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payaient des tributs , outre bien d'au- « La terre que nous habitons est à
très oppressions. Les ù\s des Huns au'ils avaient eus des femmes et des ulles eselavonnes , ne pouvant à la fin
supporter cette honte et ce joug , refusèrent d'obéir aux Huns, coniiiiencèrent à se soulever. Les Venè- 4es 8*étant avancés contre les* Huns; le marchand Samon alla avec eux , et sa br.ivoure fut si grande qu'elle excita Tadiiiiralion ; aussi les Venèdes taillèrent en pièces un nombre étonnant de Huns. Les Venèdeft voyant la bravoure de Samon', le créèrent leur roi, et il les gouverna pendant trentecinq ans avec bonheur. Sous son rêne, les Venèdes soutinrent contre
es Huns plusieurs combats, et, par sa prudence çt son courage , ils nirent toi^ours vainqueurs. Samon avait douze femmes de la nation des Venèdes, et il en eut vingt-deux ûls et guioze ûUes. ' '
k « Cet^ année (681) , les Esclavons surnommés les venèdes, sous le roi Samon , tuèrent un grand nombre de négociants francs, et les dépouillèrent de leurs biens. Ce fut le conimencefnent de la querelle 'entre Dagobert et Samon. Dagobert ayant envoyé Sichaire ^n deputation auprès de Samon, lui demandait de faire justice de la mort des commerçants que ses gens avaient tués, et du pillage de leurs biens ^ Samon' ne youlut point voir picbaire , et ne lui permit pas de venir vers lui. Sichaire ayant revêtu des habits d'Esclavon , parvint ainsi en présence de Samon, et lui dit tout ce qu'A avait reçu Tordre de déclarer ; mais, comme il arrive parmi les païens et les méchants orgueilleux, Samon ne répara rien du mal qui avait été commis , disant seulement qu'il avait intention de tenir un plaid pour que la justice fût réciproquement rendue sur ces contestations et d'autres qui s'étaient élevées en même temps. Sichaire , envoyé insensé ,
« Dagobert, et nous sommes ses bornât mes , mais à condition qifit voudra « conserver amitié àVec nous. « Sichaire dit ! « Il n'est pas possible que « (les chrétiens , serviteurs de Dieu, <c fassent amitié avec des chiens. »
Samon lui répliqua alors : « SA vous « êtes les 'serviteurs de Dieu , nous « sommes les chiens de Dieu; et « puisque vous agissez continuelle- « ment contre lui , nous avons reçu « la përmission de vous déchirer' à « coups de dents ; » et Sichatré fut diassé hors de la présence de Samon.
« Lorsqu'il vint annoncer ces paroles à Dagobert, celui-ci ordonna avec orgueil de lever, dans tout le royaume d itetrasie , une armée contre Samon et lés Venèdes. Trois troupes mar^ chèrent iilors contre eux. Les Lombards, à l'appui (le Dagobert, s'avancèrent de leur côté. Les Esclavons de tous les pays se préparèrent à résisterî- Une armée d'Alemans, ràmmandée^ par le duc Chlodobert, remporta imé victoire dans les lieux où elle, entra. Les Lombards remoortèrent aussi une victoire, et emmenèrent, ainsi que les Alemans , un grand nombre de cap^ tifs esclavons. Mais les Ostrasiens ayant entouré AVogastibourg, où s'éJ taient renfermés la plupart des plus braves Venèdes , après avoir combattu pendant trois Jours , lurent taillés ed pièces, et abandonnant, pour iuir^ leurs tentes et tous leurs équipages ^ • s'en retournèrent dans leur pays. A la suite de cela , les Wenedes , rava« géant à plusieurs reprises la'Tburinge et leâ lieux voisihs , se jetèrent sur le royaume des Francs. Dervan, duc des Sorabes, peuple d'origine esclavonne, et qui, autrefois, avait été soumis aux Francs, se rendit , avec ses sujets ; sous le pouvoir ae Samon. Ce ne fut
f>as tant le courage des Venèdes qui eur fit remporter cette victoire sur les Ostrasiens, que l'abattement de
adressa alors à Samon des paroles et ceux-ci qui se voyaient haïs de Dagobert
deà menaces qu'on ne lui avait point et continuellement dépouillés par hil.»
ordonné de faire, disant que lui et Trop faible pour venger cette dé*
son peuple devaient soumission à Da- faite, Dagobert se reposa sur les
goto t. î>aqipn, offensé « l)ù répondit : Saxons du i^oin de contenir les peuples
M BOH him
qui s'étaient rangés sons les ordres de Samo. Exemptés du tribut , à cet effet, les Saxons ne remplirent que très-imparfaitement leur tache.
Les Bohèmes ne jouirent pas de la même impunité sous la dynastie carlovingienne ; nous disons les Bohèmes, car c'est, désormais, de ce nom qu'il faut appeler la nation qui résulta du mélange des Boïens , des Marcomaus et des Tchèques, avec d'autres peuplades slaves et germaniques, nation qui resta fidèle à Samo , même après la dissolution de la confédération formée par ce chef, et continua d*étre gouvernée par des princes de la même famille. De 805 à 806, Charlemagne
f)orta la guerre chez les Bohèmes , et es contraignit à lui payer uu tribut annuel en qualité de vassaux. Ils demeurèrent dans cette condition sous le règne du successeur de Charlemagne. En effet, Hostiwit, leur chef, sollicita de Louis le Débonnaire la confirmation de son titre ducal. Tou* tefois , pendant les querelles du monarque n-anc avec ses Gis , les Bohèmes levèrent plus d'une fois Tétendard de la révolte.
