‹ FranceChapitre 203 sur 378 · HILAIRE L'UNIVERS. HILDEGARDE · texte numérisé non relu

HILAIRE L'UNIVERS. HILDEGARDE

cueillit favorablement ses plaintes.

Saint Hilaire se rendit en Italie pour justifier l'arrêt du concile : mais il irrita le pontife en lui faisant entendre que la juridiction papale devait s'arrêter aux Alpes. Tel fut le péril où il se mit par sa franche et courageuse résistance, que, pour n'être pas retenu prisonnier, il fut oblige de se sauver furtivement et de traverser les Alpes à pied dans la saison la plus rigoureuse. Célidoine fut rétabli d'autorité et l'évêque d'Arles solennellement blâmé par la cour de Rome. Cependant saint Hilaire ne désespérant pas d'éclairer le pape , lui envoya une ambassade composée des membres les plus distingués de son clergé.

Cette tentative ne fit qu'aigrir davantage saint Léon, parce que saint Hilaire se refusait à toute concession sur la reconnaissance du droit d'appel par l'église des Gaules. Saint Hilaire s'était attiré beaucoup d'ennemis par la sévérité de son zèle et par son ardeur à flétrir les injustices des riches et des puissants. Ils s'encouragèrent à l'attaquer : des accusations parties de la cour du préfet des Gaules noircirent son caractère et sa conduite. On prétendit qu'il gouvernait son troupeau en despote, qu'il parcourait les provinces avec un appareil militaire , qu'il faisait violence à la liberté des suffrages dans les élections où le peuple et le clergé choisissaient leurs ministres. Le pape crut ou feignit de croire à ces accusations.

Bientôt il déclara saint Hilaire exclu de son siège , le sépara de la communion chrétienne, et transféra toutes ses prérogatives à Léonce de Fréjus. Afin de donner une plus grande autorité à cette décision, saint Léon avait appelé à son aide le prestige, fort affaibli alors, de la puissance impériale; son arrêt était accompagné de ce fameux rescrit de Valentinien III, qu'on regarde assez généralement comme le fondement de la juridiction des pontifes romains sur les églises en deçà des Alpes. L'évêque d'Arles gémit de voir fondre sur lui ces anathèmes qui révélaient de graves divisions au sein de l'Église d'Occident ; mais il ne se crut point obligé d'abandonner son siège : l'amour des peuples forma autour de lui un rempart qui le

rendit inviolable ; il continua à exercer ses droits pour le soulagement des peuples, la propagation de la foi et la gloire de l'Évangile. Ses travaux, ses abstinences, ses voyages continuels dans son diocèse abrégèrent sa vie. Il mourut le 5 mai 449.

On a attribué à saint Hilaire divers ouvrages qui ne sont point de lui. Les seuls qui lui appartiennent véritablement ont été recueillis par le père Quesnel dans l'appendice de son édition des œuvres de saint Léon. On y remarque l'éloge funèbre de saint Honorât, où saint Hilaire déploie une éloquence douce et attendrissante, et qui est écrit avec une élégance de style peu commune à cette époque.

Hildebert, évêque du Mans, naquit en 1057, à Lavardin , dans le Vendomois. Élève du fameux Bérenger, il dirigea pendant treize ans l'école du Mans avec un grand succès. Eu 1097, il fut élevé à l'épiscopat dans la même ville. Il y soutint avec fermeté les droits de l'Église contre les violences des princes, et combattit à outrance les schismatiques. Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, s'étant emparé du Mans, voulait ravir à l'église de cette ville plusieurs privilèges : Hildebert alla trouver le pape, lui offrant sa renonciation à l'épiscopat, s'il ne pouvait obtenir justice : Guillaume dut se désister de ses prétentions. L'hérétique Henri (voy. Hexricieins) ayant rempli le diocèse de ses prédications fanatiques, Hildebert le chassa , et maintint l'unité des croyances dans son troupeau. En 1125 , il fut porté au siège de Tours. Il ne craignit pas de disputer au roi Louis le Gros la nomination de deux dignités de son diocèse : le prince s'irrita d'abord vivement, mais il finit par rendre à Hildebert ses bonnes grâces. Cetévéue a reçu de quelques auteurs le titre e saint; d'autres lui donnent celui de vénérable. Il mourut en 1134. Ses ouvrages sont des lettres , des sermons , des poésies, la plupart rimées suivant le goût du temps, le style Latin d'Hildebert est clair, laconique et assez élégant.

Hildegarde. Charlemagne épousa en 772 cette princesse , fille de Hilde-

zed by Googl

HINCMAII FRANCE. MINCNAR 401

bfand, comte de Souabe. Comme Dési- évêque de Laon, ont souvent été regar-

dérate, fille de Didier, avait été repu- dés comme formant la partie la plus

diée par l'empereur , on recarda long- essentielle de l'histoire du règne de

temps comme femme illégitime celle qui Charles le Chauve ; ses querelles théolo-

lui succéda. Saint Adelard , scandalisé giques avec Gotteschalk occupèrent les

de ce mariage , abandonna la cour , et conciles et toutes les assemblées natio-

alla se faire moine à Corbie. Hildegarde eut entre autres enfants , Charles , roi d'Austrasie, né Tan 722; Pépin, roi d'Italie; Louis le Débonnaire, Rothrude , Berthe et Hildegarde. L'impératrice mourut à Thionville le 30 avril 783.

Hilduin, archichapelain du palais impérial, naquit vers la lin du huitième siècle. Quoiqu'il eut été comblé de fa-

nâtes, et dans toutes ces affaires Hincmar montra plus d'énergie que de bon sens et de charité chrétienne. Charles le Chauve ayant enlevé la Lorraine à l'empereur Louis son neveu, le pape Adrien II lui ordonna de la restituer , sous peine d'excommunication. Une partie du clergé gallican, et l'archevêque de Reims à sa tête , se rangèrent du côté du roi ; dans le parti op-

veur par Louis le Débonnaire , il entra posé figurait en première ligne le neveu

dans la révolte de Lothaire et de Pépin de l'archevêque , Hincmar , évêque de

contre leur père. Dépouillé bientôt de Laon. Après une discussion acharnée ,

toutes ses dignités et exilé à Corbie , il l'oncle vainqueur poussa, dit-on, la vio-

embrassa après la mort de l'empereur lence jusqu'à faire crever les yeux à son

le parti de Lothaire, en violant léser- neveu. Ce fait n'est pas prouvé; mais

ment qu'il avait prêté au roi Charles. 11 ce qu'il y a de certain, c'est qu'Hinc-

mourut peu de temps après , vers 842. mar de Laon, terrassé et déposé , était

On lui doit un ouvrage fort célèbre ja- aveugle quand Jean VIII le rétablit,

dis , intitulé les ÂréopagiHques , dans Quant à la lutte contre Gotteschalk ,

lequel il soutient que saint Denis de nous avons déjà raconté , dans l'article

Paris est le même que celui d'Athènes.

Hilduin avait possédé les abbayes de Saint-Denis, de Saint-Médard de Soissons et de Saint-Germain des Prés.

Hincmab. Au neuvième siècle, les maîtres réels du pays étaient les évéques, et celui qui, à cette époque, jouissait de la plus grande réputation , et

consacré à ce moine célèbre, avec quelle violence l'archevêque réprima l'hérésie et punit le novateur.

En 882, les Normands s'approchant de Rheims , le vieux archevêque se retira à Épernay avec les ornements de son église et le corps de saint Remy ; et il est probable que l'inquiétude et la

qui peut-être y avait le plus de droits fatigue de ce voyage abrégèrent ses par son savoir et par la vigueur de son jours. Il mourut en effet le 23 décemcaractère, était Hincmar, le vrai roi, bre 882. A cette date finissent les anle vrai pape de la France. Il était né nales de Saint-Bertin , qu'il composait en 806. Parent de Bernard II , comte lui-même , ou qui du moins s'écrivaient de Toulouse; réformateur de la discipline du couvent de Saint-Denis dont il était moine; abbé du couvent de Saint-Remy, il devint archevêque de Reims en 845. Il succédait à Ebbon , qui avait été dégradé à cause de la part qu'il avait eue a la déposition de Louis

le Débonnaire. Les partisans d'Ebbon trouve un savoir respectable pour cet reprochèrent au nouvel archevêque d'à- âge , quoique employé souvent à accré

qui

par ses ordres.

Hincmar est peut-être le plus volumineux écrivain de ce siècle de ténèbres ; trois volumes in-folio de ses œuvres sont parvenus jusqu'à nous.

Beaucoup d'écrits intéressants pour notre histoire en font partie, et l'on y

voir usurpé un siège épiscopal qui ne devait pas lui appartenir. Mais il s'éleva d'autres griefs plus sérieux contre lui.

Ses démêlés avec quelques-uns des évéques et des clercs ses suffragants , ses disputes avec son neveu Hincmar,

diter les plus impudentes falsifications ou les rêveries les plus absurdes , telles que la tradition sur la sainte ampoule. Nous n'inscrirons pas ici les titres des ouvrages de Hincmar. Nous nous contenterons de dire que durant les trente -sept années de son épiscopat,

T. ix. 26e Livraison. (Dict. encycl. , etc.)

on trouve sa signature au bas de trenteneuf conciles ; qu'on a compté quatre cent vingt-trois lettres de lui adressées à des rois , des papes, des archevêques, des princes , des abbés ; car il fut en correspondance avec tous les grands personnages de son temps. Ses œuvres furent publiées pour la première fois en 1646 et 1688 par les PP. Sirmond et Cellot.

Hincmab , neveu, par sa mère , de l'archevêque de Reims, fut fait évéque de Laon vers 858. On lui a reproché sa conduite peu régulière, ses injustices et ses violences contre son clergé, mais il paraît avoir été victime de la vengeance de son oncle, qui ne le trouvait pas aussi soumis qu'il l'aurait voulu à la primatie de Reims (voy. l'art, précédent). Convaincu de sédition, de calomnie, de désobéissance au roi à main armée , il fut envoyé en exil après avoir eu les yeux crevés. Il est vrai que le pape, sous prétexte de protéger l'évêque de Laon , avait voulu attenter aux libertés de l'Eglise gallicane; mais du moins le prélat vainqueur aurait-il pu se conduire avec plus d'humanité. Jean VIII, lors de son voyageaTroyes, voulut dédommager l'ex-évêque, et, sans lui rendre son siège, il le réhabilita en 878, et lui attribua une partie des revenus épiscopaux. On ignore l'époque de la mort d'ilincmar.

Un autre IIincmab, évéque d'Auxerre, combattit avec Charles- Martel contre les Sarrasins et contribua puissamment à la victoire.

IIibson, bourg du département de l'Aisne, arrondissement de Vervius.

Population, 2,718 habitants.

C'était autrefois une ville forte qui fut prise par Jean de Luxembourg en 1425, attaquée sans succès par les Impériaux en 1530, enlevée par HenrilV en 1593, et reprise par le comte d'Isembourg en 1636. — Ses fortifications furent rasées en 1637, et Ton y voit pourtant encore les ve>tiges d'une tour carrée et d'un fort.

Jlirson faisait anciennement partie de la Picardie, du diocèse de Laon, du parlement de Paris, de l'intendance de Soissons et de l'élection de Guise.

Histoibb de France. — Chroniques et Mémoires. — Histoire géné-

rale et dogmatique. — Collection* de textes et de documents.

Dans l'une de ces lettres éloquentes qui ont jeté tant de lumière sur les

Elus importantes périodes de notre istoire, M. Augustin Thierry a dit qu'aux époques malheureuses une nation éprouve toujours le besoin de reporter ses regards en arrière, et que la difficulté même des temps la rend

{dus curieuse d'apprendre quels furent a conduite et le caractère des hommes qui l'ont devancée sur la scène du monde. Cette réflexion s'applique avec une incontestable rigueur a l'époque où nous vivons, et les grands événements dans lesquels nos pères ont été acteurs, ont contribué plus puissamment sans doute que la simple curiosité au progrès et à la popularité des études historiques.

Quand le présent est agité, quand l'avenir est sombre, on a besoin des leçons du passé; et l'étude du passé, telle que l'a constituée la science moderne, n'est pas seulement un récit, c'est surtout un enseignement philosophique et politique qui renferme la science de l'avenir. Mais avant de s'élever à cette hauteur, l'histoire s'est traînée longtemps, dépourvue de lumière, au milieu des mensonges de la légende et des aridités de la chronique. Elle a eu, comme les générations dont elle raconte la vie, son enfance crédule, et il n'est pas sans intérêt ni sans profit de la prendre en France à son berceau, à ses origines même, et de la conduire à travers le moyen âge jusqu'au seuil de notre temps, en indiquant tout à la fois, du point de vue de l'exactitude bibliographique, les principaux monuments dans lesquels ont été consignés les souvenirs de la nation, et en appréciant, du point de vue critique, l'esprit général dans lequel ont été conçus, selon les temps, les écrits des historiens.

Il est un fait singulièrement triste et qui témoigne de la rapidité avec laquelle s'effacent les traces de l'homme; c'est le peu que nous savons sur la Gaule, ses habitants primitifs, sa langue et ses mœurs. Les souvenirs de la nation gauloise, conservés traditionnellement par les druides, se sont abîmés dans le naufrage de leur religion; et nous ne connaissons nos aïeux, dans

l'antiquité, que par les témoignages incomplets et souvent suspects des peuples" avec lesquels la guerre les a mis passagèrement en rapport. La géographie de la Gaule, ses limites, l'emplacement de ses villes sont souvent un mystère; et Pomponius-Mela, Pline, Strabon, Ptolêmée} Denis le Pêriégète, Mdrcien d'Hêraclee, Y Itinéraire &Antonin et la Table de Peutinger, qui forment les sources de notre géographie historique, ne peuvent suffire à la reconstituer d'une manière toujours satisfaisante, avec la certitude qu'on serait en droit de demander a la science. La plupart de ces géographes, d'ailleurs, ne connaissaient eux-mêmes la Gaule que comme une contrée lointaine, sauvage, et pour ainsi dire inexplorée; et ils en parlaient sans cette sympathie et cette curiosité vive qui, seules, excitent à la recherche et donnent l'exactitude; ils en parlaient comme pouvaient le faire des hommes civilisés et des vainqueurs, d'une terre de barbares et de vaincus.

