ÉVÉNEMENS DANS LES COLONIES. — OPÉRATIONS MARITIMES
SOMMAIRE
lies du Fera. — Vtolor lluffuci à U (Guadeloupe. — Armée d'un* Mdre frinçaise. — Insottedlon générale de» lie» française* omipér* par le» Angla ». — RrpnK de Sainte- Lue» par le» iraocais. — TcoUtm infraclueuae à la Martinique, à Salnt-Vincmt , à U Grenade, à la Dominique. — Reprise de Saint-Kuslache rt de Saint Martin. — Pria* d’un camp retranché a la Jamaïque. — La Guadeloupe eu 1706 et 1707. — Repriac de Na lu te- lame par In Anglais. ~ fie Saint-Donunfuc. — Situation en 179S. — Toussaint Louvertur*. — Attaque île Port-au-Prince par Rigaad. — Altaque rt combat de Léogane. — Trouble» du Cap.— Villaie. — Retour de Santhooaï arre d’auire» commissaires rt Ici généraux Ik-ifuurnrauï et Rotbainbeau. - Hrnroi de Rochambeau eo > rance. —Océan indien. — lies de K rame rt de Bourbou en 1796 rt 1797 — Robert Suroeuf - Escadre de Sercey envoyée dans l'Inde. — Opérations maritimes. — Beau combat de la frégate ta Firginie. — Croisière de l'amiral Rlebery à Terre- No tire, etc.— Prise et reprise de la frégate ta Festale. — Bataille nasale du cap SaiM- Vuwcnt. — Altaque de Sanla Lruz de Ténértfffe. — Bataille navale de Camperduyu.
Iiss dv vent. — - Victor Hugues à ta Guadeloupe . — Après la reprise de la Guadeloupe et Peipulsion totale des Anglais * , Victor Hugues qui avait aussi délivré Marie-Galante et la Désirade, établit dans ces Iles un gouvernement fort et despotique, terrible pour ceux sur lesquels il pesait, mais admirablement combiné pour résister aul efforts d’un ennemi acharné et qui, à défaut de la force ouverte, savait employer la ruse, la séduction et ia perfidie. Blancs, soirs, mulâtres, tous les habitants de la colonie durent subir indistinctement les volontés du commissaire conventionnel. Cet homme audacieux et inflexible ne connaissait aucun obstacle. Indifférent au choix des moyens, le but qu’il se proposait était tout pour lui. Grâce à sa terrible sévérité, les intrigues des Anglais cessèrent â la Guadeloupe; aucun de leurs émissaires n’aurait osé s’y montrer.
Une armée de 10,000 colons fut organisée pour la défense de rile,dont les côtes se hérissèrent de batteries qui assurèrent le cabotage en dépit des croisières euucmies. Ce fut surtout à la destruction du commerce britannique que Victor Hugues fit servir l’inquiète activité des babilanls de l’Ile; malgré les quarante vaisseaux et frégates qui couvraient la mer des Antilles, des corsaires intrépides, montés sur des frêles bâtiments, non pontés prirent ou brûlèrent en quelques mois plut de cent cinquante vaisseaux marchands anglais. L’ennemi , frémissant au seul nom de Hugues, avait perdu jusqu'à l'idée de tenter une nouvelle invasion â la Guadeloupe, qui , devenue à la fois militaire, agricole, et se suffisant â elle-même , se faisait partout respecter au dehors, et jouissait intérieurement des richesses que les prises de Res corsaires lui procuraient, ecdu calme que le terrible commissaire faisait régner.
Arrivée d’une escadre française. — La Convention avait confirmée tous les actes de Victor Hugues. Une division partie de Brest sous les ordres du contre-amiral Lessctgues porta â la Guadeloupe des troupes, des armes, des munitions, et deux nouveaux commissaires, Goyrand, destiné pour Sainte-Lucie, et Lebas.qui devait j>a riager avec Hugues l’administration de la Guadeloupe.
Insurrection générale des lies françaises occupées par les Anglais. — Les forces dont Hugues pouvait disposer étaient trop faibles pour qu’il pût chasser les Anglais des autres Iles qu’ils avaient enlevées A la France. Il chercha à engager les habitants â secouer le joug britannique. De» agents secrets et intelligents
« Tome I , page 286.
T. II
furent envoyés à Sainte-Lucie t à Saint-Vincent, â ta Grenade, etc. Le commissaire conventionnel dirigea en même temps sur ces divers points des secours de tou le espèce pour y fomenter et y entretenir l'insurrection.
Le mouvement éclata simultanément au printemps de 1795, dans toutes les colonies françaises occupées par les Anglais.
Reprise de Sainte -Lucie par les Français. — Le parti français s’était maintenu à Sainte-Lucie contre les Anglais par une guerre de partisans. Il était sur le point de succomber lorsqu'il fut rejoint par Goyrand, accompagné de quelques troupes qui avaient été assez heureuses pour échapper avec lui aux croisières anglaises, on attaqua aussitôt l'ennemi le 22 avril, et après lui avoir mis 700 hommes hors de combat , on le força â se renfermer dans k fort inexpugnable du Morue-For Luné* Revenus de leur première surprise, les Anglais firent une sortie, et jetèrent d'abord quelquedésord redans lea rang» français-, mais, ralliés à la voix de Goyrand , qui combattaitâ leur tête, les Colons repoussèrent l’ennemi dans le fort, et restèrent définitivement maîtres du champ de bataille. Après un blocus de deux mois, les Anglais ayant vu enlever d'assaut le fort du Gros-llet et d’autres postes extérieures , n’osèrent plus se confier à la force du Morne-Fortuné, et, quoique loin encore d’être réduits à la dernière extrémité, l'évacuèrent dans la nuit du 18 juin, et cherchèrent un refuge sur Ica vaisseaux de leur escadre, abandonnant leurs femmes et leurs enfanta â la discrétion des vainqueurs. — Lrt colons se montrèrent généreux, et, au lieu de faire peser les maux de la guerre sur des familles infortunées, ils les renvoyèrent trois jour» après â l’escadre —Goyrand maître de Sainte-Lucie, établit dans celle colonie uns administration douce et bienfaisante, qui le fil généra*ieraeot chérir, bien différent en cela de Hugurs et de Lebas , dont le pouvoir sans limites ne se maintenait à la Guadeloupe que par la terreur.
