EXPÉDITION DE SYRIE
SOMMAI HS.
Naturelle de U Porte. — Motif* de l'expédition de Syrie. — Description de la Syrie. — Armée de Syrie. — Corps dei dromadaires. — Pieu* déftwuif*. — Marche mit la Syrie. — Combat* d'EI- Arycb — Capitulation du fort d'EI- Arycb. — Entrée en Palestine. — Omtpatioa de Cau.
— Siège et pnie de Jaffa - Mattarrr de la garnison. — Visite aux pestiféré* de Jaffa. — Marche *ur Satot .lean-d'Acre. - Combat de Zêta. — OmipatKM) de Catffa. - Pn*e de la flottille française. — InmtiMement de Saint- Jean-d’Acre. — Allianrr arec le* Druam. — Virrea. Hôpitaux - S ége de SzuniJcand’ Acrr. — Première époque. — Oc» upation de SafTet. — OecupatiCMi de Sour. — Suite du *iége. - Deuxieme époque ; grande «ortie. Mort d’Actieid, capitaine anglau. — Combat de Nazareth ou de l-oubf. - Bataille du mont Thabor. — Suite du siège. — Attaque de la tour carrée. — Mort de Cafarelli. Suite du siège. Troisième époque ; la place est secourue. — Autant*. — Mort de Hambaut . de Bon, de Venoux. etc. - Bonaparte le décide A rentrer en Égypte. — Proclamation A l'armée. - L'ange El Modby.
— Préparatif* de départ. — Sortie générale de* assiégés. - Uiéc du *iége de Bamt-Jcan-dAcre. — Évacuation des pestiférés de Jaffa.
— Marche dans le désert. — Retour eu Égypte. — Visite à Pduae. — Le Simoun. — Renlréc triomphale au Kaire. — Proclamation des
Cheik* en faveur de* Français.
arukb rasuçtis*.
Général en chef. — Bonaparte.
Généraux. — Kléber. — Jcmnr. — Mcrat, rrc.
Manifeste de la Porte.— En entreprenant l’expédition d’Égypte, Bonaparte avait dù compter sur les promesses du Directoire et du ministre des relations extérieures, Talleyrand de Périgord. — Il ne doutait pas que ce diplomate habile ne réussit dans la mission dont il avait promis de se charger et ne conservât la bonne intelligence qui régnait entre la Porte Ottomane et la République Française. En effet, il ne devait pas être difficile de prouver au divan de Constantinople qu’enlever l’Égypte aux Mamelucks, qui l’avaient eux-mêmes usurpée sur les Turcs , n’était pas faire la guerre au sultan , et qu’il était possible de compenser par de grands avantages le faible dommage que l'occupation de ce pachalick pouvait causer au grand seigneur. Bonaparte n’avait négligé aucune occasion de prouver qu’il voulait rester en paix avec les Turcs, et sa conduite , en toute circonstance , avait prouvé la sincérité de ses déclarations à ce sujet. Ou a vu que Talleyrand se dispensa d’aller à Constantinople et laissa le ministère ottoman livré sans contradiction aux dangereuses influences de l'Angleterre. La Porte déclara la guerre â la République. S’il pouvait rester quelque doute sur la part que les intrigues des agens anglais eurent sur cette détermination , la lecture du manifeste turc suffirait pour les dissiper; dans les divers gnefs qui y sont reprochés à la révolution française il est impossible de méconnaître une plume européenne. Voici ce document curieux, dont, malgré toute la vigilance française , quelques exemplaires imprimés avaieut pénétré en Ég)pte à ta fin de l’année (798.
« Au nom du Dieu clément et miséricordieux, gloire au se.gne ir, maître du monde, salut et paix à Mohammed , le prem er et le dernier de* prophètes, â sa famille et aux compagnons de sa mission.
« Les Français ( Dieu veuille détruire leur pays de fond en comble et couvrir d’ignominie leurs drapeaux) sont une natioa d'infidèles obstinés et de scélérats sans frein. Ils nient l’unité de l’être suprême, créateur du ciel et de la terre; ils ne croient pas à la mission du prophète, qui doit iulercéder pour les fidèles au jour du jugement; ils se moquent de toutes les religions;
roacu ANCLO - TCRQUIS.
Marine anglaise. — Sydney - Sarr».
Pacha d'Acre. Ach»kt-Djkzxab. — Pacha de Damas. A nu liai.
Bey des Mamelucks. Irrarih.
ils rejettent la croyance d’une autre vie , de ses récompenses et de ses supplices, ne croient ni à la résurrection des corps, ni au jugement dernier; ils pensent qu’un aveugle hasard préside â leur vie et A leur mort; qu’ils doivent leur existence à la seule matière , et que, dès que la terre a reçu le corps, il n’y a pour l'homme ni résurrection, ni compte à rendre, ni demande, ni réponse.
« En conséquence , ils ont dépouillé leurs temples de leurs croix et de leurs ornements, ils se sont emparés de leurs biens, ils ont chassés leurs vicaires, leurs prêtres et leurs religieux.
o Les livres inspirés aux divins prophètes ne sont, disent-ils, que mensonges et impostures; ils regardent le Koran, Y Ancien- Testament et Y Évangile comme des fables. Les prophètes, tels que Moïse, Jésus et Mahomet , ne sont à leurs yeux que des hommes pareils aux autres, qui n’ont jamais eu de mission, et qui n’eu oot pu imposer qu’à des ignorants, ils pensent que les hommes, étant nés égaux, doivent être également libres, que toute distinction entre eux est injuste, et que chacun doit être le maître de son opinion et de sa manière de vivre.
«C’est sur d’aussi faux principes qu’ils ont bâti une nouvelle Constitution et fait drs lois auxquelles a présidé l’esprit infernal. Ils ont détruit le fondement de foules les religions; ils ont légitimé tout ce qui était défendu; ils ont laissé un libre cours aux désirs effrénés de la concupiscent e; ils se soni perdus dans un dédale d’erreurs inextricable» ; et, en égarant la vile populace, ils en ont fait un peuple de pervers et de scélérats.
« Un de leurs principes diaboliques est de souffler partout le feu de la discorde, de mettre la désunion parmi les souverains, de troubler les empires, et d'exciter les sujets à la révolte par des écrits mensougers et sophistiques, dans lesquels ils disent avec impudence : « Nous sommes frères et amis, les mêmes in- « térêts nous unissent, et nous avons les mêmes opi- « nions religieuses.»
«Ensuite viennent de futiles promesses ou des
menaces inquiétantes; car ils ont appris A distiller le crime et A se servir habituellement de la fraude et du parjure. Ils se sont enfoncés dans une mer 'de vices et d’erreurs ; ils se sont réunis sous les drapeaux du démon; ils ne se plaisent que dans le désordre, ne suivent que les inspirations de l’enfer. Leur conscience n’est jamais troublée par les remords et la crainte de faire le mal.
«Aucun dogme, aucune opinion religieuse ne les réunit; ils regardent le larcin et le pillage comme un butin légal, la calomnie comme la plus belle éloquence, et ils ont détruit tous les habitants de la France qui n'ont pas voulu adopter leurs nouveaux et absurdes principes.
«Toute* le* nations européennes ont été alarmées de leur audace et de leurs forfaits, et alors ils sc sont mis A aboyer comme des chiens, A hurler comme des loups, et, dans leur rage. Us se sont jetés sur tous les royaumes et sur touies les républiques pour détruire les gouvernements et les religions , pour enlever les femmes et les enfants. Des rivière» de sang ont abreuvé la terre, et les Français ont enfin réussi dans leurs criminels desseins vis-à-vis de quelques nations qui ont été forcées de se soumettre.
• O vous donc . défenseurs de l’Islamisme ! O vous, héros protecteurs de la fo»! O vous , adorateurs d’un seul Dieu, qui croyea à la mission de Mohammed, fila d'Abd-Allah, réunissez-vous et marchez au combat tous la protection du Très-Haut! Ces chiens enragés s'imaginent sans doute que le peuple vrai croyant ressemble A ces infidèles qu’ils ont trompés, et A qui ils ont fait adopter leurs faux principes. Mais ils ignorent, les maudits, que l'islamisme est gravé dans nos cœurs et qu’il circule dan* nos veines avec notre sang. Nous aérait-il possible d’abandonner noire saints religion , après avoir été éclairés de ta divine lumière? Non, nonl Dieu ne permettra pas que nous soyons un instant ébranlés; nous serons fideles A la foi que nous avons jurée. Le Très* Haut a dit dans le livre de la vérité : s Les vrais croyants ne prendront jamais les in- « eréduh's pour amis. «Soyez donc sur vos gardes, méfiezvous des piégea et des embûches qu’ils vous tendent, et ne soyez effrayés ni dé leur nombre ni de leurs vêtements hideux. Le lion ne se mut point en peine du nombre des renards qui méditent de l’assaillir, et le faucon ne s’effraie point d un essaim de corbeaux qui croassent contre lai.
« Grâce au ciel , vos sabres sont tranchants , vos flèches sont aigués, vos lances sont perçantes, vos canons ressemblent A ta foudre, et toutes sortes d’armes meurtrière*. maniées par d'habiles cavalier», sauront bientôt aiteindre l’infidèle et le précipiter dans les flamme* de l’enfer. N’en doutez pas, le ciel est pour vous, l’œil de Dieu veille A votre conservation et A votre gloire. Avec la puissante protection du Prophète, ces armées d’athée* se di»*iperont devant vous et seront exterminées. Cette heure va bientôt sonner.
« Gloire au seigneur de* mondes t •
Motifs de l'expédition de Kyrie. Ce manifeste était fait pour exalter des populations ignorantes. Bonaparte
néanmoins aura;t continué A négocier avec la Porte s « Mais, dit-il , deux armées turques se réunissaient, l’une A Rhodes et l'autre en Syrie, pour attaquer le» Français. Elles devaient agir simultanément dans le courant de mai, la première en débarquant A Aboukir, et la seconde en traversant le désert qui sépare la Syrie de l’Égypte. On apprit dans les premiers jours de janvier que Djiezar-Pacha était nommé seraskier de l’armée de Syrie; que son avant-garde s’était emparée d El-Arycb, et s’occupait à réparer ce fort, qui peut être cons.déré comme la clef de l’Égypte du côté de la Syrie. On train d'artillerie de quarante bouchei A feu , servi par 1,200 canonniers, les seuls de l'empire qui fussent exercés A l'européenne, venait de débarquer A Jaffa ; des magasins considérables &e formaient dans celte ville, et un grand nombre de bâtiments de transport , dont une partie arrivait de Constantinople, étaient employés â cet effet. A Gaza on avait emmagasiné des outres; la renommée voulait qu'il y en eût assez pour mettre une armée de 00,000 hommes A même de traverser le désert.
«En restant tranquille en Égypte, les Français s’en-, posaient A être attaqués A la fois par les deux armées ; de plus, il était A craindre qu'un corps de troupes' européennes ne se joignit aux Turcs , et que le moment de l’agression necoiocidât avec des troubles intérieurs. Dans ce cas, lors même que les Républicains auraient été vainqueurs, il ne leur eût pas été possible de profiter de la victoire. Par mer, il n'avaient point ds flotte; par terre, le désert de soixante-quinze lieues qui sépare la Syrie de l’Égypte n’était point praticable pour une armée dans la saison des grandes chaleurs.
«Les règles de la guerre prescrivaient donc au général français de prévenir se» ennemi*, de traverser le grand désert pendant l'hiver, de s'emparer de tous les magasins que l’ennemi avait formés sur léi côtes de la Syrie, d'attaquer et de détruire les troupes au fur et A mesure qu'elles se rassemblaient. D'après ce plan* les divisions de l'armée de Rhodes étaient obligées d’accourir au secours de la Syrie, et l’Égypte restait tranquille, ce qui nous permettait d’appeler successivement la plus grande partie de nus forces en Syrie. — Les Mamelucks de Mourad-Bey et d'ibrahim** Bey, les Arabes du désert de l'Égypte, les Dr uses du mont Liban, les Mutualis, les chrétiens de Syrie, tout le parti du Cheik Damer en Syrie, pouvaient se réunir A l’armée maîtresse de cette contrée, et la commotion sc communiquait A toute l’Arabie. Les provinces de l’empire oltomau qui parlent arabe appelaient de tous leurs vœux un grand changement, et attendaient un homme. — Avec des chauccs heureuses, on pouvait se trouver sur l'Euphrate, au milieu 4e l'été , avec 100.000 auxiliaires, qui auraient eu pour réserve 26,000 vétérans français des meilleures troupes du inonde, et des équipages d’artillerie nombreux. Conatantinoplea lors ae trouvait menacée; et si Fou parvenait à rétablir des relations amicales avec la Porte, on pouvait traverser le désert et marcher sut l’Indu» A la fin de l’automne, s . —
Ôetcrtplion de fa Syrie. — Bmaparte, nui vaut «on habitude , avait soigneusement étudié le paya où il al> lait guider son armée. « L’Arabie a la forme d’un trapèse. lia de ses fôu4* , borné par la mer Rouge et l'isthme de Suez, a 500 lieues de développement. Celui qui s’étend du détroit de Babel Mandel au cap de RaztÜ-Gate en a 450. Le troisième, partant de R.iz-cl-Gate, est borné par le Golfe pmique et par l'Euphrate; il s’étend jusqu'aux montagnes qui avoisinent Alep et bornent la Syrie , et s 000 lieues ; c’est le plus grand. Le quatrième, frontière de l’Arabie et de la Syrie, est le plus petit; il n’a que 150 lieues, depuis Raffa, en Egypte , jusqu’au-delà d’Alexandrctte et des monts Rosas ; sur ce développement de 150 lieues, la Syrie est divisée en deux parties parallèles, les terres cultivées sur 30 lieues de largeur , et le désert large aussi de 30 lieues, et qui s’étend jusqu’à Palmyre. La Syrie est bornée au nord par l’Asie-Mineure, à l'occident par la Méditerranée, au midi par l’Égypte, et à l’orient par l’Arabie: ainsi elle est le complément de ce pays, et
Crme avec lui comme une grande Ile, comprise entre Méditerranée, la mer Rouge, l'Océan, le golfe Pcrsique et l'Euphrate.— La Syrie diffère de l'Égypte par sa population , son climat et son sol. L’Égypte est une longue plaine formée par la vallée d’un des plus grands fleuves du monde; la Syrie est la réunion d'un grand nombre de vallées, les cinq sixièmes du terrain y sont des collines ou des moutagnes; une chaîne la traverse parallèlement, et à 10 lieues des côles de la Méditerranée; à droite , cette chaîne verse scs eaux dans deux rivières qui coulent dans la direction qu'elle suit ellemême, le Jourdain (au sud) et l’Orontè (au nord) , et qui ont leur source au mont Liban.
« Il pleut en Syrie à peu près autant qu’en Europe. Le pava est très ri in. et offre le» siieà les plus agréables. Les vallées et les pertes montagnes dont il est formé renferment d’excellents pâturages ; on y élève une grande quantité de bestiaux: on y voit [aussi des arbres de toute espèce, et surtout une grande quantité d’oliviers. La Syrie est très propre à la culture de la vigne; tous les villages chrétiens y Font d’excellent vin.
«Cette province était partagée en cinq pachalicks: celui de Jérusalem, qui comprend raiicienneTerrc-Sainte, et ceux d'Acre, de Tripoli , de Damas et d’Alcp. Alep et Damas sont incomparablement les deux plus grande* villes du pays.Sur les eûtes, on trouve Gaza (située! une lieue de la merlans trace de rade ni de port); un très beau plateau de deux lieues de tour désigne remplacement qu’avait cette ville dansai prospérité ; aujourd’hui elle n a que peu d'imparlance. Jaffa , ou Jnppc, à 15 lieues de Jérusalem , en est le port le plus voisin. Outre le port pour les bâtiments, il s’y trouve une rade foraine. Césaréc n'offre plus que des ruines. Acre a une rade foraine, mais la ville est peu de chose; on y compte dix ou douze mille habitants Sour ou Tyr n’est plus qu’un village. Sali . Bairout , Tripoli, sont de petites villes. Le point te plus important de toute ia cote est le golfe d’Alexandrette , situé à 20 lieues d’Alep, à 30 de l'Euphrate, et à 300 d’Alexandrie. Il s’y trouve un mouillage pour tes plus grandes escadres. Tyr, que le commerce a porté autrefois 9i un si haut degré de splen-
deur, «t qui a été ta métropole dp Carthage, parait avoir dû , ea partie, sa prospérité au commerce dis Indes . qui se faiaait en remontant le golfe Periiquc et l'Euphrate, en passant par Palmyre, Kmesse, et en so dirigeant, selon les différentes époques, sur Tyr ou sur Antioche. I
« Dans la Syrie, le point le plus élevé est le mont Liban, montagne du troisième ordre, «ouverte de pins énormes ; dans la Palestine, c’est le mont Thabor. L'O* ronte et le Jourdain , qui sont les plus grands fleuves de ccs deux contrées , sont l’un et l'autre de |*Ute» rie vières. • : j
« La Syrie a été le berceau de la religion de Moine et de cette de Jésus-, l'Islamisme est ué ea Arabie. Ainsi le même coin de terre a produit les trois cultes qui ont détruit le polythéisme , et porté sur tous les points du globe, la connaissance d’un seul Dieu créateur.
