‹ France (volume 2)Chapitre 1 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LÀ GAULE INDBPENDANTB.

(1600-58 av. J. C.) $ L Populations de la Gaule,

-Lia Gaule des anciens comprenait toutes les provinces renfermées aujourd'hui danâ les limites de la France continentale, plus les pays situés sur la rive gauebe du Rhin et une partie de la Suisse. Ses frontières étaient donc à peu près les mêmes que celles de la France dans les dernières années du dix-huitième siècle. Défendue au nord et à l'ouest par l'Océan , au sud par les Pyrénées et le golfe de Gaule, elle trouvait dans la chaîne centrale des Alpes qui la bornait au sud-est, depuis les Alpes maritimes jusqu'au Saint-Gothard , une barrière formidable. Enfin le cours du Rhin la séparait à l'est de la Germanie.

Les habitants de la Gaule ne se désignaient point eux-mêmes par un nom générique; chaque tribu avait le sien; cependant leurs nombreuses peuplades

peuvent se diviser en trois grandes fa* milles qui se partagcaieift inégalement le territoire gaulois. Ati sud-ouest se trouvaient les Abbmobici dont le nom fut traduit par les Romains en celui d'AQUiTÀNi; au sud-est les Ligubes ou Liçyes s'étendaient des Bouchesdu-Rhone à la frontière de l'Étrurie dans la péninsule Italique, et de la Méditerranée à la Durance. Entre ces deux peuples de race ibérienne, habitaient depuis les Pyrénées orientales et la Garonne jusqu'aux rives de la Seine et de la Marne , les riches et belliqueuses tribus des Celtes ; enfin les Belges, peuples formés par un mélange de Celtes et de Germains, possédaient les pays compris entre la Marne et le Rhin. A ces nations indigènes il faut joindre les Phocéens fondateurs de la ville de Marseille. Survivant , grâce à l'alliance de Rome, à toutes les puissances commerciales de l'antiquité, Marseille couvrit peu à peu de comptoirs toute la côte gauloise de la Méditerranée , depuis Empories en Espagne jusqu'à rïice en Italie.

1" Lioraistm. (Annales de l*hist. db Fbancb.)

t^UKJVERS.

Soixante ans erf^rtrpa a?o|)t notrf ère, les quatre cents peuples et les huit cents villes, qui, au dire d'Appren, couvraient alors la Gaule , formaient des confédérations où les plus faibles (l'étaient |ra|]p^s à fli vers tHrei» connue sujets ou coDimecUeiits autour des pluf puissants. Plusieurs de ces confédérations s'unissaient menue parfois en de grandes ligues , oui eoïbrassaient^ors une partie copsidérf^^le 4e la G^ule :

celle des Belges, par exemple, qui rassemblèrent 280,000 hommes contre César ; celle des Armoriques ou tribi4S rfiarUimest qui coippreit'aient tou« )«s peuples de la péninsule de Breta» gne; les Aryernes ou hommes des hautes terres dans la contrée montagneuse, qui porte encore aiyourd'bui leur nom ; les Allobroges ou habitants des hauts villages, de l'autre côté de la vallée du l\bûne, sur le versant occidental des Alpes ; les Hel- YÈTB8 , qui possédaient ie pay9 ttB9 pâturages^ les Ss^quaines sur les rives de la Seine; les Édues dont les nombreux troupeaux de moutons pâturaient dans les vallées de la Saône et de la haute Loire; enfin les Biturigss qui avaient pour demeure le territoire qn'enferment la Loire, l'Allier et la Vienne.

L'histoire intérieure de la Gaule nous est peu connue jusqu'à l'époque où les Romains tournèrent leur attention vers ce pays pour en faire la conquête. Son étrange destinée a voulu que celui qui lui enleva son indépendance, ses lois, sa religion et ses mœurs , c'est-à-dire tout ce qui cons-.

titue ie caractère distinctif d'un peuple, ait été le premier et presque le seul à décrire l'organisation pohtiuue qu'il avait lui-même détruite. Grâce mu Commentaires de César> nous connaissons l'état de la Gaule durant le siècle qui précéda notre ère , c'està-dire au dernier moment de son existence comme nation et lorsque les traits primitifs de sa physionomie sociale étaient déjà sans doute bien changés.

Quant aux époques antérieures, une obscurité impénétrable les enveloppe ft semble nedevoirjamaisétre dissipée.

M^is ce ii'est pas dans la Gaule même qu'il faut diercher l'histoire de ses turbulentes tribus; à plusieurs reprises elles se sont répandues au dehors , et la terreur des nations plus civilisées qu'elles dépouillèrent ou menacèrent, nous a conservé quelques détails sur leurs audacieuses expéditions. Ce Que les Germains ont été en effet au cinquième siècle pour l'empire romain , les G^lls ou Gaulpis le furent pour l'ancien monde , pour l'Italie , la Grèce et l'Asie Mineure, pour Carthage, pour Rome républicaine qutls incendièrent, pour les successeur^ d'Alexandre dont ils formèrent la gatde et les armées.

$ II. Émigration des Gaulois en Es-

pagne f en Italie, en lUyrie, en

Asie, etc.

(1600-58 av. J. C.) 1000-1500 av. J. C.

L'Espagne* peuplée de natioiïs ibérienhes, fut la première exposée aux invasions gailiques. Des Celtes franchirent les Pyrénées , entrèrent dans la vallée de l'Ebre , et, après de longs combats contre les Ibères , se mêlèrent avec eux, et formèrent, au centre de la Péninsule, dans les monts Ortospeda, cette belliqueuse nation des Celtibériens qui brava pendant soixantedix ans tous les efforts de Rome.

D'autres Celtes {CelUci) s'établirent sur les bords de la Guadiana ; enfin des Galls, sous leur nom national , occupèrent les montagnes et la côte du nordouest, qui, aujourd'hui encore, s'appellent la Galice. ^

Mais , tandis que les Galls prenaient ainsi possession du nord, du centre et de l'ouest de la Péninsule, les tribus ibériennes qu'ils avaient dépossédées- sortaient de l'Espagne par l'autre passage des Pyrénées, et pénétraient jusqu'en Italie, sous les noms de Sicaties et de Ligures. Ceux - ci occupèrent en outre dans la Gaule toute la côte de la Méditerranée.

Un siècle environ apès ces dernières invasions, les Ajpbra, c'est-à-dire les vaillants ou les nobles, horde agm-

AîmALEs DIS raisïomË de frange.

hrense composée de Galls apparte*haut à diverses tribus, passèrent l'autre chaîne de montagnes qui bornent la Gaule au sud-est et descendirent dans la riche vallée du Pô ; les Sicules , qui en étaient possesseurs , voulurent résister au torrent; mais ils furent rejetés jusqu'au ' delà du Tibre , du Nar et du Trento. Dans toute la haute Italie, les Ligures au sud-ouest, et les Venètes à Test, échappèrent seuls au joug des Ambra ou Ombriens. Le vaste territoire dont ils s'étaient emparés fut partagé en trois provinces : la basse Ombrie qui comprit les plaines que traverse le Pô; la haute Ombrie entre l'Adriatique et les Apennins; enfin, rOmbrie maritime entre les Apennins, le Tibre, l'Arno et la mer âe Toscane. De nombreuses villes s'y élevèrent, dont les principales furent Ravenne au sud du Pô , Rimini , et Almeria ,.

bâtie, au dire de Pline, 381 ans avant Rome.

Apiès avoir joui paisiblement pendant trois siècles de leurs conquêtes , et exercé leur influence sur toute la péninsule, les Ombriens furent dépossédés par les Etrusques, qui leur enlevèrent d'abord les trois cents villes ou bourgades qu'ils avaient b'^ties dans la vallée du Pô, et les chassèrent des pa^s situés entre l'Arno et le Tibre. Dès lors , réduits à la possession du canton montagneux qui s'étend entre la rive gauche du Tibre et l'Adriatique, les Ombriens cessèrent de former une nation redoutable.

C'est dans cette période que se placent les voyages et les exploits de l'Hercule tyrien, c'est-à-dire, l'établis* sèment de relations commei'ciales entre les Phéniciens et les peuples de la vallée du Rhône, et la fondation de quelques villes, telles que ISemausus (Mmes) et Alesia sur le territoire des Êdues, qui devaient servir de comptoirs aux négociants phéniciens.

Après les Phéniciens, les Rhodiens parurent sur les côtes de la Gaule, et y fondèrent quelques villes, entre au-

très, Rboda ou l^hodanousia , à i'cmhouchure du bhône ; mais leur pro^ périté fut de courte durée et.bien vite éclipsée par celle de Massalia.

Un marchand phocéen^ Euxèue, ayant abordé un jour au fond d'un golfe à Test du Rhône sur le territoire des S'é^obriges, le chef de ce peuple l'accueillit avec aujitié et l'invita à prendre part au festin qu'il allait eélébr(>r pour le mariage de sa fille. Lorsque, selon l'usage des peuj^lades ibériennes , la jeune fille entra a la fin du repas, et fit le tour de la table en tenant la coupe pleine qu'elle devait présenter à celui qu'elle choisissait pour époux, elle s'arrêta devant le chef phocéen. Le jïèrè, croyant reconnaître dans ce choix un ordre des dieux, accepta l'étran^jer pour gendre, et lui donna en dot le golfe où il avait débarqué. Euxène y jeta aussitôt les fondements d'une ville (Marseille) qui devait croître chaque jour en richesses et en puissance.

Vers le même temps, le nord de la Gaule était le théâtre de graves événements. Hu le Paissant, chef d'une horde de Kymris qu'un çrand mouvement des nations scythiqued avait refoulés vers l'occident , passa le Rhin, et, repoussant à son tour la population celtique dans la partie montagneuse de la Gaule, couvrit de ses nombreuses tribus les plaines qui s'étendent depuis les laudes de Bordeaux jusqu'à l'embouchure du Rhiu^ entre rOcéan à l'ouest, et à l'est les Vosges , le plateau d^l'Auvergne, et les dernières collines qui descendent des Pyrénées et des Cévennes.

Cette invasion nécessita bientôt des émigrations nouvelles, pour dégager la partie orientale de la Gaule du surcroît de population qu'y avait causé l'accumulation des tribus gauloises repoussées de l'ouest à l'est par Pinvasion kymrique. Trois cent mille âmes partirent alors sous la conduite de deux chefs, Sigovèse, qui prit sa route par la forêt Hercynienne, et alla se

L'UNIVERSi

fixer le long du Danube dans les montagnes de 1 lilyrie ; Bellovèse , qui se dirigea vers iltalie et franchit les Alpes par le mont Genèvre. Traversant les terres des Ligures Taurins , le chef gaulois écrasa une armée étrusque sur les bords du Tésin. Tout le pays situé entre ce fleuve , le Pô et. le Sério, tomba aux mains des con(]uérants, qui prirent d'une tribu ombrienne, échappée à la domination étrusque, le nom* d'Insubres. Au centre d une plaine fertile baignée par TAdda et le Tésin, Bellovèse fonda la grande ville de Médiolanum (Milan), tandis qu'une de ses tribus, les Orobiens, bâtissait Como et Bergame.

L'exemple donné par Bellovèse aux tribus gauloises fut bientôt suivi, et, dans 1 espace de soixante -six ans , toute I Italie du nord reçut de nouveaux habitants. D'abord', une horde d'Auleraues, de Carnutes et de Cénomans , chassa les Étrusques du reste de la Transpadane, et s'étendit dans le pays compris entre les frontières des Insuores et celles des Vénètes. Brixia et Vérone furent leurs

Srincipales villes. Peu de temps après, es Ligures Salyens , les Laeves et les Libices , vinrent se fixer à l'ouest des Insubres sur la rive droite du Tésin.

La Cispadane restait encore aux Étrusques ; mais des Boies , des Cénomans et des Lingons descendirent bientôt des Alpes Pénnines, et trouvant la Transpadane occupée déjà par leurs compatriotes , franchirent le Pô et se fixèrent : les Cénomans sur le territoire de Plaisance; les Lingons à l'embouchure du Pô; les Boies, la plus puissante des trois tribus, entre le Taro et le Montone. EnOn arrivèrent les Sénons, qui s'établirent aux dépens des Ombriens entre le pays des Lingons et le fleuve ^sis.

Ce furent les Sénons qui eurent la

gloire de prendre Rome. « Les Gaulois e l'Italie, dit Polybe, faisaient leurs demeures dans des bourgs sans murailles, manquant de meubles, dor-

mant sur l'herbe ou sur la paille, ne se nourrissant que de viande, ne s'occupant que de la guerre et d'un peu de culture : là se bornaient leur science et leur industrie. L'or et les troupeaux constituaient à leurs yeux toute la richesse , parce que ce sont les seuls biens qu'on peut transporter avec soi à tout événement. » Ces peuples à demi nomades envoyaient tous les ans des bandes d'aventuriers piller les villes opulentes de l'Italie , et surtout celles de la Grande-Grèce. Vers 391 , une de ces bandes se jeta sur l'Étrurie : c'étaient trente mille guerriers sénons qui , se trouvant trop a l'étroit dans leur pays, vinrent demander des terres aux habitants de Clusium. Ceuxci implorèrent l'assistance deRome, qui envoya d'abord trois députés.L'un d'eux demandant au chef gaulois quel droit il avait sur les terres (fautrui , « Ce droit, « reprit le chef ou Brenn , c'est celui a que vous faites valoir vous-mêmes sur « les biens de vos voisins; c'est le droit « du plus fort. Nous le portons à la poin- « te de nos épées. » Au sortir de cette conférence, les Romains, oubliant leur caractère d'ambassadeurs, dirigèrent eux-ménoes une attaque des habitants sur le camp ennemi. C'était une évidente violation du droit des gens. Les Gaulois en demandèrent réparation, et, sur le refus du sénat, ils marchèrent aussitôt vers Rome. Ils trouvèrent l'armée romaine campée sur les bords de l'Allia, à douze milles de la ville (16 juillet 390 ). Ce fut moins une bataille qu'une déroute. Effrayés de l'aspect et des cris sauvages des Gaulois, les Romains prirent la fuite dès le commencement de l'action.

L'aile gauche presque intacte se retira à Véies, l'aile droite à Rome; quant au centre , il fut écrasé entre l'armée barbare et le fleuve. Cependant un grand nombre de fuyards ayant devancé rarmée dans Rome, la consternation fut à son comble. Les vestales , les vieillards, les femmes, les enfants, se réfugièrent dans les villes voisines. Quelques troupes seulement s'enfermèrent dans le Capitule.

