ERS. HEBERT
successeurs de ce prince, qui employèrent même un type analogue pour l'or et pour l'argent; nous parlerons de ces monnaies plus en détail aux articles Lion d'or et Lion d'argent.
Hébergement. Voyez Gîte (droit de).
Hérebt, Hébertistbs. Jacques- René-Hébert, dit le Père Duchesne, né vers 1755, à Alencon , était venu fort jeune chercher fortune à Paris.
Nous ne dirions rien de cette époque de sa vie, si ce n'était que les faits sont déplorablement caractéristiques. Du moins, nous serons brefs. Jeté à Paris sans ressources, sans éducation, il mena une vie de misère , et , il faut le dire, d'opprobre. Entre autres charges de même nature qui pèsent sur lui , on rapporte que, étant receveur des contremarques aux Variétés, il se fit renvoyer pour cause d'infidélité dans sa gestion. C'est dans cet abaissement que le prit la révolution, pour s'en faire un instrument qu'elle devait ensuite briser. Toutefois, durant ces premières années, jusqu'au temps où il publia le Père Duchesne, Hébert resta enfoui dans son obscurité. Cette obscurité, il faut le dire, a laissé place à quelques doutes sur la précocité , ou même sur la constance de sa ferveur cynique durant cette période (*). Camille Desmoulins lui adressa à cet égard des reproches, dont sans doute il faut se défier , mais qui , proférés en face et publiquement , lorsque Hébert était encore dans toute sa puissance, tirent de là une grande force. « Crois- « tu, dit-il , qu'on ne m'ait pas raconté "« qu'en 1790 et 1791 tu as persécuté « Marat? Tu as écrit pour les aristo- « crates, tu ne le pourrais nier, tu se- „ rais confondu par les témoins. Quand « Thuriot assiégeait la Bastille ; quand « Fréron faisait l'Orateur du peuple ; a quand moi. sans craindre les assas- « sins de Loustalot et les sentences de « Talon, j'osais, il y a trois ans, dé-
(*) « Malgré le fracas de ses mots contre les aristocrates, on voit Hébert suivre avec beaucoup de souplesse le parti dominant. Ainsi, en 1791 ,il est partisan de la Favette et de la garde nationale; il fait des tirades pour Louis XVI et pour son ministre.» Histoire parlementaire de la révolution.
« fendre , presque seul, VJmidupeu- • pie ; quand tous ces vétérans, que tu « calomnies aujourd'hui, se S'gnalaient « pour la cause populaire, où étais-tu « alors, Hébert? Tu distribuais des « contre-marques, et on m'assure que « les directeurs se plaignirent de la re- « cette. On m'assure que tu t'étais « même opposé, aux Cordeliers, à l'in- « surrection du 10 août. On m'assure... « Ce qui estcertain, ce que tu ne pour- « ras nier, car il y a des témoins, c'est « qu'en 1790 et 1791 , tu dénigrais , « tu poursuivais Marat, dont tu as « nréiendu, après sa mort, qu'il t'avait « laissé son manteau, dont tu t'es fait « tout à coup le disciple Élysée, et le « légataire universel. Ce qui est cer- « tain, c'est que tu n'étais pas avec nous « en 1789 , dans le cheval de bois ; c'est « qu'on ne t'a point vu parmi les guer- « riers des premières campagnes de la « révolution ; c'est que , comme les « goujats, tu ne t'es fait remarquer « qu'après la victoire, où tu t'es si- « gnalé en dénigrant les vainqueurs « comme Thersite (*). »
Sans adopter ni repousser ces imputations, disons qu'Hébert n'avait ni le courage , ni aucune des qualités puissantes qui eussent été nécessaires pour le tirer brusquement de sa bassesse, et le mettre en relief dès les premières campagnes de la révolution. Ce fut la publication du Père Duchesne, de cynique mémoire , qui commença sa popularité. Doué d'esprit naturel , il s'était donné à lui-même quelque instruction , mais sans recouvrer ce qui , une fois perdu, ne se recouvre guère, si tant est qu'il l'eût jamais possédé, la moralité, l'élévation d'âme. On cite de lui un mot plus décisif, selon nous, contre la sincérité de sa foi révolutionnaire, que les allégations de Camille Desmoulins. « La masse est engagée, disait-il, «je m'y associe; je suis le mouvement, «le le suivrai toujours, et je ne tom- «oerai pas.» Il ne serait donc point étrange que l'exagéré de 93, de l'époque où le péril était surtout dans le modérantisme , se fût montré timide et incertain au début, quand la masse, n'étant pas encore suffisamment engagée,
(*) Le vieux Cordelier, n° v.
