PEPIN
(752-768.) Pépin commence, l'an 752, cette
(*) Éginhard , Annales.
^ Eginhard, Tie de Ctelemagne.
seconde dynastie qui devait opérer de si grandes choses, rétablir la suprématie des Francs en Europe, renouveler l'empire d'Occident, constituer l'antagonisme fécond du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, et amener enfin par ses concessions la formation du régime féodal. Sous les Mérovingiens, l'ancienne société romaine avait achevé de se dissoudre; sous les Carlovingiens, une société nouvelle commença à se reformer, et, 'quand leur race s'éteignit, le moyen âge avait déjà commencé.
La réponse de Zacharie aux envoyés de Pépin, le renouvellement en sa faveur de la cérémonie hébraïque du sacre par l'huile sainte, constatent l'iatifâe union qui existait alors entre le pape et l'ancien maire du palais d'Ostrasie. Tous deux avaient besoin l'un de l'autre : l'évéque de Rome désirait se soustraire au joug des empereurs de Constantinople , protecteurs de l'hérésie des iconoclastes, et à l'oppression des Lombards, qui jetaient toujours un œil d'envie sur l'ancienne capitale du monde romain. D'autre part , la sanction du pontife ne semblait pas inutile au maire du palais, pour consacrer aux yeux des Francs son droit à porter le titre de roi. L'autorité du pontife de Rome commençait en effet a s'étendre au delà des monts : il n'était point encore considéré comme le seul représentant de Dieu sur la terre, comme le pontife infaillible dont la parole pouvait enlever ou donner les couronnes ; mais il était l'évéque de Rome , de la métropole de l'ancien monde ; on le reconnaissait pour le successeur de saint Pierre; les évéques d'Espagne lui accordaient déjà une sorte de suprématie, au moins comme au patriarche d'Occident; si ailleurs dominait encore dans l'Église le gouvernement aristocratique, c'est-à-dire, si les évéques ne reconnaissaient point de supérieur, bien des Causes militaient en faveur du pontife romain pour que son autorité s'établît bientôt sur eux. Le maire du palais se trouvait presque, pour l'ordre civil, dans une position analogue. ISous l'avons vu, en.efifet.
L*UNIVE|IS.
s'élever peu à peu au-dessus des ieades, dominer les grands dont il n'était d*abord que le pair et le représentant, puis dépouiller les rois à son profit, et se mettre enfin à leur place, tout en paraissant respecter les droits de Taristocratie.
Ce fut surtout Tintroduction du christianisme en Allemagne qui rapprocha Tune de l'autre ces deux puissances nouvelles. Pour travailler avec fruit à la conversion des païens, les moines envoyés par le pape avaient en effet besoin de trouver derrière eux, quand ils s'avançaient à ta conquête spirituelle de la Frise et la Saxe, une terre amie qui fût comme le centre de leurs opérations, leur point de départ et leur refuge en cas de revers. De leur côté, les chefs de TOstrasie comprirent quels avantages ils pouvaient retirer de ces missions. Ces peuplades , si incommodes et si remuantes, le christianisme allait les fixer, leur faire tomher les armes des mains , les conduire dans une voie nouvelle de paix et de civilisation. Toutes les conquêtes du christianisme devaient être pour eux autant de victoires; aussi y aidèrent-ils puissamment. Saint Boniface , aux efforts duquel était réservée la gloire de fonder TÉglise d'Allemaj^ne, trouva toujours, dans les Cariovingiens, appui et protection pour les travaux périlleux de sa mission.
Il semble que Pépin ait compris que cette œuvre de paix et de civilisation ne pouvait s'accomplir au milieu du bruit des armes : son règne est rempli par des guerres continuelles, et cependant ii ne fit que deux campagnes dans la Saxe. Laissant les missionnaires travailler pour la foi chrétienne et pour lui-même en Allemagne, il tourna toute son attention et tous ses efforts vers le midi de la Gaule et l'Italie, où le pape l'appelait contre lès Lombards.
Pépin enlève aux Arabes leurs possessions en Languedoc, c'est-à-aire, Prîmes, Maguelonne , Agde et Beziers.
Narbonne résista pendant sept ans, mais fut prise en 759.
Guerre de Lombardie. — Les Lombards, ce peuple jadis si terrible, avaient bien vite oublié sous le soleil énervant de l'Italie, le courage qu'ils avaient apporté des forêts de la Germanie. Cependant Astolphe, qui possédait alors la couronne de ter, montrait une activité et une ambition qui effrayèrent les Romains , et le pape Etienne II ayant vainement imploré les secours de l'empereur grec, vint chercher lui-même en France un appui plus sûr.
Pépin le reçut avec de grands honneurs , se fit sacrer une seconde fois par lui à Saint-Denis avec ses deux fils Charles et Carloman , accepta pour lui-même et pour ses enfants le titre de patrice , et fit d'avance cession au saint-siége de l'exarchat et de la Pentapole qu'il promit d'enlever aux Lombards. En effet, la même année 764 , il marcha contre les Lombards ; « ceuxci résistèrent , et comme ils étaient maîtres des clefs de l'Italie , il se livra un combat sanglant dans les défilés des montagnes appelés Choses, Les Lombards se retirèrent ; et malgré la difficulté du chemin, les Francs passèrent sans beaucoup de peine. Astolphe, roi des Lombards , n'osant engager la bataille , fut assiégé dans Pavie , par le roi Pépin , qui refusa de lever le siège avant d'avoir reçu quarante otages qui lui donnassent la certitude que les possessions enlevées à l'Église romaine lui seraient rendues. Les otages lui furent remis et la paix jurée. Pépin retourna alors dans son roj^aume, et renvoya à Rome le pape Etienne avec un corps nombreux de troupes franques (*). »
Mais le roi des Lombards n'exécutant • pas ses promesses. Pépin franchit une seconde fois les Alpes, et le força de mettre le pape en possession des dix-sept villes de l'exarchat, de la Pentapole et de Narni que leducde Spolète avait enlevé.
