‹ France (volume 4)Chapitre 58 sur 79 · V£RS. CHA · texte numérisé non relu

V£RS. CHA

Paris, d'où quelques écrits en ftvea^ des calvinistes le forcèrent plus tard de sortir. Il se retira à Genève , en 1.5C2, après avoir présidé le synode national d'Orléans. Appelé ensuite auprès de Henri IV, encore roi de Navarre, il ne put«upporter longtemps les fatigues de la vie des camps , et il revint à Genève, où il exerça de nouveau son ministère, et professa la langue hébraïque jusqu'à sa mort, ar« rivée le 38 février 1591. Il prenait dans ses œuvres le nom de Sadeel ou Zamariel. On lui doit, outre quelques ouvrages théologiques , une histoire des persécutions et des martyrs de tégkse de Paris, depuis l'an 155T jusqu'au règne de Charles IX, Lyon, 1563, in -8". Il avait eu avec Ronsard une querelle qui avait donné lieu , de part et d*autre, à plusieurs écrits injurieux , dont Tun est intitulé : I0 Jlfétainor phase de Ronsard en prêtre,

CHA\rRti\ ou Chamfrain. — Gif appelait ainsi une pièce d'armure, une espèce de masque en métal, ou en cuir bouilli , qui couvrait le devant de la tête du cheval, quand il était monté par un cavalier armé de toutes pièces.

Le chanfrein présentait souvent à son centre un dard alloilgé, espèce d'arme offensive dirigée contre le cheval de l'adversaire. Il existe au musée d*ar* tilleriede Paris de très-beaux chanfreins en acier poli damasquiné d'or. En effet, on avait poussé fort loin le lu.xe de ces armures, qu'on ornait quelquefois de pierreries , d'or et de panacnes. Elles n'ont guère survécu au r^ne do

Henri TV.

Cha^gaukier (ÎNicolas-Anne-ïhéodule) , né à Autun, en 1798, entra aa service en 1815, comme garde du corps, avec le brevet de lieutenant de cavalerie. Il se fit remarquer dans plusieurs affaires de la campagne d'Espagne de 1820, et fut admis, en 1825, en récompense de ses services et de son dévouement bien connu à la dynastie régnante, avec son grade de lieutenant, dans le l*"" régiment d'infenteriede la garde royale. Trois ans après , il fut nommé capitaine. Il fît partie de l'expédition d'Alger en 1880^

•e trouva à toutes tes affiliées oai si-

^nalèrcnt cette campagne; et aepuis, fl s'est acquis, par de glorieux faits d'armes , des droits incontestables à Testimeet à radmiratîoii du pays.

En 1885, le capitaine Changarnier fut nommé chef de bataillon, et justifia ce choix par des actes d'une bravoure éclatante. Le bataillon ^u'il commandait fit partie de la première expédition de Gonstantine, en 1886.

Pendant cette courte et désastreuse campagne, ce brave officier sut trouver plus d'une occasion de se signaler. Le v34 •novembre, dans Tun des moments les plus diffidies de la retraite, son bataillon et le 63* régiment d'infanterie de ligne , soutenus par les chasseurs à cheval d'Afrique, repoussèrent toutes les attaques de Tennerai , lui tuèrent beaucoupde inonde, et parvinreot constammentàlecontenir.Le commandant Changarnier surtout attira sur lui les regards de toute l'armée. Presque entouré par les Arabes , chargé rigoureusement, et perdant beaucoup jde monde, il sut inspirer une telle confiance à son bataillon qui venait de se former en carré , qu'à l'instant où ils étaient le plus vivement assaillis , ses jMldats poussèrent deux cris de vive le roi! les Arabes intimidés firent demi tour à vingt pas du bataillon, «t aussitôt un feu de deux rangs couvrit de cadavres trois faces dubatailr Jon carré. Pendant toute la journée du 24, et pendant celles qui suivirent, ce bataillon continua de servir à Tarrière-garde avec la même distinction. Cbaugarnier fut ensuite nommé lieutenant - colonel du 10* régiment d^iofanterie de ligne , puis il fut maintenu en la même qualité au T léger. Nommé colonel de ce réginient, Is 27 août 1839, il se fit encore remarquer plusieurs fois, notamment dans les affaires des 14 et 15 décembre 1839, et surtout aucomi»t d'Ouad- Halleg.

