‹ FranceChapitre 202 sur 378 · HÉRAUT L'UNIVERS. HÉRAUT · texte numérisé non relu

HÉRAUT L'UNIVERS. HÉRAUT

tait les fleurs de lis. Leurs officiers avaient à peu près le même costume , mais avec un peu moins d'élégance, et tous portaient une toque de velours noir ornée d'un cordon noir ; ils avaient pour chaussure des brodequins pendant la paix, et des bottes en temps de guerre. Ils tenaient à la main, dans les cérémonies funèbres, un bâton dit caducée, et portaient au cou la médaille du roi.

Leur principal emploi était de composer ou de dresser des généalogies , de composer des armoiries et de vérifier les preuves de noblesse ; d'examiner les titres de chacun; de veiller à ce que rien de ce qui touchait aux familles ne s'altérât. A cet effet, ils dressaient dans chaque province un état des seigneurs et gentilshommes de leur département ; ces états contenaient les noms, surnoms, blasons, timbres et noblesse des fiefs. Tous les trois ans, les rois d'armes des provinces s'assemblaient , et remettaient à leur chef MODtjoye leurs travaux particuliers, dont il composait un nobiliaire général qui instruisait le souverain du nombre des gentilshommes , de leurs revenus, et lui faisait connaître les forces que chaque province pouvait opposer à l'ennemi ; ce qui permettait de les rassembler avec facilité. Les hérauts étaient surintendants des armes et conservateurs des honneurs de la guerre, dont leblasonestunsymbole. Ils avaient droit d'oter les armoiries à ceux qui méritaient d'être dégradés de noblesse, de réprimander les gentilshommes qui menaient une vie honteuse , et de les chasser des joutes et tournois. Ils vérifiaient tous les titres que ceux-ci faisaient peindre dans leurs cartulaires, et corrigeaient toutes les erreurs, tous les abus relatifs aux armoiries. Leur charge leur permettait de se faire ouvrir toutes les bibliothèques, toutes les archives, de se faire communiquer tous les titres dont ils pouvaient avoir besoin.

Ils avaient leur entrée libre a la cour des princes étrangers, pour y annoncer la guerre ou la paix (voyez Défi) , et leur personne était sacrée comme celle des ambassadeurs. Us publiaient les joutes et les tournois, faisaient les lettres d'appel, signifiaient les cartels, marquaient le camp, les lices, ou le lieu

du duel ; ils poussaient les acclamations pour appeler l'assaillant et le tenant , partageaient également le soleil dans les combats à outrance. A la guerre , ils faisaient le dénombrement des morts, relevaient les enseignes, redemandaient les prisonniers, sommaient les places de serendre, et, dans les capitulations, marchaient devant le gouverneur de la ville pour assurer sa personne. Us se constituaient de droit les principaux juges du partage des dépouilles des vaincus et des récompenses militaires, publiaient les victoires , en portaient la nouvelle aux pays étrangers. Ils faisaient la convocation des états généraux, et y assistaient pour régler la préséance et empêcher la confusion et le tumulte. Ils se trouvaient aux mariages des rois, et faisaient souvent les demandes eux-mêmes pour leurs souverains. A la mort des princes , ils enfermaient dans le tombeau toutes les marques d'honneur, comme sceptre, couronne, main dejustice, etc. (Voyez Funérailles. )

Les hérauts , comme on le voit , jouaient un rôle important au moyen âge, et la puissance de leur charge était telle, qu'on les craignait partout, parce qu'une violation du respect dû à un titre aussi sacré aurait suffi pour amener une guerre immédiate. Us recevaient des présents de toutes sortes. Ils prélevaient d'ailleurs un droit établi par l'usage sur les chevaliers qui combattaient dans les tournois. Ceux qui y étaient pour la première fois devaient, pour leur bienvenue , leur heaume aux officiers d'armes ; et si l'on avait payé le heaume pour le combat à l'épée, il fallait encore le payer pour celui de la lance , selon cet axiome : La lance affranchit l'épée, Cépée n'affranchit pas la lance.

Les hérauts ont été jusqu'au nombre de trente en France , sous le titre de Bourgogne , Normandie , Dauphiné , Bretagne , Alençon , Orléans , etc.

Mais depuis le règne de Henri II leur nombre et leur importance allèrent en déclinant jusqu'au règne de Louis XIV, où finit la hérauderie proprement dite (voyez Défi). A dater de cette dernière époque, les hérauts ne figurèrent qu'aux mariages et aux sacres des rois.

Nous les avons revus sous l'Empire ,

vêtus de cottes de velours bleu chargées d'abeilles d'or ; et de même sous la restauration, où Ton avait seulement remplacé les abeilles par des fleurs de lis : vaine et puérile imitation des antiques usages.

Hkbbage (droit d'). On appelait ainsi un droit en usage dans quelques provinces , en vertu duquel le détenteur d'un héritage tenu en censive devait donner au seigneur, le jour de la Saint-Jean- Baptiste, la meilleure de ses bêtes après la plus belle, pour droit de pâture. C'était là le vif herbage , qui se prélevait par dix , vingt ou vingt-cinq têtes. Le mort herbage était une redevance en argent due par un fermier qui ne possédait pas assez de bêtes pour payer le droit vif; il était d'un denier par têle. Chaque localité avait du reste ses modifications à l'herbage mort ou vif, qu'on ne pouvait exiger dans les fiefs nobles. Dans, ce dernier cas, le lieu était dit franc herbager.

L'herbage était aussi la faculté de couper des herbes , ou de faire paître des animaux dans les prés, dans les forêts, etc.

Herbault. C'est à un Français de ce nom qu'il faut attribuer l'invention et le premier essai de la méthode de l'enseignement mutuel. Dès 1747, longtemps avant l'ouverture de l'établissement du chevalier Paulet , Herbault avait formé dans l'hospice de la Pitié, près du Jardin des Plantes , à Paris , une école de 300 enfants soumis à ce mode d'éducation. Cette tentative fut accueillie par de nombreux éloges; mais l'approbation resta stérile , et cet exemple fut perdu.

Herbelot (Barthélémy d'), savant orientaliste, né à Paris en 1G25, voyagea longtemps en Italie, rentra ensuite en France , reçut des marques d'estime de la reine Christine, au-devant de laquelle il fut envoyé ; et une pension de 1,500 livres que lui faisait le surintendant Fouquet se changea , par la confiance du roi Louis XIV, en une place de secrétaire interprète des langues orientales , lors de la disgrâce du ministre. Après un second voyage en Italie, où le grand-duc Corne III voulut en vain se l'attacher, cédant aux instances de Colbert, il revint à Paris , où il

T. ix. 25e Livraison. (Dtct. en<

fut nommé à la chaire de syriaque. Cest à cette époque qu'il s'occupa avec ardeur de son grand ouvrage , la Bibliothèque orientale ; mais il ne put y mettre la dernière main. Ce ne fut qu'après sa mort, arrivée en 1G95, que cette précieuse collection , éditée d'abord en 1697, fut améliorée successivement par Visdelou Galland , Reiske et Scbultens ; elle fut réimprimée à la Haye en 1782, in-4°. Cette dernière édition est certainement meilleure que la première ; mais les savants éditeurs ont eu le tort de s'appliquer plutôt à augmenter la masse des documents qu'à les vérifier et à les coordonner. Aussi la Bibliothèque orientale contient-elle de nombreuses erreurs qu'un léger travail ferait disparaître, et cette œuvre savante attend encore un éditeur qui la mette au niveau des connaissances actuelles. D'Herbelot est auteur de deux ou trois autres ouvrages inédits , une Anthologie, un Dictionnaire arabe, persan et turc, devenu probablement inutile depuis le Richardson, et un catalogue incomplet des manuscrits de la bibliothèque) palatine , traduit en latin par Renaudot, et inséré dans les Amœnit. litter. , tome m.)

Herbiers (les), petite ville située à 4 myr. de Bourbon-Vendée, et dont la fondation paraît remonter aux derniers temps de la république romaine. Sous la domination anglaise , les Herbiers étaient ceints de fortifications dont les restes furent abattus au temps de Louis XIII. Cette ville faisait anciennement partie du Poitou , du diocèse de Luçon, du parlement de Paris, de l'intendance de Poitiers et de l'élection de Châtillon.

Pendant la guerre de la Vendée, une partie de ses habitants embrassa la cause royale.Les Herbiers furent, comme tout le reste du pays , dévastés et en partie incendiés; mais ils ont complètement réparé leurs désastres , et respirent un air d'aisance qu'on ne trouve guère dans les autres villes de. la Vendée.

Leur population est d'environ 3,000 âmes.

Herbsthausen (bataille d'). Voyez Marienthal.

Hérésies en France (histoire des).

La première querelle religieuse où la

rcLM etc.) 25

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France îoua un rôle, fut l'arianisme.