le péril était pour l'audace. Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'après le 10 août que commence le rôle historique d'Hébert.
Membre de la Commune, puis substitut du procureur-syndic à cette même Commune, de plus orateur influent dans les clubs, et, par-dessus tout cela, maître d'une feuille populaire extrêmement répandue, il devint bientôt l'un des principaux meneurs de la multitude. Jusqu'à l'insurrection du 31 mai, il marcha, ainsi que la Commune et les sociétés populaires, de concert avec les montagnards. Lors des exécutions de septembre, il avait été soupçonné d'y avoir pris directement part; mais, sur ce point, rien de bien constant. Il se signala parmi les adversaires les plus véhéments de la Gironde. Mais dans cette lutte, comme dans les autres événements de l'époque, rien d'important qui lui appartienne en propre; rien qui ne se confonde dans le mouvement général de la révolution. Dans le courant de mai 1793, quelques manifestations insurrectionnelles ayant eu lieu à la mairie, Hébert, que la violence habituelle de sa feuille signalait à la vindicte du )arti girondin , fut arrêté par ordre de a commission des douze. Cet acte d'autorité, que les girondins ne purent soutenir, ne fit que bâter leur perte et accroître l'importance d'Hébert. La révolution, pour un moment, sembla tourner autour de lui. De la Commune, des sections , des clubs, partaient des réclamations réitérées, et de jour en jour plus menaçantes, qu'appuyaient énergiquement , au sein de la Convention, les montagnards. Après quelques jours de détention , il fut relâché , et rentra triomphant à l'hôtel de ville, où une couronne civique lui fut présentée:
il la déposa modestement sur le buste de J. J. Rousseau.
Tel fut Hébert jusqu'à l'insurrection du 31 mai. Ici commence une période nouvelle. Une révolution qui ne faisait que renforcer le pouvoir sans appeler Hébert à y participer, ne pouvait lui suffire. Un échec qu'il essuya au mois d'août augmenta sa mauvaise humeur.
Présenté comme candidat au ministère de la justice, en concurrence avec Paré, il se vit préférer celui-ci. Les patriotiques colères du Père Duchesne redou-
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L'UNIVERS. HfiUERT
blèrent donc, et, désormais, ce fut sur la Montagne même qu'elles frappèrent (*;.
Celte attitude nouvelle que prit Hébert n'était pas un fait isoié. En effet, immédiatement après la chute des girondins, les diversités de tendances qui préexistaient au sein du parti montagnard se déclarèrent. Vainqueur, le parti se divisa, comme il arrive toujours. En face du comité de salut public, deux factions se posèrent : les indulgents d'une part, d'autre part les ultrarévolutionnaires, ceux qui, selon l'énergique expression de Saint-Just , voulaient changer la liberté en bacchante.
Ceux-ci étaient les successeurs des enragés. Cynique athée , froidement frénétique, Hébert devint leur complice.
Us prirent de lui le nom d'hébertistes. Après lui, les hommes principaux étaient Jlonsin, général de l'armée révolutionnaire, ambitieux de corps de garde qui osait parler de Cromwell ; Pincent, secrétaire général au département de la guerre, jeune maniaque dont le mouvement de la révolution avait dérangé le cerveau ; l'imprimeur Momoro, administrateur du département; Chaumette , procureur - syndic de la Commune, etc., etc. A ceux-ci il faut joindre Anacharsis Clootz , apôtre du panthéisme et de la république universelle, homme d'ailleurs sincère dans son fanatisme insensé , et probablement étranger aux menées politiques du parti..
