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Guise en Thiérache. Jean de Luxembourg s'empara de sa personne en le faisant tomber dans une embûche , et ne le relâcha qu'à condition qu'il ne rentrerait plus dans la ville, ni lui, ni ses gens. Alors il y mit le siège avec deux mille combattants, Bourguignons et Anglais. Jean de Proisy défendit vaillamment la place jusqu'à la mi-septembre, que les assiégés demandèrent à capituler. En vertu d'un traité du 18 septembre, on promit de se rendre dans quelques mois si les troupes royales ne les secouraient pas. (Monstrelet, V, 82.) La place fut en effet remise le 26 février de l'année suivante.
En 1636, le comte de Guébriand , sommé par les Espagnols de leur rendre Ja Tille de Guise , sous peine d'être , en moins d'une heure, passé au fil de l'épée lui et sa garnison , répond : « Que s'ils « veulent lui donner parole d'honneur « qu'ils se retireront après le premier o assaut, il fera, pour les bien recevoir, « abattre avant la fin du jour quarante « toises de la muraille. Cette rodomontade , qui vaut bien celle des Espagnols, empêche les ennemis d'entre-
ridre le siège d'une place dénuée tout moyen de défense. 1636.
— En 1 650, les Espagnols, commandés par l'archiduc Léopold, vinrent de nouveau assiéger la place. Ils la prirent le 27 juin. Mais le château se défendit si vigoureusement qu'ils furent contraints île se retirer le 2 juillet suivant.
Ce château, construit en 1549 par Claude de Lorraine, domine la ville .d'environ 50 mètres. Sa forme est à peu près triangulaire, et ses fortifications très-irrégulières.
— Les étrangers entrèrent dans Guise par capitulation, en 1815.
GutTON (Jean) , célèbre maire de la Rochelle pendant le dernier siège que cette ville soutint contre Richelieu, descendait d'une ancienne famille municipale, originaire de Villeneuve en Agenois, où ses ancêtres avaient été consuls et échevins. En 1622, étant «mirai des Rochellois, il avait remporté d'importants succès sur les navires du roi , et conservait plusieurs enseignes fleurdelisées, en souvenir de ses triomphes. Lorsqu'en 1628 Richelieu vint mettre le siège devant la Rochelle
pour détruire ce dernier refuge du protestantisme en France, Guiton fut élu maire de la ville. En prenant possession du fauteuil de la prévoté, il déposa deux pistolets sur le bureau, et s'adressant aux échevins et aux bourgeois qui l'entouraient : « Bonnes gens, dit-d , « vous m'élevez pour votre chef ; je « m'ébahis de cet honneur. 11 n'y au- « roit que deux évangélistes au monde « que je serois un des deux. Nous allons « tous faire serment sur la sainte Bible « de prendre plutôt la mort en patience « que de survivre à la perte de notre « religion et au carnage de nos famil- « les. Ceux d'entre vous qui parleront « de capitulation et de soumission au « papisme seront notés de traîtrise et « d'infamie; et ces deux pistolets demeu- « reront sur la table pour envoyer de « ce monde en l'autre tous les perfides. « Je jure et proteste de ne jamais son- « ger à la paix , et si quelqu'un m'en- « tend prononcer ce mot , je consens « qu'il me donne une mousquetade, la- « quelle m'étende roide. » La fermeté de Guiton ne se démentit pas un instant.
Le 27 octobre il souffleta en plein conseil Lucien Caron , conseiller municipal, qui proposait de se rendre; il faisait pendre sans pitié les hommes et les femmes qui parlaient de soumisson.
Enfin la ville capitula, et le .30 octobre l'armée royale y fit son entrée. Guiton, à la porte de Coignes, présenta les clefs au maréchal de Schomberg qui lui dit : « Guiton, vous n'êtes plus maire; votre charge est abolie. Retirez- vous. » Quelques jours après, Guiton fut obligé de quitter la France, et se réfugia à Londres, où il demeura jusqu'en 1636. A cette époque, il obtint du service dans la marine royale, et, à la tête de plusieurs galères , contribua puissamment à la reprise des îles Saint-IIonorat et Sainte-Marguerite sur les Espagnols.