Cette hérésie , qui avait commencé en 319, troubla le règne de Constantin.

Mais la lutte s'engagea surtout après l'année 355 , lorsque l'empereur Constance vint en Gaule, et que la persécution atteignit plusieurs évêques orthodoxes d'Occident. Au concile de Béziers, tenu cette même année , le grand docteur de la Gaule , saint Hilaire, évêque de Poitiers, résista énergiquement , et parvint à extirper complètement l'arianisme en Gaule. Cette hérésie y fut réintroduite par les Bourguignons et les Wisigoths; mais la haine que les croyances religieuses de ces barbares excita'ient fut, comme nous l'avons dit ailleurs, la principale cause de la ruine de leur domination. (Voy. Ariamsme, Clergé, Conversion.)

Le premier hérésiarque né en Gaule est figilantius , originaire du pays de Comminges.Les idées qu'il émit étaient remarquables par leur hardiesse, quoiqu'elles n'aient pas eu alors un grand retentissement. Il s'éleva avec force contre le célibat du prêtre, les jeûnes, les veilles, la profession monastique, et les aumônes envoyées à Jérusalem. Il attaqua, non moins violemment, les pèlerinages et. le culte des reliques, qu'il qualifiait d'idolâtrie. Il eut pour adversaire saint Jérôme.

A l'hérésie de Vigilance succéda le pélagianisme , qui eut un immense retentissement en Gaule. Pélage était un moine, né, soit en Armorique, soit dans la Grande-Bretagne, et dont le nom fatin Pelagus n'était que la traduction de son nom celtique Morgant. Croyant voir dans toute la doctrine de saint Augustin une tendance au fatalisme, il s'éleva contre elle. L'évéque d'Arles et Pévéque d'Aix allèrent combattre sa doctrine au concile tenu à Jérusalem, en 415, concile que saint Jérôme appelle synodus miserabilis , et où l'hérésiarque , après avoir cédé sur quelques points , fut déclaré orthodoxe.

Toutefois , la querelle ne tarda pas à s'envenimer. En 431, le concile général d'Ephèse condamna Pélage et ses adhérents.

Les doctrines exagérées de saint Augustin sur la grâce et la prédestination n'en avaient pas moins révolté les évê-

ques et les docteurs de la Gaule, qui, ayant à leur tête le célèbre fondateur de l'abbaye de Saint-Victor à Marseille , Jean Cassien, tentèrent un compromis entre les opinions de Pélage et de saint Augustin. De là naquit le semi-pélagianisme. Les semi-pélagiens professaient que le premier secours de Dieu n'est point nécessaire pour amener le repentir; mats que , sans son assistance soutenue, on ne saurait persévérer ni avancer dans la voie du salut. Les idées de Cassien, adoptées dans presque toute la Gaule, dominèrent principalement dans toutes les provinces méridionales , et à Marseille, ce qui a fait quelquefois surnommer massiliens les semipélagiens. Saint Augustin, nui écrivit contre cette hérésie son Traité de la prédestination et de la persévérance, eut pour adversaires les esprits les plus éclairés de notre patrie , entre autres Faustus de Riez , Vincent de Lérins, Gennadius de Marseille, Hilaire d'Arles, Arnohe le Jeune, et même Sulpice Sévère. La querelle ne fut terminée qu'en 529 , par le concile d'Orange.

Cette assemblée condamna , il est vrai, Pélage et quelques-unes des opinions de Cassien et de Faustus ; mais elle réprouva aussi , sans toutefois nommer le célèbre docteur, certaines doctrines de saint Augustin, doctrines qui étaient précisément celles qui avaient le plus contribué à produire le serai pélagianisme.

Au cinquième et au sixième siècle, la Gaule prit peu de part aux hérésies qui portèrent pendant longtemps le l rouble dans l'Église d'Orient. L'eutychéisme et le nestorianisme n'y trouvèrent guère de partisans. L'Église gauloise n'éleva la voix que pour défendre l'orthodoxie. Ainsi, le nestorianisme fut vigoureusement attaqué par Cassien.

Le règne de Charlemagne, ce grand protecteur du catholicisme, fut occupé par plusieurs querelles religieuses. Il soutint lui-même , contre l'Église de Constantinople , une polémique assez vive au sujet du culte des images. Dans un Traité sur les images qui iui est attribué, l'empereur ne proscrit point les images; il dit positivement , et à plusieurs reprises, qu'on peut les faire en-

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trer dans la décoration des églises; mais il ajoute que leur seule destination est de rappeler les histoires sacrées qu'elles retracent , et d'instruire par les yeux le vulgaire, trop grossier pour bien comprendre la parole divine. Dans cette question, l'empereur et le pape se trouvèrent complètement en désaccord ; mais il était trop dans l'intérêt de ce dernier de ménager la puissance franque, pour que ce dissentiment produisît un schisme.

Une autre discussion qui eut plus d'importance, fut celle de Vadoptianisme; c'était un nestorianisme timide, fondé sur cette idée que le Christ, engendré en tant que fils de Dieu, en tant que fils de David, et né de Marie, avait été adopté par Dieu. L'adoptianisme eut pour chefs Élipand, évêque de Tolède, et Félix, évéque d'Urgel. Félix l'introduisit dans les provinces méridionales de la Gaule. Alcuin ayant écrit contre lui par ordre de Charlemagne, Félix répondit; de là une controverse, où Élipand déploya une extrême violence. Enfin, un concile tenu à Aix-la- Chapelle, en 799, termina le débat par la condamnation des deux hérésiarques.

Après la mort de Charlemagne , on vit renaître dans l'empire franc Ja grande querelle du culte des images. Au concile de Paris, en 825, Louis le Débonnaire se maintint, sur cette question, dans une indépendance complète vis-àvis de l'Église de Rome. En 829 , un iconoclaste, évêque de Turin, nommé Claude, émit des opinions se rapprochant, sur un grand nombre de points, des doctrines prêchées par la réforme au quinzième siècle. Il fut surtout combattu par un religieux de Saint-Denis, nommé Dungal.

La querelle de la prédestination, assoupie pendant deux siècles , recommença aussi avec une nouvelle force, après la mort de Charlemagne. Elle fut reproduite par Gotteschatk (voyez ce mot). Vers la même époque, parut le célèbre Jean Scot , dit Érigène, qui, après avoir attaqué Gotteschalk , fut accusé, à son tour, de professer une doctrine peu orthodoxe sur le mystère de l'eucharistie. Il fut réfuté par Prudence, évêque de Troyes, et condamné

en 855, par le concile que l'empereur Lothaire assembla à Valence , le 8 janvier.

Le neuvième siècle fut une période de mort pour l'intelligence ; aussi aucune hérésie n'y apparut; mais au siècle suivant, avec la renaissance des études seola'stiques , se manifesta dans les masses un mouvement intellectuel, empreint d'une grande hardiesse. On ne vit pas seulement des docteurs et des hommes haut placés dans l'Église, émettre des opinions contraires à l'orthodoxie; mais des hommes du peuple, de simples prêtres, essayèrent des réformes qui ne tendaient à rien moins qu'à renverser toutes les traditions de l'Eglise. La première tentative de ce genre eut lieu en Champagne. « Surla fin de l'an 1000, dit Raoul Crlaber, il s'éleva, auprès du bourg des Vertus , canton de Châlons, un homme du peuple, nommé Leutard, que l'on pouvait prendre pour un envoyé de Satan. Voici quelle fut l'origine de sa démence et de son endurcissement : il était resté seul un jour dans les champs, pour achever quelques travaux rustiques; la fatigue le surprit, il s'endormit. Pendant son sommeil , il crut voir un essaim nombreux d'abeilles pénétrer dans son corps parles endroits secrets de la nature , et sortir par sa bouche avec un grand bourdonnement; elles lui faisaient en même temps une foule de piqûres, et, après l'avoir percé longtemps de leurs aiguillons , elles se mirent à lui parler et à lui commander des choses impossibles à l'homme.