«Presque toutes les guerres des Croisés, des xri, ni* et xiii* siècles, ont eu lieu en Syrie; Saint-JfànriÜ'Acte , Ptolémaïs , Joppé et Damas en ont été principalement le théâtre. L'influence de leurs armes et leur séjour de plusieurs siècles y ont laissé dans la population des traces qui s'aperçoivent encore.
Il y a en Syrie beaucoup de Juifs, qui accourent de toutes les parties du monde pour mourir en la terni sainte de Japbet. Il s'y trouve aussi beaucoup de cbnS* liens, dont les uns descendent des Croisés, et les autres sont des indigènes qui n'embrassèrent point le mubométisme lors dé la conquête des Arabes. Il» sont cnn-1 fondus ensemble et K n’est plus possible de les distinguer. Chefamer, Nacaretb , Bethléem , et une parte de Jérusalem , ne sont peuplés que de chrétiens. Dans let p.ichalici* d’Acre et de Jérusalem ils août » avec les Juifs «supérieurs on nombre sux musulmans. Sur fa reversdu mont Liban sont 1rs Dru«es, nation dont la religion »è rapproche beaucoup de celle des chrétiens. A Damas et à Alep , les maboméians sont «n grands majorité; il y existe cependant un grand nombre de chrétiens syriaques. Lr* mutualis, mahométans dt la secte d’ Ali , qui habitent le» bord» de la rivière qui, du Liban, coule vers Tyr, étaient autrefois nombreux «t puissants ; mais lors de l’expédition des Français ru Syrie ils étaient fort déchus; les cruautés et vexations de Djezzar en avaient détruit un grand nombre .... Toutes les traditions sur l'ancienne Égypte portent sa population très haut. Mais la Syrie, où il y a des rochers et des terres incultes , ne peut, sous ce rappo<( , avoir dépassé les proportions connues en Europe. — Au reste , comme tout I empire turc , elle n’offre presque partout que des ruines. »
Armée de Syrie. — C’était à Suez , pendant sa reconnaissance de la mer Rouge et du canal des Pharaons, que le général en chef avait été informé de* préparatifs hostiles de Djezzar-Pajcha, et aussitôt il avait donné des ordre* pour que l'armée *e disjiosàt à l'expédition qu’il méditait. Un corps de troupes avait été porté vers Kl- Arych , à une marche de l'entrée du désert, du côlé de ia Syrie. La division d’avaul-garde, aux ordre* de Reynier, rassemblée à Salahieh , sur la frontière du désert,
reçut l'ordre d’occuper eide fortifier Kalieh; le général Lagrange y marcha avec une dru. t- brigade, et se rendit maliredecr poste le jour même que Bonaparte, de retour au Kaire, donnait ara dernières instructions pour la composition et la marche de l'armée, et pour l'emploi et les divers commandements des troupes qui devaient rester en Égypte.
L'armée de Syrie se composa de quatre divisions d’infauterie, d’un corps de cavalerie, d'un corps d’artillerie, d'un détachement du génie, des guides â pied et â cheval, et de quelques dromadaires. L'effectif de ces forces actives s'élevait à 12,895 combattants. En voici le Ubleau :
k Infanterie. — Divisions : Kléber 2,349 j
Lamies 2,921 p802
Reynier 2,1 «J )
Cavalerie • Général Murat 800
Génie 340
Artillerie 1,385
Guides à pied et i cheval 400
Dromadaires . 88
’ Total. . . . 12,895
La difficulté du transport de l’artillerie et des munitions avait forcé à n'attacher aux quatre divisions d’infanterie qu’un nombre de pièces bien inférieur à la proportion ordinaire; la réserve du parc n’était que de vingt-sept canons (4 de 12, 15 de 8 et 8 de 3), onze obusiers , et trois mortiers de 5 pouces.
Les garnisons qui devaient rester dans la Basse- Égypte durent être fournies par la 19® demi - brigade, par les troisièmes bataillons des demi-brigades de l’expédition de Syrie, par les légions nautique et maltaise et par les dépôts de cavalerie. — Le général Dugua eut le commandement du Kaire; le général Menou conserva celui de Rosette; l’adjudant général Almeyras reçut, avec le commandement de Damiette, l’ordre de presser les travaux des fortifications. La place d’Alexandrie, qui devenait de plus rn plus importante , et qui , menacée par les Anglais, l’était aussi par les symptômes de peste qui venaient de s’y manifester, fut confiée au général Marin ont
* L'année 1798 allait s’arberer uni que l'état unitaire de l’armée tôt cessé d’étre satisfaisant ; on n’y avait encore vu aucun symptôme de maladie contagieuse , lorsque vers U fin de décembre la peste te déclara à Alexandrie, dans l'Hôpital de la Marine. Il y eut beaucoup de lenteur dans les déclarations, et par conséquent dans 1rs mesure* de précaution et d' isolement nécessaires |>our empêcher la maladie de ae propager. Elle se communiqua aux troupes de terre. — L'ordonnateur des lazarets, ayant reçu l’ordre de se concert tr avec le médecin en chef, lui demanda s'il fallait bfôhr les effets des pestiférés, ou se contenter de les lavrr et de les exposer à fair libre et au serein de la nuit. Uesgeneltcs répond I qur le b.ûlrmrn! éia t une mesure lodispemuible. I. 'ordonnateur fit néanmoins observer au général en chef que cette mesorr devait entraîner de grandes dépenses . soit par ; la perte des fournitures appa> tenant * I État , soit à cause des indemnités qui seraient réclamées par les particuliers. Tbtbau icau assure qu - Bonaparte i épjiqua comme le béroa du Tasse , quand il rejette la rançoii d'Altamore : «Je suis venu ici pour fixer l'attenuon et reporter Pintérét de FEurope sur le rentre «le l'ancien monde, et non pour entasser des ncbe*ars. t - On brilla donc 1rs effet s des prslitéiés et des malades suspects de la peste. - le général en chef, afin d'assurer aux solda'» le secours h les soins d’-s infirmicix que la crainte de U peste aurait pu cmp*-t»er de remplir leur devoir , écrivit en outre à Mvnioat , qui comnuudail à Alexandrie ;
Le général Desaix, avec son corps d’armée, res u dans la Ilaute-Égjpte.el reçut l’ordre de redoubler de vigilance et d’activ.té pour contenir le» Mamctutks et pour empêcher Mourad-Bey de se porter vers la Basse-
Étfyple-
Corps des dromadaires. — La création du corps des dromadaires, dont il est question pour la première fuis lors de l’expédition de Syrie, date du premier mois de l’année 1799. — Les Arabes, grâce à la vitesse de leurs chevaux, à leur adresse à le» conduire, d leurs habitudes du désert, échappaient facilement à la cavalerie française. Le général en chef, en revenant d’Arabie à Suez, rencontra une caravane escortée par des hommes montés sur des dromadaires : étonné de l'adresse avec laquelle il vit conduire ces animaux agiles, il ordonna i deux des officiers de son étatmajor, Eugène Bcauharnais et Édouard Colbert, d’essayer de les monter] et de les conduire. Satisfait de l’essai de ces officiers, et ayant en vain tenté lui-mème de les atteindre en lançant son cheval au galop, Bonaparte, en arrivant à Suez, prit un arrêté pour la formation d'un régiment de dromadaires. Dans le même temps, afin de poursuivre Mourad-Bey \ Desaix organisait un corps pareil dans la Haute-Egypte. Le dromadaire, leste à la course , peut au trot suivre un cheval au petit galop, même en portant deux hommes adossés, leurs vivres et leurs munitions; il supporte facilement la fatigue, la faim et la soif. Il était très propre i faire des marches dans le désert. Bien dressé et docile, il exécutait toutes les manœuvres avec une rare précision. Au signal de balte, il fléchissait les jambes, se reposait sur le ventre et restait immobile. Les soldats mettaient pied à terre, se formaient en bataillon carré et combattaient les Arabes avec leur avantage habituel. Les escadrons de dromadaires formés dans la Haute et dans la Basse-Égypte, agirent efficacement pour réprimer les brigandages des Arabes, et les forcèrent à se soumettre. — Le détachement de dromadaires attaché â l’armée de Syrie rendit des services signalés peudant la campague.
Pieux défensifs. — Dans le même temps, et afin
« Faites faire tous 1rs cinq jour» une visite des hôpitaux par un offlrier supérieur, qui prendra tout» les préeiuiK»» nécessaire», visitera tous les malades, et fera fusiller sur-lertxamp , dan» U cour de l'hôpital , les Infirmiers ou employés qui auraient refusé de fournir aux malades 1rs scrourt et K* vivres dont ils ont besoin. >
1 Voici la description qu’un ancien officier do corps des dromadaires nous a adressée , de l'armement rt de féquipeineni des dromadaires de la liaule-Égypte:» Chaque ravaïier était monté sur undruiua dairr. Une «elle enclavait la bosse dr <■*« animal , exliémement «toux , qui était sanglé A l’estomac et aux flancs. Notre bride consistait en uoe espèce de licol garni de drap bleu «éUstr avec un morceau «le fer crénelé A la muserolle , le tout tenu par des rênes ordinaires. Deux gran<tes sacoche» pendaient des deux côtés de la selle, et cou tenaient les v. mi «lu dromadaire pour huit A dix jours . et ceux du ravaltrr pour quinte A «iugt jours. Notre roiffuie était on chapeau ou un turban blanc surmonté d'une plume d'autrurhe noire. Le petit rosiume se composait d'un dolman et d’une ceinture A la hussarde, d'un large pantalon rouge et dr bolir* île même couleur En grande tenue, nous avions une turr-qnr A la polonaise, en drap bk-u célesie. paiemcns ronges « t boulot s blancs. Nos armes étaient uu sabre porté A la main. lucke avec des cordons de soie ronge . une giberne comme Pmfantenr , un fusil A ta dragonf*. deux pislohls A la teinture et dritx dans les fontes de la selle. Un grand nombre d’entre nous avaient des damas plut ou moins rubis, pris aux Mamelucki. •
KRANCT. MILITAI RK.
( omkMt de NaxanKh •
l-uan (T. miutaiuk
FonUnu* i Uania» .
ûiçfritztBU^Ànt>gi<N
Lo Trou» X Loup» .
d’ajouter aux moyens de défense de l'infanterie contre U cavalerie e.memie, et pour lui permettre surtout de combattre sur deux rangs et de tirer paru du troisième, toujours faible et souvent nu.sible aux hommes du premier, le général en chef ordouna que tous les soldats fussent munis de pieux ferrés par les deux bouts. Ces pieux, destinés ù être plantés obliquement en terre, la pointe tournée contre l’ennemi, devaient, pendant le combat, défendre contre la cavalerie le frout de l'infanterie, et lorsqu’elle était campée, border et fortifier l'enceinte du camp. Les pieux devaient alors être liés les uns aux autres par dis chaînettes propres à les assujettir et à faire une barricade impossible à déplacer. On ignore quel motif empêcha l’ordre du général en chef de s’exécuter, caron ne voit pas que ce moyen défensif ail été employé. Nous supposons que, sous un climat brûlant comme celui de l'Égypte, on aura craiut d’augmenter le poids, déjà si fatigant, dont le fantassin était chargé.
Marche sur la Syrie. — Combats d‘ El-Arych. — L’armée devait, de divers points, se réunir à Katieh, sur la frontière de l’Égypte. — La division Kléber, partie de Damiette, s’y rendit par mer et par le lac Menzaleh. — Les divisions Bon et La unes devaient partir du Kaire avec le parc d’artillerie, les vivres, les munitïous et les équipages.
Le général Reynier, avec son état-major, partit de Belbtïs le 23 janvier, s’arrêta quelques jours à Salahieb, et arriva le 5 février à Katieh , où il rejoignit son avantgarde; il en repartit le 7, et prit la route d’KI-Arych. Ce village et le fort étaient occupés per 2,000 hommes de troupes de Djezzar.
Le général Lagrange, avec deux bataillons de la 85* demi-brigade, un bataillon de la 75*, et deux pièces de canon, formait l’avant-garde de Reynier. Le 9, il aperçut , en approchant des fontaines de Messoudiah, un parti de Mamelucks, auxquels ses tirailleurs donnèrent la chasse. Il arriva le soir devant El-Arych , et le 10 il se porta avec rapidité sur les montagnes de sable qui dominent le village et le fort. Il y prit position et y plaça son artillerie. — Le général Reynier fit battre la charge; à l’instant l’avant-garde se précipita de droite et de gauche sur le village, qu’il attaquait lui-même de front. Malgré la position favorable du village, dont les maisons en amphithéâtre étaient crénelées , malgré le feu et la résistance opiniâtre de l'ennemi , El-Arych fut enlevé à la baïonnette ; les Turcs se retirèrent dans le fort et en barricadèrent les portes avec tant de précipitation, qu’il laissèrent dehors environ 300 hommes, qui furent tués ou faits prisonniers. — Dès le même soir, le fort d’El-Arych fut investi et bloqué.
On avait signalé dans la journée, sur la routedeOaza, un corps de cavalrneel d'mfanlere ennemie , escortant un convoi destiné à l’approvisionnement d’El-Arycb. Ce corps, augmenté par quelques renforts, et devenu audacieux par la supériorité numérique de sa cavalerie, vint camper, le 14, A une demi -lieue d’ËI-Arjvh, sur un plateau escarpé défendu par un ravin profond, position dans laquelle les Mamelucks se croyaient inexpugnables.
Cependant le général Kléber était arrivé avec quelques troupes de sa division. — Dans la nuit du 15 au 16, une partie de la division Reynier tourna le ravin qui couvrait les Mamelucks, et se précipita sur le camp , dont elle s’empara. Tous ceux qui ne purent pas échapper par une prompte fuite furent tués ou faits prisonniers. Une multitude de chameaux et de chevaux, des provisions de bouche et de guerre, et de nombreux équipages, tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Deux beysel plusieurs katebefs restèrent morts sur le champ de bataille.
Le général en chef arriva devant El-Arych le lendemain de ce combat, et y fut promptement rejoiat par le reste de l’armée.
Capitulation du fort d’El-Arych. — Reynier avait fait tirer contre le fort quelques coups de canon, et commencer des boyaux d’approche ; mais n’ayant pas assez de munitions pour battre en brèche, il s'était borné à sommer le commandant turc et à resserrer le blocus.
Le 18 février, l’armée prit position devant El-Arych. Bonaparte fit canonner une des tours du château # et dès que la brèche fut commencée, il fil de nouveau sommer la place de se rendre.
La garnison était composée de 1,600 Aroautes et Maugrabins, barbares indépendants , et ne connaissant aucun des usages, aucun des principes militaires des nations policées. L’aga qui les commandait dut les interroger les uns après les autres avant de faire une réponse au général français ; ils insistèrent surtout pour conserver leurs armes. Bonaparte, qui avait intérêt à ménager son armée et ses munitions, se prêta patiemment à la bizarrerie de leurs procédés , et * différa l’assaut Enfin , le 20 février, la garnison capitula, sous la condition de se retirer à Bagdad par le désert, et s’obligeant à ne pas porter, pendant un an , les armes contre les Français. Une partie des Maugrabins prit même du service dans l’armée. On trouva dans le fort 250 chevaux , deux pièces d’artillerie démontées, et des vivres pour plusieurs jours. — Bonaparte envoya au Kaire les drapeaux enlevés à l’ennemi et les Mamelucks faits prisonniers.
Entrée en Palestine.— Le 22 février, l’armée, ayant la division Kléber pour avant-garde, se mit en marche afin de se porter sur Kan- Jounes , premier village de la Palestine en sortant du désert. Le lendemain le général en chef, avec son état-major, partit d’Et-Arych, escorté par 100 guides Achevai et par l’escad ronde dromadaires. En passant à Cheik -Zoé, il remarqua avez étonnement que les fos»és dans lesquels les Arabes cachent leur paille et leur blé n’avaicnl pas été fouillés. On ne rencontrait pas un soldat en arrière, ce que pouvait expliquer la crainte inspirée aux traîneurs par les Bédouins. Il continua sa marche; mais arrivé aux deux colonnes de granit qui séparent l’Afrique de l’Asie, et près desquelles se trouve le puits de Refah, il fut alarmé de ne pas voir à l'entour de traces d’eau répandue par les troupes qui avaient dû s’y reposer. Il passa outre néanmoins, et s'avauça sur Kan Jounes;
mai» Au litti de sort armée , il y trouva un corps de Nitiiftlttckft gardant le village, et il aperçut dans le lointain le camp d'Abdallah-Pacha. Qoel que* officiers •ottfteil latent de retourner vivemrnt a Kl-Arych ; mais Buotta parle sentit qu'en se retirant, t! attirerait sur haï les Mamelucks, et il résolut d'agir au contraire avec audace. À la tête de scs guides , il se porta sur Kan-Jounes. Les Mamelucks, prenant ce corps pour la •Ne de l'armée française, se replièrent à la hftte sur le camp de Gara, et les Français s’établirent dans le village; mais à la nuit, le général en chef jugea qu'il aérait imprudent d*y rester plus long-temps, en face de rtntMtni , sans avoir de nouvelles de l’armée, et se décida à la retraite. Envoyant un détachement de dromadaires à la découverte, il icvint A dix heures du soir à Cheik-Zoé.— Le lendemain au matin les trois divisions Kléber, Bon et Lannes, qui , égarées par leurs guides, avaient erré pendant quarante-huit heures dans le désert, arrivèrent presque simultanément â Cheik-Zoé, accablées de fatigue et de soif.
