‹ FranceChapitre 215 sur 378 · HO€UE FRAI · texte numérisé non relu

HO€UE FRAI

raisonnement et de science contre la fable du maguétisme; les empiriques ne purent teoir contre les rudes coups d'un tel adversaire. Dans la fin de sa vie, cet homme d'esprit, qui avait aussi beaucoup d'indépendance et de patriotisme, s en prit aux jésuites, et, Pascal du feuilleton, les cloua au pilori de la raison et de la moquerie française, il mourut en 1828 Quelques mois après sa mort, parut l'ordonnance sur les séminaires, qui dut le réjouir dans son tombeau.

Hogue (combat de la), ou plutôt de la Ilougue. Louis XIV voulut, comme on le sait, tenter, en 1G92, une entreprise décisive en faveur de Jacques II, en faisant une descente en Angleterre avec lô,000 hommes. Les troupes étaient rassemblées entre Cherbourg et la Hogue; plus de trois cents navires de transport étaient prêts a Brest. Tourville, avec quarante-quatre vaisseaux de ligne, les attendait sur les côtes de Normandie. D'Estrées arrivait de Toulon avec trente autres vaisseaux ; mais le vent, d'abord favorable à cette escadre, changea; elle ne put joindre Tourville.

Cet amiral n'avait que quarante-quatre vaisseaux et onze brûlots, lorsqu'il rencontra les flottes d'Angleterre et de Hollande, fortes de quatre-vingt-huit vaisseaux et de dix-huit brûlots, a sept lieues au large du cap de la Hogue et de la pointe de Uarfleur. Tourville, qui avait ordre d'attaquer, fort ou faible, parce que le roi espérait, d'après les promesses de Jacques, la désertion d'une partie de la flotte anglaise, s'avança ayant l'avantage du vent; l'action s'engagea à huit heures du matin. Une canonnade terrible se lit entendre. Chacun des vaisseaux français tut assailli par deux ou trois vaisseaux ennemis; l'amiral Tourville eut affaire à l'amiral anglais et à ses deux matelots, portant chacun cent canons; il les repoussa si vivement qu'ils arrivèrent deux fois.

Le combat se soutint d'abord avec un égal avantage, malgré la supériorité des Anglais. Mais enfin les ennemis arrivèrent sur la (igne française, la morcelèrent, et la flotte de Tourville se trouva rejetée sur la côte du Cotentin et séparée dans plusieurs anses où un combat terr

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rible fut encore livré. Dans la nuit, le vent étant devenu favorable , Tourville, dont les vaisseaux tiraient trop d'eau pour entrer dans les ports de la Manche, fit signal de regagner Saint- Malo; vingt -deux y parvinrent, trois demeurèrent à Cherbourg; sept se réfugièrent à flrest; douze autres, poursuivis par l'amiral anglais Russe!, s'échouèrent dans la rade de la Hogue :

les capitaines en retirèrent les canons, les munitions et les agrès, et firent mettre le feu à la coque, pour ne pas les laisser brûler par les Anglais. Les Anglais comptèrent deux mille morts et trois mille blessés; ils eurent l'avantage de la journée, mais la gloire en demeura à Tourville qui, succombant sous le nombre, avait vaillamment combattu, et n'avait vu aucun de ses vaisseaux amener son pavillon (29 mai 1692).

La bataille de la Hogue eut un retentissement très-populaire en Angleterre; la renommée exagéra cette journée qui, aujourd'hui encore, est plus célèbre en France que la victoire presque inconnue de Beachy - Head (remportée le 10 juillet 1090 (*), la veille de la bataille de la -Boyne, par Tourville, contre la flotte anglo-hollandaise, forte de soixante vaisseaux, trente frégates et brûlots). « Tous les historiens ont répété que le désastre de la Hougue fut la ruine de la marine française. Il n'en fut pourtant rien* on mit bientôt en mer des forces égales à celles qu'on avait jamais eues; et quelques jours après la bataille, les vingt-deux vaisseaux retirés à Saint- Maîo se partagèrent en plusieurs escadres, et capturèrent deux flottes marchandes (**). »

Hohenhaven (combat de). A l'effet de faciliter le mouvement de la division Saint-Cyr, qui décida le succès de la bataille dKngen (Voyez Engen [bataille de]), la division Richepanse devait tourner, et s'il était possible, enlever le plateau de Hohenhaven , la plus élevée des hauteurs qui entouraient le théâtre de l'action principale. Maiscette division rencontra une résistance des plus vives, et les Autrichiens l'eussent

O Sur la ^te de Susse*.

