HARPE
était puni sévèrement. Voici, du reste, comment s'explique à cet égard le vieux coutumier normand : « A ce cri , doibvent yssir tous ceux qui l'ont ouy ; et s'ils voyent mesfaict ou il y ait péril de vie, ou de membres, ou de larcin, pourquoi le malfaicteur doibve perdre vie ou membre, ils le doibvent retenir ou crier haro après lui, autrement sont-ils tenus à l'amender au prince, ou de s'en desrener qu'ils n'ont pas ouï le cry, s'ils en sont accusés : s'ils tiennent le malfaicteur, ils sont tenus à le rendre à la justice, et ne peuvent le garder que une nuit, si ce n'est pour appert péril. » Si la loi était rigoureusement exécutée, on voit qu'il était assez difficile au malfaiteur de s'échapper.
Cet usage existait à peu près dans toutes les villes de France qui jouissaient d'un régime communal. A Soissons, par exemple , les communiers devaient crier hayï hayï et sonner le beffroi dès qu'un crime était commis dans la rue, ou quand une rixe avait lieu en public. L'omission de cette règle donna plus d'une fois lieu à de gravés débats. Ainsi , l'appariteur ou huissier de l'archidiacre ayant été battu en pleine rue, sans que le cri de hayï eût été poussé, un arrêt rendu au parlement, en 1271, condamna le mayeur et ses jurés à 40 livres d'amende.
Un des plus anciens exemples de l'emploi de la clameur dé haro est le trait nicu connu de ce pauvre homme de Caen , nommé Asselin , qui, en 1087, arrêta la pompe funèbre de Guillaume le Bâtard , parce qu'on lui avait pris , sans le payer ,- le terrain dans lequel le prinoe alrait être enseveli.
Lors du siège de Rouen par le roi d'Angleterre Henri V, en 1418, les assiégés, réduits à la dernière extrémité, envoyèrent à Paris un de leurs prêtres, qui, amené devant Charles VI, prononça ces paroles solennelles: «Très-excellent « prince et seigneur, il m'est enjoint de « par les habitants de la ville de Rouen «décrier contre vous, et aussi contre «vous, sire de Bourgogne, qui avez « le gouvernement du roi et de son «royaume, le grand haro, lequel si- « gnifie l'oppression qu'ils ont des An- « glais ; ils vous mandent et font savoir « par moi, que si, par faute de votre se-
« cours, il convient qu'ils soient sujets « au roi d'Angleterre , vous n'aurez en « tout le monde pires ennemis qu'eux, et « s'ils peuvent , ils détruiront vous et « votre génération (*). »
Depuis la réunion de la Normandie à la couronne, les rois de France ajoutèrent dans toutes leurs ordonnances, édits, déclarations et lettres patentes, cette clause : Nonobstant clameur de haro.
Suivant l'ancien coutumier, la clameur de haro ne pouvait être interjetée que pour cause criminelle, comme pour feu, larcin, homicide, ou autre péril évident. Mais lors de la rédaction de la nouvelle coutume, en 1583, il y fut inséré que le haro pouvait être intenté non-seulement pour ces délits et périls, mais pour toute introduction de procès possessoire. Lorsque le haro était crié sur quelqu'un , celui-ci était déclaré prisonnier du roi , et obligé de donner caution ainsi que le demandeur. La connaissance du haro appartenait au juge royal , mais non toutefois à l'exclusion du seigneur haut justicier.
IlABOGAST. Voyez LOIS BARBARES.
§ Ier. Loi Salique.
Harpe. Guillaume du Machault, poète du quatorzième siècle, a dit :
Mais la harpe qui tout instrument passe. Quant sagement bien en joue et compassé, A la harpe partout telle renommée Qu'autre douceur a li n'est comparée (**).
En effet, depuis le dixième siècle jusqu'au quinzième, cet instrument, aujourd'hui mpnacé d'un abandon complet , fut le plus estimé de tous. Les rois, les princes et les personnages les plus distingués tenaient a honneur d'apprendre Jk le jouer. Il était entre les mains des troubadours et des dames.
Ses moyens étaient cependant bien bornés, comme les miniatures des manuscrits nous l'apprennent en nous le retraçant. La harpe était de dimension assez petite ; le nombre des cordes variait depuis six jusqu'à vingt-cinq. La forme était ordinairement celle du à.
C'est en Allemagne , au dix-huitième siècle, que la harpe reçut les premières réformes qui l'ont préservée de l'oubli
(*) Monstrelet , c 206.
(**) Manusc, n9 7*11 , fol. x63.