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L'UîîIVERS.
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et la bourçfeoMe actuels , la différence est grande. Cependant on ne saurait méconnaître qu entre la bourgeoisie du fppyen âge et celle du dix-neuvième fiède il ny ait des rapports directs.
ÇeSMIt, 61 Ton peut s'exprimer ainsi, oes rapports de filiation et de parenté. Les bourgeois d'aujourd'hui ont eu pour ancêtres les bourgeois des anciens municipes romains et des communes; et la bourgeoisie que nous voyons si forte et si puissante, a eu son berceau placé dans ces villes qui au nord et au midi ont fait, au douzième siècle, de si grands efforts pour maintenir ou pour acquérir une .précieuse Indépen- ^nee. Toutefois, ik parenté que nous signalons n'entraîne pas nécessairement, entre ce qui est et ce qui a été, une complète ressemblance. Le cours des siècles et des années a amené dans Pétat (|s8 personnes et des classes de notables changements. Ce sont ces changentents que, dans un aperçu rapide, nous allons essayer de saisir et aappréciern.
Plusieurs' érudits ont lonf^uement et s^tamment discuté pour donner Kétyiipologîe réelle et la signification première du mot bourg, et de bourgeois et bourgeoisie , ses dérivés; mais, nous le croyona, nui jusqu'à présent |r*flrt encore arrivé à obtenir, dans ses recherches , un résultat d^une incontestable vérité. Qu'il nous soit permis de proposer ici quelques conjectures.
Dans Tancienne comme dans la nou- * vellè langue germanique, le mot burg signifie un lieu fortifié, un château.
Après l'invasion des Gaules, les chefs germains qui avaient franchi le Rhin se disséminèrent avec leurs lidèles sur
(*) Nous devons dire ici que nous avons eu constamment sons les yeux l'excellent mémoire que Bréquigny, sous le titre de préface, • inséré dans le tonie XII* des or^
donnances des rois de France. Nous avons eu recours aussi à un mémoire que Rréquigay a cousullé avec fruit : nous voulons parler des Essais sur thislotre des bmirgêOê' sies du roi, des seigneurs et des w/les, par M. Droz, Besançon, 17^10, à la suite des Mémoires pour servtr à l'Iustoire de la l'iUe
dfPoamnkr,
différents points du territoire conquis, et chacun d'eux eut son burg ou résidence que la nature et Fart avaient
£lus ou moins fortifiée. Les esclaves et ss vassaux qui cultivaient les terres du chef barbare se réunirent non loin de cette résidence, et Ton vit souvent s'élever autour de la maison du maître de nombreuses habitations. Les hom- *ies qui s'étaiçnt ainsi fixés près du lieu fortifié où se tenait celui ^u'on désigna plus tard sous le nom de seigneur, étaient les hommes du burg^ et leurs habitations faisaient partie de ce burg. Cet état de choses subsista non poinl seulement au temps de Tinvasion des Gaules par les Germains, mais en* core dans tous les siècles qui s'écoulèrent jusqu'à rétablissement de la féodalité. Le système féodal, hâtons-nous de le dire, n'apporta, en ce qui conoeme les habitants des bourgs, aucun changement à ce qui avait existé depuis la conquête. Les serfs, pour trouver aide et appui contre les attaques sou-' daines et imprévues, continuaient à fixer leurs habitations au pied de Tanden burg germanique, que, dans la langue latine et dans l'idiome vulgaire qui commençait à se former, on désignait par les niots de castelium, caj»lif ou ekâieatu Nous devons placer ici une remarque qùi , suivant nous , n'est point sans importance.
On avait, à Torigine, donné le nom de bourg à la réunion des habitations placées non loin de la maison fortifiée
nies conquérants appelaient burg leur dialecte. Au'dixième siècle, ce nom était devenu plus général, et, s'il faut en croire Luitprand, on désignait par le nom de bouro toute réunion de malsons qui n'étau point close par une muraille, eongregationem (kh morum aux muro non c/auditur (*). Plus tara encore, le mot boitrg se généralisant de plus en plus, s'appliqua à tous les villages fortifiés ou non fortifiés, quand ils étaient assez considérables.