Huit ans plus tard, en 1646, il se trouvait à la bataille navale livrée aux Espagnols devant Orbiteilo, bataille perdue par les Français. Il y combattait à côté de l'amiral de Brézé, qui y fut tué, et on pense qu'il périt dans le combat , car depuis cette époque on ne possède aucun renseignement sur sa vie. Il ne laissa point d'enfants mâles; une circonstance peu connue , et certifiée par
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un acte authentique, c'est qu'une de ses filles épousa Jacob Duquesne , le frère du célèbre marin.
Guitres. C'est le surnom donné aux paysans de la Guienne qui se révoltèrent en 1548, au sujet de l'exécution d'une ordonnance sur la gabelle, rendue en 1542, par François Ier. Le bourg de Guitres est le lieu où ils se rassemblèrent pour la première fois. (Voyez Gabelle.)
Guizot (François-Pierre-Guillaume), naquit à Nîmes, en 1787. A l'âge de sept ans, il perdit son père , qui monta sur i'échafaud, victime de la révolution. Ce douloureux événement , dont l'impression ne pouvait guère s'effacer , n'est point la seule particularité de son enfance dont l'historien attentif puisse retrouver quelque trace dans sa vie ultérieure. Né d'une famille calviniste, c'est à Genève, dans la ville mère du calvinisme , qu'il fut élevé.
Cette éducation, à laquelle manquèrent les salutaires émanations de la patrie, fut , d'ailleurs , forte et religieuse. En 1805 , il acheva son cours de philosophie, et, à peine rentré dans sa ville natale, il la quitta de nouveau pour aller faire son droit à Paris. Les séductions qui environnent cette première époque d'indépendance n'eurent point de prise sur lui. Il mena une vie toute studieuse, partagée entre le droit, les littératures classiques, l'histoire, et la philosophie de Kant. M". Stopfer , ancien ministre de la confédération helvétique, homme religieux et éclairé, avec lequel ïVJ. Guizot entretenait des relations intimes, et qui était son guide en philosophie , le présenta à quelques hommes distingués. De ce nombre fut Suard , chez lequel M. Guizot fit la connaissance de mademoiselle de Meulan, qu'il épousa dans la suite. Cette société le mit en état de mesurer , ses forces ; bientôt il s'essaya avec succès dans le Pukliciste, journal dirigé par Suard, et, dès 1809, parut le Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française, ouvrage précédé d'une introduction remarquable. Cette publication fut rapidement suiv ie de quelques autres, dont voici les titres : 1° De l'état des beaux-arts en France, et du talon de 1810, Paris,
1811 ; 2° De C Espagne en 1808, traduit de l'allemand de Rehfues , Paris, 1811 ; 3" Annales de V éducation) continuées jusqu'en 1815; 4° l ie des poètes français du siècle de Louis XIV.
Ce dernier ouvrage e>t inachevé. Au milieu de travaux si nombreux, M. Guizot trouvait encore le loisir d'enrichir de ses articles divers recueils périodiques. En 1812, sa renommée naissante, et les recommandations de ses amis, lui ouvrirent les portes de la faculté des lettres. Il suppléa d'abord M. Lacretelle dans la chaire d'histoire; mais bientôt après, on dédoubla la chaire, et il fut nommé professeur d'histoire moderne. C'était l'époque où M. Rover- Collard faisait entrer la philosophie dans une nouvelle route, et formait les maîtres de l'école actuelle. Devenu son collègue, M. Guizot ne tarda pas à devenir son ami et aussi un peu son dis-, ciple. Il y a en effet une harmonie profonde entre le mouvement historique que M. Guizot représente, et le mouvement philosophique qui est sorti de l'école de M. Royer-Collard , sinon de lui ; des deux parts même procédé, mêmes tendances, même résultat, ou, pour être plus précis, même insuffisance de résultats.
Insensible aux prestiges de la gloire nationale comme aux séductions du plaisir, M. Guizot n'avait point de svmpathie pour le gouvernement impérial , et , malgré les insinuations de M. de Fontanes, il s'était abstenu d'en faire l'éloge dans son discours d'ouverture.
Tant que dura l'empire, il se renferma dans les travaux de sa chaire. La première restauration lui ouvrit l'accès * de la vie politique, qu'appelaient sans doute ses vœux secrets. 11 entra par la
{>orte que l'expérience a montrée depuis ors être celle qui convenait à son génie, la porte gouvernementale. Le 24 mai 1814 , sur la recommandation de M. Royer-Collard, il fut nommé secrétaire général du ministère de l'intérieur, occupé alors par l'abbé de Montesquiou. Celaient de mauvais jours.
