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«Art. X. Le présent arrêté
sera imprimé , lu , publie et affiché avec le nom des personnes que l'Assemblée va choisir et nommer pour former le comité permanent, en attendant que rassemblée des électeurs, convoquée pour Taprès-midi de cette même journée, ait de son côté choisi et nommé les membres qu'elle doit adjoindre à ceux nommés par l'assemblée générale.
« Et à rinstant même ont été nommés, pour composer le comité permanent:
« M. le prévôt des marchands {M, de FlesseUes),
a M, de Camy, procureur du rpi et de la ville.
« MM. Bt^mUt, Sagerety Fergne, Rouen, échevins.
« M. Feytard^ greffier en chef.
« Deux conseillers de ville et un quartinier.
« MM. le marquis de la Salle ^ l'abbé Fauchet, Tassin^ de Leutre, Quatremère, Dumangin, Girons conseillers; 1/ucloz au Fresnoffy Bancal des IS' sotz y Hyony Legrand de SaùU-Aené, JeantUy électeurs.
« M. Grêlé y citoyen.
« M. Mareau de SaiM-Méryy président des électeurs. »
C'est aussi à ces électeurs que Paris doit le rétablissement de sa milice, ^ui servit de modèle à l'organisation de la garde nationale. L'article y de l'arrêté dont nous venons de faire connaître quelques dispositions est ainsi conçu : « U sera demandé dans le moment même* à diaque district de former un état nominatif, d'abord de deux eents citoyens (lequel nombre sera augmenté successivement); ces citoyens doivent être connus et en état de porter les armes; ils seront réunis en corps de nUUceparisieime, pour veiller a la sâreté publique, suivant les instructions qui seront données à ce sujet par le cqinité permanent. »
Le jour même, aussitôt après son installation, le comité permanent rendît un arrêté relatif au prompt rétablissement de la milice parisienne.
« Le 14, M. de k Salle fiit nommé comBMndantdc k gatrde nationak sur
le refus du duc d'Aumont. Les eocardes vertes furent proscrites en haine du comte d'Artois, dont la maison portait cette couleur. Les rubans rose et bleu, couleurs de la ville, furent adoptés cour marques distinctives des soldats citoyens. Le comité des électeurs était permanent nuit et jour à l'hôtel de viHe. Il s'occupait de rorganisation de l'armée patriotique, tandis que les districts travaillaient à lui procurer des moyens de défense. Des députations continuelles accouraient demander qu'on distribuât les armes qui se trouvaient dans les dépôts publics.
Le prévôt des marchands, M. de FlesseUes, prodiguait les promesses, n'en exécutait aucune , et continuait d*aigrir les esprits déjà violemment indisposés contre lui. Le peuple se précipita en foule dans l'hôtel des Invalides , et y trouva vingt-huit mille fusils et vinet pièces de canon... Les députés de la Commune, envoyés au gouveroeur de la Bastille pour mettre un ternse aux hostilités, étaient porteurs da décret suivant :
« Le comité permanent de la milice parisienne, considérant qu'il ne doU y avoir à Paris aucune force nùRtaire qui ne soit dans les mains de la ville y charge les d^tés qu'U envoie à M. le marquis de Laanay, commandant de la Bastille, de lai demander sll est disposé à recevoir dans cette place les troupes de la milice parisienne, qui la gardenwt de concert avec les troupes qui s^ trouvent actuellement, et qui serai aux ordres de la ville.
« Fait à l'hôtel de vilk, ee 14 juillet 1789.
«Signé: db Flbssbxjj», prérll des marchands et président du comité; DB LA ViGHB, président des électeurs.*
Voilà comment se forma kl premièn ébauche de k Commune; créatiei toute spontanée, à laquelle k iinse éi la Bastille donna k oonsécratioB éi succès, et d'où sortit bientôt une institution plus routière et plus dufibh Un changwieBt devint néeessaôc, totsqu*on eut découvert k preuve es
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la trahison du prévôt des marchands, M. de Flesselles , qui , pendant Tattaque, écrivit au gouverneur de la Bastille : « Pamuse les Parisiens avec des « cocardes et des promesses ; tenez bon «jusqu'au soir, et vous aurez du rente fort. » Le malheureux paya de la vie cette criminelle duplicité. Le 16 juillet, après la visite du roi à rAsseniblée constituante, les électeurs, toujours réunis à Thôtel de ville, donnèrent un nouveau chef à la Commune. Ils confièrent les rênes de l'administration générale à Baillv,qui reçut alors le titre de maire de Paris; celui de prévôt des marchands fut supprimé.