Il est difficile de dire à quelles conditions Pépin fit cette donation. Donna-t-il l'usufruit de ces deux provinces en s'en réservant la propriété réelle , ou les céda-t-ii en toute souveraineté ?
(*) Égiohard, Annales.
AWfÀLES DE L*H1STÔÎ11E DE FRANCE.
Peut-être n'y eut-il alors rien de précis , mais les événements postérieurs placèrent le pape dans une sorte de vasselage des rois francs, et donnèrent à la dotation de Pépin le caractère d'un fief accordé par le suzerain à son fidèle.
Guerre d'Aquitaine. — Le duc d'Aquitaine, Waïfre, arrièrejpetit-fils du roi Charibert II, possédait r Aquitaine, et refusait de reconnattre l'autorité de l'ancien maire du palais d'Ostrasie devenu roi ; Pépin l'attaqua. Ce fut une guerre impitoyable, une dévastation méthodique , de la Loire à la Garonne ; tout fut ravagé entre les deux fleuves. Les maisons étaient brûlées , les arbres coupés; chaque année, fa dévastation s'étendait. Ce fut d'abord Bourges et les environs , puis l'Auvergne, le Limousin, puis le Quercy.
Pépin y employa neuf campagnes. A la lin , l'opiniâtreté des Francs l'emporta , les Aquitains épuisés se soumirent. Le duc Waïfre venait d'être tué, et il ne restait plus dans toute la nation un seul chef capable d'organiser et de continuer la résistance.
Pépin revenait de sa dernière expédition au midi, lorsqu'il mourut a Paris, le 24 septembre 768. «Son corps fut inhumé dans la basilique du bienheureux Denis , martyr. Ses fils , Charles et Carloman, furent faits rois par le consentement des Francs (*). »
chàblemjlgne roi.
Pepîn avait partagé son royaume entre ses deux (ils, Charles et Carloman ; leur premier soin fut de terminer cette guerre d'Aquitaine qui avait si longtemps occupé leur père. Le vieil Hunald, qui depuis vin^t-trois ans s'était retiré dans un monastère, venait de reparaître tout à coup au milieu des Aquitains pour les soulever (769). Mais
(•) éginhard , Annales,
3* Unraîson, (Annales de l*hist
ceux-ci avaient déjà trop souffert, ils se lassèrent promptement , et livrèrent à Charles le malheureux Hunald, qui, emprisonné dans un couvent, s'en échappa pour aller se réfugier chez lés Lomnaras , au milieu des ennemis des Francs. Afin de prévenir toute nouvelle révolte, Charles bâtit un château fort sur les bords de la Dordogne, et nomma pour duc Loup, dont le père avait été horriblement mutilé par Hunald. Plus tard , afin de paraître rendre aux Aquitains leur indépcufidance et leur nationalité, il leur envoya son fils encore enfant, pour qu*il fût élevé au milieu d'eux, et rétablit en sa faveur le royaume d'Aquitaine, qui s'étendit de la Loire jusqu'au delà des Pyrénées.
Cependant la bonne intelligence ne régnait pas entre les deux frères.
Au milieu de la guerre d* Aquitaine, Carloman avait tout à coup retiré ses troupes, laissant son frère exposé à quelques dangers. S'il eût vécu plus longtemps, une rivalité funeste aurait sans doute affaibli les deux royaumes; mais une maladie l'emporta après un règne de trois ans, et Charles, sans se soucier des droits que son frère laissait à ses fils, se fit donner son héritage par les grands, réunis en assemblée dans les Ardennes.
Commencement de la guerre de trente-trois ans contre les Saxons. La religion en fut le premier prétexte.
Irrita contre les missionnaires ,' qui mêlaient les menaces aux exhortations , les Saxons brûlèrent l'église de Deventer, et faillirent massacrer les prêtres qui étaient venus au milieu d'eux.
A cette nouvelle, Charles, après avoir tenu une assemblée à Worms, résolut de porter la guerre en Saxe (772); il dévasta tout par le fer et le feu , prit le château fort d'Ehresbourg, et renversa rHernranu-Saul, la principale idole des Saxons.
La veuve de Carloman s'était retirée avec ses deux fils auprès de Didier, roi des Lombards, que Cari venait tout récemment d'outrager, en lui ren-
DE FEANCB.) 8
L'UNIVERS
voyà&t honteusement sa fille , après une année d^ marîage. Une guerre au delà des Alpes devenait inévitable. Didier tressait déjà le pape de sacrer rois des francs les deux fils de Carloman :
Charles, averti par Adrien, fit décréter, non s^ins quelque peine, une expédition contre les Lombards, et franchit les Alpes (773). Les passages des montagnes ne furent pas même défendus; les Lombards étaient sî faibles déjà, quils n^osèrent point hasarder Qtie bataille. Le roi senferma dans Pavie; son fila défendit Vérone; toutes les autres- villes, tout le pays plat furent abandonnés aux Francs. Les deux sièges furent longs; Charles eut le temps d'aller à Rome confirmer la donation de Pépin , et recevoir de la reconnaissance du pape et du peuple romain les titres et les honneurs qui avaient déjà été décernés à son père.
