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HÉNAULT

L'UNIVERS

HËNNEBON

plus que son Abrégé chronologique, qui méritait en effet une réputation durable par le tact judicieux avec lequel les événements sont choisis, par la clarté qui a présidé à leur arrangement, et par la simplicité agréable des courts récits et des réflexions heureusement entremêlées aux tables et aux nomenclatures. C'est encore aujourd'hui, que l'art historique a fait tant de progrès , un des livres d'histoire les plus substantiels et les plus utiles. Le président Hénault mourut à l'âge de quatre-vingtcinq ans, après une vie que beaucoup de personnes regarderont comme heureuse, si le bonheur tient à la fortune, aux succès d'homme du monde, aux succès d'écrivain, aux plaisirs ingénieux de l'esprit, aux plaisirs raffinés des sens. Le président ne se plaignait que de ses maux d'estomac : c'est sur quoi Voltaire lui faisait des condoléances, et adressait pour lui des prières au dieu des épicuriens :

Qu'un bon estomac soit le prix De ion cœur, de son caractère, De ses chansons, de ses écrits.

Il a tout : il a l'art de plaire.

L'art de nous donner du plaisir, L'art si peu connu de jouir; liais il n'a rien, s'il ne digère.

V Abrégé chronologique nous a paru apprécié avec beaucoup de tact et de justesse dans les lignes suivantes de M. Villemain (*) : « Au premier abord, la multitude des dates, les paragraphes secs et sans suite rebutent le lecteur; mais poursuivez : l'instruction viendra, et avec elle le plaisir que peuvent donner la justesse et la sagacité. Beaucoup de points sont éclaircis. Les changements des mœurs et des lois sont habilement marqués, et l'auteur , sans jamais peindre les événements, et presque sans les raconter, les fait bien comprendre. Les chapitres qui terminent l'histoire de la première et de la seconde race renferment, en peu de mots, beaucoup de saine érudition. Le président a parfois des résumés pleins ue force et des portraits habilement touchés. Il avait beaucoup étudié un des modèles du genre, Velleius Paterculus, et il l'imite, tout en restant plus naturel et plus simple. Il suffit de rap-

(*) Littérature du dix-huitième siècle.

peler son portrait du cardinal de Retz, ingénieux autant qu'expressif, et tout parlant de ressemblance. Le président, par ses traditions de famille, son éducation, ses études, était un homme du siècle de Louis XIV. Aussi , dans ses réflexions sur cette grande époque , a-t-il des traits singulièrement heureux et justes. Quant à la philosophie, si, dans l'histoire, on entend par ce mot l'indépendance de jugement et l'esprit de liberté, ne. lui en demandez pas. Malgré sa robe de magistrat, il incline visiblement pour le pouvoir absolu , et il en regarde les empiétements illimités comme autant de droits inaliénables, suspendus dans les mauvais jours du moyen âge, mais que les rois de la troisième race , depuis Hugues Capet jus-

2u'à Louis XV, ont successivement et eureusement reconquis. Ainsi, peu de souci des libertés municipales, peu de détails sur les états généraux, nul penchant pour la réforme. C'est le contrepied de l'ouvrage plus patriotique, mais beaucoup moins savant, de Thouret. »

Voltaire a fait au président Hénault l'honneur de le placer dans la galerie d'écrivains qui termine son Siècle de Louis Air. Il dit , dans la notice qu'il lui consacre : « Il a été dans l'histoire ce que Fontenellea été dans la philosophie : il l'a rendue familière. »

Hénault avait été reçu de l'Académie française et de celle dés inscriptions et belles-lettres.

Henduis, nom porté par les chefs électifs des anciens Bourguignons. On prétend que vers 413 Gondicaire substitua à ce pouvoir précaire le pouvoir et le titre de rot

Hennebon , petite ville maritime du département du Morbihan, située à huit kilom. de Lorient , son chef- lieu d'arrondissement, peuplée de 4,477 hab.