£n même temps, ils mirent à la i tête de la milice le général de la Fayette, qui reçut le titre de com- I mandant général de la garde nationale. ! £>u reste, le triomphe du peuple, loin { d'exalter l'assemblée des électeurs, ne I fit que développer les sentiments de I modération dont elle avait toujours t donné des preuves. sOn peut en juger I par la réponse de son président, Moi reau de Saint-Méry, à la députation envoyée par TAssemblée constituante i à rhotel de ville : « Dites au roi , mesf, « sieurs, qu'il acquiert aujourd'hui le f « titre de père de ses sujets... Dites- I « lui que nous sommes prêts à tomber i; « â ses pieds. »
Lorsque Louis XVI eut l'heureuse i idée de venir se montrer un instant au
fieupie de la capitale, le nouveau maire ui fît le plus brillant accueil. A l'enj trée de la barrière , le roi fut reçu par i le corps municipal, ayant en tête p Bailly, qui lui présenta les clefs de 1^ ville sur un plat d'argent , et lui dit : j « Sire, l'apporte à Votre Majesté les <c clefs dfe sa bonne ville de Paris ; ce ^ « sont les mêmes qui ont été remises , a à Henri IV. Il avait reconquis son . « peuple : ici, c'est le peuple qui a re- «t conquis son roi.. . » A l'hôtel de ville , où il fut de nouveau harangué par Bailly et par Moreau de Saint - Méry, Louis XVI confirma, pour la forme, l'élection populaire du maire et .du commandant général de la garde nationale, élections qui furent bientôt
sanctionnées par les suffrages des districts.
La nouvelle Commune avait pris pour modèle la politique de l'Assemblée constituante; mais il s'en fallait ^e beaucoup que les districts fussent aussi modérés qu'elle, et ils ne se soumettaient qu'imparfaitement à sa direction. Ils étaient alors, par le fait, investis d'une grande puissance. «La révolution ayant renversé ou anéanti les tribunaux, leurs membres se dispersèrent d'eux-mêmes , et la justice distributive se trouva dévolue aux districts. La démission et surtout la fuite de M. de Crosne, lieutenant de police, entraîna la chute des commissaires du Châtelet, chargés de veiller à la police de leurs quartiers, de recevoir les plaintes des citoyens, d'envoyer les prévenus ou les accusés en prison , à la charge d'en faire leur rapport , dans les vingt-quatre heures, aux tribunaux qui devaient suivre la procédure. Les districts, assemblés dans leurs chefslieux, furent gardés par les bourgeois; tous concoururent à la formation de la garde nationale; chacun eut ses compagnies, chacun nomma ses officiers, et fut soumis au même règlement, signé par le maire de la commune, et accepté par la Fayette , commandant général de la milice nationale, li vint, en cette qualité, dans chaque district, recevoir le serment des officiers et des soldats. Tous les districts eurent aussi leur comité civil permanent; le service s'y fit exactement jour et nuit; deux ou trois commissaires y recevaient les plaintes des citoyens, ouvraient les ordres adressés par le maire ou par le commandant général, et les faisaient ensuite passer a l'officier de garde , qui les mettait à exécution.
a II serait difficile de se dissimuler que soixante administrations particulières, formées subitement comme autant de petites républiques, dans le sein de la capitale , of&aient de trèsgrands inconvénients, et embarrassaient beaucoup la marche de l'administration générale, dont les trois places