Cependant les habitants de Pavie, fatigués d*un siège de deux ans, ouvrirent leurs portes. Didier, sa femme et ses enfants furent enfermés dans un monastère; celui qui défendait Vérone s'enfuit à Constantinople , et les Lombards ne conservèrent plus que le duché de Bénévent. Charles prit le titre de roi des Lombards et la couronne de fer que la reine Théodelinde avait fait fabriquer avec un clou de la sainte croix.
: La première expédition de Charleihagna contre tes Saxons les avait fait tenir en repos deux années; mais, en 774 , pendant gue Charles était en Ite« lie, ils se jetèrent sur la Hessé, et essayèrent, mais vainement, de brdhsr régiïse de Fritxlar.
Charles, de retour, voulut presser cette guerre; il s'établit lui-même sur le Rhin, à Aix-la-Chapelle, dont il fit sa résidence; et, pour tenir en bride les Saxons, fortifia, dans la Saxe même, le château d'Ehresbourg; il voulait les enfermer dans une ceinture de places fortes, qu'il pousserait peu à peu jusipi'au centre même de leurs forêts (776).
. La soumission d'une partie des Saxons marqua cette campagne; mais
à neine Charles, averti par le pape Acirien , s'était-il éloigné pour punir la révolte de Rotgaud, duc de Prioul,
Î[ui voulait rappeler de Constantinople e fils de Didier, que les Saxons avaient déjà repris les armes et attaqué les deux châteaux d'Ehresbourg et ae Siegbourg. Cette fois , Charles pénétra jusqu'aux sources de la Lippe et bâtît un fort. Les Saxons orientaux parurent 1^ soumettre, et vinrent en roule recevoir le baptême (776). Les Saxons angrariens et occidentaux imitèrent cet exemple.
Guerre d'Espagne. — Pendant que Charles recevait à Paderborn la soumission des Saxons, «un Sarrasin, nommé Ibn^al-Arabi , venu d'Espagne avec plusieurs autres, se donna à Charles , ainsi que les villes dont l'avait fait chef le roi des Sarrasins*
« Concevant, et avec raison, par les discours d'Ibn-al- ArabI , l'espoir de s'emparer de quelques villes d'Espagne, le roi assembla son armée et se mit en marche ; il traversa les sommets des Pyrénées , par le pays des Gascons , attaqua Pampelune, ville de Navarre, et la força à se rendre. De là, passant à . gué lEbre, il s'avança vers Saragosse, ville considérable de ce pays, reçut les otages que lui amenèrent Ibn-al-Arabi , Abitnaiir et plusieurs autres Sarrasins, et revint à Pampelune. Il rasa les murs de cette ville pour l'empêcher de se révolter à l'avenir, et, voulant retourner en France, il entra dans les gorges des Pyrénées; mais il eut à y souffrir un peu de la perfidie des Gascons. Dains sa marche, l'armée défilait sur une ligne étroite et longue, comme l'y obligeait la nature d'un terrain resserré. Les Gascons s'embusquèrent sur la crête de la montagne, qui, par le nombre et Tépaisseur de ses bois, favorisait leurs artifices; de là, se précipitant sur la queue des bagages et sur l'arrière-, garde destinée a protéger ce qui la précédait, ils les rejetèrent dnns le fond de la vallée, tuèrent, après un combat opiniâtre, tous les hommes jusqu'au dernier, pillèrent les bagages, et, pro-
tégés par les ombres de la nuit, qui déjà s'épaississaient, s'éparpillèrent en divers lieux avec une extrême célérité.
Les Gascons avaient pour eux dans cet engagement la légèreté de leurs armes; la pesanteur des armes et la difficulté du terrain rendaient au contraire les Francs inférieurs en tout à leurs ennemis. £gghiard, maître -d'hôtel du roi, Anselme, comte du palais y Roland, commandant des frontières de Bretagne, et plusieurs autres, périrent dans cette affaire. Tirer vengeance sur-le-champ de cet échec ne se pouvait pas. Le coup fait, ses auteurs &Cétaient tellement dispersés, qu'on ne put recueillir aucun renseignement sur les lieux où Ton devait les aller chercher (*). »
Pendant que Charles était occupé de l'autre coté des Pyrénées à combattre les Sarrasins, il apprit que Witikind, le plus célèbre des chefs saxons, avait reparu au milieu de ses compatriotes, et que les nouveaux chrétiens des pays situés entre le Rhin et le Wéser avaient dévasté, par le fer et le feu, les villes et les villages qui se trouvaient depuis Cologne jusqu'à l'embouchivre de la Moselle. II lui fallut revenir en toute hâte sur le Rhin. Witikind fut, il est vrai, atteint et battu à Bucholt , sur les bords de la Lippe ; mais sa défaite ne pouvait compenser les ravages qu'il avait exercés sur toute la rive droite du Rhin. Cependant Charles, parvenu sur l'Elbe, limite des Saxons et des Slaves , s'occupa d'établir Tordre dans le pays qu'il croyait avoir conquis ; il reçut de nouveau les serments des Saxons à Orheim, les baptisa par milliers, et chargea l'abbé de Fulde d'établir un système régulier de conversion, de conquête religieuse. Une armée de prêtres vint après Tarmée de soldats.
