‹ FranceChapitre 144 sur 378 · HACHES · texte numérisé non relu

HACHES

ces murailles à meurtrières (*) et ces saillies qui les rendaient plus propres à la défense. Ces petites forteresses résistaient souvent très-bien à l'attaque.

Nous ne citerons qu'un fait pour le prouver : En 1558, le cardinal de Créqui, évêque de Nantes, apprenant que deux missionnaires calvinistes avaient osé prêcher au Croisic (voyez ce mot), dans l'église Notre-Dame /accourut, le 7 juin, dans la petite ville, accompagné d'une troupe d'hommes armés, et amenant une grosse coulevrine. Le prélat fit placer sa pièce d'artillerie en face de la maison d'un notable bourgeois , appelé Guillaume Roi, où les calvinistes s'étaient retirés , puis , ameutant la multitude , il ordonna de commencer le siège de la place. On battit sans relâche les murs de la maison de quelques centaines de coups de coulevrine ; pendant ce temps , une quantité de barriques de vin de Bordeaux étaient placées dans tous les carrefours pour enflammer les assiégeants. Néanmoins , les dix-neuf assiégés tinrent bon toute la journée, et, la nuit venue , ils s'échappèrent pendant que le général ennemi était à souper. La maison de Guillaume Roi s'élève encore aujourd'hui, avec sa façade gr!se,au-dessus des autres édifices du Croisic.

Nous devons signaler encore, parmi les habitations du seizième siècle, empreintes d'un caractère d'architecture remarquable , celles que les Espagnols ont laissées dans quelques-unes de nos provinces, par exemple , en Flandre. On y reconnaît leurs maisons à leurs pignons étagés et à leurs larges fenêtres , séparées en trois compartiments par des colonnettes.

Enfin, les constructions particulières des règnes de Henri IV et de Louis XIII, caractérisées par les toits aigus , les hautes cheminées et les briques rouges,

3ui leur donnent un aspect si différent e tout ce qui a précédé ou suivi , sont les dernières sur lesquelles nous croyons devoir nous arrêter. Le goût flamand remplaçait alors le goût italien. L'architecture civile prit certainement son

(*) Beaucoup de villes en offrent de semblables , surtout en Bretagne , province où la ligue agit avec tant de fureur.

plus grand développement sous Richelieu, Mazarin, Louis XIV, et produisit une foule de grandes maisons et d'hôtels le long des larges rues qui s'ouvrirent alors dans les villes. Mais il est à peu près inutile de rappeler au lecteur les caractères de ces dernières périodes, où l'architecture revint à la copie servile de l'antique, à l'entablement, à la nudité. Nous avons sous nos yeux les bâtiments du dix-septième, du dix-huitième et du dix-neuvième siècle , toutes ces jeunes constructions qui font disparaître chaque jour les traces des habitations de nos pères. A Paris, la plus ancienne maison ne remontera bientôt plus, au delà du dix-septième siècle. On n'y peut déjà plus juger de l'architecture ci vile de la renaissance que par des imitations plus ou moins heureuses tentées depuis quelques années dans les nouveaux quartiers. Heureusement, il n'en est pas encore ainsi dans les départements; mais l'exemple est contagieux , et ceux qui veulent avoir une idée de nos anciennes cités doivent se hâter de visiter les villes de Rouen, Caen , Beauvais, Reims, Nantes, Morlaix, Orléans, Blois, Bourges, etc.

Il est à craindre qu'on ne puisse trop tôt généraliser les considérations appliquées par M. Vitet à la ville de Dieppe, reconstruite après le bombardement de 161)4. « Dans la ville du moyen âge , chaque habitation avait sa physionomie, et présentait au passant un pignon diversement orné : pas une porte, pas un balcon, pas un toit qui n'eût son style , qui ne portât sa date ; la pierre, la' brique, le bois peint ou sculpté s'entremêlaient de maisons en maisons , et offraient une continuelle variété de tons et de nuances; tandis que nous voilà introduits dans une grande manufacture; pas une corniche, pas une cheminée , qui ose dépasser ses voisines ; même taille, même patron, même couleur pour toutes ces façades. »

Haches d'armes. Un seul tranchant avec un marteau à l'opposite constituait ordinairement cette arme, au maniement? de laquelle nos ancêtres du moyen âge montraient une dextérité non moins grande que les Francs à celui de la francisque. La hache des compagnies d'ordonnance n'avait point

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de marteau , mais la douille du fer se prolongeait au delà du taillant , et se terminait en pointe aiguë, de sorte qu'on pouvait frapper d'estoc et de taille. Quelquefois le marteau était remplacé par un dard droit aigu ou crochu, ou par un croissant. Les maré- * chaux de France acceptaient leur écussou d'une hache d'armes , comme insigne de leur dignité. La hache d'abordage a conserve la forme de l'ancienne hache d'armes.

Hachette (Jeanne). L'héroïne de Beauvais n'est connue que par le courage dont elle fit preuve lorsque cette ville était assiégée en 1472 par le duc de Bourgogne. Pendant le même siège, plusieurs temmes se signalèrent par un courage viril ; mais Jean m- Hachette se fit remarquer entre toutes , montant à la muraille et arrachant des mains du soldat qui le portait l'étendard de Bourgogne. Cet étendard, qu'elle donna à F église des Jacobins, y a toujours été conservé depuis, et on peut l'y voir encore aujourd'hui. Il paraît qiîe Jeanne Hachette et les autres héroïnes de Beauvais contribuèrent puissamment à la retraite des Bourguignons, puisque,

{>ar lettres patentes de 1493, Louis XI eur accorde, en témoignage de contentement, le droit de précéder les hommes à la procession et à l'offrande le jour de Sainte-Angadrême, patronne de la ville. La plus grande incertitude règne sur la vie et jusque sur le nom de la principale hé rou e de Beauvais, que quelques auteurs contemporains nomment l'un Jeanne Laine, l'autre Jeanne Fourquet ou Fouquet, un autre enlin Jeanne Hachette ; ce troisième nom est le plus vulgairement connu , et c'est à lui que nous nous arrêtons. Ce sera, si l'on veut, une sorte de personnage symbolique auquel se rapporte un trait d'héroïsme authentique. Ce qui est certain , c'est que les lettres patentes de Louis XI , que nous avons mentionnées plus haut, ne citent aucune femme en particulier. Jeanne Hachette, ainsi presque inconnue, offrait un vaste champ a l'imagination et à la poésie. Elle a été l'héroïne de plusieurs tragédies parmi lesquelles nous citerons : Le Triomphe du beau sexe, Jeanne Hachette, ou le Siège de Beauvais, par le sieur du

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