Épuisé par ces songes pénibles , il se lève, revient chez lui , et renvoie sa femme , prétendant se fonder sur un précepte ae l'Évangi e , pour justifier ce désordre. Étant sorti ensuite, comme pour faire ses prières, il entra dans l'église, saisit la croix et l'image du Sauveur, et les foula aux pieds. A celte vue, tous les assistants épouvantés crurent

?[u'il allait devenir fou. Il l'était en efet. Cependant il leur persuada ( tant l'esprit des paysans est facile à séduire) qu'il faisait tout cela d'après une révélation merveilleuse de Dieu. Il avait donc toujours à la bouche des discours dénués de prudence comme de vérité, et ce docteur nouveau prêchait contre la parole du Maître de toute doctrine,

car il enseignait que c'était une chose tout à fait vaine et superflue de payer la dîme. De même que toutes les autres hérésies , pour tromper plus sûrement les hommes, se couvrent comme d'un manteau des saintes Écritures, qui pourtant les réprouvent , Leutard reconnaissait aussi que les prophètes avaient dit de bonnes choses ; mais il prétendait qu'il ne fallait pas les croire en tout. Enfin , la réputation qu'il avait usurpée d'homme sage et religieux , lui lit de nombreux prosélytes. Gébuin , vieillard d'une science très-étendue et évêque de ce diocèse, en étant instruit, le manda. Il lui fit des questions sur ce qu'on lui avait rapporté de ses paroles et de sa conduite. Leutard voulut alors dissimuler le venin de sa criminelle doctrine, et s'appuya de quelques citations des saintes Ecritures, citations que certainement il n'y avait pas trouvées. Mais l'évêque, homme d'une grande habileté, s'a percevant que nonseulement elles étaient peu exactes , mais qu'elles contenaient des erreurs honteuses et condamnables , confondit ce fbu, cet hérétique , ramena ceux d'entre le peuple qui déjà partageaient son délire, et les affermit plus que jamais dans la foi catholique. Quant à Leutard, se voyant vaincu et abandonné du peuple qu'il avait espéré séduire, il se jeta dans un puits, où il trouva la mort (*). »

Peu de temps après, Leuthéric, archevêque de Sens, fut accusé d'une hérésie sur la participation à l'eucharistie, mais on ignore quelles en furent les conséquences. Le dogme de la présence réelle devint dès cette époque l'objet de vives controverses. Fulbert, un des plus savants hommes du siècle et chancelier des écoles de Chartres , puis évêque de cette ville, commença , vers l'an 1007, à enseigner qne la croyance à la transsubstantiation était nécessaire pour le salut; ce fut le contraire de cette doctrine que reproduisit quelques années plus tard le célèbre Berenger, qui suivait alors ses leçons.

En 1022 , la ville d'Orléans devint le foyer d'une hérésie célèbre dans

(*) Chronique de Raoul Glaber, liv. « , ch. xi,

notre histoire, car ce fut la première fois que, dans nos contrées, on infligea la peine de mort à des dissidents de l'église catholique. « On découvrit, dit Raoul Glaber, dans la ville d'Orléans une hérésie impudente et grossière oui , après avoir longtemps germé dans l'ombre , avait produit une ample récolte de perditions, et finit par envelopper un grand nombre de fidèles dans son aveuglement. — Ce fut , dit-on , une femme venue d'Italie, qui apporta dans les Gaules cette infâme doctrine. Pleine des artifices du démon, elle savait séduire tous les esprits, non-seulement ceux des idiots et des simples, mais la plupart même des clercs les plus renommés par leur savoir. Elle vint à Orléans, et le court séjour qu'elle y voulut faire lui suffit pour infecter plusieurs chrétiens. Bientôt ses prosélytes firent tous leurs efforts pour propager cette semence du mal. Il faut même l'avouer, ô douleur ! les hommes les plus distingués du clergé de la ville, également fameux par leur naissance et leur science, Êtienne (*) et Lisoie furent les deux chefs de cette

hérésie Le pieux Richard , comte

de Rouen (Richard II, duc de Normandie), informé du complot, envoya en toute hâte vers le roi, et lui dévoila celte contagion secrète. Le roi Robert en conçut une profonde affliction. Il se rendit promptement à Orléans, et, après V avoir convoqué des évêques, des abbés et des laïques religieux , il fit commencer vivement les poursuites contre les auteurs de cette doctrine et leurs adeptes Le roi et les pontifes firent subir aux accusés un interrogatoire secret, par égard pour la probité et l'innocence de mœurs dont ils avaient toujours donné l'exemple jusqu'alors : car Lisoie était le plus estimé des clercs du monastère de Sainte-Croix , et fttienne était attaché à l'église de Saint-Pierre, surnommé l'abbaye des Pucelles, en qualité de chef et de directeur de l'école Après avoir épuisé tous les

moyens de persuasion pour les engager à abjurer leur erreur, on leur déclara

(*) Le texte de Glaber porteau lieu d'Éttenne , Héribert. C'est une erreur que nous avons corrigée dans tout le courant du récit.

que, s'ils ne retournaient promptement à la foi qu'ils avaient trahie, ils allaient être livrés aux flammes. Ces insensés , aveuglés par une confiance téméraire , poussèrent la jactance jusqu'à dire qu'ils ne craignaient rien, et qu'ils sortiraient du feu sans éprouver aucun mal.. . Le roi et tous les assistants voyant que la folie de ces misérables était sans remède, firent allumer, non loin delà ville, un grand feu , espérant qu'à cette vue, la crainte triompherait peut-être de leur endurcissement, mais il fallut les mener au supplice ; poussés par une incroyable démence, ils s'écrièrent que c'était ce qu'ils demandaient, et se présentèrent d'eux-mêmes à ceux qui étaient chargés de les traîner au bûcher. Enfin, on en jette treize dans le feu; et quand ils commencèrent à en sentir vivement les atteintes , ils se mirent à crier que c'étaient les artifices du démon qui leur avaient suggéré des sentiments si coupables En entendant ces cris, quelques spectateurs émus de pitié s'approchèrent du bûcher pour en arracher ces malheureux; mais déjà la flamme vengeresse les avait dévorés. Tous ceux qui furent convaincus ensuite de partager cette erreur subirent la même peine (*). »

Les opinions des sectaires d'Orléans sont assez difficiles à démêler. Il paraît qu'ils n'admettaient point que Dieu se fût dégradé au point de se faire homme, que le baptême purifiât de tous les pé- . chés , et que le corps et le sang de Jésus-Christ fussent présents dans l'Eucharistie. Enfin, ils considéraient comme une idolâtrie l'adoration des martyrs et des confesseurs.

Les autres hérésies du onzième siècle, qui se rattachent à la France, sont celles de Bcrenger, archidiacred'Angersfvoy.

Bérenger), et de Roscelin, qui fût condamné au concile de Soissons , en 1092. Ce dernier prétendait que les trois personnes s'étaient incarnées, et que le fils n'avait pu se faire homme lui seul , à cause de l'unité d'essence des trois personnes divines.

(*) Chronique de Raoul Glaber, liv. vu , ch. vin. Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, traduction de M. Guizot, t VI , p. a6g et suiv.

Le douzième siècle vît éclore des hérésies fameuses. D'abord parurent les Pétrobusiens , ainsi nommés de leur chef Pierre de Bruys , qui eut

(>our successeur un moine de Tououse, nommé Henri (voyez Henriciens.) Puis vint le Tanchelinisme , qui , bien que professé presque exclusivement dans les Pays-Bas , par son auteur nommé Tancnelin , tué en 1115, subsista encore longtemps à Avignon et à INoyon. Tanchelin proclamait que les églises étaient des lieux de prostitution , les sacrements des profanations , et défendait de payer les dîmes. Il se livrait, du reste, aux plus horribles débauches.

A cette secte succédèrent les Paterins ou Cathares, qui portaient l'esprit de réforme sur la morale aussi bien que sur le dogme. La plupart d'entre eux s'abstenaient de viandes; d'autres regardaient comme criminels les plaisirs du mariage. Après eux parurent les Albigeois (voy. ce nom), dont la doctrine se rapprochait beaucoup de celle des manichéens; et les Pi/res, secte d'Albigeois composée en grande partie de tisserands, et répandue principalement en Picardie et dans les Pays-Bas.

Le concile de Reims, tenu en 1157, ordonna de les renfermer et de les marquer d'un fer chaud.

Enfin ce siècle , agité longtemps par les controverses religieuses d'Abailard et de saint Bernard , fut fermé par l'hérésie des Humiliés ou pauwes de Lyon, plus connus sous le nom de Paudois. Cette doctrine naquit en 1100. Son chef, Pierre Valdo^ prêcha la pauvreté volontaire, et il introduisit en outre une nouveauté qui souleva contre lui le clergé tout entier, tandis qu'elle attirait en foule les populations autour de lui : il expliqua le texte du Nouveau Testament en langue vulgaire. Ses sectateurs portaient aussi les noms de Léonistes, à cause de la ville de Lyon , et de sabotés ou ensabotés, à cause d'une chaussure singulière qu'ils portaient.

