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réformées en partie; les principes du goût furent modifiés. Le résultat essentiel de ce changement fut la restriction et l'affaiblissement des droits sévères, de l'autorité inflexible qu'avait (exercés la raison, et la conquête d'une liberté plus grande, d'un empire plus étendu pour l'imagination et la sensibilité. Par là, l'équilibre fut détruit, les parts furent inégales : celle de l'imagination commença à l'emporter sur celle de la raison.
Trois causes principales déterminèrent cette révolution. D'abord, il est impossible qu'une littérature conserve toujours la même forme, obéisse toujours aux mêmes lois. Une littérature ne subsiste, ne se perpétue qu'à la condition de se transformer, parce qu'il y a dans l'esprit humain un impérieux besoin de nouveauté que les écrivains sont contraints de satisfaire. Ces transformations sont souvent une altération, une décadence; mais, il faut le reconnaître, elles sont nécessaires.
En second lieu , dans les époques où le génie devient plus rare, les règles sévères , les préceptes impérieux et exigeants sont acceptés avec moins de soumission et de docilité. Le joug des règles n'effraye pas le génie que soutient la conscience de sa force. Porter ce joug, ce n'est pas pour le génie un labeur accablant, une tâche débilitante, c'est un exercice utile, une gymnastique salutaire. Mais la médiocrité succombe sous le fardeau. La médiocrité, qui souvent n'est que le talent sans génie, demande à s affranchir des entraves où elle n'a pas la force de conserver un libre essor. Les ouvrages des hommes de génie, composés dans un esprit de consciencieuse fidélité aux règles les plus difficiles du goût, charment tout le monde par ce mélange même de sagesse et de force. Les ouvrages des esprits médiocres, accommodés à grand'peine aux mêmes règles , n'inspirent que froideur, ennui et dédain. Il est donc naturel que la médiocrité s'insurge contre les lois établies, et réclame une liberté qui lui permettra du moins de produire une illusion de quelques jours, et d'obtenir quelques succès dont l'éclat éphémère satisfera son ambition. C'est ainsi qu'à la fin du dix-huitième siècle, alors
qu'il n'y avait plus que très-peu d'hommes capables de satisfaire à toutes ces exigences de la raison et du goût que le dix-septième siècle avait imposées aux écrivains, on vit une foule d'auteurs accuser les législateurs de la littérature de despotisme et de tvrannie, déplorer la sécheresse et la timidité de la langue, et demander à grands cris la révision d'un code qu'ils disaient trop étroit et trop minutieux.
Enfin, il faut le dire aussi, entre les mains de cette école d'écrivains philosophes qui marchaient ensemble sur la trace de Voltaire, la langue française, si elle n'avait rien perdu de sa netteté et de sa finesse, était devenue plus pâle, plus uniformément abstraite : la discussion métaphysique l'avait refroidie et desséchée. L^imagination s'était beaucoup moins montrée dans la prose et dans les vers de la plupart des encyclopédistes mie dans Télémaque et Phèdre.
Cet empiétement de la raison philosophique amena une réaction. Par cela même que l'imagination avait été sacrifiée, on réclama pour elle avec plus de chaleur, et l'on fut plus disposé à la faire souveraine à son tour.
Ainsi se modifia la définition du goût, ou , pour parler plus exactement , le goût lui-même fut discrédité. A la fin du dix-huitième siècle, on entendait des critiques inlluents crier du haut de leur chaire aux écrivains : Ayez de l'imagination, de la chaleur, du coloris ; peignez vivement, excitez des impressions fortes, et nous vous tiendrons quittes du goût. C'est le langage que tinrent souvent, d'une manière plus ou moins explicite, Diderot et Beaumarchais, les deux chefs de la réforme à cette époque. C'est contre les prédications de cette sorte que s'indignait la Harpe, qu'on a surnommé le champion des pures doctrines classiques , mais qui n a pas toujours compris ce qu'il y avait de liberté au fond dans les chefs-d'œuvre les plus réguliers du dix-septième siècle.
Malgré les obstacles qu'elle rencontrait, la réforme grandit, et l'imagination recula les limites de son domaine.
Beaucoup de ceux d'ailleurs qui s'opposaient à la réforme accéléraient ses progrès par les efforts mêmes qu'ils faisaient pour l'étouffer. Admirateurs serviles,
imitateurs maladroits du passé, ils compromettaient par leurs plaidoyers la doctrine qu'ils défendaient. Ils la compromettaient bien plus encore par leurs ouvrages. La littérature de l'empire crut pouvoir arrêter la révolution en littérature, et ne Ot que lui prêter un argument et une force de plus. Cette révolution s'est achevée de notre temps.
L'étude des littératures anglaise et allemande , un commerce intime avec Shakspeare, Goethe, Schiller, ont porté le dernier coup ù la sévérité des antiques règles, et il a été décidé que l'imagination jouerait un grand rôle dans la littérature du dix-neuvième siècle.
Jusqu'ici , il est résulté de cette révolution plus de mal que de bien. Quelmies esprits d'élite, adoptant le principe fondamental de la réforme, mais l'appliquant avec la modération d'une raison maîtresse d'elle-même, ont produit des ouvrages moins purs peut-être que les monuments du dix-septième siècle, mais dignes encore de figurer au premier rang. Originaux' et créateurs , ils se sont inspirés de l'imagination plus
3ue leurs illustres devanciers: ils ont onné une place dans leurs écrits à la rêverie, à la fantaisie, au caprice même, mais en s'nrrctant à propos : ils ont concilié l'antique précision de nos pères avec une certaine poésie vague habilement empruntée au génie des littérateurs étrangers et au génie mélancolique du siècle nouveau. Leurs efforts ont été couronnés d'un succès non-seulement glorieux , mais durable. Les noms de Chateaubriand , de madame de Staël , celui de l'auteur des Méditations , retentirontaussi dans l'avenir. Mais avonsnous beaucoup d'autres noms semblablesàciterPPourquelques chefs-d'œuvre produits par notre époque, que de dé-
Klorables tentatives , que de créations izarres ou insensées , que de chutes ridicules nous aurions à enregistrer, si nous voulions faire le bilan exact de la littérature contemporaine! Ce résultat était inévitable. Quand on dit à l'imagination : Ouvre tes ailes et prends ton essor , sans lui ménager un contrepoids, sans lui tracer aucune route; quand on établit que le plus important en littérature c'est d'émouvoir fortement l'esprit avec des images, il est
bien à craindre qu'on n'abuse de la permission et du précepte, et que la liberté ne mène à la confusion et au chaos. La raison est à elle-même son propre uide; mais l'imagination, abandonnée elle-même , est incapable de se gouverner, et ne tardera pas à s'égarer dans les nuages. La raison ne reconnaît d'autre vérité que la vérité générale , c'est-à-dire, celle qui est vraie pour tous et partout ; l'imagination s'attache à la vérité particulière, accidentelle, passagère, aussi bien qu'à la vérité générale ; car, pourvu qu'une chose l'émeuve, l'étonne, l'amuse, l'effraye, elle est assez vraie pour elle. Livrée à elle-même, l'imagination court grand risque de se perdre dans les vérités accidentelles, c'est-à-dire , de s'attacher à ce qui n'existe que comme exception. Arrivée à ce degré, l'imagination n'est plus que la fantaisie ; or, la fantaisie est là destruction de tout art ; car elle n'élève sur un sol incertain et changeant que des édifices de vapeur , que des palais de nuages, destinés à s'évanouir après avoir amusé un instant la frivole curiosité de la foule.
C'est ainsi que , dans les genres les plus divers , beaucoup d'auteurs contemporains, dont quelques-uns avaient reçu des facultés éminentes , égarés par l'abus d'un principe encore plus dangereux peut-être que fécond , n'ont remporté que des succès factices et périssables , et n'ont rien fondé que nous puissions léguer avec confiance à l'avenir. Quand ils voudront mettre leur réputation à l'abri des retours de l'opinion et des variations de la mode , quand ils voudront créer des chefsd'œuvre qui leur survivent, ils devront maîtriser la folle du logis , et songer que l'écrivain ne doit pas seulement émouvoir et amuser la foule , mais aussi la faire penser, l'éclairer, l'instruire, et qu'il ne peut y parvenir qu'en tempérant l'imagination par la raison, et en soumettant ses œuvres au contrôle de ce juge trop dédaigné qu'on appelle le goût.
Gouvernements. Voyez Franck (divisions politiques et administratives de la).
Gouverneurs des provinces et des villes. — « Les gouverneurs èt
lieutenans pour le roy aux provinces sont ce qu estoient autrefois les ducs ; et les gouverneurs des villes ce qu'estoienl les comtes; lesquels estant devenus dignitez héréditaires, les gouverneurs et lieutenans du roy ont succédé à leur authorité et pouvoir, afin de conserver en paix et repos les provinces qui leur sont données en garde, et d'avoir puissance sur les armes d'icelles , et les deffendre par les armes contre les séditieux et ennemis-, tenir les places bien fortifiées et munies, et prester main-forte à la justice des provinces , chacun dans l'étendue de leur gouvernement. Leurs commissions sont vérifiées dans les parlemens où ils ont séance immédiatement après les premiers présidens. »
Telle est la définition que donne de la dignité des gouverneurs un État de la France de l'an 1648 et 1649 (*).