T. V. 27* Uvraism. (Dict. kngycl., etc.)
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principales étaient réunies sur une inénie tête.., La capitale fut plusieurs jours sans lois, sans magistrats, sans tribunaux; chacun voulait être iuge dans sa propre cause... Au coin ae la nnênie rue , on pouvait lire deux arrêtés de différents districts , dont l'un détruisait Fautre,.^ Du moment que les comités des districts furent dimi- PUé^ des deux tiers, quand ils concoururent de nouveau à la formation d'une municipalité provisoire, en choisissant chacun cinq représentants dopt SQÎXjante ^administrèrent , et furent, pour ainsi dire , le conseil du maire ; pendant que les iew^ cent quarante autres les surveillèrent et s'occupèrent de la rédaction d'un plan de municipalité, ils remirent une partie de l'autorité à leurs représentants; ils renoncèrent aux réformes et aux améliorations qu'ils n'auraient jamais pu réaliser, et se bornèrent à remplir, dans leur arrondissement, les fonctions des anciens commissaires du Châtelet , pour la police distributive ; ils veillèrent spécialement à ce que les boulangers fissent un nombre de cuissons proportionné à la quantité de farine qu'ils reçurent de la municipalité, ou qu'Us achetèrent eux-mêmes des fermi<9!^ et des laboureurs...
« La discussion du plan de muniej- . palité dans tous les districts contribua beaucoup à donper aux citoyens des notions précises sur plusieurs vérités auxquelles Le plus grand nombre d'entre eux n'avait jamais réfléchi.., ]!^ous n'entrerons point dans le détail de ce plan V qui ne fut que provisoire. Nous nous bornerons à dire qu'avec tous ses défauts, il fut très-utile à I9 capitale et à tout le royaume ; que sou comité des subsistances , en particulier , a sjauvé Paris de la famine; que les représentants de la Conununes élu3 d'abord au nombre de cent vinet , puis portés à cent quatre-vingts , demeurèrent fixés à trois cents ; que des lieutenants de -maire, sur la demande de M. Bailly, furent établis dans les divers départements, et que les mesures les plus sages furent prises pour accélérer et faciliter les travaux de l'administra-
tion , et assurer le maintien du bon ordre et de la tranquillité publique.
« Une autre opération , non moins importante, fut l'organisation de la garde nationale de Paris , et Tincorporation des gardes françaises dans les rangs de cette milice. M. de la Fayette présenta un plan simple , que la Corninune de Paris et les districts eurent le bon esprit d'adopter provisoirement Il composa l'infanterie parisienne de trente et un mille hommes , dont mille officiers, et la divisa en deux corps, l'un de six mille hofrimes soldés ; Taih tre , de vingt-quatre mille non soldés, tirés de la bourgeoisie.
« Paris fut partagé en six divisioos de dix districts chacune. Un commandant fut créé pour chaque division , ft l'on établit dans chaque district un bataillon composé de cinq compagnies de cent hommes chacune, dont une, soldée et casernée , fut placée au milieu des quatre bourgeoises , sous le nom de compagnies du centre. On laissa aux districts l'élection de leors chefs militaires ; celle des six commandants fut attribuée à une assemblée de division formée des repré^tants des districts... Le droit d^élîre le commandant général fut déclaré a|h partenir aux districts, et l'on assujettit cette éjeption aux mêmes formalités que celte du maire. »
Dans les districts, c'était l'influenee du peuple qui dominait; tandfs fK celle de la classe bourgeoise avait k dessus à la Commune. Ce désaci^ fut , dans la suite , la source des pbs grands malheurs. Le passage qai suit montrera combien les avis dînéraieBt sur la manière de comprendre la sature des attributions et la part de poih voir réservées au corps municipal et à son chef, « Ceux en (^ni la révdutîo n'avait pu déracine^r les préîagésée l'ancien régime , voulaient faire Ai maire une espèce de lieutenant dej»lice, et de la municipalité tin Ikiic* de ville. Leur imagtnation ne s'éUfr dait pas au delà du cercle de la j^' mière administration , et ne learjpn* sentait rien de mieux qu^on prévit ds marchands , des éelièvms et det q1ia^