Les Albigeois et les Vaudois se subdivisaient en un nombre infini de sectes, conséquence naturelledela liberté d'examen qui faisait l'essence de leur doctrine. * Toutes, ditM. de Sismondi, s'accor-

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daient pour regarder l'église romaine comme ayant absolument dénaturé le christianisme, et pour prétendre que c'était elle qui était désignée dans l'Apocalypse sous le nom de prostituée de liabylone. Les Vaudois, cependant, n'en différaient pas sur des points très-importants; d'autres, au contraire, avaient tellement donné carrière à leur imagination, qu'ils avaient détruit presque tout le système de la révélation ; ils attribuaient au principe du mal l'Ancien Testament; car on y représentait, disaient-ils , un Dieu homicide qui avait détruit la race humaine par le déluge , Sodome et Gomorrhe par le feu , et les Égyptiens par l'inondation de la mer Rouge. Mais quant à ceux qui ouvrirent la carrière aux réformateurs du seizième siècle, on reconnaît leur enseignement à la dénégation de la présence réelledans l'eucharistie. « Quand iecorps du Christ , disaient - ils , serait aussi grand que nos montagnes, encore serait-il détruit par le nombre de ceux auxquels on prétend l'avoir fait manger. » Ils rejetaient comme frivoles et vains les sacrements de la confirmation, de la confession et du mariage ; ils taxaient d'idolâtrie l'exposition des images dans les églises, et ils nommaient trompettes des démons les cloches par lesquelles on appelait le peuple à l'adoration de ces images. Leurs docteurs ou leurs prêtres se contentaient d'un habit noir, au lieu de la pompe des vêtements du clergé catholique ; après avoir fait abjurer l'idolâtrie aux prosélytes , ils les recevaient dans leur église par l'imposition des mains et le baiser de paix. Tandis qu'on cherchait à noircir leur réputation, en les accusant de permettre dans leurs enseignements les mœurs les plus déréglées , et de se livrer en secret à tous les désordres , ou convenait qu'en apparence ils observaient une chasteté sans reproche; que dans leur abstinence de toute nourriture, leur rigorisme passait celui des ordres de moines les plus sévères ; que dans leur respect pour la vérité, ils n'admettaient aucune excuse pour le mensonge; que leur charité, enfin, les

{réparait toujours à se dévouer pour es autres. Quelques poésies des Vaudois , écrites dès le douzième siècle et

publiées tout récemment, confirment cette ressemblance entre la doctrine et la discipline des réformateurs à ces deux époques (*). »

Le goût des controverses subtiles qui signale le treizième siècle fit éclore un grand nombre , sinon d'hérésies , au moins de doctrines singulières, coudqmnées par les papes , les évéques , les conciles , les universités , les généraux ou les chapitres d'ordres monastiques ; car toutes ces autorités prétendaient prononcer irréfragablement sur de pareilles matières. Ainsi on condamna et l'on brûla, à Paris, en 1210, les hérétiques qui soutenaient que le règne du Père et du Fils était passé, que le règne du Saint-Esprit commençait , que la confession , le baptême , ^eucharistie et les autres sacrements ne devaient plus se conférer. Ces malheureux traitaient le pape d'Antéchrist, et le clergé de membres de l'Antéchrist.

Leur doctrine avait eu pour auteur un clerc nommé Jmauri, qui avait enseigné, à Paris, la logique et les autres arts libéraux. On condamna encore ceux qui disaient que l'essence divine n'est vue en soi ni 'par les anges , ni par l'homme glorifié ; que les âmes des saints et les corps glorifiés seront dans le ciel cristallin, et non dans le ciel empyrée; que le mauvais ange a été mauvais dès le premier instant de sa création, et n'a pas eu, non plus qu'Adam , de quoi soutenir l'état d'innocence , etc. Étienne Tempier , évêque de Paris, condamna à lui seul 222 de leurs propositions. Enfin, d'autres sectes plus redoutables se formèrent encore dans ce siècle. (Voyez Flagellants et Pastoubeaux .)

Les premières années du quatorzième siècle lurent marquées par le célèbre procès des templiers; nous raconterons ailleurs les accusations qui furent dirigées contre eux. Le concile de Vienne, qui, en 1312, prononça leur suppression, condamna aussi lés bégards et les béguines; ces sectaires, qui s'adonnaient à la vie religieuse, se distinguaient en général p:ir des mœurs simples et sévères , mais professaient cer-

(*) Sismondi, Histoire des Français, t VI, p. î54.

taines doctrines se rapprochant de celles des Vaudois relativement à la grâce, à l'inutilité de certaines pratiques religieuses , etc. L'inquisition en découvrit un grand nombre dans le Lyonnais et la Franche-Comté. Une autre secte de bégards reparut à la fin du même siècle , sous le nom de turlupins et de société des pauvres. Ces hérétiques soutenaient qu'on ne devait avoir honte de rien de ce qui est naturel , et par conséquent l'ouvrage de Dieu; d'après ces principes , ils s'abandonnaient à toutes sortes de débauches. Ils furent dénoncés à Charles V par une lettre du pape, datée du 27 mars 1373, et le roi, dans la même année, Ot brûler, à Paris, leur chef nommé Jean Dabantonne.

Depuis cette époque et jusqu'à la fin du quinzième siècle , la France, où les guerres civiles et étrangères préoccupèrent presque exclusivement les esprits, ne vit pas surgir d'autre hérésie que la vaudoisie ou vauderie d 'Arras (voyez Flandre et Vaudois) , étouffée au milieu des plus odieuses iniquités (1461). Enfin arriva le seizième siècle, l'âçe des grandes réformes religieuses ; mais son histoire, sous ce point de vue, a été déjà racontée aux articles Ca lvi n istes,

ÉDITS, GlJEBRES DE RELIGION, etc.

Après le concile de Trente, les controverses religieuses qui éclatèrent dans notre pays relativement aux jansénistes, auxquiétistes, à la bulle V ni genitus, etc., ne turent guère que des querelles de famille dont nous nous réservons de

Garler à chacun de ces mots. La seule érésie proprement dite que nous ayons à mentionner depuis cette époque est celle d'un contemporain, de l'abbé Châtel , qui voulut fonder une église française, d'après un programme publié le 23 janvier 1831. Aujourd'hui, il n'est plus guère question de ce nouveau catholicisme, quoique le chef de la secte persiste à célébrer , à Paris, des mariages , des baptêmes, des communions et des inhumations, et à porter dans toutes les cérémonies de son culte la mitre et la crosse , en prenant le titre d'évêqueprimat par élection du peuple et du clergé (*).

(*) Nous n'avons pas cru devoir, dans cet article, compter parmi les hérésies, les erreurs

Hériban (droit féodal); herebannum, heribannum, arribannum. Ce mot désignait 1° le cri public par lequel le roi ou le seigneur faisait armer ses vassaux ou les appelait à des corvées ; 2° l'amende payée aujourd'hui pour n'avoir pas obéi a la convocation ; 3° toutes prestations, charges et corvées, exigées par le seigneur. On disait aussi arban ou herban. L'étymologie commune de ces trois termes est le teutonique heer , armée , joint à bann , bannit m, citation, convocation. (Voyez Ban.)

D'après les dispositions des lois franques et les capitulaires des Carlovingiens, l'hériban était une charge trèslourde. Il appelait à l'armée tout homme indistinctement, et portait un caractère essentiellement vague et injuste. Que signifie en effet cette sévère injonction adressée à tous, et laissant en oubli des dispenses qu'il était impossible de méconnaître? Tous les hommes libres devaient faire le service militaire à leurs frais , non-seulement les feudataires ou bénéficiers, mais aussi les propriétaires d'une manse. La manse, que du Cange évalue à deux arpents , paraît avoir été la mesure de terre qu'on jugeait suffisante pour faire vivre une famille. Celui qui possédait trois, quatre ou cinq m anses, était obligé à marcher en personne; celui qui n'en possédait qu'une devait s'arranger avec trois de ses égaux pour fournir un soldat : ceux même qui ne possédaient que des demi-manses devaient contribuer proportionnellement.

Le dédommagement payé par celui qui restait au logis à celui qui partait était à raison de cinq sous d'or par chaque manse. Le service gratuit devait entraîner rapidement les hommes libres à leur ruine, et on va le comprendre. On demandait au soldat qu'il se présentât avec la lance et l'écu, ou avec l'arc, deux cordes et douze flèches ; qu'il portât de plus une provision de vivres, probablement telle qu'elle pût lui suffire jusqu'à ce qu'il eût joint l'armée ; car l'on accordait trois mois de vivres aux soldats, mais seulement à dater du passage de la

professées par des hommes évidemment privés de raison , comme Éoir (vov. ce mot) et tant d'autres.

392 HERICART DE TIIURY L'UNÏVERS.

HERISSON

Loire ou du Rhin. Un tel service , qui était peu important sous les Mérovingiens, lorsque les guerres étaient rares, n'entraînaient pas le citoyen fort loin de ses foyers, devenait une vexation intolérable sous Charlemagne , où chaque année était marquée par une expédition nouvelle sous divers climats. Des familles aisées étaient bientôt plongées dans la misère ; la population disparaissait rapidement; la liberté, la propriété devenaient un fardeau et non un avantage. Celui qui , après une sommation, ne se rendait pas à l'armée , était puni par une amende (hériban ) de soixante sous d'or; mais comme cette amende, appelée heribannum plénum, dépassait le plus souvent ses facultés, il était réduit à fournir un gage, sinon à subir un esclavage temporaire, jusqu'à ce qu'il eût acquitté la somme. Cette loi , exécutée à la rigueur, aurait bientôt fait disparaître toute la classe des hommes libres. Comme adoucissement, le législateur voulut que le malheureux gui mourait dans cet état d'esclavage fût considéré comme ayant acquitté son hériban, en sorte que sa propriété n'était pas saisie , ni ses enfants réduits en captivité (*).

