‹ France (volume 3)Chapitre 49 sur 105 · BOU ^UNIVERS. BOC · texte numérisé non relu

BOU ^UNIVERS. BOC

« ment que le clergé et la noblesse,

« les membres privilégiés de ce corps, « qui servent à le conduire et à le di- « riger sagement, ne rendent plus que « le service des pieds qui portent bien c le poids entier du eor|»s et le maior « tiennent debout , mais ne dirigent « point sa marche; si vous en croyez « l'avocat, les parties supérieures du « corps politique, qui naturellement « ont les mouvements les plus libres, « deviendront évidemment esclaves et 1 tributaires des autres , ce qui amè- « nera une confusion totale de Tordre'; « que dis-je? une confusion de toute « récoDomie du corps social, la méta- « morphose de chacun de ses membres « en un autre, ou une mutilation du « trône en plusieurs morceaux n'ayant « aucun rapport entre eux , telle que « s'il venait a former trois corps dis- « tinets. Souhaiter cette désunion , « je le jure, c'est le désir d'une âme '« qui n'est que folle ou perverse. Et, a bon Dieu ! de quelle force sont les a raisons que l'orateur a données pour « appuyer son projet? Il ne convient « pas, a-t-il dit, que la noblesse et le .« clergé traitent leurs affaires aux dér « pens du peuple , et qu'ils lui soient « a charge; mais il faut qu'ils le sou- « iagent. Je ne nierai pas, certes, qu'on « ne doive point être à charge à quel- M qu'un, car ces mots : être a chargep 5 expriment une injustice; mais gar- « dons-nous de dire qu'ici le clergé « et la noblesse soient à charge au « peuple, puisqu'ils usent de leur pri- « vil^ le plus beau et le mieux re- « connu, qui leur permet de défendre « le peuple avec ses deniers , et non « avec les leurs. Personne n'ignore A quelle est la division des états « et des membres de la nation. Par « cette division, il est donné au cler^ « de prier pour les autres, de conseil- « 1er, de prêcher; à la noblesse, de les « protéger par les armes; et au tiers « état, de nourrir et d'entretenir les « nobles et les gens d'église, an moyen « des impôts et de l'agriculture.»

Déjà, dans les mêmes états, un député de la noblesse s'était écrié : « î\Ioi, «Je connais les mœurs des vilains.

« Si on ne les comprime pas en lef » surchargeant, bientôt ils deviennent

« insolents ! (*) »

On voit, par ces dures paroles, combien, en 1484, on était encore éloigné de l'époque où il ne devait |>lu8 exister en France de classes privilégiées, et où tous les hommes indistinctement, prêtres, descendants de nobles, bourgeois et paysans, devaient également payer leur part des charges de l'État. Après comme avant Tasseniblée de Tours, la bourgeoisie eut, dans le royaume, considération, crédit et richesse ; mais elle ne vit point disparaître l'humiliante distinction que le moyen âge avait établie entre elle et les deux premiers ordres, et ellemême, pendant long-temps, se considéra comme une caste naturellement inférieure au clergé et à la noblesse. , Parmi les étrangers qui visitèrent la France an seizième siede , il y en eut plusieurs qui saisirent avec sagacité , non-seulement les rapports des trois ordres entre eux , mais encore leurs rapports avec l'Etat, et qui apprécièrent avec une grande vérité le rôle que la bourgeoisie jouait alors dans les destinées de la France. Nous citerons entre autres Michel Suriano, ambassadeur vénitien, qui se trouvait ' à Paris en Tannée 1561. Il envoya à sa république, sous forme de Comment tfures, une relation de son ambassade, où nous trouvons le passage suivant ;

« La nation est partagée en trois ordres, d'où viennent les trois états

du royaui«e : le premier est le clergé; le second, la noblesse; le troisième n'a pas de nom spécial, et comme il se compose de gens qui ont mille professions différentes , ou peut le uésigner sous le nom général de peuple (**).

(•) Journal des états généraux ténus à Tours en i4i^4i édit. Ueroier, Paria, i$35, îii-4'.

(**) Comine on le voit par œ qui «lît,

Michel Suriano ne parle point du peuple en général, mais speGialemeut de la ^wur* geouie.

FRANCE. BOV

« Le clergé comprend beaucoup île

personnes au tiers état et beaucoup d'étrangers, à qui les services rendus, ou bien la faveur du roi , ont acçiuis > ëes bénéfices ecclésiastiques ; mais la • noblesse en forme la partie la plus re* marquable. Les puînés des grandes maisons, ayant peu de part dans l'héritage paternel , qui est presque tout dévolu aux aînés , embrassent l'état ecclésiastique pour obtenir tout à la fois richesse et crédit.