Trois jours après la bataille , le Brenii

arriva près de^Rome avec son armée.

 la vue des portes ouvertes et des murailles sans gardes, il soupçonna d'abord quelque ruse; mais, lorsqu'il se fut assuré de la vérité , il prit possession de la ville , fit cerner le Capitole par un corps d'élite , et conduisit le reste sur le Forum , d'où les Gaulois se répandirent dans les rues et les maisons voisines. Là , un spectacle extraordinaire frappa leurs yeux. Devant les maisons patriciennes ils virent de nobles vieillards revêtus d'ornements consulaires et immobiles suï* leurs chaires d'ivoire. C'étaient des sénateurs qui avaient préféré la mort à la fuite. Ne sachant si c'étaient des dieux ou des hommes, les Gaulois n'osèrent longtemps faire un pas en avant; enfin, l'un d'entre eux s^ant hasardé à s'approcher de Maniiis Papirius, lui passa doucenient la main sur sa longue barbe ; mais Papirius l'ayant frappé jde son bâton et blessé à la tête , le barbare tira son épée et le tua. Dès lors le massacre commença. Après avoir passé plusieurs jours à pilier et à saccager la ville , les Gaulois finirent par y mettre le feu.

Cependant le siège du Capitole traînant en longueur, les Gaulois, qui commençaient a manquer de vivres, clianeèrent le siège en blocus , et ravagèrent les contrées voisines. Camille , alors exilé, mais toujours dévoué à son ingrate patrie, engagea les Ardéates à prendre les armes contre les barbares, auxquels il fit essuyer plusieurs défaites. Toutefois ceux qui campaient au pied du Capitole tentèrent de s'en emparer par une attaque nocturne, et peu s'en fallut qu'ils ne surprissent les Romains plongés dans le sommeil ; mais les oies consacrées à Junon donnèrent l'alarme , et Manlius repoussa les barbares qui , découragés, ne recevant point de renforts, et décimés d'ailleurs par des chaleurs pestilentielles, qui, aujourd'hui encore, rendent si dangereux le séjour de Rome et surtout ue sa campagne , consentirent à se retirer moyennant mille livres d'or. S'il faut en croire une tradition contredite par de graves histo-

riens, Camille, nommé dictateur, arriva au moment où le Brenn pesait l'or, et ajoutait aux poids son épée avec le baudrier, en s'écriant: Malheur aux vaincus ! « La coutume des « Romains , dit Camille , est de ra- « cheter leur patrie avec le fer et non « avec de l'or. » Et alors la guerre recommence , et le dictateur , dans un combat aussi long que terrible, met les Gaulois en déroule et en fait un horrible carnage. Mais cette tradition , que l'orgueil national dut préterer , est assez peu vraisemblable ; et il est beaucoup plus naturel de croire que les Romains durent leur salut autant à leur or qu'à leur opiniâtreté et à leur courage.

Quoi qu'il en soit , les barbares reparurent encore quatre fois dans l'espacede quarante ans ; mais les Romains s'étaient habitués à leur manière de combattre; l'habileté de Camille, qui écrasa une armée gauloise sur les bords de l'Anio (367) , celle de C Sulpicius et de Popilius Laenas, qui battirent aussi deux fois les barbares (358 et 350), enfin les exploits de Manlius Torquatus et de Valérius Corvus, qui tuèrent en combat singulier deux Gaulois de taille gigantesque , délivrèrent Rome des craintes que lui avaient inspirées ces terribles ennemiB.

VEBS 850.

C'est à cette époque, selon l'opinion la plus vraisemblable , que se rapporte l'invasion des Belges dans le nord de la Gaule. Ils ne purent dépasser la chaîne des Vosges ni le cours de la Marne et de la Seine ; mais deux dç leurs tribus, les Arécomiques et lesïectosagcs , pénétrèrent à travers le territoire gaulois jusqu'aux Pyrénées orientales , où Toulouse devint leur capitale.

Ce fut de cette ville que partit , en 281 , une horde nombreuse oui , traversant la forêt Hercynienne et longeant la rive droite du Danube, rencontra en lil^rie les anciens compagnons de Sigovèse. Dans cet intervalle de trois siècles , ceux-ci s'étaient prodigieusement multipliés et s'étaient

L'UNIVERS

u'auxfrontières de TÉpire , de la Macédoine et de la Thrace. Vers l'aa 335, quelques-uns de leurs députés s'étaient rendus au camp d'Alexandre , sur la frontière de Thrace , pour voir le héros macédonien : « Que craignez-vous ? leur demanda le futur conquérant de la Perse. » — « Que le ciel ne tombe, avaient-ils répondu. » — «Voilà un peuple bien fier, dit-il. » Cependant il fit alliance avec eux. Quand la mort d'Alexandre et les querelles de ses successeurs eurent laissé la Grèce et l'Asie sans défense , les anciens émigrants gaulois et les nouveaux venus s'unirent pour profiter de ces discordes , et trois cent mille barbares se jetèrent sur la Grèce : ils étaient divisés en trois corps. L'un , commandé par Gérétrius, envahit la Thrace, et Tenleya pour jamais à la Macédoine. Le second, commandé par Belgius, entra en Macédoine et défit Ptolémée Céraunus dans un combat où ce prince fut tué (279). Alors les Macédoniens mirent à leur tête un noble nommé Srosthènes % qui vainquit à son tour et repoussa les Gaulois. Mais , l'année suivante (278), le troisième corps , sous les ordres du Brenn luimême et d'Acicborius , vint fbndre sur la Macédoine , écrasa en passant Sosthènes et son armée , et se dirigea sur Delphes. Les Grecs les attendaient aux Thermopyles. Les Êtoliens., les Phocéens , les Locriens , les Béotiens , les Mégariens et les Athéniens s'étaient réunis, et avaient rassemblé vinçt mille hommes. Les Gaulois, repousses d'abord avec perte, pénétrèrent en .

Phocide par le même sentier qu'avait suivi autrefois Xerxès. Arrives près de Delphes , un tremblement de terre et une tempête mirent la consternation et le désordre dans leur armée , et les Grecs en profitèrent pour les tailler eh pièees. Le Brenn, désespéré^, se tua lui-même , et les débris de son armée

I)érirent dans leur retraite par la faim , a Éitigue et le fer des Grecs.

Plusieurs corps échappèrent cependant et allèrent, sous la conduite de L^nor et de Luther, ravager la Thrace.

Après des courses nombreuses, ils.

s'emparèrent de la Cbersonnèse et de Lysimachie : de là, ils apercevaient l'Asie où les attendaient tant de richesses , qu'ils ne pouvaient atteindre faute de vaisseaux. Heureusement Nicomèdè, roi de Bythinîe, vivement pressé par un compétiteur et par les Syriens, les prit à sa solde, leur fît passer le détroit, et, en récompense de leurs services, leur donna des terres consid.érables , où ils formèrent, entre le Pont, la Paphiagonie, la Cappadoce et les royaumes de Bythinie, de Pergame et de Syrie, un nouvel État puissant et redouté de ses voisins. £n effet, campés pour ainsi dire au centre de l'Asie Mineure , les Galates (*) la pillèrent à loisir, sans distinction d'amis ou d'ennemis. Le bruit de leurs cruautés et de leurs rapines jeta bientôt un tel effroi dans cette population dégénérée et sans courage, qu'à leur approche tous fuyaient, et que les femmes mêmes se tuaient pour ne pas tomber entre leurs mains.

Pour prévenir ces ravages, il fallut que de toutes parts les villes libres et les royaumes consentissent à payer tribut; le roi de Syrie- lui-même, si Ton en croit Tite-Live, se soumit à leur fournir une solde de guerre, malgré la victoire qu'il remporta sur eux en 277, srâce à ses éléphants, et qui lui valut de la recormaissance de l'Asie le surnom de Sauveur.

Quand les Gaulois eurent cessé d'errer dans l'Asie Mineure , leurs bandes exploitèrent encore la faiblesse des rois asiatiques en se mettant à leur solde, et , suivant l'expression de Justin , ils se répandirent comme un essaim dans l'Asie. Ils devinrent bientôt la milice nécessaire de tous les Etats de l'Orient, belliqueux ou pacifiques, monarchiques ou républicains. L'Egypte, la Syrie, la Cappadoce, le Pont, la Bythinie en entretinrent des corps à leur solde; ils trouvèrent surtout un emploi lucratif de leur épée chez les petites démocra^

(*) C'est ainsi que les Grecs avaient «dodifié le nom de Gaulois»

ANNALES DE L'HÏSTOIllE DE FRANCE-

ti€S «mMercuit^i oui, trop faiblea en popalatiofi pour snmre seules à leur déteDse, étaient asaez riches pour le8 bien pajitr.

Durant une longue période de temps»

il ne se passa guère dans toute l'Asie d'événement tant soit peu remarquable où les Gaulois n'eussent quelque part.

«Tels étaient, dit encore Justin, la terreur de leur nom et le bonheur constant de leurs armes, que nul roi sur le trône ne s'y croyait en sûreté, et que nul roi déchu n^e§pérait d'y remonter, s'il n'avait pour lui le bras des Gaulois. »

L'influence des milices gauloises ne se borna pas aux services du champ de bataille ; elles jouèrent un rôle dans les révoltes politiques, et, plus d'une fois, on les vit fomenter des soulèvements, rançonner des provinces, assassiner des rois, disposer des plus puis* santés monarchies. Ainsi quatre mille Gaulois en garnison dans la province de Meinphis, profitant de l'absence du toi Ptolemée-Philadelphe, occupé à combattre une insurrection à l'autre bout de son royaume , complotèrent de piller le trésor royal et de s'emparer de la basse Egypte; mais Ptolémée , prévenu à temps, les fit passer, sous nft prétexte spécieux , dans une île du Nil , où il les laissa iffour ir de faim . En By thinie, le roi Ziélas, fils de Nicomède, soupçonnant, de la part des Gaulois à sa solde, quelque machination pareille, résolut de faire assassiner tous leurs chefs, dans un grand repas où il les invita; mais ceux-ci, avertis à temps, le prévinrent en l'égorgeant à sa table ôiéme»

Une autre fois , le bruit se répandant de la loort de Séleucus, compétiteur de son frère Aniioehus au trône de Syrie , les Gaulois auxiliaires de ce deritter résolurent de tuer eux-mêmes Intiochus; iis espéraient qu'au milieu des triMibles qui suivraient l'extmction des Séleiicides, ils pourraient plus librement ravager la Syrie. Ils s'emparèrent doncd'Antiochus, qui ne parvint à conserver la vie qu'en se raclietant, dit Juflftia, comme w^ voyageur se radiètedes mains des brigandSrà pvi WOTr

Les rois d'Asie n'étaient pas les seuls â louer des mercenaires gaulois ; Pjrrrhui en avait toujours un grand nombre à sa solde dans sa carrière aventureuse; M en était surtout entouré dans ses dernières guerres. Ainsi ce forent les Gaulois qui seuls, entre toutes ses troupes, essayèrent d'enlever Sparte d'assaut; ce furent deux mille d'entre eux qui sauvèrent son armée en se faisant tuer jusqu'au dernier sur la route d'Areos; ce ftit enfin avec ce qui lui en restait qu'il entra dans Argos, où if reçut la mort de la main d'une vieille femme;

Mais c'était la riche république dft Carthage qui dépensait le plus d'or à solder des mercenaires ; ses armées en étaient uniquement composées, et ici Gaulois y comptaient toujours pour un grand nombre. Mais autant l'on pouvait être sûr de leur courage, autant il fallait redouter leur mécontentement quand la solde s'arriérait ou que la disette se faisait sentir. Carthage en fit une crueHe expérience, après la pre* mièrc guerre punique, lorsque, son trésor se trouvant vide, elle ne put satisfaire à leurs exigences; ils coururent aux armes , entraînèrent dans leuf révolte les mercenaires des autres na* tiens, et cpmmeiicèrent, sous la con* duite du Campanien Spendius, de l'Africain Mathos, mais surtout du Gaulois Autaritc, cette guerre sanglante que l'antiquité nomma la guerre inexpiable y et qui réduisit pendant quelqt» temps la unissante Carthage à ses seules muraiilesr

L'année même où se terminait la guerre inexpiable, Rome commenta sa longue lutte contre les Gaulois cisalpins. Les incursions de ces peuples dans l'Italie centrale avaient laissé un terrible souvenir. Aussitôt que l'on apprenait à Rome une nouvelle prise d armes des Gaulois , la terreuf était à son comble; on déclarait qu'il y avait t^m^f ^^ A^^^^ ^' ^^^^^ V^

L'UNIVERS

tous, jusqu'aux prêtres, prissent les armes. Quand ]es Romains virent toute 1 Italie autour (feux parfaitement docile au jouç, ils songèrent à ces terribles ennemis du nord de l'Italie, et entreprirent d*en débarrasser la péninsule, mais en les attaquant prudemment les uns après leç autres, et en semant la division parmi eux. Rome commença par les Gaulois boîens et les Liguriens. Cette première guerre fut heureuse, grâce à des dissensions intestines. Les Boîens Grent peu de résistance. Rome crut un instant que les terribles Gaulois avaient perdu leur ancien courage, et ne poussa pas plus loin la guerre contre eux; elle crut même pouvoir poser les armes, et fermer le temple de Janus pour la première fois depuis Numa (28Ô).

Mais cette paix fut de peu de durée ; bientôt il fallut de nouveaux combats pour Rejeter les Liguriens dans les Apennins. Dans le même temps, le tribun Flaminius ayant proposé de distribuer au peuple les terres enlevées aux Sénons en 283, après la destruction de cette peuplade, les BoTens prirent les armes et essayèrent de former une ligue entre toutes les nations de Tltalie septentrionale; mais les Vénètes, ennemis des Gaulois et d'origine différente, refusèrent d'y entrer. Les Liguriens étaient épuisés; les Cénomans, jaloux sans doute des Influbres et des Boîens, avaient vendu leur alliance à Rome. Les Boîens et les Insubriens restés seuls appelèrent à leur secours les Gésates. Le séhat s'alarme à cette nouvelle, et déclare qu'il y a tumulte; sept cent mille fantassins et soixante -dix mille cavaliers se tiennent prêts à repousser l'invasion de ces redoutables ennemis. Déjà l'armée gauloise était en Étrurie et cinquante mille Romains avaient été détruits près de Glusium , quand le hasard fit débarquer sur ses derrières les légions qui revenaient de la Sardaigne, tandis que l'armée consulaire lui uarrait le chemin de Rome. La victoire de Télamone (225) sauva Rome; ceJle de VAddua (223), la prise de Milan, la défaite des Gésates , et la mort de leur

roi Virîdomare, tué par Maroellos, qui remporta les troisièmes dépouilles opimes, assurèrent aux Romains la soumission apparente de toute l'Italie gauloise.