- Ix>rs de l'expédition de Medeah , eu avril et mai 1840, il fut de nouveau .

cité avec éloges dans les rapports of* ficiels, surtout pour l'affaire du 8 mai, pù quatre compai^nies, du 2e léger

emportèrent avae un élan extraordi*

naire les hauteurs qui forment la berge gauche de la rivière Ouad-el-Hacheni.

Le succès de ce combat fut dû , selon le rapport du maféchal Val^, à riia> bileté et à Ténergie do oolond Cban^ garnier.

A la prise du col de Mouzaïa , le 12 mai , le 2*" léger , entraîné par son colonel , se précipita sur les retranchements, triompha de tous les efforts des Arabes, les culbuta dans les ravins, et vit enfin flotter glorieusement son drapeau sur le point le plus élevé de la chaîne de TAtlas.

Dans l'expédition qui eut lieu au mois de juin 1810, Changarnier se fit de nouveau remarquer , et fut cité dans les rapports officiels , pour sa brillante conduite aux affaires du 1% et du 15. Dans cette dernière il eut ses habits criblés de balles.

Nommé maréchal de camp, le 21 juin 1840 , il fut ensuite chargé de plusieurs expéditions ayant pour objet , soit de ravitailler les places occupées par nos troupes , soit de châtier les tribus hostiles; toutes ces expéditions furent conduites avec une énergie remarquable, et elles ont eu tout le suc* ces que Ton devait attendre des ta* lents et de la bravoure da général Changarnier.

Changeurs. On sait que dès le onzième siècle, la multiplicité des jnonnaies, dont le cours était resserré 4ans àés districts particuliers , avait donné naissance à rétablissement de changeurs titrés dans les principales villes du royaume, surtout dans celles OÙ se tenaient les foires. Ces bommes 86 chargeaient de recevoir indistincte ment toutes les espèces anciennes, défectueuses , hors de cours , et faisaient ainsi des profits usuraires , qui leur permettaient d*afficber on grand luxe (*). Ils furent nos premiers banquiers ; et c'est sans doute aux cédules ou billets qu'ils donnaient quelquefois au lieu d'argent, et dont on devait

(*) Fadlmit hoc intentîoiie lucranJi; de--

ni((iic incuiMnint crimen usurœ. DictMmain de Jean de Garlaude, a, 35.

tducher la Tàleur chez on itongeat d'une autre ville, qu'il faut rappOTter l'origine des lettres de change.

A Paris,lescoi»ptûirs des changeurs, presque généràlement tenus par des faift bu par les Lombards établis dans cette ville vers la fin du douzième siècle (voyez Lombards), occupaient les maisons qui garnissaient les deux côtés du pont au Change. Mais en 1296, lorsque eepoot, alors bâti en pierre « eut été ruiné, et refait en boitf , Phi* lippe le Bel rétablit les ehnnges ou bureaux des changeurs, e ntre la téte du pont et Teglise de Saiut-Leufroy. Le même prince institua , en 18è5 , quatorze autres changes publics dans divers lieux de son royaume (*). A la différence des banquiers , qui n'étaient que des négociants , les changeurs aTaient titre d'dfffce , leur nombre était limité, et divers règlements déterminaient leurs droits et leurs obligations. Charles VI, par lettres patentes du 14 novembre 1421, les soumit à la juridiction des généraux des monnaies. Un édit de 1655, confirmé par Charles IX en 1571 , et par Henri III en 1580, érigea leurs charges en titre d'office héréditaire. Des lettres

S 'tentes du 29 décembre 1581 les tarèrent exempts de la eoHee|e des tailles, du guet, des corrëea, eto. ^ar un édit d'avril 1609, leur nombre fut diminué de moitié, et il leur fbt enjoint de tenir des registres , de ciaaifler toutes les es^éé décriées, et de déformer celles qui n'avaient pas le titre légal. En 1696, Louis XIV régla leurs droits de change, leur enjoi|;nit d'envoyer aux hoteïs des montiaies toutes les espèce^ ou matières à réformer, et confinna feurs privilèges.

Enfin la cour des monnaies résuma ,

Ear un arrêt de janvier 1716, les nomreux règlements qui les concernaient.

Ajoutons encore qu'une déclaration du 7 octobre 1 755 ordonna, soùs peiné de confiscafibh, de remettrè aux hôtels des monnaies ou aux changes les plus prochains , contre le payement immédiat de leur valeur, toutes les vieilles

O DuGingBytaiBOtCMlMi,

CMk

monnaiei dé Fraaoe trouvées sous lai

scellés , parmi des effets saisis , dans des démolitions , etc. Ce fut là l'origine du cabinet des médailles qui se trouve à Thétel des monnalei de Paria* Le Livre de la tdiUe dk Pùrtêy aous Philippe le Bel, en 1202, nous apprend qu'à cette époque la capitale comptait, outre quarante-neuf lombards et lombardes , seize changeurs. On y compte aujoùrd'hui vinf^-miit changeunra.