H Lavallée , Hûtoire de» Français

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culbutée tout entière, si Saint-Cyr luimême ne fût venu la secourir. Richepanse put alors attaquer le Hohenhaven , qui fut escaladé malgré tous les obstacles du terrain , malgré les balles et les boulets.

Hohenltnden ( bataille de), 3 décembre 1800. L'armée d'Allemagne, commandée par Moreau, après s'être avancée un peu témérairement, se vit dans la nécessité de battre en retraite jusqu'à Hohenlinden , gros bourg situé à l'issue d'une forêt du même nom, que traversait dans un défilé de plus de 8 kil. la seule route qui fût alors praticable. C'est dans cette position que Moreau résolut d'attendre l'ennemi. Grenier , avec la réserve de cavalerie et les divisions Legrand et Hardy, fut posté à Harthofen ; IVey et Grandjean se déployèrent à droite* et à gauche de Hohenlinden au débouché des bois. Richepanse et Decaen se portèrent en avant pour occuper Mattenport à l'entrée du défilé.

Le 3 décembre, l'archiduc Jean partit d'IIaag. Keinmayer et Latour conduisaient à droite, par Dorfen , 25,000 hommes; une colonne de 10,000 hommes gardait la gauche, en côtoyant la forêt. L'archiduc s'enfonça dans le défilé avec la colonne du centre, forte de 40,000 hommes et suivie des parcs et des équipages. Les colonnes avaient ir/arché toute la nuit par une neige abondante. Celle du centre, favorisée par la chaussée , arriva la première. A sept heures du matin, Pavant-garde attaqua la gauche de Grouchy ; mais la division Ney vint soutenir ce général, et l'archiduc fut rejeté dans le défilé. Cependant la division Richepanse, retardée par la neige et la difficulté des chemins , s'avançait vers Mattenport , lorsqu'elle vit déboucher la colonne de gauche de l'armée autrichienne; en même temps, le bruit du canon l'avertissait que l'ennemi était engagé dans la forêt. Le général Richepanse prit alors une résolution hardie

Îui assura le succès de la journée, •aissant à Drouet le soin de contenir, avec sa brigade, la colonne ennemie jusqu'à l'arrivée du général Decaen , lui-même, avec deux régiments d'infanterie et un régiment de chasseurs , con-

tinua son mouvement sur Mattenport.

Au sortir de ce village , il se trouva en présence de huit escadrons, extrême arrière-garde de l'archiduc, qui à ce moment avait achevé de défiler. Sans s'arrêter à cet obstacle , et laissant en arrière le général Walther avec le 1er de chasseurs pour faire face à l'ennemi , il se jeta, avec son infanterie, dans la foret, où il ne tarda pas à rencontrer la queue de la colonne du parc et des bagages. Deux régiments autrichiens qui la défendaient furent culbutés. Le désordre le plus affreux se mit dans le convoi, qui se jeta pêle-mêle sur le corps d'armée qui combattait à Hohenlinden. Moreau sentit que c'était le moment décisif. 11 donna l'ordre à Ney de se précipiter sur le front des Impériaux. Ceux-ci, chargés à la fois en tête et en queue, se défendirent à peine. L'archiduc s'enfuit des premiers; la déroute fut complète. A notre gauche le combat fut plus opiniâtre ; cependant l'ennemi dut aussi battre en retraite.

Les Impériaux perdirent dans cette journée 25,000 hommes tués, blessés ou prisonniers, 100 canons et presque tous les bagages. La victoire nous coûta 10,000 morts.