Sitôt que Rome fut débarrassée d'Annibal, dont l'armée était presque toute gauloise (*), elle s'occupa de mettre fin à ses terreurs, en accablant les Cisalpins. Ceux-ci la prévinrent par un soulèvement général. L'incendie de Plaisance et l'attaque de Crémone annoncèrent leur prise d'armes ; mais le consul Furius parut bientôt avec une armée romaine, et trente-cinq mille Gaulois ratèrent sur le champ de bataille. Une perte de six mille hommes, éprouvée l'année suivante par les Romains, ranima le courage des Gaulois, 3ui, pendapt deux ans, tinrent tête aux eux consuls; mais la défection des Cénomans, au moment d'un combat décisif, fit éprouver aux Insubriens un revers sanglant. Une seconde défaite, qui leur coûta quarante mille guerriers, la ville de'Como et vingt-huit châteaux forts, les obligea à demander la paix. Les Boîens résistèrent encore

Sendant cinq années; mais incapables e lutter contre une puissance qui pouvait disposer de huilicent mnie soldats, ils préférèrent, plutôt que de partager le joug des autres Cisalpins, quitter leur patrie, et allèrent chercher sur les bords du Danube un pays où ils pussent vivre libres, et qui reçut d'eux le nom de Botohemum (Bohême). Plus tard, ils quittèrent encore les bords du fleuve pour se fixer dans la contrée appelée de leur nom Boîaria (Bavière).

Dans le même temps où Rome étendait sa domination sur les Gaulois de l'Italie, elle accablait ceux de l'Asie Mineure. Le consul Manlius les força dans les défilés du mont Olympe, et les contraignit de renoncer à leurs

(*) A Cannes il perdit 5,5oo hommes dont 4000 Gaulois et seulement x5oo Africaini ou Esiwgnols.

brigandages. Ainsi, Rome retrouvait partout les mêmes ennemis et partout tes accablait.

Ceux des bords du Danube, sous le nom de Scordisques, furent attaqués en 1 15 par le consul Caton , qui échappa seul à la destruction de son armée.

Mais les consuls des deux années suivantes exercèrent contre eux de sanglantes représailles. AinSi , toutes ces hordes, sorties de la Gaule, avaient été détruites ou asservies, et il ne restait plus d*elles que le souvenir de leurs terribles dévastations.

La Gaule elle-même avait déjà été envahie; à la sollicitation des Massaiiotes, Rome avait attaqué et vaincu les Voconttens et les Salyens, et fondé en 124 la ville d'Aix pour surveiller les peuples qu'elle venait de soumettre; mais ce voisinage effraya les Arvernes et les Allobroges, qui s'unirent pourchasser les nouveaux venus. Une sanglante défaite, éprouvée sur les bords du Rhône, mit fin à cette ligue et à J'indépendance des Allobroges , dont le territoire, joint à celui des peuplades liguriennes déjà soumises , forma une province romaine (121), qui,

* par la fondation de Narbonne en 119, s'étendit entre les Pyrénées , les Cévennes , le Rhône et les Alpes. L'in-

, vasion des Cinibres , qui traversèrent toute la Gaule et pénétrèrent jusqu'en Espagne, faillit envelopper les vainqueurs et les vaincus dans une commune ruine; mais leur défaite par

^ Marius, près d'Aix , délivra les Gaules

I et la Province (102).

§ IIL Guerre de ^indépendance.

Mais le temps approchait où Rome

allait tenter la conquête de la Gaule

I entière. Après avoir, pendant quinze

• siècles, porté la guerre avec l'effroi de leur nom dans toutes les contrées de l'ancien monde, les Gaulois la reçurent enfin, un demi-siècle avant notre ère, au sein de leur patrie, grâce à l'ambition d'un Romain qui avait

besoin d'une guerre glorieuse pour s'enrichir, et s'assurer une armée nombreuse et dévouée. Voici quelle était à cette époque la situation de la Gaule : au sud-est la province romaine, comprenant le territoire de Marseille et plusieurs pays entre les Alpes , le Rhône et les Cévennes^ que les Romains avaient successivement conquis; au sud-ouest, l'Aquitaine et ses vingt peuplades; sur le Rhône supérieur, les Édues; à leur gauche, dans le Jura, les Séquanes; à leur droite, dans les Cévennes, la puissante confédération des Arvernes; au nord-est, les Belges, les plus belliqueux et les plus opiniâtres des Gaulois; à l'ouest, la confédération des cités armoricaines, où les Vénètes, puissants par leur marine , tenaient le premier rang; enfin au nord, les M<)rins, et entre la Seine et la Loire, divers peuples, parmi lesquels dominaient les Carnutes, dont le pays était le centre de la religion druidique.

Depuis l'invasion des Cimbres , les peuplades germaniques jetaient des yeux d'envie sur la Gaule , et se pressaient sur les bords du Rhin ; les Suèves surtout n'attendaient qu'une occasion de saisir cette proie : elle- se présenta bientôt. Un jour, ils virent arriver au milieu d'eux des Gaulois implorant leur secours : c'étaient des députés des Séouanes qui, opprimés par les Édues, cUliés et amis -du peuple romain , voulaient opposer à cette alliance celle des barbares d'au'delà du Rhin. Arioviste, chef de plusieurs tribus suéviques, les accueillit avec empressement, et passa le Rhin avec quinze mille guerriers. Deux batailles suffirent pour ruiner la puissance des Édues. Mais les Suèves oublièrent bientôt qu'ils n'étaient entrés dans la Gaule gu'à titre d'alliés des Séquanes : une fois au milieu de ces riches contrées, ils ne voulurent phis les quitter, prirent le tiers du territoire des Séquanes , exigèrent de nombreux otages, et formèrent à deux pas des frontières romaines une puissance défendue par deux cent mille guerriers.

L'UniVEES.

La Gaule aUait devenir Germanie; tous alors s^adressèrent à Rome.

César, qui, comme nous l'avons déjà dit, avait besoin de glorieuses entreprises pour préparer le succès de ses desseins ambitieux, se fît charger du gouvernement de la Province cisalpine et delà narboonaise.Là il se trouva sur les frontières de la Gaule , et en médita aussitôt la conquête ; mais ii comprit qu'il fallait avant tout en fermer l'entrée aux barbares de la Germanie : aussi refoula-t-ii d'abord dans leurs montagnes les Helvétiens qui , fatigués des continuelles incursions des Suèves, leurs voisins, voulaient aller chercher sur les côtes du grand Océan un climat plus doux et une vie moins rude.

'Cette première expédition achevée, il marcha contre les Suèves, qu'il rencontra à deux lieues des bords du Rhin. La bataille fiit acharnée; cependant la discipline romaine l'emporta. Tout ce qui ne fut point tué sur le champ de bataille fut poursuivi jusqu'au Rhin et périt dans le fleuve. Arioviste, avec un petit nombre, échappa dans une barque qu'il trouva par liasard sur la rive; mais ii ne survécut pas longt temps h la honte de sa défaite ou à ses messures. César apprit bientôt sa mort avec la nouvelle que les Suèves effrayés s'éloignaient des bords du Rhin et regagnaient leurs foréts.L'invasion de la Gaule par les Germains fut retardée de quatre siècles*

Par la défaite des Helvétiens et des Suèves , César dominait dans tout le sud-est de la Gaule ; ses légions campaient sur les frontières des Belges.

Ces peuples, alarmés de ce dangereux voisinage , formèrent une vaste coalition contre les Romains. Mais là aussi se trouva un peuple qui trahit les intérêts communs; les Rèmes jouèrent dans la Belgique le même rôle que les Édues dans la vallée du Rhône ; ils se détachèrent de la ligue , qui fut rompue par cette défection. César n'eut plus qu'à attaquer ces peuples les

uns après les autres. Ce fut toutefois une rude guerre : les Belges passaient pour les plus belliqueux de tous les Gaulois ; leur pays d'ailleurs , entrecoupé de marais et^de forêts impénétrables, était éminemment propre a une guerre défensive; il fallut souvent que les légions s'ouvrissent un pas»

sage avec la hache à travers ces nois que la main de l'homme avait encore rendus impraticables; car là où se trouvaient des clairières , oii la forêt était moins épaisse, ils recourbaient de jeunes arbres , et les r^lantaient en terre pour se faire ainsi des barrières naturelles. Une première victoire remportée sur l'Axona ( l'Aisne } lui soumit les Suessions , les Bellovaques et les Ambiénois ( les peuples de Soissons, de Beauvais et d'Amiens), c'est-à-dire, les Belges de l'ouest.

Restaient ceux de l'est ; c'étaient les plus terribles. Les Nerviens se^fîreat tous tuer jusqu'au dernier , mais après avoir rois en grand péril l'armée romaine , dont plusieurs lésions furent écrasées. César lui-même tut obligé de combattre comme un simple légionnaire. La soumission des Atuatiques, qui furent tous vendus comme esclaves au nombre de cinquante mille, assura aux Romains la possession de la Belgique orientale. Pendant ce temps, le jeune Crassus soumettait les pays maritimes entre la Loire et la Seine.

César, de son côté, dompta les Morins; enfin, durant l'hiver, Sergius Galba écrasa les copulations du &ut et bas Valais , afin d'assurer à César les importantes positions des hautes Alpes et les communications entre l'Italie et la Gaule.

La troisième campagne fut employée tout entière à recommencer la conquête de l'Armorique ( la Bretagne et la Normandie). Les diverses cités de cette péninsule formaient une puissante confédération , à la tête de laquelle se trouvaient les Vénètes. Il fallut pour combattre leurs {grands vaisseaux, dont les cordages étaient des chaînes et les voiles des peaux de bêtes préparées, inventer

AI^NALES DE USISTOIRE DE FRANCE.

une tactique nouvelle. Après une vive résistance , ils furent vaincus dans un grand combat naval ; leur soumission amena celle du reste de la confédération , et par contre-coup, celle aussi des peuples de la Normandie actuelle.

Pour achever la conquête du littoral , César envoya CrassuS s'emparer de l'Aquitaine.

César, comme nous l'avons dit, voulait isoler la Gaule de la Germanie.

Lorsqu'il se trouva maître de toute la Gaule orientale , après son expédition contre les Belges , il voulut assurer sea nouvelles conquêtes du nord , comme il l'avait fait pour celles du midi , en éloignant des bords du Rhin les peu-

{)lades germaniques. D'ailleurs,. ce que es Suèves avoienttenté, deux nouvelles tribus voulaient le faire. La défaite d'Arioviste n'avait pu ébranler la puissance de la ligue des Suèves ; elle faisait encore en Germanie tout trembler devant elle , forçant les peuplades voisines à payer tribgt ou a chercher au loin de nouvelles demeures. Les Usipiens et les Tenctères ,. après une vive résistance, avaient été chassés de leurs terres, et poussés pendant trois années de canton en canton à travers les forêts de la Germanie ; ils étaient enfin arrivés , au nombre de quatre cent trente mille Y à Teinbouchure du Rhin. La tribu gauloise des M énnpes se retira à leur approche sur la rive gauche, pour défendre le passage. Trompés par un stratagème des Germains qui, après s'être éloignés du fleuve {)enclant trois jours,tombèrentàrimprovistesurleurs ennemis, les Mena pes perdirent unepartiede leurs guerriers, et les Germains se trouvèrent encore une fois au delà du Rhin , au milieu des peuplades récemment soumises par César.

La terreur se répandit sur toute la Gaule. Heureusement pour César, les Gaulois redoutaient plus encore la férocité des Germains que le joug dont Rome les menaçait. La plupart se réunirent à lui , et une nombreuse cavalerie vint sejoindre aux légions. Comme les Cimbres, comme Arioviste, les nouveaux envahisseurs ne demandè-

rent à César que de les laisser s'établir paisiblement sur les terres qu'ils avaient conquises.» Nous ne le céaons, « disaient-ils , qu'aux Suèves seuls , à « qui les dieux mêmes ne résisteraient « pas; quant à tout autre ennemi, il ^ « n'en est pas sur la terre qui ne doive « trembler devant nos armes. »

César fut plus heureux encore cette fois que contre Arioviste. Les barbares , surpris par l'armée romaine , au moment où ils attendaient le retoiv de leurs envoyés, eurent à peine le temps de saisir leurs armes ; rompus par les légions , ils s'enfuirent jusqu'au confluent de la Meuse et du Rhin.

Toute la horde périt entre les deux fleuves.

Profitant de cette victoire inespérée, le proconsul jeta en dix jours un pont sur le Rhin, non loin de Cologne, alla chercher lui-même les barbare»

jusque dans leurs forêts, et revint sans avoir rencontré l'ennemi.

Ces deux victoires de César arrêté^ rent le mouvement qui poussait les peuplades germaniques sur la Gaulé ; elles avaient été reçues si rudement lorsqu'elles s'étaient aventurées au delà (lu fleuve, qu'ielles désespérèrent de franchir cette frontière.

La même année. César passa en Rretagne (l'Angleterre), d'oii il revînt après une absence de dix-sept jours seulement.

C'était presque une fuite; aussi César reconnut-il la nécessité d'y faire, l'année suivante, après avoir réprimé les Pirustes en Illyrie, et les Trévireg en Gaule, une nouvelle expédition qui , mieux préparée lui permit cette fois de conquérir une partie du pays , et d'imposer aux habitants l'obligation de payer uit tribut annuel. \ .

La Bretagne n'était pas conqiiîsi*, mais César avait atteint son but : l'ne était effrayée, il pouvait donc revenir niaintenant achever son ouvrage en Gaule.

Lors de la seconde expédition de César dans la Bretagne, un chef édu en qui lui avait jusqu'alors, dans toutes les guerres de Gaule et de Germanie ,

ta

L'UNIVERS

servi de guide et d'interprète, avait refusé de passer avec lui daus Hle, disant que la religion Fempéchait de le suivre. Ce refus fut comme l'an- ^ nonce des combats que César allait avoir à livrer. La vraie guerre des Gaules, la guerre de Tindependance, n'avait pas encore commence. Jusqu'alors on s'était battu sur divers points, et pendant que César écrasait telle ou telle nation gauloise, il s'en trouvait une autre qui applaudissait à la chute d'une rivale; mais maintenait les illusions sont dissipées : tous voient bien que Borne veut asservir la Gaulle entière.

Cette pensée va réunir les Gaulois , et former ces coalitions formidables que César ne dissipera qu'à force de génie et de courage. •

César avait été forcé par la disette de disperser ses légions; les Gaulois du nord, croient l'occasion favorable , et les Éburons massacrent la légion ^ui campait au milieu d'eux; les Atuatiques et les ?*ïerviens en assiègent une autre, commandée par Q, Cicéron, le frère de l'orateur. Ce digne chef fait une résistance opiniâtre , qui donne le temps à César de venir le délivrer : le proconsul s'était fait jour avec huit mille hommes à travers soixante mille Gaulois. Dans le même temps , Labienus , le plus habile de ses lieutenants, battait les Trévires dans le i)ays rémois, et dispersait les Atuatiques et.

les Pïerviens. La coalition du nord parut dissoute , et César voulut que la Gaule entière avouai solennellement qu'elle se reconnaissait vaincue : il convooaa à Lutèce les états de la province. Tous y vinrent, à l'exception des Sénonais, des Carnutes et des Trévires. Mais ces peuples attaqués éépar^ment furent accablés. Les Trévi- *res^éul^ firent une vive résistance, guidSfpar leur chef Ambiorix, qui, voyant toute l'armée romaine réunie contre lui, disnersa ses troupes et se jeta dans la proronde forêt des Ardennes. Les Germains d'au delà du Rhin s'étaient rapprochés du fleuve pour donner assistance aux Trévires ; César, pour les chasser de la frontière gauloise, passa le fleuve une seconde fois , mais sans

pouvoir joindre l'ennemi. A son retour, il fit traquer dans les bois , par divers corps de Gaulois, l'infatigable Ambiorix; mais, soit la diffîcilté de la poursuite, soit le mauvais vouloir des troupes gauloises qui en étaient chargées, A.mbiorix échappa à toute redierche. Dans le même temps, César fit condamner à mort et exécuter Acco, le chef des Sénonais.