Héricart DETHURY(Louis-Étienne- François, vicomte), ingénieur en chef au corps royal des mines, directeur des travaux publics du département de la Seine , ancien membre de la chambre des députés où il siégea au côté droit, membre de l'Académie des sciences depuis 1824, naquit à Thury, près de Soissons, en 1777. Il a publié un assez grand nombre d'écrits sur la minéralogie et la géologie, et des mémoires imprimés dans le Journal des mines de 1799 à 1814.

Les deux branches de sa famille dcs-

(*) N'était-il pas d'ailleurs réellement barbare ce texte légal qui ne faisait aucune exception pour les malades, les impotents et les infirmes, ou pour ceux qui étaient toml>és dans la pauvreté , et qui, ne pouvant plus suffire aux dépenses accessoires , étaient par cela même hors d'état de remplir l'obligation principale? Ces infortunés devaient-ils être traites comme des récalcitrants et subir l'hériban imposé à la désobéissance ? Méconnaître et punir ces impuissances étaient une tyrannie excessive.

cendent de Louis Héricart , lieutenant civil et criminel de la Ferté-Milon , beau-frère de la Fontaine. On ne sait pas positivement en quelle année l'illustre fabuliste épousa Marie Héricart; on croit que ce fut en 1648.

* Héricourt , département de la Haute-Saône, arrondissement de Lure; pop. , 2,907 habitants.

Cette ancienne petite ville a eu jadis une assez grande importance, et fut souvent l'objet de querelles entre la maison d'Ortembourg et de Neufchâtel.

En 1425 , l'évêque de Bâle en fit le siège et la ruina.

« En 1474, commencèrent les Suisses la guerre en Bourgogne, et prindrent Blasmont , qui estoit au mareschal de Bourgogne, qui estoit de la maison de Keuf-Chastel, et assiégèrent le chasteau de Heriscourt, qui estoit de ladite maison de Neuf-Chastel , où les Bourguignons allèrent pour le secourir; mais ils furent déconfits devant un bon nombre. Lesdits Suisses firent un grand dommage au pays, et puis se retirèrent pour cette bontêe (*). »

En 1561, les ducs de Wurtemberg, princes de Montbéliard , en firent l'acquisition , et ils l'ont conservée jusqu'à la révolution française. Les protestants y ont introduit l'industrie qui distingue ce canton.

On voit encore à Héricourt le château des seigneurs du lieu, ainsi que quelques autres vieilles constructions.

Herimanni. Voy. Harimanni.

Herisliz ou nARiSLtz (de heer, armée , et lassen , abandonner ) , terme franc ou teutonique, qui signifiait quelquefois licenciement, souvent aussi désertion, et non haute trahison, comme le prétendent quelques auteurs. Tassillon le Bavarois, jugé en 788 à l'assemblée d'Ingelheim , lut déclaré coupable Ù'herisliz pour avoir abandonné l'armée du roi Pépin en 763 , lors de l'expédition d'Aquitaine, et de trahison,

f>our avoir excité contre les Francs tous es peuples voisins.

Hérisson , grosse poutre armée de pointes en fer, qu'au moyen âge les défenseurs d'une ville lançaient sur les assiégeants avant qu'on connût les armes

(*) Confines.

IIERMETTE FRANCE. IIEROLD

à feu. On la garnissait quelquefois de matières inflammables.

Héristal ou Herstàl (Ileristallum, Hendlallum) , bourg situé sur la Meuse, enire Liège et Maëstricht, et dont il est fait mention au huitième siècle. C'est de cette résidence carlovingienne que Pépin, maire du palais et père de Charles-Martel, a reçu son surnom. On croit que le roi Pépin y naquit ; du moins il y fit bâtir un palais. Un grand nombre de chartes royales sont "datées d'Héristal. Charles le Simple est , à ce que l'on croit , le dernier prince carlovingien qui l'ait possédée.

Elle fut détruite lors des invasions des Normands.

Dans la langue teutonique , Héristal signifie camp {heer, armée, et stal ou s telle , place, position).

Herlaymont (combat de). Le 18 juin 1794, l'armée de Sambre-et-Meuse revenait assiéger Charleroi (voy. Charleroi [sièges de].) A cette nouvelle, le prince d'Orange se rapprocha. Le 21, il s'avança jusqu'à la position de la chapelle de rlerlaymont; mais Kléber attaqua les alliés clans ce poste, et les vainquit après une résistance assez vigoureuse. L'honneur de cette affaire revint principalement au général Dubois, qui ordonna avec beaucoup d'intelligence plusieurs charges de cavalerie.

Hermette (combats de 1'). Le 10 avril 1800, tandis que Masséna, chargé de la défense de Gênes, combattait à Croce (voyez ce mot) contre Mêlas, son lieutenant Soult était vainqueur à la Veirera. Ce fut sur la montagne appelée l'Hermette que l'ennemi se rallia. Mêlas accourait au secours ; Masséna , de son côté, tenta un dernier effort pour prêter appui à Soult, qui allait être assailli par des forces supérieures, et détacha le général Freissinet à la tête des demi-brigades de la division Gardanne. Soult voyant la masse des troupes autrichiennes grossir incessamment sur la montagne, et tendre à déborder sa gauche, jugea urgent d'attaquer. On se battit tout le reste du jour avec un extrême acharnement. Vers le soir, tandis que le chef de brigade Mouton obtenait un avantage marqué à la droite, la gauche pliait. Soult parvint à rétablir le combat ; mais nos braves étaient

accablés de fatigue et de faim , et les munitions commençaient à leur manquer. Sur ces entrefaites, Freissinet, en marche depuis cinq heures , parut sur notre gauene au moment même où celle de Mêlas , qui marchait parallèlement » cherchait à gagner les derrières du corps de Soult. Une nouvelle charge à la baïonnette rendit enfin nos troupes maîtresses de la montagne. Les vaincus laissèrent sur le champ de bataille un grand nombre de morts et de blessés ; on leur fit en outre près de 2,000 prisonniers. Toutefois , Soult, sentant qu'il y avait péril à demeurer la nuit au milieu des Autrichiens, encore trèsformidables, se contenta de faire occuper l'Hermette par quelques postes avancés.

Avant le jour , une colonne de 5,000 Autrichiens se reporta sur la montagne, et en reprit possession. Soult voulut tenter de s'y rétablir. Le 12 au matin, deux colonnes (Poinsot et Freissinet) s'avancèrent avec ordre de n'attaquer qu'à la baïonnette, mesure nécessitée par le manque de munitions, et la montagne, emportée une seconde fois, demeura au pouvoir des Français.

Hermine. Voyez Fourrure.

Hermine , ordre de chevalerie de Bretagne , institué ou renouvelé par le duc Jean V, à l'occasion de sa réconciliation avec la France et Clisson , en 1381. Les chevaliers portaient des colliers d'or chargés d'hermines, avec cette devise : A ma vie.

Les ducs de Bretagne ajoutèrent ensuite au collier de l'hermine un autre collier en argent , formé d'épis de blé , et terminé par une hermine pendante.

Hermondaville (Henri) , médecin et chirurgien du quatorzième siècle, né à Montpellier, fut médecin de Philippe le Bel , et passa pour un homme trèshabile. Il avait composé des ouvrages qui se sont perdus. Gui de Chauliac, son élève , en a conservé quelques extraits.

