclamations, ce qu’il venait de faire pour la paix.
Par le traité, le Pape s’obligea à renoncer à toute alliance avec les puissances en guerre avec la France ; à leur fermer ses ports et à licenwer ses nouvelles levées; il céda Avignon et le Oomtat Venaissin, renonça aux légations de Bologne et de Ferrare, ainsi qu’à la Komagne, et consentit à l’occupation d'Ancône , jusqu’à la paix générale. Il s’obligea en outre à livrer; pomme tribut de guerre , un grand nombre d’objets d’arts , de statues antiques et de tableaux de grands maîtres; à payer sur-lc-champ trente millions, au lieu de seize qui étaient dus sur les sommes imposées par
l’armistice, à désavouer solennellement le meurtre de Bassville, et à payer 300.000 francs, à titre de dédommagement, à la famille du ministre assassiné. Ce trailé était plus onéreux que celui de Bologne. Il coûtait de plus, au Pape, quatorze millions et une belle province , pour avoir eu des conseillers qui n’avaient su faire en temps utile, ni la paix , ni la guerre.
Réflexions sur la campagne d’Italie. — « Le traité de Tolentino termina, dit Jomini , une campagne justement célèbre, dans laquelle une poignée de bravfc fit changer la fare de l’Italie, et ébranla jusque daifl scs fondements la première monarchie de l’Europe. ^
« On trouve les causes premières de ers exploils dans une constante application des principes; dans une habile multiplication des masses agissantes ; dans leur direction permanente vers les points décisifs : et dans l’art avec lequel Bonaparte conduisit les hommes, et sut stimuler en eux la valeur par l'exaltation du moral/ F.n méditant sur chacune des périodes de celte campagne, poorrait-on méconnaître l’habileté des combinaisons qui lui procurèrent la victoire à Monlenotle; la sagacité qu’il montra dans ses négociations avec la cour de Turin ; le coup d’œil rapide qui sauva son année à Lonato et à Castiglione; l’impétuosité avec laquelle il accabla Wurmser à Bassano ; enfin l’audace et le sang-froid avec lesquels il combattit à Bivoli ?
« Nous ne reviendrons pas sur les fautes échappées à ses adversaires, elles procèdent toutes de l’oubli des principes fondamentaux de l’art de la guerre. On aurait tort d'imputer les revers des années impériales au manque de bravoure des troupes autrichiennes : généraux , officiers et soldats , firent leur devoir dans toutes les occasions; ils auraient conservé l’Italie si ces efforts eussent été mieux dirigés.
« Quoi qu’il en soit, cette campagne commencée avec si peu de moyens amena la dissolution de l'alliance entre l’Autricbe, la Sardaigne, Naples et le Pape, assura la conquête de l’Italie septentrionale, et procura à l’armée française le Mincio pour base d'opérations.
« Elle fut , sous le rapport de l’art militaire , la plus remarquable de cette première guerre. C’est de cette époque que date en effet le grand développement de fa stratégie, dont Gustave- Adolphe, Turennc, Malborough et Frédéric , posèrent les premiers principes , mais dont Bonaparte étendit les combinaisons , en prouvant sa supériorité sur la tactique. »
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
3 fStrirr. Rupture de l’armistice. — Occupation d’Imola.
4 — Combat de Senio.
Prise de Faenza.
5 — Prise de Forli.
6 — Occupation de Cesèoe.
9 — Occupation d'Ancône.
tO février. Occupation de Lorelte.
12 — Alliance avec la république de Saint-Marin.
Dltre du Pape au général Bonaparte.
14 — Occupation de Maceralal 18 — Occupation de Foligno.
Il) — Traité de paix de Tolentino.
A. HUGO
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