Bréquigny, dans ses savantes recherchés, a donné sur les mots 6our-
(*)Liiitprand, liv, m» di. 19.
geois et bourgeoisie quelques explications que nous allons reproduire. « Sans prétendre , dit-il , rappeler toutes les aootptiMs du mot oowyeoêSf nous nous contenterons de dire qu'il fut d'abord employé pour désigner en général les habitants des bourgs ou Villages, soit ouverts, soit fermés. Lors- « les bourgs ferniëf i*éltvèr«Bt an titre de ville, les habitants conservèrent le nom de bourgeois. Enfin , lorsque ces lieux obtinrent des privilèges pour leurs habitants réunis en corps, le nom de bourgeois devint propre aux ibdhMus de ce corps, à rexclusion ■on«MiifenMnt des bâbitants des lieux non privilégié, rnais même de ceux des habitants du lieu privilégié, qui n'avaient pas été associés au corps poor lequel le privilège atait été ae* eerdé. Par là, on restreigait Paoception première du mot bourgeois : il avait d'abord désigné en général tout habitant des lieux auxquels on donnait le nom de bourg; il désigna par la suite rJudEHianI àasoeté aux privilèges de eee Iiaiix.II n'avait etprimé originairement qu'une idée de position, l'on y joignit une idée de privilège. — De ce mot bourgeois se forma celui de bourgeoislB', dont la signification éprouva enoatfe pins de variations : on nomma bourgeoisie tantôt le territoire dont les habitants, sous le nom de bouj'geois y avaient des privilèges en commun, tantôt la redevance annuelle dont les booargeois étaient chargés pour le prix de oes privilèges (*). Tantôt
(*) Le mot Bourgeoisie a le mds de ferrf-
toire dans une charte de i?.84, citée par le coiitinnaleur du f^lossairo de du Cange, au Uïol Bur^esia. Si alitjifi injra biu-gesiam %iOm jiniiaei de mwo venire Tfoluênnt, etc. De même, dans Tarrét des Grands jours de TVoyes, en 1287, cité par Brussel, on lit : Burgtnses ^venienles in oureenciis suis. Il serait saptrfln de multiplier ms preaves. Bùttr' gfBoine a le sens de redevanee dans une charte de Philippe-Augnstc de 1200, citée par du Cange au mot Burgesia : De. servicii' ttàus Imcis scholaritim qui non debent burgmnûm noàisj et dans mie charte d'mi crnuie de moîa en xa77 : « J'ai éonaé en pefb
mot, comme collectif, servit à dèsi^ gn^r la classe des habitants des villes^ par opposition à la daase des habi^ tants de la campagne; ou la classe dst roturiers, par opposition à la classe des nobles Enfm il signifie le droit accordé aux habitants d un lieu ou à ceux qui leur étaient associés, de jouir, a certaipsa oomlitiQna, de privi4 léges coQiBlmStlIiwel soutient qu'il ne fut en usage que sur la fin du trei^ zième siècle, quoiqu'on se servit depuis longtemps du mot bourgeois. Cependant le mot bourgealHè existait dés le temps de Philippe-Auguste, dans un sens différent, à la vérité, de celui dont il s'agit; mais il n'est guère pro^» bable qu'il n'ait pas été dès lors employé dans ce sens même, qu'il offrait si na» tumlleinent et qu'on avait ai ftéqneni»
ment besoin d*exprâner,puiique ce fu^ surtout alors que les bourgeoisies prises en ce sens se multiplièrent. »
L'existence du droit de bourgeoisie, 4k accordé wuit habUants d'tos Heu ou àeeuxquikuréiaimiims9oelé$€ de Jouir, à certaine comdiHùns, de jyriviléges communs, ne remonte pas au delà de l'établissement du système féodal. Quelques auteurs ont place les origines de ca droit dans la grande lé» volution qui vit naîtra les cooMnanaa.
péluelle aumône à prendre sur mes bour'
geoisies de Guyse, |)ar la niaiii de celi qui porar tcos recepvra leiditat bouffeoiMei.» Il faut observer qu*wi a eoMÎ comprit fous
le nom de bourgeoisies de simples redevances féodales, appartenant aujt seigneurs sur les fiefs qu*ils avaient dans les bourgs « cl qu'on appelait plus communément èour^ gfjgfs, droit réel dil par le terrain; au lieu que la redevance dont nous parlons ici était un droit personnel dû par le bourgeois. (Note de Bréquigoj.)