Tentative Infructueuse à la Martinique , à Saintt'incent, à la Grenade, ri la Dominique. — Le même succès n'avait pas couronné loutes les tentatives d’aPfrancbis8ement qui avaient eu lieu dans les Antilles françaises. Ainsi , à la Martinique, 300 Français insurgés, après avoir remplacé le» couleurs britanniques par le pavillon tricolore, n’ayant pas trouvé d’appui dans la population, se battirent jusqu’à la dernière extrémité, aimant mieux mourir les armes à la main que sur un gibet Ils furent tous massacré».
À Saint-Vincent, les Caraïbes s’unirent aux Français, leurs anciens amis. Les Anglais avaient pris et mis à mort un de leurs chefs; ces sauvages vindicatifs massacrèrent impitoyablement tous les Anglais qui leur tombèrent sous la main. Ils succombèrent cependant, et ceux-ci usèrent envers eux de larges représailles; tous ceux qui restaient furent déportés dans la petite lie Bonaire, à l'est de Curaçao.
Hugues avait fait passer à la Grenade un petit corps d’élite qui , secondé par les noirs et les hommes de couleur, attaqua les Anglais et les défit dans divers combats. Les Anglais ayant néanmoins reçu des renforts, contraignirent les Français ô se retirer dans les mornes, forteresses naturelles presque inabordables, et d’où ceux-ci continuèrent à braver impunément tous les efforts des milices britanniques.
La Dominiqere fut 3ussi attaquée sans succès par des troupes venues de la Guadeloupe, auxquelles se joignirent des Noirs marrons et d'anciens habitants français.
Reprise de Saint- Eustache et de Saint-Martin. — Lrs fies de Sainl-Eustache et de Saint-Martin reprises aux Anglais, furent restituées à la Hollande, sauf la partie française de Saint-Martin.
Prise d’un camp retranché à la Jamaïque. — D verses expéditions parties A la même époque de la Guadeloupe portaient la terreur sur tous les points de l’archipel des Antilles occupés par les Anglais. A la Jamaïque même, quelques détachements républicains débarquèreut, poursuivirent les troupes britanniques jusque sous les murs de Kingstown,ct leur enlevèrent uu camp retranché parfaitement fortifié.
«L’attaque, dit une relation Anglaise, fut opérée par un petit corps de Français débarqués pendant la nuit à peu de distance du camp. Ils l’assaillirent par la gauche, où une batterie fut d'abord enlevée par surprise, succès qui fut dû A la rare intrépidité d’un officier qui s'approcha seul, en silence, du rempart, tua à coup de poignard 1rs deux premiers factionnaires qu’il rencontra, en abattit d’un coup de pistolet un troisième posté sur l’épaulrmcnt, et sauta au même instant dans la batterie par une embrasure. Ses soldats, qui le suivaient à peu de distance, y pénétrèrent après lui et firent main basse sur tout ce qu’ils rencontrèrent. Les autres batteries furent emportées avec la même rapidité, et le camp enlevé d’assaut. Les Français s’emparèrent de toute l’artillerie qui armait les batteries et de douze pièces de campagne.»
La Guadeloupe en 1790 et 1797. — Reprise de Sainte- iMcie par tes .Inglais.—L* fortune ne se montra pas favorable aux Français pendant l’année 1796.— La Guadeloupe continua b la vérité à sc maintenir sur le pied d’une redoutable défense. Le contre-amiral Lesseiguescnleva au vent de laBarbade,avec sa petite escadre, quinze convois chargés d’armes, de vivres, etc., et de 700 soldats; mais la France n’envoyait pas de secours aux Antilles, et Hugues s’occupant alors, ainsi que son collègue, beaucoup plus d’opérations commerciales que d’affaires militaires , on perdit le fruit des pré-
cédents succès. Une expédition anglaise dont les forces s’élevaient à 20,000 hommes s’était réunie à la Barbade sous le commandement du général Àbercrombie,
Cette expédition mit à la voile en avril, et attaqua SainteJLucie. Les 1,500 Français qui défendaient cette colonie montrèrent, peudant un mois que dura la défense, l’intrépidité et le dévouement le plus admirable; mais l’ennemi, par son immense supériorité numérique, l’emporta, et Goyrand fut contraint de capituler. Le . mal qu’il avait néanmoins fait aux Anglais, en les retenant un mois dans les parages malsains de Sainte- Lucie, où la fièvre jaune exerçait de grauds ravages, les empêcha de rien tenter contre la Guadeloupe.
A la même époque le général Nicbols soumettait la Grenade, sauf quelques postes inexpugnables où un petit nombre d’insurgés continuèrent à se défendre.
Dans l’année 1797 les événements militaires n'eurent aucune importance à la Guadeloupe, dont les corsaire* continuèrent néanmoins à inquiéter vivement le commerce anglais. *
Ils sxixT-DOMr *czw. — Situation en 1795. — Voici quelle était à la fin de 1794, après la défaite des Anglais âTiburon,la situation de Saint-Domingue. Rigaud commandait dans le sud, Lavaux dans le nord. Ces deux généraux , hommes de couleur, étaient vivement secondés par les bandes noires de Toussaint-Louverture, qui paraissait alors avoir embrassé sincèrement le parti des Français. Leurs efforts réunis avaient rétabli une apparence de calme dans la colonie après le départ de Santhonax pour la France. Ils étaient parvenus A arrêter complètement les succès de l’ennemi.
La France ne possédait plus dans le nord de l’Ileque le port de Paix, récemment défendu par Lavaux avec tant d’intrépidité, le canton du Cap et IcsGonatves, où commandait Toussainl-Louverture.
Toussaint-Louverture. — Le traité de Bôle ayant cédé J la République la partie espagnole, les incursions de Jean-François cessèrent, et dès lors ce général noir quitta Saint-Domingue avec ses principaux officier*.
Toussaint délivré de ce rival , devint l’unique chef des Noirs , et ne tarda pasâ attirer à lui les troupes licenciées par Jean-François. Lavaux comprit de quelle utilité pouvait être un tel auxiliaire. Aidé par lui, U réoccupa aussitôt la province du nord, à l’exception du môle Saint-Nicolas, et il put ensuite diriger tous ses efforts contre la partie de l’ouest que les Anglais avaient envahie. Ceux-ci vivement attaqués furent rejetés sur Saint-Marc, après avoir été expulsés des sources de l’Arlibouite. Toussaint s’établit sur l’Estber,* la Petite- Rivière et aux Serreltes.