La division Reynier était restée à El-Àrych , avec l'ordre d'y attendre que les prisonniers l'eussent évacué, que le fort, clef de l’Égypte, fût mis dans un état respectable, et enfin que le parc d’artillefie fût rn marche. Élle devait ensuite former l'arrière-garde.
Le îft février, le quartier général et l'armée continuèrent leur marche sur Kan-Jounes.
L'armée Venait de traverser soixante lieues du désert lé plus aride , car les villages de Kalîeh et d’El-Àrich n’offrent que des huttes de terre , et quelques palmiers près des puits. Elle éprouva une véritable jouissance A son entrée dam tes plaines verdoyantes de Gaza et A l'aspect des montagnes boisées de la Syrie.
Occnpatbn de Gasa. — A rapproche de l'armée , Abdallah, qui était revenu camper avec scs Mamelucks et son infanterie A Une lieue de Kan-Jounes , s’élait replié sur Gaza.
Le 26, l'armée marcha sur cette ville; A deux lieues en avant, on aperçut un corps de cavalerie qui occupait la hauteur.
Bonaparte disposa en Carré chacune des divisions. Celle de Kléber forma la gauche, et se dirigea sur Gaza, à la droite de l’ennemi; la division Bon, fut placé an centre; la colonne de droite fut Formée de la division Lâftnes, qui se porta sur les hauteurs, afin rte tourner les positions d’ A bd al ah ; Murat, ayant sod s ses ordres la cavalerie et six pièces de canons, marchait èn avant de l’infanterie. A son approche, la cavalerie d'Abdallah fit plusieurs mouvements qui annonçaient de l’indécision. Elle s'ébranla, et parut vouloir charger; mais bientôt elle rétrograda , et se retira au galop pour prendre une nouvelle position. Murat poussa des partis en avant et fit manœuvrer sa cavalerie, afin d’engager les Turcs A changer ou A attendre la charge; mais ceux-ci se repliaient à mesure qu'il avançait, et A la nuit ils avaient entièrement dis-
Il L’armée se trouvait A une lieue àu-delA de tiaza. Elle prif position sur les hauteurs qui dominent la place.
Le fort de Gaza est de forme circulaire, du diamètre
d’environ quarante toises, et flanqué de tours. Il (enfermait seize mllliere de poudre, une grande quantité de cartouches, des munitions de guerre et quelque! pièces de canon. On trouva en outre dans la ville cent mille rations de biscuit, du rit, des tentes, et une grande quantité d’orge. L’armée y séjourna deux jours, que Bonaparte consacra A l’organisa Lion civile et mi* lltaire de la place et du pays.
Le 29 février II pari» pour Jaffa, oû l’ennemi (Assemblait ses forces, et il arriva devant cette ville le 3 mars. A l'approche dfe In division d’avant garde (Kléber), l'ennemi se retira dans l’intérieur de la place et canonna les éclaireurs. Les autres divisions et la cavalerie arrivèrent quelques heures après. La Cavalerie et la division Kléber curent ordre de couvrir le Siège dç Jaffa , en prenant position A la rivière de Latloya , k deux lieues environ sur la roule d’Acrt. Les division^ Bon et Lannes formèrent l'investissement de IA Ville.
Siège et prise de Jaffa. — Jaffa était ceinte d’une muraille, sans fossés ni contrescarpes. Aux angles s’é-T levaient de grosses tours armées d’artillerie. Quoique ces pièces dussent être servies par les meilleure canonniers de l’empire ottoman, elles avaient été maladroitement placées. Le général én chef décida què le de l’attaque aurait lieu du côté du sud, contre U partie la plus élevée et la plus forte, mais que divers accidents de terrain permettaient d’approcher A une demi-portée de pistolet, tîn coteau peu élevé dom ne, A Une porléë de Canon , la ville et la campagne. On y IrAçâ U ligné de circonvallation. C’était le lieu oû l'armée aurait dû naturellement Camper; mais, comme Mie position était éloignée de l’eau , et exposée sans ombrage A loutè l'Ardeur du soleil, le général en cheF préféra établir Ses troupes Un peu plus loin de la placé, dans des bosquets d’orangers, et se contenta de faire garder le coteau par des postes.
La tranchée s'ouvrit dans la nuit du 4 Au S mars; où construisit une batterie de brèche et deux contre-batteries dirigées sur la tour carrée, la plus élevée du front d'attaque. On plaça uue autre batterie au nord , Afin de faire une diversion. i
Les journées du 5 et du 6 furent employées A perfectionner les travaux de siège. L’ennemi fit deux sorties, et se porta vers la batterie de brèche; mais il fut repoussé avec perle.
Le 7 mars le général en chef adressa A U garnison une sommation oû il lui représentait les malheurs qu'elle allait attirer sur elle et sur la ville si elle prolongeait sa défense, et lui promettait sauve- garde et protection si elle voulait se rendre. Four toute réponse, le commandant turc, Àbou-Saab fil trauchcr la tétc A l’envoyé français, et l'exposa , plantée sur uu pieu , au haut dis remparts aux regards de toute l'armée. L’iodigualiuu de» soldats fut portée au comble.
Toutes les batteries recommencèrent A tirer, et après six heures d’un feu terrible, une brèche fut ouverte et jugée praticable. La division Lannes fut désignée pour monter à l’assaut. Les adjudants généraux Nethens oo4 et Rambaut se présentèrent les premiers sür la brèche \ officiers et soldats, chacun s’y lança A l’envi. Mais à
l'in«Unt 0(1 il* allaient pénétrer dan* l'enceinte , l'ennemi démasqua doux batteries et réunit tous scs tirailleurs sur le front. Un combat meurtrier et ppiniAtre s'engagea sur les remparts. Tout ce que la place contenait d'habitants s’y était porté. Les femmes, les enfants mêlaient leurs cris au bruit des armes, et lançaient sur les assaillants des pierres et des matières embrasées. Le Succès restait incertain; mais tout à coup de nouveaux assaillants placèrent les assiégés entre deux feux. La division Bon avait découvert, pré» de la mer, uue brèche praticable et dégarnie de troupes; elle pénétra dans la ville presque sans obstacle et s'empara du port. Les habitants furieux et la garnison barricadèrent les rues, et se retranchèrent dans les maisons. Le combat recommença plus acbarné et plus terrible. Les troupes de Lamies se joignirent à celles de Bon. LesTurcs, assaillis et cernés de taules parts , refusèrent obstinément de se rendre. Les soldats, dans leur fureur, en firent uu horrible carnage, malgré les généraux et les officiers, qui voulaient mettre un terme 1 cette boucherie. Eufiu , la* de tuer, et épuisés de fatigue, ils laissèrent la vie aux débris de la garnison!, qui furent conduits au quartier-général. A cinq heures du soir, l'armée était maîtresse de la ville, qui, pendant vingt-quatre heures, resta livrée au pillage et a tous les excès qui raccompagnent; le parlcsaeattire français fut cruellement vengé.
L'armée eut 50 hommes tués et 200 blessés. Le chef de Brigade Lejeune resta parmi les morts et fut vivement regretté. On trouva dans Jaffa cinquante pièces de canun , dont trente de campagne, dee munitions de guerre, et d'autres approvisionnements. Le port renfermait un navire de 150 tonneaux et quinae petits batiments de transport.
d.LsJfi • . • ! ’
Massacre de la garnison, — Le* prisonnier», reste dp I? garnison massacrée dans U ville, étaient au nombre de 2000. |l était impossible de songer & les reconduire en Égypte. Un avait la certitude que, renvoyés sur parole, ils iraient grossir l’armée de Djeazar- Pacha. Ges circonstances graves imposèrent au conseil de généraux rassemblés pour délibérer sur ce qu’il en fallait faire, la péoible obligation de déclarer que le salut de l’armée exigeait leur mort) le général en ebef fit exécuter cette condamnation avec la plus vive douleur; mais c’était son devoir. La nécessité est impérieuse et impitoyable ; «Jamais, 11 le déclara dans son rapport au Directoire, jamais la guerre ne lui avait paru aussi hidrusa.»
Celte fatale nécessité est un «rime que les Anglais lui ont reproché; les Anglais, alliés de Djezxar- Pacha, qui ne fit jamais de prisonnier-, et qui ordonnait de tranofccr la tête aux parlementaire» I Bonaparte à Sainte- Hélène a expliqué les faits, et a justifié sa conduite.
« Daps ta garnison de Jaffa, dit-il « en découvrit un grand nombre de soldats turcs que j’avais faits prisonnier» peu de temps auparavant A El-Arych , ci envoyé à Bagdad, après qu’ils m’eurent donné leur parole de ne plus servir, ou du moins de ne plus porter les armes pendant l'espace d'un an. Je les avais fait escorter pen-
dant douze lieues sur la route de Bagdad ; mais ces turcs, au lieu de s'y rendre, se jetèrent dans Jaffa, défendirent la place A outrance, et furent cause que je perdis un grand nombre de braves avant de m'en emparer. Sans le renfort que ces misérables donnèrent A la garnison de Jaffa , mes soldats n'auraient pas été sacrifiés. D'ailleurs, avant d’attaquer cette ville, j avais envoyé un parlementaire. Presque aussitôt, nous vîmes sa tète au bout d'un pieu planté sur la muraille. Si Je leur avais pardonné, et que je les eusse encore laissé aller sur parole, ils se seraient rendus directement A Saiot-Jean-d’Acre , pour y recommencer leur conduite de Jaffa.
« Je devais A la sûreté de mes soldats (mon litre de général m'en faisait une impérieuse obligation) de ne pas permettre que ces prisonuiers renouvelassent de pareils excès. Il était impossible que je consentisse à laisser une partie de mon armée, déjà réduite par la perfidie de ces misérables , pour les garder. Enfin , agir autrement que j'ai fait, c'eût été vouloir la drstruetion de mon armée. En conséquence, usant drs droite de la guerre, d’après lesquels j’étais le maître de faire mourir des prisonniers faits dans une semblable circonstance, des droits qu’a le vainqueur sur une ville prise d’assaut, et du droit de représailles contre les Turcs, j'ordonnai que les prisonniers fussent fusillés. J'eu agirais encore de même, et tous les généraux qui auraient commandé une armée, en de semblables circonstances en auraient fait autant. »
Visileaux pestiférés de Jaffa.— La peste, dont quelques bataillons avaient rapporté le germe d'Égypte se déclara pendant le séjour de Jaffa et fit de grands ravages dans l’armée. L'imagination des so'dats était frappée et leur courage abattu. La stupeur devint universelle. Les malheureux atteints du fléau étaient repoussés par leurs camarades. Le dévouement généreux des officiers de santé ne pouvait suffire pour chasser ce lâche égoïsme cl ramener l'armée A des sentiments plus dignes de l’humanité. Bonaparte voulut, par une démarche éclatante et publique, relever le moral de ses soldats. — Le 11 mars, le bruit se répandit dans le camp que plusieurs militaires étaient tombés morts en se promenant sur le quai : c’étaient les cadavres d’hommes morts A l'hôpital dans la nuit, et que les infirmiers turcs avaient négligemment déposés A la porta. L’armée s’en émut, et la nouvelle en parvint aussitôt aif général en chef. Il résolut de mettre aussitôt son projet à exécution, et, suivi de son état-major, alla visiter les deux hôpitaux où les blessés et les pestiférés étaient séparément. Il commença par celui des blessés, auxquels il fil distribuer de l'argent et des vivres. Il se transporta ensuite dans celui des pestiférés, s’arrêta auprès de tous les soldats, et adressa ,1 chacun d’eux des paroles de consolation et d’encouragement. Il y resta pendant plus d'une heure et demie, occupé de tous les détails d’une prompte organ-satioo. Se trouvant dans une chambre étroite et encombrée de malades, dans le but de leur montrer que l'affection n'était pas aussi contagieuse qu’ils le supposaient , il en toucha plusieurs et aida A soulever le cadavre hideux d’un soldat tout
souillé par Pouverture d'un bubon pestilentiel. Desgenettes essaya , sans affectation , de le recondoire hors de l'hôpital, et lui fit entendre qu’un aussi long séjour dans une atmosphère remplie de miasmes infects devenait beaucoup plus qu’inutile et pouvait même être funeste. Il fallut de vives instances pour qu'il consentit à se retirer Enfin il quitta l'hôpital , comblé des bénédictions de ces malheureux expirants. Lorsqu’il sortit, les officiers de son état-major, justement alarmés, firent à Bonaparte de vifs reproches de son imprudence : «C’était mon devoir, répondit-il avec calme, je suis général en chef.» Le médecin fut aussi vivement blâmé, et on murmura contre lui dans l’armée , parce qu’il ne s’était pas opposé formellement à la longue visite du général. «Ceux-là le connaissent bien peu, répondit Desgeneltes , qui croient qu’il est des moyens faciles pour changer ses résolutions, ou de l'intimider par la crainte du danger. »
La visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa à fourni à Gros, un des plus grands peintres français, le sujet d’un de ses chefs-d’œuvre.
Marche sur Saint- Je an -d 'Acre. — Combat de Zeia. — Après avoir fait de Jaffa et de son port l’entrepôt de l’armée pour l'artillerie et les munitions qu’on attendait de Damiette et d’Alexandrie, Bonaparte marcha sur Saint-Jean-d’Acrc avec les divisions Kléber, Bon et Lannes; la division Reynier formait l'arrière-garde et suivait à deux marches en arrière , en longeant la iner par Osarée et Dor, l’armée , qu elle devait rejoindre à Sainl-Jean-d’Acre.
Le 16 mars l’avant-garde française découvrit, en approchant de Zêta , un corps de cavalerie aux ordres d’Abdailah-Pacha , qui, pour retarder la marche de l’armée, avait pris position sur les hauteurs de KAkoun , s’appuyant à la montagne de Naplousc, où quelques milliers de Naplousains étaient postés. Pendant que Kléber, Bon et Murat se dirigeaient sur la cavalerie turque, et manœuvraient pour engager le combat, Lannes eut ordre de se porter sur la droite, afin de couper le Pacha d’avec les Naplousains : ceux-ci prirent la fuite; mais l’infanterie légère qui les poursuiva t S'étant trop engagée dans les défilés, ils se rallièrent , et l’attaquèrent à leur tour peodaut sa retraite, jusqu’au débouché des montagnes. Le chef de la 69* demibrigade, Barthélemy, fut tué dans ce combat.
Occupation de Coiffa . — Deux jours après, le 17 mars, Kléber occupa Caïffa au pied du Mont-Carmel, ville fermée d’une bonne muraille flanquée de tours, et que Djrzzar avait fait évacuer apres avoir désarmé le château qui défend le port et la rade.
| L’avant-garde de Kléber découvrit , en arrivant près de Caïffa , l’escadre anglaise, aux ordres de Siduey- Sm th , qui y était mouillée depuis trois jours. Celte escadre était composée de deux bâtiments de ligne, ie Tigre et le Thésée, et d’une frégate /’ Alliance. Les chaloupes du Tigre s’approchèrent de la côte, reconnurent la troupe française au pied du Mont- Carmel, et cherchèrent par leur feu à gêner sa marche.
Prise de la flottille française . — Déjà Sidney-Smith avait relevé le courage et accru les moyeus de résistance du pacha de Saint-Jean-d’Acre : il lui avait envoyé un ancien ingénieur français très habile, au dévouement duquel il devait sa délivrance de la prison du Temple, et son retour eu Angleterre. Le colonel Phélippeaux ' avait fait réparer cette place , l'antique Ptolémaïs, fortifiée à la manière du xii* siècle, avec des courtines flanquées de tours carrées. Le capitaine Milier, du vaisseau le Thésée , lui avait fourni tous les moyens dont il avait pu disposer pour rétablir cet ancien boulevart de la Syrie.
Cependant ces travaux et ces premiers secours n’eussent vraisemblablement pas suffi pour soutenir Djeizar- Pacba contre une attaque régulière , si , au moment même ou Bonaparte achevait l’investissement de Saint- Jean- d’ Acre, la flottille qui portait son artillerie de siège et ses munitions ne fût tombée entre les mains des Anglais. Cette flottille, aux ordres du capitaine Stanglet, doublait le Mont-Carmel lorsque, aperçue par le Tigre , elle fut poursuivie et bientôt atteinte par le canon des vaisseaux; sept des bâtiments qui la composaient amenèrent leur pavillon ; une corvette et deux petits bâtiments s'échappèrent.