(*)Le mot bourgeois fiit aussi employé en ce sens , même anciennement. "Voyez du Cange sous le mot Burgenses. Mais on pourrait prouvnr que l'habitation dans les viUes ne fut pas toujours essentielle à la bourgeoisie, et que la bourgeoisie ne fut jamais incompatible avec la noblesse, quoique ces deux conditions aient toujours pu , à divers égards, être miscf en opposition. (Nets de. Biéqaigiijr.)
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En cela , nous le croyons , ils ont commis une grave erreur. QuMI nous soit permis de donner à ce sûjet de courtes eiplications.
Après la dissolution de l'empire carlovingien, au moment où l'action d'un pouvoir fort et unique, d'un pouvoir central , eessa de se manifester dans toutes les parties du corps politiquede l'État, on vit la société se tractionner, les provinces se séparer et les individus s'isoler. Dans ces instants de violente séparation, les invasions des Kormonds, Tabsenee dé l'autorité ré-
Î;ullère d protectrice qui, aoua Oiaremagne et ses premiers successeurs, avait défendu la société contre ellemême, enlin d'autres causes encore, gu'ioi nous ne devons point apprécier, nreèrent les hommes qui habitaient la portion de territoire qui est aujourd'hui la France, à chercher contre les désordres du temps de qouvelles garanties. Ces garanties de sécurité, ebaque dasse les trouva en quelque sorte en elle-même et dans ses propres forces. Le clergé se vit défendu par le caractère sacré qui était imprimé à chacun de ses membres et par les «royanees i«ligieuses de l'époque. Les puissants du siècle, les riches proprié- . taires qui devinrent plus tard les nobles et les seigneurs , trouvèrent leur sauvegarde dans l'étendue de leurs domaines, dans le nombre de leurs vassaux, et dans les fossés profonds et les épaisses murailles qui entouraient la maison qu'ils habitaient. Enfin il y eut une troi. nie classe qui trouva aide et protect on contre les violences et les désordres, dans Tassociation.
Kous voulons parler ici des habitants des villes.
A l'époque où se constitua , pour ainsi dire , dans toutes les parties de la France, le régime féodal , les villes s'orj^anisèrent pour la lotte. Elles soutinrent longtemps une guerre ouverte, avec plus ou moins de succès, contre les hommes puissants , laïques ou ecclésiastiques , qui cbercbaient à les opprimer. Dès lors les villes avaient des droits qui n'étaient point toujours reconnus, il est vrai , mais
qui souvent étaient respectés. Ceux qui étaient ainsi réunis pour lutter, . et qui jouissaient des droits et des avantages que leur avait procurés l'association, formaient déjà dans rf> tat une classe à part , classe nombreuse et puissante au|, sous le nom de bourgeoisie, devait bientôt acquérir assez de puissance pour soutenir ^ avec avantage le combat contre le • clergé et la noblesse. Les chroniques et les actes officiels des dixième et onzième siècles ne donnent point encore le nom de bavrgeoU aux habi* tants des villes ; mais on ne saurait méconnaître qu'entre les hommes qui soutinrent la première guerre contre la féodalité , et ceux qui , plus tard, au douzième sièele, s^enorgueil* lissaient à juste titre de leurs chartes de communes^ il n'y eût une complète ressemblance.
Les chartes de conuTiunes, en effet, ne firent que sanctionner un droit préexistant. Ce qui n*avait été gue coutume devint loi écrite, kd positive. La bourgeoisie et les bourgeois sont donc de beaucoup antérieurs au douzième siècle, et à la révolution qui éclata alors dans les villes du nord de la France. 11 est vrai de dire , toutefois, que la classe des bourgeois, cette classe intermédiaire , comme dit Bréquigny, entre la classe infortunée des vUàins et celle des seigneurs de fief^ ne commença à prendre on rang considérable dans rÉtat qu*à Tépoque de l'érection des communes et SOUS le rèi^ne de Louis le Gros.
Bréquigny, dans Je savant mémoire que nous avons déjà cité , a dit , en quelques mots, quels étaient, au moyen âge , les caractères et les objets des privilèges attachés aux bourgeoisies. IS'ous reproduirons ici l'opinion de cet illustre érudit. « Les caractères généraux des bourgeoisies sont : 1» qu'elles ne peuvent êti;e conférées qu'a (fes personnes de condition libre ; 2° qu elles supposent un corps auquel ces personnes sont associées; '3** qu'elles exigent la réunion de cet mêmes penonnes dans un lieu déterminé, pour y jouir en commun de leur
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frAkce.