Dans l'histoire militaire et politique des Gaulois , la même obscurité règne encore, et il faut chercher cette histoire dans celles des autres peuples. Les écrivains romains ne s'occupent des enfants de Brennus que dans ces moments terribles pour Rome, où le tumultus gallicus est proclamé, ou lorsqu'ils les rencontrent, comme alliés, dans les rangs de leurs ennemis. C'est ainsi qu'en ont parlé Tite-Live et Polybe. Les historiens grecs , à leur tour , ne leur donnent quelques souvenirs que lorsqu'ils les trouvent égarés par des migrations lointaines, dans la Grèce ou dans l'Asie. Un seul monument de l'antiquité : La guerre des Gaules de César, est exclusivement consacré à la patrie de Sacrovir et de Vercinçétorix ; mais qu'estce donc pour la vie tout entière d'un peuple qu'une période de dix ans? Et la vérité sur les vaincus est-elle impartiale et complète dans les écrits des vainqueurs ? Nous ne savons donc avec détail, delà nation gauloise, que sa défaite et ses derniers moments. Mais que de grands épisodes de cette lutte suprême nous sont sans doute cachés sans retour! César compte les morts, mais il né dit pas comment ils sont tombés, et

jamais peut-être la dureté du monde antique ne s'est montrée plus inflexible.

Le vainqueur d'Alise assiste aux funérailles de la Gaule , comme le peuple romain assistait aux jeux du cirque, et la mesure de la pitié du conquérant et de l'historien se révèle tout entière dans ces mots : « César a tué un million de Gaulois, et il en a vendu un million pour l'esclavage. »

Quand la conquête romaine eut soumis toute la Gaule, quand Rome eut admis les vaincus au rang de citoyens romains, il est à remarquer que les Gaulois , initiés à la culture littéraire des vainqueurs, restèrent complètement indifférents au passé de leur patrie, et qu'il ne se rencontra personne parmi eux pour raconter la défaite. Rome était le centre du vieux monde; tous les grands événements ne semblaient s'accomplir que par elle et pour elle, et les barbares n'eurent une histoire que du moment où le triomphe de l'invasion eut fait mentir les livres sibyllins qui promettaient à la ville Péteruité de l'empire.

§ 1. Chroniques et mémoires.

"Le plus ancien historien national que nous ayons c'est, on le sait, Gbbgoiiie de Toubs , le père de notre histoire.

Au milieu du chaos de la barbarie mérovingienne, Grégoire de Tours apparaît comme le dernier représentant de la civilisation romaine, en même temps qu'il se montre l'homme d'une époque et d'une foi nouvelle. On chercherait vainement dans les pages qui sont restées de lui les lumières de la critique, la discussion des faits, la préoccupation des causes. Mais en racontant l'histoire d'un temps où les derniers débris de l'ancien monde persistent encore, où la piété la plus vive n'exclut pas des crimes inouïs, le saint évéque a rencontré, par sa naïveté et sa barbarie même , une singulière puissance de terreur. Ses récits sont dramatigues , animés , et le titre de sa chronique : Histoire ecclésiastique des Francs , résume heureusement en trois mots toute la société d'alors; d'un côté le christianisme, de l'autre la conquête. Le premier livre de Grégoire de Tours commence, suivant l'usage du moyen âge , à la création, et s'arrête en l'en 397 de notre ère. Les

livres suivants s'étendent de cette date à l'an 591 ; et c'est là qu'il faut chercher tous les souvenirs que le temps a laissés parvenir jusqu'à nous de cette époque mérovingienne si remplie de faits singuliers, d'incidents bizarres ou tragiques.

L'abréviateur et continuateur de Grégoire de Tours, Frédégaire, qui vivait au milieu du septième siècle, a laissé des chroniques qui s'arrêtent en 641. Comme son devancier, il donne en commençant un abrégé de l'histoire universel le (lepuis le commencement du monde, et finit par le récit des événements accomplis de son vivant. Frédégaire est à peu près le seul historien du septième siècle ; mais pour la culture littéraire, pour l'habileté de la narration , il est déjà loin de Grégoire de Tours. On sent que la barbarie a fait des progrès , que les dernières lueurs de la civilisation romaine se sont éteintes. Malgré le christianisme, il reparaît dans Frédégaire quelque chose de la dureté antique. L'habitude de tous les désastres , le spectacle de tous les crimes a émoussé en lui la pitié , et il raconte sans s'émouvoir et sans blâmer.

La Vie de saint Léger écrite par un moine de Saint-Symphorien d'Autun , est à peu près le seul document historique propre à éclairer la seconde moitié du septième siècle. Ainsi que le remarque M. Guizot, à défaut de cette légende grossière mais pathétique encore, l'histoire des Mérovingiens, de 660 à 680 , serait tout à fait inintelligible.

Les grands événements du règne de Charlemagne, et l'homme supérieur qui a dominé ces événements, n'ont laissé par malheur dans nos annales que des souvenirs incomplets et vagues. C'est dans Éginhard qu'il faut chercher les renseignements les plus précis et les plus complets. Rginhard a écrit des Annales qui s'étendent de 741 à 829, et une rie de Charlemagne, qui porte à chaque phrase un caractère de vérité incontestable. Les Lettres de cet historien présentent également des détails fort curieux sur l'état social et les mœurs du neuvième siècle; mais la critique historique est toujours absente.

Deux écrivains contemporains de Louis le Débonnaire, Thégan, chorévêque de Trêves, et un anonyme connu

sous le nom de I'Astronome, nous ont laissé la Vie de ce roi. On trouve, au milieu d'un grand nombre d'erreurs chronologiques, des indications curieuses sur le caractère du monarque; mais c'est surtout dans le poëme d Ermold Lenoir, Faits et gestes de Louis le Pieux, qu'il faut chercher sur ce règne, sur les mœurs et l'état général de la société de ce temps, les détails les plus circonstanciés. Ërmold ne s'occupe point des grands événements; mais sa poésie, à défaut de verve et d'inspiration, offre un tableau intéressant des grandes réunions du champ de mai, des fêtes de la cour, des chasses royales, de toutes les choses enûn qui ressuscitent pour ainsi dire les générations mortes dans leur physionomie native.

Nithard, petit-fils de Charlemagne, écrivit, à la sollicitation de Charles le Chauve, V Histoire des dissensions des fds de Louis le Débonnaire; mais le courage lui manqua pour achever son œuvre, et il l'interrompit par la tristesse que lui causait le récit de tant de malheurs. Nithard a, sur les historiens contemporains, une incontestable supériorité; il est méthodique, spirituel, et il cherche toujours à remonter de l'événement à la cause.

On trouve, pour l'histoire du neuvième siècle, les Annales de Metz, qui n'offrent qu'un intérêt secondaire; les Annales de Saint-Berlin, qui s'étendent de 741 à 882, et le poëme d'ABbon sur le siège de Paris. Les Aunales de Saint-Bertin sont confuses; mais elles offrent un tableau fidèle des désastres de l'invasion normande. Le poëme d'Abbon présente une relation détaillée du siège de Paris. L'auteur raconte froidement; son récit est souvent obscur, mais il a du moins le mérite de l'exactitude.

V Histoire de Vèglise de Reims, de Fbodoard, où l'on trouve beaucoup de lettres et de pièces, et la Chronique du même auteur, qui s'étend de 919 à 966, sont sans contredit les ouvrages les plus curieux du dixième siècle.

C'est là qu'il faut chercher la plupart des souvenirs qui se rattachent a Charles le Simple, a Louis d'outre-mer, et à une partie du règne de son fils Lo-

thaire. Des narrations gracieuses et naïves s'y mêlent aux croyances nationales, aux miracles, à d'innombrables aventures religieuses. C'est de l'histoire telle qu'on pouvait l'attendre d'un siècle barbare.

Raoul Glabeb, dans sa Chronique; Helgaud, dans la Vie du roi Robert, et le Poézwed'ADALBÉRON offrent, pour l'histoire du onzième siècle, les sources les plus certaines. Raoul Glaber embrasse, dans son récit, la France et « les quatre parties du monde. »

C'est ainsi qu'on désignait alors l'empire romain ; et tout en mêlant la métaphysique à l'histoire, la poésie à la prose, il donne sur les Capétiens des détails qu'on chercherait vainement ailleurs. La Vie de Robert, par Helgaud, est moins une histoire qu'un panégyrique, et l'obscurité du Poème d'Adalbéron a désespéré les érudits les plus habiles.

Le grand mouvement communal du douzième siècle est retracé avec intérêt, mais du point de vue des luttes locales , dans Y Histoire du monastère de Vêzelai, par Hcgues de Poitiers (1140 à 1167), et dans la Fie de Guibert, abbé de Nogent-sur-Seine , qui ressemble plutôt dans certaines parties aux rêves d'un mystique malade qu'à l'autobiographie d'un historien. On trouve encore quelques renseignements dans les Œuvres d' llildebert > évêque du Mans; mais l'œuvre vraiment importante de cette époque est sans aucun doute la Vie de Louis le Gros, par Sucer. L'abbé de Saint-Denis avait influé directement comme ministre sur les destinées de la France , et , en racontant des événements dont il avait pu surprendre le secret à leur source même, il s'est montré quelquefois historien habile, comme il s'était montré homme supérieur dans la pratique des affaires. Quant à la Vie de Ijouis le Jeune, qu'on lui a faussement attribuée, elle est tout à fait indigne de lui.

Les histoires des croisades , et surtout des premières expéditions , sont nombreuses et détaillées. Nous nous bornerons à citer Gutrert de Nogent, Guillaume de Tyr, Bernard le Trésorier, son continuateur, Albert d'Aix, Raymond d'Agiles,

Jacques de Vitby, Raoul de Caen, Robebt le Moine, Foulcheb de Chabtrbs, et la Vie de saint Bernard, écrite par deux abbés et un moine qui avait été secrétaire du saint. Guillaume de Tyr a mérité le nom de prince des historiens des croisades. Il est exact, véridique, instruit en histoire et en géographie, chose rare au moyen âge, où les habiles plaçaient Rome au nord de Paris , et Hugues de Saint- Victor, la Grèce où il fait toujours froid, dans le voisinage du pôle. Guillaume de Tyr se préoccupe des moeurs , ne se dissimulant ni les vices ni les fautes des croisés, lors même qu'il s'agit des princes de l'Église, et il les suit avec une sympathie toujours vive, à travers leurs triomphes ou leurs revers ; mais sans penser jamais que la sainteté de la cause soit compromise par les fautes , ou le succès rendu impossible par les désastres. Son continuateur Bernard, qui est loin de son mérite, n'a laissé qu'une narration confuse et pleine d'erreurs, mais abondante encore en détails curieux sur les affaires du royaume de Jérusalem et les relations des chrétiens avec les musulmans, dont il avoue la supériorité. — Albert d'Aix, qui s'arrête en 1120, n'avait point visité la terre sainte; mais il suivait avec enthousiasme les pas de ceux qui , plus aventureux, s'étaient jetés dans les migrations lointaines. Il recueillit avec soin, à leur retour, les souvenirs et les récits, et, en les reproduisant avec exactitude, il nous fait assister pour ainsi dire aux conversations des pèlerins qui arrivent de la 'terre sainte , et qui racontent ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont souffert.— Raymond d'Agiles avait vu de ses propres yeux ; il était chanoine du Puy en Vêlai lorsque Urbain II vint prêcher la croisade à Clermont. Le comte de Toulouse s'était armé pour la guerre sainte ; Raymond se fit le chroniqueur de son prince et des croisés de sa suite , et les visions, les pressentiments , les miracles qui se trouvent mêlés dans son récit sont la peinture fidèle de la disposition d'es-

f>rit où se trouvaient les hommes mêés à ces grandes aventures. — Jacques de Vitrv, qui fut évêque de Saint- Jean d'Acre* et mourut en 1244, après

avoir pris aux affaires de la Palestine une part active, est moins un historien qu'un voyageur qui s'applique à faire connaître tout ce qu'un long séjour en Orient lui a révélé de cette contrée. — Raoul de Caen , qui passa en Syrie en 1107 , et fut attaché a Tancrède dont il s'intitule le serviteur, a consacré sa plume à raconter les exploits de ce chevalier célèbre. — Quant à la chronique de Foulcher de Chartres , qui fut chapelain de Baudouin 1er, roi de Jérusalem, c'est moins une histoire composée eu vue de la postérité qu'un journal adressé aux chrétiens restés en Occident pour les instruire des faits et gestes de leurs frères.

La vie de saint Bernard , composée par deux abbés et un moine contemporain, mérite une attention particulière.

Là sont consignés les détails les plus précis qui nous restent sur cet abbé de Clairvaux , qui fut la plus grande intelligence de son temps. C'est aussi dans les œuvres de cet homme illustre qu'il faut chercher, ce qu'on a trop négligé jusqu'aujourd'hui, des révélations sur les motifs qui l'avaient porté à prêcher la croisade *, sur cette parole puissante qui entraînait les maris et les enfants loin de leurs femmes et de leurs mères, et ne laissait sur la terre de France que des veuves dont les époux étaient vivants ; sur les regrets qui troublèrent les derniers jours du saint quand les crimes et l'imprévovance des croisés eurent amené de terribles désastres qui trahirent toutes les espérances de sa foi. Jamais du reste, à aucune époque du moyen âge, faction immédiate et directe de Dieu dans les choses humaines n'a été proclamée plus haut par les historiens. Quand le pape Urbain appelle à la guerre sainte, c'est que Dieu veut la guerre. « Quand les infi- « dèles , comme le dit saint Bernard, « dépeuplaient par le glaive la terre bé- « nie , la terre de promission où le « Dieu qui est la vie des hommes s'est « endormi dans la mort; quand le saint « des saints était livré aux chiens , « quand les jours de l'opprobre éternel « se levaient pour les générations mau- « vaises , on pensait dans la chrétienté « que le bras de Dieu s'était raccourci;

« Dieu cependant pouvait sur un signe « envoyer douze légions d'ançes pour « délivrer sa terre ; il le pouvait , mais « il ne l'a pas voulu , parce qu'il vou- « lait savoir s'il y avait encore parmi « les hommes des hommes sensibles à

« ses douleurs Et quand les fils de

« l'Église, quand ceux qui se glori- « fiaient du nom de chrétiens et qui « étaient partis pour délivrer le temple, « tombèrent dans le désert percés par « l'épée et consumés par la faim , c'est « qu'ils s'étaient égarés dans les voiesde « ténèbres et que Dieu avait répandu « son mépris sur eux. » — Quand le doigt divin est ainsi partout, ne semble-t-il pas que la libre activité de l'homme soit anéantie ? On le croirait, puisqu'il reparaît dans les inflexibles doctrines providentielles des historiens de la croisade quelque chose du fatalisme des écrivains antiques ou des historiens musulmans.

