U GUERRES L'UNIVERS. GUERRES
Orléans, assiégée, ne fut sauvée que par l'assassinat du duc de Guise. Enfin un traité de pacification, publié sous forme d'édit royal, fut signé à Amboise le 12 mars 1563.
II. La guerre recommença quatre ans plus tard. Ce furent encore les huguenots qui reprirent les armes. Ils surent si bien cacher leurs projets, que la cour, qui se trouvait à Monceaux, en Brie, était plongée dans les fêtes lorsque, le 27 septembre 1567, le royaume se trouva subitement couvert dé gens armés. « En un seul jour, dit Pasquier, il y eut cinquante pinces prises.» Le projet des insurgés était d'enlever la cour ; mais il échoua, grâce à l'activité et au sang-froid déployés par Catherine. Les réformés, battus à Saint- Denis (10 novembre), se joignirent, en 1568, à dix mille reitres amenés d'Allemagne par Jean Casimir, débloquèrent Orléans, prirent Blois et Beaugency, et se réunirent, en outre, à l'armée du Midi, qui, de son côté, s'était emparée de Montpellier, de Nîmes et de Montauban. Néanmoins les réformés, qui par leurs brigandages ameutaient partout la population, et dont le nombre allait sans cesse en diminuant, furent forcés d'accepter une nouvelle paix que leur proposa Catherine; et le 28 mars 1568, l'édit d'Amboise fut rétabli sans restriction. Mais ce fut plutôt une trêve qu'une paix réelle.
. III. Une tentative faite par Catherine de Médicis au mois d'août 1568, pour enlever Çondé et Coligny, et un edit du 28 septembre défendant, sous peine de mort, l'exercice de tout autre culte que le culte catholique, firent insurger les huguenots; et cette fois la guerre fut atroce des deux côtés. On ne lit plus de prisonuiers; les femmes et les enfants furent massacrés sans pitié. Les hostilités, après s'être prolongées sans résultat jusqu'à la fin de l'année, entre la Charente et la Loire, recommencèrent avec vigueur au printemps suivant.
Le 13 mars 1569, les protestants, dans la retraitequ'ils opéraient vers la Loire, furent défaits près de Jarnae. Le prince de Condé, leur chef, y périt. Henri de Navarre, âgé seulement de quinze ans, fut élu généralissime à la place du prince,
sous la direction des deux Châtillon , dont l'un , d'Andelot , vint bientôt à mourir, de manière que Coligny se trouva seul chargé du commandement de son parti. Il releva le courage des siens; opéra, le 11 juin, sa jonction avec les troupes allemandes amenées par le duc de Deux-Ponts, puis par le comte Mansfeld. Vainqueurs au combat de la Roche-Abeille (23 juin), les réformés furent obligés de lever le siège de Poitiers, défendu par les ducs de Guise et de Mayenne. Après un échec éprouvé sur la Duie, ils «furent de nouveau complètement défaits à la bataille de Moncontour (3 octobre). Ils perdirent , en outre, Saint-Jean-d'Angely, qui capitula le 3 octobre, non sans avoir tait une vigoureuse résistance. Mais ils se relevèrent de ces échecs , et, pendant que Lanoue remportait dans la Saintonge de brillants avantages, Coligny traversa la France, gagna une victoire à Arnay-le-Duc (26 juin 1570), et arriva sur le Loing. Il proposa alors la paix, qui fut signée à Saint-Germain le 8 aoiU 1570.
IV. Le massacre de la Saint-Barthélémy, le 21 aoiit 1572, donna le signal d'une nouvelle guerre civile. Une fois le premier moment de terreur passé, la Rochelle, Montauban, Nîmes, Sancerre, le haut Languedoc et la Guienne se révoltèrent. La guerre ne fut pas longue ; les deux partis étaient également épuisés. Partout les réformés se défendirent en désespérés : Sancerre, dans le Berry , ne capitula qu'après une résistance héroïque; ta Rochelle soutint 29 assauts , et finit par imposer aux catholiques une paix confirmée par l'édit de Boulogne (6 juillet 1573), et qui accorda aux protestants amnistie, réintégration dans leurs biens et honneurs, liberté de conscience, liberté du culte dans la Rochelle, Nîmes, Montauban, etc.
V. Les hostilités recommencèrent en avril 1574, par suite de la découverte d'un vaste complot ourdi par les protestants , le roi de Navarre, le duc d'Aleneon , les Montmorency (chefs du parti politique), sous les auspices de l'ambassadeur d'Angleterre. Le Lyonnais , le Dauphiné et le Poitou s'insurgèrent ; Montgommery , qui débarqua en Nor-
GUERRES FR
mandie avec les secours fournis par ta reine Elisabeth, fut défait , pris et mis à mort. La guerre traîna en longueur, par suite de la mort de Charles IX et de l'absence de Henri III , et ne fut reprise avec vigueur qu'après la grande assemblée tenue à Milhaud le 10 février 1575, assemblée où fut resserrée l'alliance des huguenots et des politiques.
Le duc d'Alençon, frère du roi , vint se mettre à leur tête. Malgré la victoire remportée à Fismes par le duc de Guise, la cour fut obligée de céder, et \apaix de Monsieur fut signée près de Château- Landon.
VI. L'assemblée des états généraux à Blois ayant été convoquée suivant les conventions de la paix de Monsieur , décréta à l'unanimité que le roi serait supplié de ne souffrir qu'une seule religion dans son royaume , et de supprimer les édits de pacification. Le roi déclara aussitôt (1er janvier 1577) qu'il révoquait son dernier édit. Cette déclaration fut le signal de la guerre. Le roi de Navarre s'empara de Périgueux , de la Réole et de Marmande, tandis que Lanoue s'insurgeait dans le Poitou.
Mais de leur côté, les ducs d'Alençon et de Guise s'emparèrent de la Charité et d'Issoire, Mayenne des villes de l'Aunis. La flotte rochelloise fut détruite, et le roi de Navarre réduit à faire dans la Guienne une guerre de partisan. Ces revers décidèrent les réformés à demander la paix, signée à Bergerac le 17 septembre 1577.
V II. Nous avons raconté à l'article Guerre des amoubeux la septième guerre civile, qui commença au mois de mai 1580, et fut terminée par la paix de Fleix , le 26 novembre.