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droit, soit que cette réunion soit réelle ou fictive. Développons ces trois earaetères. .Premièrement , la bourgeoisie ne pouvait être accordée
Îju'à des personnes libres. Si on vouait raccorder à des serfs , on avait •soin de les affranchir prénlal)lenuiit; de là tant de lettres de bourgeoisie, à la tête desquelles ceux à qui on les accorde sont affranchis. L'homme affranchi par le roi ne devenait pas pour cela bourgeois du roi (*), comme quelques auteurs ont paru le croire ; raffrandiissement était un préliminaire essentiel pour parvenir à la bourgeoisie, mais il n'était ni ne procurait la bourgeoisie. En second lien, pour acquérir la bourgeoisie , il lallait être associé a un corps de bourgeois ; il était indifférent que ce fût au corps .des habitants d*une ville de simple bourgeoisie, d'une ville de commune, ou d'un ancien municipe ; le droit de bourgeoisie y était essentiellement le même , il n'y* avait de différence que relativement à l'étendue des privilèges. Les villes de commune et les municipes avaient une magistrature tirée du corps de leurs bouri^eois ; les villes de simple bourgeoisie étaient régies j)ar les officiers du roi. Les
Îiranières étaient administrées par eurs maires ou leurs conseils , les autres par les prévôts et les juges royaux. Les municipes, les communes, pouvaient faire des statuts en matière eivile et criminelle; les villes de sim-
(*) Les rois sentant de plus en plus de quelle importance il était pour eux de multiplier les boiii^( uisies, les étendirent hors de reiiceintc des villes et même de leurs domaines. Dans l'origine, les bourgeoisies n'étaient accordées aux habitants d'un lieu désigné , qu'autant qu'iU y avaient tin domicile réel et etmtinu. L'autorilé souvenine dispensa de cette condition, et suppléa au domicile rét-1 par uu domicile ficlil. On pnt devenir bourgeois du roi, sans cesser do de- ■leiirar sur m temtoire d'un seigneur particulier; et Ton n'en fut pas moins soustrait , quant à la personne, à la juridiction féodale. L'établissement des bourgeoisies du roi porta le coup le plus dangereux au pouvoir des ieigiieurs de fiel;
pie bourgeoisie recevaient toutes leurs lois, tous leurs règlements du roi ou de leurs seigneurft. Toute commune, tout municipe, jouissait des droits di bourgeoisie; mais toute ville de bourgeoisie ne jouissait pas des droits de commune ou de municipe : ce que ceux qui out écrit sur ces matières n*ont pas toujours assez distingué.
Troisièmement, l'obligation du domicile, dans le lieu privilégié , était encore un caractère essentiel de la bourgeoisie. Ce domicile dut d'abord être réel et oontinii ; mais il devint ensuite momentané et même purement fîctif, lorsque les souverains eurent introduit cette espèce de bourgeoisie personnelle , qu'on nomma bourgeoisie du roi, La dispense d'un domicile réel , dans le lieu privilégié, a fait prendre quelquefois les 6ottrgeoistes du roi pour de simples sauvegardes. Mais les lieux qui avaient droit de bourgeoisie, les villes de commune même, demandaient Quelquefois des sauvegardes; Feffet ae la sauvegarde était donc autre que celui de la bourgeoisie. Tels sont les caractères distinctifs des bourgeoisies
en général L'objet principal de
la bourgeoisie était de soustraire aux vexations féodales les personnes qui jouissaient de ses privilèges. Pour y parvenir , on leur accordait et des exemptions et des droits. Dans toutes les lettres de bourgepisie, on aperçoit aisément oes deux classes de privilèges. »
Nous croyons avoir insisté assez longuement sur les origines et la formation de la classe bourgeoise au moyen âge; nous allons la suivre maintenant dans ses développements successifs, et nous verrons que dans un laps de près dehuit siècles elle n'a cessé de grandir dans l'État et d'acquérir richesse, puissance et oossidéraâon.