Witikind , qui avait encore une fois reculé devant Charlemagne, revint du Danemark aussitôtque le roi des Francs
(•) Éginhard.
se fut éloigné, et battit ses lieutenants à Sonnethal. Charles s'en vengea d'un« manière sanglante: quatre mille cinq cents Saxons furent déca{)ités en un même jour à Verden. Witikind développe alors toutes les ressources d'un esprit infatigable fil parcourt la Saxe, excite ses compatriotes à faire un der- ^ nier effort, à lasser les Francs à force d'opiniâtreté. Trois fois, à la tête des siens, il ose livrer bataille en plaine aux troupes de Charles; vaincu trois fois par la supériorité du nombre et de la discipline, il comprend qu'il ne peut lutter contre eux en rase campagne, et commence une guerre de sur* prises, d'attaques inopinées, gue favorise la nature d'un pays hérissé de montagnes et de forêts profondes. Cela dura jusqu'en 785; mais alors les deux partis, également épuisés, sonsérent a poser les armes. Des évéques furent envoyés à Witikind pour traiter avec hii , et bientôt l'on vit arriver à Attigny Findomptabie chef des Saxons. Sa soumission mit réellement un à la grande guerre de Saxe ; il y eut bien encore des révoltes, des batailles à livrer contre eux jusqu'en 803 ; mais ce fut comme les dernières protestations de ce peuple au nom de son antique liberté.
Quelques-uns des princes tributaires, fatigués de servir la grandeur de Char- ^ les , formèrent contre lui une vaste ' conspiration. Le plus puissant d'entre eux , Tassilon , dac de Bavière , donna l'exemple ; il forma une Ogaé secrète avec les Grecs et le duc lombard dé Bénévent. Ceux-ci devaient se jeter sur l'Italie , tandis que lui-même , aidé des Avares, attagueraft l'Ostrasie; lAais ce secours odieux le perdit: les Bavafois vinrent accuser leur duc de trahison devant la diète de Mayence.
Charles le fhf enfermer dans un monastère ; et , après avoir enlevé la Bavière à Tantique famille des Agilolfinges, il organisa ce duché comme les autres provinces de son empire ; puis r! marcha contre les Avares.
Ce peuple , qui avait été longtemps
L'UNIVERS
la terreur de Constantinople , possédait encore la Pannonie, la Moravie et la Dacie , lorsque son alliance avec Tassilon attira sur lui les arnnes de Charlema^ne ; celui-ci les attaqua avec trois armées, parcourut et ravagea une grande partie de la Pannonie ; mais sa cavalerie ne put se ti'rer des immenses marais qui couvraient tout ce pays ; Tarmée y laissa ses chevaux.
Charles ne retourna plus contre les Avares. Son fils Pépin , qu'il avait fait roi d'Italie, chargé de continuer la guerre, pénétra jusqu'à la résidence du chagan , et mit la main sur les immenses richesses que les Avares y avaient entassées. « De mémoire d'homme, dit Éginhard, les Francs n'avaient fait un butin plus abondant, si bien qu'auparavant ils étaient pauvres en comparaison de ce qu'ils furent dès lors. »
Cette nation des Avares, autrefois si redoutable , tomba si bas après sa défaite , que ce qui en restait fut obligé de venir demander à Charlemagne asile et protection contre les Slaves.
Il en établit en Bavière, et leur 6t prêcher le christianisme.
'Par la ruine de la puissance des Avares, la domination de Charlemagne s'étendit tout le long du cours du Danube , jusqu'à l'embouchure de la Save, et, dans la Pannonie supérieure, jusqu'au Raab , au milieu de la Hongrie actuelle. En 796 , Charlemagne y fonde les évéchés de Nitra et de Faviana.
II semble que Charlemagne ait poussé en quelque sorte parallèlement ses conquêtes dans le nord et dans le sud de 1 Allemagne ; derrière la Bavière , il a trouvé les Avares ; derrière la Saxe , il rencontre les Slaves; et, maintenant qu'il est maître de la Saxe jusqu'à l'Elbe, il lui faut, pour assurer ses frontières , pousser à travers les Slaves jusqu'à l'Oder, comme il a poussé jusqu'au Raab pour garantir la Bavière contre les incursions des Avares (*).
(*) Entre les Slaves , voisins des Saxons, et les Avares , se trouvait ce triangle de montagnes qui enferme et protège la Bohème.
Cette expédition , qui eut pour résultat la soumission des Wiltzes , ne fut pas la seule que Charles entreprit de ce côté ; il lui fallut plusieurs fois marcher au secours de ses nouveaux tributaires attaqués par les peuples voisins , et surtout par les Danois d*au delà de l'Eyder. Aussi, sa domination, qu'il essaya d'assurer en construisant
{)lusieurs forteresses sur le cours de 'Elbe , ne fut jamais établie d'une manière sérieuse au delà de ce fleuve , sur les pays situés entre l'Elbe et l'Oder.
789 et suiv.