VIII. Aussitôt que Catherine de Médiciseut signé, au nom de Henri III, le traité de Nemours avec les Guises (5 juillet 1583), traité par lequel le roi s'engageait , entre autres conditions , à défendre l'exercice du calvinisme, et à reprendre aux protestants leurs places de sûreté, la huitième guerre civile recommença ; elle devait être la dernière du siècle , et durer treize ans. Le pape Sixte-Quintcommença par excommunier le roi de Navarre et le prince de Condé. Celui-ci , par une manœuvre inhabile , se trouva enfermé dans l'Anjou, d'où il
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pat à grand'peine traverser le Maine et la Normandie, et se réfugier en Angleterre (1586). Quant au roi de Navarre, il ne fit qu'une guerre de partisan dans les alentours de la Rochelle.
En Provence, Lesdiguières, après avoir défait les catholiques , fut forcé de se retirer dans le Dauphiné. L'année 1587 fut signalée par la victoire de Coutras, et par la défaite des ^Allemands en Champagne, en Bourgogne et en Alsace par le duc de Guise. Pour les autres événements de cette guerre , qui changea de face par l'assassinat de Henri III (1er août 1589), nous en parlerons aux articles Henbi III et Henbi IV, et Ligue. (Voy. aussi Gubrrb dbs tbois Henbi.)
IX. Ert 1620, quand la guerre civile eut été terminée par la paix d'Angers, Louis XIII, malgré les réclamations des assemblées protestantes, se rendit avec son armée dans le Béarn, où H rétablit le culte catholique, proscrit jadis par Jeanne d'Albret. Cette expédition lit éclater une révolte que les promesses de la cour aux réformes avaient seules pu retarder. Tout le Midi se souleva. Les protestants tinrent une grande assemblée à la Rochelle, assemblée qui partagea les 722 églises réformées en huit cercles. Ils levèrent des troupes, des subsides , et firent appel à leurs coreligionnaires des pays étrangers. Leur but n'était pas douteux. « Ils tendaient visiblement, dit Fontenay- Mareuil , par toutes leurs actions , à l'indépendance, pour former une république à l'instar des Provinces-Unies. »
Louis XIII se mit lui-même à la tête de son armée. En 1621, Saumur, Saint- Jean d'Angély, les villes de la Guienne, tombèrent au pouvoir des catholiques; Montauban, assiégé pendant trois mois, se défendit si vigoureusement, que le roi fut forcé de lever le siège, avec perte de 8,000 hommes (15 novembre). L'année suivante, la guerre fut reprise avec une nouvelle vigueur. L'armée de Soubise , composée de 6 à 7,000 réformés , et retranchée dans les marais de Rié et de Saint-Gilles , fut entièrement détruite. Pendant que La Force vendait Montauban pour 200,000 écus , que d'autres défections se succédaient rapidement parmi les calvinistes , le roi
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s'emparait successivement de Tonneins, enleva leurs places de sûreté et leurs
de Privas, de Nîmes et d'Uzès . Enfin il forteresses , et abolit leurs privilèges , vint mettre te siège devant Montpellier, leurs assemblées , et leur organisation Ces revers forcèrent les huguenots à de- par églises. Dès lors le parti huguenot
mander la paix. Un traité fut conclu à cessa d'exister comme parti politique;
Montpellier, le 9 novembre 1623, traité et la révocation de l'édit de Nantes lui
qui confirmait avec plusieurs restric- enleva, à la (in du siècle, les faibles
tions importantes l'édit de Nantes , et privilèges qu'il pouvait avoir conser-
réduisait aux places de la Rochelle et vés.
de Montauban les villes de sûreté ac- XII. Pour la guerre de religion qui
cordées au protestantisme. eut lieu dans les dernières années de
X. Le traité de Montpellier ne fut Louis XIV, voyez Ca mis ards, Cavapas exécuté très-fidèlement par le gou- lier , Cévennes et Dragonnades. vernement du roi , qui cherchait tous Guerres d'Italie. (Voyez Italie les moyens d'en éluder les conventions, et Rivalité de la France et de La Aussi en 1625 , au moment où Riche- maison d'Autriche.)
lieu s'occupait uniquement de ses pro- Guet. Ce terme, synonyme de garde,
jets contre la maison d'Autriche, les dérive de l'allemand wachte , comme
huguenots , travaillés secrètement par on s'en convaincra en examinant les di-
l'Espagne , prirent les armes. Soubise verses formes sous lesquelles il se ren-
remporta deux victoires sur l'armée contre dans les actes et chroniques du
royale, et s'empara des côtes du Poitou moyen âge : wacta , guayta , gaita,
pendant que le duc de Rohan soulevait guetta, guetus. le Languedoc ; mais il fut battu à son Dans toutes les coutumes locales , il
tour par la flotte royale , et obligé de est fait mention expresse de l'obligation
s'enfuir en Angleterre. Malgré ces suc- du guet du château imposée aux vas-
cès, Richelieu, inquiet des affaires exté- saux. D'un autre côté, lorsque lesbour-
rieures et des complots qui se tramaient geois obtinrent des franchises commu-
sans cesse contre lui à la cour , accorda nales, ils considérèrent le droit de faire
le 5 février 1625, aux calvinistes, le re- le guet dans leurs villes , de se garder
nouvellement du traité de Montpellier, eux-mêmes , comme une précieuse ga-
XI. Les intrigues de l'Angleterre et rantie du maintien de leurs libertés, de l'Espagne rallumèrent les hostilités puisque ce droit laissait des armes dans en 1627 ; mais Richelieu résolut d'en leurs mains. Les barons exigeaient que finir. La Rochelle fut assiégée, et mal- leurs vassaux vinssent à tour de rôle gré les secours que l'Angleterre lui en- faire le guet au château. Mais , en Brevoya, elle fut forcée de se rendre, le 28 tagne, ce droit n'était reconnu « qu'auoctobre 1628, après 14 mois de siège, tant que la forteresse était en assez bon Ce fut un coup mortel porté à la fois et état de défense pour pouvoir servir de aux idées d'indépendance du protestan- refuge aux hommes du fief pendant la tisme, et aux rébellions sans cesse re- guerre.»