A répoque du partage d'Aix-la-Chapelle (817), la Bohême entra dans le lot départi h Louis II, qui eut en outre à gouverner la Bavière, la Carin- Ihie et les pays voisins du Darmbe, conquis sur les Slaves et sur les Avares. En 843 , lors du partage de Verdun, ce même prince, qui prit alors le nom de Louis le Germanique , continua de régner sur les Bohèmes , ou du moins de les compter au nombre de ses vassaux. Mais, dès ce moment, ils commencèrent à être entraînés vers l'Allemagne; et , malpé l'espèce d'indépendance dont ils jouirent de 871 à 894, grike à la protection de Svaitopluk le Grand, roi de Moravie, ils finirent ^r tombier complètement dans la sphère de r Empire germanique, à la constitution duquel ils adhérèrent, à Batisbonne , le 15 juillet 89ô. Alors ils devinrent de plus en plus étrangers à la France, dont lemol^ cellement féodal diminuait et anéantissait presque Tinfluence extérieure.
7ms. aw
Il y eut cependant , au quatorzième siècle, un moment où les relations de la France avec la Bohême furent trèsactives et très-amicales. Cefiit lorsque la Bohême eut passé dans la maison de Luxembourg, sous le règne de Jean et de son fils Charles I"^, qui prit le nom de Charles IV en devenant empereur d'Allemagne. Jean de Luxem»
bourg, roi de Bohême , vécut dans l'intimité de Charles le Bel et de son successeur, Philippe de Valois. Désireux de renverser Tempereur Louis de Bav ière, le roi de Bohême se rendit à la cour de France et promit à Charles le Bel l'appui des deux archevêques de Trêves et de Cologne et celui d'un grand nombre d'autres princes allemands. Avec Philippe - Auguste et Philippe le Bel, les rois de France étaient devenus prépondérants en Europe , et la couronne impériale était un appât qui flattait leur ambition.
Charles le Bel , encouragé par le roi de Bohême, se mit donc sur les rangs des compétiteurs; suivi d'une cour nombreuse et brillante, il se rendit à Bar- sur-Aube pour mieux influencer l'élection; mais la vue des Français ayant réveillé les craintes qu'inspirait leur puissance , les Allemands déclarèrent qu*ils n'avaient pas besoin de princes étrangers pour les gouverner, et la candidature du roi de France échoua. Jean de Bohême ne se brouilla pas pour cela avec le gouvernement français , car , quelques années plus tard, il en obtint un corps de troupes auxiliaires (]ii'il mena en Italie, où la fortune lui tut défavorable.
Toujours par voie et par chemin, le. roi de Bohême fit de fréquents voyages en France , où il résida deux années consécutives sous le rèisne de Philippe de Valois, avec lequel il était encore mieux qu'avec son prédécesseur. On peut même dire qu'il devint Français, puisqu'il fut chargé du commandement du Languedoc. On lit , à ce sujet, dans l'histoire de ce pays : « Par des lettres données à Lstrépilli « vers Mantes, le dernier de novem- « bre 1338 , Philippe de Valois établit « son très-cher cousin et féal Jean,
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m roi de Bohême, capitaine général, et « son lieutenant sur tous autres en « tout le Languedoc , avec pouvoir de « prendre, recevoir, retenir, faire gar- « iiir« gaid«r el établir, comme bon « lai semblera , les château , ville et « appartenances de Penne , en Agé- « nois, et de faire en ce cas et en tout « ce qui en dépend, en tous autres qui « le touchent, en toute ladite Lan^ue- « doc , tout ce quMl pourrait y faire « lui-même s'il y était présent. » On voit par ces lettres, dit dom Yaissette , quelle était l'étendue de l'autorité an roi de Bohême dans la
Ï province. En effet, il accorda par ui-méme divers anoblissements dans le pays , et on voit des rémissions et des grâces données par Guillaume de Villars , en qualité de commissaire député par ce prince , dans les parties du Languedoc.
C'est donc en qualité de vassal de Philippe de Valois que le roi de Bohême, devenu aveugle, figura dans les rangs des chefaliers français à la ha* taille de Crécy ; mais ce quM I y a de plus étonnant, c'est que son fils Charles, cependant déjà empereur d'Allemagne , se trouva aussi à la même bataille. Au fort de la mêlée, Jean l'Aveugle (tel était le nom que Ton donnait alors au roi de Bohême), apprenant que la victoire penchait du coté des Anglais, dit aux chevaliers de son entourage de le mener à l'endroit où combattait son ils Charles. Comme on hii .représentait qu'étant privé de la vue, c'était se précipiter inutilement dans le danger:
l^'imporiCt dit-il, je veux faire un cmtp d'épée^ et il iie sera pas dit que je serai vem ici pour rien. — Sire, lefNTirent les cbefaliers, nous vous accompagnerons partout. Alors ils attachèrent son cheval aux leurs , et le conduisirent à l'ennemi. Jean périt victime de sa témérité, ainsi que tous les compagnonr d*armes; plus heureux, son nls en fut quitte pour oes blessures (*).
Charles lY était pour la France un
(*) Voir TALLEMAuifc, t. II, p. 32 et
allié très-précieux, d'abord 5 cause de sa qualité de chef de l'Empire germanique, et ensuite parce qu'il avait su se rendre populaire parmi les habitants de la Bohème, aux mtéréts desquels il sacrifiait les intérêts de l'Allemagne; tandis que Jean avait toujours fait peu de cas de la Bohême et avait même essayé de l'abandonner, en échange du palatinat voisin de son duchéde Luxemiwurg.
La politique de Charles IV, peu faite pour plaire aux Allemands, convenait parfaitement à la France, dont l'amitié était iodispensahle au roi de Bohême pour la réalisation de ses desseins ambitieux : avec un autre empereur, au contraire, la France aurait pu redouter une nouvelle alliance de l'Allemagne et de l'Angleterre, ce qui aurait encore aggravé les dangers de sa situation.