Cette perte, irréparable pour les Français dans la situation où ils se trouvaient, décida du sort de Saint- Jcan-d’Acre. Cette place , malgré l’état de défense où le colonel Phélippeaux avait remi scs fortifications, aurait vraisemblement été prise; l’audace et l’intrépidité dans les attaques auraient suppléé au manque de grosse artillerie, et de tous les approvisionnements indispensables pour un siège. Ces ressources précieuses étant non pas seulement détruites et perdues pour les assiégeants , mais encore prises et employées à la défense de la place, firent pencher la balance des moyens du côté des assiégés. Les mortiers, les canons, les plates - formes , armèrent les remparts qu’ils devaient servir à battre en brèche, et les bâtiments de transport furent employés à inquiéter les postes français établis sur la côte, et à intercepter les communications et les convois qu'ils avaient été primitivement destinés â protéger.
Investissement de. Saint - Jean - d’Acre. — Après avoir investi Saint-Jean-d’Acre , le général en chef fit camper son armée sur une hauteur isolée qui borde la mrr à environ mille toi*? de distance, et qui, se prolongeant au nord jusqu'au Cap-Blanc , domine A l'ouest une plains d’envir..Q deux lieues, b»rnée par les moniagnes qui se trouvent entre Saint-Jean-d’Acre et le Jourdain.
Il fil occuper Nazareth et Cbefamer, afin de surveiller les débouchés de la roule de Damas ; puis ayaot reconnu la place avec les généraux du génie et de l’artillerie Dommarlin et Cafarelli, il décida que l’attaque aurait lieu sur le front à l'est de la ville, dont deux côtés ba gnét par la mer, el flanqués par le feu des vaisseaux, rendaient très difficile le développement des travaux.
1 Le meme officier qui , lori de hnmrmlioa du Bem, avait prb le commaodcmcat des insurgé* du Cher {F Oyez plu* haut, page 160).
Alliance avec les Druses. — En pénétrant eu Palestine et ea Syrie, Bonaparte «'était fait précéder, suivant son usage, de proclamations destinées a rassurer les habitants et à sc concilier leur affection. Bientôt ceux dey villages qui entourent la pla ne de Saint Jeand’Àcre apportèrent des provisions au camp. Les Druses descendirent de leurs inonmgues et viurent saluer le Vainqueur des Mamcluckx. Soit baine pour les Maho- Uiétao.t qui les op|>nniaient, soit entrainement naturel pour les Français , qu'ils regardaient presque comme co- Nligionnaires, ils montrèrent les d spositious Içs plus favorables ; Bonaparte les reçut devant sa tente. Ils avaicut ù leur tète le fils d'ümpr-Da ber, fameux guerrier qui, après avoir bravé la Porte, élevé sa fortune par son courage et sa coi. stance, et régné i Saint-Jean* d’Acre, avait fini par succomber, à l'Age de 90 ans, sous les embûches d’Achmct-Djezzar devenu son successeur. Bonaparte fiat la les ressentiments du fils de Dahcr, et lui annonça qu’en considération de son mérita personnel , et de sa générosité qui devait le rtudre.com me son père, ennemi des vexât inns et bienfaiteur du peuple, il lut donnait le commandement de toute la Tibériade. Il le revêtit d’une pelisse d'honneur, ordonna aux grands et au peuple de le reconnaître pour leur Cheik et prescrivît au Cheik de Naznn-th de lui remettre les maisons, jardins et autres propriétés que son père y avait possédés. Abbax-Daher se retira enchanté du sultan Kébir ( c’était, comme on sait , le nom que les Orientaux donnaient A Bonaparte). Lr général en chef écrivit aussi au Cheik Muslapha-Békir, un des principaux chefs de la nation druse,qur Djezzar avait gardé pendant sept ans Hans les fers. En lui annonçant les malheurs qui allaient frapper le pacha d’Acre : h Us doivent vous être agréables , disait Bonaparte, car la tyrannie de cet bommejéroee a longtemps pesé sur la brave nation druse; mon intentitâi est de la rendre indépendante, d’alléger le tr but qu’elle paie , et de lui rendre le port de Bain ut et les autres villes nécessaires pour les débouchés de son commerce. ,1e désire que vous veniez vous-même le plus tôt possible, ou que vous envoy ez quelqu'un pour me voit ici devant Acre, afin de prendre tous les arrangements nécessaires pour nous délivrer de ms ennemis communs. Vous pourrez faire proclamer dans tous les villages de la nation druse que ceux qui viendront apporter des vivres au camp, et surtout du vin et de Feau-de-vie, seront exactement payés. »
Mustapha- B< kir se hAla d’accourir auprès de Bonaparte, qui le revêtit d'une pelisse d'honneur, lui donna Ip commandement du fort de Saffet, du pont de Jacoub. sue le Jourdain, et lui confia la défenre des frontières orientales du pacbalik d’Acre, alors entièrement occupé par l'armée républicaine.
Les Druses et les habitants de la Tibériadé paraissaient faire des vœux pour le succès des armes françaises ; ils donnèrent au général en chef des renseignements sur ce qui se passait derrière les montagnes et dans l’intérieur de la Syrie, et lui apprirent que le pacha de Damas, nommé au commandement d’une nouvelle armée, avait appelé A son secours les pachas de l'Asie- Mineure, et réunissait ses forces derrière le
T. II
lac dcTabarieh aux sources dn Jourdain et de l’Oronte (l’Aasi).
Dans le même temps, le général en chef écrivait au mollah de Damas, Mourad-Radeh , qu’il avait connu au Kaire. «J'ai traversé le désert pour repousser les agressions de Dji-zzar; D eu, qui a décidé que le régne des tyrans, tant en Égypte qu'en Syiie, devait être terminé , m’a donné la victoire. Je me suis emparé de Gaza , de Jaffa et de Olffa ; je suis devant Acre qui , d’ici â peu de jours, sera en mon pouvoir. Faites connaître aux Cheiks et aux Agas des janissaires de Damas que, loin de porter atteinte â la religion des Musulmans, j'accorderai toute protection A la caravaue de la Mecque, et engagez les habitants de Damas A se conduire dans ces circonstances avec la même prudvnce et la même sagesse que ceux du Kaire.» - Il y a leu de croire que rette lettre ne parvint pas A sou adresse, elle n'obtint du moins aucun résultat.
Bonaparte fil aussi A la même époque d'infructuruses démarches pour amener les Naplousains A conser ver au moins la neutralité. Ces peuplades belliqueuses et fanatiques ne voulurent se prêter A aucun accommodement.
livres. — HApiraux. — Les négociations, tendant à s’assurer par des alliances l’amitié et la coopération des peuplades du Liban, n’étaient pas avec les travaux du *iége les seules occupations du général en chef. Depuis son départ du Kaire, l’armée n’avait vécu que de biscuit. Les provisions, trouvées dans les magasius de CaTffa et dans ceux de Chefamer, celles qu'apportèrent les habitants , pouvaient suffire A sa subsistance. Les moulins situés sur leTanouset le Kerdaneh furent employés A moudre le blé. Un grand établissement de boulangerie fut mis en activité au camp, auprès de la tente du général en chef, et en quelque sorte sous sa surveilancc directe. — Après avoir assuré ainsi le principal service des vivres , Bonaparte s’occupa des hôpitaux ; la grande ambulance était établie dms les étables de Dji zzar, seul local existant aux environs d’Acre; mais les bb'ss "s et les maladis y étaient fort mal , on manquait de foum turcs et de médicaments. Un hou village A 3 lieues d’Acre, Chefamer, offrait une situation dès favorable pour un épilai : ce village est p'acé sur une hauteur bien exposée, entourée et couverte de végétation, près des sources de la Kerdaneh. Il s’y trouvait un ancien palais d'ümar-Daber; cet édifia- réunissait â la hardiesse et au grandiose de l'an hiteelure orientale, la solidité d'une forteresse. Il était as>ez vaste pour contenir G00 malades. Le général en chef donna ordre d’y établir deux hôpitaux , un pour les fiévreux (c’était le nom, qu’afin de ne pas affecter le moral de l'armée, les médecius et les généraux étaient convenus de donner aux pestiférés ' ) et un pour les blessés. Un
1 Cet hôpital fut, pendant le siège d'Acre, le théâtre d'un trait d'héroïsme médical qui prouve que dan* l'armée d'Onenl le courage et le dévouement ne h* trouvaient pan seulement ebrz les mil taire* combattants- Ij peste faisait de grands ravages, que rinugmaiioa frappée rendait encore plus prompts et plu* terribles. I* médecin en chef , Usgenelie* , poussé par un de ces élans généreux qui carartér tient une âme douée d'un profond amour de rtiumauilé , osa « inoculer publiquement la peste . afin de rassurer les troupes par net acte de témérité. En présenr» de la fonte, éinne de sa détermination , 1! trempa uuc lancette dans le pus d'uu bubon pestilentiel , et te fit nue
bataillon y fut envoyé en garnison. On établit par la suite un nouvel hôpital dans un couvent situé au sommet du Mont-Carmel; enfin un hôpital d’évacuation pour les convalescents fut placé à Calffa. Le général en chef surveillait lui-mèine avec une grande sollicitude l'organisation de ces divers hôpitaux.
Siège de Saint-J ean-d’ Acre. — Première époque — o Le siège de Saint-Jean-d’Àcre, dit Napoléon daus ses Mémoires , peut se diviser en trois époques.
«La première commence au 20 mars, jour où l’on ouvrit la tranchée, et fiuit au l(r avril.
«Dans celte période, nous avions pour toute artillerie de siège une caronade de 32, que le chef d'escadron Lambert avait prise à Calffa , en s’emparant de vive force d’un des canots du Tigre 1 ; mais il n’était pas possible de s’en servir avec l’affût du canot, et nous manquions de boulets. Ces inconvénients disparurent bientôt ; en vingt-quatre heures le parc d’artillerie construisit un affût. Quant aux boulets, Siduey-Smith se chargea de nous en procurer. On faisait de temps en temps paraître sur le rivage quelques cavaliers ou quelques charrettes : alors ce commodore s'approchait en faisant un feu roulant de toutes ses batteries, et les soldats, à qui le directeur du parc d'artillerie donnait cinq sous par boulet , couraient les ramasser. Ils étaient fi habitués à celte manœuvre, qu’ils allaient les chercher au milieu de la canonnade et des rires universels. Quelquefois aussi on faisait avancer une chaloupe, ou l’on faisait mine de construire une batterie. C’est ainsi que l’on recueillit des boulets de 12 et de 32. l)u reste, on avait de la poudre; car le parc en avait apporté une certaine quantité du Kaire; de plus, on en avait trouvé à Jaffa et à Gaza. En résumé, tous nos moyens en artillerie, y compris celle de campagne, consistaient en quatre pièces de 12 approvisionnées à deux cents coups chaque, huit obusiers, une caronade de 32, et une trentaine de pièces de 4.
«Le 25 mars, en quatre heures de temps, la caronade et les quatre pièces de 12 ouvrirent la tour, et on jugea la brèche praticable. Un jeune officier du génie, avec lâsapeurs et 25 grenadiers, fut chargé de monter
légère p'qûrc à l'anw et au voisinage de l'aisselle. Il nr prit d'autre précaution que «Ile de te laver avec de l’rau et du savon qui lui furent offerts, fendant trois semâmes il eut deux peiils points d'iufl iminaiion correspondants à «s piqûres , et ce* points enflammé* étaient encore apparents, lorsque, pendant ta «traite, il se baigna en préseure d une partie de l'armée dans la baie de Césarée. — D'après I opinion «le Drsgeneilct lui-même, celle «périmes? était néanmoins incomplète , et prouvait peu de chose pour l'art ; car elle n'infirmait punit la Iraiisanssioa de la contagion, démontrée par mille exemples; seulement elle faisait voir que les condition* nécessaires pour que relie transmission eût lieu n'étaieul pas bien déterminées. Desgeuette*, à ce qu'il paraît, courut plut de danger avec un but lumus grand , lorsque peu de jours après . invité , par un officier près de mourir, A boire dans son verre une port tou de son breuvage, il n’hésita point A duuncr crt encouragement au malbeurcut moribond. Ce fait , qui se passa devant uo grand nombre de témoin* , Ica fit la plupart reculer de terreur.
1 Le 21 mars , dans le but de s'emparer des dépôts que renfermait Caiffa . les Anglais tentèrent uu débarquement dans la rade de Césarée. Le chef d'escadre* Lambert , qui commandait l'escadron de dromadaire*. était chargé de la garde de l'aiffa. Il u’avait que KM hommes : il Lutta li divqn il liment débarquer l'eunenu . cl, quand ks Anglais furent A mie ixirléc de fusil, il démasqua un obusser et nu canon de 3; puis, se portant au pas de comte sur les canots, força les Anglais A
â l’assaut pour cq déblayer le pied , et l’adjudant commandant Laugier, qui se tenait dans la place d’arntes â cent toises de là, attendait que celte opération fût faite pour s’élancer sur la brèche. Les sapeurs, sortis de derrière i’aquéduc, eurent trente toises à faire, mais ils furent arrêtés court par une contrescarpe de quinze pieds et un fossé qu’ils évaluèrent à plusieurs toises. Ciuq à six d’entre eux furent blessés, et le reste, en butte à une épouvantable fusillade, rentra précipitamment dans la tranchée.
«Oq plaça sur-le-champ un mineur pour faire sauter la contrescarpe. Au bout de trois jours, c’est-àdire le 28, la mine fut prête ; les mineurs annoncèrent que la contrescarpe sauterait. Cette opération difficile se faisait sous le feu de tous les remparts et d’une grande quantité de mortiers , qui , dirigés par d’excellents pointeurs, que les équipages anglais avaient fournis, lançaient des bombes de toutes parts. Tous nos mortiers de huit pouces et nos belles pièces que les Anglais avaient prises augmentèrent la défense de la place. La mine joua le 28 mars, mais elle fit mal son effet ; elle n’avait pas été assez enfoncée, et ne renversa que la moitié de la contrescarpe. Il en restait encore huit pieds. Les sapeurs assurèrent néanmoins qu’il n’en restait plus. L’officier d’elat- major Mailly fut en conséquence commandé avec un détachement de vingtcinq grenadiers pour soutenir un officier du génie qui , avec six sapeurs, se portait à la contrescarpe. Par précaution, on s’était muni de trois échelles avec lesquelles on la descendit. Comme on était inquiété par la fusillade, on attacha l’échelle à la brèche, et les sapeurs et greuadiers aimèrent mieux monter à l’assaut que d’en déblayer le pied. Ils firent annoncer à Laugier, qui était prêt à les seconder avec deux bataillons, qu’ils étaient daus le fossé, que la brèche était praticable, et qu'il était temps de les soutenir. Laug er accourut au pas de course; mais au moment où il arrivait sur la contrescarpe, il rencontra les grenadiers qui revenaient en disant que la brèche était trop haute de plusieurs p.cds, et que Mailly et plusieurs des leurs étaient tués '.
«Lorsque les Turcs avaient vu ce jeune officier atu-
te rembarquer, leur tua ou blessa plus rtc 100 hommes , et les obligea A gagner le large, line chaloupe du Tigre fut obligée de te rendre ; on y fil 17 prsounii rs, ou y trouva 8 bli-ssés et une carouade de 32. — StiJncy Smilh réclama la bienveillance du commandant de Calffa pour res prisonniers. I ambrrt lui répondit : » l/imérét que vous prenez mil prisonniers tombés hier en notre pouvoir est assurément bien liHiable cl bien mérité, tant par leur conduite que par le courage ri la bravoure qu'ils ont montrés. Soyez assuré que nota avons eu fionr eux tous les égards que se doivent i.atureUi ment des peuples rails pour s'estimer Cl s'admirer. — la? général en chef Bonaparte a demandé ce malin les ptisoumers A son quart irr général ; il envoya la nuit dernière son chirurgien pour panser les huit blessés, qui ne l« sont pas dangereotemenl. Ce chirurgien les a accompagnés...»
1 Le Jeune Mailly de Château- Renaud, surnommé Minerve , était a Ijuinl aux adjudants-généraux. Il avait sollicité llionorur de mouler k? premier A la brèche . ayant A ctrur de veugrr son frère , qui , au mois de novembre de l’année précédente , envoyé en parlementaire auprès du pacha de Saint Jean-d'Acre. avait eu la tête tranchée par ordre de ccl homme féroce. Dès le commencement de l'attaque du rvmi'arl , Mailly fut blessé ail pied et renversé dan* le fossé. Sa chute rendit le courage aux assiégés, qui avaient déjà commencé A s'enfuir. Ils sc rallièrent sur la tour carrée, et firent pleuvoir sur le* assiégeants des torrents de matière enflammée, let greoadier s, après des efforts inouïs , pénétrèrent data la tour, et ne trouvant aucune issue
chant l’échelle, la peur le$ avait pris , et ils s'étaient enfuis au port ; Djrzzar même sVt lit embarqué. Mais la mort de Mailly fit manquer toute l'opération; les deux bataillons s’éparpillèrent pour riposter à la fusillade. Laugier fut tué, et l’on perdit du monde sans résultat. Cet événement fut très funeste; c’est ce jourlà que la ville aurait dû être prise; depuis cette époque, il ne cessa d’y arriver tous les jours des renforts de troupes par mer.»