Ce n'était pas seulement sur la terre profanée par les infidèles que les pèlerins armés de ces mystiques époques allaient conquérir les palmes du martyre; ils croyaient les conquérir encore sur le sol de la chrétienté en combattant l'hérésie des Albigeois , et cette guerre cruelle devait avoir aussi ses historiens passionnés. Tous ceux qui se sont occupés du passé connaissent, au moins de nom , Pierbb de Vaulx-Cbrnay et Guillaume de Puy-Laubens. La chronique de ce dernier remonte aux premiers temps de l'hérésie albigeoise, et s'arrête en 1272. Elle est empreinte d'une haine très-vive contre les hérétiques , et ce même reproche peut s'adresser encore à Pierre de Vaulx-Cernay. Témoin et acteur de l'un des plus tragiques événements du treizième siècle, Pierre a mis dans son récit une verve de passion qui manque à la plupart des chroniqueurs. Citons encore {'Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois ? écrite en vers provençaux par un poète contemporain, et dont le principal mérite est, sans aucun doute, d'avoir fourni à M. Fauriel l'occasion du beau travail qui sert d'introduction à cette histoire, dans la collection des Documents inédits publiés par ordre du ministre de l'instruction publique.

Philippe- Auguste, Louis VIII et Philippe le Bel ont trouvé dans Rigord, Guillaume le Breton, Nicolas de Beay et Guillaume de Nangis, des historiens et des biographes poétiques curieux de leurs faits et gestes , et fort exacts à les enregistrer. Riçord , dans la Vie de Philippe- Auguste, s'est donné plus de peine qu'on ne s'en donnait en général de son temps pour réunir des matériaux, vérifler les faits , et colorer son œuvre d'un certain vernis littéraire. Guillaume Je Breton continua Rigord dans le poëmedela Philippide, et c'est encore en vers que Nicolas de Bray célébra les Faits et gestes de Louis VIII. Quant à Guillaume de Nangis, sa chronique , qui remonte au commencement , du monde , ne devient un ouvrage ori-

§inal qu'à dater de 1 1 13 ; mais , à partir e cette époque , elle présente une grande quantité de faits recueillis avec un soin extrême , et c'est le document le plus exact et le plus complet qui nous reste sur les seize années comprises entre 1285 et 1301.

Dans la période qui nous occupe , la Normandie compte plusieurs historiens particuliers qu'il faut mettre, par l'importance des souvenirs de cette province, au premier rang de nos chroniqueurs. Ce sont : Rorert Wacb , auteur du Roman de Rou et des ducs de Normandie. Cet ouvrage est aussi remarquable sous le rapport littéraire que sous le rapport historique. Il présente le tableau des invasions des Normands et de la vie de leurs ducs, depuis Rollon jusqu'à Henri I'r, et ce tableau est beaucoup plus exact que ne semble le promettre le titre de roman , ou la forme métrique adoptée par Wace ; Ordéeic Vital, narrateur sans art , sans méthode, mais honnête et naïf , simple et crédule , mais indépendant et sincère, et qui nous a transmis les renseignements les plus précieux sur l'histoire des onzième et douzième siècles , sur l'état civil, politique et religieux de la société en Occident , et sur les mœurs du clergé , de la noblesse et du peuple. Cest encore Guillaume de Jumiéges qui sait donner à son récit un air de vie et un cachet de vérité qui attache , et l'historien de Guillaume le Conquérant, Guillaume db Poitiers, l'un des

plus distingués de nos anciens chroniqueurs, en ce qu'il sait démêler les causes des événements et le caractère des acteurs.

Il faut noter ici la révolution qui s'accomplit alors dans l'histoire. Elle se sécularise en quelque sorte ; et , en adoptant la langue vulgaire, elle devient accessible à tous. Sa première forme, dans cet idiome nouveau, et qui bégaye encore, est la forme poétique ; mais, par son instrument même , elle tend à se confondre avec les romans dans lesquels se sont transfigurés Arthur et Charlemagne. Cependant, elle se dégage vite de ses embarras métriques, et , avec Villehardouin , elle s'élève par le draine du récit jusqu'à la hauteur de l'ancienne histoire.

. Villehardouin, qui nous a laissé V Histoire de la conquête de Constantinople (1199 à 1207), est un" écrivain naïf qui trouve sa grandeur dans son héroïsme chevaleresque; il s'inquiète peu des causes et des effets , mais beaucoup des coups de lance. Il quitte sa plume pour son épée, dit ce qu il a vu , loue, chose toujours rare , ce qu'ont fait de grand ceux qui vivaient autour de lui , et, comme l'a dit un de ses biographes, rien ne représente mieux que son langage la nation française du treizième siècle. Mœurs guerrières , mœurs politiques, mœurs de famille , tout s'y retrouve.

Les chroniques de Villehardouin ont été continuées par Henri de Valewcibnnes, dont les Mémoires contiennent de curieux détails sur la fondation de l'empire latin de Constantinople. La narration de cet écrivain a de la netteté et de la couleur ; l'importance et la nouveauté des faits qu'il raconte prêtent à son récit un intérêt véritable ; mais ce récit est incomplet ; la dernière partie manque , et , selon toute apparence, elle s'étendait jusqu'à l'année

Le règne de saint Louis , à la fois si triste et si glorieux, la vie de ce roi qui fut un saint pour l'Église , un héros pour la chevalerie, et qui , avec Marc- Aurèle, est peut-être le seul, de tous les hommes qui ont occupé le trône , qui ait pris la règle du devoir pour base de sa conduite ; cette noble vie , disonsnous, par suite de l'admiration même

qu'elle a inspirée, a trouvé des historiens nombreux et fidèles. Joiiv ville est au premier rang. Guillaume de ISangis, dans les Faits et gestes de Louis IX, se préoccupe à peu près exclusivement de retracer les vertus religieuses du monarque. Le confesseur de la reine Marguerite, qui se proposait de tracer la très-digne vie du très-excellent roi, au lieu de la vie d'un roi n'a donné, pour ainsi dire , que la vie d'un saint. Mais Joinville, qui s'élève, comme historien, bien au-dessus de ses contemporains , a laissé un monument durable dans son Histoire de saint Louis , non pas seulement au point de vue de cet intérêt toujours vivant qui s'attache au récit des grands événements , à la mémoire des nommés supérieurs , quand on retrouve dans leurs biographes 1 < motion des passionsTcontemporaines|: Joinville est avant tout un historien naïf, qui rapporte les faits comme ils se présentent à sa mémoire, comme ils se sont accomplis sous ses yeux. Ses paroles 6ont empreintes d'une bonne foi qui ne laisse dans l'esprit du lecteur aucune place nu doute. 11 avait vécu dans l'intimité de saint Louis ; il avait surpris, dans ses moindres détails , tous les secrets de cette vie héroïque et pieuse, et c'est là , avec l'animation et la naïveté du style, ce qui fait le prix de son livre.

Le règne de Charles V, qui tient dans notre histoire une si grande place par la lutte avec les Anglais, et, ce qui a été trop peu remarqué jusqu'ici, parla création d'une administration régulière et de notables réformes, n'a laissé qu'un petit nombre de monuments à peu près contemporains. jNous citerons la Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvélier , récemment publiée dans la collection des Documents inédite, et le livre des Faits et bonnes tueurs {sic) du sage roi Charles F, par Christine de Pisan. Christine, Italienne d'origine, et qui a marqué, on le sait, d'une manière distincte et notable dans le mouvement littéraire du quinzième siècle, voulut payer l'hospitalité que Charles V avait donnée à son père, en écrivant la vie de ce roi ; mais par malheur elle s'est beaucoup moins occupée de recueillir les faits que de donner des

conseils au prince qui devait par la suite monter sur le trône de France.

Heureusement Froissart, qui passait sa vie à courir les villes a pour entendre et ouïr des nouvelles, » s'est chargé de ramasser en détail le récit des exploits, des désastres, des crimes, des incendies et des massacres qui forment, par malheur, le fond constant de l'histoire du moyen âge. Souvent incorrect, et surtout incomplet, Froissart se laisse aller à tous les hasards de ses souvenirs ; mais , en racontant simplement et sans recherche ce qu'il a vu et entendu, en se promenant par tous les sentiers, si petits qu'ils soient, il fait faire à ses lecteurs une longue route, où les horizons changent sans cesse ; et son récit a tout le charme de la conversation, tout l'intérêt d'un roman de chevalerie, semé d'expressions vives et heureuses, et toute la vérité de l'histoire. Ce récit commence en 1325 , et finit en 1400. Par malheur, Froissart ne s'est pas toujours montré Adèle au même parti, et il paraîtrait qu'il aurait lui-même, selon les occurrences, rédigé des variantes. C'est là, du reste, un procédé (jui est également familier à quelques écrivains modernes.

L'histoire de Charles VI , de 1380 à 1422, a été écrite par Jean Juvénal des Ubsins , archevêque de Reims.

Juvénal est encore crédule , comme on l'était aux époques les plus naïves du moyen âge ; mais il est impartial , et son opinion peut servir de contre-poids aux exagérations de Froissart et de Monstrelet, toujours disposés à pencher pour le parti bourguignon. Sa chronique abonde en faits curieux, qu'on chercherait vainement dans d'autres documents contemporains, et son récit est empreint d'une certaine tristesse qui laisse deviner, beaucoup mieux que ne le pourraient faire des phrases ambitieuses, toutes les misères qui pesaient sur le pays.

Pierre de Fenin et le Religieux anonyme de Saint - Denis doiveot aussi être consultés pour l'histoire de cette époque. Le Religieux de Saint- Denis était initié aux affaires de son temps, et il représente l'opinion des hommes graves de l'université , de la magistrature et de la riche bourgeoi-

sie. C'est là un de ses principaux mérites. Pierre de Fenin , écuyer et panetier de Charles VI , était, "par sa position auprès de ce roi , en mesure de bien voir les choses. Ses Mémoires s'étendent de 1407 à 1427; mais, au milieu des partis qui divisaient le royaume, il se trouve comme égaré , et ne sait sous quelle bannière se ranger. Il est timide et circonspect à l'excès , et s'arrête plus volontiers sur le récit de petits combats que sur les secrets de la politique.

Monstrelet forme , pour les premières années du quinzième siècle, le synchronisme de Pierre de Fenin; mais sa chronique se prolonge jusqu'en 1453.

Il se distingue des écrivains de son temps par le soin qu'il apporte à produire des pièces justificatives à l'appui de sa narration. 11 semble s'être proposé pour but principal de conserver avec détail la mémoire des guerres qui désolaient alors la France. La multitude des faits qu'il enregistre lui donne une grande valeur ; mais il est pesant, diffus, monotone, et Rabeluis, qui se connaissait en style, lui reproche d'être baveux comme un pot à moutarde.

Olivier de la Marche, Jacques Duclerc , Philippe de Comines et Jean de Troyes ont recueilli dans leurs Mémoires les événements qui se sont accomplis en France dans la dernière moitié du quinzième siècle. Olivier de la Marche était Bourguignon , et ce qui le préoccupe avant tout , c'est la gloire et les intérêts des princes de son parti. L'histoire militaire et la politique n'ont à ses yeux qu'une importance secondaire, et quand la chevalerie va finir, il s'attache avec passion à décrire les tournois , les pas d'armes.

Jacques Duclerc se place à un point de vue tout différent : sa curiosité se tourne vers les classes moyennes, et ses Mémoires présentent des détails curieux sur les persécutions auxquelles furent en butte les Vaudois, qui appartenaient tous à la partie la plus souffrante et la plus pauvre du peuple. Jean de Troyes, greffier de l'hôtel de viK« de Paris, n'a laissé transpirer que très-peu de chose de la politique de Louis XI.

Son livre est moins une histoire qu'un recueil anecdotique dans le genre de

Tallemant des Réaux, moins l'ironie et la verve; et l'on y retrouve, pour le tableau des mœurs , de curieux renseignements. Mais l'historien qui domine dans cette période, c'est sans contredit Philippe de Comines.

Éminemment remarquable comme écrivain, Comines ne soupçonnait guère la philosophie de l'histoire. Dans la première partie de ses écrits tout s'accomplit par Louis XI et pour Louis XI, et ses seuls sentiments sont l'admiration et le respect. Dans la seconde partie , au contraire , qui concerne particulièrement Charles VIII, Comines, qui jusque-là ne s'était occupé que du roi , s'occupe de la Providence , et rencontre à chaque instant le doigt de Dieu. Il en revient même aux miracles. C'était du reste un homme pratique et de bon conseil, et qui se montra dans son livre plus moral que dans sa conduite. Notons encore pour mémoire vers le même temps, Jean Lefèvre de Saint-Rem i, dit Toison d'Ofi , J. Molinet et Mathieu de Coucy.

Pendant le seizième siècle, les mémoires abondent. Tous les hommes qui prennent part aux affaires dans cette époque, agitée par tant de luttes et tant de passions diverses, sont à la fois pour la plupart des hommes de plume et d'épée. Ils font la guerre, se mêlent aux intrigues politiques, écrivent leurs Commentaires , les uns pour justifier leurs actions aux yeux de leurs contemporains , les autres par vanité glorieuse pour en conserver Ja mémoire auprès de la postérité. Nous citerons au premier rang de ces Commentaires, les Journaux de François de Lorraine, duc d'Aumale et de'Guise (1547-1563); les Mémoires du phince de Condé , qui comprennent les choses mémorables jaites et passées pour lefaictde la religion en estât de ce royaume , depuis la mort du roi Henri II jusqu'en Vannée 1G64; les Commentaires de Blaise de Montluc , dont la véracité ne saurait être contestée , bien que l'auteur laisse échapper çà et là de singulières bouffées de vanité gasconne. Le style de Montluc est quelquefois éloquent, toujours vif. Ses Commentaires sont précieux à consulter pour l'histoire des opérations de guerre et la science stra-

tégique au seizième siècle. Henri XV les appelait la Bible des soldats.