Rien de plus juste que la comparaison de ces puissants personnages avec les anciens ducs et comtes. Ce furent eux en effet qui continuèrent la féodalité jusqu'au dix-septième siècle. Leur indépendance politique grandit et se développa surtout avec les guerres civiles du seizième siècle. Alors on vit partout dans le royaume des souverains aussi indépendants de fait que les anciens comtes d'Anjou , de Poitou , de Toulouse, ou les ducs de Normandie, de Bourgogne. Sous François Ier, le nombre des gouverneurs des* provinces avait été fixé à neuf. Ces hauts dignitaires ne régissaient que la Normandie, la Guienne, le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, la Bourgogne, la Champagne, la Picardie et l'Ile-de-France. Mais, à partir de Henri II , ils se multiplièrent beaucoup, et Henri III ne put faire prévaloir la décision par laquelle il les réduisait à douze, en ajoutant aux anciens gouvernements la Bretagne , le Lyonnais et l'Orléanais. C'était, en Languedoc, Damville; en Dauphiné, Lesdiguières ; en Guienne, le roi de Navarre; en Champagne, le duc de Guise, puis celui de Nevers ; en Bourgogne, Mayenne; en Bretagne, Mer-
(*) Inséré dans les Arch. cur. de l'histoire de France, t. VI de la a' série, p. 387 et siuv.
cœur; en Picardie, le duc d' Au ma le; en Provence, Henri d'Angoulême, bâtard de Henri II , puis d'Épernon. Ces seigneurs exerçaient la haute et basse justice , levaient des impôts , soldaient des troupes, faisaient des alliances en maîtres absolus ; à peine gardaient-ils , à l'égard du roi , les respects et la dépendance des feudataires envers le suzerain; d'un autre côté, ils pouvaient compter sur l'affection et l'obéissance des provinces auxquelles ils rendaient quelque souvenir de leur ancienne existence politique.
« Cependant, jusqu'à un certain point, les gouvernements des grandes provinces demeuraient sous la main du roi , tandis que les gouvernements particuliers étaient en quelque sorte aliénés à perpétuité. Beaucoup de districts d'une étendue médiocre , beaucoup de villes , souvent même des châteaux forts (*) , étaient érigés en gouvernements que Je roi ne croyait pas pouvoir reprendre à ceux auxquels il les avait une fois accordés, à moins de les leur racheter. Nous connaissons mal la réunion des droits , des services obligés , des casualités qui rendaient ces gouvernements si lucratifs ; nous voyons seulement que même les plus petits produisaient un revenu considérable levé tout entier sur les habitants ou sur le transit du commerce.
Le roi n'accordait aucune paye au gouverneur; il ne lui bonifiait aucune dépense; les fortifications, la garde, la police , tout demeurait aux frais de ce petit despote, ou plutôt des sujets qu'on lui abandonnait. Mais aussi , dans son château, sa ville, sa petite province, tout dépendait de lui ; les armes , les soldats et leur capitaine lui appartenaient. Les habitants, qui n'avaient à attendre que de lui protection et justice, lui étaient dévoués; ils se croyaient obligés à le défendre , à suivre son parti , à en changer avec lui , souvent même au préjudice de leurs sentiments religieux. Le roi ne faisait rien pour eux ; eux-mêmes ne faisaient rien pour le roi; mais, par dévouement à leur
(•) Un seul château, en France, celui du Taureau à Morlaix, était le siège d'un gouverneur nommé oar les bourgeois de h ville (voyez Morlaix).
GOUVERNEURS FRJ
Suverneur, ils se soumettaient à tous ; dangers (*). »
L'organisation de cette féodalité nouvelle était si forte , que maintes fois , pendant nos guerres civiles, les grands seigneurs purent songer à partager le royaume en petites souverainetés indépendantes ; et lorsque Henri IV travailla à dompter la ligue , tous les gouverneurs lui firent chèrement acheter leur soumission. Villars-Brancas , qui livra Rouen , le Havre , la haute Normandie, coûta 1,200,000 livres pour ses dettes , 60,000 livres de pension , et le revenu de six abbayes. Guise n'échangea la Champagne contre la Provence que moyennant décharge de ses dettes au trésor, dispense de payer pendant une année aucune dette a des particuliers, plus 400,000 écus pour rétablir ses affaires. 11 en fut de même des autres. Ce que le Béarnais put d'abord faire de mieux , ce fut de contre-ba lancer le pouvoir des gouverneurs , de les changer de provinces lorsqu'ils y consentaient , de mettre aux prises les plus ambitieux et les puissants , comme il opposa, par exemple, Lesdiguières et Damviile à d'Épernon. Ses concessions furent même si grandes, qu'après la paix de Vervins et l'édit de Nantes, qui lui rendaient sa puissance, il n'était uère assuré encore de son autorité que ans sa capitale. Dans la plupart des provinces, les gouverneurs lui opposaient encore une résistance d'inertie.
Ils étaient presque indépendants- Guise tenait la Provence ; Joyeuse, une partie du Languedoc; Mercœur, Mayenne, Brissac , Villars, et tous les autres chefs qui avaient vendu des provinces, avaient eu , comme récompense , des gouvernements particuliers, avec des villes fortifiées. Damviile, maréchal de Montmorency, avait été confirmé dans le gouvernement du Languedoc , dont la lieutenance appartenait à son gendre, le duc de Ventadour; et , en 1606 , il en obtint encore la survivance pour son fils, âgé de douze ans. Biron était gouverneur de Bourgogne ; enfin , d'Épernon (comme nous l'avons dit à son article) conservait de grands débris de
(*) Sismondi, Histoire des Français, t. XX ,
p. rt.
NCE. GOUVERNEURS 41
son immense faveur. Parmi les huguenots, Lesdiguières avait reconquis le Dauphiné , où il demeurait lieutenant général , et ne tenait guère sa puissance que de lui-même; Duplessis-Mornay restait gouverneur de Saumur; Caumont-Laforce, du Béarn.
Ces grands vassaux, élevés si haut par les troubles civils plutôt que par leur naissance , étaient plus puissants
Îue les seigneurs féodaux du temps de iOuis XII ou de François Ier. Aussi Henri lVsongea-t-il constamment à les abattre. Ce qui facilita son œuvre , c'est que la puissance des gouvernenrs était éparse , tandis que sa volonté , à lui , était unique , constante.
Pour tempérer leur pouvoir, il leur nomma des lieutenants généraux. Malheureusement le lieutenant général devenait souvent lui-même un potentat non moins redoutable que le gouverneur. Ainsi , le titre de gouverneur du Dauphiné appartenait au comte de Soissons, et Lesdiguières n'était que lieutenant général. Le même comte reçut le gouvernement de la Normandie, où Fervaques était lieutenant général. Roquelaure remplaçait au même titre Condé en Guienne; la Vieuville était lieutenant général de Nevers, en Champagne.
Les efforts de Henri IV pour courber ces pouvoirs indépendants avaient eu quelques résultats ; mais Marie de Méuicis, dès son avènement, se montra trop faible pour les contenir , et ils lui résistèrent plus ouvertement que jamais. Richelieu leur porta un coup mortel, en ordonnant la démolition des places fortes intérieures, qui n'étaient guère utiles qu'aux mécontents, aux rebelles (voyez aussi Annales, tome Ier, pages 468 et 469). Cette mesure importante ruina la puissance des grands dans les provinces, jusqu'au moment où Mazann crut de son intérêt de leur en rendre une partie ; et les seigneurs de la fronde vinrent ensuite faire à la reine les mêmes conditions que Louis XI avait subies au traité de Conflans :
Bouillon demanda Sedan ; Turenne, l'Alsace; la Trémouille, le Roussillon, Beaufort, la Bretagne, etc. VÊtat de la France, que nous avons déjà cité , présente aussi parfaitement ce côté de
la question. On y lit ce complément à la définition des gouvernements :
« Ce ne sont que simples commis- « sions vérifiées dans les parlemens où « ils ont séance immédiatement après « les premiers présidens, et leur conti- « nuation dépend de la seule volonté « du roy ; mais il semble que les gou- « vernemens d'aujourd'huy soient deve- « nus comme héréditaires, parce qu'on « y void succéder les enfans aux pères, « et que ceux qui les tiennent ne les « quittent que moyennant une bonne « somme d'argent (*). »
Enfin , Louis XIV constitua la monarchie absolue et centralisa le pouvoir. Colbert et le Tellier s'attachèrent à établir le principe que tous les pouvoirs étaient une délégation directe du monarque. On fit sentir aux gouverneurs des provinces qu'ils ne devaient regarder leurs gouvernements que comme une grosse pension que le roi leur avait assurée; que leur demeure habituelle devait être la cour, et qu'ils devaient considérer leur résidence en province comme une disgrâce et presqu un exil.
Ce fut par les gouverneurs particuliers^ et surtout par les intendants, que le roi exerça son autorité dans les provinces \ et, quant aux premiers, pour mieux les tenir sous sa main, il réduisit à trois années la durée de leurs fonctions.
Il n'était pas rare de voir cette dignité conférée a une femme. Marie de Médicis fut pendant quelque temps gouvernante de Bretagne ; nous avons déjà dit que Constance ae Cezelli (voyez ce mot) gouverna la ville de Leucate; que la maréchale de Guebriant allait être nommée au commandement de Brisach et de l'Alsace, lorsqu'elle mourut.
Voici quels étaient les gouverneurs des provinces en 1789 :
Le duc de Brissac , Paris ; le duc de Gesvres , Ile-de-France; le comte de Périgord, Picardie; le maréchal de Castries, Flandre et Hainaut; le duc de Bourbon , Champagne; le maréchal de Choiseul-Stainville , Alsace; le maréchal de Broglie, Pays Messin; le maréchal de Contades , Lorraine et Barrois; le maréchal de Duras, Fran-
(*) Arch. cur. de l'histoire de Frànce , t VI de la série, p. 456.
che- Comté ;le prince de Condé , Bour-
Îiogne; le duc de Villeroi, Lyonnais; e duc d'Orléans, Dauphiné; le maréchal de Beau veau , Provence ; le prince Monaco , Monaco ; le maréchal de Noailles, Roussillon; le duc de Grammont, Navarre et Béarn; le duc de Penthièvre, Bretagne; le duc d'Harcourt, Normandie; le comte de Buzançois, Havre de Grâce ; le duc de Guiïies, Artois; le duc de Villequier, Boulonnais; le maréchal de Laval , Sedan ; le duc du Chastelet , Toul ; le duc de Nivernais, Nivernais; le comte de Peyre, Bourbonnais ; le prince deConti, Bèrry; le duc de Bouillon , Auvergne; le maréchal de Ségur, Foix; le duc de Fitz- James, Limousin: le marquis de la Salle, Marche; le duc d'Uzès, Angoumois et Saintonge; le duc de Laval , Avnis ; le duc de Chartres, Poitou; le prince d'Egmont- Pignatelly , Saumurais; le prince de Lambesc, Anjou; le comte d'Estaing, Touraine; le marquis de la Vaupalière, Maine et Perche; le comte de Rochechouart, Orléanais; le marquis de Monteynard, Vile de Corse : le Lanquedoc et la Guienne n'avaient point de gouverneurs en janvier 1789.