CHANoiNÈs. Le mot chanoine, d6* rivé de canonlcus, est grec d'origine:

xavwv signifie règle. On désignait donc, dans l'origine , par ce mot , des ecelésiastiqoes sotamia à une règle; et eé effet, illtstoire ecclésiastique nous apprend que dans la primitive église, les chanoines, ou prêtres formant le clergé des cathédrales, vivaient en comuiufiauié comme des religieux. Avec II temps , le sens du mot se modifia, ^ il fut employé pour désigner des ecclésiastiques séculiers. On fait remonter à l'an 1200 Tepoune de ce changement , dont le résultat fut d'a^aiichlr les chanoinea des gènes de la tia commune.

Avant la révolution, il y avait des églises, telles que celles de Lyon et de Strasbourg, douX les chanoines étaient ôUigés de faire preuve de pohtestféi « Les chanoines de Saint-Jean de Lyon, dit Sainte-Foix, font preuve de quatre races de noblesse paternelle et maternelle. » Aussi prétendirent-ils que de bons gentilshommes comme eux d*I^ tdient pas obligés de se mettre à genoux à l'élévation de l'hostie. La faculté de Sorboune condamna cette

S rétention, comme arrogante et scanaleuSë ; mais 'es cbanomes nobles se pourvurent au conseil, en disant que la faculté de Sorbonne n'avait point de juridiction sur leur chapitre, et le conseil, par arrêt du 2.5 août 1555, cassa la censure de la Sorbonne.

Les chanoines éteHent et aon^ ericore obligés de résider dans le lieu où est située leur église , et d'y chanter l'oftice aux heures réglées. Il n'était pas nécessaire d'être prêtre, avant 1789, pour posséder un caooinlcat; maia lèa thanoinea 4oi ifâaièat point engagit

^aus les ordres sacrés n'avaient pas voix au cbapiirt*

Chanoines HÀBSDiTAlftBS.On appelait ainsi des laïçiues auxquels quelques églises ou collégiales avaient, pour prix de Iii)éraiitéâ ou de services, coafété les hMMeundacanonicat» a?ee le pouvoir de les transmettre i leurg descendants, comme un bien patrimonial et séculier. Par le fait de son avènement à la couronne, le roi de France ' était pMmieiehanoine tlonorafrebéré* ditaire des églises de Saiut-Hilaire de Poitiers, de Snint-Julien du Mans, de Saint-Martin de Tours, ainsi que des cathédrales d'Angers. d'Orléans, de J^OB et de Châlons. Lorsqu'il y ftiiait floft entrée, on lui présentait Tauniusse et le surplis. Les ducs de Berri étaient chanoines honoraires de Saint- Jeuude Lyon. Les comtes de Chastelus en Bourgogne prenaient le titre de pre* mier chanoine héréditaire de l'église cathédrale d'Auxerre, et voici à quelle occasion ce titre leur avait été confère : en 14:23 , Claude de Beauiroir, seigneur de Cbastekis, ayant chassé dégrevant des brigands oui s'ea étaient emparés, et rendu au chapitre d'Auxerre cette petite ville qui lui appartenait, le chapitre lui conféra , en reconnaissance de ce service, la dignité de prenriev ^«loiae héréditaire dont le seigneur de Cbaftdus prit ainsi possession : après avoir prêté serment, il se présenta, pendant tierce, à la porte du chœur, eu habit militaire, botté, éperonné, rerâtu d'un mrpljs, le baudrier en sautoir, Tépée au côté, ganté des deux mains, l'auniusse sur le bras gauche, un faucon sur le poing, et a la uiain droite un cbapeaa boréé ., otaé d*unç plume blanche. Il Ait introduit et proclamé»

prit place ^ jdroite dans jes hautes stalles, entre le pénitencier et le souschantre, et continua jusqu'à lu Ou avec ses confrères l'ofQoe bomniencé.

La dignité de chanoine héréditaire fut abrogée, comme beSucoup d'autres , lors de la révolution.