Située sur le flanc d'une colline dominant le cours du Blavet, où elle a un port, et dont les eaux remplissaient ses fossés, cette ville, avant l'établissement de Port-Louis (1590), était une place forte importante, et faisait un commerce assez étendu. Au quatorzième siècle, elle fut le théâtre de plusieurs opérations militaires , que Froissard nous a racontées avec de grands détails. Les partisans de Charles de Montfort

HEXNEQU1N

s'en emparèrent en 1341; Charles de Blois l'assiégea la même année; mais la place était- défendue par l'héroïque Jeanne de Montfort, « femme vaillante et hardie, dit l'historien d'Argentré, autant que nul homme , qui combattait par terre et par mer, tout de même assurance; et, quant au conseil , savoit dresser une bataille , garder une ville, tr.iiter avec les princes. » Son intrépidité électrisa tous les cœurs; les femmes mêmes se mêlèrent parmi les soldats, « et portèrent des pierres aux créneaux pour jeter aux ennemis (*). v Cependant, l'évêque de Léon, qui se trouvait dans la ville, engageait les habitants à parlementer. On allaitse rendre, quand l'arrivée d'un renfort anglais força les Français à lever le siège.

Charles de Blois reparut devant la place l'année suivante. Les assiégés, rassurés par la présence de la comtesse et le succès de leur première défense, criaient du haut des murs à ses troupes : « Vous n'estes mie encor asses : « allés quérir vos compagnons qui dor- « ment aux champs de Quimperlé. »

Bientôt Amaury de Clisson et l Anglais Gautier de Banni firent une sortie victorieuse, et les assiégeants se retirèrent de nouveau. Ce fut au château d'Hennebon , dont il reste encore deux fortes tours, jointes par une courtine, que Montfort vint mourir en 1345.

En 1373 , du Guesclin enleva Hennebon , et passa toute la garnison anglaise au fil de l'épée. Deux sièges, qu'elle soutint pendant la ligue, sont les derniers traits saillants de son histoire. Le prince de l)ombesr lieutenant général du roi en Bretagne, la prit d'assaut, le 2 mai 1590, après une résistance opiniâtre ; mais , le 5 novembre suivant, Wercœur vint lui-même l'investir avec des troupes espagnoles et des vaisseaux munis d'une bonne artillerie. Au bout de six semaines, Uennebon capitula, et le duc la garda jusqu'à la paix.

On voit enrore des restes des anciennes murailles bordées d'un parquet à mâchicoulis. L'église, qui date du milieu du quatorzième siècle, est d'un gothique assez élégant.

(*) Voyez Froiisard, liv. x, ch. 173. ,

Hennecoubt (bataille de), livrée le 24 mai 1642. Les villes de Lens et de la Bassée venaient de se rendre aux Espagnols. « Alors , dit Montglat , le maréchal de Guiche se posta à Hennecourt , sur l'Escaut , pour défendre le Vermandois, la Tiérache et la Champagne. Dès que don Francisco de Melos l'eut appris, il marcha droit au maréchal avec toute son armée , deux fois

plus forte que l'autre Celui-ci n'a-

voit qu'à passer la rivière , qui est fort petite, pour se mettre à couvert ; mais, quoiqu'on lui représentât, il ne le voulut jamais, disant qu'il savoit bien ce qu'il avoit à faire ; et, au lieu de se retirer, il fit mettre ses troupes en bataille, et attendit de pied ferme les Espagnols, qui l'attaquèrent de tous côtés, emportèrent ses retranchements, taillèrent en pièces son infanterie, prirent son canon et son bagage, et mirent en fuite sa cavalerie , qui se sauva au Catelet et à Saint - Quentin.... Cette déroute fit parler le monde différemment ; même il y en eut qui crurent que le maréchal avoit eu ordre du cardinal de se laisser battre pour intimider le roi, et lui faire voir la nécessité où il étoit de se servir de lui dans les brouilleries qui étoient alors entre lui et M. le Grand....

« Don Francisco de Melos , au lieu de poursuivre sa victoire, tourna tout court devers le Rhin pour fortifier l'armée impériale , qui avoit besoin de secours contre le maréchal de Guébriant et contre le prince d'Orange (*). »

Des dix à douze mille hommes qui composaient l'armée de Guiche, à peine put-on en rassembler seize cents. Le reste avait été tué ou s'était dispersé. Cette bataille, qui aurait pu avoir des suites si désastreuses, n'est pas la seule perdue par l'inhabileté ou la trahison d'un membre de la famille des Grammont. (Voyez Gbammont, Ettingen

et FONTABÀBIE.)

Hennequin (Aymar), évêquedeRennes , mort en 1596, fut un des plus ardents partisans des Guises et de la ligue, ainsi que son frère, conseiller au parlement de Paris.

(*) Mémoires de Montglat, huitième pagne, année 164a.