Ce chef, qui portait une haine profonde aux Anglais, et & qui nul moyen ne répugnait pour se défaire de ses ennemis, tendit, sous forme de négociation , une embûche au brigadier Brisbane, qui était pour lui l’objet d’une inimitié personnelle, et qu’il eût désiré offrir comme prisonnier aux commissaires nouveaux que
» Dan» la meme année , te 18 Wrrter, lot Anglais enlevèrent a« Espagnol» la belle Ile de la Trinité. — Une tcnlaUve faite te 17 arril , par Abcivrombie contre l’orto Itioco, une de» Antilles espagnole* , tVhoua complètement.
l’on attendait de France. Brisbane, tout en se défiant I de Toussaint, crut devoir suivre une négociation qu’on présentait comme devant lui livrer les Gonaîves et les autres places occupées par les troupes du chef noir. Mais i l'entrevue il se fit remplacer par un colon émigré qui commandait à Saint-Marc, et qui se présenta devant Toussaint, escorté d'hommes de couleur en uniforme anglais. Connaissant l’avarice du chef ■oir, le colon débuta par lui offrir de l'argent. Toussaint était vivement piqué de voir un subalterne au lieu du chef qu'il attendait: il affecta la plus vive indignation contre l’officier corrupteur, le fit arrêter, ainsi que ceux qui l'accompagnaient. Tous furent immédiatement traduits devant une commission militaire, qui les condamna à mort, pour avoir voulu , disait le jugement , corrompre le vertueux général noir. Quelques jours après le brigadier Bnsbanc fut tué dans un combat.
Une attaque de Saint-Marc queToussainl, d'après les ordres de Lavaux, tenta ensuite , n'eut aucun succès.
Attaque de Port-au-Prince par Rigaud. — Dans le même temps Rigaud, instruit que le parti républicain avait fait de grands progrès â Port-au-Prince, rassembla ses troupes pour lui porter secours, et alla mettre le siège devant cette place. Les opérations furent d’abord dirigées contre le fort Bizotou; mais après quarante jours d’attaques multipliées sans résultat , Rigaud, qui avait fait une grande et inutile consommation de poudre, se vit contraint d'abandonner le siège. .Su retraite fut funeste au parti qu’il avait voulu secourir. Les Anglais fusillèrent 60 blancs ou mulâtres k Port-au-Prince, et 120 à l’Arcahaye.
Attaque et combat de Léogane. — Harcelés sur tous les points, et souffrant beaucoup de la fièvre jaune, les ennemis se bornaient k garder la défensive dans les ports les plus importants, sans essayer d'incursions dans l’intérieur de l'Ile. Cette circonstance décida Rigaud k ramener les Noirs k la culture des terres, comme étant l'indispensable moyen de soutenir la guerre et lenr liberté. Ce général avait peu de rapports avec Lavaux , auquel il reprochait la faveur illimitée qu’il accordait aux Nègres. Tous deux ne s’entendaient que sur un point, la haine contre les Anglais.
Cependant ceux-ci , après avoir inutilement cherché k troubler par leurs intrigues la partie sud de l’Ile, crurent pouvoir, à l’aide de quelques renforts qui leur étaient survenus, la réduire par la force. Leur confiance t’était accrue par la tentative infructueuse sur lePwrtau-Prince.
Ils songèrent eux-mêmes à prendre Léogane. Il fut décidé que cette place serait attaquée à la fois par terre et par mer. L'amiral Parker parut le 22 décembre dans la rade de Léogane, avec une escadrille composée de transports qu’escorlaient trois vaisseaux et deux frégates, le tout portant 3,000 hommes de débarquement. Ces troupes furent mises à terre. Elles se composaient de 1,500 soldats britanniques aux ordres du général Bower,et de 1,500 colons émigrés organisés en légion. Avant le débarquement, les Anglais sciaient
d’abord ménagé des intelligences avec Dieudonné et Pompée, chefs noirs occupant différentes parties du territoire où commandait Rigaud; mais leurs intrigurs avaient été découvertes, et les traîtres avaient été livré» aux autorités constituées par les Noirs mêmes , qu’il» voulaient entraîner à l'insurrection.
Pendant que 3,000 hommes débarqués investissaient la place, les vaisseaux de guerre , embossés k petite portée, faisaient un feu terrible contre le fort Ça-ira. Les mulâtres qui en formaient la garnison ripostèrent avec une telle vivacité, que l'escadre anglaise, après plusieurs heures d’attaque, fut obligée de sc retirer en coupant ses câbles, afin de n'étre pas incendiée ou coulée. Les troupes de terre ne désespérant pas encore de la réussite, profitèrent de la nuit pour élever une batterie très près de la place. On ne s’y opposa pas; mais les assiégeants s’aperçurent le matin, â leur grande douleur, que le feu de la ville foudroyait le terrain derrière la batterie, de sorte qu’ils ne pouvaient ni fuir ni être secourus sans passer à travers la mitraille des batteries françaises. Les assiégés voyant cette position critique firent une sortie; les Anglais épouvantés prirent U fuite: un grand nombre tomba sous le feu des remparts, le reste fut percé par les baïonnettes des braves mulâtres. Quelques-uns se rembarquèrent en désordre, ou gagnèrent par terre le Port-au-Prince, abandonnant l'artillerie qui avait été débarquée.
L’heureuse issue de ce combat décida Rigaud à reprendre l’offensive. Les ravages de la fièvre jauf-e avaient, dans i’bivernage de cette année, réduit à moitié le nombre des soldats anglais; leurs chefs attendaient impatiemment des renforts,— L’Amirauté avait en Angleterre ordonné deux armements pour les AoUller. L’un, parti en novembre avec 6.000 hommes aux ordres de l’amiral Christian, fut tellement maltraité par une tempête que les bâtiments de guerre rentrèrent à Spitbead , laissant 200 transports errer dans toutes les directions, â la merci des croiseurs républicains. L'autre s’apprêtait à Cork, en Irlande, et devait porter aux Indes Occidentales des renforts plus considérables que ceux qui avaient été embarqués sur l’escadre de Christian.
Troubles du Cap. — Villale. — Quoique les éléments de discorde qui avaient mis Saint-Domingue en ftu existassent toujours, et que les partis ne cessassent d’être en présence , chacun sentait le besoin d’ordre et de repos pour réparer les perles communes; quelques turbulents seuls étaient toujours disposés â fomenter les troubles civils pour en profiter. De ce nombre était un mulâtre nommé Villate, que Lavaux avait nommé commandant du Cap , à cause de soq extrême bravoure. 11 appartenait â cette classe riche des hommes de couleur qui s’étaieut d’abord montrés partisans enthousiastes de la Révolution , dans l’espoir de marcher de niveau avec les Blancs, et qui en devinrent irréconciliables ennemis quand ils virent que l'égalité qu’ils réclamaient pour eux allait être aussi le partage des Noirs. Effrayé de l’ascendant que Lavaux laissait prendre aux Noirs deToussaiut, Villate résolut de I profiler de sa position au Cap pour s’emparer de Paqi
tarifé souveraine. Il « flatta d’y parvenir, en faisant arrêter le 20 mars le général Lavant et l’ordonnatenr Perroud, qui administrait le nord de 111e. L’arrestation de ces deux chefs supérieurs fut suivie de nombreux désordres, du désarmement et de l'arrestation de tous les Blancs, qui furent renfermés dans la grande caserne.