« Sous In dénomination de nobles , on compVend ceux qui sont exempts de tout impôt, et qui doivent seulement prêter leur service personnel en cas de guerre. Parmi il fout compter les princes et les barons.

« Le tiers état comprend les lettrés, . qu'on appelle hommes de robe longue; les marchands, les artisans, le peuple et lei paysans. Celui des hommes de nbe ^ est président ou conseilleis ou décoré de mie! que fonction semblable, est anouli par sa charge, et on le traite comme un noble pendant toute sa vie. Les marchands , aujourd'hui, étant les maîtres de l'argent, sont«hoyés et caressés ; mais ils n*ont aucune prééminence ni dignité, car toute espèce de trafic est regardée comme indigne de la noblesse. Ainsi fls sont rangés dans le tiers état; ils payent leurs impéts tout comme les non nobles et les paysans, dont la classe est la plus durement traitée, tant par le roi que par les privilégiés. L'empereur Maximilien disait dnioi de France qu'il était le roi des ânes, parce que son peuple portait en paix toutes sortes de poids sans se plaindre.

« Tous les trois états servent à leur manière le rovaume. Celui du peuple a dans ses mams quatre offices importo nts ; et je ne sais pas si cela lui vient d'une loi ou d'une nncienne coutume, ou bien de ce que les nobles ne daignent pas y toucher. La première charge est celle de grand chancelier, q[ui entre dans tous les conseils , ^rde le sceau foyal, et sans rassentiment duquel rien ne peut se délibérer, ou rien de décidé ne pourrait se mettre à exécution. Le second office est celui des secré-

taires d'Etat, lesquels, diacun dans

leur sphère, expédient les affaires, gardent les papiers, sont les dépositaires des secrets les plus graves. Le troisième office^ est celui des prési« dents, des consieillers, des juges, des avocats, et de tous ceux à qui la justice criminelle et civile est confiée dans le royaume entier. Le quatrième est celui des trésoriers, des percepteurs ^ des recereurs généraux, des receveurs en détail, qui administrent tous les revenus et toutes les dépenses de la couronne. Il s'ensuit que le peuple possédant tous ces importants offices par lesquels s'acquièrent la réputation et la ridiesse ; que la dignité ae grand chancelier et toutes les innombrables charges judiciaires se donnant aux hommes lettres et aux hommes de robe, tout le monde veut envoyer aux études quelqu'un de sa fomille; et voilà pourquoi le nombre des étudiants est plus grand en France que partout ailleurs.

Paris à lui seul en renferme plus de quinze mille. Depuis quelque temps , les princes eux-mêmes envoient leurs enfonts à l'étude, notamment les put* nés , non pas pour les destiner à ces emplois, mais pour les faire entrer dans l'Église , parce qu'à présent on ne donne plus avec autant de facilité les sièges episcopauz à des ignorants.

Plût à Dieu que, pour le bien de la chrétienté,, on mt pris ce soin-là plus tôt.

« Le gouvernement est entre les mains des nobles et des prélats.

« Voilà ce que j*avais à dire du nombre «t du caractère des populations en

France, et des services que la couronne retire des trois états. Chacun de ces trois états faisant son devoir sans envier les autres, en contribuant pour sa part au bien du pays , en aidant le roi l'un par le conseil , l'autre par l'argent, l'autre en lui consacrant sa vie, ils ont rendu la France invincible et formidable à tous les peuples du inonde (*). »

(*) Relations des ambassadeurs i>énltiens, Paris, in-Zj , i838. Ces appréciations si curieuses et si vraies, faites eu i56i,par

La bourgeoisie, à la fin du seizième siècle, a joué, dans les guerres de religion , un rôle important ; et son intervention , au milieu des Tiolences de tous les partis , a exercé une grande m« il uence sur les destinées de notre patrie. Elle se tint alors à éc^aie distance des calvinistes et des catholiques exai^érés. £n réprouvant également les uns et les autres,' elle rendit au pays un éminent service , car elle contribua puis* sâmment à rejeter hors du royaume' les soldats de l'Espagne et de .l'Angleterre. Nous n'insisterons pas sur ce point , et il nous suflira de dire que ce furent les hommes habiles, instruits et prudents de la bourgeoisie, ceux que l'on désignait , à cette époque , par le nom de politiques , qui firent la Satire Ménippée, et |)lacereut Henri IV 6ur le trône.