Fleur ange nous a transmis sur Louis XII et François Ier des Mémoires intéressants, empreints d'un patriotisme sincère. Guillaume et Martin du Bellay (1512 à 1547) laissent peu de chose à désirer pour l'histoire des événements militaires ; mais quand ils touchent à la politique , on peut leur reprocher de sacrifier toujours, et comme par un parti pris d'avance, Charles- Quint à François I'r. Citons encore Antoine du Puget, soldat accoutumé à vivre au milieu des désastres de la guerre civile, et qui a traité des Troublés de religion dans le midi de la France, de 1561 à 1597 ; François de Rabutin ( 1551 à 1558), oui raconte bien, décrit avec exactitude, admire avec enthousiasme quand il rencontre une belle action, se montre sévère pour toutes les injustices, et plein de pitié pour toutes les infortunes; Gaspard de Saulx Tavannes , ligueur et partisan des Guises, qui justifie la Saint-Barthélémy , attaque la loi salique et rappelle les droits rte la maison de Lorraine au trône de France, en vertu de la descendance de Charlemagne ; Guillaume de Saulx Tavannes , dont les Mémoires, écrits avec sagesse et impartialité, ont pour objet principal le récit des guerres de la ligue dans le duché de Bourgogne ; Michel de Castelnau (1559 à 1570), qui s'attache à la politique plus qu'à la guerre , et qui , par la part active qu'il avait prise aux affaires les plus importantes de son temps , était en mesure d'en surprendre les causes secrètes et de les expliquer ; François de la Noue, du parti des politiques, que Henri IV appelait un grand homme de guerre et un grand homme de bien, et qui se montra, comme tous les cens de bien et les âmes fortes , impartial et calme en face des événements et des passions.

I) est au seizième siècle un écrivain qui s'isole des rédacteurs de Mémoires par sa verve cynique et la tournure originale de son esprit : c'est Brantôme, fauteur des / ies des hommes illustres et grands capitaines français, plus connu , du reste , comme annaliste du scandale et comme biographe des Femmes galantes. Brantôme se sou-

ciait fort peu , à ce qu'il paraît , de l'influence ou de la gloire que peuvent donner la politique et les hauts emplois.

Son nom ne se trouve mêlé à aucun événement notable. Il se contenta du rôle de courtisan observateur, et il employa toute l'activité de son esprit à raconter les choses parfois étranges dont il avait été le témoin. Très-faiblement renseigné sur la morale, et aussi indifférent sur * l'honneur des femmes qu'elles l'étaient elles-mêmes de son temps , il ne blâme rien chez les grands, mais il dit tout avec franchise, leurs vices, leurs crimes même, parce qu'il ne distingue pas toujours très - sûrement s'ils ont m'en ou mal fait. Brantôme , comme Rabelais , aura toujours des lecteurs.

Les Mémoires malheureusement trop courts de Charles de Valois , grand prieur de France et duc d' Angouléme, ne contiennent que le récit de deux événements, l'assassinat de Henri III et le combat d'Arqués, et ils attestent, par la correction et l'élégance du style, les notables progrès de la langue. Nicolas de Neuville , seigneur de Villeroi , a laissé un recueil de pièces et deux Apologies qui font parfaitement comprendre les événements qui mirent fin aux troubles du seizième siècle. Villeroi, qui avait été secrétaire des commandements de Charles IX, Henri lit, Henri IV et Louis XIII , appartenait au tiers parti. Il se montre, dans ses écrits, fidèle au sentiment national et au catholicisme. Le Journal de Pierre Lestoile et la Chronologie novenaire de Palm a Cayet , les Négociations du président Jeannin et les Mémoires de Sully complètent cette série de documents, écrits sous l'impression même des événements contemporains, par des hommes qui avaient été acteurs ou spectateurs passionnés dans ces événements.

La Chronologie novenaire comprend l'histoire des guerres de Henri IV , depuis l'an 1589 jusqu'à la paix de Vervins, en 1598. On y rencontre une multitude de faits qui avaient échappé aux autres historiens. Pierre de Lestoile , conseiller du roi , bon Français , trèsattaché au parlement , sujet dévoué et grand ennemi de la ligue, a relevé dans son Journal tous les faits qui- se passaient à Paris. C'est un des livres les

plus curieux qui se puissent lire. Le président Jeannin s'était jeté dans la ligue, mais avec l'intention de sauver l'htat. Ses Négociations sont regardées comme le meilleur modèle à suivre pour les hommes mêlés à l'activité des affaires politiques. Elles ont servi d'instruction au cardinal de Richelieu, qui les lisait tous les jours dans sa retraite d'Avignon. Quant aux Mémoires de Sully, ils occupent une place tout à fait à part , et sont dignes au grand ministre qui les a écrits.

La révolution qui s'était accomplie dans la société tout entière, s'était également accomplie pendant le cours du seizième siècle dans la manière d'écrire l'histoire. Les chroniqueurs du moyen âge ne sont que des narrateurs. Ils racontent les faits sans les discuter , et le plus souvent avec une froideur singulière. Au seizième siècle , au contraire, les auteurs de Mémoires n'écrivent pas seulement pour instruire la postérité des affaires de leur temps, mais pour défendre leurs causes; ils mettent ainsi l'histoire au service de la politique. Jamais la liberté d'écrire et les hardiesses de la pensée n'ont été poussées plus loin. Le caractère de l'époque, ce caractère à la fois triste et frondeur, sceptique et passionné, se retrouve tout entier dans les livres. Mais les traditions du moyen âge y reparaissent encore çà et là. Ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer ailleurs , les vieilles maladies de l'esprit humain, passées à l'état chronique, ne pouvaient se guérir en un jour. Les écrivains du seizième siècle, vieillards désabusés, semblaient n'avoir gardé leur foi que pour les contes de leurs nourrices , et, comme l'a dit Voltaire , « tous les Mémoires de ce temps-là, à commencer par l'histoire du président de Thou , sont remplis de prédictions. Le grave et sévère Sully rapporte sérieusement celles qui furent faites à Henri IV. » Outre les Mémoires que nous venons de citer, il est indispensable d'étudier, pour connaître à fond cette époque, les pamphlets et les sermons.

Au premier rang des sources contemporaines qu'il importe de consulter pour l'histoire de la régence de Marie de Médicis et du règne de Louis XIII ,

nous citerons : les Mémoires de Fou*tenay-Marbuil, de Rassompibbrb, de Pontch artrain , du duc de Ro-

H AN , du MARÉCHAL D'ESTRBBS , de

Pontis et de Richelieu. Fontenay- Mareuil aime, admire et défend Richelieu. Rasspm pierre , qui remonte jusqu'à Henri IV , sème son récit d'anecdotes piquantes , et se console des ennuis d un séjour forcé à la Bastille, par les libertés de l'esprit et les agréments de la chronique scandaleuse. Pontchartrain, qui savait à fond les affaires sous la régence de Marie de Médieis, les raconte avec simplicité , bienveillance et bonne foi. Il n en est pas de même du duc de Rohan, observateur habile, politique profond , écrivain énergique, qui laisse échapper souvent dans ses récits les traces de la partialité la plus irréfléchie. Pontis, qui avait commencé par être soldat sous Henri IV, et qui mourut solitaire à Port-Royal, a su donner à ses Mémoires le charme du roman et l'intérêt sérieux de l'histoire. Quant aux Mémoires du cardinal de Richelieu, on y sent les inspirations de Boisrobert et de Colletet , certaines velléités de rhéteur et de théologien, mais on y rencontre des faits curieux et des portraits tracés d'une main ferme.

Les Mémoires relatifs au siècle de Louis XIV nous paraissent devoir occuper une place plus élevée que celle

2ui leur a été assignée jusqu'à ce jour, es Mémoires sont nombreux, et l'on y retrouve souvent, auprès de la curiosité historique, toute la supériorité littéraire des écrivains de cette époque. Le tableau de la cour de France pendant la minorité du roi a trouvé dans la duchesse de Nemours et madame db VfOTTEViLLE deux peintres fidèles, qui I oignent toutes les grâces de l'esprit à ' a finesse de l'observation. La malignité dans les portraits de la duchesse de Nemours n'exclut pas la ressemblance , de même que chez madame de Mo'teville ,

3ui avait entrepris d'écrire l'histoire 'Anne d'Autriche par un sentiment de reconnaissance, la naïveté n'exclut point la finesse. Madame de Motteville a donné mieux que personne des détails positifs et vrais sur les ressorts secrets qui ont feit agir la cour pendant

les troubles de la Fronde. Cette période célèbre de notre histoire a été traitée avec un égal intérêt par le cardinal de Retz. « Ses Mémoires, dit Voltaire, sont écrits avec un air de grandeur, une impartialité de génie et une inégalité qui sont l'image de sa conduite. » Le style en est vif et serré, et cette hardie confession d'une vie de désordres et d'intrigues fit une impression profonde sur les lecteurs contemporains. Guy JoLY,qui avait été acteur dans la Fronde, fait suite au cardinal de Retz. Ses témoignages sont utiles à étudier. Le comte de Bbienne , ministre et secrétaire d'État, a raconté avec une grande exactitude les événements marquants de la première moitié du règne de Louis XIV , et c'est ainsi que le passé du dix-septième siècle revit tout entier par les grandes et petites choses; car chaque écrivain prend tour à tour son personnage , son événement.

Le comte de la Châtre retrace les mêmes intrigues de cour pendant les premières années de la régence d'Anne d'Autriche; mademoiselle de Montpensier raconte dans leurs moindres replis la vie des princes (1636-1686).

Pierre Le.net s'attache au grand Condé et le suit pas à pas depuis sa naissance jusqu'en 1659. Montglat s'occupe de la guerre entre la France et l'Autriche, de 1635 à 1660; la Rochefoucauld, le célèbre auteur des Maximes, des hommes de tous les caractères et de tous les partis avec lesquels la guerre civile l'avait mis en relation.

Les Mémoires de la Rochefoucauld ont un grand air de sincérité; Bayle les mettait au-dessus des Commentaires de César; mais ce jugement n'a point été confirmé. Gourville, qui avait été employé par la cour de 1642 à 1698, dit tout ce qu'il sait et ne dissimule rien , ni le bien ni le mal , soit qu'il s'agisse de lui , soit qu'il s'agisse des autres; madame de Grignan trouvait ces Mémoires charmants, écrits avec un naturel admirable. Quelque indulgent qu'on soit, on ne saurait porter le même jugement sur Omer Talon et I'abbé de Choisy. Omer Talon a, il est vrai , un certain esprit de vérité et de justice. Il enregistre avec exactitude les faits historiques, mais il abuse outre

mesure de la patience de ses lecteurs, en les égarant sans cesse dans un dédale de matériaux entassés sans art. L'abbé de Choisy, que la Bruyère appelait abbé cauteleux, doucereux et mystérieux , n'offre pas plus d'intérêt , et cela se conçoit; il parle de lui jusqu'au déboire. Le sentiment fastidieux de la personnalité domine également dans les Mémoires du maréchal du Plessis, qui écrit avec un soin minutieux l'histoire des9divers emplois qu'il a remplis, et ne cesse de parler de lui qu'au moment même où il est près de mourir.

Malgré cela, ses souvenirs sont intéressants pour l'histoire de l'art militaire et les cabales de cour. Rappelons encore, pour l'anecdote et les détails particuliers, les Mémoires de madame de la Fayette sur la cour de France pendant les années 1688 et 1689 , et les souvenirs de madame de Caylus, si curieux et si complets, bien qu'ils ne forment qu'un livre inachevé; pour l'histoire des négociations , qui vont depuis la paix de Rvswick jusqu'à la paix d'Litrecht, les Mémoires du marquis de Torcy, qui avait plus que personne le droit d'exposer ces négociations auxquelles il avait eu la plus grande part ; et pour l'histoire militaire les Mémoires de Turenne, qui présentent un haut intérêt , et où les plus grandes choses sont racontées avec simplicité (1643- 1649); ceux du maréchal de Berwick, qui comprennent, avec le récit des guerres , de précieuses indications sur la politique; du maréchal de Villars, dont Saint-Simon contestait l'exactitude , dont on ne saurait contester la jactance , et que Voltaire a si bien peint d'un trait :

L'heureux Villors , fanfaron plein de cœur.

Les souvenirs du comte de Forbin, de Duguay-Trouin et du maréchal de No ailles, qui ont été postérieurement rédigés par l'abbé Millot , d'après des documents authentiques, doivent être cités en première ligne des sources les plus importantes de l'histoire militaire de Louis XIV.

Mais parmi les rédacteurs de Mémoires du dix-septième siècle, personne ne fut plus en état que le duc de Saint- Simon de bien voir et de bien juger.

ét de surprendre au milieu du chaos des intrigues tout le manège des courtisans. Ses tableaux sont vrais, et il excelle surtout dans les portraits ; il s'est même dans ce genre élevé à la hauteur des plus grands historiens de l'antiquité. Il ne ménage rien , mais il charge quelquefois les couleurs, et lorsquvi!

aborde l'histoire des scandales, le cynisme de ses récits va souvent jusqu'à l'obscénité. Ce n'est qu'à dater de la publication de ses Mémoires que la cour de Louis XIV et celle du régent ont été bien connues. Malgré quelques embarras de style et des détails oiseux qui tiennent surtout aux préjugés aristocratiques du temps , le duc de Saint- Simon peut être considéré^ comme un des premiers écrivains de son siècle.

La plupart des auteurs de Mémoires du siècle de Louis XIV se sont montrés, en écrivant l'histoire de ce roi, ses admirateurs passionnés. Cependant les traditions de l'esprit satirique de la Fronde, qui avait produit tant de pamphlets, ne s'étaient point perdues tout entières au milieu de l'enthousiasme monarchique. Il y avait bien des choses à blâmer dans le grand siècle, et le blâme se produisit par voie d'allusions détournées dans une foule de pièces qui forment l'appendice nécessaire des souvenirs historiques de cette époque. Nous rappellerons parmi les plus curieux de ces pamphlets, le Recueil de pièces pour servir d'ornement à l'histoire de Louis XIV; les Pensées morales de ce roi ; la Confession réciproque; le Conseil privé assemblé pour les impôts; les Soupirs de la France esclave gui aspire après sa liberté; le Partage du lion de la fable vérifié par le roi, etc. y etc.

