‹ France (volume 3)Chapitre 41 sur 105 · FRANGE. BOU · texte numérisé non relu

FRANGE. BOU

mais, comme à Algésiras, les Anglais ftarfent -nwifpés dans cette mancniTre.

iondroyés par rarttllerie déterre et le

fen des chaloupes, ils se retirèrent après une perte considérable. Les actions de courage se multiplièrent dumit cette niiit; on vît des soldats ar* racher des mains des Anglais les piques dont ils étaient armés, et les percer ensuiteavec leurs propres lances, tandis que d'autres leur renvoyaient les grenades lancées sur leur bord.

Après la rupture de la paix d*A* miens , les Anglais demeurèrent pendant six mois tranquilles spectateurs des nfîouvements des chaloupes françaises , et ne purent empêcher d'arrim à leur destination ' les embarcations que Ton y conduisait des côtes de la Belgique et de la Hollande, de Dieppe et du Havre. TJn engagement eut lieu entre une division venant d'OstPfide, commandée par Tamiral hol- 'Mis Yerfauel, et une escadre de bâtiments de guerre anglais, composée de v.iisspaux de ligne, de frégates et de corvettes. Ils firent un feu terrible, Biais ils ne purent arrêter la marche des chaloupes , qui eontfnuèrent, malgré leurs décharges, de louvoyer le long des cotes , et endommagèrent beaucoup la flotte : l'avantage demeura aux chaloupes. Au printemps de Tannée 1804, Napoléon, nommé empe- NSr, «'empressa de créer la Légion d'honneur, dont Paigle devait être désormais la récompense de tous les serllees éminents rendus à b patrie.

GBtte honorable distinction avait été distribuée pour la première fois dans le temple de la Taleur guerrière, ail sein des Invalides, en présence des cendres de Turenne. Ce fut au milieu des braves qui menaçaient l'Angleterre sur Its edtai de Boulogne queJ'empereur àkm» pour la seconde fois, le 15 aotlt 1804j le- prix de la vertu militaire. Les troupes françaises étaient barraquées sur remplacement d'un ancien Ciinp romain. De sou trône , ISapoléon apercerait les côtes ; il était entouré, non des images de ses ancêtres, mais d'un trophée (J'armes formé des «aimua pris à Montenote, Arcole ,

Rivoli, Castiglione, aux Pyramides, à Aboukir, à Marengo. lie soMafe Ijs

voyait assis sur le siège antique de Dagobert ; mais ces étendards lui rappelaient que Napoléon devait toute sa renommée, tout son pouvoir, à sa ▼aleur guerrière et à ses talents nrîfttaîres. Devant lui étaient portées kf décorations de la Légion d'honneur dans les boucliers et les cas(]ues de Duguesclin et de Bayard. Saisis d'une émotion religieuse, on vit des officiers et des soldats venir baiser le bouclier du dievalier sans peur et sans reproche. L'empereur paraît; l'allégresse est universelle; les troupes agitent leurs armes, et voient avec joie les plus braves recevoir une déoaratiof que tous espèrent mériter.

Cependant , tandis que Kapoléon • Bonaparte encourageait ainsi ses solidats a de nouveaux combats, l'An»

gleterre méditait avec ses armes ordit naîres d'incendier Boulogneet sa flotte.

Le 3 (octobre 1804, Tamiral Keiâi parut en vue de Boulogne , avec cinquante-deux vaisseaux ; vingt-cinq étaient de petits bricks de peu d'aot* parenoe; leur faible échantillon tt$ juger à l'amiral Brueix que ce devaient être des brdlots. Toutes les circonstan- ■ ces étaient favorables aux Anglais pour diriger ces bâtiments incendiaires sur les Français ; les vents et la înarée portaient en même temps vers la côta.I«a* mirai Brueix jugea en conséquence qu'il allait être attaqtié. Des barrages furent établis en avant de la ligne française f à la droite et au centre; des çauol^; bien alrmés furent envoyés avec df^ péniches à gros obusiers pour détour* ner les brûlots. L'attaque commença effectivement sur les dix heures du soir. Les Anglais détachèrent sur tout le front de la ligne française plusieurs brûlots qu'ils dirigèrent avec levm embarcations, jusqu'à une certaine diV tnnne; et, lorsqu'ils les avaient abandonnés, le vent et les flots les poussaient également sur les chaloupes françaises. A leur vue, ces bâtiments ouvraient un passage, de manièreque presque tous les brûlots écla*' tèrent en dedans de la ligne, très*

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prè& du rivage. Onze d'entre eux san-

lèrent depuis dix heures et demie du soirjusau^à quatre heures du matin.