U n*est pas inutile ici de parler eà quelques mots d'une classe à parf, qui, depuis la lin du quinzième siècfe, s'était constituée au sein même de la bourgeoisie. Nous voulons parler de la classe des hommes de robe. Au (quatorzième siècle, dans les premiers états généraux, les représentants du tiers elat étaient les notables des villes. A rassemblée de Tours , qui l'ut convoquée en 1484, sous le gouTer-nement de la dame de Beaujeu, la représentation du troisième ordre fut notablement modifiée par l'apparition des gens de robe. Cette classe nouvelle devint bientôt la partie influentè de la bourgeoisie, et elle domina presque exclusivement , dans le tiers état , à la session de Blois , en 1588. Ce. lut elle , comme nous l'avons dit , oui plaça Henri IV sur le trône , et ce rut elle encore qui parut aux états de 1614 .(*). Remarquons que sous la

un Italien nourri dans les secrets de la polit i{|ue la plus habile du siècle, se rattachaient trop directement à notre sujet

Kir que nous pussions les passer sous si-

(*) Yoici un fait qui pourra nous domwr une idée de l'influence que devait exercer au dix-sepîièmc siècle la classe des gens de robe : «En 1664, U y avait 45,780 fiuniUes

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régence de Marie de Médicis les députés du tiers ne représentaient guère que la bourgeoisie privilégiée , opulente ; ils ne venaient aux sessions que pour défendre les intérêts de cent mille familles au plus de magistrats, . d'officiers royaux , de financiers , séparés par leur crédit et leurs richesses de vingt millions d'individus qui ne formaient point un ordre; en un mot, qui n'étaient pas même comptés comme membres de la nation. Les intérêts de la bourgeoisie étaient donc bien distincts de ceux des dernières classes , des intérêts du vrai peuple ; cela devenait évident surtout, au moment des révolutions, pendant la ligue ou pendant la fronae , quand il y avait lutte entre le parlement et les halles. Or, les riches bourgeois étant , les seuls admis à représenter tout à la fois et la classe moyenne à laquelle ils appartenaient , et la classe inférieure qui leur était étrangère et parfois hostile , on voit combien cette représentation de Timmense majorité de la France était irrégulière, incomplète et vicieuse. Toutefois, il faut le reconnaître, il y eut des moments où, en haine du clergé et de la noblesse qui les accablaient de leurs mépris, les députés de la bourgeoisie défendirent vivement et hardiment la cause du peuple. Ce fut un député du tiers état qui , après avoir attaqué avec franchise et énergie les abus dont se rendaient coupables les nobles ei les gens d'église, prononça, aux états de 1614, ces éloquentes paroles : » Le « peuple doit être préservé de Top- « pression des gens de guerre. Que ^ les paroisses , exemptes des loge- « ments, contribuent a la dépense de « celles qui fournissent des logis, sans a différence de la terre du noble , de « l'ecclésiastique ni du bourgeois , « puisque tous sont vos si^jets égaleemployées aux ofûces judiciaires. Ces familles, pur leurs charges, représentaient 4ig,63o,84o livres en numéraire, sommo énorme pour l'époque, et qui était ainsi détournée de Tagriculture , des arts et du commeroe** (ForooDnats, HUtoire dejiminees.)

BOU L'UNIVERS

BOU

« ment contribuables aux charges du

« royaume Outre ce, détendez

« les corvées qui chargent le peuple « autant que les tailles , un pauvre « homme étant contraint de laisser « ses semailles , d'abandonner son « août, et d'aller à la corvée pour le « gentilhomme. Que tel acte soit dé- « claré roturier et puni avec toute ri- « gueur, et vous roidissez généreuse- « ment contre leurs oppressions ; c*est « le plus sûr moyen de retenir tant R de têtes avec une seule téte, et rand ger doucement , sous quelque joug « commun d*obéissaoce , cette grande « multitude inquiète , désunie et tur^ « bulente (*). »

L'histoire de la bourgeoisie française n'offre rien de remarquable pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle ; les magistrats , les commerçants, les hommes qui se livraient aux professions industrielles continuèrent à jouir comme par le passé d'une grande influence, sans parvenir néanmoins à obtenir par tes bons et loyaux services qu'ils rendaient à rÈtat, le rang et les droits du clergé et de la noblesse. Toutefois , dans le cours de ces deux siècles, il est une

Jériode que nous devons signaler, amais l'ancienne bourgeoisie ne fut plus estimée et plus honorée que sous le règne de Louis XIV. Ce roi, qui eut pour principal ministre Colbert , et plusieurs autres encore , qui par leur naissance tenaient à laclammoyemie, fl^entourait volontiers de bourgeois.