L'administration était animée d'un esprit de réaction déplorable, et M. Guizot fut naturellement enveloppé dans la réprobation qu'elle souleva. La rédaction de la loi de censure du 21 octo-
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bre lui fut personnellement imputée, et cette imputation prit d'autant plus de consistance, que , trois jours après la promulgation de la loi , il fut nommé censeur. Le retour de Napoléon renversa temporairement la fortune de M. Guizot, et contribua par là même à son élévation future. Une note officielle du Moniteur, à la date du 14 mai 1815, prouve qu'il ne se fit point scrupule de voter pour l'acte additionnel; néanmoins, il reçut sa démission de chef de division de l'Intérieur , emploi qu'il occupait à cette époque en remplacement de celui de secrétaire général. C'est alors qu'il se rendit à Gand, auprès de Louis XVIII, et il y resta jusqu'à la seconde restauration. Cette démarche, outre les vives attaques dont elle est devenue l'objet par elle-même, a donné lieu à une autre accusation, celle d'avoir participé à la rédaction du Moniteur de Gand , participation, il faut le dire, que M. Guizot a formellement désavouée. Après le désastre de Waterloo , rentré en France avec les Bourbons, il reprit son titre de secrétaire général au département de l'intérieur, qu'il échangea bientôt (14 juillet 1815) pour celui de secrétaire général du ministère de la justice. M. Barbé-Marbois tenait alors le portefeuille, et autant l'administration de l'abbé de Montesquiou avait compromis déplorablement INI. Guizot, autant lui fit d'honneur l'administration modérée de M. Barbé-MarboFs. Lors-
Sue celui-ci fut remplacé par M. Damray, au mois de mai 1816, M. Guizot se retira , et reçut en dédommagement une place de maître des requêtes en service extraordinaire au conseil d'État.
Cette situation lui laissant du loisir, il ne tarda pas à publier deux écrits politiques, où se faisait sentir une opposition tempérée. Ils sont datés l'un et l'autre de 1816 , et intitulés : 1° Du gouvernement représentatif et de fêtât actuel de la France , simple brochure , augmentée et réimprimée en 1820 , sous ce titre : Du gouvernement de la France depuis la restauration et du ministère actuel ; 2° Essai sur l'histoire et l'état actuel de V instruction publique en France. Le 5 septembre 1816 , une ordonnance du roi prononça la dissolution de la chambre
introuvable. M. Guizot contribua à cette détermination par un mémoire politique qu'il composa, et qui fut présenté au roi par M. Decazes. Nous devons aussi mentionner un autre acte qui suivit de près , et auquel M. Guizot prit également part : nous voulons parler de la loi électorale de 1817. Cette loi, dirigée contre les ultraroyalistes, dont elle assura la défaite, devait avoir pour résultat la prépondérance de la classe moyenne , sa prépondérance complète et définitive ; et les hommes de l'ancien régime n'étaient point les seuls qui le lui reprochassent. « A cette époque, dit « M. Guizot,n'étantnidéputéni membre « important du gouvernement, jedéfen- « dis la loi contre ces attaques, je la dé- « fendis officiellement dans le Moniteur « en servant d'interprète au gouverne- « ment lui-même, et je la défendis en «avouant le reproche, en disant qu'il « était vrai nue la loi avait pour resul- « tat de fonder en France la prépondé- « rance politique de la classe^noyenne, « et que cela devait être, qu'ainsi le vou- « laient la justice et l'intérêt du pays.» Nous avons cru devoir nous arrêter sur cette circonstance ; car, dès lors, se dessine nettement la ligne politique que suivra désormais M. Guizot. La constitution anglaise, avec une aristocratie plus bourgeoise et la démocratie de moins, tel est presque tout le programme, nonseulement ne M. Guizot, mais aussi, en général, de tous ceux qu'on appelait dès lors , et qu'on appelle encore aujourd'hui doctrinaires, quoique le nom d'école éclectique ou d'école historique les caractérisât peut-être mieux. Le ministère Decazes obtint naturellement leur appui. A peine M. Decazes eut-il pris possession du portefeuille de l'intérieur, a la fin de 1818 , qu'il fit créer pour M. Guizot la direction générale de l'administration communale et départementale. Le 13 février 1820, à la suite de l'assassinat du duc de Berry, M. Decazes ayant donné sa démission du ministère, M. Guizot fut enveloppé dans sa disgrâce. Il fut même rayé delà liste des conseillers d'État, titre qu'il avait reçu en 18(8. A partir de ce moment, M. Guizot fit de l'opposition, mais sagement, et sans rompre avec le pouvoir royal, comme le dit un de ses bio-
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graphes. De 1820 à 1822, il signala cette opposition par les ouvrages suivants :
1° Du gouvernement de la France depuis tu restauration et du ministère actuel, édition remaniée, et augmentée d'une brochure de 1817, comme nous l'avons dit; 2° Du gouvernement représentatif ; des conspirations et de la justice politique, 1821 ; 3° Des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la France , 1821 ; 4° De la peine de mort en matière politique, 1822. Une courte citation révélera suffisamment l'esprit élevé de cettedernière brochure, qui fit une grande sensation.