naissantes de la noblesse. Rohan qui , En 1451 , le duc Pierre II ayant appendant ce temps, s'était défendu avec pris que, dans plusieurs seigneuries habileté dans le Languedoc, signa avec dont les châteaux avaient été démantel'Espagne un traité de subsides qui ne lés, les vassaux n'en étaient pas moins put retarder que de quelques mois la soumis aux devoirs d'assens de guet, ruine de son parti. En 1629, Privas fut s'empressa de remédier à cet abus. Dès pris, et ses habitants envoyés aux galè- l'an 1420, d'ailleurs, le duc Jean V, tout res ; des troupes catholiques parcouru- en tolérant la conversion du droit de rent en tous les sens les Cévennes, guet par certains seigneurs en rededétruisant , incendiant les châteaux, vance pécuniaire, avait décidé, aux états massacrant sans pitié les insurgés. En- de Vannes, que ce droit ne passerait pas fin Alais ayant été pris , les huguenots 6 sous par an , qu'il ne serait point esne pouvant plus continuer la guerre , timé rente foncière, et que ceux qui fesignèrent dans cette ville un traité qui , raient réellement le guet ne le payeen leur laissant la liberté de culte, leur raient pas.
GUET
Les rois de France, par leurs ordonnances , accordèrent aussi la faculté de payer un droit de guet si Ton ne voulait faire le guet en personne. Louis XI en 1479, et Louis XII en 1504 , prescrivent :
1° Que le guet se fera dans les places fortes qui sont de frontière , et ou Ton a accoutumé de le faire, une fois le mois, en tout temps , par chaque chef de famille.
2° Qu'à défaut de le faire , chacun payera 5 deniers tournois; « mais qu'au regard de ceux qui ont accoutumé de payer moins, et de faire ledit guet moins qu'une fois le mois, ils ne feront le guet et ne payeront pour défaut, sinon en la manière qu'ils ont accoutumé. »
3e Que le guet se fera ou se payera de même dans les autres places fortes ès quelles l'on a accoutumé de le faire, nonobstant qu'elles ne soient pas en lieux de frontière; et ce, seulement en temps de guerre et éminent péril.
4° Qu'on ne payera que 3 deniers pour le défaut du guet, dans ces dernières places, «en temps sûr et de paix. >»
.">" Les individus ne payant que 5 sous de taille et au-dessous, l'es veuves sans enfants mâles âgés de 18 ans, etc., sont exempts de cette charge.
6° La redevance ne peut s'exiger que par les voies de justice; mais les récalcitrants payeront le double.
Par le mot guet , joint à celui de garde, on désignait aussi un serv ice de patrouilles et de postes, soit dans l'enceinte d'une ville , soit dans les lieux environnants. Le guet de mer était un genre de guet et garde , que les habitants des paroisses, bourgs et villages, situés le long des côtes, étaient tenus de faire en temps de paix et en temps de guerre. On réservait le nom de garde des côtes au même service , lorsqu'il se faisait en temps de guerre.
Si nous considérons le mot guet dans sa seconde acception, celle de garde de nuit, tout nous porte à croire que , jusqu'aux dernières années du douzième siècle, il désigna une institution exclusivement civile, semblable à notre garde nationale. Le même nom ne fut sans doute étendu que plus tard aux compa-
gnies régulières, organisées militairement pour le service intérieur des grandes villes. Un capitulaire de Clotaire II , de 595, portait que lorsqu'un vol serait commis de nuit , les hommes de garde, dans le quartier , en répondraient s'ils n'arrêtaient pas le voleur ; que si celuici, fuyant, était vu par les gardes d'un autre quartier, et qu'ils négligeassent de l'arrêter, la perte causée par le vol retomberait sur eux , sans compter qu'ils payeraient 5 sous d'amende ; qu'il en serait de même de quartier en quartier, jusqu'au troisième inclusivement.
Charlemagne , par ses capitulaires de 803 et de 81 3, confirma ces dispositions. Charles le Chauve veilla aussi à la stricte observation des édits de ses prédécesseurs sur cette matière.
Dès le commencement du onzième siècle, on trouve ce service parfaitement régularisé à Paris. Chaque métier y devait faire à son tour les gardes de nuit. Cependant, il y avait, comme aujourd'hui, des exceptions. Un individu âgé de 60 ans, ou boiteux, estropié, mutilé, était exempt de droit. Les maîtres et les jurés de tous les métiers de Paris jouissaient du même privilège. Le bourgeois dont la femme était en couche , pouvait se dispenser de son tour de service, en prévenant l'officier cjui commandait le guet. Tous les métiers peu considérés, les étuveurs, les gagne-petit, les écorcheurs , etc., étaient également exemptés du guet. Il en était de même de ceux dont les travaux servaient à l'équipement ou à l'armement des chevaliers et des gens de guerre, ou qui se trouvaient, par leur profession, en rapport direct soit avec les grands et les riches , soit avec le clergé. De ce nombre étaient : les peintres , ymagiers , chasubliers, selliers, tailleurs, libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains, tondeurs de drap, tailleurs de pierre, bateliers , archers , haubergiers, buffetiers, faiseurs de gants de laine , chapeliers , bonnetiers , faiseurs de nattes, braeliers (fabricants de braies, dehautsde-chausses), verriers , déchargeurs de vin, sauniers, corroyeurs de cuirs fins, monnayers , brodeurs de soie , courtepointiers, faiseurs de corbeilles et vans, tapissiers de tapis où il y a navette, fileurs, calendreurs, oublaiers (vendeurs
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L'UNIVERS
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d'oubliés), orfèvres, apothicaires , vendeurs de vin à étal , vendeurs d'auges, d'écuelles et d'échelles. Les couteliers, du temps de Philippe-Auguste , avaient eu la faculté de se faire remplacer au guet par leurs ouvriers; sous saint Louis, ils demandaient à être rétablis dans ce privilège. Les tonneliers étaient libérés du service depuis la Madeleine (22 juillet) jusqu'à la Saint-Martin d'hiver (11 novembre), moyennant une redevance payée au roi. En général , les corporations alléguaient toute espèce d'excuse pour s'exempter du guet.