Il les faisait entrer dans ses conseils, leur donnait les moyens de prendre place ffans le système d'administration qui! avait crée, encourageait leurs professions diverses et les comblait de prévenances. Cette tendance du monarque n'échappa point aux contemporains; la noblesse surtout voyait avec un sentiment haineux l'alliance de la royauté et de la bourgeoisie, et Ton trouve dans les • ilf<^ moires de Saint-Simon cette phrase pleine de dépit : « Louis XIII aimoit

(*) Cimber et Danjou , Archives curieuses de fhistmn deFi-ance, série, i« vol.

les gens de qualité , cherchoit à les connoître et à les distinguer; aussi en a-t-on fait le proverbe des trois

Ë laces et des trois statues de Paris : [enri IV avec son peuple sur lePont- Pieuf ; Louis XIII avec les gens de qualité à la place Royale qui, de son temps, a été le beau quartier, et Louis XIV avec les maltôtiers dans la place des Victoires. Celle de Vendôme, faite longtemps depuis, ne lui a guère donné meilleure compagnie (*). »

Enfin , la révolution a fait disparatti^ l'injurieuse distinction établie depuis tant de siècles entre la bourgeoisie, confondue avec le peuple, et les autres classes de l'État.

De nos jours on reriieîile sur tous les points de la France les documents qui doivent servir à donner une histoire à Tancienne bourgeoisie française; rillustre écrivain qui s'est chargé de coordonner et de rédiger cette partie de nos annales disait naguère, en rendant compte des cornmencenlents de sa vaste entreprise :

« Il y a certes un grand mérite d'àpropos dans l'intention de recueillir et de rassembler en un seul corps tous les documents authentiques de l'histoire de ces familles sans nom , mais non pas sans gloire , d'oiH sont sortis les hommes qui 6rent la révolution de 1789 et celle de 1830

En effet, de grandes leçons et

de beaux exemples pour le siècle présent peuvent sortir de la révélation de cette face obscure et trop négligée de six derniers siècles de notre histoire nationale. Il y avait , chez nos ancêtres de la bourgeoisie, cantonnés dans leurs mille petits centres de liberté et d'action municipales, des mœurs fortes, des vertus publiques, un dévouement naïf et intrépide à la loi commune et à la cause de tous; surtout ils possédaient à un haut degré cette qualité du vrai citoyen et de Phomme politique , qui nous manque peut-être aujourd'hui, et qui consiste à savoir nettement ce qu'on veut, et a nourrir en soi des volontés longues et persévérantes.

(*) M^moirei de Saint-Simon, 1. 1, ch. 7.

L'UNIV£RS

BOU

« Dans toute l'étendue de la France actoeMe, pas une ville importante qui

n'ait eu sa loi propre et sa juridiction municipale ; pas un bourg ou simple village qui n'ait eu ses chartes de franchise et ses privilèges communaux ; et, parmi cette foule de constitutions d'origine diverse, produit de la lutte ou du bon accord entre les seigneurs et les sujets , de l'insurrection populaire ou de la médiatiou royale , d'une politique généreuse ou de calculs d'intérêts, d'antigue? usages rajeunis ou d'une création neuve et spontanée (car il y a de tout cela dans l'histoire des communes), quelle infinie , j'allais dire quelle admirable variété d'inventions, de moyens de précautions, d'expédients politiques!

Si quelque chose peut faire éclater la puissance de l'esprit français, c'est la prodigieuse activité de combinaison qui , durant quatre siècles , du douzième au seizième, n'a cessé de s'exercer pour créer, perfectionner , modifier, réform'er partout les gouvernements municipaux, passant du simple au complexe , de i aristocratie a la démoeratie, ou marchant en sens contraire, selon le besoin des circonstances et le mouvement de l'opinion.

Voilà quel spectacle digne d'intérêt et de méditation m'ont présenté les deux mille pièces ou sommaires de pièces authentiaues dont j'ai déjà çris connaissance. J y ai vu la bourgeoisie jfrancaise non-seulement ferme et intelligente dans la gestion de ses affaires locales, mais , ce que l'on a trop oublié depuis, honorée par les cheft de l'Ëtat comme un pouvoir politique, appelée en garantie dans les traités conclus avec les puissances étrangères, complimentée et même flattée par les rois et les régents du royaume (*}. »

On ne saurait méconnaître ce qu'il y a de grand et de patriotique dans cette entreprise commencée et poursuivie avec un zèle infatigable. Ce n'est l'œuvre d'aucun parti , mais , comme le dit M. Augustin Thierry, iine/oee obscure et negUgée de notre

O Aug. Thierry, Rapport au minUtre,

histoire que l'on doit mettre en lumière. Aujourd'hui seulement on peut

rappeler le passé de l'ancienne bourgeoisie sans prévention et sans haine, car il n'y a plus en France ni noblesse, ni clergé, m tiers état, mais une agrégation d'individus qui , ayant indistinctement les mêmes devoirs, peuvent revendiquer les mêmes droits , et qui, bien qu'isolés en apparence par des intérêts particuliers , tiennent cependant par un lien commun à une sente et même famille, la nation.'