Ces brûlots étaient de trois espèces différeutes ; les premiers étaieut des 0loops, des cutters et autres bâtiments; les seconds, des espèces de coffres longs de vingt pieds et larges de trois , sans mâture; leur peu d'élévation au-dessus de Teau les rendait très-difOciles à apercevoir dans Tobscurité; et les troisièmes étaient des barils remplis d'artifices, posés verticnlement à l'aide (Kune mécanique, et s'eiiflammaut aussitôt que le brillot touchait un corps qui lui offrait de la résistance. Chacun de ces brûlots était rempli de différentes sortes d'artifices; ils lançaient une grande quantité de morceaux de bois creusés et chargés d'une composition inflammable, qui B*a1lumatt à l'aide d'une mèche semblable à celle des bombes. A dix heures et demie le premier brillot éclatn visà-vi,s la batterie des grenadiers ; il produisit une gerbe immense de feu ; ses débris portèrent jusque sur la côte, mats personne n'en fut atteint. Trois autres éclatèrent successivement entre le fort de la Croix et relui de la Crèche, et vers la batterie des bombardiers, sans produire plus d'effet. Après ces premières explosions, le feu se ralentit pendant mie demi-heure. Le contreamiral Lacrosse en profita pour parcourir la ligne, et faire prendre leur ' rang à quelaues bâtiments qui avaient ilé leurs cânles. Il était à la hauteur des dunes , avec plusieurs officiers de Fétat-major de l'amiral Brueix , lorsqu'il aperçut un brick dont la voilure lui parut suspecte ; il lit immédiatement tirer dei>sus. A peine était-il Âofgné d'une demi-portée de pistolet* quele bâtiment sauta et produisit une explosion beaucoup plus forte que toutes les précédentes, mais dont heureusement il n'y eut que peu de personnes blessées. L'attaque se porta ensuite vers la droite; trois brûlots sautèrent à la hauteur du port de Vimereux, deux à la gauche de In Crèclic, deux entre le Chatilion et le fort de THeurt , et euliu le dernier, beaucoup

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plus près de la batterie impériale. Celui-ci , (]ui était d'un volume bien plus

considérable, produisit une commotion tellement forte, qu'elle fut sentie à Boulogne et à plus d'une demi*lieue dans les terres. A trois heures et demie, le feu cessa entièrement; tous les bâtiments rentrèrent efi ligne , et chacun se porta à son poste ; de manière que les Anglais purent voir que l'on était disposé à combattre, et qu'il n'existait dans les rangs aucun vide; aussi n'osèrent-ils pas attaquer.

Telle fut l'issue de cette tentative que les Anglais méditaient depjs longtemps, mais qui tourna à leur déshonneur et dans laquelle ils perdirent beaucoup de monde. « Je la nomme horrible « et lâche,» ditdans son rapport Te maréchal Soult (qui depuis a singulièremeiit modiiie ses opinions sur le compte des Anglais),<( je la nommehorribleetiftche, « parce que c'est un attentat horrible « contrelesloisdelaguerre,quedecher- ' « cher à faire périr une armée par des « moyens qui n'exposent à aucun dan- « ger; parce qu'on ne peut voir qu'une in- « signe lâcheté dansune attaque pareille « de la part d'une croisière , ayant trois « fois plus de canons que la partie de « flottille française qui était en rade, a Pourquoi Keith n'a-t-il pas imité la « conduite de Nelson? et n'a-t-il ^as « voulu combattre la flottille française « corps à corps ? Cette entreprise , « quel qu'en eut été le succès , aurait « mérité notre estime : s'attaquer ca- «nons contre canons, baïonnettes « contre baïonnettes, tel est le droit « de la guerre. Mais une nation qui « n'emploie , pour sa défense, qdre des « poignards , des complots , des bn)- « lots , est déjà déchue du rang qu'elle «prétend occuper. L'histoire nous «appreud que, lorsque les nations « sont capables et dignes d'obtenir la « victoire , elles méjirisent , comme «Fabricius, les offres des médecins « de Pyrrhus , tandis qu'au moment « de leur décadence les moyens les « plus perfides leur sont bons. »