Toussaint, corn me tous les Noirs, détestait beaucoup plus les Mulâtres que les Blancs; il comprit qu'il pouvait faire tourner cet incident au profit de son ambition. Il rassembla S la bâte 10.000 hommes sur les hauteurs du Cap, et contraignit Vtllate à s’enfuir dans les Mornes avec set principaux partisans. Lavaux proclama Toussaint son libérateur, et partagea avec lui sou autorité. Le chef noir voyant qu'il ne jouirait que d'une puissance précaire au milieu d'un désordre continuel, s’attacha dès-lors très activement t discipliner ses soldait età les ramener aux travaux de l'agriculture, système que Rigaud avait adopté dans te sud et qui en peu de temps plaça la colonie sur un pied d’ordre, et de régularité et de justice dont elle a’avait pas offert d'exemple sous l'administration des Blancs.
Retour Ut > Santhonax avec U autre» commissaires elles généraux Desfourneaux et Rochambeau. — Les choses eu étaient à ce point dana la colonie de Saint- Domingue, quand presque en même temps y arrivèrent deux escadres parties, l'une de Kocbefort, l'autre de Brest. Elles ramenaient le commissaire Santhonax, â qui la Convention avait adjoint comme cotlègucs,Haymond , Giraud , Leblanc et Rouns. Les commissaires étaient accompagnés des généraux Desfourneaux et Rochanibeau, avec 2,000 hommes de troupes et 25,000 fusils pour compléter l'armemeot des Noirs.
Raymond, homme de couleur, avait été nommé afin de contenter les mulâtres ; mais Santhonax exerçait sur lui une influence absolue; Roune fut délégué dana la partie espagnole; Giraud refusa une mission qu'il crut au-dessus de ses forces, et donna sa démission ; et Leblanc |mourut empoisonné â ce qu'on dit alors. Les habitants s'étonnèrent du retour de Santhonax, que ses cruautés avaient fait surnommer le Robespierre des Antilles, et dont l'arrivée remplit d'effroi les mulâtres ; mais il était aimé des Noirs, et il fallait â tout prix se concilier cette classe nombreuse et turbulente. Son entrée au Cap, le 12 mai 179B, fut en quelque sorte triomphale : il était accompagné de ses collègues, l’entourant plutôt comme des subordonnés que des égaux ; on jeta des fleurs sur son passage. La population nègre faisait retentir l’air des eris de Five ■Santhonax f
Les agents du Directoire nommèrent Tonssaint- Louverture général de division , en récompense de I a conduite qu'il avait tenue dans les derniers troubles. Villate, renfermé dans le fort qui porte son nom, ayant refusé de licencier ses soldats, fut investi par les troupes aux ordres du généra! Desfourneaux. Il aurait pu taire une longue défense, mais il se rendit sans résistance dès qu'il fut menacé d’un siégé; il fut envoyé en France pour y être jugé.
Au moment oh capitulait Vtllate , Lavaux rentrait au Fort-Dauphin , que les Espagnols occupaient dans
la partie française et qui reçut le nom de Fort- liberté.
Renvoi de Rochambeau en France. — D'après 1rs ordres du gouvernement , Rochambeau devait prendre possession de la partie de Saint-Domingue cédée â la France par l’Espagne. Les chefs qni y commandaient mirent de grands obstacles â cette opération, que les amiraux et généraux anglais contrarièrent aussi de tous leurs moyens. La mission de Roune, qui t’y était’ rendu , avait cependant produit un bon effet , et les principales difficultés étant levées, Rochambeau, s’adressa aux commissaires et leur demanda de le mettre en mesure d'exécuter les ordres du Directoire. Ce générai s'était montré ennemi de l’émancipation des Noirs, influent* auprès de Sanlbouax : ta demande fut éludée sous différents prétextes. Iis s'ensuivit entre Rochambeau et les commissaires des altercations qui devinrent plut vives chaque jour, et qui furent portées au point que, le 18 juillet, ceux-ci firent embarquer le général et le renvoyèrent en France. Les motifs de cet acte violent , exprimés dans le considérant de l’arrêté des commissaires, étaient vagues et sans poids. Santhonax manifesta ostensiblement une opinion contraire â cet arrêté, qu’il avait peut-être provoqué secrètement; mais le Directoire crut devoir confirmer la destitution de Rochambeau.
Insurrection et massacres aux Cures. — Les derniers troubles qui, en 1796, éclatèrent â Saint-Domingue , eurent lieu aux Caycs â la fin d'aofit et dans les premiers joors de septembre. Cette ville était, depuis la prise de Port-au-Prince par les Anglais, le chef-lieu de la partie du sud occupée par les Mulâtres, sous le commandement de Rigaud. L’esprit indépendant de cette classe de la population inquiétait les commissaires; ils cherchèrent â établir aux Cayes une autorité supérieure à celle des chefs mulâtres. Trois délégués y furent envoyés avec de grands pouvoirs. Leur domination s'étendait du cap Tiburon , au Sale-Trou et ata Port-au-Prince. L'installation de ces délégués se fit paisiblement, et n'amena aucun symptôme de mécontentement-, ils accompagnèrent même ies troupes â une attaque contre Jérémie, qui n'eut paa de tuccès: mais l’esprit de mutinerie éclata au retour de cette expédition, lorsqu'on apprit que le général Deafourneaux allait prendre le commandement supérieur de la province. L’exécution d'un ordre qui avait pour objet d'arrêter le nommé LcfTanc , commandant de Saint-Louia , fut le signal de l’insurrection. Tous les Mulâtres coururent aux armes. Lefranc s'empara des forts des hlet» et de la Tourelle, tira le canon d'alarme, et en peu d'heures rassembla autour de lui tous les Noirs de la plaine des Cayes.— Les délégués et Des fou ro eaux s'enfuirent au Cap, et envoyèrent â Rigaod , alors campé devant Les-lrois, Tordre de chercher â rétablir le calme. Les Mulâtres avaient commencé à fusiller tous le* Blancs. Le retour de Rigaud n'arrèta pas d "s bord ce massacre, qui coûta la vie â plus de 200 personnes. La conduite équivoque que tint même ce général , en faisant le forfait impuni, fit planer sur lui des soupçons
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MUqur et Combat de Lrogkuo. S* Dominai»** .