BouBGEOis, monnaie. (Voyez BqiJi- GES ( monnaie de). )

Bourgeois (Louise), dite Boursier^ accouclieuse de Marie de Médicis, a publié, outre plusieurs ouvrages estimés sur sa profession , le Ré^ véritable de la naissance de messeigneurs et darnes les enfants de France, Paris, 1625, in- 12, Ce petit livre contient des anecdotes d'une curieuse naïveté.

BouBGEOis (Nicolas), maréchal des loçis au 12* dragons. Les troupes françaises qui couvraient Maubeuge ayant été repoussees par Tarmée autricbienne et forcées de rentrer dans la niaoe, les représentants du peuple résolurent de faire connaître aux chefs de notre armée la situation de cette ville, qui , bloquée par des forces supérieures, pouvait d'un instant à l'autre tomber au pouvoir de l'ennemi. Douze dra-

fons, ayant à leur téte le maréchal es logis Bourgeois, vinrent solliciter l'honneur de s'acquitter de cette mission qui était des plus périlleuses. Ces treize braves sortent pendant *1a nuit, traversent le camp ennemi , passent la Sambre à la nage , et se faisant jour à travers la cavalerie autrichienne qui ne cesse de les poursuivre, ils se dirigent sur Philippeville, où ils enU ent avant le jour. Sans mettre pied à terre, Bourgeois fait tirer le^sanon, pour que la icarnison de iMaubeui^e soit avertie qu'ils ont réussi dans leur entreprise; ils repartent sur-le-champ pour Givet, remettent des dépêches an générai commandant la place, et arrivent auprès du représentant Perrin des Vosges , qui réunit à la bâte son corps

ttOV FRANGE,

BOIT S47

d^armée, vole au secours de Maubeugei et en fait lever le blocus.

BouBGBOis ( ), Dé à la Rodiîdie, en 1710, a fait de nombreuses recher^

ches sur des sujets historiques, et s'est particulièrement occupé de l'histoire du Poitou. On a de lui : Dissertation sur l'origine des Poitevins et sur la posiHon de rAoRUStoritum ou Limo« nu m de Ptolémée; Dissertation sur le lieu où s'est livrée la bataille dite de Poitiers, en 1356, insérée dans le Journal de Trévoux (septembre 1743):

Bourgeois place le champ de bataille entre Maupertuis et Beaumont, près de la route de Poitiers à Châtelleraut, contrairement à l'opinioti ijénérale, d'après laquelle l'action eut lieu sur la ligne de Poitiers à Limoges, auprès de Beauvoir et deNoaillé; Relation de la prise de Hambourg par les An»

glais; Éloge historique de la Rochelle ; Fragment sur les premiers temps de t histoire du Poit&u; Notices biographiques sur les frères CHrouard, de PoitierSy seu^tteurs; Recherches historiques sur V empereur Othon ir, où l'on examine si ce prince a joui du duché d' Aquitaiyie et du comté de Poitou^ en qucUité de propriétaire ou de simpie tuimMS' treieuTy avec V abrégé âe sa vie, oth vrage qui répand un grand jour sur une partie de notre histoire; Amsterdam (Paris), 1775, in-S": il résulte des recherches de l'auteur que c*est à titre de gouverneur et non pas comme propriétaire que l'empereur Othon IV a administré les deux provinces en question; Éloge historique du chancelier de VHôpital; Réflexions sur le champ de baiaUle entre Chois etAlarie:seUm lui, cette bataille, ditede Vouillé, aurait été livrée cà Ci vaux ou dans les en virons; Lettre sur tnie charte de Clovis. Il paraît que les manuscrits de Bourgeois sont perdus depuis longtemps; c'est une perte réelle pour l'bistoire. Il fit en Amérique une. longue résidence, pendant laquelle il composa sur Christophe Colomb un poëine en vingt-quatre chants. Bourgeois était savant, mais ne possédait aucun des dons du poète; autti est-il convenu avec une fran-

chise qui l'honore, que l'ennui fut son seul Apollon. Il mourut à la Rochelle, en juillet 1776, à Tâge de aoizante^x ans.

BouBGERY (J. M.)) né à Orléans en 1797, entra, en 1811, à l'école de médecine de Paris. Reçu élève externe des hôpitaux en novembre 1815, il oi)tint , l'année sui?ante, au concours, la titre d'élève interne. En 1817etl818« il obtint les prix de l'école pratique; et, en 1819, la médaille d'or des hôpitaux. A l'expiration de son internat, M. Bourgery ifut employé comme médecin aur fonderies de cuivre de Romilly-sur-Andille. Mais le pays n*of* frant aucune ressource pour l'exercice de la médecine, il ajouta à ses fonctions celle de chimiste pour les analyses des métaux , et fonda , dans Téta* blissement, une fabrique de sulfote de cuivre qui a continué de prospérer.