Les Mémoires secrets de Dtjclos sur Louis XIV et sur Louis XV forment pour ainsi dire la liaison des deux règnes. C'est un amas d'anecdotes vraies ou fausses , sérieuses ou frivoles, licencieuses jusqu'à la saleté. Duclos ne s'y montre nulle part historien. Dans la triste période de la régence , et sous le règne plus triste encore de Louis XV, la corruption des mœurs publiques envahit jusqu'à l'histoire. C'est pour ainsi dire l'avènement des Mémoires apocryphes. On n'altère pas seulement les

faits , on cherche à couvrir les mensonges de l'autorité des noms les plus respectables ; et d'ailleurs, à quelques exceptions près, la plupart des publications relatives à cette époque sont postérieures et en petit nombre.

Le règne de Louis XVI et la révolution française présentent d'innombrables documents de toute sorte , qu'il serait impossible d'énumérer et d'apprécier en détail. Toutes les opinions ont trouvé dans la révolution française des représentants et des apologistes.

Les Mémoires abondent ; mais à cause de leur nombre même, il est souvent difficile de saisir sans prévention le véritable sens des événements. Nous n'entreprendrons pas de caractériser, même sommairement, tous les ouvrages qui ont paru sur cette époque mémorable, nous ne pourrions le faire sans dépasser de beaucoup les limites qui nous sont assignées. Nous nous contenterons donc d'indiquer ici les principaux , ceux qui résument en quelque sorte les arguments que chaque parti avait à faire valoir dans cette longue lutte où toutes les armes furent si souvent employées.

M. Droz , dans son Histoire du régne de I jouis XVI, a présenté avec beaucoup de convenance, un résumé, presque toujours impartial, des événements de ce règne, pour la fin duquel il faut d'ailleurs consulter les Mémoires de madame Campax. Ceux du mabquis de

FeRRIÈRES, du MABQUIS DE BOUILLE, du COMTE DE MONTLOSIER , de BER- TRAND-MOLLEVILLE , de LA FAYETTE

et de Bailly , présentent , sous des points de vue divers, le récit des événements dont la France fut le théâtre sous l'Assemblée constituante.

Les Mémoires d'un homme d'État, rédigés par Schœll, secrétaire du prince de Habdenberg , contiennent des détails curieux sur l'invasion des Prussiens et des Autrichiens en 1792 , et surtout sur les causes de la retraite précipitée de cette armée. Dumourtez a cherché, dans ceux qu'il a publiés à Hambourg en 1794, à présenter sa conduite sous un jour moins défavorable que celui sous lequel elle apparaissait à ses contemporains ; cependant il y laisse échapper des aveux qui ne seront point perdus pour l'histoire.

4i4 HISTOIRE DE FRANCE LUISIVERS. HISTOIRE DE FRANCE

Les massacres de septembre ont été bien des fois racontés : Riouffb, Bf.au-

MARCHAIS | JOUBNIAC DB St-MÉABD,

I abbé Sicabd , l'auteur de Y Histoire des hommes de proie , Rock Mabcandieb , Maton de la Vabenne , ont décrit dans tous leurs détails ces terribles événements.

Les écrits de Buzot , Babbaboux , Brissot, Louvet, etc., les Mémoires attribués à madame Roland , contiennent le récit des événements qui eurent lieu sous l'Assemblée législative et pendant les premiers temps de la Convention ; mais ces événements y sont racontés avec les préoccupations du parti de la Gironde. Camille Desmoulins a jugé ce parti dans son Histoire des . Brissotins, qui est l'un des plus remarquables ouvrages de cette époque.

La guerre de la Vendée a été racontée de la manière la plus dramatique par mesdames de Bonchamp et db la Rochejaquelin ; mais l'on conçoit que les veuves des chefs royalistes aient apporté dans leur récit une certaine partialité. On a aussi, et en grand nombre, des relations rédigées dans un tout autre esprit : tels sont , entre autres, les Mémoires pour servir à l'histoire de la Vendée t par Tabbeau, l'un des généraux de la république (*).

Les Mémoires sur la terreur sont nombreux ; mais ils ont presque tous été écrits après la réaction , et par des hommes animés de sentiments réactionnaires. Citons cependant ceux de Gabat, de Thibaudbau, de Sbnabt , de Gbbgoibe , de Fouchb , de Meillan , de Fbébon , de Leyassedb db la Sabthe, de Durand M aillane, de Babbbre. Le rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre y Saint-Just etPayan, contient des pièces curieuses, mais dont le choix a été fait avec une partialité souvent révoltante, et qui sont pour la plupart tronquées, et souvent même dénaturées dans une intention perfide. La Correspondance inédite du comité de salut public, mise en ordre par M. Legbos , Paris, 1837, mérite plus de confiance.

Pour l'époque du Directoire, on a les (*) On peut consulter en outre sur cette guerre , les Mémoires de Pulsat* , d'OuYisa n'Aieans et de Vaubah.

Mémoires de Gohieb, remarquables par l'esprit d'impartialité, souvent aussi pa* la bonhomie de l'auteur, et ceux de Fauche Borbl, l'agent le plus actif des Bourbons.

Mais c'est surtout dans le Moniteur y dans les procès-verbaux des assemblées législatives , et dans les journaux , qu'il faut aller chercher les matériaux de l'histoire de la révolution (*).

Parmi les ouvrages écrits à l'étranger sur cette grande époque , on peut citer comme un des plus remarquables, les Réflexions sur la r évolution française, par Ed. Burke. Lacbetelle jeune, Fantin Desodoabds, Toulongeom, Paganel , l'abbé Papon et l'abbb Montgaillabd , ont écrit tour à tour, dans l'intérêt de divers partis, des histoires générales de la révolution, qui aujourd'hui sont complètement oubliées.

Comme les Considérations de madame de STAEL,ouvrage d'ailleurs beaucoup plus recommandable par la beauté du style que par la profondeur des idées , le livre de M. Thiebs a moins de solidité que d'éclat. L'esprit de partialité y domine à ce point , qu'il présente l'histoire détaillée, et surtout 1 histoire pittoresque d'un parti pendant la révolution française , bien plutôt c|ue l'histoire même de cette grande révolution.

Moins brillant que M. Thiers, mais plus correct, plus judicieux et plus impartial, M. Mignet n'a cependant pas su éviter entièrement cet écueil. Sa philosophie a quelque chose de fataliste, comme les aperçus de M. Thiers ; et, à son exemple encore , il trahit , quoique moins souvent , des préférences pour la bourgeoisie qui vont presque jusqu'au dédain pour le parti populaire et pour ses chefs, hy Histoire parlementaire est exempte de ces défauts. Par malheur , les riches trésors qu elle contient sont quelquefois entassés sans ordre , et les auteurs, qui ont eu parfois le tort de négliger le style, sont portés à pousser trop loin le zèle du catholicisme. Cependant la collection de MM. Bûchez et Roux n'en est pas moins un monument na-

(*) Voyez à cet égard la Bibliographie des journaux", par M. Deschiens. Paris, 1839, in-8°.

tional, où la cause du peuple est défendue avec courage et avec dignité. On y reconnaît à chaque page l'œuvre de deux écrivains honnêtes, qui n'ont cherché ni dans le scepticisme , ni dans le fanatisme, deux extrémités qui se touchent, un secret bien connu depuis les travaux de certains auteurs , et qui consiste à s'affranchir des lois de la morale toutes les fois qu'on a besoin de justifier les fautes de son parti. On doit surtout leur savoir gré d'avoir produit les documents historiques tels qu'ils sont, sans prendre le soin de les modifier , soit pour les embellir, soit pour les dénaturer , comme il n'arrive que trop • souvent à M. Thiers, qui s'oublie quelquefois jusqu'à placer dans la bouche d'un orateur des paroles prononcées par un autre, ou même une motion différente de celle qu'il a faite.

U Histoire complète de la Révolution française, par M. Tissot, est un ouvrage remarquable , conçu dans un esprit vraiment national , écrit avec impartialité quoique avec feu, et avec cette émotion qui révèle un des témoins , parfois même un des acteurs du grand drame. Mais cette histoire a un grand défaut, qui n'a pas été sans lui faire du tort : c'est l'absence complète de méthode, et par suite, une confusion fatigante pour le lecteur , écueil si habilement évité par M. Mignet. Quelquefois aussi, à force de bonhomie , M. Tissot tombe dans une indulgence voisine du scepticisme , et qui tendrait à donner l'impunité aux écarts les plus coupables. En dernière analyse, le livre de M. Tissot , malgré quelques taches, est un des meilleurs et des plus instructifs qui existent.

Également faite au point de vue national , Y Histoire populaire de M. Cabet est loin de donner lieu aux mêmes éloges et aux mêmes reproches. A part le manque de méthode et d'ensemble , c'est l'extrême opposé. Autant M. Tissot a de ménagements pour tout le monde, autant M. Cabet se montre inexorable pour ses adversaires , qu'il combat trop souvent avec une arme ui ressemble à l'insulte. Sa manière 'écrire est tout à fait excentrique : s'il rapporte un discours, il interrompt mille fois l'orateur pour glisser une ré-

plique entre deux parenthèses ; il commente chaque ligne, chaque mot, et les pressure avec une sévérité, impatiente de condamner, qui rappelle un peu trop les procédés du parquet. Et cependant la thèse qu'il soutient , si favorable au parti populaire , jusqu'à ce jour si peu connu , si abreuvé d'outrages, si calomnié , est aussi vraie que féconde , et doit, suivant nous, triompher un jour.

Enfin on voit que l'auteur est de bonne foi , et qu'il écrit sous l'impression d'une conviction profonde ; aussi se sent-on disposé à lui pardonner quelques travers.

Beaucoup plus sagement exécutée, l'histoire de M. Laponnekayb mérite d'être rangée au nombre des ouvrages qui ont défendu la cause populaire. Ce

3u'on peut reprocher à l'auteur , c'est 'avoir montré trop de faiblesse pour le parti ultrarévolutionnaire, dont l'exagération et le caractère indisciplinable fut une des principales causes du succès de la réaction thermidorienne. Trop d'animosité contre la classe moyenne n'est pas une bonne manière de répondre aux dédains d'un assez grand nombre d'auteurs pour le parti populaire.

Un excès n'en corrige pas un autre, et il en prépare presque toujours de nouveaux. D'ailleurs , le peuple et la bourgeoisie ont des griefs réciproques, mais qu'il faudra bien oublier un jour ; car, après tout, leurs véritables intérêts sont les mêmes, puisque ces deux classes composent la nation française, qu'elles ne sauraient prospérer l'une sans l'autre, et que la France a besoin de leur union pour ne pas déchoir de sa grandeur. Pour la composition de l'ouvrage, M. Laponueraye a souvent multiplié Tes citations quelquefois tort longues de documents officiels ; si ce système a pu déplaire à des lecteurs frivoles, il a mis un grand nombre d'esprits sages en état de juger par eux-mêmes.

La plupart des documents relatifs au Consulat et à l'Empire ont été publiés depuis la Restauration ; car l'empereur n'accordait pas aux écrivains la permission de le juger , et la censure impériale n'était point favorable à la publication des Mémoires. Mais après les revers, les hommes qui l'avaient servi, attaqué ou trahi, ceux qui s'étaient re-

416 HISTOIRE DE EllANCfi L'UNIVERS. IlISTOÎRfc D6 I KAM K

tirés en vieillissant des affaires actives, et qui éprouvaient ce besoin de souvenirs qu'on ressent toujours vers le déclin , se recueillirent pour apprendre à l'Europe , toujours inquiète et curieuse du grand homme, ce qu'ils savaient de lui et de son règne. Quelques-uns l'accusèrent, et le plus grand nombre le défendit. On distingue pour l'intérêt, lors même qu'on diffère d'opinion , les Mémoires de Boubrienne , le recueil de pièces relatives à la mort du ducd'Enghien, les Mémoires du duc de Gaete, ministre des finances ; ceux du baron Bausset , préfet du palais impérial ; du duc de Rovigo ; les Manuscrits de 1812, 1813 et 1814 du BABON Fain , qui se recommandent par leur exactitude et leur intérêt toujours soutenu ; Y Histoire de France de M. Bignon, qui s'étend depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsitt , et gui est jusqu'ici le livre le plus impartial , le plus complet qui ait été écrit sur l'Empire et le Consulat; le Recueil de pièces officielles destinées à détromper les Français sur les événements qui se sont passés depuis quelques années , par Fbéd. Schœll, Paris, 1814-1816; Yl/istoire de Napoléon par Nobvins , et surtout les Mémoires dictés à Stellélène par l'empereur lui-même, et les souvenirs recueillis chaque jour au courant de sa parole par les compagnons de son exil (*).

L'histoire militaire de la Révolution et de l'Empire a été traitée par les généraux Mathieu Dumas (campagnes de 1799 à 1814) ; Jomuni (histoire critique des guerres de 1792 à 1801); Guillaume de Vaudoncoubt (cam-

(*) Voir aussi les Mémoires du lieutenant général Mathieu Dumas, de 1770 à 18 16; Mémoires du Prince de la Paix sur les affaires de la Péninsule; Documents historiques sur le gouvernement de Louis Bonaparte en Hollande , par le roi de Hollande lui-même; Mémoires pour servir à l'histoire de Charles XIV Jean , roi de Suède , par Coupé de Saint-Donat et V Histoire de Charles XIV, par Toccuard-ï.afosse ; la Vérité sur les Cent jours , par Benjamin Constant ; Lettre sur les Cent jours , par le même ; Histoire critique et raison née de la situation de l'Angleterre au Ier janvier 18 16, par de Montveran, etc., etc.

pagnes de 1812-13-14-15); Alex. Bbbthieb; les officiers anglais Wilson Andebson et Walsii's (expédition d'Égypte et de Syrie); Gouvion-St- Cyb (campagnes (les armées du Rhin et de Rhin et Moselle, de 1792 jusqu'à la paix de Campo-Formio); Alph.