Occupation de Saffet. — Bonaparte n’était instruit qu’approximativement . par les chrétiens, du nombre des troupes et des peuplades belliqueuses qui se réunissaient sous les ordres d’Abdallah-P.icha. Il résolut de faire reconnaître la force et la posit ion de ces nouveaux ennemis, et observer leurs mouvements par des détachements français. Prévoyant que le cheik Mustapba- Békir, chargé de la défense du fort de Saffet et du pont deJacoub, n’avait pas des forces suffisantes pour empêcher le pacha de Damas de passer le Jourdain avec son armée, il envoya Murat avec sa cavalerie à Saffet. Ce général , guidé par les Druses, partit du camp le 30 mars. Il traversa de beaux sites, arrogés par des eaux limpides; il franchit des collines couvertes d'oliviers et d’arbustes en fleur. Il fut bien accueilli sur sa route; les habitants lui apportèrent des vivres; les femmes chrétiennes n’étaient pas voilées, comme les Égyptiennes, et montraient une physionomie douce et prévenante. La cavalerie française arriva à Saffet le 31 mars. Cette petite ville est bâtie autour d’un pic très aigu dont le sommet est couronné d'un fort. Mustapha- Békiret Abbas-Daher, faute d’armes et de munitions, n'avaient pas pu réduire la garnison, composée de quelques centaines de Maugrabins; mais à l’approche des Français ceux-ci prirent la fuite. Murat, laissant sa cavalerie à Saffet, se porta avec un détachement d’infanterie au pont de Jacoub sur le Jourdain , et suivit cette rivière jusqu'au lac de Tibériade ( en arabe Bahr-el-Tabarieh). N’ayant rien aperçu qui annonçât l’approcbe d’un corps ennemi, il revint à Saffet , où il établit une garnison française. Saffet est bâti sur l’emplacement de l’ancienne Rélbulie. l*n vieillard montra au général français l’endroit où, suivant la tradition, était la tente d’Ilolophcrne lorsque Judith lui coupa la tète. — Murat était de retour au camp d’Acrele 4 avril.
Occupation de Sour. — La veille, le général Vial, avec 500 hommes, avait été envoyé par le général en chef à Sour afin d'occuper le port et d’y établir une garnison d'Arabes Mutualis, alliés des Français, et que commandait le cheik Nassur, fils d’un chef tué cinq ans auparavant par les Arnautesdu pacha d'Acre. Nassur s’était déjà rendu «à Sour, d’après l’ordre de Bonaparte ; mais les habitants, et surtout les chrétiens, s’étaient enfuis à son approche. Le général Vial réussit à
pour entrer dan* U Tille, revinrent sur leur* pas et rentrèrent dan» le fo**é ; mais , privé* d’un rhef , et en butte à une fusillade meurtrière , ils remontèrent la contrrsrarpe. Madly , qui avait ou le pied rracissé d*un coup de feu , implora le «cour# d’un grenadier. Ce brave le prit *ur *e* épaulée . et l’emportait péniblement à travers leu décombres de la brèclve, lorsqu'une balle le renversa. Pendant ta uuit,
les faire rentrer dans leurs foyers, en leur disant que Nassur était sous ses ordres.— Les Mutualis étaient des hommes grands, bien -faits, robustes, et qui paraissaient résolus à tout entreprendre. Vial les passa en revue, et établit des postes composés de Français et de Mutualis. Ceux-ci furent très flattés de ce mélange. Nassur, objet des attentions particulières du général français, lui parla d’un air pénétré des malheurs de sa famille, et de son ardeur de vengeance contre Pjezzar : «Je veux, dit-il, faire de Sour une place aussi forte que celle d’Acre.» Sour est l’ancienne Tyr. Cette ville, jadis la métropole de la Syrie et la mère de Carthage, ne renferme plus que 1,500 habitants, dont les deux tiers sont mahométans, et le reste, chrétiens. L’entrée du |»ort est défendue par deux tours bâties sur drux lits de colonnes, dont quelques-unes , que la mer basse laisse apercevoir , sont encore d’une grande beauté.
Suite du siège. — Deuxième époque , grande sortie. — Mort d,' Asfield , capitaine anglais. — La seconde époque du siège de Saint- Jean -d’Acre commence le 1er avril et finit au 27. «On ouvrit, dit Napoléon, un nouveau puits de mine, destiné à faire sauter la contrescarpe entière, afin que le fossé ne préseolât plus aucun obstacle. Ce qui avait été fait se trouva inutile; il était plus aisé de faire un nouveau cheminement. Il fallut aux mineurs huit jours. On fit sauter la contrescarpe, opération qui réussit parfaitement ; puis ou continua la mine sous le fossé afin de faire sauter toute la tour. Il n’y avait plus moyen d’espérer de s’y introduire par la brèche, l’ennemi l’avait remplie de toute espèce d'arlificc. On chemina encore pendant six jours; les assiégés s'en aperçurent.»
Ils avaient souvent tenté des sorties pour troubler les travaux des assiégeants : toutes avaient été sans résultat. Le 7 avril , à la pointe du jour, Djezzar- Pacha ordonna une sortie sur trois colonnes. L'ennemi s’avança sous la protection de l'artillerie des remparts, servie par des canonniers anglais. Les trois colonnes attaquèrent avec vigueur les premiers postes et les travaux avancés. Les délarhements qui gardaient ces ouvrages, trop inférieurs pour soutenir leur choc, se replièrent; fnais l’artillerie française dirigeâmes places d'armes et des parallèles, un feu si bien nourri sur l’ennemi , que les deux colonnes de droite et de gauche regagnèrent les remparts. Celle du centre, en tête de laquelle marchaient 200 soldats anglais tirés des équipages de Sidney Smith, conduite par le capitaine Thomas Asfield, s’obstina seule à marcher en avant; elle était chargée de s’emparer de l’entrée du rameau de mine. Asfield s’avancait rapidement à la tète de quelques soldats anglais, à travers une grêle de balles et de mitraille; il louchait l’entrée de la mine, lorsqu'il fut atteint d’un coup mortel : sa blessure fut le signal d’une déroute complète. Les Anglais et les Turcs perdirent toute audace et rcutrèreul précipitamment dans la
le* Turc* sortirent de leurs murailles , trouvèrent Mailly virant et lui coupèrent la tète. Ainsi tombèrent S la fleur de l'Age , sous le couteau de njry.zar, deux frères, officier* distingué*, brillants sic jeune** et de bravoure. On coupa également le* télé* de* Français trouvé* mort* dans le fossé , pour le* saler et le* envoyer A Constantinople.
place, laissant le terrain couvert de morts et de blessé*. — Les soldais aportèrent au quartier général le capitaine Alfield , qu'ils avaient reconnu pour un officier anglais; mais dans le transport il expira. On trouva sur lui son brevet, on étaient mentionnées des actions d'éclat faites A la prise du cap de Bonne-Espérance. Bonaparte le fit inhumer avec tous les honneurs de la guerre, et afin que l’épée de ce brave officier fût remise en des mains dignes d'elle, il la donna, comme arme d'honneur, au plus ancien grenadier de l’année.
Combat de Nazareth ou de Loubi. — Murat s’était trop bâté de s’éloigner du lac de Tibériade; il existait en effet un fort rassemblement vers le point qu’il avait été chargé d’explorer, et on ne tarda pas ft reconnaître le tort qu’il avait eu d’abandonner le pont de Jaeoub. I.e jour même oh ce général rentrait au camp d’Acrr, les troupes du pacha de Damas passèrent le Jourdain sur ce pont et sur celui d'KI-Medjameh , et prirent position A Tabarieh.
Junot , d'après les ordres du général en chef, avait occupé N a /.are; h le 6 avril , et avait poussé sur la route de Damas une reconnaissance de 70 cavaliers druses aux ordres d'Abbar-Raher. Arrivé dans la plaine qui sépare les montagnes de Naploose de celles de Nazareth , Daher aperçut une avant-garde turque, composée d’environ 000 chevaux. Trop faible pour l’attaquer, il sc jeta dans les montagnes, et rendit compte A Junot de la rencontre qu’il avait faite et de la position qu’il avait prise. Junot reçut cette nouvelle le Oavril ; il partit aussitôt de Nazareth avec 300 hommes d'iufaulerie (160 grenadiers de la 19* de ligne et 150 carabiniers de la T légère) commandés par le chef de brigade Desnoyers, et 100 dragons commandés par Duvivirr, chef de brigade du 14* régiment. En route, il fut rejoint par Daher et par quelques cavaliers druses. A Cana. le Cheik du village l’engagea A ne pas avancer plus loin, parce .que l’ennemi occupait la plaine au nombre de 2 ou 3,000 chevaux. Cet avis ne changea pas la résolution de Junot. Avant de partir de Nazareih, il avait annoncé au général en chef la présence des troupes de Damas, et son dessein de marcher A leur rencontre en attendant l’arrivée des secours qu’il sollicitait.
Arrivé au débouché de la vallée de Cana A Loubi, il vit en effet plusieurs milliers de cavaliers arabes, caracolant dans la plaine qui se trouve entre le village de Loubi et le Mont-Thabor; après avoir reconnu l’ennemi , il plaça son infanterie en bataille sur quatre rangs, la cavalerie A gauche, faisant face au Mont- Thabor, et se disposa A s’avancer dans cet ordre A travers la plaine, pour tourner la montagne, et pour s’assurer s’il n’existait point derrière le Mont-Thabor quelque réserve ennemie. Au moment oh il allait commencer son mouvement, il aperçut derrière lui, débouchant du village de Loubi, un corps de cavalerie (Mamelucks, Turcs et Maugrabins) fort de 2000 hommes au moins, et marchant, contre la coutume des Orientaux , au petit pas et eu bon ordre.— Jugeant que l’attaque de ce corps pourrait seule être dangereuse, il fil quelques changements A ses premières dispositions. Sa cavalerie passa de la gauche A la droite, les trois derniers
rangs de l'infanterie firent demi-tour; le terrain que venait de quitter la cavalerie fut occupé par un délachement de grenadiers, placé eu potence, de manière A flanquer le nouveau front présenté A l’ennemi.
Le général recommanda A ses sold itt un silente absolu, afin que pendant le combat tous les commandements fussent bien compris. La circonstance était critique; néaumoins, la confiance et l'intrépidité se montraient sur tous les visages. Les ennemis s’approchaient, comptant n'éprouver qu’une faible résistance de la part de celte poignée d’hommes qu’lia supposaient immobiles de terreur; mais arrivés jusqu’A portée de pistolet sans essuyer aucun feu « ils furent accoeillis tout A coup par une décharge meurtrière qui leur tua 300 hommes: les autres, déconcertés, se retirèrent A quelque distance.
Junot profita de la surprise de ses nombreux adversaires pour faire recharger les armes, resserrer les rangs et reformer sa cavalerie, qui, ne pouvant opposer k l’ennemi un feu aussi redoutable que celui de l’iufanterie, avait reçu le eboe des cavaliers turcs. Bevenut de leur étonnement et forts de leur supériorité, ceux ci ne tardèrent pas A recommencer l’attaque. En lés voyant s’ébranler, Junot rappela A ses grenadiers et A ara carabiniers que leur sang-froid venait de les sauver, èt leur recommanda la même fermeté. L’exhortation était inutile! Les Damasquina furent reçus avec une égale intrépidité et perdirent 200 hommes.— Dans cette seconde charge, un sous-officier <tyi 3* dragons attaqua un cavalier ennemi , qui portait nn étendart et qui se défendit vaillamment. Les dfux guerriers restèrent pendant plus.eurs minutes luttant corps â corps, l'un pour enlever l’étendart, et l'autre pour le conserver. Pendant cette lutte, leurs chevaux s'abattirent, mais les cavaliers ne quittèrent pas leur selle. Eufin, plus leste et moins gêné dans scs vêtements, 1e Français dégagea sa main droite, passa son sabre au travers du corps du Mamelurk, et lui arracha ainsi , à la fors, sa vie et son drapeau. F.nsu<te, et comme d’un commun accord, les deux partis se retirèrent chacun de leur lôté; seulement une centaine des plus hardis de la troupe ennemie ne suivit point le gros de leur ramarndex, et revint escarmoueher, au moment oh Junot commençait lui -même, dans l’ordre le plus parfait , son mouvement de retraite. — Alors plusieurs carabiniers de la T légère s’élancèrent hors des rangs pour combattre corps A corps avec les cavaliers ennemis. Il y eut ainsi sept ou huit engagements partiels, dans lesquels les Turcs ou les Mametucks furent toujours vaincus. Pendant ces divers combats, lès autres restaient spectateurs. — Junot s’était écarté de son infanterie, pour voir de plus près la lutte de scs intrépides carabiniers avec les cavaliers ennemis. Deux Turcs, reconnaissant le général à son panache et A ses marques distinctives, se précipitèrent ensemble sur lui. Junot, d'un coup de pistolet, renversa le premier, et assénant un coup de s^bre sur la tête du second , l’obligea A prendre la fuite.
Le combat avait duié depuis neuf heures du mat.n jusqu'à deux heures; Junot n'opéra sa retraite qu'après avoir fait construire un brancard pour emporter un
FRANCK MILITA IKK .
llataitlr d'Aboukir .
Diqh T
|"ioi| uvm i\ Of .*l|nr|V(|
vi«ivxniN a.)wu4
carabinier atteint d’un coup de feu â la cuisse. Les chefs de brigade, Duvivier et Desnoyers, se distinguèrent particulièrement dans cette brillante action , qui rappelle les combats, héroïques des Croisés. Les Français eurent 12 hommes tués et 13 blessés. Le nombre des morts des ennemis fut de 500 '.
Bataille dii Mont-Thabor. — Dès que le général en chef avait reçu les nouvelles transmises par Junot ,
11 avait dohné à Kléber l'ordre de partir avre 1,500 hommes. Cè général se mil en marche le 10 avril , et rejoignit Jutiot à Nazareth. Le fils du pacha de Damas, avec 4,000 chevaux, occupait Loubi, et avait posté dans le village de Seld-.Tarra un détachement de 600 hommes d’infanterie. Kléber se trouva en sa présence le
12 avril. Détachant deux bataillons pour attaquer le village, qui fut enlevé à la baïonnette, il marcha aussitôt au pas de charge sur la cavalerie qui cherchait 5 l’envelopper, et obligea l’ennemi à se retirer en désordre.
Néanmoins, malgré ce sucrés, ne sc sentant pas assez fort pour poursuivre les Damasquins,et manquant de munitions, il regagna les hauteurs de Saffarieh, et s’y retrancha pour y attendre des renforts. Il apprit bientôt que le capitaine Simon , commandant de Saffet, avait été attaqué par un détachement ennemi, et s’étalt retiré dans le fort où il était bloqué avec sa troupe; que les Turcs, après en avoir vainement tenté l’escalade, avaient ravagé le pays et brillé la ville. Des émissaires chrétiens, envoyés p >ur examiner les mouvements de l’ennemi , rapportèrent à Kléber qu’une grande armée, aussi nombreuse que les étoiles du ciel et les sab es du désert, arrivait par tous les points de la Tibériade; que ses principaux debout h:s étaient les ponts de Jacoub et de M- djauieh, et le lieu de ral; liement , Fouli. Kléber fil de nouveau reconnaître cette armée; il sut par des rapports exacts qu’elle était composée de Naplousains, de» janissaires de Damas et d’Alep, des Arabes des differentes tribus de la Syrie, et qu’elle s'élevait au moins à 30,000 hommes, dont plus de 20.000 cavaliers. Il apprit encore qu’une dissension avait éclaté entre les Mimeluiks d’ibrahim et les janissaires, et qu'après plusieurs démêles où le sang avait coulé de part et d’autre, ce bey s'éiait séparé du pacha de Damas, et refusait de preodre pari à scs opérations.
Kléber se hâta de transmettre ces nouvelles au général en chef, et de lui annoncer sou dessein de marcher â l'ennemi , en le priant de lui envoyer des renforts et des munitions. Bonaparte fit aussitôt partir Murat avec 1,000 hommes d'infanterie et un détachement de dragons. Ce général eut ordre de se porter â marches forcées sur le pont de Jacoub et de s’en emparer, de débloquer le fort de Saffet, et d’opérer, s'il était possible, sa jonction avec Kléber. Le général en chef se disposa lui-même à inarcher au secours de son Iieutenaut.
* Un arrêté du ftourrroement ordonna l'ctcctilion d’un grand tableau commémoratif du Cornbtif de ISaznrelh ,uu plutôt de Lotibr, drttioé à faire pendant au tableau de la Bataille d‘ Aboukir; le célèbre peintre (.ru« en fut rtiargé, main ne l'exèenra |ioint. Il n’en a Irnmné qu’une belle esquisse d'eaviroo 6 pied* de longueur tur K de hauteur.