Chaumette et Clootz ont eu dans ce
(*) Ce mécontentement perce sous l'indifférence qu'affecte Hébert dans le n° cclxxvi du Père Duchés ne, où il parle de cet échec. Nous citerons le passage suivant : « Grand bien te fasse, maître Paré, qui tombes à celte place des nues. Lorsque Danton faisait la guerre aux arisi ocra les , vous étiez le feu et l'eau; vous voilà amis comme cochons, aussi amis que ce Daniou l'était de Dn mouriez. » — « Ah ça, Père Duchcsne, si tu avais étéministre, nous aurais-tu procuré du pain? me dit la mère Javotic, en rompant les chiens. — Oui, ma commère, si on m'avait donné carte blanche pour faire mettre à l'ombre tous les Jean-F qui accaparent les subsistances , et si pour me perdre on ne m'avait pas joué des tours aussi perfides que ceux qu'on a faits à notre bon maire. «
dictionnaire des articles séparés. Après eux, Ronsin (*) mérite une courte mention. «C'était, dit M. Thiers, le plus distingué de ces aventuriers qui s'étaient nus au service du gouvernement révolutionnaire ; pamphlétaire médiocre , poète sifflé, général assez malheureux en Vendée, il ne manquait pourtant ni de cœur ni d'intelligence. Il se lit à Lyon, où il fut envoyé avec une partie de l'armée révolutionnaire , une sinistre réputation. De retour à Paris , le général Ronsin, avide de toutes les gloires, se procura, avec l'aide de la terreur, de beaux succès dramatiques (**).
Il devint l'homme d'action du parti ; Hébert en était l'écrivain et le chef politique, Anacharsis Clootz le métaphysicien, Chaumette le pontife. »
Déjà, dans nos Annales de l'histoire de France, le caractère des hébertistes, leurs tendances, leur but, leur tactique, ont été exposés longuement : nous y renvoyons le lecteur. Seuls , du reste, entre tous les partis qui ont joué un rôle dans la révolution, ils ont ce triste privilège que, sur eux, l'opinion est constante et unanime.
« La faction municipale, dit M. Mignet, était le dernier terme de la révolution. Opposée de but au comité de salut public, elle voulait , au lieu de la dictature conventionnelle , la plus extrême démocratie locale , et au lieu de culte, la consécration du matérialisme.
L'anarchie politique et l'athéisme religieux , tels étaient les symboles de ce parti, et les moyens par lesquels il comptait établir sa propre domination. Cette faction avait à sa tête des hommes qui jouissaient d'une extrême popularité dans la basse classe Elle
s'appuyait dans les sections sur les comités révolutionnaires, dans lesquels se trouvaient beaucoup d'étrangers obscurs qu'on supposait, non sans vraisemblance, agents de l'Angleterre pour perdre la république eu poussant à l'a-
(*) Charles-PhilippeUonsin, né à Soissons, en 175a. Envoyé en Vendée comme adjointministre de la guerre, vers le mois de mai 1793 , il fut fait en quatre jours capitaine, chef d'escadron et général de brigade. Il avait déjà publié en 1786 uu recueil de tragédies.
(•*) En 1793, il donua aux Français Aritophj le ou le Tyran de Cyrène.
narchie et aux excès. Le club des cordeliers n'était composé que de ses partisans (*). »
« Clubistes du dernier rang , dit M. Thiers, intrigants de bureaux, coupejarrets enrégimentés dans l'année révolutionnaire, ils avaient l'exagération des inférieurs , des porteurs d'ordres qui outrent toujours leur mandat. Ainsi, ils avaient voulu pousser le gouvernement révolutionnaire jusqu'à en faire une simple commission militaire , l'abolition des superstitions jusqu'à la persécution des cultes , les mœurs républicaines jusqu'à la grossièreté, la liberté de langage jusqu'à la bassesse la plus dégoûtante , enfin la défiance et la sévérité démocratique, à l'égard des hommes, jusqu'à" la diffamation la plus atroce (**).»