« Les supplices, dit M. Guizot , détruisent des hommes ; ils ne changent ni les intérêts ni les sentiments des peuples... Le pouvoir peut tuer un , deux , plusieurs individus, châtier sévèrement un, deux, plusieurs complots; mais s'il ne * sait que cela, il se retrouvera toujours en présence des mêmes périls , des mêmes ennemis ; s'il sait faire autre chose, qu'il se dispense de tuer, il n'en est pas besoin; de moins terribles coups lui suffisent. » C'est donc une bien terrible chose gue l'expérience de la. vie politique , si l'homme qui a écrit ces nobles maximes a pu si vite se désillusionner! Cependant, M. Guizot était rentré dans sa chaire, et ses leçons entraînaient vers les études historiques une génération qui s'y montrait toute disposée.
De cet enseignement si grave et tout scientifique, certaines conclusions pour le présent sortaient d'elles - mêmes.
Le succès était immense , les applaudissements enthousiastes. La restauration, qui avait bien d'ailleurs quelque rancune contre l'écrivain, s'en alarma, Ou feignit de s'en alarmer : le cours de M. de Guizot fut suspendu en 1822.
Le silence du professeur laissa une plus libre carrière à l'activité de l'écrivain; les publications les plus importantes qui soient sorties de sa plume appartiennent à cette période de sa vie.
Ce sont : 1° la Collection des mémoires relatifs à l'histoire de la révolution d1 Angleterre ,1823 et années suiv.; 2° la Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu'à la fin du treizième siècle, mêmes années; 3° les Essais sur Vhistoirede
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France , 1823 , livre où , pour la première fois, l'explication de nos Origines était présentée avec une netteté et une exactitude qui dissipèrent bien des doutes et bien des erreurs. En 1826, il accepta la direction générale de l'Encyclopédie progressive, et écrivit, pour cette entreprise, l'article Encyclopédie. L'idée sur laquelle repose cet article est trop caractéristique pour que nous ne la rappelions pas. Cette idée, ou plutôt ce thème, contre lequel s'éleva dès lors le saint-si monisme naissant , c'est l'impossibilité pour la raison humaine de rallier les connaissances dans une véritable unité scientifique , en sorte que toute encyclopédie serait purement un recueil, une statistique des sciences. En 1827, parut un ouvrage d'une haute im-, portance et d'un mérite plus incontesté, l'Histoire de la révolution d'Angleterre, dont , malheureusement , nous n'avons encore que la première partie.
Il serait regrettable qu un livre, où l'intérêt de récits dramatiques se joint à de profondes et sages réflexions et à de vastes recherches, restât pour toujours inachevé.
Au milieu de ces grandstravaux, à partir de la fermeture de sa chaire, M. Guizot s'était abstenu de toute polémique.
Toutefois l'esprit de ses livres, (|uelaues discours au sein des sociétés philanthropiques dont il était membre, discours qui ne sortaient guère des généralités , révélaient déjà une opposition contenue.
En 1827, époque où M. Guizot se vit déjà voisin de l'âge d'éligibilité, cette opposition commença à se produire avec plus d'éclat. Il devint membre de la société Aide-toi, le ciel t'aidera. Ainsi fut scellée, l'alliance entre lui et le libéralisme dont il était si éloigné au début de sa vie politique; nous disons alliance, car entre ces deux courants il y avait des antipathies radicales qui rendaient toute fusion impossible. En 1828 vint le ministère Martignac, dont la tendance répondit à peu près aux vœux de M. Guizot et de ses amis. Sa chaire se rouvrit ainsi que celle de MM. Cousin et Viilemain. On sait de quelles sympathies le professeur se vit entouré , et combien cet enseignement eut d'éclat. Disons-le avec un des biographes de M. Guizot :
• Si un regret nous reste, c'est aussi
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qu'un tel professeur ait sitôt jugé une telletâcheau-dessousdesavocationoude sa fortune(*). » Dès lors, naturellement M. Guizot se trouva rapproché du pou- Toir ; aussi, par ordonnance du 1er août, fut-il réintégré au conseil d'État.