IIébold (Louis-Joseph -Ferdinand) , né à Paris en 1792 , était fils d'un pianiste allemand qui était assez bon compositeur, et qui a publié des sonates de piano, de harpe, et des quintetti de Boccherini , arrangés pour le piano. Le jeune Hérold n'était pas destiné par ses parents à la carrière musicale, vers la-

394 HEROLD Î/UNCVERS. IIÉRO* DE V1LLEFOSSE

quelle l'entraînaient cependant son goût il a fait preuve dans ces quelques pièet ses dispositions. Mais la mort pré- ces ; mais cela s'explique cependant, maturée de son père changea la direc- Hérold est un des compositeurs qui ont tion de ses études. Il entra au Cotiser- éprouvé le plus de difficultés dans les vatoire de musique , où il fut élève de commencements de leur carrière. Les M. Adam pour le piano, et il y obtint, premiers livrets qu'on lui confia étaient en 1810, le premier prix d'exécution des pièces froides et mauvaises qui résur cet instrument. Il passa ensuite sistaient aux efforts du musicien , et dans la classe de Méhul pour la compo- que la musique ne pouvait pas soutenir sition, et ayant remporté, en 1812, le à elle seule. Une espèce de fatalité s'atgrand prix a l'Institut, il fut envoyé à tacha d'ailleurs à lui. Il ne fut pas tout Rome, où il passa trois ans aux frais d'abord compris du public, ni apprécié du gouvernement. Il y composa divers des connaisseurs ; et en dépit de son taouvrages sur lesquels Méhul fit , en lent il ne pouvait obtenir de poëme. 1813, un rapport fort honorable à Tins- Modeste comme un véritable artiste, il titut. se persuada que c'était lui qui se trom-

Hérold se rendit ensuite à Naples, et pait , et voulant sacrifier à la mode , il il donna en 1815 son premier ouvrage se détourna de la route qui seule lui dramatique : la Gioventù d'Enrico convenait. D'un autre côté , il avait acquinto, opéra en 2 actes, traduit et ar- cepté la place de pianiste accompagnarangé d'après la comédie d'Alexandre teur à l'Operaltalien , et les devoirs de Duval. De retour à Paris, il mit en mu- cette place ne lui laissaient que peu de siqueavecBoïeMieu : Charlesde France, temps pour produire. Plus tard, il chanou Amour et Gloire, opéra comique en gea cette place contre celle de chef de 2 actes, joué en 1816 au théâtre Fey- chœurs, puis contre celle de chant à deau, avec beaucoup de succès. Depuis, l'Opéra. Dès lors, fatigué de mille deil a donné seul , successivement au voirs incompatibles avec la liberté némême théâtre : les Rosières, en 3 actes, cessaire aux travaux d'imagination, il 1817; la Clochette, ou le Diable boi- se vit hors d'état de persister dans la teuXy en 3 actes, 1817 ; le Premier voie qu'il avait reprise, et dont l'opéra venu, ou Six lieues de chemin , en 3 de Marie avait marqué heureusement actes, 1818 ; les Troqueurs, en 1 acte, les premiers pas. Poussé cependant par 1819; l'Amour platonique, en 1 acte, le besoin de produire, il avait redoublé 1819; l'Auteur mort et virant , en 1 d'ardeur et avait achevé le Pré aux acte, 1820; le Muletier, en 1 acte, 1823; Clercs. Mais ce fut le chant du cygne, le Roi René, en 2 actes, 1824; le Lapin Le travail que lui coûta cet opéra, joint blanc, en 1 acte, 1825 ; Marie, en 3 ac- aux fatigues de sa place, avaient épuisé tes, 1826. Hérold a donné a l'Académie ses forces , et une maladie de poitrine royale de musique : Lasthénie , opéra le conduisait lentement au tombeau, en 1 acte, 1823 ; (avec M. Auber) Ven- Lorsque le Pré aux Clercs fut reprédôme èn Espagne , en 2 actes , 1823 ; senté, les agitations de la mise en scène Astolplie et Joconde,oule Coureur dya- et du succès firent faire à la maladie ventures , ballet en 3 actes , 1827 ; la de rapides et effrayants progrès. Il Somnatnoule , ou l'Arrivée d'un nou- mourut aux Thermes, près Paris, le 18 veau seigneur , ballet en 3 actes, 1827; janvier 1833, et fut inhume au Pèrela musique du ballet de Lydie, 1828. Lachaise, près de la tombe de Méhul,

Il a composé aussi pour le théâtre son maître. Il laissait inachevée la parroyal de l'Odéon un ouvrage : le Der- tition d'un opéra en deux actes , Ludonier jour de Missolonghi , drame hé- vie , qui fut terminé par M. Halévy, et roïque en 3 actes, 1828; Emmeline , joué avec succès en 1834. opéra en 3 actes, 1830; Zampa, opéra Hébon (vreu du). Voyez Vœux. comique en 3 actes, 1831. Hébon de Villefossk (Ant.-Marie,

De tous ces opéras d'Uérold , cinq ou baron), membre de l'Académie des

six seulement ont eu un véritable suc- sciences depuis 1816, inspecteur divi-

cès, et sont restés au théâtre. On s'en sionnaire des mines, conseiller d'Etat,

étonne, en songeant au talent réel dont né à Paris en 1774, est auteur d'un

grand nombre d'écrits relatifs à la métallurgie Ct à l'industrie.

H brou ville (Antoine de Ricouart, comte d'), lieutenant général , né à Paris en 1713 , mort en 1782 , auteur du Traité des légions, publié d'abord sous le nom du maréchal de Saxe.

Hersent (Louis), peintre d'histoire, né à Paris, en 1777, élève de Regnault, remporta, en 1797, le 2e grand prix de peinture, et exposa pour la première fois, en 1802, Narcisse changé en fleur; en 1804, Achille livrant Briséis aux hérauts a" Agamemnon ; en 1806, Atala s* empoisonnant dans les bras de Chactas ; ce tableau lui valut une médaille d'or. En 1810, il donna le Passage du pont de Landshut par le comte de Lobau , aujourd'hui placé au musée de Versailles , et Fénelon ramenant à de pauvres paysans leur vache égarée. Il termina aussi au Louvre, dans la galerie de Diane, avec MM. Abel de Pujol, Blondel et Vaflard , la réparation des peintures. En 1814, il donna Las Casas malade, soigne par des sauvages, et Daphnis et Chloe. On vit encore, au même salon, la mortdu docteur Bichat, tableau qui Ut une vive sensation, eten 1817, Louis XVI secourant les malheureux pendant t hiver de 1 788, aujourd'hui au musée de Versailles.

Mais celui de ses tableaux qui fut le plus généralement admiré, fut le Gustave Wasa. Cette composition, parfaitement ordonnée, pleine de noblesse et de dignité, est regardée comme le chefd'œuvre de M. Hersent. En 1822 , parurent le tableau de Ruth et Booz et divers portraits. Cette année , M. Hersent entra à l'Institut. En 1827, il exposa un portrait en pied de Henri IV, et en 1831 celui de Louis-Philippe. Depuis cette époque, on n'a plus rien vu au Louvre de M. Hersent, dont la santé s'est affaiblie. Il est professeur à l'école des beaux-arts.

Madame Hersent (Louise Mauduit), femme du précédent, et fille du célèbre géomètre, née en 1784 , a donné plusieurs tableaux qui sont assez estimés.

Nous citerons, entre autres, Saint Uncent de Paul; Henriette de France; f UUe de Sully à la reine, après la mort de Henri IV, et Louis XI V bénissant son arrière -petit- fils. Madame

Hersent a obtenu deux médailles d'or en 1817 et 1819.

Hertford (siégede). Lorsque Louis, fils aîné de Philippe-Auguste , et plus tard roi sous le nom de Louis VIII , envahit l'Angleterre , quelques places fortes résistèrent. De ce nombre fut la ville d'Hertford, devant laquelle Louis se présenta après l'insuccès de sa tentative sur Douvres (voyez ce mot); mais à la fin elle se rendit.

Hervart (Barthélémy), protestant, né à Augsbourg, d'abord banquier de Mazarin , fut nommé plus tard par le cardinal contrôleur général , malgré sa religion, en considération des grands services qu'il avait rendus à la France. Dans plusieurs occasions, il avança les sommes nécessaires pour la soldé des troupes, et, entre autres, lorsque le vicomte de Turenne voulut faire révolter l'armée d'Allemagne , en 1648. Nonseulement il offrit pour la retenir dans le devoir la somme énorme de 2 millions 500 mille livres , mais encore ce furent ses habiles négociations qui la détachèrent du parti des frondeurs (*).

Hervart mourut simple conseiller d'Etat, en 1676. Sa veuve , lors de la ridicule défense de faire des conversions signifiée aux pasteurs protestants, contre-balança longtemps par des libéralités le pouvoir de Pélisson , qui achetait les convertis , et enfin , lors de la révocation de l'édit de Nantes, la famille entière d'Hervart se retira en Suède et en A llemagne, avec une fortune de plus de 6 millions.

Héry (Thierry de), chirurgien, né à Paris, au commencement du seizième siècle , fut chargé par François Ier de suivre l'armée d'Italie, que décimait un horrible fléau, récemment importé dans l'ancien monde. Héry , après la bataille de Pavie, se rendit à Rome, s'enferma dans l'hôpital de Saint- Jacques le Majeur, et là étudia avec un zèle soutenu les causes, les caractères, et les moyens

(*) On trouvera diverses pièces intéressantes sur cette mission si heureusement remplie par Hervart, dans le Recueil de documents inédits sur Chistoire de France et principalement sur l'Alsace et son gouvernement pendant le règne de Louis X IF, par M. Vanhuffel. Paris, 1840, un vol. in-8°.

II KSI) IN

L'UNIVERS

HESNAtTLT

de guérison de la syphilis; il revint ensuite à Paris, et y mourut en 1599, après avoir acquis une grande fortune.

On a de lui un ouvrage intitulé : Méthode curative de la maladie vénérienne, etc., Paris, 1552, 1569 et 1654.