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(iourtrr de Ramea S? Domingllir .
Pitcr born . Ile de France
FRANCE MILITAI R K
te connivence. Il ne déguisait p ai I» jalousie qui le dévorait depuis que Toussaint lui avait été préféré.
Saint-Domingue en 1798 et 1797. — Us agent du Directoire ne purent pat cependant réussir à rétablir leur autorité dans nette partie de l'Ile. — Us furent plus heureux dans le nord, où Toussainl-Uuvertore, a qui Santbonax svait promis le commandement en chef des troupes eotonisle», s’efforcait d’organiser et de discipliner l'armée noire en la renforçant. Ce général paraissait alors tout dévoué 4 la République.
U (lèvre jaune exerça de grands ravage» aux Antilles pendant l'année 1798. Quelques régimens anglais furent réduits S 90 hommes , et il eût été facile d'expulser l'ennemi de Saint-Domingue, et même des autres Iles, si le gouvernement Français eût envoyé avec l'escadre de Richery les secours qu'il svait promis. O dernier, retenu à Cadix, ne psrut pas, et 29,000 Noir» bien armés avec lesquels on se proposait de conquérir toutes les Antilles, restèrent inaetifs » Saint-Domingue. L’élat de cet ile avait semblé s’améliorer depuis le retour do Santhonax, griiee 4 l'influence do ce député sur les Noirs , ainsi qn'anx soins de Toussaint-Louverture et de Desfourneaux. Ce dernier, secondé par le colonel du génie Saint- Vincent . obtint plusieurs succès; contre les Anglais el le» Noirs marrons, qui , réfugiés en armes et par bandes nombreuses dans les Mornes, refusaient de reconnaître la République.
Le fait militaire le plus important de l’année 1797 fut le destruction du poste des Valliéres . 4 la suite d'uu combat dont les détails no nous sont point parvenus , mais qui eut pour résolut de terminer cette guerre intestine qui minait la colonie depuis sis années. La perte de ce poste, d'où les Anglais fomentaient ce qu’on appelait la Vendée rte Saint-Domingue, entraîna la destruction des dernières bandes espagnoles qui avaient servi sons Jean-François, et que l’Angleterre avait ensuite prises 4 sa solde. La République vit alors rentrer sous sa domination 1rs beaux quartiers des Valliéres, d'Ouanaminte, de Sainte-Suzanne, dit Trou et de la Grande-Rivière.
Desfou rneaus entreprit ensuite de chasser les Anglais des postes qu’üs occupaient encore dans l’ouest et le sud.— Vers la fln de 1797 il était parvenu 4 te» resserrer dans le mftle Saint-Nicolas et dans le Port-au-Prince, qui n’étaient ptua défendu» que par une douzaine de bataillons, mélange bizarre de Français émigrés, d’Espagnols déserteurs, d'Anglais et de Noirs marrons, tremblant chaque jour, de se voir forcés dan» leurs derniers retranchements. — Toussaint commençait 4 développer tes vues sur Saint-Domingue, et l’ambition du général africain perçait 4 travers les voiles épais dont jusqu'alors il avait sa l'envelopper.
Océiv isniEv. — /les de France et de Bourbon en 4798 et 1797. —Le» Ile» de France et de Bourbon conservèrent leur tranquillité Intérieure, en continuant à s'opposer 4 l’exécution du décret sur la liberté des Noirs. — Conformé ment 4 un décret de la Convention , File Bourbon avsitprislr nomd’lledela Réunion. -La station navale était toujours composée des deux fré-
gates la Prudente et ta Çybblee t du brick le Coureur , dont nous avons rapporté le beau combat contre deux vaiaseanx anglais ’. Celte station protégeait 1» nombreux corsaires qoi faisaient sur le commerce anglais an grand nombre de prises plus ou moins importantes, source de richesse pour les deux lies. — La tranquillité da ce* colonies fut au moment d’ètre troublée eu 1796 par l’arrivée de deux agents du Directoire, Baco et Burnel, chargés de faire exécuter le» lois en faveur des Noir», On se douta de leurs instructions avsnt même qu’ils ru fussent donné connaissance . et , de concert avec le goa* veroeur Malartic, l’Assemblée coloniale résolut de le» renvoyer en Europe. De leur rùtè, n’ayant pu trouve» d appui dans les forces militaires de la colonie, tes deux commîsaaires comprirent que leur mission était inexécutable, el s’embarquèrent sur la corvette le.Mob» tu au qui les ramena en Frauce.
Bohert Surcottf. — Ce fut en 1796, que se SI connaître pour la première fois dans les mers de l'Inde , un des plus intrépides corsaires dont les annales maritimes aient conservé te souvenir. Robert Surcouf allant acheter du rix au Bengale, rencontra trois navire» marchands anglsis , escortés d'un schooner armé. Présumant que cm trois navires étaient chargés de ta denrée qu’il allait chercher au Bengale, il pensa qu’il s’épargnerait le voyage et I# prix d’achat en s'en emparant. Cette idée sourit 4 son éqoipaget le scbqoner fut enlevé et les trois narires amarinés.— Il continua 4 tenir la mer avec le schooner, quoique n'avant que 19 bonsmet d’équipage. Ayant rencontré un navire 4 trois milia qui hissa pavillon anglais, il 6t cacher son monde, resta seul sur le pont, et mantruvra pour ranger lu batiment anglsis bord 4 bord : c'était le Triton, vaieseau de la Compagnie des Indes, armé de vingt-six canons de douze, et moniê par 190 hommes. Dès que les deux navires K touchèrent, Surcouf, avec ses 19 hommes, s’élança sur le pont, où s'eugagea un oombat furieux, 4 la suite duquel les Français restèrent maîtres du Triton.
Escadre de Server encorne dans T Inde.— T ruguct, ministre en 1796, s’efforçait, quoique souvent contrarié dans Ht vues , de relever la marine française de l'état de nullité où elle était tombée sous la Convention îles relations nouvelles entre la Hollande et I* France, le traité de paix avec l'Espagne, lui donnaient quelque espoir d'y parvenir. U imprimait la plus grande activité 4 («ns les armements que la Franc» ae trouvai! encore en état de faire, et peut-être edt-il porté d'irrémédiables coups à la puissance britannique, si l’étendue des moyens dont il pouvait disposer eût répondu 4 la sagesse et 4 la rectitude de «s plans largementconçu».