Cependant Kléber, dont la division, complétée par lé corps de Junot , s’élevait tout au plus â 2.000 hommes, se disposait â agir conformément aux instructions du général en chef. Il devait se placer entre le Jourdain et l’armée ennemie, la surprendre dans son camp, le 16, avant le jour , s'emparer de ses magasins et la refouler sous les mursd’Acre. Bonaparte s'était chargé du reste. Kléber partit le 15 avril , mari lia pendant toute la journée et toute la nuit, tourna le Mont-Thabor: mais égaré par ses guides, il n'arriva qu'â six heures du matin, le 16, dans la plaine de Fouli.— Il n’y avait plus lieu â surprendre l’ennemi. — Loin môme de songer â l’attaquer, Kléber n'eut que le temps de faire les dispositions nécessaires A sa propre défense. Profitant du premier moment d'hésitation causé par sou arrivée , il s'empara d'un petit fort inaccessible â la cavalerie, y plaça 100 grenadiers, et y adossa sa division formée en deux carrés. Déjà l’armée ennemie tout entière était sous les armes dans la plaine. Les Français n’avaient pas encore vu en Orient tant de cavalerie, assemblage bizarre d’hommes de toutes les nations et de toutes les couleurs, caracoler, charger, sc mouvoir dans tous les sens. — Kléber recommanda â scs soldats de teuir ferme et de garder le terrain sans avancer ni reculer. Il savait que, chez les Orientaux, le premier choc est | le seul redoutable, et que, repoussé une première fois, l'ennemi, découragé, ne fournirait plus pendant le reste de la journée que des charges partielles et sans vigueur. Bientôt l’armée du pacha de Damas, formée en quatre corps, s’ébranla en (toussant des cris épouvantables, et chargea avec la plus grande impétuosité les Français, dont les carrés immobiles opposaient de toutes parts une triple haie de baïonnettes au choc des cavaliers mahomêtaus. Accueillis â bout portant par une fusillade meurtrière, les Damasquins se virent forcés de tourner bride et de rétrograder. Une nouvel lcr charge n'eut pas plus de succès; repoussée avec autant cfintrépdité qu’â la première, la cavalerie ennemie sc rabattit avec fureur sur l'intervalle qui séparait les deux carrés, espérant les détruire plus facilement lorsqu'ils seraient isolés; mais les feux de file, les feux croisés et l'arlilleiie chargée â mitraille, l'obligèrent â en sortir plus précipitamment qu'elle n’y était entrée. Kléber .craignant que le earré commandé par Junot ne fût pis assez grand et assez fort pour renfermer les chevaux, les caissons et les équipages, profita de ce moment pour réunir scs deux carrés en un seul. Celte manœuvre difficile fut exécutée avec ordre et succès, malgré tnux les cfForts de l'ennemi pour l'ea empêcher. Kléber comptait que, suivant leur coutume religieuse, les Musulmans cesseraieut de combattre au coucher du soleil; il ordonna aux soldats de ménager leurs munitions de manière â prolonger le feu jusqu'à la nuit. Les cadavres des cavaliers et des chevaux ennemis formaient autour du carré comme uu rempart, â l’abri duquel les Français repoussaient avec sang-froid les attaques multipliées des Arabes et des Turcs. Leur calme, leur confiance pour leur chef, leur fui dans leur propre valeur, les élevaient au-dessus des périls. Mais le combat durait depuis six heures, et depuis six heures, cette brave division recevait sans se
ed
rompre, tantôt avec se* baïonnettes, tantôt avec un feu à bout portant, les charges désespérées d’ennemis qui se renouvelaient sans cesse. Enveloppée par une armée quinze fois plus nombreuse, celte troupe de héros, accablée par la fatigue et par le nombre, devait sa us doute, si elle restait sans secours, succomber dans la plaine de Fouli. Il était une heure de l’aprés midi ; on continuait à combattre avec un acharnement que justifiaient chez les uns la presque certitude de la victoire, chez les autres le désir d'une mort glorieuse. Tout à coup le canon éclata dans le lointain; un cri d'ardeur et d’enthousiasme y répondit : «C’est Bonaparte! s’écrièrent les soldats; victoire! il vient A notre secours!» C’était en effet Bonaparte, qui, fidèle A la promesse qu'il avait faite à son lieutenant de marcher à la rencoutre drsTurcs, rejetés surSaint-Jeao-d’Acre, était parti de son camp le 14 avril, A midi, avec 400 chevaux, la divisjon Bon, forte de 2,000 hommes et 8 pièces d'artillerie. Il avait campé la veille au soir sur le» hauteurs de Saffarieh, que Kléber avait quittées le matin. Le 16, au point du jour, ne voyant point paraître, comme il l'espérait, l’armée du pacha de Danns, il s’était mis en route sur les traces de la division Kléber, dont le sort lui causait de secrètes inquiétudes. Arrivé sur une éminence, il avait aperçu dans la plaine célèbre d'Esdrrlon , près du village de Fouli , au pied du Monl-Thabor, l’héroïque division lullantcontre une armée innombrable. A deux lieues en arriére du > ha m pile bataille, au pied des montagues de Naplouse, on voyait le camp d'ibrahim, qui se tenait A l'écart avec ses Mamelucks. Les soldats de Bonaparte demandèrent aussitôt A marcher au secours de ceux de Kléber. C’était le dessein du général en chef. Formant les troupes en deux carrés, commandés par les généraux Yial et Rampon, il leur ordonna de s'avancer rapidement dans la plaine, de manière à former, avec la division Kléber, un triangle équilatéral, au centre duquel la masse de l'armée ennemie devait se trouver enveloppée.
L’adjudant-général Leturq , avec la cavalerie , fut * chargé d’occuper le village de Djeoine , afin de couper la retraite de l'ennemi sur ce point, et de continir les Mamelucks, s’ils paraissaient vouloir prendre part au combat.
La belle manoeuvre ordonnée par Bonaparte réussit complètement. Kléher, entouré de feu cl de fumée, ne pouvait pas voir ce qui se passait autour de lui. Le bruit lui annonça l'arrivée de Bonaparte. (a>mme nous l'avons dit , ce signal fut compris des soldats , et des cris de joie s’élevèrent de tous 1rs rangs. Kléber profila de ce mouvement d'enthousiasme, et ordonna de redoubler le feu. La prudence et les règles de l’art ! \ militaire prescrivaient au pacha de Damas de déta- I cher sur-lc-cbamp une partie de son armée pour s’opposer A Bonaparte, tandis qu’avec le reste, faisant un effort d 's-spéré , il aurait écrasé la division de Kléber ; mais il ne prit aucune mesure pour arrêter la manœuvre du géuéral en chef. Rassuré seulement par la supériorité numérique de sa cavalerie, il ordonnait une nouvelle charge contre Kléber, quand Bonaparte parut sur le champ de bataille. Le carré commandé
par Bampon s’avança tambour battant, l’arme au bras, et attaqua les Turcs en flanc et à dos. Ceux-ci , obligés de lui faire face, ralentirent le combat qu’ils livraient aux troupes de Kléber. Ce géuéral , voyant l’irrésolution de l'ennemi, prit à son tour l'offensive * et lança sur Fouli le général Verdier avec une colonne de 200 grenadiers. Cette colonne s’avança audacieusement, faisant un feu terrible de droite et de gauebe. Lu corps de fantassins ennemis, qui tenta de s’opposer à son passage, fui culbuté et détruit, le village fat enlevé à la baïonnette. Serré entre Kléber et Bampon , Abdallah- Pacha sentit qu’il ne pouvait plus défendre le champ de bataille, et qu'il ne lui restait de salut que dans une prompte retraite. — Il résolut de gagner Naplouse, et se dirigea sur Noures,seul point dont il ne fût pas coupé ; mais, A l'instant même, le carré du général Vial parut et ferma le passage aux Turcs. Bientôt les trois carrés français formèrent le triangle et coinim ncèrent un feu terrible. Kleber.Vial et Rampon , marchant dans une direction concentrique , conformément aux ordres du général en chef, faisaient tourbillonner les Turcs au milieu de la plaine. — L'armée ennemie, foudroyée par l’artillerie, repoussée de toute* parts par la fusillade ou l’arme blanche, tenta des efforts inouïs pour s'ouvrir un passage vers son camp et ses magasins; enfin désespérant d’y réussir, elle se précipita derrière le Monl-Thabor et s’écoula en désordre vers le Jourdain. Lue colonne d'infanterie la poursuivit au pas de charge. La terreur des fuyards fui telle , qu'encombrés au passage du pont de Medjameh , ils se jetèrent en foule dans le Jourdain et s’y noyèrent.
Dans le même temps Murat, après avoir, le 13 avril, débloqué Saffet, battu le corps d’armée qui gardait le pont de Jacoub et fait occuper ce débouché important, se réunissait à Djeninc à l'adjudant -général Leturq. Il attaqua et prit le camp d'ibrahim, tua un grand nombre de Mamelucks et fil 300 prisonniers.
Dans celte glorieuse journée, les Français curent 200 hommes tués et 100 blessés. L’armée des pachas y perdit plus de 6,000 hommes , 500 chameaux , des provisions et d<*s richesses considérables. — Cette victoire fut décisive; pendant le reste du siège, les troupes de la Syrie n’osèrent plus inquiéter l’armée..
Suite du siège. •— Attaque de la tour carrée. — Mort du général C nfarelli. — « Ce fut le même jour que la bataille de Monl-Thabor, le 16 avril, que les mineurs estimèrent qu’ils étaient sous l’axe de la tour. — A cette époque, le contre-amiral Perrée était arrivé avec trois frégates, d’Alexandrie à Jaffa; il avait débarqué deux mortiers et six pièces de 18 A Tmtura. On en plaça deux pour combattre la petite lie qui flmquail la brèche, et les quatre autres furent dirigées contre les remparts et les courtines, A côté de la tour; on voulait, par le bouleversement de celle tour, agrandir la brècbe, qu’on supposait devoir être faite par la mine , car on craignait que l'ennemi n’ertt fait un retranchement intérieur et n’eût isolé la tour, qui était saillante
«Le 25 on mil le feu à la mine; mais un souterrain
.wf tt ~i i iir -v.«rsc i-i.tr.aa.^ag-’iggg'T?
c|ui était sous la tour trompa les calculs, et il n'en sauta que la partie qui était de notre côté. L’effet fut d’enterrer 2 ou 300 Turcs et quelques pièces de canon, car ils en avaient crénelé tous les étages, et les occupaient. On résolut de profiler du premier moment de surprise , et 30 hommes essayèrent de se loger dans la tour. Ne pouvant aller outre, ils sc maintinrent dans les étages inférieurs, tandis que l’ennemi occupait les étages supérieurs, jusqu’au 26, où le géuéral Devaux fut blessé \ Ou se décida alors â évacuer, afin de faire usage de nos batteries contre celle tour ébranlée, et de la détruire lout-à-fail. Le 27, Cafarelli mourut *.»
Suite du siège.— 3* époque.— La place est secourue.— Assaut. — Mort de fi on, de fiambaut , de Genoux, etc. — La troisième époque comprend les événements qui se sont passés du 27 avril au 20 mai 3.
«L’ennemi sentit pendant cette période qu'il était perdu s’il restait sur la défensive. Les contre-mines qu’il avait établies ne le rassuraient pas suffisamment. Tous les créneaux de la muraille étaient détruits et les pièces démontées par nos batteries. 3.000 hommes de renfort qui étaient entrés dans la place avaient, il est vrai . réparé toutes les pertes.
«Mais l’imagination des Turcs était frappée de terreur, et l’on ne pouvait plus obtenir d'eux qu'ils restassent sur la muraille et dans la tour. Ils croyaient j tout miné. Pbélippeaux traça des lignes de contre-at- , taque ; elles partirent du palais de Djezzar et de la droite du front d'attaque. Il mena en outre deux tranchées, comme deux côtés de triangle. qui prenaient en flanc tous nos ouvrages. La supériorité numérique des ennemis, la grande quantité de travailleurs de 1^ ville, ' et celle des ballots de colon dont ils formaient des épaulemrnU, bâtaient excessivement les travaux. En peu de jours ils flanquèrent de droite et de gauche
1 Dan* l'attaque du 25, le* assiégeants avaient remarqué que «'ils parvenaient a «'emparer du premier eUg- de la tour, il» pourraient entrer dans la ville en se jetant dan* le* maison* de ganrbetilui'es au oivrau de ce! étage. 25 grenadin», guidés par le génital Devaux, pénétrèrent de nouveau, le '26, dans la «aile inférieure de la lour. la» torrent* de matière* enflamme,* que I '«tanin i lançait sur eux k-s flrvnt d abord reculer ; mai» exi-ité* par le» |iarole* et par l'exemple de leur brave général , H* irvinreol sur la brévbe. Devaux ('avançait à leur léte tous un feu temble ei plongeant . lorsqu'il fut renversé par une balle. Loto de te décourager, les grenadier* framliisMnt le* nouveaux obsta U s qn'ils rcneonlraienl à chaque pas, te histèrrni sur 1rs épaule* les uns dis atiirct, polir Irriter ifraaladtT le premier élagr. Après avoir tutlé pendant plusieurs heures contre des difficultés insurmontables, ne voulant point rentrer au camp avant que Ir général en chef ne les eût rappelés, ■•» parvinrent à te pratiquer un logement à l'abri du feu de l'ennemi, et s'y maintinrent jusqu'à la ouii. Deux d'entre eux pnreni alors sur leurs bras le géfiéral blessé , et le put 16rent an camp, où Bonaparte les fit aussitôt rappeler tous.
* En visitant la tranchée, le 9 avril , le général Cafarelli avait été allciul par une balle au bras droit, seule partie de son corps qui fût visible pour l'ennemi. L’arliinJatioa du coude fut tellement fracassée, qu’on jugea l'amputation nécessaire. Il la demanda lin-méme . el , quoique déji mutilé, La supporta avec un grand courage. Cafarelli était très brave, mais il ne se battait que par nécessité : philosophe plus encore que guerrier, il aimait la gloire moins que le* hommes ; la guerre D étail pour lut qu’un moyen d’arriver S la paix. U était très dévoué à son général eu chef, qui , de son côté , l’ainuit beaucoup, et avait pour hu la plus grande estime. Sa mort causa one douleur générale dans l’armée.
■ Nous commuons à nous servir, en le guiUctncUaot , du récit de Napoléon lut- même ; nous y ajoutons seulement les détails et les notes nécessaires.
toute la tour, après quoi ils élevèrent des cavaliers, et y placèrent de l’artillerie de 24 ; on enleva et culbuta plusieurs fois leur contre-attaque et leurs batteries, et on cncloua leurs pièces; mais jamais il ne fut possible de se maintenir dans ces ouvrages; ils étaient trop dominés par les tours et la muraille. On ordonna alors de saper contre eux , de sorte que leurs travailleurs et les nôtres n’étaient séparé» que par deux ou trois toises de terrain, et marchaient les uns contre les autres. On établit aussi des fougasses qui donnaient le moyen d’entrer dans le boyau eunemi , et d’y détruire tout ce qui n’était pas sur ses gardes.
«C’est ainsi que le tfr niai, deux heures avant le jour, on s'empara sans perte de la partie la plus saillaute de la contre-attaque; 20 hommes de bonne volonté essayèrent, à la pointe du jour, de se loger dans la lour , dont nos batteries avaient toul-â-fait rasé les défenses; mais en ce momeut l’ennemi sortit en force par sa droite, et ses balles arrivant derrière le détachement qui cherchait à se loger sous les débris, l’obligèrent à se replier. La sortie fut vivement repoussée; 5 â 600 assiégés furent tués, et un grand nombre jetés dans la mer. Comme il ne restait plus rien de la tour, on résolut d’attaquer une portion du rempart par la mine, afin d’éviter le retranchement que l’ennemi avait construit. On fit sauter la contrescarpe. La mine traversait déjà le fossé et commençait à s’étendre sous l’escarpe, lorsque, le 6 mai, l’ennemi déboucha par une sape que couvrait le fossé, surprit le masque de la mine, et en combla le puits.
«Le 7 mai, 12,000 hommes de nouvelles troupes arrivèrent à l'ennemi. Aussitôt qu’ils furent signalés, on calcula, d'après le vent, qu’ils ne seraient pas débarqués de six heures; en conséquence, on fit jouer une pièce de 24 qu’avait envoyée le contre-amiral Perrée; elle renversa un pan de muraille â la droite de la lour qui était â uoi re gauche. A la nuit, on se jette sur tous les travaux de l'ennemi, on les comble, on égorge tout, on encloue les pièces, on mouteà l’assaut, on se loge sur la tour, on entre dans la place. La nuit interrompit le combat»
Pendant la nuit, la flotte turque avait débarqué ses renforts, et ces troupes fraîches avaient été aussitôt réparties dans les divers postes de la ville qui n’étaient point occupés par les Français.— De son côté, le géuéral en chef, jugeant qu’il était nécessaire de renforcer son armée de siège afin de balancer le secours qu’avait reçu Djezzar, avait envoyé à Kléber l’ordre de lever son camp de Nazareth, et de venir le rejoindre à Saint- Jean-d' Acre avec sa division.