Hesdin. On sait peu de chose sur le vieil Hesdinum, qui n'est plus maintenant qu'un petit village auquel son nom seul est resté comme un monument de son ancienne splendeur. Cette ville eut, au onzième siècle, des comtes qui faisaient partie des douze pairs du comté de Flandre; elle obtint le droit de commune , qui lui fut retiré en 1179, et transporté à la ville d'Aire, lors d'une sédition dans laquelle périt un officier de Philippe d'Alsace. Après avoir subi plusieurs sièges dans les guerres de François 1er et de Charles-Quint , elle fut ruinée de fond en comble, en 1553, par le duc de Savoie, général des troupes de l'empereur d'Autriche , qui fit rebâtir l'Hesdin moderne , à 4 kilom.

de la première , sur l'emplacement du village Je Mesnil.

11 faut remarquer que quelques géographes placent a Hesdin le f'ieux le bourg dTIéléna, où Majorien défit Clodion, en 447. (Voyez Héléna.)

Quant à la ville moderne, elle ne fut, dans l'origine, qu'une simple forteresse, flanquée de quatre bastions, et que l'on agrandit vers 1607 et 1611. En 1639, elle fut prise par Louis XIII. Au mois de mai, le marquis de la Meilleraye forma le siège de la place. Louis XIII vint joindre son armée le 3 juin. Le gouverneur, vieillard de 80 ans, capitula le 29 juin , après une assez faible résistance. Mais le roi voulut entrer dans la place par la brèche. A ses côtés étaient MM. de la Meilleraye et de Puysegur. Ce dernier avait une canne à la main ; Louis la prend, et, la présentant à M. de la Meilleraye : Je vous fais , lui dit-il, maréchal de France ; voilà le bâton que je vous en donne. Les services que vous m'avez rendus m'obligent à cela.

Ce ne fut cependant qu'en 1659 que la possession d'Hesdin nous fut définitivement assurée , lors du traité des Pyrénées. Hesdin a vu naître l'abbé Prévost, Tripier , l'avocat , et le lieutenant général Garbé.

Hesdin (comtes d'). Voici , en peu de mots, ce que l'histoire a recueilli sur les comtes du vieil Hesdin.

1. Alulfe gouvernait vers l'an 1000, d'après une charte revêtue de son sceau (*).

2. Gauthier n'est guère mieux connu que son prédécesseur. Il eut deux fils; Gérard, dont est issue Adélaïde d'Hesdin, et Enguerrand.

3. Enguerrand , fils aîné de Gauthier, auquel il succéda, en 1072, mourut sans enfants, et fut inhumé dans le chœur de l'église d'Auchy , qu'il avait contribué à édifier.

4. Gauthier II, neveu et successeur d'Enguerrand. Jaloux des biens énormes accordés par ses ancêtres aux moines d'Auchy, il tenta plusieurs fois de se les approprier. Dans sa dernière ligue avec les comtes de Boulogne, de Saint-Pol , de Louvain et de Hainaut, il fut défait et saisi par Charles le Bon, comte de Flandre , qui ne lui laissa

au'un petit revenu pour vivre. Les trois erniers seigneurs d'Hesdin ne méritent pas de mention particulière ; Anselme ne gouverna que sous la surveillance de Charles le Bon, avoué et défenseur infatigable de Cabbaye d'Auchy; Bernard n'eut qu'une ombre de pouvoir, et, après l'année 1148, Gui son fils étant mort, le comté d'Hesdin fut réuni à la Flandre.

Hesnault (Jean), poète du dix-septième siècle. On n'a pu déterminer au juste la date de sa naissance. Sa vie est peu connue. On sait seulement que, fils d'un boulanger de Paris, il alla chercher fortune en pays étranger ; que ses efforts ayant été sans résultat , il revint en France , où la protection du surintendant Fouquet lui fit obtenir un emploi dans le Bourbonnais., La disgrâce de son protecteur paraît avoir été fatale à sa fortune. Tout ce que nous pouvons ajouter, c'est qu'il fut ami de Chapelle, avec lequel il avait reçu dans sa jeunesse les leçons de Gassendi. Il mourut en 1682. *On a de lui des sonnets, des poésies légères et des traductions en vers.

(*) Ce qui dénient l'opinion de ceux qui prétendent que les seigneurs n'avaient point de sceau qui leur fût propre avant le douzième siècle.

HESNAULT FRANCE. 1IYËKES 3ÔT

Parmi ses sonnets, deux sont célèbres.

Le premier fut composé contre Colbert, après la chute de Fouquet. C'est, sous la forme du sonnet , une amère satire, une sanglante invective. Les vers en sont élégants et énergiques. Voltaire rapporte que Colbert, à qui Ton parla de cette pièce injurieuse, demanda si le roi y était offensé. On lui dit que non : « Je ne le suis donc pas , » répondit-il. Il y avait pour le moins autant d'esprit de cour que de modération dans cette réponse. L'autre sonnet de Hesnault, qui fut fort en vogue dans le dix-septième siècle , est celui qu'on nomme Y Avorton (*). C'est un perpétuel cliquetis d'antithèses froides et subtiles.

Voltaire se trompe quand il voit dans ce sonnet une allusion à la malheureuse aventure de mademoiselle de Guerchy.

La pièce était imprimée avant 1670.

Parmi les traductions en vers de Hesnault, on cite encore aujourd'hui avec éloge sa traduction du début du poème de Lucrèce. Il parait avoir eu autant de goût pour les opinions de ce poète que pour ses vers. Élève de Gassendi, comme nous l'avons dit, épicurien comme son ami Chapelle, il fut un de ces hommes peu nombreux qui, au dix-septième siècle, adoptèrent, en fait de religion et de philosophie, des principes libres et hardis. S'il faut en croire Bavle, il poussa l'indépendance et le doute jusqu'à l'athéisme. Selon le même auteur, il Gt le voyage de la Hollande exprès pour voir Spinosa. Mais dans sa veillesse, ce fut autre chose. Il retomba de l'irréligion dans la dévotion , et porta le scrupule jusqu'à détruire la traduction de Lucrèce, qu'il avait avancée jusqu'au quatrième livre. Il n'en resta que l'invocation à Vénus, conservée par ses amis.

On lit dans le Lutrin que

Ribou le libraire, au fond de sa boutique Sous vingt fidèles clefs garde et tient en dépôt L'amas toujours entier des écrits de Hesnault.

Cependant , s'il faut en croire la Monnoye, Boileau regardait Hesnault comme un habile versificateur : il disait lui-même qu'il n'avait placé son nom à la fin de ce vers satirique, qu'en 1701,

(*) C'est par erreur qu'à l'article Filles d'hohweur , il a élé attribué au présideut Hénaut.

pour remplacer par le nom d'un homme mort qui ne pouvait se plaindre , celui de Perrault, avec lequel il s'était réconcilié.

Hesse (relations de la France avec la). Voyez Germanique (relations de la France avec les petits États de la Confédération).

Hesus. Vov. Gaulois (religion des).

Hesse (Nicolas-Auguste) , élève de Gros, et l'un de nos peintres d'histoire les plus distingués , est né à Paris en 1795. Il a obtenu en 1818 le premier grand prix de peinture, et n'a cessé, depuis 1824, de produire des ouvrages remarquables. Les suivants surtout ont été vivement appréciés : Françoise de Bimini, 1831 ; une Adoration des bergers, dans la nef de Notre-Dame de Lorette, 1835 ; la Mort d'Ananias et la Guérison du Boiteux , peiutures sur verre pour la décoration du chœur de Saint-Pierre de Chaillot, 1842. M. Hesse avait déjà été chargé en 1840 de la décoration de la chapelle de la Vierge de l'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

Il avait reçu, la même année, la croix de la Légion'd'honneur.

Jean- Baptiste- Alexandre Hesse, neveu du précédent , né à Paris en 1806 , élève de son père, peintre de portraits, et de Gros , s'est aussi fait connaître comme peintre d'histoire. Ses tableaux les plus remarquables sont : les Honneurs rendus au Titien après sa mort, et la Mort de Brisson. Il a reçu la croix de la Légion d'honneur après l'exposition de 1842.

Heurtebise ( engagements d') , épisode de la bataille de Craone. La ferme d'Heurtebise , occupée par une brigade de troupes légères russes , plusieurs fois prise et perdue par la division Meunier, resta, dans la soirée du 6 mars, en notre pouvoir. Le lendemain 7 , les Russes, après avoir mis le feu à la ferme, se replièrent sur leur première ligne de bataille.

Hi émois, Exmois ou pays d'Hièmes (Oximiensis pagus), pays dont Hièmes ou Ex m es (voyez ce dernier mot) était la capitale. Il comprenait deux archidiaconés d'une assez grande étendue, aux diocèses de Séez et de Bayeux.