L'Inde étant un des principaux centres du commerce britannique. Truguet ne pouvait manquer de chercher 4 y atteindre les ennemis de la France. Ce fut pour t’y rendre que le contre-amiral Sereey quitta la France le 8 mars, avec une petite escadre portant, outre des agents du Directoire envoyés 4 l’Ile de France et 4 Bourbon, 800 hommes d'infanterie aux ordre» du général Ma* 1 i Tome H , page 17.
FRANCK MILITA UU:.
galon , deux compagnies d’artillerie et des munitions de guerre. Après avoir essuyé, dans le golfe de Gascogne, un gros temps qui causa des avaries â la plupart des navires de l'escadre, et força les corvettes à s'en séparer, la division poursuivit sa roule vers l’Ile de France, en vue de laquelle elle arriva le 18 juin.1— Les deux frégates, composant la station de l'Ue de France, se joignirent aux quatre qui formaient l'escadre de Sercey. Après s’être ravitaillées , elles appareillèrent le 14 juillet, de l’Ue de France, et firent voile pour l’Ue Bourbon, qu'elles quittèrent le 22 pour se diriger sur les côtes de l'Inde. Une goélette corsaire, l'Alerte , que l’amiral Sercey avait mise en réquisition pour lui servir de mouche, retarda beaucoup la marche. On reconnut le 14 août la pointe S. O. de Ceylan, où ion fit plusieurs prises, pais l’on remonta au nord, en longeant la côte de Coromandel vers Madras.
L’expédition projetée par Sercey, sur la côte de Coromandel, manqua par la faute du capitaine corsaire servant de mouche. Cet officier, envoyé pour prendre des informations sur le nombre et la nature des vaisseaux anglais dansces parages, crut, quoique remplissant une mission du gouvernement, pouvoir se permettre de travailler â la fortune de son armateur et à la sienne en faisant des prises. Ayant rencontré pendant la nuit un grand bâtiment qui lui parut être un navire marchand, il voulut l’enlever i l’abordage: c’était une frégate anglaise, qui le fit lui-mème prisonnier. On connut ainsi les projets de Sercey. Les Anglais ne se trouvant pas en force sur ce point agirent de ruse, et par de faux avis, cherchèrent â faire croire â l’amiral français que leurs forces étaient très considérables. Sercey donna dans le piège et se dirigea vers l’entrée du détroit de Malac, alors qu’il aurait pu ravager la côte de Coromandel , et prendre tous les navires qui s’y trouvaient.
L’escadre française aperçut le 8 septembre, à 8 heures du matin, deux navires qui ne tardèrent pas à être reconnus comme étant de forts vaisseaux; c’étaient, en effet, deux bâtiments de soixante-quatorze canons. L*s deux partis après s'être mutuellement donné la chasse, eu vinrent au combat dans la matinée du jour suivant. L’engagement fut rude et sc prolongea fort tard : deux frégates, la Vertu et la Seine y eurent beaucoup à souffrir; mais le feu prit â bord de l’un des deux vaisseaux anglais, qui se retira dans un état de délabrement complet. —Sercey avait d’abord, avec raison, cherché à éviter le combat ; mais, après avoir été contraint d’essuyer les chances , et même les avaries qu’amène nécessairement une bataille, il eut le lort de n’en pas recueillir les avantages en cherchant â amariner les deux vaisseaux anglais, ce qui semblait facile d’après l’état où ils étaient réduits.
Sercey vint â bout de se ravitailler et de réparer toutes ses avaries à l’Ue du Roi, dans l’archipel de Mergui, où il mouilla avec son escadre le 16 septembre; l’escadre put ainsi reprendre sa croisière sans être obligée d’aller relâcher â l llc de France, où elle avait expédié toutes ses prises. Nous parlerons plus loin de ses opérations ultérieures.
Opérations maritimes. — Beau combat tle fa [régale la Virginie. — La frégate la Virginie , de quarante canons, partie de Brest sous les ordres du capitaine de vaisseau Bergerel , se dirigeait, le 22 avril 1796, sur les côtes d’Irlande, où elle allait croiser. Flic fut rencontrée et atteinte, vers les onze heures du soir, par le vaisseau rasé anglais ï Infatigable , que suivaient de loin les frégates l’Amazone et la Concorde g le combat s’engagea aussitôt. Les deux vaisseaux s'élant rangés vergue à vergue, l’action fut des plus meurtrières. Elle durait encore à trois heures du matin , avec un égal acharnement de part et d’autre, quand le navire anglais ne manœuvrant plus que très difficilement, par suite des avaries qu'avaient éprouvées son grément et toutes ses manœuvres courantes, abandonna le combat. La Virginie venait, par un mouvement heureux , de se placer de manière à enfiler /7/a* fatigable dans sa retraite, quand elle en fut empêchée par la chute de son grand mât de hune, dont la voile masqua la batterie qui allait jouer. On travaillait â réparer les avaries de ce premier combat, lorsque les deux frégates anglaises atteignirent là Virginie. Elle se trouvait hors d’état de pouvoir soutenir un second combat, et le capitaine Bergeret dut amener son pavillon. Il vint d’Angleterre à Paris, pour obtenir d'être échangé contre le commodore sir Stdney- Smith, qui avait été fait prisonnier quelques jours auparavant à l’embouchure de la Seine. Le Directoire refusa. Mais Sidney-Smith s’étant ensuite évadé du Temple, les Anglais regardant l'échange comme consommé renvoyèrent en France le brave capitaine, dont la belle conduite avait inspiré une estime générale.
Ctvisière de P amiral Richery à Terre-.Xeuve , etc . — Le contre-amiral Kichery consommait â Cadix, dans l’oisiveté, les produits de l’immense capture qu’il avait faite l’anuée précédente. Il reçut l’ordre d’aller croiser dans les parages de Terre-Neuve, l’nc violente émeute des marins de son escadre, qu’il eut beaucoup de peine à apaiser, retarda quelque temps son départ. Enfin il quitta Cadix dans ks premiers jours d’aoùt 1796, et fut escorté , jusqu’à près de 200 lieues au large , par une forte division espagnole, aux ordres de l'amiral Solano. Après avoir fait sur le grand banede Terre-Neuve 80 prises, plusou moins richement chargées, il mouilla le 4 septembre dans la baie de Bull (Grande Terre ) , dont il ruina les établissements. II partit le lendemain pour les Iles Saint-Pierre et Miquelon , auxquelles il fil éprouver les mêmes désastres. Le chef de division Allemant avait été envoyé de Bull â la baie aux Châteaux , sur les côtes du Labrador, afin d’y ruiner aussi les établissements et le commerce anglais. Celle baie est le rendez-vous de tous les navires chargés des pelleteries de la baie d’Hudson. Alternant ne put en prendre qu’un petit nombre , le gouverneur de la baie s’étant retiré dans les bois, après avoir incendié lui-mème tous les magasins et édifices de la Compagnie.