Il y a une chose importante à constater dans notre histoire, c*est qu'au douzième siècle la bourgeoisie et la royauté s'élevèrentsimultanément. Les rois, il est vrai, tirent beaucoup pour les villes en les protégeant contre les seignenn féodaux, en appuyant queh
L'UNIVERS
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^aefbfs dé leurs armes lés grandes insurrections des communes, et en sanctionnant les chartes de libertés et de jfranchises. Mais les habitants des villes , i tour , dédommagèrent amplemcnt la royauté de tout ce qu'elle avait '^sit po"î* eux. D'abord par la révolution d'où surgirent les communes, les pouvoirs locaux, c'est-à-dire, les pouvoirs des grands feudataires qui, jusgti'âlors, avaientcontre-balancé rautonié da chef suprême, de celui qui tenait le premier rang dans la hiérarchie féodale, furent abaissés, et de cette révolution, on le voit, la royauté retira d'immenses avantages. Mais les habitants des villes au douzième siècle, c*est-à-dire, les véritables ancêtres de ceux qui , deux siècles plus tard, dans la division des ordres de l'État, furent appelés bourgeois^ rendirent à leur puissante protectrice, à la royauté, des services pins directs et plus immédiats : ils lui offrirent généreusement dans toutes les occasions leur sang et leur argent. Quand le foi s'ariiiait en guerre et publiait son ban| quand il réclamait de tous ceux qui lui étaient soumis 2*05t et la chevauchée, les bourgeois s'empressaient d'accourir autour de lui , offrant des subsides et de bonnes milices. C'est un fait qui s'est reproduit pendant |>lu8 de trois siècles,, à l'^que où il était facile aux villes de se soustraire à ces charges, que la royauté, dans son impuissance, ne pouvait rigoureusement exiger. Dès le commencement du treizième siècle, les milices bourgeoises se montrèrent avec gloire sur les champs de bataille, à Bouvines, par exemple, où elles étaient venues, suivant l'expression d'un vieux poète,
Pour aidier aa roi léanment (*).
Ettes suivirent saint Louis dans ses ezpéditimii mtse Baaî VU d'Angleterre ; et smis le règne de Philippe le
Bel , elles reparurent à Courtrai et à Mons-en-Puelle. Dans cette dernière bataille surtout , elles se distinguèrent : elles attaquèrent l'ennemi à coups de
(*) GuiiL Guiart , Za brmcht oiut royaux
pierres et de flèches « et lui causèrent des pertes considérables. Si , pendant le cours du quatorzième siècle et pendant les premières années du quinzièitië, les rois avaient (hi conserver le souvenir de ces deux mémorables journées, l'une funeste à la France parce que la noblesse seule combattit, l'autre glorieuse , parce que les milices bourgeoises eurent leur part d'action ; si, dSns la guerre si longue qu'ils eur rent à soutenir contre l'Angleterre , ils avaient appelé plus fréauemment à leur aide les milices des villes ; enfin, si, dans les grandes rencontres, ils avaient oppose aux archers anglais, non point une chevalerie inutile et in» disciplinée, mais les arbalétriers des communes, tout porte à croire que le pays serait sorti victorieux de la lutte, et qu'il n'aurait pas eu à déplorer les désastres de Grecy, de Poitien et d'Azinoourt. Mais, pour le malheur d4 la France , il n'en lut point ainsi , et la royauté, dans les grands périls, en tenant pour ainsi dire à l'écart les milices des ailles , se inriva de la pluq précieuse de ses ressources. Dans cei moments de crise, la bourgeoisie ne se rebuta point : elle essaya encore de rendre utiles, sur mille points divers, les forces qu'on ne lui permettait point de réunir pour un but commun. Cha* que ville de France soutint contre les Anglais, pendant la période la plus triste de notre histoire , un siège ou un combat.