Ainsi , les tailleurs firent valoir auprès de Louis IX « les granz robes qui leur «convient fère de nuiz qui sont aus « gentiuzhomes. » Ils ajoutèrent qu'ils ne pouvaient quitter leur maison la nuit parce qu'ils avaient à surveiller leurs nombreux ouvriers , « et pour ce que il « convient que il taillent et cousent les « robes aus haus homes ausi bien par « nuit corne par jour, et que il convient « que il rendent la taille qui font au «soir, à lendemain au matin. » ( Livre des métiers. d'Étienne Boileau.) L'exemption était de droit pour tous les seigneurs , les ecclésiastiques , les gens de loi ; pour les courtiers de commerce, les sergents du roi, deTévêque de l'abbaye; pour les non marchands, les colporteurs , les serviteurs du roi , de la famille royale et des seigneurs.
On nommait les compagnies bourgeoises , le guet des métiers ou. des bourgeois ; on les distinguait aussi par le nom de guet assis , parce qu'elles stationnaient dans les corps de garde, afin de prêter, au besoin , main-forte au guet royal. La compoenie d'hommes armés, payés par le roi pour faire la police pendant la nuit , « fut par « nos prédécesseurs ordonnée à leurs « gages et dépens, » disait une ordonnance de Philippe de Valois , de l'an 1363, «et par-dessus ledit guet desdits «métiers, chacune nuit être fait en « icelle ville certain guet durant toute « la nuit, de vingt sergens à cheval , et «de vingt-six sergens de pied, tous «armés, en la compagnie d'un chevalier du guet, dit le chevalier du «guet, gouverneur et meneur des- « dits sergens. » Mais cette garde faisait son service avec autant de négli-
gence que les bourgeois. Elle était im-
Kuissante à réprimer les vols, les viomees, les enlèvements defemmes,et les autres excès qui désolaient Paris.
En 1418 , un chevalier du guet, nommé Gauthier Tallart, avait même adopté la coutume singulière, lorsqu'il parcourait les rues de Paris , de faire marcher devant lui quatre ou cinq ménétriers jouant de hauts instruments.
Le peuple murmura de cette étrange manière de faire la police. Le bruit des instruments, disait-on, avertissait les malfaiteurs , et le chevalier du guet semblait leur dire : « Fuyez-vous-en , «car je viens. » Il y avait 182 ans que les fonctions d'archer du guet se donnaient en titre d'office, suivant un édit de Charles V, lorsque Michel deVaudray, chevalier du guet, fit au roi une proposition qui tendait à rehausser encore l'importance de ce corps. Il demanda, en 1549, que le guet des métiers fût supprimé , et qu'on augmentât le nombre des archers. Ce changement rencontra de graves difficultés. Enfin, par lettres patentes du mois de mai 1559 , Henri II ordonna que le guet royal veillerait seul désormais à la sûreté de la capitale, et qu'il serait composé de 240 hommes, dont 32 à cheval. L'exécution de cet édit fut retardée pendant plus de deux ans. Charles IX réduisit alors le guet à 200 hommes, tout en y maintenant le même nombre de cavaliers; il le porta bientôt à 500 hommes, et finit par ne conserver que 50 archers à cheval et 100 à pied , « lesquels dévoient faire la patrouille , non avec fallots , pour surprendre les malfaiteurs. »
Il n'y avait pas alors beaucoup de villes de France où les bourgeois fussent, comme à Paris, libérés uu service du guet. Quelques exemples pris au hasard , dans diverses cités du royaume, grandes ou petites, nous prouveront même que , en général , les bourgeois égoïstes, peu soucieux de la sûreté publique, ne trouvaient pas ailleurs des facilités, des exemptions aussi nombreuses que le guet des métiers de Paris. Ainsi à Die, il était permis au guet de faire sa ronde, avec ou sans armes, mais personne n'était exempt de ce service. Le chef, qui s'appelait prœfeà-
tus ou conductor, était juge de tous les délits commis par les gardes , dans l'exercice de leurs fonctions. A Montpellier, le peuple était divisé en sept classes ou échelles, suivant les professions. Chacune portait le nom d'un jour de la semaine , et elle faisait le guet et avait la garde des portes pendant le jour dont elle portait le nom.
A Sisteron, nul avocat, chevalier, clerc ou oblat ( laïque consacré à l'Église), n'était exempt des tours de garde. Il fallait, sous peine de 3 sous d'amende, payer de sa personne.
A Nantes, le service du guet était très-pénible pour les bourgeois quand il arrivait une alarme. Ainsi, dès le début des troubles religieux du seizième siècle, les bourgeois de cette cité «lurent veiller à la sûreté publique, depuis cinq heures du soir jusqu'au matin. Les magistrats, les ecclésiastiques eux-mêmes, ne furent pas exempts du guet, et il fut défendu de quitter le corps de garde, sous peine de mort. Cette rigueur excessive, se relâchait , d'ailleurs , quand le péril s'éloignait. En 1553, tout habitant tenant ménage ne fut tenu défaire le guet qu'une fois par mois. L'amende contre les négligents était de 10 deniers. Quand la guerre de la ligue succéda à la guerre du calvinisme (1577), injonction fut faite aux Nantais de doubler le guet, sans exception aucune, et sous peine d'exclusion de la ville. Les protestants seuls ne firent pas de service, le port d'armes leur étant interdit. On pouvait néanmoins présenter un remplaçant, de sorte que chaque famille contribuait à la garde de la cité. Les veuves dans l'aisance soldaient un homme, sinon elles payaient 15 à 30 sous d'amende.
Dans certaines villes, les miliciens du guet avaient de singuliers auxiliaires : on sait qu'à Saint-Malo les patrouilles de nuit étaient faites, non-seulement par des hommes , mais aussi par d'énormes dogues , qu'on laissait vaguer dans les rues et sur les remparts (*). De même le gouverneur du fort du Taureau, bâti au seizième siècle, à l'en-
(*) De là le proverbe appliqué à un individu à jambes grêles : // revient de Saint- Malo (il a eu les jambes mordues par les dogues).
trée de la rade de Morlaix , avait à ses ordres, outre sa petite garnison, un certain nombre de dogues qui, pendant la nuit, faisaient le guet sur les roches.