On ne dit point d ailleurs ^ue nus rois aient jarnaii fait usage d^ prérogar tires dont ^le les investissait; car, à

GË« ^ CHA ' Àii

rexceptioB de Robert^ on n%a cite «s^ eon qui ait pris personneUement part

aux cérémonies cle l'église.

Chanoines réguliers. C'étaient des chanoines q^i étaient revenus, à leur ancienne institution , et qui y\:

Talent m cqmmanauté. Ils demeuxaient tous ensemble, sous la direction de leurs évéques, et habitaient un même cloître. C'est de là que les quartiers voisins des églises cathédrales ou eoll^ales s*appelleBt eneore aujourd'hui des cloîtres.

Dans les derniers temps qui ont précède la révolution, tous les religieux coimus sous le nom de chanoi?

Des réguliers, les Prémontrés, les Aotonins, les Genovéfains, les Victorlns, possédaient des cures, des prieurés, des itbbayes ; bénéfices qui étaient interdits aux autres religieux par les canons. lA règle qu'ils suivaient était celle deSaiBt-Augustin.

Chanoinesses, filles qui exerçaient les mènes fonctions que les chanoines; qui , comme eux. formaient un chapitre, possédaient des prét)endes, etchan'^ talent à Tégiise à des heures marquées, revêtues de l'aurausse; elles n'avaient d'ailleurs aucun vœu à faire. Elles avaient, la libre jouissance de leurs biens, et rivaient chacune en son particulier, quoiqiie leurs maisons fussenl.

dans un même enclos.

Si, malgré les commodités d'un pareil genre de vie, elles venaient a s en dégoûter, elles pouvaient le quitter et se marier* Pour être admise panui les chanoinesses, il fallait faire preuve de la plus ancienne noblesse.

Il y avait aussi des chanoinesses régulières, qui faisaient des vœux et vivaient, comme lea chanoines réguliers, en communauté, eoos la r^le de Saint-Augustin.

Chanson. « Voltaire a dit avec rai- « son qu'il n'y avait point de peuple « qui edt up aussi grand nomnre de • ebansons que le peuple français; et « cela doit être, s'il est vrai qu'il n'y « en a pas de plus gai. Cette gaieté a « été surtout satirique ou galante.

La citation et la réQexion «ont de 1% Harpe. An même endirait , la Harpe

m CHA

dit encore, en parlant d*un recueil de Ters fait de son temps , où l'on avait koagioé de rappeler et de caractériser les événements et les personnages du

dix-septième siècle par les chansons dont ils avaient été le sujet : « Cette « idée est prise dans le caractère fran- A çais; an n*aarait pas imaginé chez « les Romains, ni même chez les Athé- « niens, aussi légers que les Romains « étaient sérieux, de trouver leur liis- « toire dans leurs chansons. Celles .< d'Horace et d'Anacréon n'ont pour « objet que leurs • plaisirs et leurs « amours ; et les guerres civiles et les « proscriptions n'ont point été chez « les anciens des sujets de vaudeville.» En effet , à quelques exceptions près , telles que ces couplets populaires chan» tés en chœur dans les fêles publiques de la Grèce, et dont nous avons un exemple dans les vers en l'honneur d'Harmodius et d'Aristogiton conservés par Athénée, telles que ces chants fescennins, qui, répétés par les soldats romains derrière le char de triomphe,

{)Oursuivaient de leurs piquantes raileries le vainqueur au milieu de sa gloire, la chanson se bornait, en général, diez les anciens, à célébrer l'amour et à prêcher la morale du plaisir. Kncore faut-il remarquer que dans ce genre , les chausons des anciens sont rarement suscepti bles d'être assimilées aux nôtres , pour la forme du moins, et que d'ordmaire elles rentrent dans les différentes espèces de poésie lyrique.

' La chanson, dans l'acception la plus ordinaire que notre langue donne a ce

mot, genre de poésie vif, léger, rapide, populaire, consacré tantôt à l'expression du plaisir, à l'éloge de l'amour, a celui de rivresse, tantôt aux traits railleurs d'une gaieté satirique qui fronde les ridicules et les abus de la société; la chanson, ainsi entendue, appartient surtout à notre nation :

elle est toute française. Elle est un des traits les phis saillants de notre physionomie nationale. On la retrouve à toutes les époques de notre histoire, dans toutes les vicissitudes de la fortune française. « On chantait , dit

CHA

M. de Tony, quand les Anglais démembraient le royaume ; on chantait pendant la guerre civile des Arma-

?:naos, pendant la ligue, pendant la ronde , sous la régence ; et e'ost au bruit des chansons de Rivarol et de Chancenetz que la monarchie s'est écroulée à la fin du dix4iuitlème siè* de. « Les chansons de Ruteboeuf , cç poète contemporain de saint Louis, montrent déjà sous une forme rude et sans souplesse, telle qu'était la langue il y a SIX siècles, le germe vivace de cette gaieté caustique et de cette philo* Sophie sensuelle qui composent chez nous le caractère principal de la chanson.

