‹ France (volume 4)Chapitre 59 sur 79 · VERS; €HA · texte numérisé non relu

VERS; €HA

nibles des devoirs que la société leur

impose. Le chant est donc un puissant moyen d'instruction et de civilisation; et rien n'est plus propre à porter la conviction dans les esprits et à embraser les âmes du feu di?m de Tenthousiasme ; aussi toutes les religions s'en sont-elles servies pour rendre les âmes de leurs néophytes plus accessibles aux idées qui leur étaient ofTertes, et pour établir entre elles, en leur faisant éprouver à toutes et simultanément les mêmes sensations, un lien invisible, mais puissant. Les effets du chant dans les batailles ne sont pas moins remarquables. Cétait pour se préparer au combat et pour s'uispirer tous de la même ardeur que les Gaulois et les Germains entonnaient le bardit; les croisés, des cantiques; les huguenots, les psaumes de Marot y et nos soldats républicains , la MarseU»

laise. Le chant peut encore être considéré comme un des meilleurs moyens de récréation. Si, au lieu de s abrutir dans les cabarets, nos ouvriers, comme en ÂllemagnCf ae réunissaient pour chanter , leurs mœurs deviendraient plus pures, plus douces, plus sociables ; et d'autres progrès sui- . vraient bientôt celui-là. Le chant est donc, comme la lecture et récriture, une des bases nécessaires de l'éducation du peuple. Cependant, jusqu'à nos jours , une seule espèce de chant a été cultivée chez nous avec le soin n^oeesaire pour produire de grands effets ; nous voulons parler de ce chant de luxe qui n'est qu'une partie de la musique dramatique.

Nous diviserons cet article , où nous nous proposons d'esquisser une histoire rapide de la musique vocale en France , en trois points différents. Dans le premier nous traiterons du chant religieux, dans le second du chant patriotique, enfin dans le troisième, de la propagation dn chant dans les masses comme moyen d'éducation.

1** Chant religieux. Le chant religieux est en France ce qu'il est dans toute la chrétienté: c'est le plainchant. Ce fut sous le règne de Pépia

ie Bref que les rites et le chant uiiléf

^.d by Googl

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à Rome commencèrent à s'introduire dans les Gaules. A cette époque, le pape Paul r*" envoya a Téglise de Rouen un certain Siméon , qui était le second de Técole des chantres de Rome , afin qu'il apprît aux prêtres de cette église le chant romain ou grégorien. Charlemagne contribua beaucoup à rendre génénî Tusage du plain-chant en France. Il fit venir d'Italie deux chantres , dont l'un s'établit à Metz, et l'autre à Soissons. Bientôt Lyon , Cambrai , Toul et Dijon eurent aussi leurs écoles de musique religieuse. Les eban* tr«8 français ne voyaient cependant qu'avec peine la préférence donnée au chant étranger, et Charlemagne, qui avoU/ort a cœur cette càanterie, dit Uézerai, eut beaucoup de peine à triomj^her de toutes les résistances qu*ii éprouva, et à mettre d'accord les chantres français et les chantres italiens qui se haïssaient , se disputaient et se moquaient les uns des autres. Cependant les derniers triomphèrent, formèrent les Français, et leur enseignèrent en outre à jouer de l'orgue. Ainsi établi en France» le chant grégorien devint bientôt le seul chant dont on fit usage dans les ^lises; et sa grande beauté, sa majestueuse simplicité, son caractère aussi varié que noble, lui assurèrent une durée égale à celle de l'art chrétien. Ce fut seulement au seizième siècle que l'on commença à le trouver trop simple , trop nu , et qu'on le rempla^ , dans les fêtes solennelles , par oe nouvelles compositions dont il sera parléàrarticle Musiqob biligibusb; quant au plain-chant, exécuté, surtout dans les campagnes, par des chantres qui n'en comprennent pas l'esprit, et par une population d'une ignorance profonde dans tout ce qui touche les éléments de l'art de chanter, ce type admirable du chant religieux est devenu l'objet d'un mépris presque général. Cependant, comme il n*a été remplacé^ là où Ton a voulu remédier à cet inconvénient , que par des morceaux, dans lesquels la simpHcité et le caractère religieux ont fait place à çomhinitisons scientifi^es, on

peut dire qu'en ce moment la France n'a pas, à proprement parler, dédiants religieux a l'usage du peuplé.

6h(mt patriotique. Le lecteur trouvera, dans les articles Chansons DE GESTE et Chants popu-, LAIBES , quelques détails sur nos premiers chants patriotiques. Ces , chants sont en général fort anciens; les derniers que nous connaissions sont rx)ntemporains des grandes luttes que la France eut à soutenir contre l'Angleterre pour le maintien de sa nationalité. tÀ& psaumes que chan-.

talent les protestants, pendant les; guerres de religion du seizième siècle, . étaient aussi de véritables chants patriotiques ; la France n'en eut point , d'autres alors. Depuis Louis XIV jusqu'à notre grande révolution, nous> avons eu des chansons populaires, mais pas dé chants patriotiques. En effet , pour que le patriotisme d'un peuple se manifeste ainsi par des élans d'enthousiasme, il faut que sa natio-nalité soit vivement attaquée ; il faut que son existence comme peuple soit mise en question. C'est ce qui eut lieu pour nous en 1789 et dans les années suivantes; et c'est alors que furent composés ces hymnes et ces chants à jamais célèbres, la Marseillaise , le Chant du départ y Feillons au salut de l'empire, le Carillon national ^ la Carmagnole, etc.