Le 8 mai, au point du jour, le combat recommença avec acharnemeut sur la tour carrée que les Turcs voulaient reprendre. Bientôt une partie de la muraille s'écroula avec fracas sous le feu redoublé de la pièce de 24 , et sa ebute ouvrit trois grandes brèches qui furent jugées praticables; Bonaparte lui-même les reconnut , et fil battre la charge. Lanoes eut ordre de conduire sa division à l'assaut. Il s'avança précédé de ses grenadiers , conduits par le général de brigade Rambaut; les autres divisions étaient disposées eu colonnes d’attaque pour le soutenir. Les grenadiers qui
occupaient la tour, dirigèrent une vive fusillade sur la brèche pour empêcher les Turcs de la défendre. La division Lannes se jeta dans les ouvrages des assiégés , escalada le rempart, et 200 grenadiers, l'intrépide Rimbaut en tête, pénétrèrent dans la ville. Mais en s’avançant, pleins de confiance, dans les rues, ils furent arrêtés court par de nouvelles murailles que dans la nuit Pbélippeaux avait fait élever derrière les vieux murs. Un mouvement d'hésitation et de stupeur se manifesta alors dans les rangs; il redoubla quand les Français virent les Turcs défilant en culonue serrée dans le fossé, afin de prendre la biècbe A revers; le feu des maisons , dts rues et du palais de Djrzzar , soutenait ce mouvement. Néanmoins les grenadiers de Rambaut contmuèieul de combattre avec ardeur, et tentèrent d'escalader la nouvelle enceinte; mais les soldats qui avaient franchi les derniers la première euceinle, craignant d'être coupés du camp par les Turcs, reprireut le chemin de la trauebée, abandonnant deux canons et un mortier pris sur les remporta. Lannes, placé en évidence sur la brèche, les exc.la vainement «A tenir ferme; il ue put arrêter ce mouvement rétrograde, dont eux-mêmes b. entôl se montrèrent honteux. Alors profilant de leur repentir, il parviul à rendre la confiance A sa co’onne, et la reporta en avant. Le général en chef, qui , depuis le commencement de l’attaque . se tenait dans la tranchée , lança en ce moment ses guides A pied sur la brèche. Leur arrivée auima les assa. liants d’une nouvelle ardeur. Les Turcs couronnaient la graude brèche et soutinrent l'assaut avec courage. Le combat reprit avec acharnement sur les trois brèches. Les assiégés furent plusieurs lois culbutés derrière leurs murs; mais bientôt de nouvelles troupes fraîches chargeaient avec vigueur, reprenaient possession de la brèche, et rejetaient les a*s égeanU dans le fossé. Les greuadiers se battaient corps â corj-s avec les Turcs sur les décombres et sur lis cadavres ; les généraux , confondus dans la mêlée, combattaient A l’arme blanche. I>aunes, blessé A la tète, fut contraint de se retirer.— La nu t vint , et les masses ennemies continua eut A se présenter de plus eu plus uuinbrcu- »$. — Désespérant de pénétrer dans la Ville, privés du Chef qui les encourageaient, les Français le suivirent daos la tranchée. Rambaut , coupé de la biecbe par l’euneuii, et cerné dons la ville, y trouva la mort ainsi que ses braves grenadiers. Encouragés par la retraite des Français, les assiégés voulurent pouisuivre leurs avantages, effectuèrent uue sortie par toutes les portes, et prirent la brèche A revers; «mais la finit leur succès -, on marcha sur eux , et après les avoir rejetés dans la ville, et en avoir coupé plusieurs colonnes, on se rétablit sur la brèche^ On fil dans celte affaire 7 A 800 prisonniers , armés de baionuettes européennes ; ils venaient de Constantinople.»
«La perle de l’ennemi fui énorme; toutes nos batteries tirèrent A muraille sur lui, et nos succès parurent si graud*. que le R). A deux heures du matin. Napoléon commanda un nouvel assaut. » Il se porta lui-même dans la tranchée, afin de reconnaître les effets de l'attaque de la veille et pour disposer Cal laque. Il espérait ; qus ses troupes pourraient surprendre Iss assiégé* et 1
sc loger en force sur le rempart. — Au moment oft Bonaparte observait attentivement la brèche, une bombe tomba A scs pieds. Deux grenadiers se précipitèrent devant lui, l’enlacèrent dans leurs bras, et le couvrirent de leur corps. La bombe éclata, et personne, heureusement, ne fut atteint ». Les généraux Bon et Verdier conduisirent les troupes A l'assaut. Bonaparte s'avança lui-même jusqu'au pied de la brèche , cl pour exalter le coura^ des soldats par son exemple, resta {tendant quelques minutes exposé au feu de» remparts. Cet élan lut inutile; arrêtés par le retranchement intérieur, qu'il fut impossible de franchir, les troupes duîeut se retirer, rapportant au camp le brave général Bon, blessé A mort.
Pendant toute la journée, les batteries françaises continuèrent A tirer. Ver» quatre heures de l'aprèsmidi , eu arrivant, la division Kléber sollicita et obtint I bouiieur de monter A la brèche. Man Bonaparte qui, parmi tous lis officier» qui l'entouraient, reconnaissait à Kléber seul la capacité nécessaire pour lui succéder, et qui venait de le sauver A la bataille du Moiil-Tbabor, ne voulut point risquer dans un assaut •ucerlain une vie aussi précieuse, et uc pcrm t point à ce général de marcher A la tête de la colonne d'attaque. Il le fit remplacer par le chef de brigade Veooux. excellent cl brave officier. Celui-ci, avant de partir pour ce poste honorable, dit A Mural, son aun:« Si Saint-Jean* d'Acre nVst pas pris ce soir, sois assuré que Yenoux e»l mort. » Il conduisit les troupes A la brèche, pénétra dan» la ville et fut arrêté, connue ceux qui l’avaient précédé, par la seconde enceinte. Cet assaut où I on fit de part et d'autre des prodiges de valeur, fut donc aussi infructueux que le» précédent*. Le» soldats rentrèrent «u cauip, tuais Yetioux, fidele à sa promesse. était mort glorieusement eu couibatlaul sur le* remparts.
Ces assa u U meurtriers et sans résultat» avaient re* donne de l’audace aux Turcs; il» fireut plusieurs sorties, dans lesquelles il» lurent toujours repousses. Enfin ils en effectuèrent deux dans la seule journée du 16 mai. La prem cre cul lieu au point du jour: l'ennemi fut repoussé dans la place avec uue grande perte. A sept heures du matin, il en tenta une m-conde. Un corps de l’armée de Rhodes , ex» rcè a l’européenne et armé de baïonnettes, déboucha en colonne» s< rrérs et se dirigea sur la trauebée, où le général Verdier l’amirillit par une vive fus : lia de. Bonaparte fit aussitôt replier Ul postes avancés, laissa avancer le» Turc» A quatre-vingts toises et ordonna aux batterie» de campagne, chargée* à mit rail e. de balayer leurs rangs. U* combat dur* trois heures, elJe» Turcs avaient perdu près de la moiLé de leur monde. Alors, battant la charge , les Français sortirent de» tranchées, attaquèrent l’ennemi, le rejetèrent dans la ville, la baMunellè dans les retus, et lui prirent dix-buil drapeaux.
Bonaparte se Meule à rentrer en Égypte. —Après ces attaques infructueuses, on devait peu espérer do
1 Un dp cp* £rena«ltrr« «t* nommait Daumcsml; Il drviol généra] «i défendit Vinn-imr* pii ISIS. Il avait perdu une jambe dam la camp»put- dr R:tx*n-, rf «'lait devenu poiutl.iire «>u* !c nom <!»• ta Jttnibc dt IkUt. Cnn à sa veuve que la (.lu ni lire de* Député* refusa , en , One jhiwioii de 3,(M) franc» f
prendre Saint-Jean- d' Acre de vive force; d'ailleurs, «il y avait, dit Napoléon, 20,000 hommes dans la place, et la maison de Djrzzar et toutes les autres étaient tellement remplies de monde, qu'à la dernière attaque, nous ne primes pas dépasser la brèche.»
«Dans de telle* circonstances, quel parti devait prendre le général en chef? D'un côté, le contre-amiral Perrée, qui revenait de croisière, avait, pour la troisième fois, débarqué de l’artillerie ATintura ; nous commencions à avoir assez de pièces pour espérer de réduire la ville; mais, d'un autre côté, les prisonniers annonçaient que de nouveaui secours parlaient de Rhodes quand ils s’étaient embarqués. Les renforts reçus ou à recevoir par l'ennemi pouvaient rendre le succès du siège problématique; éloignés comme nous l’étions de France et d'Égypte ', nous ne pouvions plus faire de nouvelles pertes : nous avions à Jaffa et au camp 1,200 blessés; la peste était A notre ambulance... »
Bonaparte se décida à lever le siège.
* De* «TfMOKBtt lue important» t’étaient passé* en Égypte . où néanmoins le» habitant», pendant l'expédition de Syrie, le com portèrent généralement comme auraient pu le faire cru* d*une pro rince française. C’est Bonaparte lut- même qui leur a rendu ce témoignage : « Détail , dit il, «laru la Uautc-Fgypt*, continua A repoosscr le» attaqua* de* Arabe* et A garantir le pays de* tentatives de Mourait Dey, qui , du fond du désert de la Nubie , venait faire de* incursion» sur différents point» de la ralléc. Sidney-Smill] , oubliant ce qu’il detail au caractère de» officier» français , avait fait imprimer un grand nombre de circulaire* et de libelle» ; et il le* envoya aux différent* généraux et commandant» re»ié* eu Égypte , leur proposant de retourner en France . et leur assurant le passage , s'il* routaient en profiter , (tendant que te général en chef était en Syrie. Ce* proposition* parurent teUemeot extravagantes que l'opinion t'accrédita dan* l'armée que ce commodore était fou. Le gé itérai iHigua, commandant la Batte- Égypte, défendit toute communication arec lut et repoussa «es insinuation* axer indignation. — Les forces française* qui étaient dans la Basse Égypte l'augmentaient tou» k* jour» des hommes qui sortaient de» hôpitaux , et qui renforçaient les troisième» bataillon» des corps. — Les fortiBcatious d’Alexandrie. Rosette, Rarnanicb, Damiette, Salahieh, Belbefs et celles des différent* poiiil* du Ntl , qu'on axait jugé à propos d'occuper par des tours , se perfectionnèrent constamment (tendant ces trois mois. — Le général Dugua n'eut à réprimer que des incursion» d’Arabes et quelque» révoltes partit Iles; la masse des habitants, influencée par le* Cheik* et par k* ulémas resta soumise et fidèle. — Le premier événement qui attira l'attention de ce général fut la rérolle de l'émir Hadjy , priuoc des pèlerins). Les privilège* et les bien attachés à celte place étaient très considérables. Le générai en chef avait autorisé l'émir Hadjy A t'établir dans le Cbarkib afin de compléter l'orgauisalMin de sa maison. Il avait déjà 300 boni me» armés : il lui eu fallait fi 1 900 , pour suffire à l'escorte de ta caravane des pèterio* de la Mo que. Il fut fldéto k la cause française jusqu'à la bataille du Moul-Ttiabor ; mais Djrzxar, étant parvenu à communiquer avec lui par la côte, lui annonça que les armées de Damas et les Naplousain» cernaient les Français au camp d’Arre ; que ceux-ci, affaibli» pur le siège, étaient perdus tans ressource; il prêta l'oreille aux propositions de Djrzzar cl chercha à faire ta paix en rendant quelques »ervicrs. — la: 15 avril , ayaul reçu encore de fausses nouvelles, il déclara sa révolte par une proclamation dans tout le Cbarkkti. Il annonçait que le tnltan Kébir avait été tué devant Acre , et l'armée française prive tout entière. — La masse de la province resta lourde k res insimutious. Cinq ou six villages seulement arborèrent k drapeau de la révolte. Ses forces n’augnieutèrcntqoede MO cavaliers , d’une tribu d’Arabes. — Le général Lauusse partit du Delta avec une colonne mobile , passa le Nil et ntarvha contre l’émir Hadjy; après diverses petite* affaire* et différents mouvements, il réussit A le cerner, l’attaqua vivement, mit A mort lotit re qui voulut »e défendre , dispersa ks Arabes , et bt fila , pour faire uu exemple , k vidage qui était le plus coupable. L’émir Hadjy se sauva , hn quinzième , par k désert , et parvint i gagner la Syrie. — fendant que ce* événement» se passaient dans le Charkieh . d’autre* pins importants avaient Iku dans k Babirrh. Un homme du désert de Dcrne, jouissant d'uue grande réputation de sainteté parmi ks Arabes de sa tribu, leur fit accroire qu'il était l'auge T. U.
Proclamation à l’armée.— Le 17 mai , la proclamation suivante annonça A l'armée la résolution du général en chef.
«Soldats! Vous avez traversé le désert qui sépare l’Afrique de l'Asie avec plus de rapidité qu’une armée arabe. — L’armée qui était en marche pour envahir l'Égypte est détruite; vous avez pris son général, son équipage de campagne, ses bagages, ses outres, ses chameaux.— Vuua vous êtes emparés de toutes les places fortes qui défendent les puits du désert. — Vous avez dispersé, aux champs du Mont-Thabor, cette nuée d'hommes accourus de toutes les parties de l’Asie dans l’espoir de piller l’Égypte. Les 30 vaisseaux que vous avez vus arriver devant Acre portaient l’armée qui devait assiéger Alexandrie; mais obligée d’accourir à Acre, elle y a fini ses destins, uoe partie de ses drapeaux ornera vofre entrée en Égypte.— Enfin, après avoir, avec uue poignée d'hommes, nourri la guerre pendant trois mois dans le cœur de la Syrie , pris
El-Modhy, que , dans le Koran, le Prophète promit d’envoyer au secoure des fidèle*. Celle opinion t'accrédita : cet homme avait toute* k* qualité* propres A exrtler le fanatisme. Il (tarriot A faire croire qu’il vivait de sa propre substance et par la grâce spéciale du Prophète. Tous ks jours, A l'heure de la prière et devant tous les fidèles , oo hu portait une jatte de lait ; 11 y trempait ses doigts et les passait sur ses lèvre* ; c’était , disait-il sa seule nourriture. — Il se forma une garde de 120 homme* de sa tribu . b*en armés et bien fanatisé*.
Il se rendit A la Grande-Oasis , il y trouva uoe caravane de 100 pèlerins Maugrabin* de Fc* , s'annonça A eux comme l’ange El Modhy, et les entraîna dans son parti. Ces Mangrabins étaient bien armés et possédaient un assez grand nombre de chameaux ; le prétendu Kl- Modby, A la télé de 5 A 600 hommes, se dirigea sur Damanbour, où il surprit et égorgea 60 hommes de la légion nautique. Il s'empara de leur* fusils et d’une pièce de 4. Ce succès accrut k nombre de scs partisans ; U parcourut alors le* mosquées «te Damanbour et des villages cireon voulus , et du haut de la tribune qui sert aux tortures du koran , U annonça sa mission divine. Il te disait incombustible et A l'abri des balles, il assurait que tous ceux qui marcheraient avec lut n’auraient rien A craindre des baloo nettes et de* canons des Français. Il était l’ange El Modhy .' Il persuada et recruta dans le Rahuvh environ 4,000 hommes . parmi lesquels 4 ou 500 étaient bien armés.
U arma ks autres de grandes pvques et de pdles et les exerça A jeter * de la poussière contre l'ennemi, en déclarant que cette poussière bénie rendrait vains tous le* efforts de* Français. 1* colonel Lefebvre . qui commandait A Ramaoieh, laissa 50 homme* dans le fort cl partit arec 200 hommes pour reprendre Damanbour. — L'ange El Modhy marcha à ta rencontre. L'affaire s'engagea , et au moment où le feu était le plus vif, des colonne* de FellAhs débordèrent les Italie* de Lefebvre et te portèrent sur ses demèrrs , en élevant de grand* muges de poussière. — Le colonel français , cerné par des forces supérieures , ne put rien faire , perdit quelques hommes , en tua un plus grand nombre i l’ennemi et revint A sa position de Rarnanicb. Les blessés et le* parents des mort firent de vifs reproches A l’ange El-Modhy. Il tour avait dit que ks balles des Français n’atit'indraicni sueun de ses sectateur* , et cependant uu grand nombre avalent été tués et bkssés ! Il fil taire ces murmures en s'appuyant du Korau et de plusieurs prédiction* ; il soutint qu’aucun de ceux qui avaient été en. avant . plein* de confiance dans ses promesses, u'jvait éié tué ni blessé ; mais que cru* qui avaient reculé , parce que la fol n’était pas entière dans tour cœur, avalent été punis par k Prophète; ccl événement, qui aurait dû faire ouvrir le* yeux sur so*r imposture . consolida son pouvoir ; il deviul tout-puissant A Damanbour. rt bientôt ou put craindre qne tout le Bahireh , et insensiblement les province* voisines, ne se soulevassent : une proclamation des cheik* du Kaire arriva A temps et empêcha une révolte générale.
« Le général Laousse traversa promptement le Delta ; H de la province de l.harkieh sc poria da«s le Bahireh , où il arriva le 8 mai.