Aussi Charles le Sage , diplomate habile, s'appliqua-t-il à entretenir la bonne harmonie entre la France et la Bohème, et il dut une partie de ses succès à ce système. Élevé à la cour de France, ayant fait ses premières armes avec les chevaliers français, ne
f)0uvant réussir qu'avec le concours de a France, le roi de Bohème se montra sensible aux bons procédés de Charles le Sage, et, en 1377, il vint lui-même à Paris resserrer les nœuds d'une amitié commune. Nous ne parlerons pas ici des fêtes auxquelles donna lieu son voyage en France (*) : nous nous bornerons à rappeler que Charles IV, pour reconnaître les honneurs dont l'avait entouré le roi de France, nomma, en 1378, le dauphin Charles vicaire général de r En i pire dans le royaume d'Arles et le Dauphiné; nomination qui prépara la réunion successive du Dauphiné et de la Provence à la monarcliie française. INlalheureusement la mort de Charles IV, qui eut lieu dans le mois de décembre de la même année, vint rompre Tallianoe des deux princes au moment où elle allait avoir les résultats les plus utiles. Charles le
{*) On peut eo voir uu récit curieux dans le second volune de l'AïAiMAaiity piget 37 et tiaivantHu
5« BM vmmm». mm
Sage lui-mêiuft moui:ut Uojfi au^ plus
I^QQS Cbarle^ VI e| Venoeslas VI, iaccesseur de Charles IV à la couronne de Bohême et à la dignité impériale, l'alliance existait encore, et ces deux monarques eurent une coutérence à Reims ; oiais bientôt les troubles qui survinrent en même temps en deçà el au delà du Rhin mirent un terme à Tunion de la Bohème et de la France.
Venceslas, de plus en plus odieux aux Bohèmes* n'eut plus de point d*4ppw contre la rrralité deq autres États allemands , principalement de la Bavière et de l'Autriche, et les querelles religieuses des Hussites vinrent ensanglanter encore la (in de son règne et celui de Sigismond son successeur.
Albert d'AutTHsIie, Gis d'Albert IV^ duc d'Autriche, et de Jeanne de Baviéore^ monta sur le trône de la. Bohême, qui ne larda pas à perdre son indépendance e( a devenir un Uet' de rAutriclie. Des lors , elle n'eut plus de rapports direets avec aucui) peuple.
Ainsi donc, aescendants d'une peuplade gauloise, les Bohèmes sont penaant quelque temps vassaux des Mérovingiens et des Carlovingiens , puis deviennent membres de l'Ëmpire çermaûii|ue, et enfin entrent en relations d'amitié avec la France. A vrai dire, l'alliance de la i rance et de la Bohême au quatorzième siècle tut un événement ferliiit plutôt que le résultat d'un sys* tàme politique.' Sans le droit de succession , qui porta les princes de la maison de Luxembourg sur le Irone de Bohème, il e^t douteux que les rois de France eussent flOiU(é ou fussent parvenus à se ménager rallianoe de k Bohême, qui leur permit un moment de paralyser les mavaises dispositions de l'Autriche, de la Bavière, de la ConfcHiération germanique enîin , en plaçant tous les prinees allemands en« tre deux feux. Le principal mérite de Charles le Bel, de Philippe de Valois et de Charles le Sage, c'est d'avoir su tirer parti de l'occasion lorsqu'elle s'est présentée. Si Ton veut trouver la cause première de cette aliimice, il faut remonter jusqu'à saint Louis. En J368,
ayant été choisi pour arbitre dans une
âuerelle qui divisait Thibau|, coiute e Bar, et Henri III, comte de Luxem* bourg, le monarque français rendit une sentence favorable à ce dernier.
Des lors la maison de Luxembourg témoigna à la France un attachement qui ne se démentit jamais. En 1294, le comte Qenri V de Luxembourg signa un traité avec Philippe le Bel, contre Édouard d'Angleterre, moyennant une rente de 500 livres tournois et une somme de GOO livres, et marcha en personne contre les Anglais. Pendant presque toute la durée de la guerre de cent ans que nous fit l'Angleterre, les Luxembourgeois turent nos auxiliaires; de même que l'on voit Jean l'Aveugle et son fils Charles IV à la bataille de Crécy,-aîn6i Ton retrouve à la bataille d'Azincourt, en 1415, un autre duo de Luxembourg, Antoine de Boulogne, qui périt duns les raui^s de l'armée française. Lu 1402, Jusse s'était démis du gouvernement du Luxembourg en faveur de Louis , duc d'Orléans , frère de Charles VI , qu'une mort précoce empêcha de proOter longtemps de cet avantage; mais ce serait anticiper sur Tarticle qui sera consacré aux relations de la France avec le Luxembourg, que de pousser plus loin et d'énumérer d'autres preuves à J'appui de cette vérité. Qu'il sutlBse d'ajouter que,, vers la fin de la guerre de trente ans, Ridielieu fut d'autant mieux inspiré en recherchant rallianoe de la Bavière , que le malheureux état où les divisions religieuses et les armées autrichiennes avaient réduit la Bobéme ne permettait plus de s'appuyer sur ce pajrs. C'est ainsi que le ministre-roi , qui semble avoir été le précurseur de Louis XIV en toutes choses, jeta les bases de l'union de la France et de la Bavière, union naturelie qui devait, dans plusieurs eirconstances, être d*one si grande utilité aux deux pays contre les empiétements de In maison d'Autriche. Pour en revenir à l'alliance de la France avec la Bohême, nous dirons, en terminant, qu'elle a eu pour les Bobémes des suites d'autant plus heureuses, que Jean
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FRAKCË. BOH
de Luxembourg et son fils Charles IV imitèrent souvent la politique des rois (le France, et, a leur exemple, favofisèMot TafVîpaiichiçseinent tdes com-* QSttoeB autant que les rénàtanoM des aeigneurs féodaux le leur permirent.
Bohémiens, nom que l'on donne, en France , à des troupes de vagabonds à demi sauvages , qui , depuis le quinsième siècle , parcourent rEurope sans se mêler aux autres peuples, aont ils savent exploiter la crédulité et les passions. Toutes les langues de l'Europe ont, pour les désigner, une déDominatkm particulière; c*est ainsi qu'on les appelle iV<$id!0it«m (idolâtres ) en Hollande; Tartares, en Suède et en Danemark; PharaohiteSy en Hongrie; Égyptiens (Gypsies) en Angleterre; GVUmoSy en Espagne ; Zingari, en Italie et %n Dalmatie; Tchinganes, en Turquie; Cigaîes, en Valachie et en Moldavie. Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Zigeurier, et c'est celui sous lequel ils sont maintenant le plus généralement désignés.