Revenu à Paris en 1827, il se fit rece- i voir docteur la même année, et soutint, pour obtenir ce grade, une tlièse inti-* tulée : Quelques faits sur Femptoi des ligatures circulaires des membres.

Cette thèse , considérablement amplifiée , parut deux mois plus tard, comme un mémoire original, dans le Journal des progrés. Livré dès lors à la littérature scientifique, M. Bourgery publia, en 1828, un Traité de petite chirurgie, qui a été traduit en anglais et en allemand. Il commen(^a, en 1829, avec M. Jacob, la publication du^Trai^ complet de l'asiatomie de thommef reniermant la médecine opératoire; et, en 1834 , VAnatomie élémentaire. Déjà il a été parlé de cet ouvrage important à l'article Anatomie (voyez ce mot).

Qu*il nous suffise de dire'id que Touvrage de M. Bourgery est.un des plus beaux dont se glorifiera notre siècle.

A tous les faits que pouvaient lui révéler les connaissances historiques les

S lus approfondies, l'auteur y joint des écouvertes qui lui sont propres; et fl a eu le talent de ramener 1 attention des anatomistes sur des particularités entrevues par d'anciens auteurs, mais oubliées, ou même rejetées, par des observateurs moins attentifs que lui.

BoujiOfiB, Avarieump puis JSUurl'

24S BOV VJJtm

ges, ancienne capitale du Berri, aujourd'hui chef-lieu du département du Cher, à 34 myriamètres de Paris.

Cent trente-neuf ans avant \i\ fondation de Rome, six cent quinze ans a.vant notre ère , Bourges ou Jvaricum était déjà une ville importante.

Amhîgat, qui y régnait, avait étendu sa domination sur toute la Gaule; c'est de Bourjzes que partirent nlors, sous la conduite de BeHovèse et de Sigovèse , ces deux grandes émigrations de Gaulois, qui allèrent 8*étabKr en Italie et dans la forêt Hercinienne. (Voyez Ambigat, Belloybsb, Bohême et Sigovèse.)

Depuis cette époque jusqu'à la conquête de la Gaule par César, nous ne trouvons plus dans les historiens romains, les seules sources de Thistoire ancienne de notre patrie, aucun fait concernant la ville de Bourges. Mais à cette dernière époque, Avaricum joue de nouveau un grand rdie parmi les cités de la Gaule.

Vercingétorix , vaincu par les Romains à Villodaunum, à Genabum et à ISoviodunum , avait pris le parti de brûler toutes les places que leur position ou la faiblesse de leurs fortifications ne pouvaient préserver d'une attaque. Il craignait que les traîtres , n'y trouvassent un reluge, et qu'elles ne servissent de places d'armes aux Romains. Plus de vingt villes des Bitariges furent ainsi livrées aux flammes dans un m^me jour, et Toji délibérait sur l'opportunité de faire subir le même sort à Avaricum , lorsque les Bituriges demandèrent avec instance qu'on ne les forçât point à brûler de leurs mains l'une des plus belles villes de la Gaule, qui, d'ailleurs, située au milieu des marais, et entourée près-, aue de tous côtés par une rivière proronde, était d'une défense facile. Vercingétorix , cédant aux prières des habitants, épargna cette ville, et en confia la défense à des bommes d'élite. César ne tarda pas à se présenter devant la place ; il vint asseoir son camp dans Tendroit où la rivière et les marais laissaient une étroite avenue. Il y lit élever une terrasse dresser

ERS. BOU

des mantelets et construire deux tours.

Ce fut en vain que les Gaulois opposèrent la plus vive résistance. En vain

détruisirent-ils, à plusieurs reprises, les ouvrages des Romains; ils ne tirent que retarder leur propre ruine ; la tactique gt l'babileté triomphèrent encore une fois du courage; les soldats de César pénétrèrent dans la ville, et en massa« crèrent tous les habitants, sans distinction d'âge ni de sexe. De plus de Quarante mille combattants qui s'y étaient enfermés, à peine en échappa-Ml huit cents.

Bourges fut, depuis cette époque, soumise aux Romains. Sous Auguste, elle prit le titre de métropole de l'Aquitaine, et fut constamment la résidence du préfet de cette province.

Lors de la division de l'Aquitaine en trois parties, sous Honorius, elle devint la capitale de la première Aquitaine. Les Visiçotbs s'en emparèrenten 475 ; mais après la bataille de Vouillé, elle se soumit volontairement à Clovis.