Mais revenons au guet de Paris. Sous le ministère de Colbert, la ville demanda au roi une augmentation de cette compagnie , qui n'était encore que de 150 hommes environ, tous nommés en titre d'office. On y ajouta une compagnie d'ordonnancé de 120 cavaliers, et une recrue de 160 fantassins. Ce dernier corps fut l'origine d'une autre compagnie préposée à la tranquillité publique, connue sous le nom fa garde de Paris, et composée, en 1784, de 930 hommes d'infanterie, et de 128 cavaliers. Mais le guet, comme la garde de Paris , entendaient la police d'une façon assez extraordinaire; on en jugera par un extrait des Mémoires de la régence. On y lit, à la date de l'année 1719 :
« On avoit distribué des ordres pour enlever les vagabonds, fainéants et gens sans aveu. Sous ce prétexte, les archers eurent l'insolence d'arrêter nombre d'honnêtes gens, dans l'espérance qu'ils se racheteroient de leurs mains par des sommes considérables. Ils enlevèrent des fils de famille dans la même vue.
Ils poussèrent l'audace jusqu'à entreprendre d'arracher des demoiselles vertueuses de leurs maisons, et ils osèrent même s'attaquer à des officiers et à des chevaliers. Ils travailloient à faire naître des querelles, afin d'y embarrasser quelques riches bourgeois, qu'ils eomptoient intimider par leurs menaces, et forcer à les payer de leur impudence.
Enfin, ils commirent tant d'excès, qu'on ne put se persuader qu'ils agissoient sans des ordres secrets , dont le Mississipi n'étoit que le prétexte. Quoi qu'il , en soit/ la populace s'arma contre eux à la fin, et plusieurs de ces malheureux furent massacrés , sans que la justice parût en prendre connoissance, comme elle l'auroit fait sans doute , s'ils n'a* voient point excédé leur commission. »
« L'année suivante , dit le même ouvrage, on établit une nouvelle garde de police, composée de quatre- vingt et un hommes, qui furent partagés dans les différents quartiers de la ville , pour arrêter les bandits et les mendiants qui se trouveroient en état de travailler, et
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pour remettre les invalides aux archers, qu'on appelait encore archers ; de 1 1 1
Chaque garde avoit quarante-cinq li- cavaliers , et de 8ô2 fantassins. L'uni-
vres par mois. Ils dévoient avoir servi forme du guet était , pour la cavalerie,
au moins cinq ans dans les troupes. Ils habit bleu galonné d'or, veste et pare-
avoient des habits bourgeois , et por- ments écarlate , épaulette d'or , hous-
toient seulement une bandolière semée ses des chevaux écarlate et or; pour
de fleurs de lis. Dès les premiers jours l'infanterie, habit bleu, parements rou-
qu'ils entrèrent en fonction , on assura ges, baudrier galonné,
qu'il étoit sorti de Paris vingt à trente Cette milice fut presque toujours
mille pauvres et fainéants, qui s'étoient mal composée, et elle n'inspirait à la
retirés dans les provinces , sans comp- population parisienne ni confiance ni
ter plus de neuf cents personnes des considération. Il en était de même à
deux sexes qu'ils avoient prises. Mais peu près dans toutes les grandes vil-
ils se lassèrent bientôt défaire leur de- les qui avaient reçu un guet royal, à
voir. Comme on leur donnoit une pis- l'instar de la capitale, à Bordeaux, à
tole pour chaque personne qu'ils me- Lyon, etc.
noient au Châtelet, ils arrêtaient toutes Guet (droit de) , redevance qu'on
sortes de gens et bourgeois, apprentis, payait en temps de guerre pour se ga-
ouvriers, tout leur étoit bon, parce rantir des dévastations de l'armée,
qu'ils y gagnoient. Enfin, le 29 avril, Guet de Saint-Lazabe. On appe-
plusieurs de ces gardes en ayant arrêté lait ainsi à Marseille une cavalcade so-
3ue des bourgeois réclamèrent, il arriva lennelle qui commençait la veille de u tumulte dans le faubourg Saint- la fête de saint Victor , et se prolon- Àntoine ; neuf ou dix archers furent geait toute la nuit à la lueur des flamblessés, et les suites auroient pu être beaux et au milieu de l'allégresse géfunestes, si la sédition s'étoit coinmu- nérale. Le capitaine du guet était un niqnée jusque dans la ville. Mais, par gentilhomme marseillais chargé de reun heureux hasard , le maréchal de Vil- présenter saint Victor, et de porter à leroi se trouva dans ce faubourg , et cheval la bannière gardée de temps imapaisa le peuple par sa présence et par mémorial dans l'abbaye de ce nom. Le «es promesses. lendemain, jour de la fête, la cavalcade « Cependant, on mena plusieurs bour- recommençait ses courses, et le capigeois en prison, et on nomma des corn- taine , monté et équipé , s'avançait à la missaires pour les juger avec le lieute- procession devant la châsse du saint, nant général de police. Mais on jugea Cette cérémonie fut abolie en 1610. On ensuite à propos de leur pardonner, et, se contenta de faire faire à un valet de le 4 mai au soir, on publia une ordon- ville, travesti en gendarme, quelques nance du roi concernant ce qui devoit tours dans les rues pour amuser le peuêtre observé en arrêtant les mendiants pie. L'origine de cette course remonet les vagabonds, afin d'éviter à l'avenir tait sans cloute à un guet institué pour toute méprise, tant de la part des gar- la sûreté de la ville, à la veille d'une des que de celle des bourgeois. Il y fête qui attirait un grand concours de avoit d'autant plus de justice dans cette gens de toute espèce, conduite, qu'entre les gardes blessés Guet ou Gué (Jacques- Joseph du), qui avoient été conduits à la Charité, théologien et moraliste, né à Montbripour y être pansés , il y en avoit quel- son en 1649. Il entra de bonne heure
âues-uns qui avoient déjà eu la fleur dans la congrégation de l'Oratoire, qui
e lis, et pour l'amour de qui il eût été l'envoya professer à Troyes, puis à Pa-
criantde punir d'honnêtes gens. » ris. Il reçut l'ordination dans cette der-