C'est en 14S7 que Ton vit arriver à Paris les premières troupes de Bohémiens. Ils se disaient originaires de la petite Egypte y convertis une première mis à la BN emrétienne, puis retombés dans le mahométisme , et enfin reçus à résipiscence par le pape Martin V, qui leur avait ordonne, disaient -ils, ae courir le monde pendant sept ans, sans se coucher sur un lit, la terre étant ta seule couche qui leur fût permise. Ils firent leur entrée à Paris , le dimanche 17 août , au nombrede douze ; un duc, un comte, et dix hommes à cheval. Le reste de la troupe , qui était de eent vingt personnes, en y comprenant les femmes et les enfants, irarriva que douze jours après. Mais on leur défendit d'entrer dans la ville, et ils s'établirent à la Chapelle Saint-Denis. Les hommes avaient le teint noir, -ki cheveux crépus, les oreilles percées et garnies de boucles d'argent. Les femmes , outre leur visage noir, avaient deux longues tresses de cheveux qui retombaient sur leurs épaules. Leur •vîtement élait une robe liée d'une eoide, et, par-SessitSf une espèce de
corset d*une étoffe grossière. L'arrivée de ces singuliers personnages excita au plus haut point la curiosité du peuple de Paris ; et comme les femmés avaient la prétention de découvrir les secrets de l'avenir dans les lignes de la main, une foule de gens allaient leur demander leur bonne aventure j et perdaient le plus souvent auprès d'eux • mir bourse et leurs bijodx. Cependant révéque de Paris, instruit de ces désordres, serenditenfinlui-m^meau village de la Chapelle, y fit faire un sermon par un religieux , et excommunia tous lés curieux qui avaient été consulter les Bohémiens. Dès lors les pauvres nomades ne reçurent plus aucune visite, et ne gagnant plus rien, ils furent forcés de quitter le pays.
D*où venaient-ils ? D*où venaient les bandes beaucoup plus nombreuses qui se répandirent, a la même époque, dans les autres contrées de l'Europe (*) ? Les savants qui se sont posé ces questions les ont résolues de différentes maniêres; mais l*opinion la plus géné»
sale atgourd*hui donne aux Zigenner une origine indienne. Suivant Grellmann (**) , ils auraient fait partie de la caste des stidra ou paria, et auraient Quitté flndé à Tepoque dfs conquêtes oeTimour, vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième. D'autres savants (***) font remonter à une époque beaucoup plus andôine les premières migration^ des Ziçeuner, lis s'appuient sur oé qu'un peuple dë ce nom ett signalé
(*) Il en vint, dit-on, en Suisse, plus de quatorze mille , vers 1 4 1 8. On évalue à sept cent mille'le nombre des Bohémiens actudlemeot en Europe. Sur ce notAInre, il y en a environ dix-huit mille en Angleterre ; U Hongi'ie, la Moldavie et la Valachie en possèdent près de deux cent mille. EtiHu , c'est dcDs la Turquie, kBesiwaliit» b' Grimée»
qilil s*en trouve le plus.
(*•) Histoire des Bohémiens ^ p. a84 et suiv. de la traduction française. Ypyez aussi VOcéanie de fÇ/aivers pittoresque, tom. I, p. a63.
(***) ▼offls Blaltd^lntti, Précis 4e géq*
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même par les historiens de Tantiquité, comme habitant les bords de la mer Koire; et ils expliquent, par Texistetice d*une YÎUe nommée Aigypsosy dans le delta du panube (*), Porigine égyptienne que se donnaient les premiers Bohémiens qui vinrent dans l'Europe occidentale.
Quoi qu'il en 8oit de Torigine de ces nomades, et de répçque précise de leur première apparition en Europe, le séjour qu'une de leurs bandes avait fait a Paris, en 1427, avait été trop Ineratif pour qu'ils ne cherchasseni pas à y revenir bientôt. Ils parvinrent même à pénétrer dans renceiiite de la cité; mais, cette fois, l'autorité ecclésiastique ne fut plus la seule à s'inquiéter de leur voisinage ; et une ordonnance des états généraux tenus à Orléans, en 1560, prescrivit aux gouverneurs des provinces de les exterminer par le fer et le feu. Cependant il parait que celte ordonnance fut mal exécutée, ou qu'ils parvinrent à se soustraire aux poursuites de l'autorité, puisqu'en 1612 on fut obligé de lancer contre eux un nouvel edit d'expulsion , en prononçant la peine des galères contreceux qui seraient, à l'avenir, trouvés sur le territoire du royaume.
Ces édits contribuèrent , sans doute , à diminuer, en France , le nombre des Bohémiens ; mais ils ne purent les expulser entièrement. Les forêts et les pays de montagnes en recélèrcut toujours quelques troupes plus ou moins considérables. Suivant Greellmann (**), vers le milieu du dix -huitième siècle, on en rencontrait beaucoup en Alsace et en Lorraine. On en trouve encore actuellement goelques-uns dans cette dernière prqvince, où le peuple leur donne indifféremment les noms -de Hungar, Hongres , Honcks, JJnidns et Zigenners,
«(***) Cette raoè,eomp]étement diffé-
(*) Stral)on , el après lui , éticnne de Byzaace , font mention de cette ville.
(•*) Histoire des Bohémiens, p. 40.
(**•) Le passage suivant, où l*on trouve des détails curieux sur oes Boliémieiis de Atnoe, est etliait de tMsuù mr ie* itw»'
■on
rente de celle qui habite la Lorraine, et dont le langage, inintelligible pour lesgensdu pays, mdique Torigine étranère, est répandue dans les villages e Bcrentlial , Philipsbourg et Verrie- Sophie (canton de Bitche}. Elle compte une quarantaine d'individus. Avant 1803, ils vivaient dans les bois, sous la domination de Tun d'eux, qui était leur chef, et cjui avait sur ses subordonnés le droit de vie et de mort. Plusieurs d'entre eux ayant commis des crimes, leurs compagnons n'attendirent pas les recheiches de la justice, ils les fusillèrent eux-mêmes. En ljB03, les agents forestiers les forcèrent à rentrer dans les villages. Ces hommes vivent du produit de leur chasse , de leurs vols et de quelques aumônes.