Bientôt après le ministère tomba. M.
Guizot se retrouva de nouveau dans l'opposition. En présence d'une menace imminente de contre-révolution , tous les chefs du parti constitutionnel se rapprochèrent de plus en plus , toutes les dissidences antérieures , dissidences radicales, furent oubliées. M. Guizot prit une part active à la polémique ardente du Journal des Débats et du Temps. En 1830, il se présenta au collège électoral de Lizieux sous les auspices de l'opposition , et fut élu député. A la chambre, il contribua puissamment de sa parole à l'adoption de la mé-« morable adresse des 221. Réélu à Lisieux après la dissolution de la c hambre, il prit une part active à toutes les délibérations de ce petit groupe de députés et de pairs qui, durant la révolution de juillet , exerça sur la suite des événements une influence si diversement appréciée. Ce fut lui qui rédigea la frimeuse protestation du 27 juillet, protestation adressée aux journaux sans signature, et dont le Temps crut devoir modifier un peu le texte trop timoré.
Ge fut aussi lui oui rédigea la proclamation par laquelle la chambre déféra la lieutenance générale au duc d'Orléans.
Dans les dernières luttes de la restauration, le libéralisme proprement dit s'était effacé par tactique derrière une opposition plus mesurée, dont les doctrinaires tenaient le drapeau. L'un d'eux, élu par sept collèges , présidait la chambre. Ils se trouvèrent donc investis d'un grand ascendant lorsque éclata la
(*) ^.u commencement de 1 8a8 , M. Guizot fouda \% Revue française, dont la publication, suspendue par la révolution de juillet, a été reprise en i836. Durant celte dernière période , M. Guizot l'a enrichie de plusieurs articles auxquels sa position officielle dounait une limite importance. Ces articles, dont plusieurs touchent aux questions religieuses, ont donne lieu à d'énergiques réclamations de la part de quelques protestants qui ont cru devoir décliner toute solidarité entre les doctrines de leur église et celles de M. Guizot.
révolution. Mais étaient- ils suffisamment en mesure de satisfaire une révolution qu'ils n'avaient point voulue, point même rêvée? Y avait-il homogénéité entre eux et cette révolution?
Dès le 31 juillet, M. Guizot fut nommé par la commission municipale commissaire provisoire au département de l'instruction publique et des cultes. Il refusa pour accepter le lendemain les fonctions de commissaire provisoire au département de l'intérieur , poste où il fut confirmé le 11 août à titre définitif.
Ici commence pour M. Guizot une existence nouvelle qui , si elle n'est pas l'illusion systématique d'un penseur, est un bien rare dévouement; car jamais homme d'État n'assuma sur sa tête plus d'impopularité. Quoi qu'il en soit, M. Guizot a eu la force de ne point fléchir devant cette impopularité, mais au contraire de s'en faire gloire. Déjà nous en avons indiqué le principe. Les exigences de M. Guizot sous la restauration s'étaient trouvées satisfaites d'un ministère Decazes, d'un ministère Martignac, il ne demandait rien de plus à la révolution de juillet. Il fut donc naturellement l'un des premiers et des plus ardents promoteurs de ce système de résistance qui a prévalu. Bientôt , dans ses discours, on vit apparaître ces mots qui révèlent sa pensée intime :
quasi - légitimité y répression, intimidation. Adversairedu ministère Laffitte, à la chute duquel il contribua, il soutint au contraire de toutes ses forces le ministère répressif de Casimir Périer.