Alors la Gaule du midi s'ébranla, et entraîna dans son mouvement le pays tout entier. L'auteur de cette révolution était un jeune Arverne, dont le père avait exercé jadis une sorte de clictature sur la Celtique. Héritier de sa fortune , de son influence et de son ambition , le fils de Celtille saisît une occasion honorable de ressaisir le rang que son père avait perdu ; il entraîne dans ses projets la multitude qu'il n'a cessé d'exciter contre Rome , et se fait décerner la conduite de la guerre, avec le titre de Veroingétorix. Presque tous les peuples répondent à son invitation, et il se trouve bientôt à la tête d'une innombrable armée. Avant tout, il veut écraser les traîtres à la patrie ; Lucterius est chargé par lui de forcer les Ruthènes à rentrer dans la ligue, tandis qu'il attaque lui-même les Bituriges, qui lui livrent leurs troupes; les Ruthènes , les !Mtiobriges^ les Gabaies, donnent aussi des otages à* Lucterius, qui menace déjà la province romaine , .lorsque César arrive tout à coup de là Cisalpine. Le danger était grand, et la INarbonnaise s'effrayait; mais le proconsul rassure les esprits et met le pays à l'abri d'un coup de main. Lucterius, intimidé, recule à son tour, et laisse César franchir les Cévennes et se jeter, audacieusement entre les deux armées gauloises, pour aller ravager le pays des Arvernes , le pays d'où la guerre est partie. A cette nouvelle, le Vercingétorix revient sur ses pas. C'était ce que demandait César. Laissant le jeune Brutus faire face à l'ennemi, il se rend à Vienne, prend ce qu'il y trouve de cavalerie « court à

ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.

Langres où sont deux légions , réunit les troupes égarses sur la route , et recompose ainsi son armée qui , se trouvant di^ersée au commencement de la campagne, aurait pu être détruite légion par légion.

Mais le Vercingétorix égale le proconsul en activité; ne le trouvant plus à son retour chez les Arvernes, il poursuit son premier plan d'écraser les amis de Rome. Il attaque la ville éduenne de Ger^ovie; mais César a maintenant ses légions sous la main , et les villes tombent une à une sous ses coups. Déià Vellaudunum a capi-* tulé,Genabum est prise, pillée, aétruite; Noviodunum ouvre ses portes.

Alors le chef des Arvernes déclare qu'il n'y a qu'un moyen d'anéantir l'armée romaine, c'est de faire un désert autour d'elle; on l'approuve, et les villages , les fermés sont brûlés par les Gaulois eux-mêmes. Vingt villes de-, viennent la proie des flammes; mais les habitants d^Avaricum demandèrent grâce pour leur cité , l'ornement et le boulevard de la Gaule; le .Vercingétorix y consentit à regret. Avaricum n'en tomba pas moins au pouvoir des légions, qui s'ppiniâtrèrent avec une admirable constance. Cependant ce succès est funeste à César, car il détermine les Édues, jusqu'alors fidèles, et du pays desquels il tirait tous ses vivres, à entrer dans 1» confédération gauloise. ISoviodunum, où sont les magasins et le trésor, est prise et pillée. César voit toute la Gaule en armes. Son lieutenant Labienus est pressé et pœsque accablé dans le nord ; il semble qu'il n'y ait plus qu'à regagner en toute bâte la Provmce. Au contraire. César s'enfonce audacieusement vers le nord , et ^ jette au milieu de ses ennemis; il opère sa jonction avec Labienus , qui vient de se dégiiger par une pénible victoire, entre Lutèce et Melun, et répand partout le bruit qu'il fuit au delà du Rlîin. Ce fut contre cette ruse que vint échouer la prudence des Gaulois ; ils le poursuivent et l'atteignent près du pays des Lingons. Une bataille seule pouvait sauver César; il l'accepte

avec joie. Les cavaliers gautois avaient juré de ne point rentrer sous leurs toits , de ne point revoir leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'eussent deux fois traversé à cheval les rangs romains ; ils tinrent parole. Le combat fut terrible; César lui-même perdit son épée dans la mêlée; mais la tactique romame l'emporta. La meilleure partie de l'armée gauloise resta sur le champ de bataille. Le Vercingétorix, encore à la tête de quatre-vingt nnlle guerriers, vint chercher un refuge sous les m\irs de la ville forte d'Alesia. César l'y suivit et n'hésita point à assiéger cette grande ville défendue par une armée de quatre-vingt mille nommes. Il y eut là des efforts gigantesques.

Alesia était située sur le sommet d'une colline élevée, au pied de la-

âuelle coulaient deux rivières en sens ivers. Devant la ville s'étendait une plaine d'environ trois milles de long ; de tous les autres côtés , des collines peu éloignées et d'une égale hauteur entouraient la place. L'ennemi était campé au pied des murs du coté qui regarde l'orient , et avait devant lui un fossé et une muraille haute de six pieds. César fit tirer une ligne de circonvallation de onze milles d'étendue; son camp, avantageusement situé, fut défendu par vingt-trois forts. Pendant que les Romains achevaient ces travaux , un combat de cavalerie s'engage ; les Gaulois sont mis en déroute , et ne regagnent leur camp qu'avec peine.

Le Vercingétorix, profitant de ce que les Romains n'avaient point encore achevé leurs retranchements, renvoie sa cavalerie pendant la nuit, ordonnant à chacun de retourner dans son pays pour lui ramener des renforts. Il a encore des vivres pour trente jours, et pourra tenir un peu plus longtemps en les ménageant ; mais s'ils tardent à revenir, c'en est fait de lui et des quatre-vingt mille hommes d'élite qu'il commande.

César, instruit de la résolution de son ennemi , croit devoir ajouter à ses moyens de défense et d'attaque. D'abord on creusa un fossé à angles droits

L'UNIVERS

ée vingt pieds de largeur et de profondeur, puis deux autres de quinze pieds , dont le premier fut rempli des eaux de la rivière qu*on y détourna.

Derrière ces fossés on éleva une terrasse et un rempart de douze pieds de iiaut, garni d'un parapet à créneaux et de gros troncs d'arbres fourchus plantés à la jonction du parapet et du rempart , afin d'empêcher Tennemi de monter. Le tout est flangué de tours-

{)lacées à quatre-vingts pieds Tune de 'autre.

Ces précautions n*arrétant point encore les attaques des Gaulois , César fit creuser en avant de ses lignes un nouveau fossé de cinq pieds, puis buit rangs de fossés moins profonds , dont le fond était hérissé de pieux durcis au feu , qui ne sortaient de terre que de quatre ponces , et qu'on recouvrît de ronces et de broussailles. Tous ces travaux , César les fit répéter du côté de la campagne dans une étendue de quatorze pilles , pour se mettre à ' l'abri des attaques du dehors. Et pour de pareils prodiçes, César n'eut besoin que d'un mois et de soixante mille hommes;

Cependant la Gaule entière s'était ^evée à la voix du Vercingétorix. Huit mille cavaliers , deux cent quarante mille fantassins accoururent au secours d'Alesia. Mais les efforts réunis des assiégés et de leurs auxiliaires sont impuissants; trois cent mille hommes vinrent se briser contre les retranchements de César et le courage des légions. Le Vercingétorix, rame de cette guerre , voyant qu'il faut céder au sort , se couvre de ses plus belles arnies, sort de ta ville sur un cheval magnifiquement enharnaché, et, après l'avoir fait caracoler autour de César 9 qui était assis sur son tribu* nal , il met pied à terre, se dépouille de toute son armure, et va s'asseoir en silence aux pieds du général romain , qui le remet à ses soldats pour servir (l'ornement à son triomphe.

Ce fut le dernier effort de la Gaule ; il y eut bien encore des résistances partielles qui éclatèrent l'année sui-

vante (51); mais elles nVurent rien de sérieux. L'indépendance gauloise avait décidément péri sous les murs d'Alesia. Pour éviter que ces résistances isolées se prolongent, César les punit avec la dernière «sévérité. Les babitants d'Uxellodunum ayant été pris d'assaut. César fait eouper le poing à tous les prisonniers, et les disperse par toute la Gaule. Le pays des Trévires et des Éburons fut encore une fois ravagé ; les Bituriges et les Carnutes, qui avaient remué, firent leur soumission; les Bellovaques furent également contraints à fléchir sous le joug. Enfin la révolte de l'Aquitaine fut réprimée; et la soumission des Atrébates fut le dernier acte de la guerre des Gaules.

Dès lors César changea de conduite à l'égard des vaincus , il ne parut plus occupé qu'à fermer les blessures faites par la victoire. Il employa le dernier hiver qu'il passa au delà des Alpes (50) à parcourir Tune après l'autre les cités gauloises. Point de confiscations, de colonies militaires; aucune mesure violente. Il leur laissa toute liberté dans leur gouvernement intérieur, ne leur demandant qu'un impôt de quarante millions de sesterces, qui encore fut déâuisé sous le nom moins humiliant de solde militaire. Les meilleurs guerriers de la nation entrèrent même dans ses troupes , et formèrent la lé-

§ion de VAlauda, qui lui rendit tant e services durant la guerre civile. Ce ne fut pas tout : il enrôla à titre d'auxiliaires des corps choisis dans les différentes armes où la Gauhe excellait, de l'infanterie pesante de la Belgique, de l'infanterie légère de l'Aquitaine et de l'Arvernie, des archers ruthènes, etc. Les ailes de ses légions se composèrent presque uniquement de cavalerie tirée de Tune et de l'autre province transalpine. Aussi ce ne fut

Îms seulement , comme on l'a dit , avec 'or des Gaulois au'il conquit Bt>me, mais aussi avec leurs armes ; car les vétérans gaulois payèrent de leur sang toutes Jes victoires du dictateur sur les Pompéiens.

ANNALES DE L'BIfflOmE B£ FRANCE.

€»AprntB II.

lA GAULE BOHAmS.

(4«gv. J. C — 481 ap, J. C.)

5 I". Organisation de Vadministrt^ tion impériale dans la Gaule ^ ten^ taHves de révolte, etc.

(48 av. J. C — 240ap. J. C.) Lorsque, après la mort de César, le calme eut été rétabli dans la république, quand Auguste se trouva seul maître du monde, il appliqua à la Gaule le système d'administration qu'il avait étendu déjà sur tout Tempire.

La Gaule, cette dernière conquête des Romains, n'était pas encore façonnée au joug; il fallait soumettre ces'populations à une forte unité politioue qui rompît les habitudes et Tesprit ae l'ancien ordre social, qui fît disparaître les traditions nationales , et surtout les souvenirs héroïques de la dernière pierre. Pour y parvenir, Auguste établit une nouvelle division territoriale , fonda un grand nombre de villes nouvelles, qui, sans passé, sans histoire, ne connurent que la main qui les avait élevées, et grandirent sous la protection impériale , tandis qu'à côté d'elles, les villes qui se recommandaient lie plus au respect de la Gaule, par la double illustration d^une grande oonstance avant la conquête, et d'un noble rôle pendant la lutte, étaient frappées de proscription , privées de leurs prérogatives, ruinées dans leur commerce et condamnées à périr, comme la capitale des Bellovaques et celle des Arviernes. D'autres changèrent leur nom pour celui d'Augusta , comme la capitale des Suessîonset celles desVéromaqdues, des Tricasses, des Rauraques, des Trévires; Bibfacte elle-même, si célèbre jadis, devint Augustodunum ; pais les privilèges furent inégalement répartis pour rendre impossible toute coalition nouvelle. « Les centres d'autorité et d'influence furent changés ou rattacliés à des idées d'un autre ordre; l'institution de la clientelle, source de la puissance des grandes cités , n'exista plus) le territoire même de ces cités

fut souvent naorceié , leurs trikm ^ais cillées; plus de barrière entw Jes oonfédérations politiques , entre les races, entre les langues diverses; tout gît confondu pêle-mêle sous le niveau de Tadmintstration romaine {*), »

Le centre de cette administration siégea dans Lugdunum , ({ui , par son admirable position, dominait une granfc partie de la Gaule. Enfin la population gauloise fut désarmée, et les lésions oui campaient sur le Rhin veillèrent également sur la Germanie et sur la Gaule.

Ce n'était pas tout que d'être maître du territoire par la force ou par la po< litique, il fallait encore gagner les es-

Srits. Une école fut fondée à Autun , 'autres s'élevèrent à Toulouse, Arles, Vienne , etc. , et bientôt Rome se vit inondée de rhéteurs gaulois.

Quant à la religion , Auguste se conduisit avec la même prudence; il accepta les divinités gauloises, mais proscrivit leurs prêtres , les druides ou mmmes des chênes qui entretenaient et ranimaient au nom des dieux le patriotisme mourant des nations gauloises. Vivant solitaires au fond des épaisses forêts qui couvraient le pays, ils paraissaient rarement au milieu'du peuple, et le mystère dont ils enveloppaient leur vie et leurs doctrines augmentait encore leur influence. Puissants avant la conquête romaine, ils ne pouvaient se résigner à là perte de cette influence et fomentaient la révolte au nom des dieux. Auguste et ses successeurs portèrent contre eux des lois sévères; mais en même temps, pour éviter de blesser les sentiments religieux des vaincus, ils associèrent leurs divinités aux honneurs du culte romain. De toutes parts s'élevèrent des temples où l'identité des deux cultes fut publiquement consacrée, et où accoururent en foule tous ceux qui ne demandaientqu'im prétexte pour accepter la religion et le jougdes vainqueurs. Enfin , pour achever ce grand œuvre de la régénération de la Gaule , Auguste écrasa les peuplades des Alpes, et fit

(*) Amédée Thierry, Histoire des Gaidois,

L'tJNIVERS.

construire à trayers les montagnes plusieurs routes qui rendirent promptes et faciles les communications de la Gaule avec l'Italie.

Ces habiles mesures réussirent. La Gaule soumise au joug devint la plus docile des provinces de Rome, et après les vaines tentatives d'insurrection de Jllius Florus et deSacrovir, elle n'eut pendant quatre siècles d'autre histoire que celle de l'Empire.

12 avant J. C.