Le trésor royal payait environ 1,500 mille livres pour les appointements de ces officiers et ceux des lieutenants de roi.
Gouverneurs des colonies : le marquis du Chilleau , Saint-Domingue ; le vicomte de Damas, la Martinique ; le baron de Clugny, la Guadeloupe; M. de la Borie, Sainte- Lucie; le comte d'Arthur-Dillon , Tobago ; le comte de Villebois, Cayenne et Guyane française; le chevalier de Boufflers, le Sénégal, ile de Gorée, côtes d'Afrique; le comte de Conwai , Pondichéry ; M. d'Entrecasteaux , fies de France et de Bourbon,
Outre les gouverneurs de provinces et les neuf gouverneurs des colonies * il y avait des gouverneurs des maisons royales, indépendants des gouverneurs de la province.
Le roi payait même un gouverneur de la pompe-fontaine du Pont-Neuf »
connue sous le nom de la Samaritaine*
Supprimés le 20 février 1791, les gouverneurs avaient été rétablis sous la restauration dans les divisions militai-
res. L'ordonnance du 15 novembre 1830 a supprimé définitivement cette dernière espèce de fonctionnaires.
De tous les gouverneurs de provinces de 1789, le seul survivant est le ci-devant duc de Chartres , gouverneur du Poitou depuis 1776, c'est-à-dire, depuis l'âge de trois ans (*).
Gouverneurs des rots et des princes. L'éducation qui a tant d'importance pour les particuliers , en a bien plus encore pour les rois, et l'on peut dire que le bonheur des peuples dépend en grande partie de la nature des soins et des leçons que reçoit la jeunesse des princes. A ce point de vue , rien de plus intéressant que d'étudier successivement, dans notre histoire, l'enfance et l'éducation de chacun de nos rois, de voir l'influence qu'ont exercée sur leur destinée les habitudes qui leur ont été imposées ou celles qu'on leur a laissé contracter dans le principe, de surprendre, en quelque sorte, dans leurs premières années, selon qu'elles ont été bien ou mal dirigées , le germe des fautes ou des succès, des grandeurs ou des misères de leurs règnes. Une histoire des gouverneurs qui ont été préposés à l'enfance des rois de France offrirait ces vues et ces rapprochements aussi curieux qu'utiles ; nous né pourrions faire cette histoire complète , essayons seulement d'en ébaucher une partie. Sans remonter plus haut que la maison de Bourbon, et sans entrer dans
(*) Ces nominations de gouverneurs imberbes ou même au berceau étaient chose assez commune sous l'ancienne monarchie.
Nous n'en citerons plus que l'exemple suivant : le a5 avril i5q8, le fils aîné de Gabrielle durées , César de Vendôme , fut reconnu gouverneur de Bretagne : c'était l'exécution du traité conclu avec Mercosur. Il était naturel d'en maintenir les conditions ; mais ce qui l'était moins, ce fut l'assemblée générale de messieurs de la ville de Nantes qui se réunit sous la présidence de ce gouverneur de quatre ans, devant lequel on délibéra sérieusement. Pendant que l'enfant faisait des niches aux magistrats municipaux et aux notables, le sieur Torcant, son assistant et son interprète, parlait en sou nom , présidait à l'élection du maire. L'élection achevée, les notables se retirèrent après force humbles saints au jeune président.
de longs détails , voyons comment chacun de ces hommes, qu'on chargeait d'élever un roi , a rempli cette grande tâche, et quelle a été, dans le caractère et dans le règne de chacun des Bourbons, la part de l'éducation et celle de la nature.
Le chef de cette maison , Henri IV , jeté dès l'âge de 13 ans au milieu des guerres civiles , dont on était loin de prévoir qu'il sortirait une couronne pour lui , ne reçut pas d'éducation régulière; il n'eut pas de gouverneur:
son grand-père , qui le faisait grimper tout enfant sur les rochers du Béa m , et son père, qui le promenait au milieu des camps et des bataillons, lui en tinrent lieu. Pendant quelques années seulement il eut un précepteur , Florent Chrétien , homme fort instruit, huguenot dans l'âme, qui lui donna quelque teinture des belles - lettres , et avec le-
3uel il traduisit en français une partie es Commentaires de César. Bientôt , son père ayant été tué devant Rouen , sa mère s'etant jetée dans le parti protestant, il fut lancé à 13 ans au milieu de cette vie rude et aventureuse où l'attendaient tant de périls, de malheurs, de travaux, qui devaient être couronnés par tant de gloire. Ainsi la vie de Henri ÎV ne commence pas comme celle des autres rois. Rien de semblable ici à l'éducation auguste, officielle et symétrique par laquelle ont passé ses successeurs. A défaut de ce genre d'éducation, Henri IV en reçut une autre plus forte et plus salutaire , celle que donnent le malheur et l'expérience. Son caractère, par lui-même si actif et si fort, acheva de se tremper au milieu des épreuves et des luttes où se passèrent sa jeunesse et une partie de son âge mur.
Si ce grand roi n'avait pas été interrompu dans sa carrière par le couteau de Ravaillac , nul doute que l'héritier du trône n'eût été entouré , dans ses premières années , des soins les plus prévoyants et les plus éclairés. Mais l'éducation de Louis XIII fut abandonnée à la régente , qui , tout entière aux intrigues par lesquelles elle cherchait à~ assurer son autorité, oublia ou négligea le plus important de ses devoirs. On donna pour gouverneur au jeune prince M. de Souvré , brave et
loyal gentilhomme, dévoué à la couronne, et qui en avait servi la cause avec ardeur sous Henri III et Henri IV, mais esprit court et vulgaire , et peu capable de comprendre I étendue et la hauteur de la mission qui lui était confiée. Il donna à son élève de grands sentiments de loyauté et d'honneur : il eut soin d'en faire un bon et fervent catholique; surtout il ne négligea rien pour le rendre très-habile à tous les exercices du corps auxquels la noblesse attachait alors tant d'importance; mais les lettres, l'histoire, la science du gouvernement , n'eurent presque aucune part dans cette éducation. Aveuglé par ses préjugés de gentilhomme , M. de Souvré crut qu'il n'y avait aucun danger à favoriser jusqu'à l'excès, dans son élève, certains goûts chers à tous les hommes de noble race, et qui semblaient alors très-dignes d'un fils de roi. Par sa complaisance, il développa sans mesure chez le prince le goût de la chasse et celui des oiseaux de proie. Louis XIII voulut avoir toujours auprès de lui des émerillons, des pies-grièches, et autres petits oiseaux de chasse , auxquels il s'amusait à donner à manger. II lui fallut quelqu'un pour avoir soin de cette ménagerie, placée dans sa chambre. M. de Souvré lui présenta un jeune page, qu'il croyait pouvoir sans péril attacher au roi pour ce service intime : il le croyait simple et borné, et incapable d'ambition. M. de Souvré se trompait. Albert de Luynes , nommé mal* tre de la voler ie du cabinet du roi, s'éleva bientôt au rang de favori : il domina son maître, et osa prendre en main la direction des affaires. Louis XIII , livré à une faiblesse et à une frivolité incurables , se laissa gouverner six ans par son favori ; ensuite il fut
Souverné pendant vingt ans , c'est-àire, jusqu'à sa mort, par son ministre. La faute qu'avait commise Marie de Médicis en négligeant l'éducation de Louis XIII, fut un exemple perdu pour Anne d'Autriche. Sous la direction du maréchal de Villeroi , son gouverneur, Louis XIV devint un cavalier accompli pour l'habileté aux exercices du corps et la dignité gracieuse des manières :
avec son précepteur, Hardouin de Péréfixe, il apprit un peu d'histoire, et fit
Quelques études élémentaires de latin.
!e fut là toute l'instruction qu'il reçut de ses maîtres. Le maréchal de Villeroi était un fort honnête homme, étranger à toute intrigue, et qui ne prit aucune part aux démêlés de la fronde : il était propre à donner au -prince des principes solides d'honneur et de vertu, et à former ses manières; mais il ne pouvait rien lui enseigner quant à l'art difficile de gouverner les hommes. Hardouin de Péréfixe était un prélat instruit et recommandable par sa piété , mais d'un naturel fort indolent. La reine mère les laissa entièrement libres de s'acquitter, comme ils l'entendraient, de la tâche qu'ils avaient reçue. L'éducation de Louis XIV, que gênèrent d'ailleurs les agitations et les déplacements de la cour, dans la guerre de la fronde , fut donc très-incomplète. Heureusement, Louis XIV était un de ces hommes qui se font eux-mêmes ce qu'ils sont , et chez lesquels la puissance du naturel supplée a l'insuffisance de la culture.
On a dit de lui, avec raison , qu'il était né roi. Après être resté jusqu'à l'âge de 22 ans étranger à la science politique et au maniement des affaires , il déploya tout à coup , le lendemain de la mort de Mazarin, cette force de volonté, cet art du commandement, cette aptitude pour tous les détails de l'administration , cette connaissance des hommes , cette grandeur et cette justesse de vues qui , secondées d'ailleurs par la fortune, firent de son règne une époque si glorieuse pour la France. Il ne fut pas le modèle des rois, puisque la jalousie du pouvoir, un amour exagéré et aveugle de l'unité en politique, et une extrême opiniâtreté à suivre ses idées, firent de lui un despote.: mais, qu'il ait été un grand roi, c'est ce que personne n'a jamais cherché à nier , excepté Fénelon (*), que la haine du despotisme rendait injuste à son égard.