Quelques-uns jouent de certains instruments dans les fêtes de villages; d'autres se sont faits colporteurs , et vendent de la menue verroterie et de la faïence fabriquée dans les environs.
Ils ont une danse extrêmement bizarre et tout à fait caractérisée. La peau des If rtkhis est basanée; dès leur plus tendre enfance, ils s'enduisent le corps de lard , et s'exposent nus à l'ardeur du soleil.
n Les HnUins sont agiles et robustes;
les hommes sont trapus, ils ont les yeux et les cheveux très-noirs , et quel-
âuefois les traits distingués. Les jeunes lies de dix-huit ou vingt ans offrent, sous leurs haillons, une perfection de formes qu'il est rare de rencontrer chez des gens adonnés à un travail pénible. Elles sont très-belles, leur nez est légèrement aquilin, leurs veux sont noirs , leurs sourcils arqués, leurs cheveux noirs sont d^une longueur démesurée. Une teinte de mélancolie est répandue sur la physionomie de toutes les femmes , sans exception , ce qui leur donne un caractère de téte anatogue à celui des femmes de Léopold Robert, dans son tableau det pêcheurs et de la madone de l'arc. »
D'autres parties de la France contiennent encore quelques débris des
sioM des Hongrûis m Surope, per M. Dn»sîeux, p. 73 et 74»
L'UNIVERS
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anciennes troupes de Bohémiens; on en rencontre dans les Cévennes ; mais c^est dans le Languedoc et dans la Pro- ▼enoe qu'ils sont le plus nombreux.
« Dans les mois d'acOt et de septembre, aux fêtes de Snint-Roch et de Saint-Michel, on voit arriver à Nîmes, entassés sur de mauvaises charrettes traînées par des mules, ou chassant devant eux des troupes d*ânes ou de petits mulets quM'Is vont vendre dans les foires , ces demi-sauvages , vrais enfants perdus de la Providence.
Ils couchent a la belle étoile, ordinairement sous les ponts ; leur quartier général est le Cadreau, petit pont jeté sur un ravin qui descend d'une des collines, et sert de voirie publique. C'est là qu'on peut les voir demi-nus , sales , accroupis sur de la paille ou de vieilles hardes, et mangeant, avec leurs doigts, les chiens et les chats qu'ils ont tués dans leurs excursions crépusculaires. Dans les jours de foire, ils sont tour h tour marchands, maquignons, mendiants et saltimbanques. Les jeunes filles , aux grands yeux bruns et lascifs, au visaj^e cuivré, pieds nus, la robe couptie ou
Slutôt déchirée jusqu'aux genoux, ansent devant la foule , en s^accompagnant d'un bruit de castagnettes
âu elles font avec leur fnenton. Ces lies , dont quelques-unes ont à peine seize ans, n'ont jamais eu d'ipnoœnce.
Venues au monde dans la corruption, elles sont flétries avant même de s'être données, et prostituées avant la puberté. Ces Bohémiens parlent un espagnol corrompu. L'hiver, on ne les Toit pas; où vont-ils, d'où viennent -ils?
BOHIBH (Nicolas), en latin Boerius^ savant jurisconsulte , naquit a Mont* pellier vers 1470. Il fîit successivement avocat à Bourges, où il enseigna le droit, conseiller au grand conseil, et président à mortier au parlement de Bordeaux. 11 mourut dans cette ville en 1579. Il a publié en un latin assez barbare plusieurs ouvrages de droit
(*) Mizard, UUtoire de Nime*, p. iS;.
AOI et
public et privé , qui prouvent qu'il avait plus d'érudition que de lopique.
BoicEAU (Jean) , seigneur de la BordeHe, gentilhomme poitevin, cultivait les muses latines , n'ançaises et poile* vines. La plus remarquable de ses œuvres est le Monologue de Jiobin, lequel a perdu son procès, traduit de grec en jrançois, de françoisenkttin, et enfin de latin en poitevin^ imprimé à Poitiers, à renseigne de la Fontaine, en 1555. C'est une satire vive et pleine d'esprit contre les plaideurs. Jean Boiceau a aussi publie quelques traités de jurisprudence qui furent bien accueillis , et qui montrent en lui un jurisconsulte d'un esprit solide et métlio* dique.
BoiCHOT (Jean) , statuaire du roi , membre de l'ancienne Académie de
peinture , correspondant de l'Institut, né à Châlons-sur-Saône en 1738, mort à Paris, en 1814. Parmi les ouvrages remarquables de Boichot, on distingue la statue colossale de VHereuk ctssiSi qui figurait autrefois sous le portique du Panthéon ; le groupe colossal de Saint-Michel ; la statue de Saint-Roch ; les bas-reliefs des Jleuves de l'arc de triomphe du Carrousel. Les connaisseurs attachent également du prix aux dessins des estampes qui ornent plusieurs traductions de M. Gail.
Boichot est mort le 9 décembre 1814.
BoiBLDiBU (François-Adrien), compositeur, naquit à Rouen, le 16 décembre 1775. Son premier maître fut l'organiste de la cathédrale. Il avait à peine vingt ans qu'un opéra de sa composition, joué sur le thâtre de Kouen, eut un succès immense. U vint à Paris en 1795. Boieldieu ne comprit pas la révolution et ne mit pas son talent au service de la liberté- Toutefois , de charmantes romances le firent bientôt connaître ; il fit représenter à Fevdeau, en 1797, son premier opéra , la Fa' milie suisse , et deux ans après , en 1799, il se plaça, par son Calife de Bagdad, au niveau des plus grands compositeurs de l'époque. Toutefois»
ce succès ne Tempésha point de travailler à perfectionner encore son talent; et c*est alors j|u'il reçut des le-
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çonsdeCherubini. En 1802, il donna ma Tante Aurore , dont l'instrumentation , plus soignée que celle de ses précédents ouvrages , est \xne preuve des progrès que faisait son talent. On chantera toujours le famrnx quatuor du premier acte de cet opéra. En 1803, à la suite de ohàgrins domestigues, 3oieldiea prit la tésolotton d'aftcorlk £a!nt-I^Hêmourg, où il fut réçu çar ^empereur Alexandre de la manière la plus flatteuse. Ce fut pendant son séjour en Russie qu'il composa , entire abtvés pattîtionâf AHm , réine âe Gotconde, TélémaqÛe <t^t la musique des Chœurs d'AUialie ; il y fit aussi des marches pour la garde impériale.