ReBiainiuons toutefois que ce n'est qu'au seizième siècle que la chanson

en France est devenue surtout épicurienne et moqueuse. Au moyen âge, il lui arrive plus d'une fois sans doute de célébrer en riant l'amour et le vin, de raconter les folles équipées des écoliers et des ribauds, de frapper des traits du ridicule les prodigalités des grands et les désordres des moines.

On connaît les vaux de vire d'Olivier BasseNn et les huitains de Villon. Mais le plus souvent, avant le seizième siècle, la chanson est un genre de poésie assez semblable à la ballade, et qui se prête maintes fois comme elle à rexpression de sentiments sérieux. La plainte amoureuse aux accents lan* uissants et souvent mélancoliques y omine surtout, comme dans nos romances actuelles. Quelquefois une sentence morale y est présentée avec une gravité naïve; ou bien une leços de piété, d'honneur et de courage, y est donnée aux chevaliers , comme dans cette religieuse exhortation à la croisade, qu'on trouve an milieu des chansons de Thibaut de Chsmpagne:

Signor, saciez , k! or ne s'en ira

Ha cel» terre» u Dîcs fa mon et tù>

Et ki la croix d'otttr» mer tie preadn , '*

A paincs mais ira en ])rirnt!is :

Ki a cil soi pitic et rniueinbrance» ,

Au haut seignear doit querre M TBijina»

£t délivrer s« terre et Ma pays.

Il faut remarquer aussi qu'à cette époque la forme métrique de la chanson était ordinairement plus savante

ou

ML

Vilteroi, YiNeroi

A fort bien «rrv'i le roi,„ Ouillaninc, Guilinuinc.

Y a-t-il une rencontre plus heureuse èt une chute plus inatlendae et plus plaisante ! Et cet autre sur le même général, fait prisonnier dans Grémone:

Palstmblcu, la nooTclIe est bomc.

Et notre bonheur mus égal ,

Noos avons rocouvré CrémoM Et perdu notre général. »

Que de noms il faudrait citer si on voulait taire l'inventaire de tout ce que produisit le siècle suivant eu fait de

chansons! Que de chansons dans les salons, dans les boudoirs, surtout dans les soupers, au temps des Lanjon, des Panard , des Cuiie ! J)ans ce tumulte

et plus compliquée qu'elle ne le fut fois même a^adressaient plus haut, dans les derniers dècles. Célait une « Quoi de plus gai, dit la Harpe. q.u6 autre ressemblance av ec la ballade, cecouplet contre Yilleroi sur le refrain , L'étendue et le nombre des couplets sicomiu: rendôme, Fendômef étaient soumis dans la chanson à des règles moins sévères que dans la baliaqe; mais la rime y était assujettie à d*étroites entraves, uans une foule de chansons, deux rimes seulement rè-

f;nent d\in bout à l'autre. C'était à 'imitation des chansonniers proven-

Saux que les chansonniers de la langue 'oil ^imposaient de telles difficultés.

Au seizième siècle, les chansons de Mellin de Saint-Gelais , de Marot, n'offrent point de rh} thme fixe ni de difficultés de rime, si ce n'est celle du refrain, que même ces poètes ne s'imposent pas toujours. Plus libre dans sa forme , la chanson devient de plus en plus spirituelle, légère et épigrammatique. Avec la ligue, elle