Le résultat de ces opérations fut la prise de plus de 100 navires, qui furent coulés bas ou brûlés, ri la destruction d’un grand nombre de riches pêcheries.
L'alarme se répandit jusque daus les Établissements anglais situés à l'embourbure du fleuve Saint-Laurent. Les deux divisions revinrent ensuite séparément en France, où elles arrivèrent heureusement, malgré les croisières qui les attendaient aux attérages.
Prise et reprise delà frégate la Vestale.— L’escadre de Villeneuve, partie de Toulon le 29 novembre 1796, pour sc rendre A Brest, se composait de quatre vaisseaux et de trois frégates. Une de ces dernières, la festoie, démâtée dans un coup de vent de set mâts de misène cl de beaupré, eut ordre d’aller relâcher à Cadix. Rencontrée à quelques lieues de ce port par la frégate anglaise la Terpsichore , qui portait du dixhuit en batterie , la Vestale , qui n'avait que du douze, fut forcée d’amener, après un engagement où elle eut 20 hommes tués et 40 blessés. U mer étant très grosse, les Anglaris ne purent envoyer que peu de monde à bord de la frégate française pour l’amariner. Le temps, qui devint ensuite affreux, ayaul bientôt contraint les deux vaisseaux de se séparer, les Français se révoltèrent, et firent à leur tour prisonniers les Anglais chargés de leur garde, et les conduisirent ACadix.— L’escadre de Villeneuve arriva à Lorient le 23 décembre.
Bataille navale du cap Saint-Vincent. — La première expédition d’Irlande, dont nous aurons bientôt occasion de parler, eut lieu en décembre 1796 et janvier 1707. Son résultat fut nul. Néanmoins Truguct , comptant sur la coopération des nouveaux alliés de la France, la Hollande et l'Espagne, poursuivait avec sou zèle ordinaire le réarmement des restes de la marine française: les espérances de ce ministre ne furent pas trompées.— La Uollandc comptant , avec le secours des Français, reprendre le Cap et Ceylan, que les Anglais venaient de lui enlever, consentit à faire une nouvelle avance de fonds, et rassembla au Tcxel, une escadre sous les ordres de l’amiral Dewinter. — A la même époque sortait deCarlhagène une flotte espagnole considérable, qui aurait pu avoir dans la lutte une influence décisive, si elle eût été montée par des marins plus habiles et plus déterminés.
L’amiral anglais Duncan avait l’ordre de surveiller les Hollandais, lord Bridport de bloquer la rade de Brest, et Jervis d’observer la flotte espagnole. Ce dernier croisait avec dix vaisseaux de ligne sur les côtes S. R. de Portugal. L’amiral Cordova commandait la flotte sortie de Cartbagène dans les premiers jours de février, et qui était forte de vingt-sept vaisseaux de ligne, dont sept à trois ponts, de dix frégates et d'une corvette. Informé de la faiblesse de Jervis, il crut pouvoir le vaincre aisément , et fil voile vers le cap Saint- Vincent, où il comptait le rencontrer. Jervis, renforcé la veille par cinq vaisseaux que lui amena le contreamiral Parker, évita aux Espagnols la moitié du chemin , et les deux escadres se rencontrèrent le 14 février au matin , à trois lieues du cap Saint-Vincent. — Les Espagnols, trop confians, naviguaient séparés et sans ordre. Jervis, appliquant dans cette occasion le fameux principe qui a fait remporter tant de victoires A Bonaparte, tomba avec toutes ses forces en ligne serrée sur
neuf des vaisseaux de l’encadre ennemie. Ceux-ci furent écrasés en peu de temps; quatre d’entre eux tombèrent au pouvoir des Anglais. Nelson en prit deux A lui seul: il aborda l’un avec son propre vaisseau, et l’autre avec celui qu’il venait d'enlever. La Sainte- Trinité, de cenltrente-six canons , montée par l'amiral Cordova , fut du nombre des vaisseaux enveloppés, et faillit être prise. Les dix-huit vaisseaux qui n’avaient pas donné, auraient pu changer la face du combat ; mais le coeur manqua à leurs capitaines : réunis en conseil de guerre, tous (deux seulement exceptés) opinèrent pour la retraite dans le port de Cadix.' Les Anglais n’eurent que 350 hommes hors de combat. Il y eut 500 tués ou blessés espagnols, seulement sur les vaisseaux capturés. Celte bataille navale causa un grande joie aux Anglais: c’élait en effet une belle victoire. L’amiral Jervis fut nommé pair d’Angleterre et reçut le titre de comte de Saint-Vincent.
attaque de Sanla-Cruz de Ténériffe. — Quoique i’Ile de Ténériffe ne soit pas une possession française, nous croyons devoir rapporter l’attaque qu’elle eut à soutenir le 22 et le 24 juillet 1797, contre des troupes anglaises débarquées de l'escadre du commodore Nelson, alors dans les eaux de Santa-Cruz. La défaite des Anglais et le salut de la ville espagnole furent le résultat de la bravoure que déployèrent une poignée de Français qui se trouvaient accidentellement A Santa- Cruz. La frégate fançaise/a Mutine, cinglant vers l’Üe de France, s’était laissé prendre prés de Santa-Cruz par la frégate la Minerve. Cette prise avait eu luu tandis que l'équipage frauçais était A terre ; elle enhardit les Anglais, qui crurent pouvoir s’emparer aisément du port même, où venait d’entrer un vaisseau richement chargé arrivant des Philippines. — Nelson, avec quatre vaisseaux de ligne trois frégates et un cutter, vint mouiller A quelques milles au nord de la ville; 150 marins français provenant de l’équipage de la Mutine et d'un autre bâtiment offrirent de coopérer à la défense de l'ile: on leur confia les forts deSan-Migucl et de Passo Alto , flanquant le môle de Santa-Cruz.
La première attaque échoua ; la vivacité du feu de mousqueteric et de mitraille que firent les défenseurs des forts empêcha le débarquement des Anglais, que Nelson fit vainement appuyer par le feu de scs vaisseaux.