Une des choses qui font le plus d'honneur à Louis XIV , c'est d'avoir senti l'importance d'une bonne éducation pour ses enfants. Il avait sans doute conscience de ce qui avait manqué à la sienne. Il ne négligea rien pour assurer
(*) « Il n'a aucune idée de ses devoirs de roi. » Lettre à madame de Maintenon.
eet avantage si précieux à son fils et à ses petits-fils. Il leur choisit pour maîtres les plus nobles coeurs et les plus hautes intelligences desonroyaume.il confia son fils , le grand dauphin , à M. de Montausier et à Bossuet, qui s'associa la Bruyère et Flécjiier. Il remit son petit-fils, le duc de Bourgogne, entre les mains de Beauvilliers et de Fénelon. Il laissa, malgré son caractère ombrageux et défiant , une liberté entière à ces hommes dans l'accomplissement de leur tâche.
La première de ces deux éducations réussit moins bien que la seconde. Le grand dauphin, naturellement apathique et borné , offrait peu de ressources à ses instituteurs. Ceux-ci étaient remplis de zèle ; mais l'austérité un peu rude de l'un, la sublimité de l'autre, les em-
C aient de se mettre à la portée de élève autant qu'il l'aurait fallu , et d'apporter dans cette éducation ces tempéraments et cette condescendance qui produisent quelquefois sur une nature jeune de si heureux effets. M. de Montausier était un homme d une vertu rare, d'une profonde instruction, d'une piété fervente : mais il était avec un jeune prince mou par tempérament et peu intelligent, d'une rigidité absolue et inflexible. La manière rude avec laquelle il le fit étudier lui donna un invincible dégoût pour les livres et le travail. Ennuyé et découragé, le fils de Louis XIV opposa au zèle de ses maîtres une force d'inertie contre laquelle tous leurs efforts vinrent échouer. Bossuet était moins dur que Montausier ; mais, constamment sérieux , il n'avait rien dans ses manières qui put attirer la sympathie d'un enfant. Toujours élevé , grand , original dans ses idées, il donnait à son élève des leçons qui dépassaient sa portée: il composait pour lui ses plus beaux ouvrages, avec le désir sincère de l'instruire, et sans penser qu'il créait autant de monuments pour la postérité; mais il ne s'apercevait pas que des travaux tels que Y Histoire universelle y la Politique sacrée , ne pouvaient être utiles qu'à une raison déjà for.née.
Aussitôt qu'il fut délivré de ses maîtres , le grand dauphin dit pour jamais adieu à toute occupation sérieuse. « Il
ne fit plus , dit Saint-Simon , d'autre lecture que celle des gazettes quelquefois. On crut que Louis XIV allait l'initier au maniement des affaires , et l'admettre aux délibérations de son conseil. Mais la crainte de partager l'autorité avec quelqu'un fit tomber Louis XIV dans unccontradiction singulière à l'égard de ses enfants. Il s'occupa de leur éducation avec une sollicitude prévoyante ; il leur donna les maîtres les
5 lus éclairés et les plus habiles : on peut ire qu'il les fit élever en rois. La tache de leurs maîtres étant terminée, il restait à les former à l'art de régner par la participation aux affaires publiques. C'est ce que Louis XIV ne put jamais se décider à faire. Il aima mieux risquer de perdre le fruit de tant de soins vigilants , donnés à l'enfance de ses fils, que de s'exposer à voir une autre volonté s'élever à rencontre de la sienne. Il laissa Monseigneur languir jusqu'à 50 ans dans une oisiveté profonde et une ignorance complète des affaires. Il n'appela le duc de Bourgogne au conseil que lorsque les malheurs de sa famille et l'approche de sa fin le mirent dans la nécessité de préparer un roi à la nation. »
On sait avec quel succès l'éducation du duc de Bourgogne fut conduite par Beauvilliers et Fénelon. Ce prince qui, dans son enfance, était si violent qu'il brisait les pendules lorsque l'heure marquait la fin de ses récréations , et dont le naturel passionné et fougueux semblait défier toute espèce de joug et de contrainte, devint en quelques années doux, modéré, paisible, affectueux , appliqué. Son esprit s'enrichit de connaissances utiles et sérieuses , et sa piété égala ses lumières. Ce prodige fut l'ouvrage de l'autorité douce et persuasive de Beauvilliers, du zèle tendre, patient, ingénieux de Fénelon. Les vues de ce dernier, en travaillant à former le jeune prince, s'étendaient beaucoup plus loin qu'on ne le croit d'ordinaire. Non-seulement Fénelon voulut préparer à la France un roi habile et humain , plein de sagesse dans la conduite du royaume, et plein d'amour pour ses peuples, mais il jeta dans l'éducation du duc de Bourgogne les fondements d'une véritable réforme politique. Par les leçons qu'il
46 GOUVERNEURS LTOîTVERS. GOUVERNEURS
donna à son royal élève , il s'efforça de du royal enfant une extrême complai-
lui faire sentir les maux produits par sance ; par ses caresses , ses flatteries,
un usage illimité de la puissance su- ses prévenances, il s'efforça de s'attirer
prême : il lui indiqua en secret les grands la sympathie et l'amitié de son élève,
remèdes qui pouvaient soulager les et y réussit fort bien : peu lui impor-
peuples et les garantir contre lé retour tait de le gâter par cet étrange système,
des misères semblables dans l'avenir. S» d'éducation. Son but était de se rendre
le duc de Bourgogne^ eût assez vécu nécessaire , et tous les movens lui
pour monter sur le trône, on eût vu ces étaient bons pour l'atteindre. ïl se plai-
projets, ensevelis dans l'ombre tant que sait à saisir toutes les occasions de per-
Louis XIV était vivant , éclater tout à suadcr au jeune prince que le pouvoir
coup, et se réaliser par des institutions auquel il était appelé par sa naissance
rajeunies ou nouvelles. Nul doute que n'avait point de bornes, et que tout de-
le duc de Bourgogne, de concert avec vait plier sous la volonté des rois. Un
Fenelon, Beauvilliers et le duc de Che- jour, se trouvant avec lui près d'une
vreuse , n'eût créé une représentation fenêtre des Tuileries , il lui montra la
nationale, en organisant sur un nou- foule qui' se pressait devant le palais :
veau pied les états provinciaux, et - Voyez-vous, mou maître , lui dit-il,
en instituant la convocation fréquente « tout ce peuple vous est soumis : tout
et périodique des états généraux du « ce que vous apercevez vous appar-
rpyaume. On eût vu d'utiles réformes « tient. » C'est ainsi qu'un courtisan
s opérer dans toutes les parties de l'ad- égoïste jetait dans l'âme de Louis XV
ministralion, et ce grand changement, les germes de cette mollesse et de ce
en faisant jouir les français des avan- despotisme qui devaient hâter la ruine
tagesd un règne fonde sur des lois équi- du trône. Il était dans la destinée de
tables , eût pu ajourner peut-être la ce Villeroi d'être funeste à la monar-
grande révolution a aquelle ce siècle chie. Par les défaites désastreuses que
devait aboutir, ou plutôt la modifier son incapacité et sa présomption atti-
profondement , et en rendre le cours raient à nos armées, il contribua, plus
plus régulier et plus paisible. qu'aucun autre, à humilier et à miner
âJLu S- If a,utremenh ei ,,,étlait h France pendant la vieillesse de Louis
dans la destinée de la royauté de s'obs- XIV; par l'éducation qu'il donna à
tiner dans ses erreurs fatales, et de s'a- Louis XV, il prépara le règne des let-
i leZTA &T ,nterruPîion a ?a rujnf- très de cachet , le gouvernement des
h Jll Je «ourgogne 5? enlevé à la maîtresses, et les infimes débauches du
mot S? ÎLSf PIWur8I et a a" Parcaux-Cerfs. Le duc d'Orléans s'a-
£w ft pe»Uple; et a ,a p,ace d un PerÇut bien des ^^ers de «ette édu-
SSr • v.eftueux, roi.' aPPu>:e sur de cation ; mais accusé par lacabale du duc
f ™ms'res • a f ™ce vit sur le du Maine de vouloir attenter aux jours
IZ u f f? n 16 î"f3nt de .4 anS ■ p,acé de l'héritier du trône, il n'osa pas re"
sous la tutelle d'un courtisan vain et vover le gouverneur aue I ou 7 XI i v
borne, vieilli dans l'intrigue et les plai- avait choisi ViS "roi nHeS rien
sirs et d'un prêtre dissimulé et ambi- d'ailleurs , pour persuader TJSSÙ
tieux.
pour persuader au public
T.» tMtnmnnt a» t i j Hue le salut d" jeune prince dépendait
Le testament de Louis XIV donna de sa présence auprès de lui et ne non.
TiF v-nrneilr 9 L1?,uis XV ,e maré" vai* être assuré \Em * tmu ïtsâ
Friuï nV'l,er0,'î et,F,eury» l'évéque de vigilance. Afin d'inqSiéter les esprits
ava ei t P£7 CeS deUX dl°iX de Se n,ontrer com™ un ^ommiprl
£JI^^ IT**?^ eieux et nécessaire, et de rendre en
w pnnwiwi» j,nV «V» i — fc^^ u picuuii avec aneciauon mine precau-
oarti d i rtJJl ™* PaCf ' qU6 k lj0DS ™'™tieuses. Il ne laissait rien
parti ou regent, peu respectueux en- boire ni rien mancpr nu rni
pu lui enlever , pour cela, il témoigna sa t serrer le nain et l'ea» nui sprviipnV
pour tous les gok et tous les caprfces à la table royale daùs un IZffei dont il
portait la clef sur lui. Un jour, le réent étant venu voir le roi pendant son éjeuner, lui présenta la tasse qui contenait son care : Villeroi s'élança, arracha Ja tasse des mains du régent , et la brisa par terre.