Il marcha sur Damanbour . attaqua cl battit les troupes d’El-Modhy. Tout ce qni n'éiail pas armé se dissipa et regagna sc* villages. Il fit un grand carnage des fanatiques, en fusilla 1,500, parmi lesquels se trouvait uns doute l'ange El Modhy lm- même, car on n'en entendit plus parler. Damanbour étant pris , la tranquillité du Bahireh ne tarda pas A te rétablir. »
40 pièce* de campagne, 50 drapeaux, fait 6,000 prisonnier», rasé les fortifications de Gaza, Jaffa, Calffa, Acre, nous allons rentrer en Égypte; la saison des débarquements m’y rappelle.- Encore quelques jours, et vous aviez l'espoir de prendre le pacha même au milieu de son palais ; mais dans cette saison , la prise du château d’Acrene vaut pas la porte de quelques jours. Les braves que je devrais, d'ailleurs, y perdre, sont aujourd'hui nécessaires dans des opérations plus essentielles. Soldats ! nous avons une carrière de fatigues et de dangers â courir. Après avoir mis l'Orient hors d'état de rien faire contre nous dans cette campagne, il nous faudra peut-être repousser les efforts d’une partie de l'Occident. — Vous y trouverez une nouvelle ocrasion de gloire ; et si, au milieu de tant de combats, chaque jour est marqué par la mort d'un braye, il faut que de nombreux braves se forment, et prennent rang à leur tour parmi le petit nombre qui donne l'élan dans les danger» et maîtrise la victoire.»
Préparatifs de départ.— Le retour en Égypte étant l’effet de la volonté du général eu chef, les préparatifs de départ se firent avec un tel ordre que l'ennemi ne put pas même soupçonner que le siège allait être levé ; aussi les pomfials durèrent-ils jusqu'au dernier jour.
■ Dans la nuit du 16 au 17 mai, l'artillerie de siège partit pour Jaffa , et fut remplacée aux batteries par l'artillerie de pampagne- Ou profita de la nuit pour évacuer les malades et les blessés restés â l'ambulance, et qui partirent escortés par deux bataillons de la CÎT demi-brigade. Bonaparte avait ordonné que ce corps, dont il avait été mécontent au dernier assaut, ferait la retraite, portant ses fusils la crosse en l'air, et accompagnant les malades et les convois.
Junot, que Kléber avait laissé en observation sur le Jourdain , reçut l’ordre de disposer ses troupes de manière â former l’ayaul-garde de retraite* Il brûla les magasins de Tabarieb et pnt position àSaffarieh, afin de couvrir les débouchés d'Obelioe et de Cbefa* mer sur le camp d’Acff .
Sortie générale des assiégés . — Cependant le feu des l^tterie* Pc cessait point. Avant d'abandonner les travaux de tranchée , et afin d'employer des munitions devenues inutiles, et que, faute de chevaux, il n'aurait pas été possible d'emporter, le général eu chef fit, pendant les trois derniers jours du siège, jeter dans la ville tout ce qui lui restait de bombes et d’obus; l'artillerie de campagne fut servie avec une telle vigueur, dans (a journée du 18 mai , qu'elle rasa presque entièrement le palais de Djezzar et les principaux édifices. Les obus et les bombes , pleuvant de toutes parts dans un espace si étroit et rempli de soldats, y causaient un graud ravage. Le feu devint tellement insupportable a la garubon, que, le 20 mai au malin, elle fit une sortie générale pour marcher sur les batteries françaises et les détruire. De profondes colonnes se dirigèrent sur la tranchée; mais chargées avec impétuosité par les Français, elles cédèrent au choc et furent repoussées avec une grande perle dans la place. A trois heures de l'après-midi, et voyant que le feu ne
discontinuait pas, les Turcs se décidèrent , malgré leur échec du matin, â faire une nouvelle sortie. Ils débouchèrent par tous les points et parvinrent à se ranger en bataille. Toute la garnison hors des murs présentaitainsi une ligne formidable; les Tqrcs combattirent avec qn acharnement et une fureur qu'ils n’avfieot point encore montrés. Persistant à marcher sur les batteries, ils pénétrèrent dans le boyau qui couronnait le glacis de la tour de brèche; mais le général Lagrange, qui commandait la tranchée, le# attaqua avep deux compagnies de grenadiers, reprit le boyau, fit malgré leur résistance opiniâtre, les poursuivit jusque dans les places d’armes .extérieures et les rejeta dans la ville. Le champ de bqtaijle resta jonché <Jç leurs cadavres.
levée d" sù'ge de Sainf-Jean-d’dcrf. — Çe Jgyrible combat fut le dernier que les Français Ijvtfeeqt en Syrie; dans la nuit du 20 au 21 mai , l’armée s’éloigna de Saint-.lean-d’Acre. Elle avait perdu 3,000 hommes par la peste ou par les batailles.
Le retour en Égypte fut accompagné de plus de souffrances et de fatigue que la marche sur la Syrie. On avait à transporter un grand nombre de blessés et de malades. Le général en chef s'occupa d’eux avec une extrême sollicitude ; il donna l'ordre que tops le* chevaux, ceux des généraux, de l'état-major, les siens même, leur fussent réservés. Afin de donner l’exemple, il marchait à pied ^ '•* fête des colonnes.
Dans le trajet, le général ai chef faillit être assassiné. Lin Arabe de Nnplouse, embusqué dans un buisson , lui lira, presque à bout portant, un coup 4c fusil qui ne l’atteignit pas. Ce misérable s’enfuit, et réussit à gagner, au milieu de la mer, un rocher oft il espérait être â l'abri de toute vengeance v tuais je» balles des soldats français eu firent justice.
Évacuation des pestiférés de Jaffa. — Les troupes s'arrêtèrent quatre jours â Jaffa , pour se reposer de leurs fatigues. La peste n'avait pas cessé de frapper des viçlimçs \ |c qombrç de? pestiférés était considérable. Bonaparte fil une oouvel le visite à l'hôpital, cl donna l’ordre d’évacuer sur l’Égypte tous ceux qui pourraient supporter le transport. Cet prdye fut exécuté. Cependant , quelques années après, les rivaux du général, les envieux du consul, les ennemis de IVmpereür, ont accusé je général en pbçf de l’?fm(fe d'Égypte d’avoir ordonné l'empoisonnement de ses soldats frappés de là peste. La haine que soulève toujours un grand génie , et le» basses passions de? hommes, peuvent seules expliquer commeut celle accusation calomnieuse a été répandue et propagée !
Aujourd’hui que la question a été scrupuleusement examinée, et que la vérité est débarrassée de tou» ses voiles, on peut affirmer qu’aucun empoisonnement de pestiférés n’a eu lieu à Jaffa. Tous, à l’exception de cinquante , parvenus au dernier période de la maladie et hors d’état d’être transportés, ont été évacués, les uns par mer, sur Damiette, les autres par ternp, sur El-Arycb , ef y sout arrivés. Des cinquante malades restés â Jaffa , la majeure partie mourut , quelques-
uns retrouvèrent lu force de suivre la retraite , sept seulement ne sortirent pas de l'hôpital , et y expirèrent le lendemain du départ de l’armée
Marche dans le de sert. — La retraite à travers le désert, qui semblait devoir être funeste aux malades et aux blessés, leur fut au contraire favorable. Ceux qui n'avaient pas été évacués par iher suivaient l’armée, n’ayant pour nourriture que des galettes de biscuit et un peu d’eau ; on les pansait avec l’eau saumâtre des puits. Néanmoius on grand nombre d'entre eux , atteints de blessures graves à la tête et A la poitrine , bu privés de quelques membres, traversèrent soixante lieues de désert sans accident, et même, en rentrant en Égypte , la plupart se trouvèrent guéris.
Les causes de ce prompt rétablissement furent, à ce que croit le digne Larrey, chirurgien en chef de l'armée, le changement de climat, l’exercice , les chaleur sèches du désert, et la joie que causait le retour dans un pays qui, par ses grandes ressources, et à cause des habitudes qu’ils s’y étaient faites, était devenu pour les soldats comme une seconde patrie.
Sur sa route à travers le désert, l’armée trouva dans les bas-fonds quelques flaques d’eau douce , dont les soldats burent avec avidité ; mais celle eau renfermait de petits insectes, parmi lesquels était une espèce de sangsue, grosse comme un crin de cheval et longue de plusieurs lignes, mais susceptible, en se gorgeant de sang, d'acquérir le volume d’une sangsue ordinaire. Bientôt U plupart de ceux qui avaient cédé à leur soif et bu de celle eau ressentirent une grande irritation et des piqûres douloureuses A la gorge, ils maigrissaient A vue d’œil, perdaient l’appétit et le sommeil. Le chirurgien eu chef Larrey fut, pendant quelque temps, fort embarrassé pour connaître la cause de cette maladie. Enfin, en examinant uu soldat, il lui abaissa la langue et découvrit au fond de soq gosier une sangsue grosse comme le petit doigt, qu’il arracha aussitôt avec une pince. Le malade se trouva soulagé et fut bientôt guéri.
Kléber marchait A l’arrière-garde avec sa division. Il veillait avec le plus grand soin A tous les besoins des malades et surtout des pestiférés, niais il n’aimait pas A les voir de trop près. Un jour qu’à uue station ces derniers s’empressaient autour de lui ; « Mes eufaols, leur dit-il, je m’occupe de vous; nous allons partager
• N ou* avons août If* yeux le rapport de Sidnry -Smith , qu’on naccwra pas d'être un partisan de Bonaparte , et il annonce A Nelson qu’il a trouvé dans l'hôpital de Jaffa sept pauvres malheureux , dont il prendra soin. — Quant A l’évacuai k>u dn malades et des blessé*, vol ri ce que nous lisons dans une lettre écrite eu 1K29, par M- D’Aure, ancien intendant général de l’armée d’Oricnl.
« Lors du retour de l’aruiée A Jaffa , le générât en chef , Bonaparte , voulant entièrement faire évacuer par terre et par mer tous les malade* sur l'Égypte , m'ordonna de me rendre dans la place . aliu d’y prendre toute* le* disposition* nécessaires pour faire partir tous les blessés et pestiférés j soit par mer, sur Damiette, soit par terre, sur El- Aryrh , mission qni n Y tait pas sans quelque danger...
« L’évacuation par mer. sur Damhltb, se Ht par I Ymbai qifc hient des blessés et peshféiVt, sur «*pi Mlimmls qui sr trouvaient dans le port de Jaffe, rais A uu disposition par l'amiral I. a ni heaume, et coiti nia n JC* par de* ofHnert de marine. Ce* bâtiment» éla eut : le cfarlxc la Fortune, la cilaloupe l Hélène, et k* djerior* n*' 1 . 3, 4, 6 H 6.
.Connue il ut restait pas A Jaffa un seul de* trente q utre officier» de «anté que uou» y avion* laissés pour le service <ks hôpitaux , tout i tant mort* de U pci te, MM. Larrey et Desgcnettcs désignèrent
ce que j'ai ; mais tenez- vous à distance, ce n’est pas de la peste qu'il convient que je meure. »
La marche se faisait avec galté malgré la chaleur. Posé sur le sable, le thermomètre de Réaumur montait A 44 degrés; à l’air libre, il en marquait encore 34. Les, soldats, au milieu des vastes plaines nues et arides qui formaient leur horizou, plaisantaient sur IA généreuse promesse du général eu chef à son départ de Toulon., « Il uous a promis A chacun six arpents de terre, disaient-ils, il peut nous en donner A discrétion , nous n’én abuserons pas. u
Bonaparte faisait bon accueil aux Arabes qui, dans, des intentions pacifiques, s’approchaient de l’armée, il causait vuloutiers avec eux. Un jour le chef d’une tribu amie vint familièrement se placer à ses côtés ; c’était un jeune homme de petite taillé . mais vif et de bonne, mine; il cdnduisait sa troupe avec beaucoup d’ordre, paraissait craint et respeclé. Tout en chevauchant auprès du général en chef, il eutaina la conversation : u Sultan Kébir, j’aurais un bon couseil A te donner. — Parle, mon ami , je le suivrai s’il est bon. — Si j’étais A la place, voici ce que je ferais : en arrivant au Kaiie, je ferais venir le plus riche marchand d’esclaves, et je choisirais pour moi les vingt plus jolies femmes; je ferais venir ensuite les plus riches inarchadds de pierreries; et je mVn ferais donner une bonne part. J’en ferais autant avec tous les autres; car A quoi bon régner si ce n’est pour acquérir des richesses? — Mais, mon ami, s'il était plus beau de les conserver aux autres?» Celte réponse étonna le jeune Arabe; il baissa la tète, réfléchit pendant quelques moments et s’écria ensuite avec admiration : « Beau! juste / grand! »
Retour en Egypte . — Fis il e à P Muse. — L’armée arriva le 4 juin A Katieh, après avoir horriblement souffert de la soif. Quoique les divisions marchassent à distance, l’eau des puits était moius abondante et plus saumâtre qu’au premier passage. A Katieh, un repos de deux jours fut accordé aux troupes.
Pendant ces deux jours, le général en chef, accompagné de Monge et de Menou , qui s'était avaucé jusqu’à Katieh dans le but de se rendre en P.itestine , oft il avait été nommé gouverneur, alla visiter les ruinés de Péluse. Dans le désert , le soldat aurait A peine cédé sa place A son général pour s’approcher d’une source
MM. Rnsel, André, Lagier, JivAnAt, Lrdttv, CilMfc et Momhgert * loti* officier* de santé appartenant aux ambulances et aux corps de l'armée. En ronaéquttire, on en plaça un sur chacun des bAtimenl* ainsi qu'un employé des hôpitaux , pour donner des soiu* anx malade* et btrssês, leur feire distribuer de* M»n-* ci tenir la comptabilité. — Le convoi mil A la voile cous U conduite de M. le commissaire d>i guem-s, Alph. Colbert, aujourd'hui maréchal de camp. — Quant à l'évacuation par terre, elle s.1 ht sur El-Anrb , notre première place forte sur la frontière de l'Égypte. Le convoi partit de Jaffe, sons le* ordres de l'adjudant commandant Boyer (arlnrllemrot Heiitrhant général en retraite), et sou* Prtrorte du V bataillon de ta 6®* demibrigade. Ia» commissaire de* guerre* Groben 'A préoent retiré du *er- ▼ioe, et habitant Chambéry } fut chargé de la police du oouvoi, qui fut si bieu approvisionné de vivres , que ce commissaire des guerre*, qui avait reçu l 'autorisation nécessaire pour ru prendre A Gaza, écrivit de retre plaie A l'intendant général qu’il était suffisamment pourvu pour aller jusqu'à El-Arick, qu'il ne prendrait nco A Gaza. Le convoi arriva sans besoin et sans malheur A sa destination. Il n'rn fut pas de même de celui de mtr, qui fut pris en partie par l'escadre anglaise. •
fangeuse; à Péiuse, Bonaparte faillit être suffoqué par la chaleur. On lui céda un débris de porte, où il put pendant quelques instants se mettre à l’ombre. « Celui qui me céda ainsi sa place, dit Bonaparte, me faisait une immense concession. » — Le général en chef alla ensuite reconnaître le fort deTineh, et l’ancienne bouche TanUiqae , nommée par les Arabes Omfiurg, et située à trois lieue» nord-ouest de Péluse. Après avoir ordonné des travaux pour augmenter les fortifications deTineh, il revint à Katieh.
L’armée continua sa roule pour revenir au Kaire, à l’exception de la division Kléber, qui s’embarqua à Tineh pour retourner à Damiette par le lac Mcnzaleh.
' Le Simoun.— En rentrant en Egypte, dans la plaine de sable située entre le Pont-du-Trésor et Salahieh , l’armée fut en butte â uu ouragan terrible, pareil à celui qui engloutit dans les sables libvques les soldats de Cambyse. Le Simoun, si redouté des Arabes .contraignit les soldais français à imiter les chameaux qui, pour éviter son souffle empoisonné et brillant, se cachent la tète dans le sable jusqu’à la fin de la tempête; celle-ci dura deux heures; le chirurgien en chef Larrey perdit connaissance et manqua de périr. Quelques convalescents de ta peste ne purent pas y résister et moururent.
Benlrée triomphale au Kaire. — Le général Dugua, commandant du Kaire, avait fait toutes les dispositions pour fêter avec pompe le retour triomphal de l’armée de Syrie dans la capitale d’Egypte. Le 14 juin, dès trois heures du matin, les Français et les principaux habitants se formèrent en cortège sur la place Esbékieh , au son des musiques égyptienne et française. Les généraux Dugua et Deslaing et les principaux chefs des administrations françaises marchaient en tête; venaient ensuite les membres du grand divan , les descendants d’Abnubeker et de Falime , les docteurs de la mosquée de Djémil-Azar , tous les mupblis (sur des mules, monture préférée par leProphèie), les chefs des marchands, le patriarche cophte et les principaux de la nation, que suivaient les odjaklys, les agas de la police de jour et de nuit, et tous les corps des janissaires; la marche était fermée par les troupes auxiliaires grecques.
A cinq heures du mat in ce pompeux cortège sortit du Kaire et s’avança à la rencontre de l’armée de Syrie, rangée en bataille dans la plaine hors du faubourg de Koubeh. Tous les soldats qui revenaient avec Bonaparte por-