liCS bourgeois ne prodiguèrent point seulement leur sang,ils firent aussi d'autres sacrifices, et us s'épuisèrent d'argent pour venir en aide au pouvoir royal, en qui reposaient alors toutes leurs espérances. Quand la France avait éprouvé quelque d&astré , on voyait aussitôt accourir auprès du roi les dépùtés des bonnes villes du Nord et du Midi, qui venaient s'enquérir des besoins les plus pressants , et qui prenaient conseil entre eux pour voter des aides et 'des subsides. Indépendamment de ces grandes assemblées , où l'on voyait réunis les hommes de la langue d Oïl et de la langue d'Oc , on tint , pendant les règnes de Philippe de Valois et de
àôir
^AÂNCE;
Jean , dans chaque province, des états particuliers. £n Picardie, en Normandie , dans riledeFratiee , eh Champa-, gne, en Auvergne; et dans nos pro-" ▼inces méridionales , on cherchait les moyens de secourir la royauté d'une manière efticace ; on votait et on déposait dans les coffres royaux des sommes d'argent considérables. Le roi Jean déclara dans une ordonnance, que les procureurs des cités, villes et chtiteaux de Carcassonne , de Karbonne , de Béziers , d'Albi , d'Agde , de Lodève , de Ltmoux , de Castres ^ de Mirepoix , de Saint-Pont , et de douze autres localités , avaient comparu devant lui, munis de pleins pouvoirs, et 4ui avaient otfert pour un an un subside de ciiM|uante mille livres tournois, qui devait être employé aux dépenses de la guerre. On peut voir , d'après ce seul fait , que les rois trouvèrent dans Tappui de la bourgeoisie d'immenses ressources. Mais il laut le dire , il en fut de Targent des villes comme de leurs milices ; la royauté , au quatorzième siècle, fît souvent un mauvais emploi des deniers qui lui avaient été confiés pour la del'eni>e du pays.
Cependant , il est un fait qu'on ne saurait méconnaître, c'est que, dès la lin du treizième siècle , les hommes des bonnes villes, comme on disait alors , jouirent auprès de la royauté., du elérgé et de la noblesse , d'une grande considération ; et c'est ici le lieu , nous le croyons , de parler de l'influence que la bourgeoisie du moyen âge exerça dans le gouvernement de l'Etat. On sentit de bonne heure qu'on ne pouvait ôter la connaissance des affaires publiques à ces notables de nos grandes cités , qui avaient acquis
i>ar le commerce et l'industrie, ou par *éfiide des lois , des richesses considérables et un grand crédit. Il fallut alors les consulter dans les moments de péril , et tenir compte de leurs avis lorsqu'il s'agissait de prendre une grave décision. Cette intervention nécessaire de la bourgeoisie dans les af* faires de l'Etat ne devint manifeste qa'à partir du règne de Philippe le
Bel. Ce fut en l'année 1302 que Ton vit pour la première fois les député^ des villes si^er et délibérer à côté du clergé et de la noblesse. Us s'éssocîerent dès le principe avec la royauté , identifièrent intérêts avec ceux de la France, et lui prêtèrent, dans les circonstances difuciles où elle se trou»
▼ait, une assistance inespérée, bans ces premiers états généraux , où le clergé et même les nobles hésitaient à entrer en lutte ouverte avec la papauté , les bourgeois se montrèrent ifermes et résolus. Ils prirent parti ,* sans balancer, pour Philippe le Bel contre Boniface VIII , et ils présentèrent au roi cette mémorable requête :
« A vous V trfs - noble prince notre « sire , Philippe , par la grâce de Ôieù « roi de France ; supplie et requiert Je « peuple de votre royaume, pour ce « qui lui appartient, que ce soit fait , « que vous gardiez la souveraine fran- « cntsede votre royaume, qui est telle « que vous ne reconnaissiez de votre «temporel souverain en terre , fors .
« que DIEU ; et que vous fassiez dé- « clarer, si que tout le monde le sa- « che , que le pape Boniface erra raa- « nifestement et fit péché mortd ^ « notoirement en vous mandant par « lettres bullées qu'il était souverain « de votre temporel , et que vous ne « pouviez prébendes donner , m les «fruits des églises cathédrales va-.
« cants retenir, et que tous ceux qui « croient au contraire il les tient pour « hérétiques.»Certes,en lisant une semblable requête , Philippe le Bel ne dut uoint se repentir alors d'avoir mandé a ses baillis royaux de faire élire par les communautés des vlUet ët tmrt' foires des syndics ou procureurs capables de délibérer sur les hautes matières qu il avait à leur proposer (*).