Beauchamp et Lequinio (guerres de la Vendée et des chouans); Pelet (campagne de 1809), ouvrage du plus haut intérêt; le colonel anglais Na-

P1EB, SïiCHET, TrfïÉBAULT et FOY

(guerres de la Péninsule); E. Labaume, Ph. de Ségub et le Russe Butturlin (campagne de Russie); l'historien ilalien Botta (guerres d'Italie). L'ensemble des opérations de 1792 à 1815 se trouve d'ailleurs résumé dans les Victoires et Conquêtes, ouvrage médiocre, qui a obtenu une grande vogue, mais qui est tout à fait au-dessous du sujet.

Mais savons-nous la vérité tout entière sur ce temps qui nous touche, sur cet empereur qui est mort quand nous étions encore enfants, et que nos pères ont servi? Pouvons-nous même la savoir? Le voisinage des événements, leur ébranlement, que nous ressentons encore, nous laissent-ils la liberté de ju^er avec calme et impartialité ? Et au milieu des luttes si diverses des partis, sommes-nous, dans notre époque de confusion, assez fermes, assez sûrs de notre conscience politique pour nous maintenir, sans en descendre, dans les hauteurs de l'histoire indépendante et libre (*) ?

(*) On consultera, pour l'histoire de la restauration et de la révolution de juillet : Lacretei.t.e, Capepigue, Cauchois-Lemaire ;

Y Histoire du congrès de Vérone , par M. de Chateaubriand; les Mémoires sur la vie et la mort du duc de Herrj . par le même; les nombreuses publications de l'abbé de Pradt; les Mémoires du vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld; la Minerve, le Censeur européen, le Conservateur; la Révolution de i83o, par Cabet; Deux ans de règne, par Pépin , avocat ; La Fayette et la révolution de i83o, par Sarrans jeune; Louis- Philippe et la contre-révolution y par le même; Ha/n , par un employé de Polignac,etc, etc., et un livre récent, supérieur à tout ce qui a été écrit sur cette époque ,

Y Histoire de dix ans (i83o-i84o), par M. Louis Blanc

§ II. Histoires générales et dogmatiques.

Jusqu'à présent nous ne nous sommes occupés, pour ainsi dire, que des chroniqueurs et des rédacteurs de Mé- ' moires; des écrivains qui ont raconté les événements dont ils étaient contemporains. C'est qu'il fallait en effet, et comme point de départ, indiquer les sources. Voyons maintenant les histoires générales et dogmatiques, celles qui prennent le peuple à son origine et le suivent pas à pas a travers ses destinées diverses. Ce genre d'histoire était inconnu au moyen âge; à part un certain nombre de traditions populaires, qu'on se transmettait sans contrôle, qu'on adoptait sans vérification, les esprits les plus curieux eux-mêmes, au milieu de la barbarie des temps et des désastres de toute espèce, s'inquiétaient peu de recueillir avec exactitude, et de soumettre aux épreuves de la critique le peu qu'ils savaient du passé : la légende envahissait constamment l'histoire. Au douzième siècle, la nation française, si toutefois ce nom peut convenir au peuple de cette époque, avait entièrement perdu les traces de ses origines. Le serf ignorait qu'il descendait des vaincus; les nobles des conquérants. Le catholicisme des Francs avait lavé leur nom, ainsi que l'a dit M. Augustin Thierry, de toute souillure barbare; et les rares souvenirs qu'avaient laissés les malheurs des invasions étaient exclusivement rejetés sur le compte d'Attila et des Sarrasins. On croyait les Francs issus des compagnons d'Énée, et les plus lettrés eux-mêmes vénéraient comme fondateurs de la nation française, Francion, fils d'Hector. Cette tradition devait, sans aucun doute, son autorité et sa persistance aux souvenirs de la littérature classique, touours puissants, même dans la barbarie.

Personne avant le seizième siècle n'avait songé à reconstruire dans son ensemble l'histoire de la nation par la recherche et l'étude des documents contemporains ; mais à cette époque la curiosité, réveillée par la renaissance, après s'être dirigée d'abord vers l'antiquité grecque ou latine, se tourna vers le moyen âge et les antiquités nationales. 11 .était difficile de s'affranchir

entièrement, dès les premiers pas, du joug des traditions qui avaient reçu la consécration du temps. Mais au milieu des incertitudes les plus diverses, il y eut néanmoins réaction contre les chroniques fabuleuses ou inexactes, et, tout en adoptant des opinions erronées, on essaya une science nouvelle fondée sur l'étude des documents authentiques.

Nicole Gilles, Duhaillan, Paul- Émile, Fauchet, Gaguin, Dupleïx, Belleforest, Jean de Serres, du Tillet, et quelques autres encore dont la valeur a été si bien appréciée par M. Augustin Thierry, commencèrent à débrouiller, du point de vue de l'érudition positive, le chaos de notre histoire et de nos origines; mais leurs essais se sentent encore de l'imperfection de toute science qui commence. Les uns, comme Paul-Emile, par une imitation maladroite des écrivains de l'antiquité, introduisirent dans leur récit des harangues qui dénaturèrent tout à la fois le caractère des personnages et la physionomie du temps; les autres, pour faire leur nation plus noble en la faisant plus ancienne, lui fabriquent une généalogie fabuleuse et inventent des rois de Gaule dont la succession légitime remonte par voie d'hérédité jusqu'à Priam, et plus loin encore.

Il est deux hommes cependant qui méritent, à plus d'un titre, d'être distingués à cette époque : Hottman et Étienne Pasquier. Il y a dans le livre d'Hottman intitulé : Franco- Gallia. deux parties distinctes : la partie politique et la partie historique.

« C'est un livre habile et érudit où, « pour la première fois, les doctrines « démocratiques sont appliquées à no- « tre histoire nationale, et où le droit « populaire est justifié avec une grande « verve de paradoxe, comme remontant « au berceau même et aux lois fondait mentales de la monarchie française. » Son point de départ est une hostilité constante des indigènes de la Gaule contre le gouvernement romain. L'auteur est épris des gouvernements par assemblées, et il retrouve dans nos siècles barbares la souveraineté exercée par un conseil national qui élit les rois, fait les lois et la guerre et nomme

aux offices. Ce livre exerça une grande T. ix. 27- Livraison. (Dict. bncycl., etc.) 27

influence sur les idées politiques de son temps, et souleva une polémique d'une fâcherie extrême; mais la critique moderne, en laissant à l'auteur son mérite d'écrivain plein de verve et d'érudit collecteur de textes, a fait à bon droit justice des exagérations et des faussetés de son système. Pasguier, au point de vue de la science positive, est autrement sérieux. Ses Recherches sont divisées en sept livres, où il traite tour à tour de la nation gauloise, de l'invasion des Francs dans la Gaule ; des parlements, de l'établissement des cours administratives, telles que la chambre des comptes et la cour des aides; des impôts, des justices royales et seigneuriales, des Gefs et des alleux ; de l'Eglise gallicane dans ses rapports avec l'Église romaine, et des droits respectifs de cette Église et des rois de France; des bourgeoisies; de diverses questions de droit; de l'histoire de la poésie et de celle de la langue. Cet ouvrage est rédigé sans ordre et sans méthode; mais on doit rendre à l'auteur cette justice, que s'il n'a pas toujours approfondi les questions qu'il aborde, il a du moins eu le mérite d'entrevoir la plupart de celles qui doivent occuper l'Iiistorien ; malgré les progrès de la science moderne, les Recherches de Pasquier ont gardé une certaine valeur.

En traversant le dix-septième siècle, nous rencontrons, pour l'histoire générale de France, Mézkbai, qui , de son temps, fut l'objet d'une grande admiration. 11 pèche par défaut d'exactitude, et il avoue lui-même que , pour éviter la fatigue, il s'est abstenu de recourir aux sources. « Il n'a fait souvent, dit le P. Lelong , que copier nos auteurs modernes ; c'est ce qui l'a mis hors d'état de citer en marge les garants de ce qu'il avance, et de suivre en cela l'exemple de Viguier et de Dupleix ; s'il se rencontre avec les anciens, ce n'est pas

au'îl les ait consultés, car il s'est vanté evant M. du Cange qu'il ne les avait jamais lus. » Cependant Mézerai , en omettant les miracles et les aventures chevaleresques pour raconter des événements nationaux, en occupant le peuple de ses souvenirs , éveilla l'attention et l'intérêt. Son style est dur, inégal, plus vieux même que ne semble le com-

porter l'époque où il a vécu ; mais ses expressions , ainsi que l'a remarqué d'Aguesseau, sont énergiques, et son histoire semée de traits dignes à la fois du moraliste et de l'historien. Il fait preuve, en toute circonstance , d'une grande liberté d'opinions, et, selon Bayle, c'est l'historien qui flatte le plus le peuple contre la cour.

Parmi ceux qui ont traité , au point de vue dogmatique , la question de nos origines nationales, il faut citer Chantebeau-Lefebvbe et Audigieb , qui ont soutenu tous deux , l'un dans son Traité des fiefs, qui parut en 1662, l'autre dans son Origine des Français et de leur empire, que les Francs et les Gaulois n'étaient que des enfants issus d'une même souche , et réunis après une longue séparation. Au-dessus d'eux, et dans un rang beaucoup plus élevé, nous rencontrons le comte de Boulainvillers , esprit absolu et paradoxal, qui a émis, sur les origines et les révolutions du pouvoir en France, des idées neuves et hardies, mais souvent fausses. « Son système, ainsi que Ta remarqué M. Thierry, a deux faces; l'une démocratique , tournée vers la royauté, l'autre aristocratique, tournée vers le peuple. » Et tandis qu'il use , à l'égard du pouvoir royal , d'une liberté sans bornes, il se montre, à l'égard du peuple, d'une indifférence et d'une injustice qui surprennent, même de la part d'un gentilhomme de Louis XIV. Le comte de Boulainvillers admet l'égalité native entre tous les gentilshommes ; mais il admet en même temps une séparation profonde entre la noblesse et les sommités du tiers état. Cette hauteur dédaigneuse lui attira justement plus d'une critique vive. Du reste, dans son Histoire des états généraux, et dans tout ce qui a rapport au rôle de la royauté dans la transformation de la société française, il se tient beaucoup plus près de la vérité historique que dans son Essai sur la noblesse de

Le P. Daniel fit paraître, en 1783, une nouvelle Histoire de France, précédée d'une préface sur la manière de traiter cette histoire. Il se proposait avant tout d'être exact , et de reproduire dans son travail la couleur et

l'aspect véritable du temps qu'il voulait peindre. «Mais, ayant assez de science pour éclaircir quelques points de notre histoire, il n'en avait point assez pour l'embrasser tout entière. Sa fermeté d'esprit ne se soutint pas; elle s'affaiblit à mesure qu'il s'éloigne des époques anciennes , les seules sur lesquelles il eût fortement travaillé (*). » Il fut vivement critiqué par Voltaire , Mably, Boulainvillers , Millot. On ne saurait cependant , sans injustice , lui contester la gloire d'avoir le premier enseigné la véritable méthode d'une histoire de France. Il est simple et clair, plus exact et plus impartial qu'on ne le croit généralement, et on ne lui a pas assez tenu compte des recherches laborieuses qu'il s est imposées pour porter quelque lumière dans l'histoire des Mérovingiens.

Au P. Daniel succéda Velly. « L'on a peiné à s'expliquer, dit M. Thierry, au milieu de la France du dix-huitième siècle, le succès de l'ouvrage de Velly. Il fallait qu'à cette époque la partie la plus frivole du public eût le pouvoir de donner à ses jugements le caractère et l'autorité d'une opinion nationale ; car tout se tut, et fut obligé de se taire, devant la renommée du nouvel historien.

Les savants même n'osaient le reprendre qu'avec respect de ses méprises géographiques, de ses erreurs de faits, et de la manière dont il travestit les noms propres. » Il a cependant le mérite d'une certaine élégance de style , et ses qualités littéraires , quoique assez ternes, ont suffi pour le faire lire. Il s'était arrêté au tome VIII de son histoire ;Villarbt le continua , et conduisit cette histoire depuis 1329 jusqu'en 1469.

C'est la partie oui a été le plus louée. Il y a en effet aes anecdotes curieuses, des éclaircissements sur les origines des états généraux et du parlement, des observations assez justes sur les rois d'armes, la ehevalerie , les progrès du commerce, et l'histoire littéraire. Les sources ont été consultées, et la rédaction est impartiale, mais déclamatoire.

Gabnier, à son tour, continua Villaret; mais il n'était pas plus sérieusement savant, et il était encore moins habile

(*) Aug. Thierry, Lettres sur t histoire de France, lettre iv.

écrivain que ses devanciers. La faveur du public s'est à bon droit retirée de l'œuvre de Velly et de celle de ses continuateurs. Les lecteurs sérieux ont également déserté Anquetil ; mais on consulte avec fruit et l'on cite encore le président Hénault, qui a dressé, dans son Abrégé chronologique , une excellente table de l'histoire de France.

L'abbé Dubos écrivit , vers 1734, Y Histoire critique de Rétablissement de la monarchie dans les Gaules. Le but que se propose cet écrivain est de chercher et de trouver une raison d'alliance entre les Francs et les Romains, et il conclut à l'existence et à la durée » non interrompue de leurs rapports politiques, fondée sur le voisinage et l'intérêt commun. Toutes les conséquences de la conquête germanique sont reportées au dixième siècle. D'après ce système, la royauté demeure, comme la bourgeoisie, une tradition de la vieille société romaine , et l'on y trouve en germe la belle théorie de M. de Savigny sur la perpétuité du droit romain.