Introduction du chant grégorien.
Ordre d'établir des écoles dans tous les couvents et tous les évéchés. Charlemagne devient lui-même l'élève d'Alcuin , et fonde l'école du palais. Il écrit, en 792 , éontre le culte des images , oui est défendu-, en 794, au synode de Francfort sur le Mein.
Tentative de joindre le Rhin au Danube par un canal qui aurait réuni la Rednitz et l'Altmuhl.
Les Saxons nordalbingiens , battus
Sar les Francs , acceptèrent une paix ont Charles profita pour fonder avec de riches dotations, les évéchés de Minden, Seligenstadt (plus tard Halberstadt), d'Osnabruck, de Verden, de Brème , de Paderbon , d'Else (dans la suite Hildesheim), et enfin celui de Munster, établi en 805.
En Espagne, les Francs, constamment appelés par les gouverneurs qui voulaient se rendre indépendants du calife de Cordoue , prirent Lérida , pillèrent le territoire d'Hciesca , et assiégèrent Barcelone tandis que leur flotte s'emparait des Baléares.
Charles essaya aussi de le soumettre , afin que les pays de sa domination ne fussent point séparés par des contrées indépendantes. Il y fit deux expéditions, mais qui n*eurent pour résultat que la dévastation de la Boliéme.
ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.
$ II. Empereurs carhvingiens de France y d'JlUemagne et d'Houe réunies. — Charlemagne et Louis le Débonnaire,
GHABLEHAGNE empereur,
C800-ftl4.)
Ce fut au commencement de la première année du neuvième siècle que Charles reçut du pape le titre d'empereur. Il s'était rendu à Rome sous prétexte de rétablir le pape Léon , qui en avait été chassé : aux létes de Noél , pendant qu'il était absorbé dans la prière, le pape lui mit sur la tête la couronne impériale aux acclamations de tout le i)euple , et le proclama Auguste. Ainsi l'empire d'Occident était renouvelé au profit des Francs qui devaient le transmettre aux rois de la Germanie. Charles n'avait pas besoin de ce titre pour paraître le chef de rOccident. L'étendue de son empire, qui avait pour frontières l'Èbre en Espagne , le Raab en Hongrie , le Garigliano en Italie , et PEyoer en Danemark; les forces dont il disposait, sa renommée de sagesse lui attiraient les hommages de tous les princes. Le roi de Galice, les Édrissites de Fez, les rois des Anglo-Saxons , les empereurs d'Orient, les califes de Cordoue et de Bagdad recherchèrent son alliance ou son amitié. Haroun-al-Raschid crut devoir entretenir avec lui des relations amicales, et lui envoya une magnifique ambassade chargée de lui offrir en présent un éléphant, anijnal inconnu îles Francs, une horloj^e, une tente splendide, et ce qui devait flatter le plus la piété de Charles , les clefs du saint sépulcre.
Depuis son 'couronnement comme empereur jusau'à sa mort , de 800 à 814, Charles nt peu de guerres nouvelles. En 802 , les peuples qui habitaient au delà de l'Elbe s'étant révoltés, furent réprimés de nouveau, Un
grand nombre de Saxons des deux bords du fleuve furent jlispersés en d'autres contrées , et le reste de la nation fît enfin sa soumission par la paix de Salz, en 804. Mais un grand nombre^ préférant l'exil à la servitude, se réfugièrent chez les Danois et les Slaves qu'ils excitèrent à la guerre.
Elle éclata , de 808 a 810, avec Gœttrjk, roi du Jutland méridional (Sleswick) , et fut marquée , en 809 , par la fondation de Hambourg. La paix conclue en 811 donna l'Ejjder pour frontière du nord à l'empire des Francs.
Au nord-est , plusieurs combats livrés par le prince Charles , fils aîné de Tempereur, amenèrent la soumission des Slaves Tchèques et des Wiltzes. Enfin, au sud , un traité conclu , en 804 , avec Nicéphore , donna aux Francs l'Illyrie maritime. Dès l'année 789, les îles Baléares avaient été conquises ; mais , en 810 , la Corse et la Sardaigne furent '
occupées par les Sarrasins. Venise refusa de reconnaître l'autorité de Pépin , que son père avait fait roi d'Italie; et, en 812, les villes maritimes de l'Illyrie fureiit restituées à l'empire d'Orient.
La même année , il fit construire à Boulogne une flotte contre les North- * mans ou Normands, oui déjà venaient pirater sur les côtes du grand empire des Francs ; Charles prévit les ravages qu'ils y exerceraient un jour; et, pour les prévenir autant qu'il lui était possible , il visita les ports et fit garder toutes les embouchures des fleuveç, depuis le Tibre jusqu'à l'Elbe, par des vaisseaux armés.
28 janvier 814.^
Mort de Charlemagne au palais d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait fait construire.
La grandeur de Charles n'est pas seulement dans ses conquêtes, mais dans ses efforts pour donner à ses Francs encore barbares, aux Thuringiens , aux Saxons à peine convertis , une législation régulière, pour organiser radministration de son vaste empire, pour établir partout la paix et la sûreté , enfin pour répandre lei
L'UNIVERS
lumières en créant dans les évécfaés et les monastères des écoles où les débris de la civilisation antique trouvèrent un asile et furent conservés pour des temps meilleurs. Mais c'était se mettre trop tôt à relever les ruines que les Barbares avaient faites dans leurs invasions. Avant que la société pût se reconstruire , elle devait passer encore {)ar de plus rudes épreuves. Charles vit ui-méme ceux qui devaient renverser son ouvrage.