Drusus, gui avait été chargé par Auguste de faire le dénombrement des habitants, convoqua à Lyon les dé-

Eutés de toute la Gaule à une assemlée solennelle qui institua le culte de Rome et d'Auguste. Un temple magnifique s'éleva au confluent de la Saône et du Rhône; sur l'autel furent gravés les noms des soixante principales villes qui avaient contribué à son érection , et dont les statues furent placées autour d'un colosse représentant la Gaule elle-même.

8 avant J. C.

Les Cattes s'établissent dans l'île des Bataves , comprise entre les deux bras du Rhin , vers son embouchure.

21 depuis J. C.

Révolte du Trévire Julius Florus et de l'Éduen Sacrovir ; leurs projets , découverts par la précipitation des Andegaves et des Turons à prendre les armes, sont déjoués |)ar les Romains. Florus, qui devait soulever la Gaule belgîque, est réduit à se donner lui-même la mort; Sacrovir résiste plus longtemps, prend Autun et réunit quarante mille hommes; mais, vaincu par les légions, il s'enferme avec ses amis dans sa demeure, y met le feu et se poignarde au milieu de l'incendie.

Le dernier défenseur de la Grèce, Diaeus, avait ainsi péri.

39 depuis J. G.

La Gaule, que ne visita pas Tibère devenu empereur, vit les folies et les cruautés de Caligula. Un jour qu'il jouait aux dés, la chance lui étant contraire, il se fit apporter les registres de la province, marqua les noms des plus im-

posés, et prononça contre eux ntiè sentence de mort; puis revenant vers les joueurs : « Vous jouez, leur dit-il, pour quelques misérables drachmes; moi , d'un seul coup , je viens d'en gagner cinquante millions. »

A Lyon, il fît vendre, sans respect pour ses ancêtres , le mobilier des villa d'Auguste et de Germanicus ; lui-même présidait aux enchères et haussait les prix. « Ceci^ disait-il, appartenait à Ger- « manicùs, mon père ; voici qui me vient « d'Agrippa ; ce vase égyptien servait à « Antoine; Auguste le conquit à la ba- « taille d'Actium.» Et il fallait acheter et payer à raison de la dignité du vendeur et des souvenirs qu'il invoquait. Caligula amassa par ce nouveau genre de contributions des sommes énormes, qu'il dépensa aussitôt en faisant célébrer dans la même ville des jeux , où il établit ces concours d'éloquence grecque et latine dont les règles étranges montraient la bizarrerie de son esprit : les vaincus devaient composer en vers ou en prose l'éloge des vainqueurs et payer leurs prix ; l'auteur d'un mauvais ouvrage devait l'effacer avec sa langue ou avec une éponge, à moins qu'il ne préférât être frappé de la férule ou plongé dans le Rhône.

C'était s'exposer à bien des sarcasmes que de se montrer ainsi au milieu d'un peuple déjà frondeur. Un jour, qu'assis au milieu de la place sous le costumé de Jupiter, Caligula rendait des oracles à la foule étonnée , un pauvre cordonnier, fendant la presse, vint se placer en face de son trône et resta immobile, les yeux fixés sur lui. a Que te semblé -je donc? » demanda l'empereur, qui croyait voir dans cet étonpement un hommage rendu à sa divinité. « Tu me parais, dit le Gaulois, une' grande extravagance. » 11 risquait sa tête; mais le dieu était ce jour-là en humeur d'indulgence : il laissa aller le Gaulois.

L'empereur Claude, né à Lyon, persécute les druides.

Il accorde à la Gaule le droit de

fournir des membres au sénat de Rome.

Incendie de Lyon, la métropole romaine de la Gaule (Caput Gamarum).

Révolte de l'Aquitain Vindex éontre Néron , non dans le but de rendre à la Gaule son indépendance, mais pour renverser un empereur devenu odieux par ses folies et ses cruautés.

Le Batave Civilis veut transférer r Empire. Profitant des guerres civiles qui suivirent l'avénemeiit de Vespasien, il leva l'étendard de la révolte, et trouva assistance parmi plusieurs peuples de la rive gauche du Rhin.

Les légions qui gardaient ce fleuve furent vaincues ou gagnées , et bientôt l'on vit ces mots écrits sur les bannières de Civilis : Empire gaulois; enfin un chef gaulois, Sabinus, qui prétendait descendre de César, prit la pourpre impériale. Mais trop de peuples aans la Gaule étaient déjà façonnés a la domination romaine, pour que cette tentative pût réussir. Tout alla bien tant que Yitellius disputa l'Italie à Vespasien; mais lorsque celui-ci se trouva seul maître de l'Empire, il envoya une armée qui eut bientôt rétabli tout sur l'ancien pied. Civilis, enfermé dans l'île des Bataves, fit sa soumission (70). Quant à Sabinus, ayant fait courir le bruit de sa mort, il se cacha dans un souterrain, où il demeura neuf ans avec sa femme et ses enfants; découvert enfin, il fut conduit à Rome et mis à mort, malgré les larmes de la fidèle Éponine.

Ce fut la dernière tentative faite par la Gaule pour repousser le joug qui s^appesantissait sur elle ; dès lors , abdiquant sans retour toute espérance, elle se fit romaine de mœurs et de langage, et sou histoire n'est plus que -«elle de TEiiipire même, aux destinées duquel elle est enchaînée pour quatre siècles. Comme l'Italie, elle se couvrit de municipes et de voies militaires; elle eut ses gymnases et ses écoles qui

2* Livraison. (Annales de l'hist. de Feànce.)

rivalisèrent avec ceux de la Grèce, et les rhéteurs d'Arles, de Marseille, d'Autun et de Toulouse, allèrent donner des leçons aux descendants de Cicéron et d'Hortensius. L'un d'eux, Trogue Pompée, du pays des Vocontiens (département de la Drôme) , eut la gloire de composer la première histoire universelle qui ait été écrite, et dont Justin nous a conservé l'abrégé.

La haute classe, qui, après l'énergique et inutile résistance faite à César, avait facilement accepté la domination romaine , « sépara chaque jour davantage ses intérêts et ses sentiments des sentiments et des intérêts de la masse. Les druides eux-mêmes firent leur paix ; ils s'éclairèrent et devinrent professeurs de la 'science romaine, prêtres du polythéisme gallo-romain. L'amour de l'ordre s'insinua peu à peu dans tous les esprits, et la Gaule fut résignée; vint bientôt le christianisme qui accéléra et consolida l'ouvrage.

« De cette situation nouvelle sortit une nation qui ne manqua point d'originalité. Le rôle que joua la Gaule comme province de l'Empire romain est plein de grandeur et d'intérêt. Ce besoin de mouvement et de liberté que nous avons vu tout à l'heure ébranler un gouvernement contesté ne s'éteignit point; quand ce gouvernement fut consenti , il s'exerça dans les limites de la constitution et des coutumes romaines; il prit le caractère d'opposition, non celui de révolte. Sous cette forme, la Gaule arracha de grandes concessions à la puissance impériale, cassa plusieurs empereurs, en imposa d'autres à l'Italie, et s'établit même pendant quelques instants métropole de tout l'Empire. Mais ces événements curieux, quelque place gu'y occupe l'élément gaulois , appartiennent à l'histoire de Rome, et ne sauraient en être détachés (*). »

Nous imiterons les annalistes de l'Empire , qui semblent oublier la Gaule jusqu'au moment où le Rhin fut franchi pour la première fois par les Germains.

(*) Am. Thierry, t. III, p. 507.

L'UNIVERS

$ II. La Gaule depuis les premières invasions des barbares jusqu'à la fimdation de V empire des Francs, JuUen. — Attila, etc, (240-481.) Dans la carte de l'empire romain dressée sous Théodose ou Honorius, on trouve entre le Rhin, le Mein et le Wéser, un pays qui porte le nom de Francia. Sous ce nom de Francia, dénomination générique de la contrée, on lit : Chaud Jmsîbarii, Cherusci, Chamaviy qui et Franci. Les Francs (hommes libres) sont donc une de ces confédérations auxquelles donnait naissance la guerre continuelle contre les Romains. Plusieurs tribus «rrantes de ces contrées , les Bructères , les Cattes , les Attuariens , les Sicambres , paraissent avoir aussi fait partie de la confédération des Francs.

La date de la formation de cette ligue n'est point connue; quelques-uns la placent après les guerres de Civilis; d'autres après les expéditions de Maximin (235-238). Ce qu'il y a de certain, c'est que le nom de Francs se trouve pour la prenùère fois dans les historiens latins vers l'année 240. Aurélien , n'étant encore que simple tribun de légion, battit les Francs, leur tua sept cents hommes , en vendit trois cents ; et, comme les légions allaient marcher contre les Perses , les soldats firent une chanson militaire, dont le biographe d' Aurélien nous a conservé le refrain :

MiUe Fvancos, mille Sarmatas occidimiis»

iiille, mille, mille, mille Persas quacrimus.

Une troupe considérable de Francs, partie de la rive droite du Rhin , pénétra dans la Gaule, ravagea cette province sous les yeux de Gallien , depuis rOcéan du nord jusqu'aux Pyrénées, passa les montagnes, dévasta, pendant douze années, l'Espagne, où l'on voyait encore au sixième siècle les ruines qu'ils avaient faites à Tarragone, et alla jusqu'en Afrique effrayer les habitants de la Mauritanie, qui pouvaient se croire cependant à l'abri de la fureur des Francs.

Les Francs, les Lvgiens, les Bourguignons et les Vandales, qui avaient , envahi la Gaule, priset pillé soixantchdix ' villes gauloises, furent rejetés au delà duRhinparProbus,quileurtua,dit-on, quatre cent mille hommes , et fit construire ou réparer en Germanie, du Rhin au Danube , une muraille de soixante lieues , afin de protéger la Gaule contre de nouvelles invasions. Pour la mieux garantir encore, il transporta des bords du Rhin sur ceux du Danube et du Pont-Euxin un corps nombreux de Francs -, mais ces derniers s'étant emparés dans la mer Noire d'un certain nombre de vaisseaux , se décidèrent à regagner leur patrie. Ils se jetèrent audacieusement dans une route qui leur était inconnue, traversèrent la Méditerranée, firent de fréquentes descentes sur les côtes d'Asie, de Grèce et d'Afrique, et pillèrent Syracuse; puis, franchissant les colonnes d'Hercule, ils revinrent triomphants aux bouches du Rhin, raconter à leurs compatriotes la faiblesse du grand empire dont ils avaient impunément ravagé les provinces centrales.

Dans les troubles gui avaient agité la Gaule depuis Gallien jusqu'à^ Dioclétien , les paysans , ou plutôt les serfs , opprimés par leurs maîtres , et dépouillés par le fisc du peu qu'ils possédaient, étaient tombésdans la dernière misère.N'écoutant que leurdésespoir, ils se révoltèrent sous le nom de Bagaudes, et "firent prendre la pourpre à leurs deux chefs iElianus et Amandus, qui pendant quelque temps régnèrent d'une extrémité à l'autre de la Gaule; mais Maximien, envoyé contre eux , dispersa facilement leurs bandes indisciplinées. Les débris de leur armée se réfugièrent dans un château qui s'élevait sur la presqu'île formée par la Marne à une lieue de Paris.

Après un siège très-pénible. Maximien emporta la place, et fit raser le château , dont les fossés subsistèrent longtemps encore comme pour rap(>eler cette jacquerie des Gallo-RomaiQS :

ANNALES DE L'HISlOmB D£ FRANGE.

t*m M uu'on appelle aujomd'httt les fossés Samt-Maur.

Dans le partage que Diodétien fit de TEmpire, il forma de la Gaule, de TEspagne et de la Bretagne, un gour^nement qui fut confié à Constance Chlore, et plus tard à son fils Constantin. Tous deux surent gagner l'affection des Gaulois par leur désintéressement et les soins qu'ils prirent pour protéger leur pays contre les Germains.

aïo.

Importante victoire de Constantin sur les Francs.

Le successeur de ce prince. Constance , tout occupé des querelles aes Ariens et des affaires d'Orient, laissa les Ger-^ mains ravager la Gaule. Quand Julien y arriva, elle était impitoyablement dévastée par les Germains: quarante-cinq villes florissantes avaient été saccagées. Les barbares, regardant le pays comme conquis, s'établissaient sur les bords du Rhin; les Alemans campaient en Gaule, dans la Germanie supérieure, et les Francs occupaient la Belgique.

Toutes les villes ouvertes de la Gaule ^l>tentrioDale étaient abandonnées ; ce qui restait de soldats, mal payés, sans provisions, sans armes, sans discipline, tremblait au seul nom des barbares.

Lutter contre de tels obstacles, c'était une rude tâche pour un élève de Platon; cependant Julien se mit hardiment k l'œuvre; d'abord il rappela parmi ses soldats la tempérance, la discipline et le courage, dont lui-même donnait l'exemple. Une première action contre les Alemans lui réussit mal, il fut plus heureux une seconde fois; cependant l'hiver le chassant des bords du Rhin , il se retira vers Sens. La seconde campagne fut signalée par d'importants succès. Il ne tint pas, du reste , à l'un des généraux de l'empereur que son lieutenant ne restât au milieu des barbares. Barbation , qui devait seconder par une puissante di-.

version les opérations de Julien, fit retraite tout à coup, et le laissa exposé aux efforts de sept rois barbares. Julien n'avait que treize mille soldats à opposer à leurs trente-cinq mille hommes; mais la glorieuse bataille de Strasbourg le tira de danger et fonda sa réputation. Six mille Alemans furent tués , et Chnodomard , le plus brave de leurs rois , fut pris.

Les provinces du haut Rhin étaient délivrées , mais les Francs occupaient toujours les parties inférieures du fleuve. Trois mois après la victoire de Strasbourg, Julien, en retournant dans ses quartiers d'hiver, rencontra un corps assez considérable de Francs qui, le croyant encore bien loin , ravageaient les bords de la Meuse. Incapables de lui tenir tête en rase cam pagne, ils se réfugièrent dans dcDX forts voisins du fleuve , y résistèrent deux mois , et ne crurent pas se déshonorer en se rendant à Julien. C'étaient les premiers prisonniers faits sur cette nation qui s'était constamment imposé la loi de vaincre ou de mourir. Julien les envoya à Constance, qui les incorpora dans les troupes de l'Empire comme autant de remparts inexpU' gnables.

Julien revint ensuite achever dans sa chère Lutéce l'hiver de 358 ; puis, se remettant en campagne vers Je

grintemps, il défit successivement les aliens et les Chamaves , passa le Rhin à diverses reprises, construisit plusieurs places fortes au delà de ce fleuve, mit pour condition à la paix que sollicitaient les Alemans la reddition de tous les prisonniers romains qu'ils avaient encore en leur pouvoir; et, après avoir recouvré ainsi vingt mille légionnaires, revint à Paris en 860 , où il habitait le palais des Thermes dont on voit encore les ruines.