L'office de chevalier du guet , sup- nière ville , et s'y attira beaucoup de
primé en 1737, fut rétabli en 1765. Sa considération par des conférences ecclé-
troupe elle-même subit de grandes mo- siastiques où il déploya un savoir étendu
difications, jusqu'à ce qu'en 1783 elle et une remarquable facilité de parole,
fut incorporée dans la garde de Paris. Attaché aux doctrines du jansénisme,
Cette dernière troupe se composait, en il quitta l'Oratoire lorsque cette société
1789, de 2 compagnies de 69 hommes, rendit un décret par lequel elle excluait
GUET ËRANCË. GL'ETTaRD |f|
à la fois de son sein la théologie de l'évêque d'Ypres et la philosophie de Descartes. Il se retira à Bruxelles, où il vécut quelque temps avec le grand Arnauld , l'indomptable chef du jansénisme, qui, du fond de l'exil, lançait écrit sur écrit pour la défense de la prédestination. Revenu en France, du Guet accepta l'asile que lui offrait le président de Ménars , et y passa le reste de ses jours, non sans interruption cependant, car les opinions qu'il continua de manifester en théologie le mirent plus d'une fois en danger , et l'obligèrent à quelques voyages de prudence. C'est ainsi qu'il se retira, à différentes époques, à I abbaye de Tamié en Savoie , en Hollande , et à Troyes. Il se mit au nombre des appelants et des réappelants contre la bulle Unigenitus, et n'échappa aux lettres de cachet qu'en disparaissant à propos. Il mourut en 1733, un peu en froid avec son parti, parce qu'il avait montré peu de goût pour la folie des convulsions. Ses principaux livres sont ses Conférences ecclésiastiques ; V Ouvrage des six jours, ou Histoire de la création, explication du commencement de la Genèse ; Y Institution d'un prince. Ce dernier ouvrage fut composé , ainsi que le rapportent Saint-Simon et plusieurs autres, pour le tils du duc de Savoie, dans le temps que Victor-Amédée concevait le chimérique espoir de voir tomber entre les mains de son héritier l'immense succession d'Espagne. Voltaire, de son côté, assure qu'il est faux que ï Institution d'un prince ait eu cette destination. Ce livre, qui ne fut publié qu'en 1739, consacra la réputation de du Guet comme moraliste et comme écrivain. Les conseils qu'il y donne aux princes sont inspirés à la fois par la vertu et par l'expérience. La forme dont il les revêt est correcte , pure, élégante, mais sans originalité expressive, et un peu diffuse. Attaché aux principes de la monarchie absolue , il n'en revendique pas moins pour les peuplescertains droits essentiels. Animé
Sar cet esprit de liberté qui était au fond u jansénisme, il exprime hautement le vœu que les impôts soient toujours préalablement consentis par les états de la nation assemblés. Il recommande aux princes de consulter la voix publique
sur le choix de leurs ministres. Il leur interdit les dépenses faites pour leurs plaisirs, qui seraient ruineuses pour la nation. Partout il confond l'autorité du monarque avec celle des lois. De tels préceptes doivent renfermer, on le sent, plus d'un blâme indirect sur le règne de Louis XIV , plus d'une allusion hostile aux prodigalités et au despotisme du grand roi. Il y a des pages où du Guet paraît animé contre ce prince , non pas seulement de l'indignation vertueuse d'un citoyen, mais de la haine i m pitoyable d'un sectaire persécuté. Rien de plus remarquable , sous ce rapport , que les lignes suivantes écrites dans le temps des conférences de Gertruydenberg, où il montre à quels revers s'expose un monarque qui a fait craindre aux autres son orgueil et son ambition : « ...11 est contraint d'acheter la paix qu'il avait lui-même troublée, de restituer pour cela des places usurpées, et d'en raser d'autres qu'il avait fortiOées avec des dépenses infinies. Il est forcé de passer les dernières années de sa vie dans la guerre , au lieu du repos qu'il s'y était promis ; elle devient plus générale et plus animée lorsqu'il en est las, et qu'on sait bien qu'il désire de la terminer , même à des conditions honteuses. On commence à le mépriser, lorsqu'il n'est
fil us en état de mépriser les autres; on ui demande plus qu'il n'a pris. On veut lui enlever son ancien héritage, pour le faire repentir de ses usurpations ; et il éprouve dans une triste vieijlesse la vérité des imprécations que l'Écriture fait contre les princes qui s'imaginent être grands , parce qu'ils sont orgueilleux et injustes... L'idée fastueuse qu'un prince s'était efforcé de donner de lui-même , disparaît alors. On lui insulte dès qu'on ne le craint plus , et il est contraint de souffrir qu'on dise hautement de lui ce qui est marqué dans un prophète :
Quoi ! est-ce donc là cet homme qui troublait toute la terre, qui ébranlait les royaumes, qui désolait l'univers, et qui ruinait les villes? »
Guettabd (Jean - Étienne) , médecin naturaliste, né à Étampes en 1715, doit être considéré comme un des fondateurs de la géologie. Quoique l'abbé Coulon, en 1664 , eut indiqué sur une carte les limites de quelques terrains , cette
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science n'a pris son essor que depuis la publication du mémoire de Gùettard sur la nature et la situation des terrains qui traversent la France et l'Angleterre (1746). Guettard a joint à ce travail une carte du bassin de Paris. Il a fait une fouie d'observations excellentes et neuves sur toutes sortes de sujets d'histoire naturelle, et particulièrement de minéralogie et de géologie. C'est un des hommes que la réputation exagérée de M. de Buffon empêchait d'être appréciés à leur juste valeur. Bernard de Jussieu , Malesherbes et lui , tenaient ensemble des comités où l'on faisait une critique juste et sévère des erreurs que le grand nom de Buffon tendait à répandre dans le public.