Hières ( Olbia, Arex ), ville an-

HIÉREK L'UNIVERS, HIÈRÏÎS

cienne du département du Var, arrondissement de Toulon , pop. 10,142 hab.

On croit assez généralement que cette ville est YOlbia de Strabon, de Mêla et de Ptolomée. Elle reçut plus tard le nom iïArex, dont on fit Eres , puis Hières. Guillaume de Nangis la • nomme sihines.

La seigneurie d'Hières a longtemps servi d'apanage à des puînés des vicomtes de Marseille de la maison de Fos, Ce fut Geoffroi, deuxième du nom, vicomte de Marseille, qui, en 1140, donna Hières à Pons de Fos son puîné.

La postérité de ce dernier eu jouit jusqu'en 1257, époque à laquelle, après un siège de cinq mois, la ville fut remise, avec toutes ses dépendances, à Charles d'Anjou , comte de Provence.

Hières , qui avait été détruite par les incursions des Sarrasins, ne fut reconstruite que lorsque ceux-ci eurent été chassés du Fraxinet. Elle était défendue par un château bâti sur la montagne qui la domine. Assiégé inutilement à différentes reprises par les comtes de Provence, par Raymond de Turenne, par les Carcistes , par les troupes de Henri IV et le baron de Vins, ce château fut pris de vive force par le due de Guise, qui le fit détruire de fond en comble.

Hières , patrie de Massillon , faisait jadis partie de la Provence, du diocèse de Toulon , du parlement et de l'intendance d'Aix. Elle était le chef-lieu d'une sénéchaussée et d'une viguerie , avait une église collégiale, une abbaye de filles de l'ordre de Ctteaux et plusieurs autres maisons religieuses. Elle députait aux états et aux assemblées générales de la province. Ses armes étaient d'azur à un château somme de trois tours d'argent , accompagné en pointe de trois besans de même.

Hières ( îles d') , îles de la Méditerranée, sur les côtes de l'ancienne Provence. Les anciens les connaissaient sous le nom éHles d'Or, qui leur venait, dit-on, de la grande quantité d'oranges (malaaurea) qu'elles produisaient ; elles sont aussi désignées dans Agathemère et dans Pline sous le nom de Stœchades (Stoixôosç) ; mais il faut éviter de tomber dans l'erreur commune que n'a

Sas su éviter d'Anville : c'est de confonre les grandes Stœchades, qui sont réellement les îles d'Hières, avec les petites Stœchades qui se trouvent en face de Marseille, et dans l'une desquelles est le château d'If. Pline , qui distingue formellement ces groupes, dit qu'après les Stœchades marseillaises , ainsi appelées parce qu'elles sont rangées en ordre , sont Sturium, Phenice et Phila, qui paraissent être Porquerolles, Port-Croz et l'île du Levant ou du Titan.

M. Walckenaer croit pouvoir affirmer que le mot Stœchades désigne, non les îles d'Hières, mais les îles d'If, quoique ce nom fût d'abord commun à toutes les îles qui se trouvent sur cette côte de la Méditerranée: A cet égard, il s'appuie fortement sur l'autorité de Pline et sur celle d'Orose, ainsi que sur un passage de Suétone, qui rapporte que Claude fut poussé par un vent violent jusque sur la côte des Stœchades , et que c'est pour cette raison qu'il aborda à Marseille; enfin, sur les veis de Lucain, dans lesquels on voit Brutus , préfet de la flotte de César, s'emparer de ces mêmes îles pour assiéger Marseille; témoignage corroboré par celui de César, de Bello civ., liv. I.

La plus grande des trois îles d'Hières, Porquerolles , fut plusieurs fois peuplée de moines que les Sarrasins enlevèrent ; un monastère qui s'y trouvait (monasterium .4rearum)îut saccagé et détruit plusieurs fois par les infidèles. Ces incursions fatiguèrent les religieux de l'ordre de ( liteaux qui s'y étaient établis, et ils l'abandonnèrent! Ce domaine, tombé, comme nous l'avons vu dans l'article précédent, au pouvoir de Charles d'Anjou, frère de saint Louis, se composait, outre les dépendances de Provence, de Porquerolles, Port-Croz et Titan; on ajoute aussi quelquefois Baqueau, qui est inhabité. François Ier érigea les îles d'Hières en marquisat, en 1531 , sous leur ancien nom à'iles d'Or, et les donna à la maison d'Ornesan , qui garda seulement Porquerolles, lorsqu'en 1549, Henri II fit un marquisat à part des deux autres , pour récompenser le seigneur de Roquendorf de son dévouement, sous la redevance annuelle de dix mailles d'or,

et à chaque mutation de seigneur, d'un faucon pour chaque dot, portanl sonnette d'or et de vermeil , et a la charge de faire bâtir des forteresses pour chasser les pirates. Les suzerains d'Hières élevèrent donc deux châteaux forts ; mais comme ils en avaient négligé la garde, Henri avait mis une garnison et un commandant à Porquerolles et à Port-Croz, ce qui ne laissait aux possesseurs qu'une ombre d'autorité. En 1774, les Anglais occupèrent la rade d'Hières sans chercher à inquiéter Porquerolles, dont ils ne rasèrent les forts qu'au commencement de la révolution , à l'évacuation de Toulon. Depuis cette époque, d'autres ouvrages fortifiés ont été élevés sur tous les points importants. La production de ces îles est si minime , qu'il faut envoyer de la terre ferme les provisions du jour destinées aux vétérans qui gardent les bastions.

Hilaire (saint), évêque de Poitiers, naquit dans cette ville au commencement du quatrième siècle. Sa famille , qui était restée païenne, voulait le pousser dans la carrière des honneurs ; mais s'étant lié avec plusieurs chrétiens , il admira leur doctrine, et bientôt y crut lui-même. Il entraîna dans sa conversion sa jeune femme et son fils. Sa piété, son zèle, son savoir le portèrent rapidement aux plus hautes dignités de l'Église. Le peuple de Poitiers l'appela à Pépiscopat en 350. Peu de temps après, il engagea avec Parianisme une lutte qui devait durer longtemps et qui a illustré son nom. L'empereur Constance s'était laissédominer lui-même par cette hérésie à laquelle le concile de Béziers donna gain de cause; et saint Hilaire, sur les dénonciations des évêques courtisans qu'il avait accusés, fut arrêté et relégué en Phrygie. Il ne se découragea pas : il écrivit au clergé des Gaules de nombreuses lettres ''pour le soutenir dans la pureté du dogme. En même temps , il combattit l'arianisme en Orient et à la cour impériale, quoique tout fût arien autour de Constance.

Enfin, les chefs de l'hérésie le firent renvoyer dans les Gaules. Avant de partir , saint Hilaire composa son invective contre Constance , où, sans prendre le ton d'un sujet rebelle, il

blâmait sans ménagement l'empereur , et s'élevait avec une libre indignation contre ses croyances impies et ses édits lyranniques. De retour dans sa ville natale, il y fut reçu, suivant l'expression de saint Jérôme , comme un vainqueur qui revient triomphant du combat.

Après avoir encore donné à l'Église de nouveaux témoignages de sa pieté et de son zèle , il mourut en 308. Ses ouvrages sont : un Commentaire sur saint Matth ieu; l'Invective contre Constance; un traité des synodes ; un traité en douze livres sur la Trinité; un Commentaire sur les psaumes. Le style de saint Hilaire, tout en reproduisant les défauts du temps, est serré , précis, nerveux ; il est ordinairement animé , souvent impétueux. Saint Jérôme appelle saint Hilaire le Rhône de l'éloquence latine.

Hilaire (saint), évêque d'Arles, né au commencement du v* siècle, sur la frontière de Lorraine et de Champagne. Sa famille était illustre et puissante : ses talents l'anpelaient à jouer un rôle brillant dans le monde. Mais à la voix de saint Honorât, son compatriote et son parent, il renonça à toute ambition terrestre pour se vouer au service de Dieu dans le monastère de Lérins fondé par saint Honorât, et s'y éleva au plus haut degré de la piété chrétienne, en même temps qu'il y acquit une érudition profonde dans les .

lettres sacrées. Il suivit son maître à Arles, et après la mort de ce saint évêque, personne ne parut plus digne de lui succéder que son élève. Toutefois saint Hilaire ne songea qu'à se soustraire à une' si grande tâche et s'enfuit dans la retraite. Le préfet Cassius l'alla prendre de force, en quelque manière, et vaincu par les acclamations unanimes et les instances pressantes du peuple d'Arles , saint Hilaire consentit à devenir évêque. Le pieux bonheur dont il jouissait au milieu d'un troupeau docile a sa voix et rempli pour lui de vénération et d'amour, fût empoisonné par les démêlés où il se trouva engagé avec le pape saint Léon. Un évêque des Gaules , Célidoine , dont l'ordination avait été peu régulière, s'étant vu déposé par un concile que présidait saint Hilaire, en appela à l'autorité du pape , qui ac-

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