A la mort de Julien, les barbares reparurent. Dès l'année 365, Valentim'en fut obligé de veiur à Paris pour veiller sur les mouvements des Alemans, qui avaient pénétré dans la Gaule. Rqwussés une première fois»^

L'UNIVERS

ils profitèrent du froid de l'hiver qui tenait les troupes dispersées, pour faire une nouvelle tentative. Deux comtes furent tués , et les corps des Hérutes et des Bataves perdirent même leurs drapeaux. Valentinienen prit occasion de rappeler sévèrement ses troupes à Tancienne discipline. Les Bataves furent dégradés, privés de leurs armes en face de toute Tarmée ; et il les aurait vendus comme esclaves sans les prières de toutes les légions. Il pardonna , et cette clémence politique ne contribua pas peu sans doute aux succès de la campagne. Les Aiemans furent rejetés avec grande perte au delà du Rhin ; mais , pendant qu'on se réjouissait à Paris de ce succès , on apprit tout à coup la surprise de Mayence par les barbares.Pour les punir du sac de cette ville, Vaientinien passa lui-même le Rhin ; et , afin de prévenir toute nouvelle incursion depuis les sources du Rhin jusqu'à l'Océan, il fit construire sur les bords du fleuve une chaîne de forts et de tours destinés à défendre la Gaule. Il fit mieux encore : reprenant la politiaue de Dioclétien , il suscita des querelles intestines entre les Alemans et les Bourguignons.— Les Saxons qui , sous la conduite de leurs rois de la mer, ravageaient déjà les rivages de la Gaule, furent aussi vaincus et exterminés.

Depuis la mort deValentinien , l'Occident fut en proie à des troubles continuels dont la Gaule fut presque toujours le principal théâtre. Les chefs des barbares, admis à la cour impériale, revêtus de liantes dignités et comblés de richesses, étaient moins pressés que jadis de conduire leurs peuples au pillage de l'Empire. Il sem- Dlait que Tmvasion allait se faire par des voies pacifiques, et que l'héritage des empereurs allait tomber sans bruit et sans guerre aux mains des barbares devenus leurs officiers, comme eelui ides califes passa plus tard aux Turcs qui eoinposaieut leur garde. Déjà, sous 'ératien , le Franc Mellobaudes avait reçu le titre de comte des domesti-

ques; sous Valentinien II, un autre Franc, Arbogast, fut nommé mattre général de Tannée des Gaules. Arbo-

fast profita de sa charge pour donner ans ses troupes tous les commandements à des Francs; tous les offices, même ceux du gouvernement eivil, furent confiés à des barbares. Valentinien se trouva comme prisonnier dans son palais de Vienne sur le Rhône. Cependant il se faisait encore illusion sur sa faiblesse réelle. 11 crut pouvoir déjouer les desseins du barbare en lui ôtaot tous ses emplois. Un jour, il le fit venir devant lui , le reçut assis sur son trône, et lui annonça qu'il devait, dès ce moment, remettre à d'autres le commandement de l'armée. « Mon pouvoir, répliqua Arbogast, ne dépend ni du bon plaisir, ni dç la colère d'un prince. » Et il jeta à ses pieds , arlb mépris, l'édit impérial où lui était signifiée sa disgrâce. Valentinien indigné saisit l'épée d'un de ses gardes pour tuer le comte (*). Quelques jours après , l'empereur fut trouvé étranglé dans son lit.

Arbogast ne voulut pas prendre pour lui la couronne impériale ; il la mit sur la tête d'un de ses secrétaires , le rhéteur Eugène ; et , pendant trois ans, l'empereur d'Occident , Tbéodose , n'osa attaquer ce fantôme d'empereur.

Cependant la bataille d'Aquilée (894) rétablit l'unité de l'Empire , et la Gaule fut une dernière fois rattachée à la monarchie de Constantin.

La mort de Théodose, le partage de l'Empire entre ses deux fils Ar^adius etHonorius , amenèrent enfin la chute du colosse : toutes les frontières furent franchies ; Rome elle-même fut obligée d'ouvrir ses portes à Alaric, et les provinces virent s'élever des royaumes barbares. La Gaule tomba en partage à plusieurs peuples. Le 31 décembre 406, des Suèves, des Vandales, des

(*) Ce titre désignait déjà les principaux officiers de Tempereur, soit dan6 Tadininiairation militaire , soit dans rintérieur du palais.

SI

Alains et des Bourguignons passèrent le Rhin ; mais les Bou^isnons s'arrêtèrent seuls dans la Gaule, à Touest du Jura, depuis le lac de Gîenève jusqu'au eonfluent de la Moselle et du Rhin ; les autres passèrent eu Espagne.

Ataulf, frère d'Alaric, ayant mis ses Visigoths à la solde d'Honorius, renversa Jovin et Sébastien , qui avaient pris la pourpre dans les Gaules et reçut en récompense de ses services les provinces méridionales, avec les villes de Narbonne, Toulouse et Bordeaux. Au nord-est, les Francs s'étaient établis entre la Meuse et l'Escaut: au centre, Stilicon , général de l'empereur, avait placé des Alains sur le territoire de Valence et d'Orléans; enfln, à l'ouest, l'ancienne confédération des cités armoricaines s'était détachée de l'Empire.

Pour teqter de rendre à cette vaste contrée, qui lui échappait ainsi pièce à piè^e, une vie politique commune. Honorius adressa, le 17 avril 418, au préfet du prétoire des Gaules, un édit ordonnant la convocation d'une assemblée annuelle de sept des provinces des Gaules qui devait se réunir dans la ville d'Arles , du 13 août au 13 septembre, sous la présidence du préfet du prétoire. Cette assemblée devait se composer des juges, des officiers de chaque cité et des députés des propriétaires. Mais il était trop tard pour chercher à intéresser les Gaulois à la conservation de l'Empire. Malgré l'amende de trois livres d'or portée' contre ceux qui refuseraient de se présenter, cet essai de gouvernement représentatif échoua, et l'assemblée n'eut pas lieu ou resta sans effet.

Commandement d'Aétius dans les Gaules. — Ce grand général , fils d'un Scythe mort au service de l'Empire, et élevé lui-même à la dignité de patrice , fait revivre et respecter dans les Gaules l'autorité impériale. En 428, il bat les Francs près de Reims ; en 434

et 436, il bat les Bourguignons et les refoule vers les montagnes de la Savoie; en 436, il fait lever aux Visigoths le siège de Narbonne , et , quelque temps après, défait, près de Tours et de Chinon, les Bagaudes de nouveau révoltés, et peut-être les troupes des cités armoricaines.

Invasion d'Attila. — Ce fut vers to confluent du Rhin et du Necker (|U0 le roi des Huns passa le Rhin. Aussitôt sa cavalerie porta le ravage dans toutes les provinces voisines. Strasbourg, Tongres, Mayence, Metz furent ruinées, leurs habitants massacrés, et la place qu'occupait la dernière de ces villes ne fut plus indiquée que par une chapelle échappée seule à l'incendie.

Aétius recula d'abord devant ce torrent, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à réunir contre Attila les barbares déjà cantonnés dans la Gaule, et pour ^ui l'invasion des Quns n'était pas moms redoutable aue pour les Romains.

Tous, en eftet, vinrent, ralliés aux débris de TEmpire, combattre les bar»

hares de l'Asie et ceux de leurs frères qui s'étaient associés à leurs projets.

Les Francs, les Alains, les Burgondes, les Saxons établis déjà à Bayeux, mais surtout les Visigoths de Tou- »louse, s'armèrent pour délivrer Orléans assiégé par le$ Huns.

Attila recula devant ces forces redoutables jusque dans les plaines de la Champagne, où l'on croit voir encore, dans les environs deChâlons, les restes du camp qu'il y avait tracé. La bataille fut acharnée : elle commença par un combat entre un corps de Francs et les Gépides; cinquante mille barbares restèrent sur le champ de bataille. Cependant Attila hésitait; il consultait les victimes pour connaître l'issue de la journée ; mais , quelle que fât la réponse des prêtres, il Pliait combattre, car il s'était avancé trop loin pour reculer sans danger devant la nombreuse armée qui voulait lui fermer la Gaule.

Enfm une effroyable mêlée s'ençagea, et le roi des Huns, vaincu, quitta la Gaule et se jeta sur l'Italie, qui n'avait

pas de barbares pour la défendre. Cent soixante-deux mille morts étaient restés, dit-on, sur le champ de bataille de Châlons.

Pendant ces trente années, la Gaule flotta incertaine entre les diverses dominations qui se partageaient encore son territoire. La cour des rois visigoths jetait quelque éclat à Toulouse, et donnait asile aux derniers restes de la civilisation romaine; mais Taccueil fevorable fait par ces rois aux derniers poètes de Rome, ne les empêchait pas d'étendre leur nouveau royaume des bords de la Garonne à ceux de la Loire. Les Bourguignons augmentaient aussi leurs possessions , et, tout en protestant de leur Gdélité à TEmpire, s'emparaient de la Séquanaise, de la première Lyonnaise, et de plusieurs cantons de la Viennoise et de la première Aquitaine.Les Armoricains conservaient leur indépendance, et ce qui restait encore de Gall<T-Romains libres entre la Somme et la Loire obéissait à 4es gouverneurs qui, bi^n que portant des titres romains, avaient complètement oublié l'empereur et l'Empire.

La situation du comte Syagrius, à Soissons, différait peu de celle de Cllovis à Tournai , et Grégoire de Tours •lui donne le titre de roi comme au chef ^des Francs. -

Établis d'abpra- d'une manière fixe entre l'Escaut et la Meuse, les Francs s^étaient peu à peu étendus à Touest de ce fleuve. Sous Clodion, une de leurs tribus s'avança jusqu'à la Somme et prit Cambrai .'Ce chef, mort vers 449, eut pour successeur Mérovée, qui combattit à la bataille de Châlons, et étendit dans la Gaule septentrionale la domination des Francs saliens. Son fils Cbildéric se fit chasser par les Francs à cause de ses désordres; rappelé sept ans après, il laissa son pouvoir à son fils Clovis, en 481. Clovis, alors âgé de quinze ans environ, se . trouva chef d'une petite armée de trois à quato mille guerriers et maître de la ville de Tournai.

CHAPITEE m.

FBÂNCB MÉBOVINGIBNNS.

$P'. Clovis et ses JUs.

Uni à Ragnacaire, chef des Francs

de Cambrai, Clovis défit Syagrius à

Soissons , le fit décapiter, et se trouva ,

par la mort du général romain , libre

de rançonner les pays situés entre la

Loire et la Somme.

Soumission des Tongriens pardovis.

II épouse Clotîlde, fille d'un roi des Bourguignons. Chrétienne et orthodoxe, Clotilde prépare la conversion de son époux , et obtient de faire baptiser ses deux enfants.

Les Alemans, attirés par l'espoir de partager avec les Francs le pillage de fa Gaule, traversent le Rhin. Clovis ee retourne contre eux et les rencontre à Tolbiac, à quatre lieues de Cologne.

La bataille fut sanglante et d'abord indécise; mais, au milieu du danger, il invoque le dieu des chrétiens, et promet de se convertir s'il est vainqueur. La fortune change à l'instant, et les Aleinans sont vaincus. Le roi franc tint sa promesse et se fît baptiser. Trois mille de ses soldats, qui formaient la moitié de son armée, suivirent son exemple.

La conversion de Clovis eut d'importants résultats, car, par un singulier hasard, il se trouva, parmi tous les princes contemporains , le seul dont la foi ne ÛHt pas entachée d'hérésie; aussi le clergé des Gaules ^conda-t-il puissamment les progrès de ses armes. Vainqueur des Alemans , maître des provinces centrales, Clovis, dont le renom augmentait chaque jour, voyait les guerriers des autres rois francs établis à Cambrai , à Cologne, à Saint-Omer et au Mans, accourir en

ANNALES DE L'mSTOlRE DE FRANCE,

foule cous ses drapeaux; aussi fut-il bientôt en état de tourner ses armes contre les grandes monarchies des Visigoths et des Bourguignons. Ceuxci , attaqués les premiers , furent soumis à un tribut annuel.

Guerre contre les Visigoths. — Un jour, Clovis dit à ses soldats : « Je sup- « porte avec grand chagrin que ces « Ariens possèdent la meilleure partie « des Gaules. Marchons avec Taide de «Dieu, et, après les avoir vaincus, « réduisons le pays en notre pouvoir. » Ce discours ayant plu à tous les guerriers, l'armée se mit en marche et se dirigea vers Poitiers. Ce fut dans le voisinage de cette ville, à Vou^lé, que les Francs en vinrent aux mains avec Tannée d'Alari<i. Ce prince fut tué dans le combat, et toutes les possessions des Visigoths dans la Gaule tombèrent au pouvoir de Clovis.

Maitre de presque toutes les provinces entre les Pyrénées et la Loire , Clovis veut attaquer la Provence; mais Théodoric bat son armée devant Arles, et la Provence avec une partie de la Septimanie (c'est-à-dire le territoire des sept villes épiscopales appartenant au diocèse métropolitain de Narbonne, Beziers, Maguelonne, Nîmes, Agde, Lodève, Carcassonne et Elne) reste au pouvoir des Goths.

Clovis fait tuer les rois francs de Saint-Omer, d« Cambrai , de Cologne et du Mans, pour s'emparer de leurs trésors et commander à leurs guerriers.

Mort de Clovis. — Il fut enterré dans l'église de Sainte-Geneviève, qu'il avait lui-même fait bâtir, et qui alors était consacrée à saint Pierre et à ^ saint Paul. Ses quatre fils se partagèrent son royaume : Thierry, l'aîné, eut l'ancien pays des Francs sur le bas Rhin , avec les contrées que traversent la Moselle et la Meuse , et Metz devint la capitale de son royaume, qui prit

bientôt le nom d'Ostrasie, parce qu'il était situé à l'est des autres provinces conquises par les Francs. Depuis Thierry, le royaume d'Ostrasie eut presaue toujours des rois particuliers , et s'étendit peu à peu sur une grande

rirtie de l'Allemagne. Clothaire résida Soissons, Childebert àParis, Clodomir à Orléans. Les trois derniers se partagèrent en outre les cités de l'Aguitame, de même que Thierry avait joint l'Auvergne à ses autres possessions. Ainsi aucun d'eux ne s établît au delà de la Loire. Tous les guerriers francs étant demeurés au nord de ce fleuve, celui des quatre rojs qui aurait voulu prendre Toulouse ou une auti*e ville du midi pour capitale, se serait trouvé isolé et sans force au milieu de la population gallo-romaine.

Les fils de Clovis continuent ses conquêtes. Clodomir fait prisonnier Sigismond, roi des Bourguignons, et ordonne qu'il soit jeté dans un puits; mais il est tué lui-même, à Véseronce, par Gondemar, qui a succédé à Sigis* mond.