Bourges, devenue alors la capitale de la province, désignée depuis sous le nom de Berri , suivit les destinées de cette province. (Voyez les articles Bebbi et BouBGBS) (comtes et vicomtes de).

Cette ville soutint plusieurs sièges remarquables, et fut plusieurs fois prise et reprise. Les habitants du Poitou , de rAngoumois et de la Touraine s'en emparèrent en 585, et la détruisirent en partie. Pépin le Bref s'en rendit maître après un long siège, en 762. Prise et pillée par les Normands en 878, elle fut encore assiégée, mais en vain , par le duc de Bourgogne en 1412.

C'est à Bourges que Charles VII transporta, au conunencement de son règne, pendant que les Anj^lais étaient maîtres de la capitale, le siège de son gouvernement. Lés protestants, commandés par le duc;, de Montgoinmery, s'emparèrent de cette ville en 1562, 'et y commirent les plus grands excès.

Mais quelques mois après, une armée royale vint les y assiéger; ils furent forcés de se rendre après une résis*

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tance de quinze jours , et , quelques jours après Ja Saint-Barthélemy, les catholiques se livrèrent coptrë eux aux plus horribles réactions. La Châtre, qui y commandait pour la ligue, se soumit, en 1594, à Henri IV, et lui rendit la ville et la Grosse Tour. T.a ville de Bourges fut encore prise , en 1615, par les protestants, et reprise, l'année suivante , par le maréchal de Montigny. Le prince de Condé , en guerre contre le parti de la cour, chercha inutilement a attirer ks habitants de Bourges dans son parti. Louis XIV y lit, la même année, son entrée solennelle, et, sur la demande des habitants, ordonna la destruction de la forteresse dite la Grosse Tour.

Bourges fut plusieurs fois ravagée par des incendies; celui de 1487, entre autres, détruisit plus de trois mille maisons, et porta au commerce de cette ville , alors florissant, un coui> funeste, dont il ne s'est jamais relevé depuis. Les fabricants de draps, dont le nombre était considérable , quittèrent alors cette ville , et allèrent s'établir dans d*autres lieux. Lyon fut une des villes qui profitèrent le plus du désastre de Bourges.

Il s'est tenu, dans cette ville, sent conciles, sans compter l'assemblée du clergé , réunie en 1438 , par ordre de Charles VII , et où fut décrétée la pragmatique sanction.

L'université de Bourges, fondée par Louis XI , en M63, jouit longtemps d'une grande célébrité, qu'elle dut au mérite de ses professeurs, et surtout du plus illustre d*entre eux, le fameux Cujas.

Le monument le plus remarquable de Bourges est sa cathédrale , ^ que ron met avec raison, dit un juge compétent (*), au nombre des plus belles de France, parmi lesquelles même aucune ne pourrait lui être comparée, si cet immense édifice eût été achevé assez rapidement pour éviter des différences de style qui nusent aujourd'hui à reffet.de Teu-

(*) Noies d'un voyage en Auvergne et dans 1« Limousin, par M. Mérimée , p. 4*

semble. «'Après leur cathédrale, les

habitants de Bourges montrent aussi avec orgueil la maison de Jacques Cœur, qui leur tient lieu maintenant d'hôtel de ville et de palais de justice.

Bourges est le siège d*un archevêché , d'une cour royale , d'une division militaire et d'une académie universitaire.

Elle possède un collège royal et un séminaire diocésain; sa bibliothèque publique , où l'on remarque plusieurs manuscrits précieux, com^ vingt mille volumes. Enfin, sa population s'élève à dix-neuf mille sept cent trente habitants.

BouBGVs (comtes etiicomtes de).

Comtes de Bourges.

Sous la domination des rois franks, le Berri fut gouverné par des comtes, qui finirent par le convertir en fief héréditaire. Ces comtes, oui étaient dans la mouvance des ducs d Aquitaine, sont inconnus jusqu'à

1° Chuniberty établi comte de Berri par Waiffre, duc d'Aquitaine ^dépossédé ensuite, et fait prisonnier par Pépin le Bref.

T Cbarlemagne lui donna Humbert pour successeur.

3" Slnre succéda à celui-cî.

4" fVifred, Egfrid ou Acfredj gouvernait en 828 ; il mourut vers 838.

5* Gérard y fut dépossédé, en 867, par Charles le Chauve, qui donna le comté à Egfrid. Cependant Gérard parvint à se maintenir contre son compétiteur, qu'il tua en 868. Charles, pour le punir de sa résistance , ravagea le Berri ; mais la royauté était alors si faible que le comte de Bourges se maintint dans son fief jusqu'en 872.

