HENRIOT L'UNIVERS. HENRIOT
Le conseil général avait décidé que le canon d'alarme, placé sur le terre-plein du Pont-Neuf , appellerait immédiatement les citoyens à la défense de la liberté, menacée par la commission des douze ; mais un décret de la Convention prononçait la peine de mort contre le citoyen qui le tirerait sans un ordre émané d'elle. Henriot prit sur lui de désobéir à ce décret, et bientôt les sections en armes formèrent une armée de 75,000 hommes , disposés à obéir au premier signe de la Commune. Nous avons raconté , à l'article Commission des douze, les événements du 31 mai, du Ier et du 2 juin; nous avons tlit comment la Convention , dominée un instant par les girondins , avait hésité plusieurs jours entre la nécessité décéder à la volonté du peuple et l'intérêt du parti auquel les circonstances avaient donné une majorité momentanée. Le 2 juin, cette assemblée délibérait encore ; près de 80,000 hommes des sections, commandés par Henriot, entouraient, avec 163 bouches à feu, le palais national. C'est alors que Barrère proposa à ses collègues d'aller délibérer au milieu du peuple. On sait que cette motion fut accueillie avec enthousiasme
Ear la majorité, et qu'aussitôt, l'Assemlée tout entière se rendit , le président en tète, dans la cour des Tuileries. Les sentinelles lui ouvrirent d'abord le passage ; mais lorsqu'elle arriva en face des canonniers et de Henriot , et que Hérault de Séchelles ordonna à celui-ci de faire place aux représentants du peuple, « I,e peuple ne s'est pas levé , répondit « Henriot , pour entendre des phrases : « vous ne sortirez pas que vous n'avez « livré les vingt-deux. » — «Saisissez ce « rebelle, » s'écria Hérault en s'adressant aux soldats. « Canonniers, à vos «pièces, reprit Henriot; soldats aux « armes ! » La Convention rentra alors dans la salle de ses séances, et la défaite des girondins fut consommée par l'adoption du décret d'arrestation des vingt-deux.
Les 48 sections récompensèrent bientôt Henriot de son énergie, en le confirmant dans la charge de commandant général de la force armée de Paris , à une majorité de 9,084 voix contre 0,095
Sa conduite au 9 thermidor fut loin d'être aussi énergique, et c'est même à l'incapacité dont il fit preuve alors qu'il faut en partie attribuer la victoire des réacteurs. Arrêté dans la matinée par le poste du Palais de Justice, et conduit par cinq gendarmes au comité de salut public, il y fut délivré par Cofûnhal, qui coupa les cordes dont il était garrotté. Montant de nouveau à cheval , il rencontra une compagnie de canonniers, auxquels il ordonna de marcher sur la Convention, et de diriger leurs pièces contre elle. Ils obéirent d'abord ; mais la Convention venait de le mettre hors la loi : informés de cette décision , les canonniers l'abandonnèrent. Il perdit alors la tête, et, soit que les spiritueux qu'il avait pris lui eussent ôté toute liberté d'esprit (*), soit que les circonstances fussent trop difficiles pour lui, il commit faute sur faute. La Commune comptait sur lui et sur l'énergie et l'activité qu'on lui connaissait; il n'agit point. Ses propres soldats l'arrêtèrent enfin, et le livrèrent aux commissaires de la Convention. On le conduisit à l'hôtel de ville; là , Coflinhal, indigné de l'incapacité qu'il avait montrée, et qui avait tout perdu , le saisit avec vigueur et le jeta par la fenêtre dans une cour obscure, en lui criant : « Va , mi- « sérable ! » Relevé sans connaissance, il fut , le lendemain , envoyé à l'échalaud.
« Aucun officier révolutionnaire, dit un de ses biographes , n'a été plus accusé par ses ennemis et par ses amis.
Pourtant, vous ne trouverez rien dans les pièces du temps qui motive ce déchaînement.... Son nom accumule pour l'esprit toutes les idées de bêtise ; et cependant, dans les circonstances difficiles, ce fut un homme de tête, de sangfroid et de main. Son nom est synonyme de la grossièreté et de l'inintelli-
(*) Henriot n'avait point l'habitude de Loire ; «'est une tradition, parmi les personnes qui l'ont connu , que son ivresse du 9 nVrmidor provenait d'un breuvage mêlé à sa boisson , par les hommes dont l'intérêt était de le mettre hors d'état d'agir ; et quand on songe à la frayeur que le souvenir du 3i mai et du a juin devait inspirer aux conspirateurs, on est lente de regarder cette tradition comme véritable».
FRANCE. HÉRAULT DE SECltELl.es 381