En 1811 , il revint en France. Il y trouva Nicolo en possession de 10- ^éra-Comique; mais il partagea bientôt avec lui rekpioftationdece théâtré, et donna , l'année Suivante , Jean de Paris^ l'un de ses meilleurs ouvrages.
Le ISouveau seigneur de village parut en 1818. En 1814, ati Aioment où les âlli^ envahissaient la Frantie , Boîeldleu s'unit , avec Cherubini , Catel et Tîicolo, pour composer Bayard à Méziéres, oeuvre patriotique que nous 'aiflioiis à signaler féi*, et qui prouve Igné Bcfleldfeu savait comprendre la ms lioble mission de l'art. En 1817, Boieldieu reinpkirn ]\Iéhnl à l'Institut. L'année suivante^ il produisit son PeiUchàperon rouge; en 1820, les Foitwes versées, enfih, eh 1835 , il tft représenter son chef-d*céuvre, la Dame Blanche. Il mourut à la suite d'une longue maladie, le S octobre 1834.
Boieldieu, comme compositeur, ap-
Î^artlent à Técoîe inâôdiqae. Pour luf, a musiaue c'e^ le ôhant, c^eât la mélodie. L harmonie n'est qu'un moyen et non un but; aussi ne tait- il pas de bruit. Secondant de tout son pouvoir la i^tlon dpMejpar Délia Maria , et ui contribua si emcacemeflrt au retour e la mélodie , il sut , par ses charmants opéras , prouver qu'on pouvait ^re à la fois savant, aimable et harmonieut sans vacarme.
Bon, peuple de la . Gaule celti^e, habitant entre TAlIier et la Loire, Ters le «îOnQuent de ces deux rivières;
Un grand nombre de Boiens se trouvaient parmi les Gaulois qui envahirent ritalie à la suite de Bellovèse (voyez ce mot); d'autres, qui tentèrent de pénétrer de nouveau en Italie, quatre cents ans après la fondation de Rome, furent repoussés par les Romains, et allèrent s'établir en Germanie.
Bons AU (Charles) , abbé delVeaulieu, membre de l'Académie française, prédicateur de Louis XIV, né à Beaùvais, mort à Paris, en 1704 , a publié des Homéliesy des Sermons , des PU' kégyriques^ et des Pensées ntrattès de ses Sermons. La Chairipmélé dèmalidant un jour à Racine pourqOdi la Jîtâith de Boyer, qui avait obtenu quelque succès pendant le carême de 1695, n'avait pu se soutenir après la rentrée de Pâques «.: Cest^ répondît Racine, que pendant le carilnf\ Û$ sifflets étaient à f ^ersaWes aux sèr- 7nons de f abbé Hoîlcau. « Ces sermons n'étaient pourtant point sans mérite, et d*Alembert , dans'kfn HU^ foire des membres de tjécadérhie francdisp, dit qu'on y trouve , stnoh de réloquence, au moins de l'esprit.
BoiLEAU (Etienne) , Stephanus Botlette, Steph» Bîbens aquam, Steph.
Boitleaue, prévôt de Paris, devenu célèbre pour avoir donné son nom au premier recueil connu des règlements de police de cette ville.
Cest en 1258 qu*Étienne Boileau ftot iélevé à la charge de prév^. Vdfçl en quels termes Joinvilre raconte cet événement : « Sachez ^ue du temps « passé roffice de la prevosté de Paris « se vendoit au plus offrant. Les pré- « vosts étoient alors prévosfs-fétkii^f^, « dont il advenoit que plusieurs pille- « ries et maléfices s'en faisoient, et « étoit totalement justice corrompue «par faveur d'amys et par dons ou « promesses , dont le commua n*osoit « habiter au royaume de France , et « étoit lors presque vague , et sou- « ventes fois n'y avoit-il aux plaids de « la prévosté de Paris que dix per- « sonnes pour les injustices et abusions « qui s'y faisoient, et fist éhquerir îe « roi partout ce pays là 0|3l if UQi^ve* « roit quelque glraut sage hoîhAi'b'qui
BOI
« fust I)on justicier, et qui punist étroi- « tement les malfaicteiirs , sans avoir « é^!:ar(i au riche plus que au pauvre, « et lui fut auieiié ung qu*on appeioit :E9tienne Boyleaûe, auquel il donnà « ro£Bce de prévost de Paris , lequel « depuis fit merveilles de soy maînte- « nir audit office. Tellement que dcsor- « mais n'y avoit larron , meurtrier ni « autre malfidcteur qui osast demeurer « à Paris, que tantost il en avoit con- « noissance , qui ne fust pendu ou puni « h rigneur de justice, selon la qualité «du malfaict, et n'y avoit faveur de « parenté , ni d^amys , ni d*or, ni d'ar- «gent qui l*en eust pu garantir, ét • grandement fît bonne justice. »
On ne sait d'ailleurs que peu de détails sur la vie de ce magistrat, « qui iustifia la confiance qu'il avait inspirée a ton souverain. Louis IX venant qudqaefois s'asseoir h ses côtés, quand ce prévôt rendait la justice au Cliatelet, prouva combien il honorait les fonctions dont il l'ayait revêtu. On lit dans un ouvrage, eomposé deux siècles après le règne de ce prince, que Boileau maintint une police si sévère, qu'il fit pendre même son filleul coupable de vol, et un de ses coni-
Sères, conyaincu d'avoir nié un dépdt 'argent qui lui avait été confié (*).
