‹ France (volume 2)Chapitre 17 sur 45 · COMTÉ DE SENS · texte numérisé non relu

COMTÉ DE SENS

Fondé vers le commencement da nenvième siècle, réuni au domaine en xo55.

Sous les Carlovingiens, l'ancien pays des Sénonais ( la quatrième Lyonnaise) fut partagé en plusieurs comtés :

Orléans, Chartres, Nevers, Auxerre, Tro3res, Senlis, eurent leurs comtes particuliers. On connaît même les noms de cinq des comtes amovibles de Sens, depuis Louis le Débonnaire jusqu'à Charles le Simple. Avec FroiQond V (941 ) commence la suite des comtes héréditaires (]ui se termine en 1055. Henri P' réunit alors ce comté à son domaine, et fit administrer Sens par un vicomte.

COMTÉ t>S J0I6NT.

Fondé en 996 , maintenu jusqu'au drx-liuitièaie

siècle.

Le comte de Sens, Renaud V% ayant

hâti le château de Joigây, qui donna bientôt naissance à une ville du même nom , l'inféoda à un chevalier, époux de sa fille j qui prit le titre de comte de Joigny. Un de ses descendants, Etienne de Vaux , construisit le château de Joiçny; et Pierre fit, en 1219, hommage-lige au comte de Champfigne, reconnaissant que son château de Joigny lui était jurable et vendable à grande et à petite Jorce toutes les fois au'il en serait requis. Son successeur Guillaume II alla deux fois à la terre sainte ; aussi saint Louis lui donna-t-il en témoignage de sa piété une des épines de la couronne de Jésus-Christ.

En 1337, la terre de Joigny passa à Jean de Noyers, d'une ancienne famille de Champagne; en 1415, à Gui de la Trémoille; et, en 1464, à Charles de Châlons ; puis dans les maisons de Sainte-Maure, de Laval, de Gondi ; enfin dans celle de Villeroi , qui la possédait au dix-huitième siècle.

SEIOVEURIE DE JOrirVII.I.£.

Fondée rers xoSo.

Une branche cadette de )a maison de Joigny fut investie de cette seigneurie en 1104, et, vers 1158, de la dignité héréditaire de sénéchal de Champagne. Le sixième sire de Joinville est le célèbre écrivain qui composa l'histoire de saint Louis. Pour accompagner son roi à la croisade, il engagea presque tous ses domaines , si bien qu'il ne lui resta pas, comme il ledit lui-même, douze cents livres de rente en fonds déterre. Il s'embarqua a Marseille avec dix chevaliers, dont trois baimerets qu'il avait à sa solde.

Voici comment il raconte son embarquement : « Nous entrasmes au mois d'aoust celui an (1248) en la nef à la roche de Marseille, et fut ouverte la porte de la nef pour faire entrer nos chevaulx , ceulx que devions mener oultre mer. Et quant tous furent entrez , la porte fut reclou se et estouppée, ainsi comme Ton vould roi t faire un tonnel de vin, pour ce que quant la nef est en la grand mer toute la porte est en eauë. £t tantost le maistre de la nau s'ejscria à ses gens qiv

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estoient au bec de la nef : « Est vos- « tre besogne preste ? Sommes-nous à point? » Et ils (firent que oy vraiement. Et quant les prebstres et clercs furent entrez , il les list tous monter au chasteau de la nef, et leur fit chanter ce bel igné, yeniy creator spiritus y tout de bout en bout. Et en chantant, les mariniers firent voillede par Dieu. Et incontinent le vent s'entonne en la Toi Ile, et tantost nous list perdre la terre de veuë , si que nous ne visnies plus que ciel et mer, et chascun jour nous esloignasmes du lieu dont nous estions partiz. Et par ce veulx-je bien dire que icelui est bien fol , qui sceut avoir aucune chose de Tautrui , et quelque péché mortel en son ame, et se boute en tel danger; car si on s'endort au soir. Ton ne sceit si on se trouvera au matin au sous de la mer. »