S accoutume davantage à ré|Kindre le de joyeux échos, on aurait à recueillir sel de la satire sur les événements* mille traits brillants, mille plaisantepublics, sur les intrigues des pnrtis, ries piquantes, mille galanteries ingésur les abus de l'État. Cependant elle nieuses. Jamais l'esprit français ne fut est encore loin d'atteinclre la puis- plus excité et plus éblouissant. Alalsance politique où elle est arrivée de heureusement il abusa de hii-méme. nos jours. La fronde, cette folle II ne ^étendit < point les ressorts du guerre, fit éclore des milliers de chan- bon mot et de 1 épigramme, et prodisons où personne n'était épargné, ni gua trop de bouquets à Églé et à Chlole ministre, ni les princes, ni la ré- ris. A iorce de rire^ le dix-huitième gente. La même société répétait les siècle en vint à grimacer; à force de couplets joyeux et faciles que maître galanterie il devint fade. Nous ne vou- Adam, de Nevers, avait improvisés le Ions pas trop rabaisser les productions rabot à la main , sous le règne de de la muse chansonnière de ce caveau Louis XIIL II faut dire à sa honte célèbre où se réunirent , à la fin du qu'elle apprenait aussi les refrains siècle, tant de joyeux convives gens souvent grossiers et licencieux des d'esprit. On professe aujourd'hui trop Saint- Amant, des Linières et de toute de dédain pour leurs coimlets, toujours cette école poétique sortie du cabaret, remarquables par une facilité de tour qui expira sous la verge de Hoileau. qui s'est perdue, et qui manque à toute Sous Louis XIV, cette finesse de bon potre poésie pénée dans sa forme et ' goût, cette délicatesse de langage que péniblement mégale. Mais enfin on revêtent d'autres genres plus relevés, avait tant de fois chanté les Grâces,

et dont s'empreint l'esprit public, se fait sentir dans la chanson; une aimable facilité , une gracieuse négli- «oee, régnent dans les couplets sortis du cercle épicurien présidé par ISinon de Lenclos. En même temps il y avait un enjouement spirituel avec un tour naïf dans les chansons populaires qui oottraieni sur les grands, et quelque-

tant de fois proniuli^ué les préceptes du code épicurien, et célébré Bacchus, Vénus, la bouteille et les amours, que ia chanson vieillissait sous le fordeau du lieu commun.

Bientôt cependant les cercles ingénieux, les sociétés chantantes, les beaux esprits, disciples de Momus, les soupers et les petits vers, dîsparureni

T. lYt 81* UvraUm, (Digt. biigtci.., btg.)

ilf

devant ta sérieuse grandeur des événements nouveaux. Bientôt tout se tut tous la main de ta terreur: c'est, comme le remarque la Harpe, la seule époque de l'histoire de France, oij il n y ait point eu de cliauson : car on ne peut pas appeler de ce nom ces terriliMS bjfiones populaires qui donnaient le signal des insurrections dans la cité et des victoires à la frontière. Quand la gaieté reparut en France, elle emprunta la voix de Dé^augiers, et le Caveau se ranima aux accents pleins de verve de ce gastronome enthousiaste. Mais une révolution complète allait s'opérer dans la chanson. Un homme de génie s'en emparant, allait d^abord rajeunir, par une préciston et Une grâce nouvelles de style, les lieux communs d'épicurisme, puis étendre le domaine du genre , soit en consacrant ses couplets à la détense ou plaisante ou sérieuse des droits de fa nation et dès libertés publiques , soit en substituant plus d'une fois h l'ancienne folie erotique ou bachique l'expression de sentiments philosophiques ou sérieusement tendres. L'auteur de Roger Bùwtemps, de Mon enterrement, des Enclaves gaulois, du Dieu des bonnei gens, de la Bonne vieUie, vint perfectionner l'ancienne chanson, et créer une chanson nouvelle (voy. Bbrangeb).

Mais en se retirant de la scène, fe poète populaire n*a pas laissé de successeur. Depuis quelque temps , le luth de la chanson reste silencieux, ou résiste à la main peu exercée de oueibnes imitateurs indiserets ou timides.

La chanson ne peut périr chez nous cependant. Elle a d'autant plus de chances de durée que le génie vient de lui ouvrir des horizons nouveaux.

Penf-étl^ en ce moment la gloire de Bérangér décourage- t-elle oeux qui s'essayent 5 courir la même carrière.

Peut-être aussi l'opposition politique gui a combattu le pouvoir depuis dix ranées a-t^eHe été trop orageuse et trop irritée pour avoir son chansonnief comme le Imérniisme de la restauration. Quoi qu'il en soit, chez une nation comme la nôtre, on ne saurait s'in-

quiéier de rafenir di la ebammi}

elle sera éternelle en France, parce quô la gaieté du peuple français est aussi impérissable que sa liberté.