« Ce qin est mieux avéré, c'est l'influence qu'Etienne Boileau exerça sur les corporations: c'est du temps de sa prévôté que datent les règlements d'arts et métiers de la viHe de Paris. Il faut détruire d'abord une erreur généralement répnrifiiie, et journellement reproduite. Ou représente ce prévôt comme l'auteur de règlements parfaits, et mémo comme le fondateur et l'oii^nisateurdes communautésd'artîsans Ce n'est pas là le mérite qui recommande son nom à la postérité. T;es communautés existai^înt avant Louis IX, et elles avaient des règlements, des us et coutumes auxquels leurs mem-
f *) '^es histoires, édit. de i5oi, in-f%
6' âge , fo. ce , v*»,
Voy. Laïuare, Traité de police ^ 1. 1, ter; I, lit IX , et fkrt Botuaux de la Bio- 'prapme universelle.
bres se conformafent ; d'ailleurs la législation du moyen fige consistait nioins a prescrire des règles nouvelles qu'à donner une sanction légale aux usages pratiqués depuis longtemps , et éprouves par l'expérience.
« Voilà ce que fit Etienne Boileau à l'égard des eonununautés d'arts et métiers de Paris : il établit au Châtelet des registres pour y inscrire les règles pratiquées habituelleraëcrt pour les maîtrises des artisans , ptn's les tarifs des droits prélevés, au nom du roi , sur l'entrée des denrëe;s et marchandises ; puis les titres lesquels les abbés et autres seigneurs fondaieAt des privilèges dont ils jouissaient dans l'intérieur de Paris. Les corporations d'artisans, représentées par leurs maîtres-jurés ou prud*h6mmes, comparurent l'une après Vautre devant lui , au Châtelet , pour déclarer les us et conttmies pratiqués depuis un temps immémorial dans leur communauté, et pour les faire enregistrer dans le livre qui désormais devait servir de régulatàir, de cartulaire de l'industrie ouvrière. Un clerc tenait la plume, et enregistrait sous les yeux du prévôt les dispositions des traditions et pra< tiques du métier. Aussi , dans la plupart des règlenlentiB, on déclare au début qu'on va exposer les us et coutumes; et plusieurs se terminent par une adresse au prévôt pour lui signafer des abus à redresser ou des vœux à exaucer. Tous ces règlements sont brefs et dégagés du verbiage qui enve»
loppe et embrouille les rèc^lements des temps postérieurs. A Êtienue Boileau est peut-être due la forme de ces règlements ; en magistrat habile , il a pu vdller à ce qu^ils fussent rédigés d'une manière claire et précise , et à peu près uniforme. Ce type est si prononcé qu'il n'est pas difficile de distinguer un règlement des rostres d'Ë<»
tienne Boileau de ceux qui ont été ixiità sous la prévôté de ses successeurs.
« Boileau a donc le mérite incontestable d'avoir rassemblé les us et cou- * tûmes des métiers, tels qu'on les suivait à Paris, et téls qu'ils lui étaNmt déclarés par les notables da cbàqnè
•4 loi LU»
communauté: Il a donné un corps, une existence matérieUe à de» règles qui n'avaient jamais été recueillies, et dont plusieurs n'avaient peut-être pas même )été écrites. Si dans la suite on a conservé , malgré les progrès de la législation, le fond de plusieurs de ces règlements , c*est qu'ils étaient le fruit d*une longue expâience , et éprouvés par le temps ; ils avaient reçu la sanction qui manque à des règlements inventés dans le cabinet d'un législateur ,q[ui a dédaigné de consulter la pratique (*). »
Ce recueil de règlements est connu sons le nom de Lwre des métiers j d'Étienne Boileau. Le registre original sur lequel ils avaient été inscrits lut longtemps conservé à la cour des comptes, et ne fut détruit qu*en 1737, lors de l'incendie qui consuma les archives de cet établissement. Mais on en possédait plusieurs copies, d'après lesquelles le comité des chartes , chroniques etinscriptions, a pu faire impnmer, en 1837, c^ document, l'un des plus curieux, à coup sûr, de la collection publiée j^ar les soins du ministre de rinstmction publique.
C'est seulement après Etienne Boileau que la charge de prévôt de Paris devint annuelle. Pour lui , il l'exerça au moins pendant dix ans. On ne sait rien de positif sur l'époque de sa mort ; suivant Topinion la plus générale, elle arriva en 1269 ou 1370; cependant on a des motifs de croire qu'il survécut longtemps à ses fonctions de prévôt, et mourut fort vieux.
BonsAu (Gilles) , frète aîné deKic.
Despréaux. Il avait un esprit satirique et de la facilité pour les vers ; mais ses écrits sont néi^ligés. Confiant dans son mérite , il se contentait de la première inspira tiou, et, malgré l'exemple de son frère, il ne voulait rien corriger. Son orgueil et ses épigrammes lui firent dans les lettres de nombreux ennemis. Scarron , Costar, Ménage, Péiisson , usèrent envers lui de repréaailles. Une ligue fut formée contre
Depping , Introduction à son éditioli d» hfie det métien d'Éiiome BoîImu.
IrERS. BOI
lui quand il voulut entrer à l'Académie, et le crédit de Chapelain put seul le faire admettre. De bonne heure Gilles s'était brouillé avec son frère* Oh ne sait de quel côté furent les véritables torts. Ce qu'il y a de certain , c'est que Gilles chercha constamment à rabaisser le mérite de Despréaux , tandis que celui-ci faisait l'éloge du talent de son frère , en se plaignant seulement de son caractère et de sa conduite. Enfin Ils se réconcilièrent peu de temps avant la mort de Gilles, arrivée en 1669. Cet auteur a fait aussi des traductions qui, selon Voltaire, valent mieux que ses vers.