366 HENNEQUIW L'UNIVERS. HENNEQUIN

Hennequin (Jacques), chanoine de Troyes, sa patrie, hauile docteur et professeur de Sorbonne , mort à Troyes en 1660. Il avait formé une bibliothèque choisie de dix à douze mille volumes , dont il disposa de son vivant en faveur ""de sa ville natale, en la léguant aux cordeliers, à condition qu'elle serait ouverte au public trois jours par semaine. Il légua de plus une rente de 400 livres aux mêmes religieux, à la charge de remplacer à leurs trais les livres qui se trouveraient perdus.

Hennequin (P. A.), peintre d'une réputation distinguée , naquit à Lyon, en 1763. Le goût qu'il montra dès son enfance pour le dessin engagea ses parents à renvoyer à Paris, où il fut reçu à l'école de David , et devint un dès meilleurs élèves de ce grand peintre. Il obtint le grand prix de peinture, et fut envoyé à Rome aux frais du gouvernement. Là , ses opinions républicaines lui firent courir de grauds dangers : il se trouva compromis dans une affaire qui l'obligea bientôt à quitter Rome et 1 Italie. Ce ne fut qu'après de nombreuses tentatives et mille difficultés qu'il a r vint à rentrer en France. Il alla se xer à Lyon , où la chaleur de ses sentiments ie rejeta dans de nouveaux périls, et faillit cette fois lui coûter la vie. Mis en prison peu après le 9 thermidor (27 juillet), il aurait infailliblement partagé le sort de ses compagnons d'infortune, qui furent tous massacrés, s'il n'était parvenu à s'échapper. Il vint alors se réfugier à Paris , où il ne tarda pas à être incarcéré, et il aurait été traduit devant la commission du Temple, si des amis puissants et un ministre ami des beaux-arts n'avaient sollicité pour lui.

Cette épreuve l'éloigna enfin de la carrière politique. Il rappela à lui ses premiers goûts et le souvenir de ses succès, et bientôt il consacra par un beau tableau des sentiments qu'il s'était condamné à taire , mais non pas à étouffer; il peignit le Triomphe du peuple français, ou le 10 août, allégorie relative* à cette journée célèbre.

Dans le courant de Tan ix, le gouvernement ayant proposé pour prix de peinture aux artistes français \t Combat de Nazareth, il fut un des quatre pein-

tres qui concoururent pour ce prix , et le premier qui envoya au comité l'esquisse de cette bataille, exposée l'année suivante dans la galerie d'Apollon.

Hennequin représenta le moment où l'avantage du combat livré au pied du mont Thabor reste encore indécis.

Cette esquisse fut généralement approuvée par les connaisseurs et les artistes. On y reconnut beaucoup de mouvement dans les figures, de l'énergie et du sentiment dans les groupes , de la vérité et du large dans les costumes; mais le lieu de la scène ne parut pas assez exact, le ton local trop roux , et ce fut Gros qui obtint le prix.

Le tableau le plus marquant d'Hennequin se trouve dans la galerie du Louvre : c'est O reste poursuivi par tes furies, après le meurtre de sa mère. Dans ce tableau se retrouvent toutes les qualités et tous les défauts du peintre ; un sentiment dramatique trèspuissant, un grand mouvement dans les figures , mais aussi peut-être un peu trop d'exagération et une couleur fausse et mal ordonnée. C'est cependant une des belles pages de notre école. On a d'Hennequin un grand nombre de dessins et beaucoup de gravures ; il a fait aussi au Musée un plafond estimé.

A la rentrée des Bourbons en France, il s'éloigna de Paris , et alla demeurer à Liège, où il sut employer avantageusement son burin et ses pinceaux. Entre autres ouvrages, il entreprit un tableau d'une grande dimension, dont le sujet est tiré de l'histoire même des Pays- Bas ; c'est le dévouement de trois cents citoyens de Franchimont, qui périrent tous , en défendant leur ville et leurs foyers. Hennequin reçut du gouvernement belge et du prince d'Orange les encouragements nécessaires pour achever cette composition , dont lui-même a gravé l'esquisse. En 1824, il alla habiter Tournay, et envoya, l'année suivante, à l'exposition de Lille : Socrate au milieu de ses principaux disciples ,* Catherine de Latain un Paysage historique. On peut reprocher à cet artiste, comme on l'a reproché souvent à Jules Romain, dont il affectionnait particulièrement le talent, d'avoir négligé, pour la pureté du dessin et l'ensemble de te composition, les autres parties de

HENRI Ie

HENRI Ier

l'art, et de pécher surtout por le ton forcé de son coloris , comme par la fausse dégradation de ses lumières.