Le précepteur de Louis XV veilla avec assez de soin sur son instruction littéraire et religieuse, mais il n'eut garde de lui inculquer ses véritables devoirs de roi. FJeury cachait , sous un extérieur doux et modeste, une ambition ardente. Il aspirait à gouverner un jour le royaume, et, dans ce but, il tenait à entretenir dans son élève une insouciance et une ignorance complètes de l'art de régner. Comme Villeroi , mais avec plus d'art et de mesure , il flatta Louis pour s'en faire aimer et pour le dominer. Il y réussit par sa souplesse et par son hypocrite douceur.
Ainsi tout, dans l'éducation de Louis XV, était fait pour développer son penchant naturel à l'oisiveté et à la mollesse.
Il est triste de songer que parmi tous les princes de la maison de Bourbon , il n'en est que deux dont l'éducation ait éveillé une attentive et sérieuse sollicitude : le grand dauphin et le duc de Bourgogne. Du reste, dans cette revue que nous avons essayée , la royauté se trouve sans cesse infidèle à un de ses devoirs les plusessentiels. Les plus frappantes leçons ne peuvent l'éclairer; elle retombe toujours dans la même faute, ceile d'abandonner à des guides inhabiles, insuffisants ou corrupteurs, l'enfance des héritiers du trône. Le neveu de Louis XIV, le régent, est encore un des plus déplorables exemples de cet aveuglement pour ainsi dire traditionnel. Tout jeune encore, il fut livré entièrement aux leçons de l'abbé Dubois, qui s'appliqua soigneusement à pervertir son esprit , à lui ôter toute noble et salutaire croyance , à corrompre ses moeurs, et qui ne réussit que trop bien dans cette odieuse tâche.
Louis XVI et ses deux frères eurent pour gouverneur un homme probe et religieux , mais incapable , le duc de la Vauguyon. Louis XVI était naturellement scrupuleux , timoré, timide. Le duc de la Vauguyon, au lieu de chercher à donner à son caractère de la décision et de l'énergie, accrut encore son penchant
à l'irrésolution et à la faiblesse , en le soumettant au joug d'une piété dévote, étroite, méticuleuse. Il le laissait d'ailleurs se livrer plus qu'il ne fallait à des amusements puéril. Aux leçons de sciences et de belles-lettres qu'il lui faisait donner par l'évêque Coetlosquet et par l'abbé de Radonvilliers , il ne mêlait aucune leçon pratique de gouvernement. Louis XV aurait vu avec peine son petit-fils s'initier' aux secrets de la politique avant de régner. Le seul livre politique que le duc de la Vauguyon osa donner à son élève , fut le Télémaque. Le progrès inévitable des idées avait fait admettre au sein de la cour ce livre proscrit par Louis XIV.
On raconte même que le dauphin fit apporter dans sa chambre , par l'impnmeur Lottin , une casse et des presses, et qu'il imprima lui-même, avec l'aide de ses frères , un petit ouvrage de sa composition intitule : Maximes morales et politiq ues tirées du Tétémaoue, sur la science des rois et le donneur des peuples. Mais est-ce assez du Télémaque
rmr mettre un prince en état de suflire toutes les difficultés du gouvernement?
Fénelon n'avait-il donné au duc de Bourgogne des leçons de politique que dans le Télémaque f Au sortir de son éducation , Louis XVI était un prince bon , honnête , religieux , rempli des meilleures intentions; mais c'était un prince circonspect, indécis, presque entièrement étranger à la connaissance des hommes et des moyens par lesquels on peut les conduire. Il était donc impuissant pour lutter contre les terribles difficultés qui l'attendaient, et, placé sur le trône au milieu d'une révolution, il était inévitable qu'il disparût emporté par la tempête.
On a eu bien raison de dire que la famille des Bourbons, en vieillissant , n'a rien appris. Rentrés en France après avoir reçu tant de cruelles leçons , ils auraient dû comprendre quelle éducation il fallait donner , au milieu d'une nation éclairée et libre, au rejeton qui devait perpétuer leur race. Certes le passé leur fournissait assez d'avertissements; ils pouvaient trouver assez de lumières dans leur propre expérience.
Cependant, quels maîtres furent choisis par eux pour diriger les premières années du duc de Bordeaux ? On donna
pour gouverneur à cet enfant un ancien Vendéen (*), partisan obstiné du vieux principe de la puissance absolue des rois, homme doué sans doute de vertus privées, mais peu scrupuleux dans la manière de servir sa cause , qui avait conspiré jadis avec Pichegru , qui , sauvé de l'échafaud par l'intercession eénéreuse de l'impératrice Joséphine et de Murât, avait ensuite , à l'époque de la restauration , activement contribué à faire découvrir dans sa fuite et à mettre à mort ce même Murât auquel il devait la vie. Il s'adjoignit quelques hommes de la faction jésuitique qui n'étaient connus que par l'ardeur d'un zèle irréfléchi. La France murmura de ces choix. Une telle éducation ne lui présageait rien d'heureux. Elle se défia dès lors de l'avenir qui lui était réservé avee un prince formé par de tels instituteurs. Cette crainte contribua beaucoup à empêcher tout rapprochement entre les Bourbons de la branche aînée et le peuple de Paris après les événements de juillet. Si l'offre de Charles X de placer le duc de Bordeaux sous la tutelle du duc d'Orléans devenu régent du royaume, fut rejetée alors sans hésitation,ce fut en grande partie parce qu'on s'était persuadé qu'un prince élevé sous d'aussi fâcheuses influences ne pouvait pas faire un bon roi.
Le fondateur de la nouvelle dynastie avait fait suivre à ses fils les cours des collèges , où ils s'étaient trouvés confondus avec les enfants du peuple. Cette marque d'assentiment aux idées d'égalité n'avait pas peu contribué à le rendre populaire. Rien , en effet , ne convient mieux à l'esprit de notre siècle que cette éducation d'un nouveau genre, où un prince n'est ptus soumis exclusivement à l'influence de quelques instituteurs , mais va puiser l'instruction et les lumières à la même source que les citoyens , et se pénétrer des idées communes dans les écoles mêmes du pays ; où il a pour compagnons de ses travaux et de ses jeux , les jeunes Français avec lesquels il doit un jour servir le pays. Il est de l'intérêt de la maison d'Orléans de persévérer dans ce système d'éducation pour ses enfants. Mais, depuis quelque temps , elle semble y tenir
(*) Le marquis de Rivière.
moins : un retour aux habitudes monarchiques s'est fait sentir dans la nouvelle cour. Les princes ont franchi avec une
Eromptitude contraire à la loi commune îs degrés imposés aux citoyens pour arriver aux premières dignités de l'armée.
Les hommes dévoués à cette famille lui rendront un service important en lui conseillant de ne pas retourner à l'ancienne institution des gouverneurs de princes, et de rester fidèle à ses habitudes patriotiques d'autrefois, en continuant à envoyer ses héritiers au collège. C'est la meilleure éducation qu'elle puisse donner aux deux enfants sur lesquels repose aujourd'hui l'avenir de la monarchie constitutionnelle. Telle est d'ailleurs la volonté formelle exprimée par leur père dans son testament.
Gouvion ( Jean - Baptiste), général, né à Toul, entra dans le corps du génie, fit la guerre d'Amérique en qualité de capitaine, accepta la place de major général de la garde nationale de Paris , et fut ensuite appelé, en septembre 1791 , à l'Assemblée législative. Il s'opposa de toutes ses forces à ce qu'on accordât les honneurs de la séance aux soldats du régiment de Château-Vieux, condamnés aux fers à la suite de l'insurrection de Nancy , et qui n'étaient à ses yeux que les assassins de son frère Louis Gouvion, commandant de la çarde nationale de Toul. Il donna sa démission, se rendit a l'armée du Nord , et fut tué le 11 juin 1792, dans une retraite qu'il effectuait avec autant d'habileté que de bravoure, près du village de Glisuelle, en avant de Maubeuge.
Gouvion Saint-Cyb (Louis, marquis de), pair et maréchal de France, né à Toul , en 1764, d'une famille peu aisée. En 1789, il entra au service dans un bataillon de volontaires, et il franchit rapidement les premiers grades. En 1793, il passa avec celui d'adjudant général à l'armée de la Moselle. Nommé général de brigade peu de temps après , il fut envoyé à l'armée des Alpes, où il mérita (16 juin 1794) le grade de général de division.
A l'armée de Rhin-et-Moselle , il se fit remarquer pendant le siège de Mayence , où il commandait l'attaque du centre. Il fit, sous les ordres de M asséna, la campagne de 1798, et fut destitué parle Directoire pour avoir signalé
des déprédations de la part de quelques représentants du peuple. Ayant bientôt' repris de l'activité , le général Gouvion Saint-Cyr fut envoyé en Italie. Il y commandait la droite de l'armée à la bataille de Novi. Pendant la retraite qui suivit cette funeste journée, il contint l'ennemi par d'habiles manœuvres, et le battit complètement à Pasturana, le 24 octobre 1799. Attaqué le 6 novembre devant Coni par des forces supérieures, il repoussa vigoureusement les assaillants. Chargé du commandement de l'aile droite de Championnet, il retarda l'investissement de Gênes, et opéra une admirable retraite sur le Var. Le premier consul lui adressa à cette occasion un sabre d'honneur.
En 1800, il prit provisoirement le commandement de l'armée de Moreau sur le Rhin , s'empara de Fribourg, et contribua au gain de la bataille de Hohenlinden. L'année suivante, le gouvernement lui confia le commandement en chef de l'armée de Portugal. Il devint ambassadeur extraordinaire en Espagne après le traité de Badajoz, et fut chargé de diriger les opérations militaires de l'armée du général Leclerc. L'empereur le nomma en 1804 colonel général des cuirassiers, et, en 1805, commandant d'un corps chargé découvrir le royaume de îNaples et de protéger les côtes de l'Adriatique. Rappelé avec ses troupes pour le siège de Venise , il surprit à Castel - Franco une colonne de 7,000 Autrichiens , commandée par le prince de Rohan , et lui fit mettre bas les armes. Pendant l'expédition de Naples de I80C , il fut chargé d'occuper, sous les ordres de Masséna, les trois provinces de la Pouille.