Après la mort de celui-ci , \\ fut appelé à exercer à son tour cette même répression qu'il avait si vigoureusement défendue a la tribune. Il entra dans le cabinet du 9 octobre avec le portefeuille de l'instruction publique. De graves événements signalèrent la durée de ce ministère, et ne fournirent que trop d'occasions à l'énergie répressive du gouvernement. La loi sur les crieurs publics , la loi contre les associations , celle contre les détenteurs d'armes et de munitions de guerre, et enfin les lois de septembre , furent l'œuvre de ce ministère, où l'influence de M. Guizot était prépondérante; c'est donc à lui en bien ou en mal qu'en revient la plus grande part de responsabilité. Rappe-
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Ions des souvenirs de cette même époque, sur lesquels notre pensée se reporte plus volontiers, et que préfère sans doute M. Guizot lui-même; nous voulons dire la loi sur l'instruction publique , qui , sans avoir la pensée trop vaste peut-être de quelques lois antérieures-$ est un grand et véritable service rendu au pays. D'autres actes non moins dignes d'éloges signalèrent cette longue période, durant laquelle M. Guizot tint le portefeuille de l'instruction publique. « C'est lui , dit un biographe dont nous emprunterons ici volontiers les paroles amies, c'est lui qui, allant au-devant de tous les besoins de l'intelligence , a créé, pour y satisfaire, des chaires nouvelles dans diverses facultés. Le muséum d'histoire naturelle, le collège de France, la bibliothèque du roi ont reçu par ses soins des améliorations notables. De grands travaux sur l'histoire de France ont été entrepris sous ses auspices, et des commissions ont été formées par lui pour encourager tous ces efforts. » Le 22 février 1836, le ministère fut renversé, et M. Guizot resta inactif jusqu'au 6 septembre, époque où il reprit le portefeuille de 1 instruction publique. Le cabinet du 6 septembre ne tarda pas à se dissoudre , et il fut remplacé par le ministère du 15 avril (1837), dont l'enfantement fut laborieux. Deux influences rivales se disputaient la prépondérance; les prétentions rivales ne purent se concilier. Sous la présidence de M. Mole se forma un cabinet d'où les doctrinaires furent exclus. De là des griefs personnels qui ne tardèrent pas à s'envenimer , et jetèrent dans l'opposition M. Guizot et ses amis. C'est l'époque fameuse de la coalition. M. Guizot se retrouva un instant comme à la fin de la restauration , sous le même drapeau que ses adversaires politiques les plus déclarés , et , dans ce concert d'attaques , l'extrême gauche s'effaça souvent derrière lui pour le laisser porter à ses anciens amis les coups les plus âpres. Une telle position dut naturellement encourir le blâme des conservateurs. Une voix révérée de M. Guizot, une voix doctrinaire se joignit à ce blâmé. M. Royer-Collard condamna la coalition. Ainsi fut consommée la rup-
ture entre le maître et le disciple qui déjà s'étaient trouvés en désaccord dans ; une occasion bien différente , à l'occa- j sion des lois de septembre, contre les- '< quelles M. Royer-Collard s'était hautement prononcé.
Après la chute duwinistère du 15 avril, M. Guizot s'effaça jusqu'à l'avénement de M. Thiers. Alors il fut nommé à l'ambassade de Londres. Les circonstances étaient graves ; un traité menaçant pour la France se préparait , il s'agissait de le combattre, et par son caractère, comme par son talent, on crut que M. Guizot était plus que tout autre en état de le faire avec succès. Cette mission , comme on sait , ne fut point heureuse ; le traité de la quadruple alliance fut conclu. Une autre question d'une haute importance se posa durant cette même mission, celle du droit de visite. La question avait deux faces, l'une philanthropique, l'autre politique. M. Guizot ne vit que la première, et nous pensons qu'avec les tendances de son esprit , les habitudes de son caractère , et les préoccupations de toute sa vie , il n'en pouvait être autrement. Il signa donc le traité qui consacrait l'extension du droit de visite. On sait comment ce traité fut accueilli, et l'embarras qu'occasionne aujourd'hui au ministre la signature donnée par l'ambassadeur. Le ministère de M. Thiers tomba , et l'ambassadeur de Londres revint instaurer le système pacifique qui triomphait. M. Guizot devint le chef réel du cabinet du 29 octobre. Au lieu du ministère de l'instruction publique, qu'il avait si longtemps occupe, M. Guizot crut dès lors devoir se charger du portefeuille des affaires étrangères.
L'instruction publique doit d'autant plus regretter ce choix, que M. Guizot, dans cette circonstance, a dû faire violence à sa véritable vocation. Rien , en effet, dans ses travaux ou ses actes précédents, n'indique une aptitude spéciale pour la diplomatie. Les phénomènes intérieurs de la vie des peuples ont occupé ses méditations presque exclusivement, et la tournure de son esprit semble le porter à n'attacher aux affaires de l'extérieur qu'une importance tout à fait secondaire.
Depuis 1830, absorbé par la po-