Hennin. Trois seigneuries du Mftconnais furent érigées en comtésd'Hennin, par lettres de Tan 1730.

Hennin. Voyez Coiffube.

Henri I'r, roi de France, était le troisième fils de Robert II. L'aîné, Hugues, étant mort en 1025, et le second, Eudes, se trouvant imbécile, dit-on, et incapable de régner, Robert résolut de s'associer Henri , déjà duc de Bourgogne. La couronne fut mise sur la tête du jeune prince dans l'église de Reims, en présence de plusieurs évêques et abbés, et en présence des comtes de Champagne et de Poitiers, le jour de la Pentecôte, 14 mai 1027. Cependant la reine Constance avait insisté pour que l'on couronnât de préférence son Gis cadet, Robert. Elle prétendait , non sans raison , comme la suite le prouva , que Henri était en même temps dissimulé, paresseux et mou , et qu'il ressemblerait à son père par sa négligence dans le gouvernement du royaume.

La discorde semée ainsi entre les deux frères ne fut pas de longue durée. Ces princes se réunirent, ditGlaber, à cause de l'insolence de leur mere, et commencèrent a envahir de concert les bourgs et les châteaux du roi Robert , qui ne survécut pas longtemps à ces tristes épreuves.

A peine le bon roi eut- il fermé les yeux (20 juillet 1031), que la querelle se ralluma entre la reine et son fils aîné. Henri, destiné à sommeiller trente ans sur le trône, dut implorer, pour s'y affermir contre Constance et son puissant allié Eudes II, comte de Champagne . le secours du duc de Normandie Robert le Diable. La paix fut conclue au bout de quelques mois , mais sans que le comte Euiles fût compris dans le traité. Avec l'aide des Normands et de Baudouin deFlandre, Henri guerroya encore qu Ique temps contre lui. Avec la pacification qui intervint en 1033 ou 1034, se termina à peu près la carrière d'activité du roi de France, incapable de protéger ses sujets ou luimême. Dès lors on n'est plus guère informé de l'existence de Henri que par les chartes qu'il accorda de temps en

temps aux monastères. Le beau rôle appartenait aux grands vassaux. L'attention de l'Europe se portait sur les révolutions du royaume d'Arles, des comtés de Champagne et d'Anjou, et du duché de Normandie.

Tandis que le roitelet Henri (ainsi l'appelle la chronique d'Anjou) laissait échapper de ses mains jusqu'à l'autorité qu'il tenait de ses aïeux comme comte de Paris et d'Orléans , les peu-

I)les eurent à souffrir d'effroyables caamités, une famine de trois ans et les excès des guerres féodales toujours renaissantes , malgré l'institution de la paix de Dieu. Ce furent surtout les comtes de Blois et de Champagne qui inquiétèrent le faible Henri , en poussant à la révolte Eudes l'imbécile. Il fallut que le comte d'Anjou aidât le roi son suzerain à vaincre ces deux seigneurs. Ensuite Henri, excité par Geoffroi Martel (voyez ce mot), guerroya plusieurs fois contre Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, jusqu'à ce que, dégoiHé de ses revers, il pliât devant le génie de son ennemi , et conclut avec lui , en 1059, une paix qui ne fut plus rompue pendant le peu de. temps que vécut encore le roi de France.

L'histoire privée de Henri est restée aussi obscure que son histoire politique est nulle. Fiancé à Mathilde, fille de l'empereur Conrad le Salique , laquelle mourut en 1034, sans avoir vu laFram e ni son époux, puis marié pendant huit ou neuf ans au moins avec une autre Mathilde, nièce de l'empereur Henri III, il était devenu veuf en 1044, sans avoir eu d'enfant mâle. Il résolut alors d'envoyer chercher une femme aux extrémités de l'Europe, en Russie. 11 épousa vers 1051 , dans une cour, plénière des seigneurs du royaume , Anne , fille du tzar laroslaf. (Voy. Annales, t. Ier, page 166.) De cette étrangère , il eut trois fils : Philippe , son successeur , né en 1053 , Robert, mort en bas âge, et Hugues, devenu comte de Vermandois.

Quand Philippe eut sept ans, son père se l'associa solennellement. Peu de mois après cette cérémonie , le roi Henri tomba malade , et il mourut le 4 août 1060 , recommandant son fils aîné et son royaume au comte de Flandre.

Henri avait été le témoin passif de

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