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tloiers. D'autres prétipndaieiit faire de PâfiB une espèce de république dont le maire eût été le do|;e , la municipalité le fiénai, et les districts rassemblée du peuple. La plupart même des dii^tHcts abusant du principe que la nation est la source essentielle de toute puissance , et que les mandataires ne doivetit pas être supérieurs à leurs commettants, s'arrogeaient le droit de subordonner à leurs décisions les arrêtés de la Commune^ et celui de les eensurer. Os ne voulaient pas voir que chaque district en particulier n'est qu'une sectioU du corps entier dont elle ne peut sans usurpation s'attribuer la puissance dans toute sa plénitude , et qu'elle doit être nécessairement dé»
pendante de la réunion des représentants de ce corps , relativement à la Dortion de pouvoir qui leur a été connée. »
Le SO juillet , l'assemblée générale des électeurs et le comité permanent avaient abdiqué leurs fonctions exceptionnelles, et fait place à un conseil de cent vingt membres élus par les soixante districts. Ces nouveaux conseillers (eha(|ue district en avait norïimé deux) prirent le titré de représentants dé la Commune de Paris, Ils suivirent les errements de leurs prédécesseurs, et confirmèt'eht plusieurs arrêtés qui avaient eu pour obiet d'eiitravei^ le développement de la puissance populaire , laquelle commençait à inspirer des craintes sérieuses à la 4)Ourgeoisîe. La mésiiitelligence entre la Commune et les districts ne cessa pas pour cela; aucontraii'e, elle alla toujours en augmentant. La presse accusa la Commune de vouloir rétablir le despotisme bourgeois y et rem- {)lacer l'aristocratie de naissance par 'aristocratie d'argent. La Commune eut beau répondre aux attaques des journaux par des mesures répressives, sa sévérité n'eut d'autre résultat que de lui Aire perdre tout ce qui lui restait de son ancienne popularité. Le 5 .octobre , elle se vit obligée, par une insurrection populaire, d'aller elleméioe chercher le roi à Versailles, €t de le rameâei^ à Paris. Un peu
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plus tard , he pouvant suffire aux travaux dont elle était surchargée, la Commune se fit adjoindre soixante nouveaux membres et soixante suppléants, ce qui porta sou personnel à deux cent qarante officiers municipaux, divisés en plusieurs comités. Pour résister avec moins de désavantage aux pirogrès constants du parti révoîutioniiaire , elle institua un comité des recherches; mais cette nouvelle institution ne tarda pas à devenir un auxiliaire pour ceux-là même qu'elle devait reprimer. C'était principalement sur la garde nationale que comptait la Commune pour maintenir son autorité
chancelante ; le serment prêté par les officiers de cette milice .était ainsi conçu : « Je jure d'être fidèle à la nation , au roi , à la loi , et à la Comniime de Paris. » Mais toutes ces précautions ne purent empêcher la révolution naissante de prendre son essor. Énergiquement attaqué par Marat et par Danton , qui dominaient {e district des Cordeliers, affaibli par des divisions intestines , entravé uans sa inarche par les vices d'une organisation sans unité , le conseil de la Conrimqne vit d'ahord s'élever à l'archevêché Une autorité rivale ; et le bureau finit par se séparer de l'assemblée générale , qui donna sa dénû;ssîon.
Alors, par son décret du 21 mai 1790, l'Assemblée constituante organisa définitivement la municipalité de Paris. Ce décret divisait la Commune en quarante-huit sections, et instituait un maire et seize administrateurs composant le bureau , trente-deux membres formant un conseil municipal , et quatre-vingt-seize notables qui , réunis au bureau et au conseil municipal, composaient le conseil général. Au-»
près de ces conseils étaient un procureur de la Commune et deux substituts. M. Bailly resta toujours maire; mais cette municipalité définitive ne fut pas plus heureuse que celles qui l'avaient précédée. Elle s'usa dans sa lutte avec le peuple; et, après l'arrestation de Louis XVI à Varennes, elle eh vint à cette extrémité de faire tîrer sût le peuple. Le 17 juillet, Bailly et
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la Fayette dispersèrent par la force les pétitionnaires du Champ de Mars, qui prétendaient que la fuite du roi entraînait nécessairement sa déchéance.
L'Assemblée constituante approuva la conduite de la Commune; mais, peu de temps après , M. Baiiiy, ne se sentant pas de force à conserver plus longtemps une autorité aussi pesante, donna sa démission (19 septembre 1791)* Toutefois, il continua d'exercer ses fonctions jusqu'au commencement du mois de novembre suivant.