Cransons geste. Le mot chan* son, au moyen f\ge, ne désignait pas toujours exclusivement une chanson dans le sens moderne du mot ; les romanciers du moyen âge l'appliquaient souvent à des poèmes de plusieurs mil<* liers de vers. On comptait aussi plu-»

sieurs espèces de chansons : la chanson de geste , la chanson amoureuse, le Hrvente , le rotruenge , la pasfourelie ou bergère fte, les par tares ou Jeux-partis, et enfin la chanson bal^ ladée y qui n'était qu'une sorte de virelai. Comme nous nous proposons de faire l'histoire de ces différentes espèces de chansons, dans des articles spé* ciaux , nous ne occuperons ici que des chansons de geste.

Les chansons de geste, ou chansons militaires, remontent chez nous à une haute antiquité. L«s Gaulois en aTaienI nécessairement, comme tous les peuples guerriers, et cette habitude ne dut pas se perdre sous la domination romaine; 1 histoire nous a conserré le re>^ frain que chantaient les sekiaia de Pr^ bus après nne flctoiro M les Fvaiies i

Nille Francos, mille Sarmatai occMliaMM»

Min*, aûUe» millOf miUa P«rsu ^a«rii

La phiii andeane chanson de geste ui nous soit parvenue est celle qui ut composée en l'honneur de Clo« taire II, au retour d'une expédition eontre les Saxons, où, soirant la chro* nique, il ne laissa vivant aucun honune de la hauteur de son épée. Ce chant nous a été conservé en partie dans la vie de saint Faron , évéaue de Meaux, écrite sons le règne de Charletf le Chanvepar un autre évéque de la même ville. Cette pièce, en latin barbare, est riraée; «la grossièreté même de la « poésie servit , dit le chroniqueur, à « ta faire voler dans toutes tes Ikniv « ches, et )es femmee eHcs-mlmee ae* * compa^naient les hommes en chœur.»

^'ous n avons que deitt couplets de cette chanson :

Oe Clotnrio cancre est rege Franoomm Qoi ivit pugnar* ia gcotMi 8tBoMMi|

Si non fuisset inclytas Faro de gente BurguodioiMint (Juando ventuot |n terram Francorum , Faro ubi erat pnncepst œissi Saxoimm, tiutiiieto Dd tnafaoïtt per orbein Meldaront Ht iiiwrikliiito» * Mgt FnMoffttBK

« Chantons Clotaire , le roi des « Francs, qui alla combattre la nation n saxonne. Certes, i! serait bien arrivé «t nialliciir atix envoyés saxons, sans « rillustre Faron, àe race bourgui- « gnone. '\

« Quand les envoyés saxons vinrent « dans la terre des Francs, où Faron « était prince , par une inspiration « de Dieu , ils passent par la ville de « Meaux , de peur d'être tués par le « roi des Flranes. i

Ces chants , qui durent être fort nombreux sous la première race, furent recueillis avec lejilus grand soin par les ordres de Cfeariemagoe. «n fit - « éerire, dit Eginhavd, l«8 polies batk bareset très-anciennes par lesquelles « on chantait les gestes et les guerres « des rois du temps passé, et les conûa < à sa Qfiémobre. • MalbÎBiireasenieiit ce rectièil est complétMnent perds.

Le règne de Chnrlemagne , fertile en glorieux événements, dut produire aussi un grand nombre de chansons de geste ; mais aucunè né nous est parvenue. Foaf oe qui regarde celle de Roland , nous renvoyons k RdUJffD et à RoNGEVÀUx.

La dernière, ou au moins une des ^tornières chansons de geste proprement dite qptë nons connaissions , est un chant triomphal composé en langue tudesque, en commémoration d'une victoire remportée en 881 , à Saucourt. sur les Normands par Louis III , roi de Neustrie. Nous donnons td la tradaction littérale de ce chant, qui est formé dell8 versets rimés, divisés par stro-

{>he8, et qui devint tellement popu»

aire, que deux siècles plus tard les populations ne Tavaient pas eneoTe oublié. Ainsi que le prouvent assez les sentiments religieux et mystiques qui y prédominent, il dut être composé par un moine, et peu de temps après la bataille; car le souhait 4e longue vie au*on y forme pour le vainqueur ne m fm umoê* Le lOi LoqisHMiarttt

[CE» . au in

ranfaAiSDilmit», figé dèWiUdiiaiis.

le eponais on roi ,'8on nojn est le ad!gneur Ludtrig, ^ui sert DImi yMàaêin\ parce qu*il l'en recompense.

H fut , par malheui' pour lui , bien jeune encore , privé de son père ; mais le Seigneur prit soini de lui et devint son guide.

Il lui donna des héros , des compagnons illustres, et un trône en France. Poisse-t-ii en jouir longtemps !