6° Boson, comte de Provence, remplaça alors Gérard , dont le roi Charles lui avait donné les dignités; mais, plus tard ,11 se révolta contreLouisIe Bègue, et fut renversé en 878 par

7** Bernard /"■, marquis de Septimanie, puis comte de Poitiers, parent de cet Egfrid tué par Gérard. Bernard avait revendiqué sur Boson l'héritage d'Egfrid; et, soutenu par Gotfrid, comte du Maine, etparGauslin, évêque de Paris, ses oncles, il s'était emparé de Bourges. Maître de cette ville , il

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en défendit Ventrée à rarchevêque Frotaire, s'empara des biens de l'église, et exigea des babitants un serment de fidélité contraire à celui quMI devait lui-même au roi. Mais aussitôt il fut excommunié par le concile de ïroyes, et attaqué, en 879, par une armée que Louis le Bègue avait donnée à Boson.

. 8» Boson pour la seconde fois.

Maître de Bourges , Boson le fut bientôt de tout le pays. Cependant il fit la paix avec Bernard , et lui donna en fief, dans son nouveau royaume de Provence , le cuiuté da Màcon. Il comptait 8*ea faire ainsi un appui contre les deux rois Louis et carloman. Mais ceux>ci assiégèrent Bernard dans Mâcpn vers la fin de 879 ; et probablement, après s'être rendus maîtres de sa personne , ils le firent mettre à mort.

9* GuiUaume P", le Pieux , comte d'Auvergne 9 defiot comte de Bourges

en 886.

10* Guillaume II, le Jeune , qui lui succéda , fut toujours en guerre avec Raoul , roi de France , qui , a sa mort , en 927, supprima le comté de Bourges, donna la propriété de Bourges au vicomte de cette ville, et décida qu'à l'avenir, ce vicomte, le seigneur de Bourbon , le prince de Déolis , et les autres seigneurs du Berri , relèveraient immédiatement de la couronne.

Vicomtes de Bourges.

1° Geojfroi, dit Papabos , fut , ainsi que nous l'avons dit, nommé par Raoul vicomte liMditaive de Bourges. Cest pendant son gouvernement que les Hongrois ravagèrent le Bcrri en 986.

Ses successeurs furent

2" Geoffroi II, dit Bosbebas.

3° Geoffroi III, le Noble, en 1012.

4* Geoffroi ir, le Meschin.

&• Étienne , filsdeGeoffroi IV, était vicomte de Bourges en 1061; il mourut sans postérité.

Eudes- Arpin, éjpoux de Mabaut, nièce d'Étienne, lui succéda dans la vioomté de Bourges, avec son beaupère, Gilon, seigneur de Sully. Mais, a la mort de celui-ci , il resta seul maître de la vicomte. En 1101, se disposant à partir pour la terre sa iule avec le duc d'Aquitaine , il vendit au roi Pbl-

lippe P*^ sa vicomté pour soixante mille sous d'or. Il se distingua pendant la croisade, fut pris à la bataille de Rama (37 mai IIOS). Remis plus tard en liberté, il revint en France; mais, d'après les conseils du pape Pascal II , il alla se faire moine à Cluny, OÙ il était profès en 1109.

« Bourges (États de). — La ville de Bourges a étié plusieurs fois le lieu de réunion des états généraux. Philippe le Long y assembla , en 1 31 6, les procureurs des principales villes du royaume; mais M. Beugno^; (*) ne compte pas cette assemblée au nombre des éàits généraux , parce que , dans ses lettres adressées aux justiciers du royaume, le roi ne parle ni du clergé, ni de la noblesse, don^ la présence était nécessaire pour constituer une véritable assemblée d*états généraux.

On peut en dire autant des états qui y furent tenus, en 1422, par Charles VIL Ce prince était alors maître d'une trop faible étendue de territoire pour que les députés des provinoes qui reconnaissaient son autorité pussent constituer légalement des états généraux.

Les historiens font mention d'une troisième asseml^lée tenue à Bourges en 1435, où se trouvèrent le dauphin, les princes du sang, tous les grands du royaume, et à laquelle les envoyés du concile de Bâie présentèrent les canons décrétés par ce concile. On a conÂ>ndtt cette assemblée avec une autre tenue la même année, on ne sait pas précisément dans quelle ville, mais où les trois états consentirent au rétablissement des aides que le roi avait supprimées depuis son départ de Paris.

Boub&es (monnaies de). 'Bourges

était, dès l'époque gauloise, en possession d'un atelier monétaire ; on remarque en effet, dans les cabinets des curieux , de petites pièces de bronze représentant d'un cdté un sanglier, avec la légende ▲yasigo, et de

(*) chronologie des états généraux , dans l'Âunuaire de la Société de riù&loire de France pour x84o , p. soob

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