' Telle fut la première Commune, celle que Ton pourrait appeler la Commune de la Constituante y parce qu'elle se plaça constamment sous Tégide de cette assemblée célèbre. Son caractère distinctif fut une modération extrême et un inébranlable attachement à l'ancienne dynastie. Son maire, l'un des membres les plus distingués de la (Constituante, régla toujours sa politique sur celle de cette assemblée, qui voulait sincèrement le régime constitutionnel, mais qui se flattait à tort de pouvoir convertir à ce régime l'héritier des anciens rois absolus. Comme le maire, le commandant de la garde nationale faisait partie de l'Assemblée constituante. La conformité d'opinions qui existait entre M. Baiiiy et le générai la Fayette aurait pu donner de la vigueur à Faction de la Commune, si les intrigues de la cour n'étaient pas venues traverser toutes leurs opérations , et n'avaient pas fini par compromettre la considération de ces deux hommes , si estimables à tant de titres, mais manquant l'un et l'autre de cette force de caractère indispensable pour se diriger sûrement dans un temps de révolution. Moins faciles à tromper, et péchant par un excès d'énergie plutôt
3ue par un excès de modération, les istricts n'espéraient plus rien de l'ancienne dynastie. Beaucoup d'entre eux inclinaient vers la branche d'Orléans, dans la croyance qu'une nouvelle famille accepterait seule les conséquences d'un nouveau réginae ; d'autres se sentaient déjà emportés vaguement vers des idées républicaines; persuadés que
le peuple ne pourrait jamais reconquérir sa dignité que sous le règne de la démocratie. Les fautes et les malheurs de Louis XYI ayant domaé raison aux districts contre la Commune et contre la majorité de la Constituante, il fallut songer à une organisation mieux appropriée aux circonstances.
Environ un mois et demi après la dissolution de la Constituante, une nouvelle municipalité prit la direction de la capitale. Le 14 novembre 1791, Pétion, quoiqu'il eût pour concurrents M. Dandré et le général la Fayette, fut élu maire à la place de Bailly. Aucun membre de Tancienoe assemblée, si ce n'est Robespierre, n'était alors aussi populaire que Pétion ; l'un et l'autre s'étaient fait r^ marquer à la tribune nationale par l'ardeur de leur patriotisme, et le peuple leur en avait témoigné sa r^ connaissance en les portant tous les deux en triomphe. L'élection de Pétion acquit encore plus d'importance par les autres choix qui l'accompagnèrent. Manuel devint procureur & la Commune, et on lui donna Danton pour substitut. Robespierre, qui remplissait alors les fonctions d'accusateur public (*), n'entra pas dans la nouvelle Commune^ mais il n'en resta pas moins d'acoord avec ses chefs. Ceux-ci recherchèrent en outre l'appui de Camille-Desmoulins , Billaud-Yarennes, Tallien, CoUot-d'Hérbois, Marat, qui jouissaient d'une assez grande influence dans leurs sections respectives.
Par Robespierre , la Commune disposait du club des jacobins ; par Danton , elle disposait de celui des cordeliers; or, ces deux clubs étaient les plus renommés, les plus nombreux, et \%& plus énergiques. L'organisation du corps municipal ne fut complètement arrêtée qu'en janvier 1792. Void les noms des vingt -quatre menibrcs qui le composaient: Dussault, Oavière , Cbambon , Thomas , Sergent, Boucher-Saint -Sauveur, Biderroano, PatriSy Boucher - René , Moucbettc,
(*) Il avait été nommé en juin 1791, flC donna sa démission en avril 179a.
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Osselin , Leroi , Mollard , Hu , Jurie , Ferai, Lefebure, Guyard, Guinot, Thérein , Panis , Debourges , Dreue , L.emetayer. Une particularité assez remarquable , c'est que l'un des secrétaires-ereffiersdu maire était M. Royer- Collard; en sa qualité d'adjoint, il signa avec Pétion , entre autres arrêtés, celui du 11 février 1792, sur les piques.