Gouvion Saint-Cyr fit la campagne de Prusse et de Pologne de 1807 , et fut nommé gouverneur de Varsovie. Il revint en Espagne après la paix de Tilsitt, prit la ville die Roses, s'empara de Barcelone, et dirigea avec habileté les opérations de l'armée de Catalogne. Plus tard , il battit le général Castro , et força la place de Valls à se rendre. En 1812, l'empereur lui confia le commandement du 6e corps de la grande armée, composé de Bavarois. Le maréchal Oudinot avant été blessé à Polotzk, le 17 août, Gouvion Saint-Cyr dirigea en
T. iXt 4* Livraison. (Dict. ency<
nême temps les opérations des 6* et 10e corps ; et le 27 du même mois, Napoléon , qui l'avait précédemment nommé comte de l'empire, lui conféra la dignité de maréchal. Sa brillante conduite pendant la retraite de Moscou justifia pleinement ce choix ; mais grièvement blessé à la deuxième bataille de Polotzk , Je 18 octobre, il dut se retirer sur les derrières de l'armée, et fut remplacé dans son commandement.
Après la rupture de l'armistice de 1813 , l'empereur confia au maréchal le commandement du 14e corps, à la tête duquel il se signala pendant toute ia campagne de Saxe. Renfermé dans Dresde, il signa, le 11 novembre, une capitulation dont les clauses furent violées au mépris du droit des gens : 16,000 Français lurent faits prisonniers , malgré les vives protestations de leur chef.
Après la restauration, Gouvion Saint- Cyr s'attacha au parti du roi. En 1815, M'accompagna Monsieur jusqu'à Lyon, et se rendit ensuite à Orléans pour y organiser les corps qui devaient défendre la cause des Bourbons. Il suivit aussi le roi à Gand. Au retour, Louis XVIII lui confia le portefeuille de la guerre , qu'il ne conserva que tort peu de temps. Le traité du 20 novembre 1815 lui paraissant blesser l'honneur et les intérêts de la France , il refusa avec ses collègues d'y apposer sa signature , et donna sa démission. Cependant le roi le nomma membre de son conseil privé, gouverneur de la 5e division militaire, et pair de France avec le titre de marquis. Il devint ministre de la marine en 1817, et ministre de la guerre le 12 septembre 1818, fonctions qui cessèrent le 19 novembre 1819. C'est sous son ministère que fut rendue la loi sur le recrutement.
Le maréchal Gouvion Saint-Cyr est mort à Hyères (Var) , le 17 mars 1830. Il a laisse : 1° Journal des opérations de l'armée de Catalogne de 1 808 et 1 809, 1 vol. in-8° avec atlas, Paris, 1821 ; 2° Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin-et- Moselle , 4 vol. in-8° et allas, Paris, 1829; 3* Mémoires pour servir à V histoire militaire sous le Directoire , le Consulat et ? Empire, 4 vol. gr. in-8° avec atlas, Paris, 1831.
Sfr «OÊLIH L'UNIVERS OR AT. A Y
Goy (la) , terre située en Provenee } et érigée en marquisat , par lettres du mois de novembre 1702 , en faveur de Jean de Meyran , seigneur de la Goy et de Nans, gouverneur de Saint-Remy.
Gozlin , 49e évêque de Paris , était assez proche parent de Charles le Chauve. Vers 848, il était abbé de Saint-Germain des Prés. A eette dignité, il joignit bientôt plusieurs charges importantes , qui lui donnèrent une grande autorité.
Du reste , comme beaucoup d'abbés et d'évêques de son temps , il porta aussi bien î'épée que la crosse , et se rendit fameux par ses intrigues et son audace. En 858 , les Normands ayant , pour la seconde fois , remonté la Seine jusqu'à Paris, porté le ravage dans tout le pays, brûlé et pillé les monastères et les églises, emmenèrent parmi leurs prisonniers , Gozlin et son frère Louis , abbé de Saint-Denis , qui ne furent relâchés qu'au prix d'une forte rançon. Gozlin conserva ses hautes fonctions auprès de Lottis le Bègue et de Charles le Gros. Nous le retrouvons encore en 880, combattant contre les Normands, qui ravageaient les bords de l'Escaut. Mais cette entreprise n'eut point de succès. Vers Tan 883 , il fut nommé évêque de Paris. Deux ans après , on apprit que les pirates étrangers, plus terribles que jamais, remontaient de nouveau la Seine. Gozlin se hâta d'ajouter de nouvelles constructions aux fortifications déjà ordonnées par Charles le Chauve, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre Paris en état de défense.
Bientôt les hommes du Nord , montés sur leurs barques , arrivent devant Paris au nombre d'environ 30,000 honv mes commandés par le vikinç Sigefried.
Arrêtés par les tours qui défendaient les abords des ponts , ils demandent le passage libre de la Seine, et promettent de ne causer aucun dommage à la ville, si on leur laisse remonter la rivière.
Le comte Odon ou Eudes et Goszlin refusant d'accéder à leurs demandes , les Normands investissent Paris. Le 25 novembre 885 , ils livrent le premier assaut, et attaquent particulièrement une tour en bois que Gozlin avait fait construire , et oui dépendait vraisemblablement des bâtiments remplacés par le Palais-de-Justice. Mais tous leurs ef-
forts furent inutiles. Gozlin , le comte Eudes, et Eble, neveu de l'évéque et abbé de Saint-Germain , défendirent la ville avec courage. L'évéque guerrier était sur ta brèche, le casque en tête, ta hache à la main, et combattait bravement à la vue d'une croix qu'il avait fait planter sur la muraille. Ce siège, sur lequel le moine Abbon a composé un poème fort détaillé , dura près (Tune année ,
Cendant laquelle la ville eut à soutenir uit assauts (*). Mais Gozlin, qui se distingua constamment par son ardeur, n'eut pas la satisfaction de voir Paris délivré. Il mourut pendant le siège, le 16 avril 886.
Graal (saint). Le saint Graal était un vase dans lequel on supposait que Jésus-Christ avait mangé l'agneau pascal , lorsqu'il fit la cène avec ses disciples. Joseph d'Arimathie, dit-on, l'emporta chez lui , et lorsqu'il eut enseveli le corps du Sauveur, il mit dans le Graal le sang et l'eau qui découlaient de ses plaies et de son côté. Il alla ensuite avec ce vase en Angleterre, et en confia la garde à l'un de ses neveux , après avoir chrétienne toute la contrée. Ce précieux vase ayant été perdu , plusieurs chevaliers entreprirent de le recouvrer. De là le récit de leurs aventures racontées en un grand nombre de romans. (Voyez Cycles et Table ronde.)
Le Roman du saint Graal a été publié dernièrement par M. le Roux de Lincy, dans son- Histoire de Vabbaye de Fécamp.
Graçay , petite ville ancienne du cidevant bas Berry, aujourd'hui du département du Cher (arrondissement de Bourges). Les seigneurs de Graçay, qui se qualifiaient barons, sires ou princes,
(*) En faisant les fouilles de la culée du pont d'Iéna, dans l'île des Cygnes, au mois d'août 1806, on trouva un bateau en bois, formé d'un seul tronc de chêne, creusé et pouvant porter huit hommes avec vivres et bagages. M. Mongez a cru pouvoir établir que celte barque avait appartenu aux Normands , forcés par Gozlin et Eudes à renoncer précipitamment à leur entreprise contre Paris , et à traîner leurs barques sur terre pour remonter le fleuve au-dessus de la ville. Le mémoire de M. Mongez est analysé dans la collection de l'Académie des inscriptions, t. V,p.9i.
6RACÊ
GRÀfcfe
gardèrertt ce dorriairfe jusqù'en 1371 , qu'ils lé vendirent à Jean dé Francë , duc de Berry. Celui-ci, à son tour, en fit don au chapitre dé la sainte chapelle de Bourges , fondée par lui-même en 1405. Graçay était autrefois entourée de hautes murailles flanquées de tours, dont il reste encore des vestiges. Aux environs , sur la route de Parrs à Toulouse, on remarque un amas de 21 pierres énormes , les pierres folles, qui paraissent être les ruines d'un grand monument celtique.
Graçay possédait, dit-on, autrefois un atelier monétaire: Nous ne Favancons ici , du reste , que sous l'autorité cïun savant, Berruyer Catherinot; car les deniers de Graçay sont maintenant inconnus.
La population de Graçay est de 2,787 habitants.
Gra.ce (droit de). —Le droit de grâce , considéré dans son principe, est un attribut essentiel de la souveraineté,
Suisqu'il implique nécessairement le roit de juger et de légiférer.
A ce point de vue, son histoire est intimement liée à celle de la souveraineté ; car toutes les fbis gue le pouvoir souverain change de mains, se dissémine ou se concentre , le droit de grâce subit un déplacement ét des vicissitudes analogues.
Sous les deux premières races, les crimes et délits uétant considérés que comme de simples offenses privées racheta bles , le droit de grâce n'eût pu s'exercer qu'au préjudice de l'offensé.
Il appartint donc à quiconque payait pour le coupable la composition et le fredum , ou à l'offensé lui-même s'il jugeait à propos de renoncer à sa vengeance; mais il est plus vrai de dire qu'il n'appartenait à personne , car la grâce ne s'entend que de la remise d'une peine publique.