1/ Angleterre aurait élé cruellement punie de ce nouvel atteuLal si la partie secrète du plan de !iNapol«on avait

itr

SMTéBliser. En effet, cette flottille chaloupes canonnières, ces coquilles de noix contre lesquelles la bra- Youre anglaise ne tro'ivoit que des brûlots à lancer, c'était bien moins une arme offensive qu'une manière de gagner du temps , et qu^one ruse adroite qui servait à masquer un coup plus savamment combiné. Pendant que les manœuvres du camp de Houlogne tenaient en haleine les soldats fniifais , le vice-amiral Villeneuve recevait l'ordre de sortir de Toulon , et, après avoir rallié l'escadre espagnole, do cingler vers les Antilles, où la Ootte anglaise ne manquerait pas de le «livre. Les vaisseaux anglais une fois écartés des mers de l'Europe par cette diversion , il devait revenir en toute hâte sur Brest, où le vice-amilal Gantheaume n'attendait que son arrirée |x>ur faire voile vers l'Angletote. Villeneuve exécuta avec succès une partie de ces instructions. Ayant échappé aux croisières qui bloquaient Toulon, il opéra sa jonction avec les Espagnols, et attira une partie des fenes navales des Anglais dans les parages de.rAmérique. Mais , à son retour, moins heureux ou moins habile, il perdit un temps précieux, pendant lequel les ennemis rassemblèrent des forces supérieures ; et enfin, non-seu* lement il se laissa rejoindre par I9elson, qu'il avait d'abord si bien trompé, mais il accepta le combat dans les conditions les plus défavorables. La défaite de Traialgar fut la suite de (^tte imiNrodence.

D'un autre câté, le cabinet de Saînt- James, toujours avec son même plan de diversion , avait de nouveau ral- Ittmé la guerre en Europe , et , pour Tietime expiatoire, jeté l'Autriche nos les pas de l'armée française. Quelques jours avant le combat' de Trafalgar eut lieu la capitulation d'DIm, et moins d'un mois après la victoire de Ndsohy l'empereur était à Vienne.

Voyant qu'il n'éprouvait oue des désastres sur les flols,^ tandis que tout cédait à ses armes sur le continent, l^apoléon changea dès lors de système , Au lieu de consumer ses ef-

forts contre une puissance tmtà dit

ficile à atteindre, il résolut de soumettre d'abord le continent, pour l'opposer eusuite à cette puissance:

c'était non ^as renoncer à sa première pensée , mais seulement en suspendre l'exécution. En ce sens, on peut re* garder le non succès de l'expédition de Boulogne comme la cause de ce fameux blocus continental (voyez ce mot), qui devint effectivement, dès 1808, la loi suprême de l'Europe.

Bien qu'il ait échoué, le plan de descente en Angleterre conçu par Napoléon est, sans contredit, une des plus heureuses inspirations de ce grand homme de guerre. Voici comment il en parle lui même dans une note adressée en septembre 1805 au nvinistre de In marine : « Quel a été « mon but dans la création de la flot- « tille de Boulogne? Je voulais réu- • nir quarante ou cinquante vaisseaux « de guerre dans le port de la Marti- « nique , par des opérations combi- « nées de Toulon , de Cadix , du Fer- « roi et de Brest; les faire revenir « tout d'un conp sur Boulogne ; me « trouver pendant quinze jours mat- « tre de la mer; avoir cent cinquante « mille hommes et dix mille chevaux « campés sur cette côte, trois ou quatre « mille bâtiments de flottille, et aussi- « tôt le signal de l'arrivée de -mon « escadre , débarquer en Angleterre, « m'emparer de Londres et de la Ta- « mise. Ce projet a manqué de réus- « sir. Si l'amiral Villeneuve , au lieu « d'entrer au Ferrol , se Ait contenté « de rallier l'escadre espagnole, et eût « fait voile sur Brest pour se réunir « avec l'amiral Gantheaume, mon ar- « mée débarquait, et c'en était fait « de l'Angleterre. Pour fén réunir « ce projet , il fallait réunir cent ciiH « quante mille hommes à Boulogne , « y avoir quatre mille bâtiments de a flottille, un immense matériel, em- « barquer tout cela, et pourtant em- ■ pécher l'ennemi de se douter de « mon projet; cela paraissait impos- « sible. Si j'y ai réussi, c'est en faisant « l'inverse de ce qu'il semblait qu'il « fallait faire. Si cinquante vaisseaux

L'UKIV£RS.