Childebert et Clothaire assassinent eux-mêmes les enfants de Clodomir, et partagent avec Thierry le royaume de leur père.

Thierry, aidé par Clothaire , se débarrasse par trahison du roi de la Thuringe , et réunit cette contrée à ses États.

Childebert ravage la Septimanie pour venger les outrages faits par le roi des Visigoths à sa sœur, que celui-ci avait prise pour épouse.

Thierry laisse, en mourant, l'Ostrasie et la Thuringe à son fils Théodèbert, qui, dès 1 année précédente, avait conquis sur les Visigoths le Velay, le Rouergue et le Gévaudan.

Avant la mort de Thierry, ses deux frères avaient mis fin au royaume de Bourgogne par la défaite et la mort de Gonoemar.

L'UNIVERS

Expédition de Théodebert en Italie. — Les Grecs et les Ostrogoths se disputaient alors l'Italie. Les deux peuples s'efforcèrent d'attirer les Francs dans leur alliance. Théodebert, à qui ils s'étaient adressés, promit tout, et reçut de l'argent des deux mains. A sa descente en Italie, il battit les Ostrogoths , qui le croyaient pour eux; les Grecs s'avançant alors à sa rencontre, comme amis et alliés, il en fit un horrible carnage, puis il ravagea toute la Lombardie avec tant de fureur, qu'il se trouva ouelque temps affamé lui-même dans tes plaines si fertiles des bords du Pô. Un grand nombre de Francs y périrent; mais ceux qui repassèrent les monts rapportèrent avec eux tant d'or et tant d'argent, que, sans compter combien il en manquait au retour, ils ne songèrent plus qu'à faire une expédition nouvelle.

Justînien et Vitigès , qui avaient tour à tour traité avec les Francs, leur avaient abandonné l'un et l'autre tous leurs droits sur les Gaules. Depuis ce temps, dit Procope, les Francs furent les maîtres légitimes de la Provence et de Marseille. Déjà , après la victoire de Vouglé, l'empereur Anastase avait envoyé à Clovis les insignes de la puissance consulaire. Ces concessions ont souvent été regardées comme les véritables titres des Francs à la possession de la Gaule, pat les érudits, qui croyaient avoir besoin de légitimer la copquéte, et de faire sortir d'une manière légale le pouvoir des conquérants du pouvoir même des empereurs.

Mort deCIotilde (peut-être en 548).

Guerre de Childebert et de Clothaire contre les Visigoths ; ils assiègent Saragosse, mais sont contraints de se retirer avec perte.

Mort de Théodebert. Son fils Théodeb^ld règne paisiblement sept années et meurt en 553.

Clothaire, qui , à la mort de Théodebald , s'était emparé de tous les Etats

de ce prince , veut contraindre les Saxons a le reconnaître, et les bat sur les bords du Wéser, mais il est défait dans une seconde rencontre.

Chramne, fils de Clothaire, se révolte contre son père, à l'instigation de son oncle. Clothaire, ayant dissipé ses partisans en 560 , le fait brûler, avec sa femme et ses enfants, dans une cabane ^où il s'était réfugié.

Clothaire, par la mort de Childebert, réunit tout l'empire de Clovis, mais ne règne comme seul roi que trois ans.

§ II. Depuis le second partaae de Pempire des Francs jusquà la mort de Dagobert, qui en avait encore une fois réuni toutes les parties,

(561-638.) Mort de Clothaire. Ses quatre fils régnent : Caribert à Paris, dans le

Sfuercy, l'Albigeois, et toute la partie e la Provence située entre la Durance et la mer; Contran à Orléans, dans la Bourgogne, le Vivarais, et les pays situés au delà du Rhône, entrexe fleuve et la Durance; Chilpéric P' à Soissons , et Sigebert à Metz. Ainsi rapproché.dii Rhin , pouvant appeler à son aide les tribus germaniques restées au delà du fleuve, Sigebert devait tôt ou tard l'emporter sur ses frères. Sous ce prince connnença la longue lutte de l'Ostrasie et de la Neustrie, représentée par la rivalité de deux femmes, Frédégonde et Brunehaut. Cette longue rivalité ne prit pas seulement sa.

source dans les haines de ces deux reines, mais dans le caractère et les intérêts différents des deux pays. La Neustrie, en effet, était plus romaine, tendait davantage à reconstruire l'administration impériale; l'Ostrasie, au contraire, conserva plus longtemps la sève barbare , elle resta plus germanique; aussi verrons-nous qu'elle l'emportera sur la Neustrie, comme les Francs l'avaient emporté déjà sur les Visigoths, sur les Germains romanis^.

ANNALES DE UmSTOIRE DE FRANCE.

Guerres de Sigebert en Germanie contre les Avares. Pendant qu'il les repousse vers le Danube, Chilpéric lui enlève la ville de Reims.

Sigebert épouse Brunehaut, fille d*Atnanagilde, roi des Visjgoths.

Chilpéric , jaloux de contracter aussi une union avec une femme de sang royal, épouse Galsuinthe, sœur aînée de Brunehaut; mais, peu après, il la fait assassiner, à l'instigation de sa maîtresse Frédégonde.

Après la mort de Caribert (567), ses frères partagent ses possessions; chacun obtient un tiers de Paris; Marseille et d'autres villes ont deux chefs; rAquitaine est tellement démembrée, qu'il en résulte des guerres perpétuelles et de nouveaux partages; cependant quelques-uns de ces changements ont une certaine durée.

La Bourgogne est attaauée par les Lombards récemment établis en Italie; le duc Mummolus les bat près d'Embrun.

Brunehaut excite Sigebert à venger la mort de sa sœur. Aidé par des peuples germaniques (ju'il appelle sur les oords du Rhm, Sigebert s'em()are de presque tout le royaume de Soissons, est proclamé roi des Neustriens, et se prépare à assiéger son frère, réfugié dans Tournai , lorsqu'il est assassiné par des émissaires de Frédégonde.

Brunehaut, emnrisonnée à Rouen, épouse Mérovée, nls de Chilpéric, qui , irrité de cette union , le fait ordonner prêtre. Chiidebert, âgé de cinq ans, succède à son père en Ostrasie. Brunehaut délivrée gouverne en son nom.

Ce qui suit n'est plus qu'une longue série de meurtres et de guerres intestines qui désolent la Gaule. D'abord Frédégonde fait tuer le fils de son mari , qui avait eu , comme nous f a-

vons dît, Timprudente audace d'épouser Brunehaut ; elle fait tuer aussi saint Prétextât, évéque de Rouen, qui avait célébré ce mariage; puis éclate entre la Neustrie et rOstrasie, une guerre qui n'est arrêtée que par l'intervention du débonnaire Contran , roi de Bour|;ogne. On lui en montre peu de reconnaissance ; car Brunehaut s'unit un moment avec Chilpéric pour attaquer la Bourgogne, qui n'est sauvée que par l'habileté du patrice Mummolus* Les troupes de Brunehaut et de Chilpéric sont vaincues ; ce dernier périt luimême bientôt après , assassiné par Landri, amant de Frédégonde, ou peutêtre par un émissaire de Brunehaut.

Frédégonde, restée sans défense, fut obligée de recourir au roi de Bourgogne; elle se plaça elle et son fils, le jeune Clothaire II, sous la protection de Contran.

Brunehaut conclut avec Contran le traité d'Andelot, qui fixe tes limites de rOstrasie et de la Bourgogne.

Mort de Contran à Châlons-sur- Saône, sa résidence habituelle. Chiidebert se met en possession de la Bourgogne, et menace la Neustrie; mais son armée, trompée par une ruse grossière , est battue près de poissons. Cependant les Neustriens ne purent poursuivre leurs succès, et la mort de Frédégonde (597) empêcha son fils de songer à faire de nouvelles conquêtes.

L'année précédente, Chiidebert, roi d'Ostrasie, était mort laissant deux fils en bas âge : Thierry, qui régna sur la Bourgogne, et Théodebert II sur l'Os* trasie, sous la tutelle de Brunehaut.

Si les deux fils de Chiidebert s'étaient réunis contre Clothaire II, celui-ci aurait pu difficilement résister. Brunehaut y songeait peut-être; mais des injures plus récentes firent bientôt oublier à la vieille reine celles qu'elle avait à venger sur les fils de Frédégonde. Pour mieux régner sous son peti^fils Théo-

L'UNIVERS-

debert, elle Tavait livré à des plaisirs prématurés. Elle en fut bientôt punie. Une jeune esclave qu'elle avait elle-même placée près du prince la chassa d'Ostrasie. Réfugiée près de son autre petit-fils qui régnait en Bourgogne, elle obtint sur lui, malgré les grands de cette contrée, l'ascendant qu'elle avait eu jadis en Ostrasie, et

Sarvint à exciter une guerre entre les eux frères. Les commencements n'en furent pas heureux pour les Bourguignons, qui perdirent le Sundgau, le Turgau et l'Alsace. Les Ostrasiens étendirent même leurs ravages danâ la Champagne, et jusqu'au lac de Genève et de Neufchâtel. Mais les Bourguignons eurent bientôt leur tour. Thierry, ayant réuni une armée considérable, battit son frère près de Toul et de Tolbiac, et bientôt après le fit mettre à mort avec ses enfants (612). Maître de l'Ostrasie, Thierry se préparait à attaquer Clothaire, quand il mourut à Metz (613) presque subitement. Entourage par cet événement inattendu, W apt)eié par les grands , qui Craignaient de voir Brunehaut ressaisir encore une fois le pouvoir durant la minorité des fils de Thierry, Clothaire prit les armes. Les Bourguignons et les Ostrasiens, sous les ordres de Varnachaire, maire de Bourgogne , et de Pépin , chef d'une puissante famille ostrasienne, marchèrent à sa rencontre jusque sur les bords de l'Aisne. Quand Brunehaut fit donner le signal du combat, ses troupes, que les grands avaient séduites , tournèrent le dos, et la vieille reine, âgée de plus de quatre-vingts ans , tomba aux mains du fils de Fredégoude. Il lui re^jrocha la mort de dix rois ou fils de rois, et, après l'avoir livrée pendant trois jours aux outrages de ses soldats , il la fit lier par les cheveux, un pied et un bras à la queue d'un cheval indompté. Clothaire fit aussi mourir deux des quatre fils de Thierrv et raser le troisième ; quant au

Î[uatrieme, il disparut le jour même de a bataille, sans qu'on pût jamais retrouver ses traces.

Les grands avaient fait leurs condi-

tions avant d'abandonner BrunehaQt« Varnachaire eut à vie la mairie de Bourgogne, Radon celle d'Ostrasie, et Gundeland celle de Neustrie.

Réunion à Paris de soixante dixneuf évêques et d'un grand nombre de seigneurs. Cette assemblée fait une ordonnance générale pour le royaume, qui augmente les privilèges des clercs et diminue les tributs.

Clothaire dispense les Lombards d'un tribut de douze mille sous d'or auquel ils s'étaient soumis.

Clothaire donne pour roi aux Ostrasiens son fils Dagobert, âgé alors de quinze ans, sous la tutelle de saint Arnolphe, évêque de Metz , et de Pépin de Landen, dont les grandes possessions s'étendaient entre la Meuse et le Rhin, dans les pays de Liège et de Juliers. Celles d' Arnolphe comprenaient presque tout le pays Messin.

Un fils de ce dernier, Ansigise, épousa une fille de Pépin, et de ce mariage naquit Pépin d'Héristal, qui devait hériter des biens des deux maisons.

Clothaire détacba alors de l'Ostrasie la Provence et l'Aquitaine , lui donna pour limites, au sud et à l'ouest, les Vosges et les Ardennes, mais y laissa réunis les pays des Alemans, des Bavarois, des Thuringiens, des Frisons et des Saxons, dont la dépendance à l'égard des Francs n'était toutefois que précaire.

Mort de Clothaire II, le troisième des rois mérovingiens qui ait réuni toute la monarchie sous son sceptre.

Dagobert lui succéda, et, comme son père, posséda tout l'empire des Francs, qui s'étendait alors de l'Elbe aux Pyrénées , et de l'Océan occidental jusqu'aux frontières de la Bohême et de laHongrie; mais il confère la même année l'Aquitaine à son frère Caribert, qui fit de Toulouse sa capitale. Caribert mourut peu après , et son fils aîné fut reconnu roi ; mais Dagobert le fit empoisonner,

donna rAquitaine, à titre 4e duché héréditaire , à un autre fils de son frère, Boggis , qui devint ta tige d'une longue suite de princes mérovingiens dont la race s'éteignit, en 1503, dans la personne de Louis d'Armagnac, duc de Kemours, tué à la bataille de GérignoUes.

Dagobert fut le Salomon des Francs :

comme le roi des Juifs, il fut sage et juste; comme lui, il aima la magni* ficencedes palais, et il enrichit TÉglise par de nombreuses donations. Sous ce prince, la monarchie des Francs mérovingiens jeta un dernier éclat. Dagobert fut rallié des empereurs de Gonstantinople ; ainsi que le roi des Ostrogoths, Théodoric, il joua le rôle de chef des barbares; comme tel, il intervint dans les affaires des Visiffoths, auxquels il donna un roi, et dans celles des Lombards, qu'il força de respecter leur reine Gondeberge, sa parente, et d'attaquer les Vénèdes, ses ennemis. Enfin c'est sur les terres des Francs que les Bulgares fugitifs vinrent chercher un asile.

Cependant, dans la Germanie, plusieurs peuplades se détachèrent des Francs; les Saxons refusèrent de payer le tribut de cinq cents vaches, auquel ils avaient été autrefois soumis; les Thuringiens voulurent avoir un duc; et, pendant que cette défection avait lieu au nord , au midi , sur les bords du Danube , un État nouveau, celui des Vénèdes se formait et allait menacer l'empire des Francs.

Cependant ce règne, qui fut pour la royauté mérovingienne comme un moment d'arrêt entre la période de conquête et celle de décadence, fut unrègne pacifique. Dagobert, faisant le tour de ses royaumes sur un char attelé de bœufs à pas graves et lents, ne ressemble point à un conquérant , ni même à un roi barbare des temps qui suivirent l'invasion : c'est un justicier, un législateur: il cherche à organiser son empire ; il voudrait en être le Justinien, et, comme l'emçereur grec, il fait rédiger toutes les lois de ses peuples.

Un marchand franc, nommé Sa-

moD, qui s'était rendu célèbre par son courage, avait été choisi pour chef par les Vénèdes. Samon étendit son royaume sur les bords du Danube, et l'affermit par des guerres heureuses.

Dagobert l'ayant attaqué , il le vainquit et porta ses ravages jusque dans la Thuringe. Daçobert ne vengea point cette défaite; il se contenta de la promesse que lui firent les Saxons» de s'opposer avec zèle et courage aux Vénèdes , et de garder de ce côté la frontière des Francs.