Mably, qui succéda, au dix-huitième siècle, à l'abbé Dubos , pense , comme Boulainvillers, que la conquête germanique eut pour résultat de fonder dans la Gaule une sorte de république d'outre-Rhin, et comme Dubos, que toutes les institutions des premiers temps disparurent, non par le fait de la conquête et de ses désastres, mais par le fait des envahissements de la noblesse. Mably a cru découvrir, sous le règne de Charlemagne , une sorte de gouvernement constitutionnel , monarchique , démocratique et aristocratique tout à la fois. Son système, du reste, est une véritable mosaïque pour laquelle il emprunte de toutes mains , aux modernes leurs opinions et leurs systèmes , aux anciens leur phraséologie (*). Mably eut cependant un immense succès. Il était encore dans toute sa gloire , lorsqu'une femme , madbmoisellb de Lézabdièbb, s'éprit pour les vieux textes d'une passion enthousiaste, et forma le

(*) Nous renvoyons pour l'appréciation détaillée des divers historiens dogmatiques , à la belle introduction des Récils mérovingiens de M. Thierry, qui nous a, dans cette partie de notre travail , constamment servi de guide.

projet d'écrire une Théorie des lois politiques de la monarchie française. Ce livre , auquel on promettait un succès durable , fut composé sous le règne même de cette vieille monarchie , dont l'auteur avait entrepris d'apprécier les institutions; mais il ne parut qu'en 1790, et l'oubli arriva vite pour une œuvre qui offrait le singulier développement d'un faux système , étayé sur des textes savamment choisis.

Au milieu des grandeurs et des luttes de notre régénération sociale , les inquiétudes du présent étaient trop vives pour que la curiosité des esprits actifs se tournât avec fruit vers un passé qu'on méprisait d'ailleurs. Cependant l'un des acteurs de la révolution, Thouret , écrivit pour l'instruction de son fils , et peut-être pour obéir au besoin qu'il éprouvait de comparer , Y Abrégé des révolutions de l'ancien gouvernement français. On ne trouve dans ce livre aucune idée nouvelle; c'est une sorte de compromis entre le système romain et le système germain de Mably, et il puise son unique intérêt dans les tristes souvenirs qui se rattachent à sa composition. L'auteur en écrivit la dernière page au moment de monter sur i'échafaud.

Sous l'empire , l'histoire fut stérile comme la poésie. Cependant, le fondateur de la nouvelle monarchie, comprenant tout le parti qu'il pouvait tirer, nour la consolidation de son œuvre, de la puissance des souvenirs, donna ordre au comte de Montlosier d'écrire une histoire de France , et en dressa luimême le programme. Cette histoire devait traiter : « 1° de l'ancien état de la « France et de ses institutions ; 2° de la « manière dont la révolution était sor- « tie de cet état de choses ; 3° des ten- « tatives faites pour la combattre ; 4°des « succès obtenus par le premier consul « à cet égard, et de ses diverses resta u- « rations. » Le comte de Montlosier se mit à l'œuvre; mais l'histoire ne parut que beaucoup plus tard, et l'auteur apporta dans son livre toutes les passions du comte de Boulainvillers. 11 s'y montre enthousiaste du système féodal; toutes les haines de l'émigré contre la révolution de 1789 transpirent dans les récits du passé. Du douzième siècle à

notre temps, il ne voit qu'une lutte entre la bourgeoisie et la noblesse, et la justice et le droit sont toujours de ce dernier côté. C'est moins une histoire qu'une œuvre de controverse politique.

Pendant la révolution et sous l'empire , on avait oublié le moyen âge.

Comme cela arrive toujours . en pareil cas, il y eut réaction. Mais l'école monarchique de la restauration voulut faire de l'histoire une affaire de parti. Elle tenta de rendre un peu d'éclat au drapeau des Bourbons par les souvenirs de l'oriflamme. Le dix-huitième siècle avait calomnié le moyen âge; l'école monarchique essaya de le poétiser, et M. de Marchangy, qui fut pendant quelque temps le représentant le plus célèbre de cette école , déversa dans la Garde poétique et dans Tristan le voyageur une sensiblerie romanesque et une phraséologie romantique, qui eurent cependant leur succès, ce qui ne donne pas une grande idée du bon sens de ses admirateurs. Ce mauvais goût, du reste, passa vite. Le moyen âge de convention que Tristan et la Gaule poétique avaient mis en vogue, et qui n'est pas plus vrai que les Romains et les Grecs de mademoiselle de Scudéry , retomba bientôt dans l'opinion publique au niveau des romances de l'empire.

Heureusement , le bon sens a des droits imprescriptibles. Au milieu de nos luttes politiques, une autre génération scientifique avait grandi. Mûrie par de fortes études, et par le spectacle des événements , une nouvelle école allait marcher vers un but commun, et chercher dans nos origines, dans l'étude des vieilles institutions et des vieilles mœurs, la solution des problèmes fondamentaux et les bases de notre histoire nationale. C'est à MM. Guizot et Thierry qu'appartient la gloire d'avoir accompli la révolution historique du dix - neuvième siècle. Doué d'une sensibilité profonde qui s'attache à la vie d'un peuple comme à la vie d'un homme, qui s'émeut de toutes ses douleurs, et le suit avec un intérêt qui ne se fatigue pas , à travers ses destinées, M. Thierry a su rendre aux Francs tous les traits de leur physionomie énergique et sauvage. Dans le premier de ses

HISTOIRE DE FRANCE FRi

livres, les Lettres sur rhistoire de France, il a reconnu et mis à sa place l'affranchissement du douzième siècle.

Dans Y Histoire de la conquête d'Angleterre par les Normands , il a tracé le récit épique de la dernière et de l'une des plus importantes conquêtes territoriales accomplies au moyen âge ; et , en suivant dans ses péripéties diverses la lutte des vainqueurs et des vaincus, il a donné un sens à des événements qui, jusqu'à lui , étaient restés inexpliqués dans l'histoire de la Grande-Bretagne. Il nous fait comprendre pour la première fois, dans les Récits des temps mérovingiens , les rois et les hommes de la première race , les habitudes de leur vie intime, leurs crimes et leur piété sauvage. Enfin , dans ces divers travaux, poursuivis au milieu des souffrnnces physiques, M. Thierry s' est montré constamment un critique éminent quand il avait à rectifier, à discuter les opinions émises avant lui , un érudit infatigabledans l'investigation des sources , et , ce qui est bien plus rare , un grand écrivain, et, sans contredit, le premier narrateur de notre époque.

M . Guizot a traité l'histoire de France d'après un procédé qui rappelle Montesquieu , non par la forme du style, mais pnr la manière de comprendre les institutions. Ce qui distingue son talent , c'est l'esprit généralisateur et la vue d'ensemble qui est la pure abstraction des faits réels. Sa haute intelligence embrasse tout à la fois les institutions et les idées, la philosophie, le mouvement intellectuel, l'histoire du peuple, de l'Église et de la royauté. Son analyse , qui saisit toujours les sommités des uestions, est inattaquable aux yeux de érudition la plus minutieuse ; et si la théorie du progrès continu peut paraître à quelques esprits contestable en certains points, on ne saurait lui refuser cette gloire d'avoir constitué pour l'histoire de France une philosophie qui ne se perd pas, comme celle de Herder ou de Vico, dans les spéculations d'une métaphysique souvent inextricable, ou dans des théories qui forcent le sens des événements pour étayer un système préconçu.

Auprès de ces deux noms, Thierry et Guizot, nous retrouvons les noms

de MM. de Sismondi, Guérabd , Fauribl, Daunou, Michelet, Amédée Thierry, Raynouard, de Ba-

RANTE, MlGHAUD , MONTEIL et CHA- TEAUBRIAND. M. de Chateaubriand qui a jeté , suivant l'expression d'un écrivain qui l'admire malgré la différence des opinions, la magnifique tenture de sa parole sur l'ossuaire de la noblesse et du clergé, s'est montré fidèle, dans ses Études historiques, à ses sympathies monarchiques, mais sans jamais cesser d'être impartial, et il a dé-

Suisé heureusement, par la grandeur u style et de l'idée , ce qu'il y a parfois d'incomplet dans l'étude positive et la connaissance des textes. MM. Daunou et Fauriel nous paraissent représenter les dernières traditions de l'esprit du dix-huitième siècle , si net , si eompréhensif , mais dégagé d'exaçérations injustes et appuyé sur la science la plus solide et la plus étendue. M. Michelet, coloriste habile, érudit spirituel, a présenté, sous une forme quelquefois un peu paradoxale, une foule d'aperçus élevés, qui jettent un nouveau jour sur un grand nombre de questions. M. Michaud, dans {'Histoire des Croisades, a donné un livre un peu lent, peutêtre, qui manque d'élévation en certaines parties, mais qui est digne d'estime sous le rapport de l'érudition

{lositive. M. Guérard, qui, par malleur pour la science, a trop peu publié jusqu'à ce jour, a donné sur la géographie historique de la France du moyen âge , l'état des personnes et des terres et des différentes classes de la société sous les deux premières races, des travaux où l'on retrouve, avec le savoir exact et sûr et la patience des Bénédictins, toute la pénétration de la critique moderne. M. de Barante a obtenu un succès de vogue par son Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Patois (1364-1477). Il a en effet déployé dans cet ouvrage de précieuses qualités; quelques esprits difficiles prétendent cependant qu'au lieu d'un livre original il n'a composé qu'une habile traduction des chroniqueurs.

M. Amédée Thierry a donné dans son Histoire des Gaulois , comme l'a dit un historien dont le jugement fraternel a été ratifié par le public , un de ces

ouvrages d'érudition forte et consciencieuse où les textes sont épuisés et qui restent comme le dernier mot de la science ; et ce travail sur nos Origines se complète en ce moment par le tableau <ie la Gaule sous la domination romaine.

Quant à M. de Sismondi, il a été juge par M. Guizot, qui reproche à V Histoire des Français d'être incomplète comme exposition critique des institutions, du développement politique et du gouvernement de la France; d'être également incomplète sous le rapport de l'histoire des idées , et de laisser quelquefois entrevoir, dans le récit des événements du passé, la réaction des opinions contemporaines. Mais à part ces restrictions, M. Guizot reconnaît que, comme tableau des vicissitudes de l'état social, des rapports des différentes classes entre elles , de là formation progressive de la nation française et du récit des événements , l'ouvrage est des plus distingués. Enfin, après ces noms, on peut encore citer MM. Henri Martin et Th. Lavalléb ; le premier, en effet, a tiré un parti habile des sources originales et des travaux spéciaux qui ont été publiés sur l'histoire de France, et l'ouvrage du second a obtenu le succès le mieux mérité. Tous deux ont écrit avec le sentiment de la dignité nationale , et une haute intelligence du rôle de la France dans l'histoire de l'humanité. Il est beaucoup d'autres livres encore que nous aurions a juger s'il s'agissait d'épuiser la liste bien longue de tous les écrivains qui ont remué depuisquelques années la poussière de notre histoire (*). Mais

(*) Dans cette éhumération rapide nous avons dû nécessairement omettre bien des choses; nous mentionnons ici en note quelques-unes des monographies les plus remarquables sur des époques particulières de notre histoire et sur quelques points spéciaux :

D'Awville, Notice sur l'ancienne Gaule. — Hadr. Valus», NotitiaGaUiarum.— W alckehabb, Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules. — Lebtterou, Histoire des institutions mérovingiennes. 184a. — Gaillard, Histoire de Charlemagne. — Ch. Lévèque , La France sous les cinq premiers Valois. — Gaillard, Histoires de ta

nous aurions à enregistrer trop de livres oubliés sans retour, et dont on ne sait plus même les titrés après quelques années. Bornons-nous à dire qu'on retrouve pour l'histoire de France, dans les écrivains des étages inférieurs, toute la confusion des idées et des passions contemporaines ; mais heureusement la

rivalité de la France et de F Angleterre , et de la rivalité de la France et de l'Espagne.

— Doclos , Histoire de Louis XI. — Gaillard, Histoire de François /«r. — J. A. de Thod, « grand auteur, Adèle historien,»

dit Bossuet; son Histoire universelle de i543 à 1607, est un des plus beaux monuments historiques élevés parmi les modernes. — Lacretellr, Histoire de France pendant les guerres de religion. — Ch. Labitte , De la démocratie chez les prédicateurs de la ligue. 1841. — Anqoktil, L'Esprit de la ligue.— Pkréfixe, Histoire de Henri IV. — Bazih, Histoire de Louis XIII. — Saiwt-Aulaire, Histoire de la Fronde. — Voltaire, Siècle de Louis XIV. — Awquetil, Louis XIV, sa cour et le régent. — Lacretelle, Histoire de France pendant le dix-huitième siècle.

Savarin, Chronologie des états généraux, Paris, 161 5. — Histoire de ta pairie de France et du parlement de Paris , par D. B. 1753. — LeP. Dahirl, Histoire delà milice française.— Godefroy, Le Cérémonial français. — Dk Saiwtb-Palatk, Mémoires sur l'ancienne chevalerie. — Mehestrier, Origine des arnwiries. — Motctfaucoh , Les Monuments de la monarchie française. — Willem iw , Monuments français inédits pour servir à fhisloire des arts, des costumes, etc.

— Du Sommerard, Les arts au moyen âge.

— Laferrière , Histoire du droit français. — Longurval, Histoire de F Eglise gallicane. — Histoire littéraire de la France, commencée par les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, et continuée par PAcadémie des inscriptions et belles - lettres. — Histoire littéraire de la France, par M. Ampère, abrégé bien fait de l'ouvrage précédent. — Le P. Lelong, Bibliothèque historique de la France, augmentée en 1 768 , par plusieurs savants , sous la direction de Fevret de Fomtettb; répertoire complet des sources de l'histoire de France; monument de bibliographie aussi remarquable par l'ordre et l'exactitude que par l'étendue du plan. — Lorenz , Summa historiœ gallo-francia* civilîs et sacrai. 1 790, 4 vol. in-8°; abrégé chronologique de l'histoire de France, avec l'indication des principales sources à consulter sur chaque tait.

science réelle et sérieuse est au-dessus des exagérations des écoles et des partis. Le temps fait vite justice de ce qu'il

Îr a de faux dans chaque système , et es vérités péniblement acquises par le labeur de chaque génération, se perpétuent comme un domaine inaliénable.

§ lU. COLI-KCTIONS HISTORIQUES.

Nous avons passé en revue les chroniques et les mémoires écrits par les contemporains et les historiens qui ont jugé le passé sans y avoir vécu. Il nous reste à parler maintenant des grandes collections dans lesquelles ont été recueillis tous les documents dispersés qui intéressent notre histoire; nous allons énumérer les principales, en les classant par ordre de matières.