On doit à Guettard la découverte d'un kaolin semblable à celui de la Chine, découverte qui donna lieu à la création de la manufacture de Sèvres. Il fut aussi l'un des premiers savants françaisqui cherchèrent à suppléer au papier de chiffon par d'autres productions végétales. Des l'année 1734, il avait été admis à F Académie des sciences. Parmi les nombreux mémoires insérés par lui dans le recueil de cette société , nous nous contentons de citer ici les principaux, qui font assez connaître la grande importance de ses recherches. Ce sont : 1° Mémoires sur les granits de France comparés à ceux de l'Egypte , 1751; 2° Mémoires sur quelques montagnes de la France qui ont été des volcans , 1752 ; 3° Mémoire dans lequel on compare le Canada à la Suisse par ra/>port à ses minéraux , ouvrage accompagné de cartes minéralogiques, 1752; 4° Atlas et description minéralogique de la France, Paris , 1780. Cet atlas, non terminé, contient 82 cartes. Il a laissé en outre : Observations sur les plantes, Paris, 1747 , 2 vol. in-12; Histoire de la découverte faite en France de matières semblables à celles dont la porcelaine de Chine est composée, ibid., 1765, in-4°; 1766, in-12; Mémoires sur les différentes parties des sciences et des arts y Paris, 1768-83, 5 vol. in-4° , collection très estimée; Mémoire sur la minéralogie du Dauphiné, ibid., 1779, 2 vol. in-4°, réimprimés dans la Description de la France, par de Laborde , etc. Guettard exerçait
la médecine , et tous ceux dont il était connu louaient son exquise sensibilité.
11 ne pouvait visiter les pauvres sans chercher à les assister dans leurs besoins, et quand lui-même se sentit malade , il s'abstint de voir ses amis , de peur de les affliger par le spectacle de ses souffrances. Il termina ses jours à Paris, le 8 janvier 1786.
Guffroy (Armand-Benoît Joseph), membre de la Convention nationale, naquit aux environs d'Arras en 1740.
Il exerçait la profession d'avocat en cette ville, lorsqu'il fut nommé en 1787 membre de l'assemblée provinciale de l'Artois. Deux ans après , divers écrits politiques le signalèrent comme l'un des plus zélés partisans de la révolution. Juge de paix à Arras en 1790 , il fut élu en 1792 député du Pas-de-Calais à la Convention nationale. A son arrivée à Paris , il entreprit la rédaction d'un journal qu'il intitula le Rougijf (anagramme de son nom), ou la France en vedette. L'extrême cynisme de son langage , et ses exagérations , le rendirent suspect à Robespierre, qui le fit chasser des Jacobins. Chasles dénonça son journal comme infecté du poison aristocratique, et divers membres l'accusèrent d'avoir des liaisons intimes avec le marquis de Travanes et une autre personne attachée au service de Louis XVI. Devenu dès lors l'ennemi de Robespierre, Guffroy se prononça contre lui au 9 thermidor. Apres la mort de Robespierre , il se signala parmi les plus furieux réacteurs. Membre de la commission chargée d'inventorier les' papiers du tyran, il eut soin d'anéantir les pièces qui constataient, dit-on, ses propres friponneries. Le 5 août 1794, il dénonça Joseph le Bon, son compatriote et son ami. Le 4 février 1795 , il se déclara hautement l'approbateur de la conduite de Cadroy et de Mariette dans le Midi , et fit sanctionner par la Convention tous les actes réactionnaires qui avaient signalé la mission de ces deux représentants. Le 27 mars, il accusa Duhem de correspondre avec les jacobins détenus à la Bourbe , et de tramer avec eux des complots contre la Convention. Deux iours après, il fit décréter que Billaud, Collot et Barrere seraient entendus. 11 ne se borna pas,
au reste , à activer la réaction par ses discours et ses votes dans l'Assemblée nationale , il la prêcha en furieux dans ses écrits. Le 9 juin 1797, Couchery l'attaqua en face, et le couvrit d'une nonte ineffaçable, en lui reprochant d'avoir fait arrêter, par une fausse dénonciation , un homme dont il était débiteur, Kouge ville. Atterré par cette accusation imprévue , Guffroy se condamna dès lors au silence, et rentra dans la plus profonde obscurité. Cependant , après quelques mois de séjour à Arras, il revint dans la capitale, et se fit nommer, à force de sollicitations, chef adjoint au ministère de lajustice.il mourut en 1800 , âgé de 60 ans. Guffroy avait été nommé membre du comité de sûreté' générale en septembre 1793. Au mois d'octobre de la même année, il fit placer ie buste de Descartes au Panthéon , et demanda que les cendres de Fénelon y fussent aussi déposées. Entre autres ouvrages, il a publie : 1° Censure républicaine , ou Lettre de Guffroy aux Français habitants d Arras et cornmunês environnantes, à ta Convention nationale et à Cojnnion publique , an in ; 2° Les secrets de Joseph le Bon et de ses complices, ou Lettre de A. B. J. Guffroy à la Convention nationale et à l'opinion publique, an m.
Guiage , redevance féodale pour la sûreté des chemins , ou droit en vertu duquel , dans d'autres localités , les habitants du littoral étaient tenus d'entretenir des phares.
Guiaeb , fou qui vivait à la fin du règne de Philippe le Bel , vers 13 JO , et qui se prétendait Yange de Philadelphie dont il est fait mention au chapitre 3 de l'Apocalypse (verset 7). Il commit tant de folies , qu'il se fit arrêter. Il soutint obstinément la vérité de sa mission devant ses juges , qui le condamnèrent à être brûlé vif, supplice auquel il échappa en abjurant son erreur. Il en fut quitte pour être enfermé le reste de ses jours.
Guibal (N.), peintre, né à Lunéville en 1725. Après avoir étudié d'abord la sculpture sous son père Barthélémy, premier sculpteur du roi Stanislas, il s'adonna exclusivement à la peinture , et passa ia plus grande partie de sa vie en Allemagne , et principalement a
Stuttgard , où il fit quinze plafonds au nouveau château. Il a travaillé aussi pour l'électeur Palatin et les villes de Soleure et de Manheim. Il mourut à Stuttgard en 1784.
Guibert (Charles-Benoît, comte de), lieutenant général , gouverneur des Invalides, né en 1715 , à Montauban, fit les campagnes d'Italie , de Corse , de Bohême et de Flandre. Après la paix de 1763 , Guibert , mettant à profit les notions de la tactique prussienne qu'il avait recueillies pendant 18 mois de captivité en Prusse , à la suite de l'affaire de Bosbach , posa les bases du code militaire français, et fut chargé par le duc de Choisèul de la confection des ordonnances du service de campagne et des places. Nommé gouverneur des Invalides après la mort du comte d'Espagnac, il ne s'occupa plus, jusqu'à sa mort, en 1786, que d améliorer l'administration de cet établissement.