Dans ses débats avec la cour, qui n'était que trop souvent secondée par le conseil des ministres, la Constituante avait pris pour auxiliaire la Commune, et elle en avait fait son pouvoir exécutif à elle ; pouvoir exécutif (]uasi - populaire , qui lui permit de déjouer les manœuvres de l'aristocratie nobiliaire. Moins docile que la première , la seconde Commune suivit ses propres inspirations; l'une avait été constitutionnelle, l'autre laissa per* cer des tendances républicaines, et elle entraîna dans sa marche l'Assemblée législative, qui n'était pas à la hauteur de la circonstance. D'intelligence avec la minorité de cette assemblée, et soutenue par le parti j)opulaire, elle répondit par des attaques ouvertes aux attaques sourdes du château. Lorsqu'elle vit l'étranger et la cour conspirer ensemble pour étouffer la révolution , elle se changea en pouvoir insurrectionnel. Bientôt la journée du 10 août 1792 , préparée par celle du 20 juin , vint porter le dernier coup à l'ancienne monarchie. Cette journée fut l'ouvrage des deux partis qui devaient , plus tard , se combattre sous le nom de girondins et de montagnards, mais qui, à ce moment, agissaient de concert. Les deux hommes qui y contribuèrent le plus furent Barbaroux pour les girondins, et Danton pour les montagnards. Comme contingent, les députés des départements fournirent les fédérés de Marseille et de la Bretagne; Paris envoya ses clubs, ses faubourgs, toute la partie énergique de sa population. Billaud-Varennes prêta main -forte à Danton , qui pava de sa personne, ainsi que Camillel>esrooulins et Barbaroux. Des réunions secrètes avaient précédé l'atta-
que ; elles se tenaient à Charenton , chezVilate (Voyez Comité central des fédérés^ p. 346). Toutefois, il faut le dire, l'immense majorité de la France trempait dans cette conjuration qui eut un cachet éminemment populaire. Pétion , en sa qualité de maire , joua un rôle moins ostensible que Danton et Barbaroux; cependant il se prêta à tout avec une complaisance qui ne permet pas de douter qu'il fût dans le secret des chefs de l'insurrection.
La défaite du pouvoir royal motiva un nouveau changement dans 4'organisation de la Commune. Les membres de la municipalité du 14 novembre 1791 étaient loin d'appartenir tous au même parti. Les uns, partageant les sentiments d'une portion de l'Assenâbiée législative , travaillaient dans l'intérêt de la classe bourgeoise et de la famille d'Orléans; les autres, radiealement populaires, ne voyaient*plus de salut que dans l'établissenient de ia république ; nous ne parlons pas de ceux qui , fidèles aux errements de la Commune du 14 juillet 1791 , avaient toujours voté pour le système deBailly et de la Fayette , et s'étaient opposés , dès les premières séances de cette municipalité, à ce qu'on enlevât leurs bustes de la salle ues délibérations du conseil ; la journée du 10 août , faite sans eux et contre eux , finit par leur enlever toute influence.
Comme les circonstances réclamaient une grande énergie , les modérés n'avaient que peu de chances en leur faveur ; ce qui devait encore avancer leur défaite , c'était qu'une partie considérable de la bourgeoisie désirait la république avec autant d'ardeur que le peuple. L'union des montagnards et des girondins , c'est-à-dire , des partisans de la république , les uns au profit de la bourgeoisie , les autres au profit des masses, paralysa toutes les forces de ceux ^ui désiraient encore le régime constitutionnel compris à la manière tles Anglais , et l'avénement au trône de la ifamille d'Orléans, qui leur semblait appelée à devenir pour la France ce qu'avait été la mai*
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son de Itànovre pour l'Ang1etenre« Alors, dans la nuit du ô au 10 août^ èentqaatre-iririgts députés des5ectioni| kè présentêfetit à ilidtcl de ville et Ton vit sUrgir une municipalité émit nemmeht démôoi'atique, eelle que Ton désigne ordIhairemeDt sdus le nom de commune du 10 août, parce qu'elle se constitua d'elle-même la veille d^ cette révolution.
^ Le 10 août devait ruiner les affaires des constitutionnels qui avaient placé leur espoir dans la branche cadette, àus^i bien que celles des constitutionnels qui tenaient encore pour la branche aînée. Gela est si vrai^lque lé chef de la famille d'Orléans commençait à se faire républicain. Il ne s'agissait plus que de savoir qui l'emporterai^ des giron* dins ou deâ montagnards. Tout indij^uait que les girondins deviendraient
Erépondérants dans le sein de rAssem* lée législative, tandis que les monta* gnai^s prendraient le dessus à la Commune. C'est en effet ee qui arriva.