Chronologie.— Tablettes chronologiques, par Lenglet-Dufbesnoy, 1773, 2 vol. in-12.

Art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Jésus-Christ , par le moyen d'une table chronologique {où Von trouve les ères des différentes nations...), avec deux calendriers perpétuels et la chronologie historique des conciles, des papes, aes empereurs romains, grecs, des califes, des rois des Perses , des Huns , des ! andales, des Gotfis, des Lombards, des princes d'Antioche(et autres princes chrétiens d'Orient ) , des grands maîtres de Malte et du Temple , de l'ordre Teutonique, des empereurs français, allemands , des rois de France , des

grands vassaux de cette couronne , des souverains des autres contrées de t Europe , etc., 3e édit., 3 vol. in-fol. formant plus de 3000 pages , publiée de 1783 à 1792. Une nouvelle édition de cet ouvrage a été publiée de 1819 à 1834, en 38 volumes in-8°, divisés en plusieurs séries, par les soins de M. de Corcelles et de M. le marquis de Fortia d'Urban. Cette édition, où le résumé des faits historiques est conduit jusqu'à nos jours, contient une partie relative aux événements antérieurs à l'ère chrétienne, et une histoire des colonies fondées en Amérique par les Européens.

Citons encore V Atlas historique de le Sage , et Y Atlas des États européens de Kbusb, dont MM. Le Bas et

Ansart ont publié, en 1835, une traduction française plusieurs fois réimprimée depuis.

Géhéalogie. — Parmi les nombreux travaux qui ont eu pour but l'histoire généalogique des familles nobles , nous citerons surtout : Armoriai général de la France, ou Registres de fa noblesse de France, Paris, 1738-1768, 10 vol.

in-fol., par dlloziER père et fils.

On pcutencore consulter, d'ailleurs, le Dictionnaire généalogique , chronologique et historique des premières maisons de France et d'Europe , par la Chesnayb des Bois (1757-1765, in-8°, 7 vol., ou la 2e édition de 1770- 1778 , in-4*, 12 vol.), ainsi que les ouvrages plus récents de M. de Cou «celles {Histoire généalogique des pairs de France, 1 822- 1831, in-4°, tom. l à XI ) et de M. de Saint-Allais ( Annuaire historique, généalogique et héraldique de l'ancienne noblesse de France). Mais le recueil le plus précieux est l'ouvrage suivant , si connu sous le nom du P.

Anselme : Histoire généalogique et chronologique de la royale maison de France, des pairs, grands officiers de la couronne et de la maison du roi, et des anciens barons du royaume , avec les qualités , l'origine et les progrès de leurs familles; le tout dressé sur les titres originaux, registres des chartes du roi, du parlement, de la chambre des comptes , du Châtelet de Paris, cartulaires de l'Église, manuscrits et mémoires qui sont dans la bibliothèque du roi et autres; par le P. Anselme ( de la Vierge Marie ), augustin déchaussé, continuée par M. du Foubny, 3* édition, revue, corrigée et augmentée par les soins du P. Ange de Sainte - Rosalie ( F. Raffard ) et du P. Simplicien, augustins déchaussés; Paris, 1726-1733, in-fol., 9 vol.

Les matières contenues dans cette 34 édition sont distribuées dans l'ordre suivant :

Tome Ier, maison royale de France , tomes II , III , IV et V, les douze anciennes pairies et la suite des pairs de France ; tomes VI et VII, les sénéchaux, connétables , chanceliers , maréchaux de France , amiraux et autres officiers de mer ; tome VIII , grands maîtres de l'artillerie et des armées de terre, grands aumôniers , grands officiers de la mai-

son du roi , grands maîtres des eaux et forêts de France ; tome IX , statuts et liste des chevaliers de l'ordre du Saint- Esprit : ce volume est terminé par quelques additions et plusieurs bonnes tables.

Chroniques et documents originaux.

— Lorsqu'au seizième siècle on commença à s'occuper de nos antiquités nationales, les deux frères du Tillet fuient les premiers qui travaillèrent à réunir des textes et à les contrôler.

I/aîné, grefïier au parlement, consulta les registres de la cour, les chartes de la couronne , en donna des extraits , et y joignit l'inventaire des titres qui en étaient les preuves ; le second visita, en vertu d'une autorisation de François Ier, les grandes bibliothèques , et y 'lit une ample récolte. On distingue ensuite , parmi les collecteurs de textes , Marqua RD FREHER , PlTHOU, DUCHESNE,

Baluze, D. Bouquet. Les collections de Marquard Freher et de Pithou ayant été rendues inutiles par des publications postérieures , nous nous contenterons de les avoir mentionnées.

Duchesne a recueilli en un corps d'ouvrage qui a été continué par son fils, les historiens qui ont vécu depuis l'origine de la monarchie jusqu'au temps de Philippe IV. Cette collection, commencée en 1636, cessa de paraître en 1649 ; elle est intitulée : Historise Francorum scriptores coxtanei, ab ipsius gentis origine ad Philippi Intemporel, seii ad a. 1286; quorum plurimi nunc primum ex variis codicibus mss. in lucem prodeunt; nUi vero auctiores et emendatiores ; cum epistolis regum, reginarum , pontificum, ducum, comituni, abbatum, et atiis veteribus rerum francicarum monumentis ; opéra ac studio And. Duchesne ( et post patrem Franc. Duchesne, Andréa fiUi.

Paris, 1636, 1641 , 1649, in-fol., 5 vol.).

Le tome I ( 1636 ) comprend les histoires, annales et autres documents contemporains , depuis l'origine de la nation jusqu'au roi Pépin ; — le tome II (1636), depuis Pépin, père de Charlemagne, jusqu'à Hugues Capet;— le tom. III (1641), revenant en partie sur la même période , embrasse les écrits composés , depuis Charles Martel, père du roi Pépin , jusqu'aux temps de Hugues et de Robert; — le tome IV (1641), publié,

ainsi que le précédent , par Duchesne lils , s'étend depuis les rois Hugues et Robert jusqu'à Philippe-Auguste ; — le tome V (1649) s'étend depuis Philippe- Auguste jusqu'à Philippe le Bel.

On y joint ordinairement : Historiœ Normannorum scriptores antiqui , res ab ittis per Galliam, Angliam, Apuliam, Capuœ principatum, Siciliam et Orientent gestas, explicantes; ab a.

Chr. 838 ad a. 1220. Insertx sunt monasteriorum fmidationes variœ, séries episcoporum ac abbatum, généalogie? regum, ducum, comitum et nobuium; ex codd. mss., edente Andr.

Duchesne, 1619, tome Ier, in-folio; très-rare et très-recherché, surtout par l'Angleterre.

Quelques années après la publication de la collection Duchesne, Adrien de Valois, qui avait conçu le projet d'une histoire générale de là France , écrite d'après les sources mêmes, publia les Gesta veterum Francorum, 1646-1658, 3 vol. in-fol., qui embrassent la période comprise entre la première invasion franque et la chute de la dynastie mérovingienne. Ce n'est point" une traduction littérale des textes, c'en est plutôt l'analyse, l'arrangement, et pour ainsi dire le commentaire. Mais les écrivains originaux se sont altérés sous la plume d'Adrien de Valois, et il en a changé la couleur.

Vient ensuite le Recueil des historiens des Gaules et de la France, par 1).

Bouquet et ses continuateurs. Cette coUection passe à juste titre pour la plus importante qui existe en ce genre, non-seulement en France , mais en Europe. Pour les temps antérieurs au treizième siècle , elle présente , rapprochés et ramassés de toutes parts, tous les documents originaux , excepté les chartes et ordonnances qui font partie d'autres recueils. Les bénédictins Bouquet, Haudiguier, Poirier, Housseau et Clément sont les éditeurs de la partie qui a paru avant la révolution ; depuis, cette collection a été continuée par D. Brial et MM. Daunou et Naudet.

Il est à regretter que les bénédictins n'aient apporté, dans les dissertations dont ils ont fait précéder les textes , qu'une extrême réserve de critique, et que leurs préfaces n'offrent en général que des dissertations écourtées sur des

sujets d'une importance secondaire.

La collection entière, jusqu'au t. XX, est partagée en dix séries : la première, comprise dans le tome I*r, se compose des anciens monuments dé l'histoire des Gaules avant Clovis; la deuxième, qui forme les tomes II, III et IV, correspond à la dynastie mérovingienne.

Au lieu de rassembler de même en un seul corps les monuments de la deuxième race, D. Bouquet préféra partager la période carlovingienne en quatre nouvelles séries , savoir : Pépin et Charlemagne ( 752 814 ), dont les actes remplissent le tome V ; Louis le Débonnaire , auquel est consacré le t. VI ; Charles le Chauve (840-877) , auquel se rapporte le tome VII, et enfin Louis le Bègue et ses successeurs, jusqu'en 987, dans les tomes VIII et IX. Une septième série, qui occupe les tomes X et XI , comprend les documents relatifs aux trois premiers rois capétiens : Hugues , Robert et Henri; le règne de Philippe Tr, Louis VI et Louis VII (1060-1180) , occupe les tomes XII à XVI , et forme une huitième série. Avec le tome XVII commence une neuvième série correspondant aux deux règnes de Philippe- Auguste et Louis VI l r ( 1 180-1226), qui embrassent aussi les tomes XVIII et XIX. Avec le tome XX, s'ouvre une dixième série, qui s'étendra depuis Favénement de saint Louis jusqu'à celui de Philippe de Valois (1326-1228). Elle devra comprendre 5 à 6 volumes.

Un supplément indispensable de cette vaste collection, c'est I ouvrage suivant édité par Bongabs : Gesta Dei per Francos , sive orientalium expeditionum et regni Francorum hierosolimitani historia , variis sed illius œvi scrlptoribus litleris commendata. Hanovre, 1611 , in-fol., 2 vol.

Cette collection contient les textes originaux latins des historiens Tudebode, Robert le Moine, Balderic, évêque de Dol; Raymond d'Agiles, Albert d'Aix , Foulcher de Chartres , Gaultier le Chancelier, Guibert VIII, abbé de Nogent; plusieurs anonymes, Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, Olivier l'Écolâtre de Cologne; enfin, l'écrit plus moderne de Marin Sanuto , connu sous le nom de Liber secretorum Jidelium crucis , et un projet de la délivrance de

la terre sainte, écrit au treizième siècle. L'Académie des inscriptions et belleslettres a entrepris une Collection générale des historiens des croisades, partagée en trois séries : sources latines , sources grecques, chroniques orientales, arabes ou persanes , et qui rendra inutile le recueil de Bongars.

Le Recueil des ordonnances fut entrepris par l'ordre de Louis XIV. Le tome Ier parut en 1723, et depuis , cette œuvre considérable a été continuée jusqu'à nos jours sans être terminée, cependant, par de Lagbièbe, Secousse, de ViLLBVAULT, de Brequigny, et de Pastobet. Elle forme aujourd'hui 20 vol. Il faut ajouter à cette grande collection, pour compléter l'histoire de Pancienue législation française, des actes publics et du droit privé, le Codex legum antiquarum de Lindenbbog (16! 3); les Capiiulaires , publiés par Baluze ; le Recueil des lois barbares, publié par Canciani , vers la fin du dernier siècle; deux ouvrages de Houabd sur les Anciennes lois des Français conservées dans les coutumes anglaises, et le Traité sur les coutumes anglo -normandes , publiés en Angleterre depuis le onzième siècle jusqu'au quatorzième; le curieux volume de la Thaumassièbe (1690), qui renferme les Établissements de saint Louis, le Conseil de Piebbe Dksfontaines , les Assises de Jérusalem et les coutumes du Beauvoisis, par Beaumanoib; le Nouveau coutumier général , Paris , 1724 , où se retrouvent les vestiges les plus complets des différents âges de la féodalité , et la trace des lois qui ont régi les divers peuples que les invasions ont tour à tour amenés sur le territoire de la France; les Olim du parlement, de Paris, publiés par M. le comte Beugnot, dans la Collection des documents imprimés par les soins du ministre de l'instruction publique ; le Recueil des lois maiitimes et commerciales de M. Pabdessus, et les savantes dissertations dont il a fait précéder chaque volume de texte, présentent le tableau aussi complet qu'il était possible de le reconstituer , de la législation qui réglait au moyen âge l'industrie, le négoce et la navigation ; le recueil de l'Anglais Rymeb. Fœdera et acta publica, qui com-

mence à l'entrée de Guillaume en Angleterre, en 1066 , n'est pas moins utile a l'histoire de France qu'à celle de la Grande-Bretagne. On trouve également dans le recueil de Lbibnitz, Codex jurisgentium diphmatici, et dans le recueil de Dumont , Corps universel diplomatique du droit des gens, les renseignements les plus précieux pour l'histoire du droit public et des relations internationales. Enfin, n'oublions point les Chartes et diplômes de BréquictNY , dont le premier volume date du dix-huitième siècle , ni le Recueil général des lois françaises , depuis Van 420 jusqu'à la révolution de 1789 , par

MM.ISAMBBBT, DB CBUSY , et TAIL- LANDIER.

Il a été publié, dans ces derniers temps, plusieurs collections d'ouvrages relatifs a l'histoire de France ; les principales sont celle de M. GuizoT , qui a pour titre : Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu'au treizième siècle, avec une introduction , des suppléments , des notices et des notes ( Paris , Brière, 1823-1827 , 29 vol. in-8°). Elle consiste en traductions , généralement fidèles et très - soignées , des principales chroniques et d'autres ouvrages historiques originaux écrits en latin.

Tomes i et n. Histoire des Francs , par Grégoire de Tours; — Chronique de Fréde ga ire;— Vie de Dagobert Ier;— Vie de saint Léger; — Vie de Pépin le Vieux, maire du palais.

Tome m. Annales d'Eginhard ; — Vie de Charlemague, parle même ; — Faits et Gestes de Charlemagne, par le moine de Saint- Gall; — Vie de Louis le Débonnaire, par Thégan ; — Vie de Louis le Débonnaire , par l'anonyme dit l'Astronome; — Nithard, règne de Charles le Chauve.

Tome iv. Ërmold le Noir , poëme sur les faits de Louis le Débonnaire; — Annales de Saint-Berlin; — Annales de Metz.

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