Quand le pouvoir public commença 5 se constituer , et que des notions plus saines prévalurent dans le droit criminel , le droit de grâce vint naturellement aux seigneurs; mais ils ne le gardèrent pas longtemps. Les rois , jaloux d'accaparer tous les droits de souveraineté que s'étaient attribués les possesseurs de fiefs, commencèrent par celuilà , qui était le moins important pour
lës seigneurs , mais le plus capable d'étendre l'influence et la popularité de la royauté , cette longue série de revendications qui aboutit en définitive à la ruine complète de l'indépendance féodale.
Depuis lors ce fut un adage consacré en France , que le droit de grâce est la plus belle prérogative de la couronne ; c'est celle au moins à laquelle les rois se montrèrent le plus attachés. En fait, cependant, il paraît qu'à l'origine l'exercice de cette prérogative passa seulement des mains des seigneurs dans celles des gouverneurs des provinces , du connétable, des maréchaux , des grands officiers de la couronne; de sorte que le monarque était étranger aux grâces qu'on accordait en son nom. Charles V, le premier, essaya de réprimer ces usurpations par ses édits de 1358 et 1359; mais il ne s'interdit pas de conférer le droit de grâce par délégation. Lui-même l'accorda, en 1366, au grand bouteiller.
Ses successeurs l'imitèrent. Charles Vl le conféra au duc de Berry , gouverneur du Languedoc; Louis XI , en 1475, le céda au prince d'Orange; et, deux ans après, ce roi autorisa d'une manière générale le comte d'Angouléme à délivrer tous les prisonniers , la première fois qu'il ferait son entrée dans une ville de son domaine.
En 1507, Louis Xlf, dans une ordonnance pour la réformation du royaume, rendue sur les doléances d'une assemblée de notables tenue à Blois, posa de nouveau en principe le droit exclusif du roi de donner grâces, pardons et rémissions , et révoqua tous les pouvoirs délégués à cet effet par ses prédécesseurs. Depuis lors , nous ne trouvons
S lus dans l'histoire d'autres exemples e délégations spéciales du droit de grâce, que celle qui fut donnée, en 1515, par François Ier, à Louise de Savoie sa mère.
Par un usage fort ancien, le chapitre de la cathédrale de Rouen jouissait du privilège de délivrer un prisonnier et ses complices le jour de l'Ascension.
Henri IV , ne pouvant pas retirer tout à fait ce privilège , voulut le faire relever, du moins en apparence, de la souveraineté royale. Il ordonna donc que le gracié ne serait mis en liberté qu'a-
GRACE
L'UNIVERS
GRACE
f>rès avoir obtenu préalablement des ettres d'abolition de la grande chancellerie. (Voyez Fierté.)
La ville de Vendôme jouissait également , depuis 1428, du droit de délivrer un prisonnier, en conséquence d'un vœu solennel fait par Louis de Bourbon, l'un de ses comtes.
Pendant longtemps , les cardinauxlégats furent en possession , dans toute la chrétienté , de délivrer des lettres de grâce de leur propre autorité. Sous Innocent III , ce droit ne leur était pas contesté en France; mais quand la royauté secoua la tutelle de Rome , les parlements résistèrent presque toujours a entériner ces lettres. En 1547, le cardinal de Plaisance s'étant avisé de faire revivre cette vieille prétention en faveur d'un clerc qui avait tué un soldat , le parlement de Paris refusa l'enregistrement, et le procès fut fait à l'accusé , nonobstant toutes réclamations (*).
Mais le privilège le plus exorbitant en ce genre , est celui qu'avait l'évêque d'Orléans de donner des lettres de grâce à tous les prisonniers qui se trouvaient dans les prisons de la ville quand il y faisait son entrée solennelle. Toutes les fois que cette solennité avait lieu , les malfaiteurs de tout le royaume affluaient vers Orléans pour recevoir leur brevet d'impunité; les prisons ne pouvaient les contenir. En 1707 , 900 furent délivrés par ce moyen ; en 1733 il y en eut jusqu'à 1,200. L'énormité de l'abus flt ouvrir les yeux à l'autorité, et , en 1753, arut un édit de Louis XV ayant pour ut de restreindre le droit de l'évêque dans de justes limites. Nous allons mettre le préambule de cet édit sous les yeux du lecteur, parce qu'en même temps qu'il explique l'origine probable de ce singulier privilège , il pose clairement les principes du droit de grâce, et confirme tout ce que nous avancé de la corrélation de ce droit avec la souveraineté.
« Louis, etc. Le pouvoir du glaive et la punition des crimes par la sévérité des peines étant un des attributs les plus inséparables
(*) On sait que les cardinaux jouissent encore à Rome du droit de grâce dans cer-
de la puissance souveraine , il n'appartient aussi qu'à elle seule d'en faire grâce et d'user de clémence envers les coupables. Mais dans l'exercice d'un droit dont les souverains sont avec raison si jaloux , les premiers empereurs chrétiens, par un resnect filial pour l'Église, donnoient un accès favorable à ses ministres pour les criminels; et à leur exemple les anciens rois nos prédécesseurs déféroient souvenl à l'intercession charitable des évéques, surtout en des occasions solennelles où l'Eglise usoit aussi quelquefois d'indulgence envers les pécheurs en se relâchant de Paustéritè des pénitences canoniques : c'est à quoi l'on doit sans doute attribuer ce qui paroît s'élre pratiqué depuis plusieurs siècles à l'avénementdcs évéques d'Orléans pour la délivrance des prisonniers pour crime , qui au jour de leur entrée solennelle dans leur siège épiscopal se ti ou voient dans les prisons de la ville. Mais cet usage n'étant pas soutenu par des tilres d'une autorité inébranlable, et ses effets, trop susceptibles d'abus, n'ayant jamais reçu ni les bornes légitimes ni la forme régulière qui auroient pu leur convenir, il a éprouvé la contradiction de nos principaux officiers chargés de la dispensalion de la justice et du maintien de notre autorité ; et nonseulement il a donné lieu à des incertitudes daugereuses sur l'état des hommes et sur le sort des familles, mais il s'est même quelquefois trouvé fatal à ceux de qui la confiauce aveugle s'étoit reposée de leur sûreté sur sa foi. Un objet si digne de notre attention demande qu'il y soit pourvu par nous; et après l'avoir mis en considération dans noire conseil , nous voulons nous en expliquer de la manière que nous avons jugé le plus propre à concilier les privilèges avec les droits inviolables de notre souveraine puissance à exclure les abus qu'on en voudroit faire. Animes du même esprit que les rois nos prédécesseurs , nous n'avons pas cru pouvoir refuser quelque égard favorable à un usage que son antiquité rend vénérable par sa singularité même et pour lequel sollicite en quelque sorte la sainteté des évéques qui, dès les premiers siècles de l'Église, ont illustré le siège d'Orléans ; nous avons jugé plus digne de nous de le régler en lui donnant des bornes convenables , et de l'affermir sur des fondements solides qu'il ne sattroit tenir que de notre autorité. A ces causes , etc »
En 1791, quand on discuta le Code pénal à la Constituante, les logiciens de cette assemblée, qui avaient fait de la souveraineté du peuple la base même de la constitution, durent ôter au roi le droit de grâce. « Le pouvoir de faire
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t grâce, s'écriait l'un d'eux dans la dis- « cussion , est un pouvoir politique ; il > appartient donc à la nation, source de i tout pouvoir. Or, vous n'avez pas le « droit de priver la nation d'une partie « quelconque de sa souveraineté. ««Dans
* un gouvernement bien organisé, disait « Pétion , nul homme ne doit se mettre « au-dessus de la loi ; car la proposition «contraire est la définition même du ■ despotisme. Lorsque la loi a prononcé,
• nul ne doit avoir , sous prétexte de «clémence, le droit de l'enfreindre, « car c'est ainsi que les abus s'introdui- « sent. La clémence d'une nation est « d'être juste. (Applaudissements.) Pla- « cez la clémence autre part , vous n'a- « vez plus de système pénal ; le roi se- « rait le plus grand juge du royaume, « auprès duquel on se pourvoirait en « cassation. »
On priva donc la royauté de cette prérogative dont elle était si flère ; et par d'autres raisons que nous discuterons tout à l'heure , les législateurs de 1791 crurent pouvoir effacer le droit de grâce lui-même de nos constitutions.
Il fut rétabli par le sénatus-consulte organique delà constitution du 16 thermidor an x , qui l'attribua au premier consul. 11 n'était plus guère question alors que pour la forme de la souveraineté populaire; il était tout naturel que le droit de grâce relevât du pouvoir exécutif. D'après l'article 87 cependant, le premier consul devait, avant de gracier, prendre préalablement l'avis d'un conseil privé, composé du grand juge, de deux ministres, de deux sénateurs, de deux conseillers d'État et de deux membres du tribunal de cassation.
Devenu empereur, Napoléon se débarrassa bien vite de ces formalités gênantes.
L'article 58 de la charte de 1814, maintenu dans la charte revisée de 1 830, confère au roi le droit de faire grâce et de commuer les peines. Néanmoins, on soumit indirectement l'abus qu'il pourrait en faire au contrôle de la chambre élective, en exigeant pour cet acte, comme pour tous les autres, le contreseing du garde des sceaux, ministre responsable.
Jusqu'ici , nous avons parlé du droit de grâce dans ses rapports avec le pou-
voir qui l'exerce : tout ce que nous en avons dit n'a été que la vérification historique du principe que ce droit découle de la puissance souveraine; qu'il se déplace , s'étend ou se resserre , suivant les mêmes lois qu'elle. Mais y a-t-il nécessité qu'un pouvoir souverainquelconque déroge aux lois générales qu'il a lui-même portées, et s'ingère exceptionnellement de rendre la justice pour atténuer ou supprimer la peine encourue? « Ce ne peut être, disaient Lameth, Lepelletier et les autres députés de 1791, que parce que la loi est mauvaise ou qu'elle a été injustement appliquée. »
Ces raisons, spécieuses au premier abord, engagèrent la Constituante à supprimer Te droit de grâce. Elle venait de réformer le code pénal et d'établir l'institution du jury; elle avait mis la loi au-dessus du roi et de tous les pouvoirs; elle ne vit aucun motif de laisser subsister le remède après avoir détruit le mal.