Boileau (Gilles de Bullion), écrivain du seizième siècle, fit plus de traductions que d*oi]vrages originaui. Il traduisit de l'espagnol les mémoires de don Loys d'Avila et de Cuniga, sur les guerres de Cliarles-Quint en Allemagne, pendant les années 1543 et , 1548 , et y joignit des notes historiques et stratégiques. Il mit en français
I ouvrage latin d'Albert Durer sur'ies fortifications, et celui de Sieidan sur la tactique, et la levée du siège de Metz. Il fut aussi le traducteur du 9* livre de l'histoire espagnole d'Amadis.
II est l'auteur d'un ouvrage intitulé : la Sphère des deux mondes , avec un émUialame sur les noces et mariage de très -illustre et très - sérénissiine prince dan Philippe, roi cP Angleterre, Anvers, 1555.
Boileau (Jacques), autre aîné de Despréaux , docteur de Sorbonne , « esprit bizarre, dit Voltaire, qui a fait des livres bizarres écrits dans un latin extraordinaire.» Les sujets de ces livres sont ries questions curieuses sur Thistoire ou la discipline de l'Église, ou de minutieuses discussions sur un point de théologie ou de morale. liecherches sur la résidence des ehanaines.; Traité des attouchements impudiques; Reclierches sur les habits des prêtres ; Histoire des flagellants; Histoire de la confession auriculaire; tels sont les titres des principaux ouvrages de Jacques Boileau. Il y montre une étonnante érudition et une assez grande hardiesse d'esprit. On lui de-
BOI FRANGE. WOÊ es
mandait pourquoi il Privait toujours d'après tous ses biographes, le i" no-
en latin : « Cest, dit-il, de peur que vembre 1636. Bien Jeune encore, il
« les évcques ne me lisent ; ils me per- perdit sa mère, et ses premières annéei
« séciiteniieiit. » Il mit à la tête de plu- ne furent pas très-heureuses dans une
sieurs de ses livres des noms supposés, famille sans fortune, et qui ne paraît
tels que Ciaudius Fonteius , Jacques pas avoir pris beaucoup de soin de son
Barnabe , Marcellus Ancyranus. Ne en enfance. Dans ce grenier aérien où on
1631, mort' en 1716. le logeait, et dont il a souvent parlé
BojLEAU (Jacques), néà Auxerrc en dans la suite, il eut à subir plus d'une
1752, fut d*abord juge de paix à Aval- privation: mais le goût ne l'étude
Ion, puis député du département de qui était déjà en lui un penchant pro-
TYonne à la Convention nationale. Il noocé, le consolait dans ce rude ap-
siégea, dans cette assemblée, parmi les prentissage de la vie. On l'envoyait
membres qui prirent le nom de giron- aux classes du collège d'Harcourt, et
dins, vota la mort de I.ouis XVI , fut son esprit saisissait avidement tout ce
ensuite envoyé à l'armée du Nord, et, qu'on ensei2;nait dans cette docte mai-
à peine de retour, dénonça la com- son. Son ^oût pour la lecture était tel,
mune de Paris, Marat eurtout, quil qu'il veillait souvent des nuits entières
appela un monstre y et demanda que la avec le livre qu'il avait commencé. Au
tribune nationale fut purifiée chaque bout de ses études, étant d'une famille
fois que ce représentant y serait monté, d'avocats et de greffiers, il se vit con-
11 fut un de ceux qui appuyèrent le damné à travailler pour le barreau,
plus violemment le projet d'une garde Rien n^étalt plus contraire à la nature
départementale pour assurer la liberté de son esprit; et malgré le titre
de la Convention. Il faisait partie de d'avocat qu'il obtint en 1050, on peut
la commission des douze, qui commit se faire une idée de l'ennui que lui cau-
tant de fautes, et fut la cause de Tin- sait ce genre d'occupation quand on le
surrection du 31 mai 1793. Mis hors voit s'endormir sur les dossiers en préla loi avec le parti de la Gironde, et* sence même de son patron, M. Don-
o'ayont pas voulu se soustraire au dé- gois, et dans sa première cause ne son-
cret d'accusation lancé contre lui, il ger qu'aux moyens de se défaire honné-
fdt condamné à mort par le tribunal lement de sa partie. IXe pouvant sur-
. révolutionnaire, et exécuté le 31 oc- monter sa répugnance pour le barreau ,
tobre 1 793. il se tourna du côté de la théologie , et
BoiLEAU ( Jacques - René) , né à peu de temps après on le chargea d'un
Amiens en 171 fut directeur de la cours en Sorbonne; inais il s'aperçut
manufacture royale de Sèvres sous bientôt qu'il n'avait fait que changer
Louis XV, et contribua beaucoup à la d'enuui : en fuyant la chicane, il trou-
prospérité de cet établissement. Il vait la scoiastique. Au milieu de ce^
mourut en 1772. dégoûts, il sentait croître l'amour qu'il
BoiLEAU ( Jean - Jacques ) , né près nourrissait depuis longtemps pour la
d'Agen en 1649, chanoine de la collé- poésie : il sentait s'agiter en lui les
ciale de Saint- Honoré à Paris, a pu- idées ingénieuses, les traits piquants
biié un grand nombre d'ouvrages ascé- et les beaux vers. Kn 1000, il publia
tiques. On a encore de lui une t^te ses premières satires, qui le firent
manuscritede madame d'Épernon, qui ranger aussitôt parmi les* poëtes dont
contient, dit-on. des détails curieux, le talent donnait les plus belles esj)é-
BoiLEAU (Nicolas Despréaux) fut le rances. II fut admis a les lire dans le
dernier des onze enfants du ^retlier cercle fameux que présidait la marquise
Gilles Boileau , et eelot qui devait âire de Rambouillet. Mais |)eu fait pour
passer le nom de cette famille à la pos- goûter l'esprit et les manières des pré-
térité. Il naquit, selon les uns, à cieuscs, il les fréquenta peu, et se
Crône, village près de Villeneuve-Saint- produisit surtout dans cette société
George; selon les autres, à Paris, mais spirituelle, sans cire guindée, qui se