Le commodore anglais renouvela le 24 juillet , avec toutes ses forces, la tentative qui avait manqué le 22. Le cutter le Fox et toutes les embarcations portant environ 1100 hommes, étaient prêts le soir. Nelson voulait s’emparer du môle en évitant les forts, et se diriger ensuite sur la grande place à l’entrée de la ville. Il était muni d’écbclles pour escalader les forts quand il serait maître de Santa-Cruz. À deux heures du matin, au moment où, malgré le feu de quarante pièces de canon, le débarquement allait avoir lieu, une rafale dispersa les canots dont plusieurs furent brisés sur la côte. Quelques-uns, et entre autres celui de Nelson, gagnèrent le môle. Les Anglais débarquèrent et s’en emparèrent; mais, accueillis par l’artillerie elles baloni nettes espagnoles et françaises, ils furent en désordre
rejetés dans leur» embarcations. Presque tous furent [ blessé, et Nelson, qui dirigeait l'attaque, eut le bras droit emporté d’un coup de canon. Le entier, atteint d’un boulet sous la ligne de flottaison, s'abîma avec la majeure partie de ceux qui It moulaient. Le capitaine Truwbridge commandant une des divisions de la flottille qui avait manqué le môle, avait mis A terre 350 hommes au sud des forts : la violence du vent, en submergeant a ou ilôt ses embarcations, l'avait privé de tout moyen de retraite. Il se dirigea sur la grande place de Santa-Cruz, ob U croyait rencontrer Nelson. Il se posta dans l'église Saint-Dominique. A quatre heures du matin , ne recevant pas de nouvelles de son chef, il se décida A tenter un effort pour s'emparer de la citadelle; mais les rues étaient barricadées, et chacun sous les armes. Les Anglais voulurent sortir et furent repoussés. Dénués de vivres, ils n’avaient que l'alternative de se rendre ou de mourir les armes A la main. Le sang froid et l’intrépidité de leur chef les sauva.
Il proposa au gouverneur de se rembarquer avec scs soldais, sous condition qu’il ne serait plus rien entrepris par les Anglais contre la ville qu’il menaçait d'incendier, en cas de refus. Le gouverneur Gutierrez fut assez faible pour accepter ces conditions, et s'engagea même A fournir des canots pour transporter le* Anglais A leur bord. Rien ne peut expliquer cette conduite de Gutierrez envers une poignée d'ennemis qu’il pouvait écraser en un instant. Nelson, dans son rapport, fit le plus grand éloge de ce gouverneur, avec qui il échangea des présents. L’attaque de Santa-Ouz çoùta néanmoins 400 hommes aux Anglais. Il est inutile de dire combien les Français furent désappointés , en voyant qu’on profitait s» mal de la victoire qu’ils avaient contribué A faire remporter.
Bataille navale de Camperdurn. — La flotte auxiliaire des Hollandais n'eut malheureusement pas , malgré le courage de ses marins, plus de succès que la flotte espagnole. Ln combat eut lieu le il octobre, en
[ vue des eôles de Hollande, près deCanipcrduyn,enlre l’escadre de I amiral Dewiuter et une escadre anglaise commandée par l'amiral Duncan. L’escadre hollandaise était forte de quinze vaisseaux de ligne, et de onze frégates, bricks ou culters, portant ensemble neuf cculs quatre-vingt-huit pièces de eanon et 675 hommes d'équipage. L’escadre anglaise comptait seize vaisseaux de ligne, huit frégates et autres bâtiments, portant ensemble mille soixante -six pièces de canon, et 8,315 marins. L’action dura plusieurs heures, Dewinler, avec son vaisseau amiral la Liberté , eut A soutenir le choc de cinq vaisseaux ennemis : la Uberté j>crdil tous ses mâts, et, criblée de boulets, fit eau de toutes parts; grièvement blessé, Devinter continua néanmoins deux heures sa belle résistance, et n’amena son pavillon que lorsque son équipage fut hors de combat, et lorsqu'il ne lui restait plus que six pièces en état de tirer. Le combat n’avait pas été moins acharné sur toute la ligne, et la fortune s’était également prononcée contre les Hollandais, qui perdirent dans cette affaire neuf vaisseaux et quelques frégates.
Tandis que les flottes des alliés de la France succombaient ainsi sous lescoupsde ses ennemis, le Directoire, préoccupé du 18 fructidor, suspendait une grande expédition préparée contre l'Irlande qui aurait porté un coup fatal A la puissance anglaise, Truguet, étranger au complot 6t entendre des plaintes amères. Les Directeurs, mécontents, lui ôtèrent le porte-feuille de la marine, qui fut confié aux mains débiles de Pléville- Lepleley. En outre, le désir de faire des économies qui auraient été sans doute facilement obtenues en mettant un peu d’ordre dans les affaires du trésor, et en empêchant les gaspillages des fournisseurs, fit licencier les équipages des vaisseaux réunis à Brest avee tant de peine; on poussa même l’impéritie jusqu’A vendre quelques frégates et no assez grand nombre de bAtimeuts de transport; ainsi la marine française était sacrifiée par ceux dont le devoir était de veiller à soa accroissement et A sa prospérité.
RÉSUME CHRONOLOGIQUE
ms.
C JANViB*. Arrivée de nouveaux commissaires A la Guadeloupe et A Sainte-Lucie.
18 Jm*. Priât àt Sainte-Lucie par le* Français.
22 ■Ami —«■ Attaque et contint de Leogane.
20 vu» Détordre* an Cap :Saitit-l*omingu<é. fi svatL. Reprit* de Kamte-Uwie par les Anglais.
22 — Combat de la fi égale ta I irgini*.
12 mai. RrlOiir de Sambouax A Saint-Domingue avec de nouveaux cominamaire.» et les généraux DesAnirurairx et Roch ambrait
ffl jvilurt. Renvoi de Rochamheau en France.
Mit et ssrTMiiiaB. Insurrection aux üayes.
Aorr et svmwawXi Croisière de l’escadre de Rirhery dam l'Amérique septentrionale.
18 fomni. Combat naval dans la mer de l’Inde , mire les frégates du euatre-amiral Sercey et deux vaisseaux de Ugnt anglais.
décrusse. Prise et reprise de la frégate la Vestale-
14 rÉvsiEK. Bataille navale du rap Saint- Vinrent K — Prise de nie de la Trinité par les Anglais.
17 suit. Tentative infructueuse des Anglais sur Pocfo-Rkro.
22 - 24 sritLET. I^s Anglais attaquent Sanis-Cniz de Téoériffi», et sont repoussés.
Il ocTosas. - Bataille navale de Camperduyn, entre les Hollandais et les Anglais.
a. ntm
On souscrit chez MALflW , Éditrur, ptare de la Bourse, me des Pilies-S-Th ornas, 13.
Paris. — Imprimerie et Frmdrrie drBictrorx et C", rue des Frsncx-Bourgwjf» 4*tot-Mirhri.