Il parlagea ensuite ces biens avec son frère Carloman , et leurs parts furent loyales. Ces ciioses terminées , Dieu voulut éprouver s'il poumit supporter quelque tempe lil tribulations. ' .

H permit l'invasion des troupes des p^eos ; il permit aue peuple franc tùt •ouniB pvfms leldafti

Les uns aussitôt désertèrent , les aulrn furent séduits ; tous ceux qui restaient fidèles au roi furent en buCle a mille outrages.

Celui qui n'avait été q«*un misérd)^ brigand , et s'était uosi aocni en puis&anc«|, eiivahit les domaines dtt roi et devint alors un noble seiraitur.

VwÊk était fiiiiMire, un antre déiertauft celui-là un assassin, et chacun s*auiiipui|lissait de son crime.

Le roi était indigné , tout le ro) aum^o en souffrance ; le Cuist irrité avait permis ces misères. Mais Diea pit en pillé toutes ces calamités ; il ordonna au se^neurlilldwig de partir sur-le-champ :

•«Ludwig , mon roi, va scconrir mon peuple ; les Normands l'ont durement opprime.» ■ — T.udu igrôpondit : «Seigneur, je ferai ainsi, à moins que la mort ne m'empêche d'e&é» cuter les ordres.»

Aleri il obtint de Dieu le pardon de toutes ses fautes, déploya son étendard sur le rivaç^o, et fit une expédition en f'nuice couife hki 24ormands.

' Rendam grAoee i Pieu et attendant son

secours , il dit : Seigneur, viens avec noust nons t'attendons depuis si longtemps.

Puis ensuite l'illustre Ludwig parla à haute voix: «Ayez boa courage, mes compagnons, mes frères d'armes.— Dlea (puisse* t-il m'ètre agréable!) m'a envoyé ici poot prendre vos avis et conduire mon armée.

« Je ne m'épargnerai pas jusqu'à ce que je vous aie délivrés. Jt veux maintenant que tous les iidèlei serviteurs de Dieu me suivent.

« Celte vie nons est aceordée «oMi longtemps qu'il plait au Clirist CSelui qui consrrMP i|M eeipi «ait biananMilesdAhidge,

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. m Quiconque fait ici de grand cœur la volonté de Dieu sortira sain et sauf du combat , et moi je le récompenserai. Si quelqu'un succombe, j'aurai soin de sa famule.» ^ Aprèa oe» paroles, il saisit sa lanoe et ■son bouclier, et chevaucha rapidement.

Il voulait, certes, tirer vengeance de «es ennemis; et comme la distance qui l'en j^anil n'éiaît pu grande, il troura les Monnands.

«< Louange à Dieu !» dit le roi, voyant enfin Je but de ses désirs. Puis il s'élan^ hardiment , entonnant une litanie. Et tousefaaii- .taient en chœur : Kyrie, eleison. Le cantique était fini , le combat engagé.

Le sang monta aux joues des Francs imtiétueux. Alors chaque soldat se rassasia éga> Minent de vengeanee; mais aucun oooiine Ludwig.

Ra])idç et audacieux comme ses pères, •il frappe l'un et perce l'autre. Ah ! il versa i ses ennemis un orenv^^ bien amer. Ainsi ib périrent en cet endroit.

• Que la puissance de Dieu soit bénie! XiUdwig a été vainqueur. Rendons grâces à tous les saints poor cette ^clorîeuae ba* taille.

Mais certes, Ludwig a clé un roi heureux. Il fut grand comme le danger. Conserve-le, Seigneur, dans sa puissance I

On a encore donné , dans le moyen âge, le nom de Chansons de geste à .des poèmes ou romans destines à célébrer des exploits inilitaîres, et dont iesujet était presque toujours emprunté au cycle carlovingien. \oyez Cyclb

CABLOYINGIBN et ROMAHS.

Chant. — Le chant est Tart de produire , à l'aide de la voix , une série de sons réunis dans un certain but et en vertu de certaines règles; c'est une des parties les plus importantes de la musique; en effet, avec une instruc* tion facile à acquérir, tous les hommes, à peu d'exceptions près, peuvent apprendre cet art, et devenir, sinon de grands chanteurs, du moins de bons choristes ; tous ils peuvent se procurer une agréable récréation en exéciit:int les compositions des grands maîtres; se convaincre de leurs devoirs religieux en chantant des morceaux de mûsique religieuse , et puiser dans des chants patriotiques l'enthousiasme nécessaire pour accomplir les plus pé*

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