Toutefois, lorsque la bourgeoisie fîlt appelée pour discuter en commun avec le clergé et la noblesse sur les affaires de l'État , elle n'adopta point toujours sans examen les projets de la royauté. 11 lui arriva plus d'uue fois
(*) Toy.BoalaiDvilUerSy LeUrê 9* sur lté utieieâs parlèmentt iU FHmcè»
340 BOU . VVN
de contrôler les actes du gouvernement, et de faire entendre de dures et sévères paroles aux représentants de l'autorité suprême et queiquetois au roi lui-même. Ainsi , dans les états qui furent convoqués sous le r^ne de Jean, elle s'éleva hautement contre les abus de toute sorte qui désolaient la France, et elle parvint même à faire partager ses convictions à la noblesse et au clergé. Les représentations faites au dauphin Charles par Robert le Co(^, évêque de Laon . peu de temps après la bataille de Poitiers , représeutations qui avaient été rédigées sous l'inspiration des députés des villes, nous donneront une idée de l'influence que la bourgeoisie exerçait dans les grandes assemblées du royaume , dès le milieu du quatorzième siècle.
En 1356 , les états déclarèrent au régent :
« 1° Que' le royaume ayant été mal
« gouverné ci devant , ils estimaient « que c'était par la faute et les mau- « vais conseils de ceux que le roi avait « employés ; pourquoi ils requéraient « que tous les ofliciers du roi en gé- « néral fussent privés ou suspendus « de leurs charges; que le dauphin fît « emprisonner les personnes et saisir « les biens de ceux dont ils donneraient « la liste ; que leurs deniers fussent - j« dès à présent réputés confisqués , et « comme tels , après inventaire fait , « appliqués aux dépenses de la guerre; « qu'à l'égard des personnes , leur « procès serait fait et partit sur les « accusations et articles que les élus « des états donneraient contre eux a a des commissaires non suspects ; et « d'autant que le chancelier , le pre- « mier de ceux dbnt ils se plaignaient, « était personne ecclésiastique, ils de- « mandaient que le dau^in éerivît au « pape de sa propre main , pour obte- « nir des commissaires, au choix des « états , <]|ui fussent autorisés à pro- « noncer jugement définitif contre lui.
« La liste des accusés , au nombre de « vingt-deux, comprenait Pierre de la « Forest, chancelier; Simon de Bussi, « premier président du parlement ; « Robert de Lory , chambellan du roi;
^£RS. Bot)
«Jean Cbamelârt et Pierre d'Orge-
« mont, présidents au parlement ; Ni- « colas Barque, maître d'hôtel du roi, « auparavant son trésorier; Jean Poil- « vilain, maître des monnaies ; En- « guerrand du Petit-Sellier et Ber- « nard de Freniond , trésoriers de « France; Jeati Chauveau et Jacques « Lempereur, trésoriers des guerres ; « Étienne de Paris , Pierre de la Cha- « rité et Ancel Choquart , maîtres des « requêtes du parlement ; Jean Tur- « pin , conseiller des requêtes du para leinent; Robert Despreaux , notaire <t du roi ; Jean Dassi , avocat du roi « au parlement ; Jean d*Auxerre, ma!- « tre des comptes ; Jean de Brehai- « gne , valet de chambre ; le Borgne « deBeausse, maître de l'écurie ; Geof- « froy le Mazurier , échanson , tous « trois officiers du dauphin ; et enfin « Tabbé de Falaise, pràident des en* « quêtes du parlement.
« 2" TIs demandèrent qu'il fdt envoyé « dans les [irovinces des commissaires u réformateurs au choix des états, « autorisés par commissions expres- • ses,, pour faire le procès définit! ve- « ment à tous les officiers prévarica- « teurs.
« 3** Que la monnaie fût rétablie « selon que les états Tordonneraient.
« 4** Qu'il plût au dauphin , duc de
V Normandie, de composer son conn seil de vingt-huit conseillers qui se- « raient nommés par les états; savoir:
« quatre prélats , douze chevaliers et « autant de bourgeois qid auraient « f administration de toutes les affai' « r^.v, avec le droit de pourvoir aux « offices vacants , nieme de destituer « ceux qui en étaient ou seraient » pourvus , le tout à la pluralité des « voix,
« 5** Ils demandèrent la délivrance
« du roi de Navarre, gue le daupliin « était intéressé lui-même d'accorder « pour sa propre justification. »
Il y eut des époques où la royauté, plus forte qu'elle ne Pétait alors, ne permit point à la bourgeoisie de lui tenir en face un si hardi langage. Mais si les hommes des villes n'eurent pas toujours , dans les affaires de liitixl ,
lou
la part de pouvoir et d'action qu'ils sTéÈiient attribuée pendant la pé-.