« Un jour qu'il était arrêté dans une ville des côtes de Provence , des barques Scandinaves vinrent pirater jusque dans le port; les uns croyaient que c'étaient des marchands juifs africains , d'autres disaient bretons ; mais Charles les reconnut à la légèreté de leurs bâtiments. « Ce ne sont pas là « des marchands , dit-il , ce sont de « cruels ennemis. » Pours^uivis , ils s'échappèrent, mais l'empereur, s'étant levé de table, se mit, dit le chroniqueur, à la fenêtre qui regardait l'orient , et demeura très-longtemps le visage inondé de larmes. Comme personne n'osait l'interroger , il dit aux grands qui l'entouraient : « Savez-vous, « mes fidèles , pourquoi je pleure amè- « remént? Certes, je ne crains pas « qu'ils me nuisent par ces misérables « pirateries ; mais je m'afflige profon- « dément de ce que moi, vivant , ils ont « été près de toucher ce rivage , et je « suis tourmenté d*une violente dou- « leur,quand je prévois ce qu'ils feront « de maux à mes neveux et à leurs « peuples (*). »
LOUIS LE DÉBONNAIBE.
Louis le Débonnnaire était âgé de trente-six ans lorsque la mort de son père l'appela au gouvernement du vaste empire que Charlemagne avait créé.
Juste , mais ^ible , éclairé , mais partial , et se laissant gouverner par les Aquitains au milieu desquels il avait
{*) Midielet , Histoire de France, d'après lo moine de Saiot-^irail
été élevé, et par sa femme qui lui fit accumuler fautes sur fautes , le noilveau prince signala son avènement par des mesures qui durent paraître impolitiques aux vieux conseillers de son père. Le droit d'hériter fut rendu aux Frisons et aux Saxons , et Louis laissa les Romains élire un pape sans son aveu. En même temps, il introduisit une réforme sévère dans le palais , où de grands désordres avaient troublé la vieillesse de Charlemagne , et dans les monastères où les moines avaient déjà oublié la règle de Saint- Benoît.
Par un partage prématuré et dangereux de l'empire entre ses fils, Louis le Débonnaire créa Pépin roi d'Aauitaine, Louis roi de Bavière, et donna à Lothaire le titre d'empereur; mais le fils de Pépin, fils aîné de Charlemagne, Bernard, qui gouvernait l'Italie, et qui, d'après les règles établies aujourd'hui pour les successions , aurait dû hériter seul de la couronne impériale , se montra mécontent de ce partage ; il se fît prêter serment par toutes les cités de la Péninsule, et occupa les passages des Alpes. Louis ayant réuni à Châlons les forces de la Germanie et de la Gaule, Bernard se vit peu à peu abandonné de tous les siens, et réduit à venir se livrer lui-même. Louis , excité par sa femme , lui fit crever les yeux (818), et l'opération fut faite si cruellement , que Bernard en mourut.
Répression des peuples tributaires ou ennemis , Basques , Sarrasins d'Ës- Çagne, Bretons et Obolrites. Louis épouse en secondes i)pces Judith de Bavière. ^
Cession de l'Italie à Lothaire. Treize vaisseaux normands ravagent trois cents lieues de côtes.
Pénitence publique de Louis. « L'an 822, dit l'Astronome, il convoqua une assemblée générale en un lieu nommé Attigny. Ayant appelé dans
^ cette assemblée ]e$ évéques , les abbés , les ecclésiastiques , les grands de son royaume , son premier soin fut de S6 réconcilier avec tovs ceux auxquels il crut avoir fait quelque offense. Après quoi , il fit une confession publique de sei fautes; et, imitant l'exemple de Temper reur Théodose , il subit de son gré une pénitence pour tout ce qu'il avait fait tant envers son neveu Bernard qu'en»vers les autres ; puis , réparant ce qui avait pu être fait de mal par lui-même ou par son père, il s'efforça d'apai«ser la Divinité par de si abondantes aumônes , par les prières ardentes quç firent pour lui les serviteurs de Jésus» Cfarist, et par une telle ^actitude dans ses devoirs, qu'on eût cru que toutes les peines qui avaient légitima ment frappé chaque coupable , avaient été l'œuvre de sa cruauté (*). »
L'armée des France ayant envahi la Navarre fut battue; et , quelque temps après , les fïavarr^is ^^ doanèrent uq roi.
La naissance de Charles, connu plus tard sous le noqa de Charles |^ Chauve, était venue, en 823, déraçr ger le partage de 817. Dès 829, Lothaire avait consenti à ce que son père abandonnât à Charles l'Alsace , la Souabe, la Sourgotgne et la Rhétie; mais bientôt ij «e repentit de cette concesisien , et s'unit avec ses frères contre Louis , son fils Charles, et TAquitaii) Bernard qgi te gOj^vf3rnai^ Louis fuj; contraint de se retirer dans un cou»
vent.
La division s'étant n>ise «stre ses fils, Louis en profita pour ressaisir l'autorité. Mais deux ans ne s'étaient pas écoul4s que ses efforts pour ac* croître la part de son plus jeune fiie firent encore une fois prendre les armes aux afnés. Le vieil empereur se vit abandonné tout à coup de ses troupes à Rothfeld , appelé depuis
(*) L'Astronome f ViedeLoms leDébonnaire.