Les hommes de cette trempe étaient nombreux. Bouchotte, gouverné par Vincent et R on si n , leur avait livré les bureaux de la guerre; ils s'appuyaient sur la Commune, sur le club des corde* liers , sur les comités révolutionnaires.
La faction fit en peu de temps des progrès redoutables. Leur système , si l'on peut donner un tel nom à cet amas incohérent de vues perverses ou extravagantes, c'était la désorganisation du pouvoir au profit de toutes les petites tyrannies individuelles. La Convention, surtout le comité de salut public, les offusquait. Comme on l'a dit ailleurs(***), iis auraient voulu, après le 31 mai, que. la Convention se déclarât dissoute, sdrs qu'ils étaient de prendre place dans l'assemblée nouvelle; mais, n'osant insister sur ce vœu trop girondin, on les voit, dès le mois d'août, réclamer l'organisation constitutionnelle du pouvoir exécutif (•***). Ce sujet devint, dès lors,
(*) Histoire de la révolution , t. II.
(**) Thiers, Histoire delà révolution, LV, p. 375.
(***) Annales de l'Histoire de France.
(•***) rincent : « Je reproche à Danton et « à Lacroix le décret qu'ils ont provoqué de « faire du comité de salut public uu comité de « gouvernement. Je le regarde comme alten- « tatoire à la souveraineté du peuple. » Séance du 5 août, aux Jacohins. « Vincent eut l'audace de faire rédiger une pétition aux cordeliers pour demander l'organisation du ministère constitutionnel et le rappel des
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leur thème favori. La création , puis la prorogation du gouvernement révolutionnaire, l'autorité des représentants en mission , tout ce qui tendait à concentrer et à fortifier la dictature conventionnelle , les rencontra comme adversaires.
Un mot d'Hébert résume toutes ces tendances anarchiques. « Dans une ré- « publique, disait-il , tout gouverne , et « la masse des gouvernés est bien plus «pure que celle de ses gouverneurs.»
— «Votre projet, » lui dit, lors du procès, le président du tribunal révolutionnaire, « votre projet était de désorgani- « ser toutes les autorités constituées et « de mettre tout en combustion. »
Tandis que Vincent s'agitait à Paris, qu'Hébert écrivait, Ronsin, adjoint du ministre de la guerre, assisté de Momoro et du comédien Grammont , propageait à l'armée de Vendée le même esprit de désorganisation, encourageant les vexations et les pillages, autorisant l'indiscipline sous prétexte de défendre le soldat contre le despotisme des officiers.
Repoussés dans leurs tentatives directes contre la Convention et le comité de salut public, ils s'attachèrent à les ' affaiblir , à les déconsidérer autant que possible. Dénonciateurs effrénés, leur défiance , ou réelle ou simulée , ne laissait intacte aucune réputation révolutionnaire. De la tribune des clubs, des ateliers du Père Dudiesne , partaient chaque jour , tantôt de grossières diatribes, tantôt des attaques sourdes ou déguisées , qui , lors même qu'elles ne persuadaient pas, semaient l'inquiétude, ébranlaient la foi , minaient peu a peu toutes les forces directrices de la révolution.
Du reste , cette dictature qu'ils enviaient pour leurs propres personnes, ils semblèrent pendant quelque temps se l'arroger. Fonctionnaires publics la plupart, exécuteurs des mesures révolutionnaires, ils ajoutèrent aux sévéri-
dépulés en mission. Et cette pétition , sauf le dernier article , fut adaptée malgré Legendre et Danton. Elle provoqua beaucoup de tumulte à Paris, et compromit sérieuse- ' ment l'autorité naissante du comité de salut public. «Thiers, Histoire de la résolution, t. V, p. 45o.