Le Carillon na^onal eommençait ainsi:

Ail ! ça ira , ça ira* Les aristocrate* à la lailMnis.

Ah ! ça ira , ça ira • Les aristocrates on les pendfa.

La liberté triomphera; Malfrë les tyrans tout réotsin.

Ahl (* ira » «le.

Les paroles en furent composées en 1790, et adaptées sur un air favori de la reine Marie-Antoinette, pendant les travaux exécutés au Champ de Mars pour les apprêts de la fédération.

La Carmagnole date de 1792. Elle était tout entière dirigée contre U reine , et commençait ainsi ;

Madam' veto avait promis

De faîM 4g*rf«r toat M»,

Mais soii coup a muqué , ^

Grâce à nos «■aoBWtfs, «le.. .•

486 CHA LHEOYSES* CUA

Chaque couplet ae termiiiait par ce connaissait leur nuissanoe ; aussi plus

refrain : d'une fois , dans les moments les pfàâ

Dansons la carmifuii*« terriMcs dc la désastreusc retraite de

Vive le son Russic , il parvint à relever le moral

db tmmi^ ^ soldats accablés , et à leur faire

Ces paroles 8er?aient ^elqaelMa encore accomplir de grandes choses .

d'accompagnement à une danse qui en donnant Tordre aux fiiusiciens de§

portait aussi le nom de Carmagnole, régiments d'exécuter Tbymne ^6(^iSoiM

On donnait encore ce nom à un cos- au salut de rempîre. lame qui consistait en un large pan* Proscrite comme une chanson sédi-

talon garni en cuir, un nlet^veste , un tiense pendant les quinze années de In

bonnet de police ou un bonnet rouge , restauration , la MarseiUaise retentit

costume qu'affectaient de porter les dans toute l'étendue du territoire en

ultra-révolutionnaires. Mais quel lien juillet 1830; et cependant une nouvelle

pouvait exister entre ce chant, cette génération s'était élevée depuis l'époque

danse , ce costume et la ville Italienne où cet hymne national ft*étaft mit en-

de Carmagnola, d'où le nom de Car- tèndrepourladernièrefoit.Qui lui avait

magnole paraît ^tre venu ? On l'ignore enseΣ:né ces accents patriotiques?

complètement; et il en est de la plu- Peut-être les ennemis les plus acharnés

part de ces chants populaires et patrio- des principes dont ils étaient Texpres-

tiques comme de toutes les grandes sion.Onsaiteneffetque^pendanttaH»-

épopées, dont ceux-là même qui les tauration, les jésuites, dont Tinflaenei

ont vups naître ne eonnàissent pas se faisait partout sentir, s'étaient em-

l'histoire. parés de tous nos airs nationaux , pour

La Marseillaise , composée à Stras- v adapter les paroles des cantiques que

]x)urg , à ûi même époque , par Rou- ron cnantait datis lès missions eldamr

get.de l'ble (▼oyez ce nom), et d'abord toutes les cérémonies religieuses. Au-

connue sous le titre de Chant de jourd'hui riiymne de Rouget de l'isls

gxœrrc de l'armée du Rhin, fut ap- est connue de tout le monde; et les

portée peu de temps après à Paris, par efforts du pouvoir le plus ombrageux

un bataillon de Yoiontaires marseillais, ne parviendraient plus à la faire oif«

qui loi donna son nom. L'hymne /H/- blier. Nous n'en voulons ças d'autre

wns au salut de l'empire et le Chant prouve que l'explosion qui suivit tê

du départ sont dus , comme on sait, traité du 15 juillet, à Marie- Joseph (^hénier. La musique 3** Propagation du cliant dans lei

du dernier est de Méhul. Tous ces masses comme moyen (tèdueatim.

chants , joués par les musiques mili- Au moyen âge , la musique faisait par-

taires et par les orchestres des théâ- tie de renseignement des universités,

très pendant les entr'actes, se main- et était comprise dans le nombre des

tinrent en faveur jusqu'au 18 brumaire sept arts libéraux; mais, comme l'en-

1799, si l'on excepte l'époque réao- seignement des universités ne s'adres-

tionnaire, pendant laquelle on chanta sait qu*à un petit nombre d'hommes «

le liéveil au peuple , c'est-à-dire, du 9 le peuple restait entièrement étranger

thermidor 1704 au 13 vendémiaire à l'étude du chant; il est vrai ce-

1795. iSapoiéou , qui, en Italie et en pendant que, dans les églises, la mu-

£gyptc, avait conduit nos soldats à la sique religieuse , chantée à l'unisson

victoire avec les airs du Carillon nor par rassemblée des fidèles , était en

tionalf de la Carmagnole et de la Mar- quelque sorte une compensation. Plus

seiUaisej ne voulut plus entendre ces tard quand l'art de la musique se fut

hynmes révolutionnaires lorsqu'il fut perfectionné et eut pris un caractère

consul. Le Chant du départ lut seul plus scientifique, le peuple fut regardé

conservé jusqu'à la fin du consulat, commetrop grossier pour eiécuterdeS

Mais , à partir de cette époque , tous morceaux d ensemble; et, en consé-

ces chants patriotiques furent sévère- qiicnce , on ne songea pas à s*occu-

. ment défendus. .C'est que Teiupereur per de son éducation musicalet Uûittl

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