Lugenfeld (le champ de Mensoft^ 00), et forcé de se livrer àLothaûPa.
Celui-ci en usa sans gto^osité avec son père. Il voulut le déshonorer à tout jamais en le forçant de faîres revêtu d'un habit de pénitent , une eoi^ fession publique de ses fautes. Les évéques de son parti vioveçt enlever à l'empereur son -baudrier militaire et le contraindre de signer une liste de l;eEi prétendus criin^, }] s'y accusait d'avoir fait tuer son neveu Bernard; d'avoir exposé le peuple à des parjures, en formant des divisions nouvelles dans l'empire ; d'avpir fait la guerre en carême ; d'avoir été trop sévère envers les partisans de ses fils ; d'avoir expose l'État aux meurtres , aux pillagdi et aux sacrilèges, en excitant ia guerre civile par des divisions arbitraiires de l'empire. '
Cependant Lôthaire élaa't allé trop loin : on se sentit de la pitié pour le vieil empereur; il fut une seconde foie rétabli (834.). Mais Louis était plus que jamais incapable de se conduire par lui-même ; tl céda encore Ufie fow a rinfluenee de Judith , et troubla de nouveau tout l'empire pour augineiiter les domaines du jeune (%arle&.
Son fils Pépin , roi d'Aquitaine , étant mort , Charles fut à l'instant investi dé ce royaume au détriment des enfants que Pépin avait laissés. Pour un mè^ flfient, Lôthaire s'accorda avec son père ; gagné par Judith , il lui promft de protéger son fils, et, en récompense, reçut de la libéralité aveugle du Débonnaire tout l'orient de l'em* pire : l'occident devait former Je pa* tri moine de Charles. Dans ce partage, Louis de Bavière et les fils cle Pépin étaient complètement sacrifiés ; ils en appelèrent aux armes ^ et f empereur passa ses dernières années à combattre son fils et son petit-fils. L'Aquitaint fut à peu près soiumise , mais la guerre contre Louis était plus difficile. Ce prince possédait depuis longtemps ia Bavière ; il avait toujours vécu parmi les peuplades germaniques; elles le connaissaient et hii étaient attaeliées.
Aussi, quand la guen'e éclata, lei
L'UNIVERS
Saxons et les Tharingiens vinrent augmenter son année. Cest durant cette expédition que Louis le Débonnaire jDourut, à rage de cinquante - deux ans, dans une lie du Rnin près de Mavence(840). Avec lui disparut l'u- Dîte de rempire.
$ m, R(Hs carlovingiens de France,
CHARLSS LB GHAUYB.
Le fils aîné de Louis le Débonnaire, Lothaire, qui succéda au titre d'empereur, ne pouvait espérer d*en exercer tous les droits ; la France et la Ger* manie voulaient sérieusement des rois
Sarticuliers. Ce fut à Fontanet, près 'Auxerre, que la question fut vidée.
Les peuples de la Germanie et ceux de la Gaule combattirent sous les mêmes drapeaux pour le renversement du système politique fondé par Charlemagne.
Lothaire, le représentant de Funité de l'empire, fut vaincu (841), et contraint, deux ans plus tard, de faire la paix. Le traité de Verdun (843) consacra un premier démembrement ; mais il était difficile de le faire avec équité, car on connaissait trop peu l'exacte étendue de l'empire pour se prononcer sans craindre de commettre de graves erreurs. Il fallut que cent dix commissaires parcourussent toutes les provinces, et en dressassent un tableau :
ce ne fut qu'après cette opération que Ton procéda à un parjj^ge définitif.
Tout ce qui se trouvait à 1 occident de la Meuse, de la Saône et du Rhône, devint la part de Charles le Chauve; la Germanie tout entière jusqu'au Rhin fut abandonnée àX.ouis le Germanique; enfin Lothaire eut l'Italie et toute la partie orientale de la Gaule comprise, au sud, entre le Rhône et les Alpes; au nord, entre le Rhin et la Meuse, et entre la Meuse et TEscaut, jusqu'à l'embouchure de ces fleuves. Ce royaume fut appelé, du nom de Lothaire, Lotharingia, d'QÙ nous avons fait Lorraine,
Ravages des Normands. — Déjà, sous Louis le Débonnaire, les pirates normands s'étaient établis, en 830, à l'embouchure de la Loire, dans l'Ile de Noirmoutier. Sept ans plus tard, Lothaire leur avait abandonné les îles de Betau et de Walcheren en face de l'Escaut. En 841, ils remontèrent la Seine et pillèrent la ville de Rouen.
Ainsi ils s'établissaient à l'embouchure des grands fleuves pour pénétrer, sur leurs barques, jusque dans le cœur des provinces , en remontant le fleuve principal ou ses afQuents. En 845, tandis que Hambourg était prise et pillée par les Normands , une autre troupe , porfée.sur cent vin^t navires, parut sous les murs de Pans. Charles , au lieu de combattre, paya leur retraite au prix de sept mille livres d'argent, ce qui les engagea à revenir en 856 et 861.
Ceux qui campaient dans l'île de Noirmoutier, conduits parHastings, pillèrent Amboise en 838, prirent Nantes en 843, et de là désolèrent la Bretagne et les provinces que baigne la Loire.