La nduvelle municipalité fut éminemment populaire. Dans le tenouvellement du mininère, les girondins eurent cinq ministres sur six ; mais Danton , qui reçut le portefeuille de la justice , était destiné par son éner-
fie , et avec l'appui de la Commune , dominer le nouveau cabinet; et, comme il l'avoua lui-même, porté au ministère par un boulet de canon , il fut le ministre de la révolution. Ainsi donc , la Journée du 10 août tourna d'abord contre les Girondins.
Non-seulement la commune du 10 août eut un caractère démocratique, mais,poul* cela même qu'elle avait une origine insurrectionnelle, elle fut envahie par le peuple, qui vint s'asseoir en ma!ti*e dans les salles de Thâtel de ville. Jnsque-là , le conseil général n'avait été qu'une réunion d'officiers municipaux délibérant en commua avec le maire , et lui soumettant son avis ; dans la nuit du 9 août , il se transforma en une assemblée souveraine, et imposant sa volonté au maire. Ce fut comme une commission de salut public, investie des pouvoirs les plus étendus, et regardant son autorité
comme supérieure à edle dQ l'As* semblée législative. On ^ûl dit une Convention au petit pied , [et toute parisienne , en attendant la grande Convention nationale. On èû jugera p^r la citation suivante, qui n'est autre cbose que le commencement du procès-verbal de la première séance du nouveau conseil général : « L'As- « semblée des commissaires de la mu- « nîcipalitédes sections réunies , arec « pleins pouvoirs de sauver la chose ^u- « blique , considérant que la première « mesure de salut public exi|;eait de « s'emparer de tous les pouvoirs quela « Commune avait délégués, et d'oter à « l'état-major l'influence malbeureose ^ qu'jl a eue jusqu'ici sur le sort de « la liberté ;
« Arrête : 1» gue l'état-mayor sera « suspendu provisoirement de ses fonp* 9i lions; U** que le conseil général delà « Commune sera également Suspda « provisoirement , et oue M. lenuiire, « M. le procureur de la Commune, et « les seize administrateurs , contiDQ^ « ront leurs fonctions adMnisM « v^s. »
Ainsi, dès leur début, les codimS' saires des sections renversent tdat ce qu'avait fait la Législative pour rendre la garde nationale indépendante de l'autorité de la Commune; ils suspendent provisoirement ou plutôt ils cassent 1 ancien conseil général, aul aussitôt leur cède la salle des séances; ^nfin, s^ils conservent le maire, Toû dés partisans des girondins , c'est à la cpndition qu'il se bornera à des fon^ tions administratives, et, pourroiem le lui faire comprendre , i\é maintiennent au même titre les seize administrateurs. A partir de cette époque, « effet, Pétion ne fut plus maire que de nom. Dans la même séance, l'asseffi* b|ée des commissaires des sections a^ réte qu'ilsera nommé un commandaiil général provisoire, quoiqu'un décret de la Législative, en date du 12^ tembre 1791 , eût supprimé le grade de commandant général de la garae nationale, et décidé que chacun desebeft de légion commanderait tour à tour pendant un mois. Dès lors, la foitv
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rablique fut remise aux mains de la Commune, comme en 1789; et la no* mînatîon de Santerre au grade de cefnmandant général, nomination faite 8ur4e-ohamp et à runanimité, lui ea assura la librç disposition. Upe autre circonstance qui mérite d'être rapportée , c'est qu'il fut décidé que les bustes de Louis XYI, Bailly, Neoker et la IFayettè, seraient otés de la maison commune. Ou les descendit à l'instant, et ils firent mutilés au milieu des applaudissements des spectateurs.
Cfaâumette, qui présidait la séance, fut lîommé secrétaire - adjoint , ainsi que Coulombeau. Il nous reste à dire <ïomment était composée cette assemblée des commissaires des sections , qui, sous le nom de conseil général, dirigea pendant plusieurs mois les opérations de la Commune du 10 août , ou, si Ton veut, de la Commune des sections. Chacune des quarante-huit sections avait nommé six commissaires avec des pouvoirs illimités; ce qui portait à deux cent quatre-vingt-huit le nombre total des itoembres de l'assemblée {%
(*) Tableau des commissaires des quarante^ huit sections qui ont composé le conseil général de la commune , le lo août 179a.