riode de troubles qui suivît la journée de Poitiers et la captivité du roi Jean, ils ne continuèrent pas moins à former dans le pays une classe puissante et considérée/On les vit reparaître dans les grands conseils de la nation à tous les moments de crise , et notamment, sous le règne de Charles VI, ils prirent encore en main, pendant flueiques années. le gouvernement de ia Franoe. C'était le temps où les rois d'Angleterre réclamaient fréquemment pour otaj^es, non point des princes ou d'illustres personnages , mais les notables habitants de nos communes.
Charles VI , Cliarlcs VII, à leur tour, initiaient la bourgeoisie aux secrets da gouvernement et de Fadministration. Ils faisaient part aux villes , si nous pouvons nous servir de cette expression', de toutes les nouvelles qui intéressaient le pays. Ils leur mandaient dans des lettres, que les ofGciers royaux faisaient circuler jusqu'au fond des provinces les plus éloignées,les causes des guerres et les traités de paix et d'alliance. La considération et Tioflnence qae la bourgeoisie avait acguises au prix des plus grands sacrî- Dces et des plus nobles efforts s'accrut encore sous le rè;^nede Louis XI.
Mais, il faut le dire, il y avait à cette époque, entre les bourgeois des Tilles et les bommes des deux premiers ordres , nobles et prêtres , une ligne de démarcation bien profonde.
Ceux-ci , suivant les expressions d'un document contemporain, ne devaient au pays que leurs prières ou le service militaire, et ceux-là donnaient tout à la fois leur sang dans les batailles , et l'argent qui devait subvenir à tous les besoins du royaume. Le tiers état seulement était soumis à l'impôt. Au reste, nous citons ici un document qui nous fera connaître la différence qui, dans les préjugés du temps, existait entre le cierge, la noblesse et la bourgeoisie. Aux états généraux tenus à Tours en 1484, un dépaté du tiers étatf avocat à Troyes, prit la parole pour demander qiie les mis occasion-
nés par la convocation des députés fussent également supportés par les trois ordres. Il s'exprima en ces termes :
« Mes collèjgues et moi nous requérons
« taxe et indemnité. Mais comme ils « pensent qu'on n'a pas dit ici tout ce « qu'il fallait , ils m'ont charge d'y « suppléer et de tous demander des « explications. Votre sagesse sait qu'il « ne faut pas que les ecclésiastiques « et les nobles soient à charge au mal- « heureux peuple, qu'ils sont plutôt «obligés de le secourir, et au lieu « de ropprimer, de le soulager au- « tant qu'ils peuvent, puisqu'il nour- « rit et sustente tous les autres habio tants du royaume, et (ju'il est dans « un extrême dénOment. Or, il paraît (x juste que les hommes euToyés aux k états par l'Église pour traiter les « affaires qui la concernent, soient « payés des biens dont elle aljonde.
a jNous en disons autant des nobles, et persuadés que le pauvre tiers état « en aura assez d'entretenir tant bien « que mal ses députés, et qu'on com- « mettrait injustice à son égard si la « noblesse et le clergé traitaient à ses « frais leurs intérêts particuliers, in- « Justice d'autant plus indigne d'eux, « que ce serait ainsi contraindre les « plus pauvres à faire l'aumône aux « plus riches. Ce mode de payc- « ment , par lequel chacun retriijue ft ses représentants, déjà différentes « personnes, dès le moment des no- « minations , l'ont jugé équitable.
« Très-illustres seigneurs, c'est à votre « justice et à votre modération de a rendre la répartition de Tindeumité « M égale qu'un dépaté ne porte point « la cbarge de son collègue, etqti'elle « n'incommode personne. » Ces paroles soulevèrent contre l'orateur l'indignation des deux premiers ordres.
Alors un député de la noblesse, Philippe de Poitiers, fit un discours où l'on trouve ces mots : « 0 très-redou- « tables seigneurs! quelle est l'extra- « vagance de cet homme, quel est son « aveuglement, de prétenare changer « la nature des choses, et bouleverser « les fonctions des membres du corps « politique! Car il demande claire-
T. m. IC* Wraiton, (Dici. sngygl., stg.