Ainsi, malgré ses efPorts,Dagobert vit commencer la décadence de la monarchie de Clovis. Clothaire II , son père, avait déjà été contraint de remettre le tribut jadis imposé aux Lombards; les Saxons avaient refusé de payer celui qu'ils devaienfaux rois ostrasiens; la monarchie des Vénèdes s'était élevée au sein de l'Allemagne , et leurs chefs avaient battu l'armée de Dagobert; les Aquitains, enfin, avaient obtenu un chef indépendant dans la personne de son frère, Caribert IL Mais c'était surtout au sein de l'empire que fermentaient les éléments d'une dissolution prochaine.

Clothaire II n'avait pu l'emporter sur Rrunehaut qu'avec l'appui îles grands de Bourgogne et d'Ostrasie. Les maires du palais de ces deux royaumes s'é^ taient fait confirmer pour leur vie dans leur charge ; les évéques et les barons avaient demandé et obtenu la consé* cration de privilèges étendus « et l'autorité dont le roi de Neustrie jouissait sur les deux autres royaumes R*ancs se trouvait fort limitée par cette concession. L'Ostrasie surtout comptait bien ne pas se soumettre au bon plaisir du roi de Paris. Nous l'avons dçjà dit , entre la Neustrie et l'Ostrasie, il y avait une rivalité dont la lutte dfe Frédégonde et de Brunehaut n'est que le symbole ; la Neustrie était plus romaine, plus ecclésiastique; elle accordait davantage à ses rois , qui cherchaient à y rétablir le fisc impérial; l'Ostrasie, au contraire, presque abandonnée des colons romains au moment de la conquête, avait été repeuplée par les tribus germaniques : là s'était formée une aristocratie plus nombreuse ^

L'UNIVERS

t>Ius forte, plus iiKiuiète des droits de 'autorité royale; et, ce qui la rendait plus redoutable encore, c'est qu'elle avait un chef dans la personne des maires du palais.

Mort de Dagobert !•'.

S m. Depuis la mort de Dagobert

jusqu'à la bataille de Testry. —

Rois fainéants.

Jusqu'à la mort de Dagobert, les Mérovingiens ont au moins régné par eux-mêmes. Si les conquêtes se sont arrêtées, si les guerres civiles ont désolé le territoire des Francs, leur^ princes au moins paraissaient sur les champs de bataille ; mak nous allons avoir maintenant le spectacle d'une honteuse dégradation : les rois mérovingiens, renfermés dans leurs demeures , laisseront croître à côté du trône la puissance des maires du palais , qui doit dans un siècle les dépouiller.

Dagobert avait laissé en mourant deux fils encore enfants : Sigebert II, qui régnait en Ostrasie depuis 632 sous 1 admmistration de Pépin, et Clovis II, qui régna en Neustrieeten Bourgogne sous la tutelle du maire iEga , puis , en 640, sous celle d'Ërchinoald , maire de Neustrie, et de Flaochat, maire de Bourgogne.

A la mort de Pépin, son fils Grimoald hérite de la mairie d'Ostrasîe par Tappui des grands , et surtout de Leutharis, duc des Alemans.

Révolte des Thuringiens; leur duc, vainqueur des Ostrasiens , consent cependant à reconnaître encore Sigebert pour suzerain.

Mort de Sigebert. GrimoaU se croit assez fort pour envoyer en Irlande le jeune fils du roi, et placer la couronne sur la tête de son propre fils ; mais , sept mois après, le nouveau roi est renversé par les Neustriens, et Grimoald pave de sa tête son ambition prématurée.

Clovis II réunit encore une fois les trois roj^aumes francs , mais il meurt deux mois après.

Clothaire II! règne en Neustrie jusqu'en 670 , d'abord sous la régence de la pieuse reine Bathilde, puis sous l'administration d'Ébroïn ; Ghildéric H en Ostrasie, jusau'en 673, ious la tutelle du maire Wulfoald.

Après la mort de Clothaire, Ëbroîn proclame, sans le concours des grands, Thierry III, fils de Clothaire, puis s'efforce de rétablir dans XomS ses droits l'autorité royale; il veut abaisser les grands, et refuse de donner les charges de ducs et de comtes à ceux qui possédaient de grands biens dans les provinces dont ils demandaient le gouvernement; aussi les seigneurs de Neustrie, s'alliant secrètement avec ceux d'Ostrasie( 673), les sollicitèrent de venir les délivrer, de la tyrannie d'ÉbroJn. L'armée qu'Ébroïn conduisit contre eux Fabandonna au moment de la bataille; lui-même, fait prisonnier, fut enfermé dans le monastère de Luxeuil. Il est vrai qu'il en sortit bientôt; car le roi d'Ostrasie, Ghildéric II, que lesNeustriens avaient accepté après la chute d'Ébroïn, n'apnt pas compris que les grands n'avaient mis sur sa tête une double couronne qu!à la condition qu'il respecterait leurs usurpations, av^ait fait punir l'un d'entre eux d'un châtiment servile. Peu de temps après , il fut tué un jour qu'il chassait dans la forêt de Chelles, et l'on n'épargna pas même sa femme qui était enceinte. A la faveur des troubles qui suivirent, Ébroïn sortit de sa prison.

D'abord il opposa à Thierry III , que les Neustriens avaient eux-mêmes rétabli après la mort de ChilpéricIJ, un fils supposé de Clothaire III; puis il accepta Thierry, qui lui laissa reprendre son ancien pouvoir en Neustrie.

Alors, continuant la politique qu'il avait déjà suivie, il se fit l'adversaire des grands et du maire du palais d'Ostrasie. Le maire Martin, qui. avait pris le titre de duc de France , appelé

|>ar lui à une conférence, fut assassiné; mais Ebroïnnepat recueillir luimême le fruit de ce meurtre; il fut tué quelques jours après par un Franc, qui voulait venger sur lui une injure personnelle.

Les hostilités continuèrent après ki mort d'Ébroîn, mais sans qu*il se passât rien de décisif jusqu'à la bataille de Testry. Pépin, qui avait succédé à Martin et dont Tautorité avait augmenté sans cesse dans cette lutte du parti aristocratique contre la royauté, défendue par Ebroîn, fut bientôt en état de trancher la question. Les Neustriens furent complètement btittus à Testry (687). «Pépin prit avec lui, dit Frédégaire, le roi Théodoric III, avec ses trésors , et s'en retourna en Ostrasie. » II ne dépouilla pas les vaincus, il ne leur prit point leurs terres, et aucun de ses guerriers ne s'établit de force parmi eux ; seulement la royauté de Neustrie fut effacée de fait; la domination passa des bords de la Seine aux bords du Rhin. S'il y eut encore des rois mérovingiens , c'est que les maires ostrasiens trouvaient utile de pouvoir montrer, de temps à autre, aux peuples un roi chevelu de la race de Clovis, afin de légitimer en quelque sorte, à leurs yeux, l'autorité qu'ils exercèrent jusqu'au moment où la main du vicaire de Dieu vint imprimer sur leurs fronts un caractère nouveau et sacré.

Depuis la bataille de Testry jusqu'au sacre de Pépin (752), le titre de roi, mais sans le pouvoir et même sans les honneurs de la royauté, fut encore porté par des princes mérovingiens,

2ui passaient obscurément sur le trône. ^ans cet espace de soixante-huit ans, aucune réclamation ne s'éleva en faveur de cette race si abâtardie et si dégénérée, qu'elle semble avoir peine à se reproduire; ils meurent, en effet, presque tous adolescents : Charibert II à vingt-cinq ans , Sigebert II , Clovis II à vingt -quatre, Glotaire III à dixhuit , Dagobert à vingt-six ou vingtsept, etc.

Pour nous débarrasser de suite de

ces rois fainéants, nous donnerons leurs noms et la date de leurs règnes. .Thierry lïl meurt en 690, Go vis in en 695 , Childebert III en 71 1 , Dagobert m en 715 (de 673 à 678, Dagobert II, fils de Sigebert, avait été rappelé d'Irlande pour régner sur l'Ostrasie), Chilpéric en 720 (Charles Martel lui oppose, en 719, Clothaire IV, qui meurt peu après), Thierry IV en 737; de 737 à 742, interrègne; Pépin proclame, en 742, Childebert III, qui meurt dans un monastère en 754.

S IV. Depuis la bataille de Testry jusqu'au couronnement de Pépin.

(688-752.) Au septième siècle, par suite de la décadence de la famille de Mérovée, de l'affaiblissement de la Neustrie, de l'ambition des maires du palais, et des grands propriétaires ostrasiens qui ne songeaient qu'à vivre indépendants sur leurs terres, la monarchie des Francs s'en allait par lambeaux; la Germanie,

3u'ils avaient réunie tout entière, se ivisait en six ou sept principautés :

ainsi les Vénèdes avaient formé un royaume en Bohême et en Carinthie; les Serbes avaient choisi Derwan pour prince, et faisaient de continuelles in<* cursions en Thuringe; les Thuringiens eux-mêmes s'étaient révoltés; les Saxons refusaient le tribut; les Frisons se donnaient un duc, et les ducs des Bavarois et des Alemans profitaient de la rivalité des maires de Neustrie et d'Ostrasie pour restreindre les droits des rois francs à une suprématie purement nominale. Mais les Carlovingiens vont arrêter ce démembrement prématuré , d'abord comme ducs et princes des Francs, titres pris par Pépin et Martin avant même la bataille de Testry, puis comme rois sous Pépin le Bref et Charlemagne.

«Pépin fit beaucoup de guerres contre Radbod , duc païen, et d'autres princes, contre les Suèves et pUisieurs autres nations, et dans ces guerres il fut toujours vainqueur (*). » Pendant qu'il tâ-

(•) vie du bienheureux Pépin.

JL'UNIYERS*

ebait ainu de rattaoher à là monarchie les peuples germains voisins de FOstrasie, il avait soin d'assurer au dedans la puissance de sa maison, en faisant l'un de ses fils duc de Champagne, un autre maire du palais de Childebert III, et son petit-iils Theudoald , encore enfant, maire du palais de Dagobert III.

Mort de Pépin d'Héristai, 71Ô-717.

Plectrude, veuve de Pépin, veut conserver à son petit-fils la double mairie de Neustrie et d'Ostrasie; mais les peuples refusent de reconnaître l'autorité d'une femme et d'un enfant.

Les ISeustriens choisissent un maire, Rainfroi , et attaquent l'Ostrasie , que les Frisons et les Saxons ravagent au nord et à l'est. Les Ostrasiens , ainsi pressés de toutes parts, mettent à leur tête un fils naturel de Pépin , Charles Martel , qui bat les Neustnens à Vincy, et les Aquitains, leurs alliés, à Soissons.

Maître du nord-ouest de la France , Charles attaqua les peuples d'au delà du Rhin ; par des expéditions souvent répétées, il contraignit les Alenians, les Bavarois et les Thuringiens à reconnaître de nouveau la suprématie des Francs; la Frise entière redevint, en 734 , une province de l'empire ostrasien; enfin les Saxons, contre lesquels il dirigea six expéditions, furent repoussés dans leurs toréts , et les contrées situées près des rives de la Lippe furent rendues tributaires. Mais le plus grand succès de Charles fut sa victoire sur les Sarrasins qui avaient pénétré

Qu'à Poitiers (732). Sept ans plus , il leur enleva les places qu'ils avaient conquises en Provence.

Le pape lui envoie les elefs du sépulcre de Saint-Pierre, et réclame ses secours contre Liutprand, roi des Lombards , oubliant , dans sa détresse , que Giarles avait pa)ré avec les biens des moines les services de ses sol-

Mort de Charles. Pépin le Bref a la I^eustrie , la Bourgogne et la Provence; Carloman l'Ostrasie, avec le pays des Alemans et celui des Thuringiens:

Griphon , le troisième de ses fils , n'ob tenant dans ce partage que queluues districts peu étendus , soulève les aucs éloignés, ce qui engage ses frères à couvrir leur autorité d'un nom de roi.

Ils placent sur le trône Cbildéric III (742), battent Hunald, duc d'Aquitaine, et forcent les Alemans, les Bavarois et une partie des Saxons à se soumettre (745).

Carloman se retire au mont Cassin.

Griphon soulève de nouveau les Saxons et les Alemans, et s'empare de la Bavière; mais il est défait par Pépin, et contraint de le laisser seul maître de tout l'empire.

« Burchard , é véaue de Wûrtzbourg , et Fulrad , prêtre cnapelain , furent ei>voyés à Rome, au pape Zacharie, afiJÉi de consulter le pontife touchant les rois qui alors étaient en France, et qui n^en possédaient que le nom sans en avoir en aucune façon la puissance. Le pape répondit, par un messager, qu'il valait mieux oue celui qui possédait déjà l'autorité de roi le rdt en effet, et, donnant son plein assentiment, il enjoignit que Pépin fût fait roi.

« Dans cette année, d'après la sanction du pontife romain. Pépin fut appelé roi des Francs, oint pour cette haute dignité de l'onction sacrée (*) par la sainte main de Bouiface, archevêque et martyr d'heureuse mémoire, et élevé sur le trône, selon la coutume des Francs, dans la ville de Soissons. Quant a Chilpéric, qui se

{*) Les rois de la première race n'avaient point eu recours au sacre. Pépin avait besoin de cette consécralion , (^i, lui donnant un caractère relieieux, le Urait sans retour du rang des leudes, et le faisait paraître auK yeux des peup&es oomme V oint du Seigneur,

paraît du faux nom de roi , Pépin le fit mettre dans un monastère (*). »

« Les trésors et les forces du royaume étaient passés aux mains des préfets du plais, qu'on appelait maires du palais, et à qui appartenait réellement le souverain pouvoir. Le prince était réduit à se contenter de porter le nom de roi , d'avoir les cheveux flottants et la barbe longue, de s'asseoir sur le trône et de représenter Tmiage du monarque. Il donnait audience aux amhussadeurs de oueique lieu qu'ils vinssent, et leur taisait, à leur départ, comme de sa pleine puissance, les réponses qui lui étalent enseignées ou plutôt commandées. A l'exception du vain nom de roi et d'une pension alimentaire mal assurée, et que lui réglait le préfet du palais selon son bon plaisir, il ne possédait en propre qu'une seule maison de campagne d'un fort modique revenu, et c'est là qu'il tenait sa cour, composée d'un très-petit nombre de domestiques chargés du service le plus indispensable et soumis à ses ordres. S'il fallait qu'il allât quelc^ue part , il voyageait monté sur un chariot traîné par des bœufs, et qu'un bouvier conduisait à la manière des paysans.

C'est ainsi qu'il avait coutume de se rendre au palais et à l'assemblée générale de la nation , qui se réunissait une fois chaque année pour les besoins du royaume; c'est eiicore ainsi ^u'il retournait d'ordinaire chez lui. Mais l'administration de l'État, et tout ce

2ui devait se régler et se faire au deans comme au dehors, était remis au soin du préfet du palais {**), »

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