A la même époque , d'autres chefs entrèrent dans la Charente et la Garonne, pillèrent Bordeaux, Saintes, vinrent brûler les faubourgs de Toulouse et Bayonne, Oléron, Tarbes et Bigorre.
En 866, Hastings, à la tête d'une troiipe peu nombreuse, pénétra jusqu'au Mans, tua dans une rencontre le comte de la marche angevine, Robert le Fort, tige de la maison capétienne, et pénétra jusqu'en Auvergne, où il saccagea la ville de Clermont. C'est ce même chef qui eut le premier l'audace de franchir avec ses pirates le détroit de Gibraltar, et d'aller piller la Toscane et la Provence. Cependant, en 870, Charles le Chauve cerna près d'Angers une de leurs troupes qu'il força de capituler; mais ce faible succès ne put effacer la honte de tant de villes abandonnées à la fureur des Normands.
Guerre d'Aquitaine. — Les pirates normands, tout en pillant pour leur propre compte, s'unirent parfois au^
ANNALES DE L^mSTOIRE DE FRANCE.
ennemis de Charles, aux Bretons qu*il roulait soumettre, à Pépin II qu'il voulait dépouiller de FAquitaine. Ce fiis d'un frère aîné de Charles le Chauve, dépouillé par le traité de Verdun, s'unit à Bernard, duc d'Aquitaine, et à Sanche Sancion, duc des Basques, battit un 61s naturel de Charlemagne près d'Angouléme, et força son oncle, en 845, à lui céder tous les pays au delà de la Loire, à l'exception du Poitou, de la Saintonge et de l'Angoumois qui furent donnés au comte Rainulf P' avec le titre de duc d'Aquitaine; mais bientôt une nouvelle guerre éclata, et Charles entra dans Bordeaux, Toulouse et Narbonne. Pépin recourut alors aux Normands et aux Sarrasins.
Un tel secours le rendit odieux, et, après de nombreuses vicissitudes, il tomba aux mains de son oncle, qui l'enferma dans un cloître (852). Charles put se croire maître du midi de la France; mais au-dessous de Pépin , qu'il avait renversé, étaient les puissants comtes de Poitiers, de Toulouse et de Barcelone, qui se trouvaient les véritables maîtres du pays.
Guerre de Bretagne. — A l'ouest, dans la péninsule armoricaine, £harles soutint aussi une guerre difQcile. Noniénoé, duc des Bretons, s'était emparé, en 845, de Nantes, de Rennes, d'Angers eh du Mans, après avoir vaincu Charles à Ballon; il avait établi de sa propre autorité un archevêché à Bol, et contraint le prélat qu'il y nomma de le couronner roi. Une tentative faite par le roi de France pour déposséder le Ois de Noménoé réussit mal; Charles, de nouveau vaincu dans une sanglante bataille, fut forcé d'abandonner à Érispoé, puis à son frère Salomon III , toutes les usurpations de leur père. Cependant la mort violente de Salomon , assassin de son frère, ayant été le signal de grands troubles en Bretagne (874), ce pays parut rentrer sous la suzeraineté de la France.
Ainsi l'ouest et le sud semblaient rattachés à. la nouvelle monarchie française.
Guerres pour la succession de Lorraine et d'Italie. — A l'est, Charles fit aussi de grandes acquisitions; ea 869 , après la mort de son neveu Lothaire II , il s'empara de ses Ëtats , aux dépens de Louis II, alors occupé dans l'Italie méridionale à combattre les Arabes; mais Louis le Germanique voulut entrer en partage dans cette spoliation, et força son frère à lui eéder, par le traite de Mersen (9 aodt 870), la moitié de l'héritage de Lo* thaire. Charles ne garda que la partie occidentale et méridionale de la Lorraine, où étaient situées les villes de Lyon, Besançon, Vienne, Viviers, usez, Toul, 'Verdun et Cambrai ; mais il se dédommagea en enlevant à l'empereur Louis II la province viennoise; et lorsque ce prince mourut, en 875, il se fit couronner à Rome empereur, et prit à Pavie la couronne de fer des rois lombards. Encouragé par le succès de tant d'usurpations, il essaya de
{)river de leur héritage les fils de Louis e Germanique, mort en 876; mais sa défaite à Andernach enleva pour mille ans à la France la rive gauche du Rhin. Charles mourut lui-même l'année suivante dans une vallée des Alpes, en fuyant honteusement de l'Italie devant une armée du roi de Bavière Carloman (877). Avant de tenter cette expédition d'Italie, il avait été contraint, dans l'assemblée de Kiersy, de permettre à ses v-assaux de transmettre leurs honneurs à leurs enfants ou à leurs proches, et d'assurer aux fils des comtes qui le suivraient en Italie la charge de leurs pères. Déjà l'édit de Mersen avait reconnu l'inamovibilité des bénéftes et obligé les hommes libres de se recommander à un seigneur de leur choix. Ainsi la propriété bénéficiaire devenait héréditaire, les hommes libres étaient contraints de changer leurs alleux en bénéfices, et les comtes pouvaient transmettre héréditairement à leurs fils la çart d'autorité royale dont ils étaient investis; c'est dire ^ue la féodalité se trouvait déjà constituée dans ses éléments les plus essentiels.
UUNIVKRS.