Son fils, Jacques-Antoine-Hippolyte, naquit à Montauban en 1743. Promu, très -jeu ne encore , au grade de colonel commandant de la légion corse , il n'avait que trente ans lorsqu'il publia son Essai de tactique. Comme les innovations qu'il proposait, et les insinuations hardies dont il ne s'était pas abstenu, pouvaient exciter contre lui beaucoup de murmures , il alla recueillir de nouvelles observations en Prusse. Mais sous le nouveau ministre nommé en 1775 , Guibert reprit ses anciennes occupations ; il eut même toute la confiance du comte de Saint-Germain, au-
3uel il resta ensuite attaché dans sa isçrâce. Brigadier en 1782, et six ans après, maréchal de camp, il rechercha aussi la gloire des travaux littéraires. Ses tragédies furent toutefois jugées défavorablement. On trouva qu'il ne réussissait pas mieux dans les éloges académiques. Enfin Guibert, dont Fan> bition trop active ne se dissimulait pas suffisamment, augmenta encore le nombre de ses ennemis par un amour-propre trop irascible. En 1779, il publia, sous le titre de Défense du système de guerre moderne, une sorte de suite et d'apologie de son Essai de tactique Son premier ouvrage sur cette matière, écrit avec indépendance , et plein de l'enthousiasme du soldat , avait produit
GUICHARD
L'UNIVERS
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une grande sensation. Dans son nouveau livre , Guibert émettait encore beaucoup d'idées saines et d'intentions honorables. Tout en montrant peu de respect pour les formes consacrées à l'Académie, malgré son inexpérience de style, et en dépit de tout ce qu'il avait pu dire contre les quarante, il désira d'être admis parmi eux. Il y aspirait trop vivement pour ne pas réussir, d'après le nombre de gens d'esprit devenus ses partisans. Sa réception n'eut même pas lieu sans bruit, comme il convient en général dans une circonstance si simple. Peu de temps après, en 1787, il fut nommé membre, puis rapporteur du conseil d'administration au département de la guerre. Or, on fait toujours beaucoup de mécontents lorsqu'on projette des changements dont la principale utilité ne saurait être prochaine.
On l'accusa d'avoir voulu introduire dans le code militaire des sévérités révoltantes , le bâton pour le soldat , les chaînes pour les officiers , et quant aux déserteurs, le supplice des jarrets coupés. Ses dénégations les plus formelles ne furent pas même écoutées par l'assemblée du bailliage de Bourges , lorsqu'il se présenta pour être élu député aux états généraux. D'ailleurs , sans changer précisément de système, Guibert avait adopté un zèle de réforme plus circonspect, et qui, en 1789, pouvait paraître trop timide. Le chagrin , occasionné par la défaveur dont il se voyait l'objet , abrégea ses jours. Il mourut à l'âge de 47 ans, en 1790. On a fait deux recueils d'une partie des œuvres de Guibert : i°OEuvres militaires, Paris, 1803, 5 vol. in-8°; 2° Éloges, en 1 vol. in 8°.
Guichard, évêque de Troyes qui vivait sous le règne de Philippe le Bel , pendant les fameuses querelles de ce prince et de Boniface VIII, fut impliqué dans un procès digne d'être rapporté parce qu'il fait connaître les mœurs, les usages et les préjugés de l'époque (*). Contemporain du procès des templiers, la cause de Guichard eut
(*) Voyez dans les Mémoires de l'Institut, Académie des inscriptions , t. VI , p. 604 , un "Mémoire sur ce procès , par M. Boissyd'Anglas. Nous en avons tiré le fond de noire article.
avec lui beaucoup de ressemblance pour sa marche, ses formes et son objet.
L'évéque eut les mêmes ennemis et le même dénonciateur que les chevaliers.
Le Florentin Noffé-Dey dénonça Guichard et devint aussi son juge. Comme les templiers, il fut accusé de magie, d'impiété et de dépravation. Pendant les dix ans que dura 1 instruction de son affaire, de nombreux griefs furent articulés contre cet homme, dont le crime véritable était de s'être ouvertement prononcé pour le pape, et de s'être rendu à Rome pour assister à un concile dans lequel on devait condamner Philippe. D'abord Blanche, mère de la reine, l'accusa d'avoir excité contre elle une sédition a Provins ; d'avoir , pour une somme d'argent , mis en liberté un trésorier du comte de Champagne, emprisonné
Jour ses déprédations , et, ce qu'il y a 'étrange, c'est que celui-ci se laissa entraîner à affirmer la vérité du fait. On lui avait promis son pardon s'il dé-
{>osait dans ce sens. Il est vrai qu'à son it de mort il écrivit au roi et à la reine Jeanne que sa déposition était fausse.
Pendant la première information , dont toutes les pièces sont conservées au dépôt des chartes, les témoins énoncèrent de nouveaux reproches vagues et incertains. L'un dit que Guichard était usurier et avait assassiné un prêtre; l'autre, qu'il avait fait de la fausse monnaie; un troisième, qu'il était l'agent d'une compagnie ayant jusqu'à 6,000 liv. courantes en bon aloi ; quelques-uns, qu'il avait fait mourir fort cruellement plusieurs personnes, et qu'il faisait, à ce que l'on disait, de l'argent par alchimie. Vinrent ensuite des accusations plus précises, plus dangereuses.
La mort de Blanche de Navarre et de la reine Jeanne sa fille fut imputée à l'évéque. On énonça plusieurs autres crimes à sa charge , et Clément V, qui se trouvait à Poitiers, consentit à nommer une commission de trois évêques pour en vérifier la réalité. Les commissaires dressèrent un acte d'accusation , un préambule d'enquête où il est expose : « Que Guichard était sorcier; « qu'il s'était vanté de faire mourir «Jeanne et sa mère; qu'il s'était ac- « costé d'une sorcière; qu'il l'avait con- « sultée sur la meilleure façon de com-
GUICHARD