Mais le droit de grâce tire son origine et sa légitimité d'un principe plus vrai et plus profondément humain que celui que les constituants lui assignaient. Ils en avaient observé les causes et les effets dans l'ancien régime; ils n'étaient frappés que des abus que ce droit avait engendrés.
Si, en effet, l'absurdité et la barbarie de la loi, qui ne gardait aucune proportion dans l'application des peines au délit, et qui punissait le fait matériel sans avoir égard aux circonstances atténuantes, rendait en quelque sorte indispensable l'usage du droit de grâce, il est vrai de dire qu'en fait, dans la plupart des cas, ce droit n'était exercé qu'en faveur des courtisans et des nobles, au grand scandale de tous, et au détriment de la justice et de i'ordre.
Les gentilshommes se faisaient un jeu de L'infraction des lois, certains qu'ils étaient d'obtenir leur pardon de la clémence royale. Comment le roi eût-il pu résister aux sollicitations de toute une famille qui se croyait solidaire du déshonneur d'un de ses membres? Son intérêt y était engagé; une seule grâce accordée lui valait la reconnaissance et le dévouement d'une foule de serviteurs. Dans une monarchie dont la noblesse était le soutien, et où, comme le dit
GRACE
L'UNIVERS. grâce
Montesquieu , l'honneur passe avant la vertu , la dispensation des lettres de grâce était un des ressorts les plus puissants du gouvernement (*).
Rien ne prouve mieux cependant l'énormité des abus qu'engendrait cet usage immodéré du droit de grâce, que les précautions prises par le roi luimême pour mettre des entraves à sa prérogative. Tantôt, par une loi spéciale, il s'interdisait la faculté de remettre des lettres de pardon pour certains crimes, comme lit le roi Jean, en 1358, pour les meurtriers, ravisseurs, incendiaires; Louis XI, en M75, pour les faux-monnayeurs; Louis XIV (ord.
de 1670) pour les délits de duels, rapts et rébellions. Tantôt il essayait, par un subterfuge indigne de la majesté royale, de rendre illusoire le pardon qu'on lui aurait arraché , en soumettant les lettres de grâce à l'entérinement des cours et parlements, et en défeudaut à ces derniers de tenir compte de toutes celles qu'il aurait accordées contrairement aux ordonnances. L'histoire nous offre plus d'un exemple de cas où la cour des aides et les parlements refusèrent en effet d'enregistrer les lettres scellées qui lut étaient présentées, méprisant l'autorité du roi, par obéissance à ses ordres.
En présence de pareils faits, les législateurs de 91 furent donc excusables de n'avoir voulu voir dans le droit de grâce qu'une porte ouverte à tous les désordres. « ISe croyez pas, disait Pé- ■ tion qui prit la plus grande part à la « discussion, que ce soit l'homme mal-
(*) Voici un exemple, pris eutre mille que nous pourrions citer, qui donnera une idée de l'abus auquel donnait lieu le droit de grâce :
tin comte de Haufïïeinond , en Franche- Comté , à son retour de la chasse , tua successivement et à des intervalles très-courts, un couvreur qu'il vit sur un toit, et une femme qui se trouvait dans un champ près de la route où il passait. Deux fois il obtint sa grâce à la sollicitation de sa famille. La seconde fois Louis XV dit à ceux qui le pressaient, que si pareil accident arrivait encore au comte , il ferait également grâce à quiconque le tuerait ! On raconte une pareille atro- Cttè et une pareille réponse royale au sujet d'un Coudé , comte de Cbarolais , mort en 1760. Voyez Cohue.
« heureux qui jouisse du bienfait de « cette prérogative : c'est un ministre « coupable poursuivi par le Corps lé- « gislatif, c'est un homme puissant qui a saura se soustraire à la vengeance de « la société. »
Nous qui n'avons pas, comme la Constituante, l'exemple de tels abus sous les yeux, nous devons envisager le uYort de grâce avec un esprit plus libre, et d'un point de vue plus élevé. Quel que soit le pouvoir qui puisse en être dépositaire, quelle que soit la manière dont ce pouvoir en use, nous n'y voyons que le germe d'une institution qui manque à notre système pénal. Ce système, en France comme dans le reste de l'Europe , est encore empreint de la barbarie du moyen âge. La loi s'occupe exclusivement de mettre la société à l'abri des attaques dirigées contre elle. L'utilité présente est la seule règle; elle frappe le coupable sans s'inquiéter du mobile qui Ta poussé, sans faire acception, pour la peine, du criminel égaré et du criminel endurci : elle se venge; elle n'ouvre aucune porte au repentir. Et cependant quaud le coupable s'est amendé , et qu'un temps suffisant pour l'expiation s'est écoulé , à quoi bon la peine ? Sa prolongation n'est plus qu'une cruatité inutile.
En attendant qu'une magistrature sujprême chargée de juger non plus le crime, mais le repentir, soit enûn constituée, le droit de grâce présente le seul moyen que nous ayons de suppléer à cette lacune de notre législation. C'est en ce sens surtout que nous le trouvons bon et légitime. Par un bienfait des institutions qui nous ont été léguées depuis longtemps , le droit de grâce n'a plus guère pour effet de corriger les mauvaises lois et les mauvais jugements. Il s'exerce le plus souvent aujourd'hui à l'égard des condamnés que recommande le repentir ; et s'il s'élève encore quelques plaintes sur l'usage que la royauté fait de sa prérogative, c'est plutôt pour accuser sa réserve que pour déplorer sa facilité.
Grâce (lettres de). — Le roi seul les accordait. Il y en avait de trois espèces : lettres d'abolition, qui effaçaient le crime autant que les mœurs pouvaient se prêter à ce résumât ; de remission ,
par lesquelles la peine seule était remise; enfin, de pardon. Pour obtenir ces dernières , il fallait que le crime ne fut point capital, et que néanmoins il ne pût être excuse. Ceux qui avaient tmpetre des lettres de grâce devaient être interrogés sur la sellette, et les juges pouvaient les en débouter, si te cas n'était pas eraeiaWe. Il fallait d'ailleurs que les lettres de grâce fussent expédiées par la chancellerie dans le délai de sii mois. Sans oela , la grâce obtenue était nulle.
Les lettres de grâce concernant les roturiers étaient adressées aux baillis et sénéchaux. Celles des gentilshommes leur étaient remises par les cours souveraines. Le coupable se présentait à genoux , nu-tête et sans épée.
Aujourd'hui , il n'existe plus de distinctions que dans la nature des grâces.
Grades militaires. Le nombre des grades , des degrés au moyen desquels on monte , dans la carrière des armes, l'échelle de l'avancement, est aujourd'hui de onze : caporal , sergent , souslieutenant, lieutenant, capitaine, chef de bataillon,, lieutenant-colonel, colonel , maréchal de camp , lieutenant général, et maréchal de France. Dans la cavalerie, les grades de brigadier, de maréchal des logis, et de chef d'escadron , correspondent à ceux de caporal, sergeut, et chef de bataillon. Outre les grades dont rémunération précède , il existe des offices de fourrier, sergentmajor , maréchal des logis chef, a<rjudaat, adjudant-major, officier payeur, quartier-maître trésorier, major, et général en chef ; mais ce ne sont pas des «rades proprement dits, puisqu'on peut les franchir et avancer sans les recevoir. Les classes ne sont pas non plus des grades : ainsi , le capitaine de première classe n'est qu'un capitaine comme celui de seconde.
Les titulaires des dix premiers grades aujourd'hui existants et de» offices qui y correspondent , forment deux catégories distinctes : celle des officiers et celle des sous - officiers. On divise les officiers en trois classes : en subalternes, qui sont les sousli eu tenants, les lieutenants et les capitaines; en supérieurs, qui sont les majors, les chefs de bataillon- et d'esca-
dron , les lieutenants-colonels et les colonels; enfin, en officiers généraux, qui sont les maréchaux de camp, les lieutenants généraux et les maréchaux de France. La catégorie des sous-officiers comprend les adjudants, les sergents-majors et les maréchaux des logis chefs ; les sergents , les maréchaux des logis ordinaires et les fourriers. Le pauvre caporal , comme on voit , n'est pas même sous-officier.
Notre hiérarchie militaire, il n'est pas besoin de le dire , a subi de nombreuses variations. Plusieurs grades ont disparu , et principalement ceux qui , à d'autres époques, formèrent les premiers et les derniers degrés de l'échelle; la dénomination de quelques-uns a changé ; quelques autres, au contraire , conservent encore leur désignation primitive , et ont vu leurs attributions se modifier.
H n'y eut chez nous, à parler proprement, aucune hiérarchie de grades jusque vers le milieu du quinzième siècle, il n'y avait qu'une hiérarchie politique. Mais , à mesure que les corps permanents s'établirent et furent commandés par des chefs révocables , à la nomination du roi ; à mesure que Charles VII institua les compagnies d'ordonnance (1438) , François Ie* les légions (1534) , Henri n les régiments (1657), on vit la hiérarchie militaire naître, et devenir de plus en plus analogue à ce qu'elle est aujourd'hui.
Nous avons consacré à l'histoire particulière de chacun des grades anciens ou modernes des articles spéciaux , et nous y renvoyons le lecteur. Ici , nous n'allons que résumer, pour qu'on l'embrasse d'un seul coup (Tœil, les éléments épars de ce travail.
Le grade antiaue de maréchal de France, supprime sous la république, rétabli par rempire , maintenu par la restauration, n'a pas formé toujours l'échelon supérieur. Le grand maréchal, jusqu'en 1 11M , et le connétable, jusqu'en 1627, ont été placés au-dessus des maréchaux.
Au deuxième échelon de la hiérarchie actuelle, sont les lieutenants généraux. Il n'en a pas non plus été toujours de même. Les charges de grand maître des arbalétriers, et de grand