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ëevaieût venir protéger le

« passage de Tannée en Angleterre , « il n'y avait besoin d'avoir a Boulo- « gne que des bâtiments de transport, « et ce luxe de prames, de chaloupes « eatteoBières, de bateaux plats, de « péniches , etc. , tous bâtiments ar- «més, était parfaitement inutile. Si « j'eusse ainsi réuni quatre mille bfi- « timents de transport, nui doute que « rennemi D*eAt vu que j'attendais la « méseneede mon esÔHlre pour tenter « le passage; mais en construisant des « prames etdes bateaux carionniers, en « armant tous ces bâtiments, c'étaient « des canons opposés à des canons , « des bAtiments de guerre à des bât»- « ments :de guerre, et renneini a été « dupe : il a cru que je me proposais « de passer de vive force, parla seule « force militaire de la flottille. L'idée « demea néritaUeplan ne lui est pas « seDoe^ et lorsque les mouvements «de mes escadres ayant manqué, il « s'est aperçu du danger qu'il avait « couru , l'effroi a été dans les con- « seils de Londres, et tous les gens « sensés ont awtté<|ue. jamais VAn- « gleterre n*avait été si près de sa « perte. »

Quel malheur que la fortune ait déjoué un pareil plan ! Que de grandes chdses Napoléon aurait pu fiure ensuite, sens prodiguer le sang des peuples dans ces luttes gigantesques où il a fini par succomber! Sans l'appui, sans l'or de l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie n'auraient jamais pu prévaloir sur la révolution française ; c'en était fait de la vieille aristocratie et de l'ancien régime ; le monde, purifié et rajeuni, allait entrer dans une ère nouvelle. Les projets du camp de Boulogne sont donc un des plus beaux titres de gloire de Napo»

léon. Malheureusement il se découragea trop tôt. Même après la défaite de Tralalgar, l'Angleterre pouvait encore être vaincne sur son propre sol :

eea phalanges invincibles, que la flotte française avait vainement essayé de transporter à Londres, Fulton offrait un moyen nouveau de les y conduire; ce moyen, c'était la vapeur, puissance

encore meonnue^ et qv venait^ pooff

ainsi dire , se mettre d'elle-même au service des nouveaux principes. Il est difficile de savoir si c'est par ignorance ou par dédain que INapoléon n'e^^.^t pas usage ; dans un cas eommdaas l'autre , la chose est égalementregrettable , car l'occasion perdue ne s'est plus représentée , et JSapoléon a pu croire que la conquête de l'Europe était une des nécesintésdesa position.

Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à aucune époque de la révolution, le pacte secret qui unissait les cours absolutistes à l'aristocratie anglaise ne fut rompu, et qu'au moment où l'expédition de Boulogne paraissait devoir commencer 9 l'Autnche et la Russie entrèrent en campagne , tant les défenseurs des vieux privilèges et des abus du passé ont toujours senti le besoin de se. soulenir mutueUeiiieiit« pour retarder la régénération du monde moderne.

Le camp de Boulogne , formé en 1803, fut levé en 1803; mais, dès 1801 , comme on l'a vu, les hostilités avaient commenoé sur ce point, et elles ne furent suspendues qu'un mo* ment par la paix d'Amiens. On a vu éi^aleuient que si Boulogne fut le principal théâtre des préparatifs, et Je rendez-vous général , d'auti^- villes cependant furent aussi garnies de troupes ; de Bordeaux à Ostende , toute la côte de la France avait pris une attitufie tuenacante.

BovLOG.Mi (coni'téde). Boulenois^ ou Bouiormais , en latin Guoriacuiy puis Benoniensis pagjus. Ce pays faisait partie du territoire des Morins, à l'époque de la conquête des Gaules par César. A la fin du quatrième siècle , il était compris dans la deuxiènie Belgiqae, dont il formait, sous le nom* de ci H tas Bononienshim , le douzième diocèse. Lorsque après la première invasion de Clodion , les diverses tribus des Francs se partagèrent les cités qu'ils avaient conquises»

Boulogne, comme Téroueime, Gambray et Tournay , eut un roi particulier. On sait comment Clovis , qui réguait à louroay , s'empara de toutes

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