Durant la traversée, saint Louis mettait Tentretien sur des sujets dignes de gens qui vont à la croisade. « Sé- «néchal , » lui dit-il un jour, « quelle «chose est-ce que Dieu? » — « Sire, « c'est si souveraine et bonne chose que « meilleure ne peut être. » — « Vrai- • ment c'est moult bien répondu, car « cette réponse est écrite en ce livret « que je tiens e^ ma main. Autre de- « mande vous ferai-je; savoir, lequel « vous aimeriez mieux être lépreux et « ladre, ou avoir commis et commettre « un péché mortel? » — « Et moi, dit «Joinville, qui oncques ne lui voulus «mentir, je lui répondis que j'aime- «rais mieux avoir fait trente péchés « mortels que d'être lépreux. » Cette répartie est peu grave sans doute :

maître Sorbon ne l'eîit point pardonnée au jeune sénéchal. Mais ce qui appartient à l'histoire, et ne se peut trop remarquer , c'est l'impression de ce libre discours sur le bon roi saint Louis.

« Quand les frères furent départis « de là , il me rappela tout seulet , et « me fit seoir à ses pieds , et me dit : « Comment avez- vous osé dire ce que « vous avez dit ? Et je lui réponds que «encore je le dirais. Et il va me dire : «Ha! fou musart, musart, vous y « êtes déçu ; car vous savez qu'il n'est

« lèpre si laide que d'être en péché « mortel. Et vous prie que pour Ta- « mouriie Dieu premier, et pour Ta- « mour de moi , vous reteniez ce dit « en votre cœur. »

A N'est-elie pas admirable la bonté de ce roi et de ce saint , qui , tout roi et tout saint qu'il est , ne se fâche

f)oint de la réponse du jeune homme, aisse les témoins se retirer , et ne le réprimande que Iorsc[u'il est seul avec lui. On n'a jamais dit cela dans le panég]^rique de saint Louis, bien qu on en fasse un chaque année depuis deux siècles (*). »

Joinville ne tarda pas à gagner l'estime et l'affection de saint Louis par sa piété et son esprit enjoué.

« Il combattit souvent près de lui , et fut mêlé à tous les grands périls.

A Damiette il donna librement son avis , et contredit le roi. Il se tenait à l'écart, craignant de l'avoir offensé, lorsqu'il sentit une main se placer sur ses yeux ; il entrevit un gros rubis que

f)ortait le roi, et reconnut encore mieuK . e prince à quelaues paroles pleines de confiance et a'amitié.

ce Joinville , si aimé de saint Louis, revint avec lui de la croisade ; il retourna dans ses terres de Champagne , et recommença tranquillement la douce vie de seigneur. Mais quand saint Louis, tourmenté d'un nouveau désir de croisade, partit pour Tunis, le sénéchal ne voulut plus le suivre : saint Louis ne s'en fâcha pas. Bientdt Joinville apprit avec douleur sa mort.

Il déposa, dans une enquête, pour la canonisation du roi ; et il avait beau^ coup à dire. Ensuite il écrivit l'histoire de saint Louis La vive imagination, et en même temps l'imagination ignorante de cet ingénieux chevalier lui a donné des paroles qui ne peuvent [^'oublier. Tout est nouveau, tout est extraordinaire pour lui : le Caire, c'est Babvlone; le Nil, c'est un fleuve qui

Srend sa source dans le paradis. Il y a e ces notions particulières sur beaucoup de choses ; mais quant aux faits

(") M. Yilleinain, Cours de littérature , t. I, p. 3f4»

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rUNIVERS.

véritables, on ne saurait trouver plus naïf témoin. On dirait que les objets sont nés daiis le monde le jour ou il les â vus ; il les décrit avec une merveilleuse précision de langage, sans rien altérer. Il les décrit comme Hérodote, mieux que lui peut-être (*), »

Le flls de Joinville fut maréchal de France; et son petit-fils , fait prisonnier à Poitiers, ne laissa qu'une fille, Marguerite , laquelle porta la seigneurie de Joinville dans la maison de Lorraine , qui la fît ériger en principauté. C'est avec ce titre que la terre de Joinville entra , en 1693 , dans la maison d'Orléans, par le legs qu'en fit à Pliilippe d'Orléans Mademoiselle, fille de Gaston et petite-fille de Henriette-Catherine, duchesse de Joyeuse.

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