Holbach (Paul Thyry, baron d'), né à Heidelsheim, dans le Palatinat, en 1723. Héritier d'une grande fortune amassée par son père, bourgeois parvenu, il se fixa à Paris, où il était venu faire ses études. Il avait le goût des sciences et de la philosophie , beaucoup de mémoire et un esprit très-actif. Il se lia avec la plupart des philosophes de l'époque , et seconda leur cause par de nombreux ouvrages d'une extrême hardiesse qu'on imprimait en Hollande sans y mettre son nom.

Mais ces écrits, dont quelques amis seulement le savaient auteur, firent d'abord moins pour sa réputation que ses soupers, où il réunissait les plus fougueux adeptes de la réforme sociale et philosophique , et auxquels le charme d'une conversation libre et variée ne donnait pas moins de prix que les jouissances ménagées aux convives par l'art des meilleurs cu\s\riiers.Lepre??iiermaitre d'hôtel de la philosophie, comme l'appelait l'abbé Galiani, a été jugé et dépeint fort diversement pour le caractère. Selon

HOLBACH FRAiNCK. HOLLANDE 449

ses amis, c'était un homme doux , bienfaisant, d'une égalité d'humeur inaltérable, d'une raison ferme, ennemi de tout préjugé; ainsi nous ie représente Naigeou, dont l'impartialité est ici plus que douteuse. Diderot, qui se faisait gloire d'être son maître, lui donne aussi de grands éloges, tout en avouant qu'il lui arrivait souvent de se montrer insolent et grossier. Marmontel atteste que jamais il n'entendit insulter chez lui aux objets les plus sacrés de la croyance des hommes ; mais il ne sera pas aisément cru sur ce point. Rousseau , qui avait paru un instant dans cette coterie, n'a point parlé en termes aussi favorables du baron d'Holbach. Il se plaint vivement de son orgueil , de sa rudesse. D'Holbach est bien plus maltraité encore par tous ceux qui se sont érigés en défenseurs des principes religieux qu'il voulait radicalement détruire. En cherchant à dégager le vrai de ces témoignages opposes , on arrive à penser qu'il put bien en effet n'être pas toujours très-facile à vivre; mais que, cependant , sauf son goût trop prononcé pour les femmes et la bonne chère , il vécut en homme raisonnable et même en homme de bien. Il paraît certain que ce farouche ennemi de la religion s'empressa de donner des secours aux jésuites lorsqu'ils furent bannis de France.

Du reste, si l'homme a été calomnié, on n'a rien pu dire de trop fort contre l'écrivain. Le fameux Système de la nature est tout ce que le matérialisme et l'athéisme ont jamais produit de plus hardi et de plus désolant. D'Holbach n'y reconnaît autre chose de réel que la nature physique, d'autre cause ni d'autre objet que la matière, d'autre activité chez l'homme que la sensation. Avec un tel système , les lois sur lesquelles repose l'existence des sociétés ne sont plus que de pures conventions dépendant du caprice de l'homme. Il alla si loin, qu'il s'attira les censures de Voltaire lui-même, qui d'ailleurs était choqué de la lourdeur et de l'incohérence du style de l'ouvrage.

D'Holbach mourut en 1789, âgé de soixante-six ans. La liste des ouvrages sans nom d'auteur qui lui ont été attribués est très-nombreuse. Nous ne citerons que le Christianisme dévoilé ,

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ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne ; les Lettres à Eugénie, ou Préservation contre les préjugés ; l'Histoire critique de Jésus* Christ, ou Analyse raisonnée des Évangiles.

Hollande (Guerres de). — Vers la fin du troisième siècle , des Francs qui avaient envahi la Gaule, et que Probus, après les avoir battus plusieurs fois en 277 , sous Gallien , avait transportés sur les bords de la mer Noire, s'ennuyèrent de leur exil, et, s'embarquaut de nouveau , vinrent aborder dans la Frise et la Batavie : tels étaient les noms que portait à cette époque la Hollande actuelle. Pour repousser les agresseurs, les Bata v es s'unirent aux Frisons , et dès lors , jusque vers le milieu du onzième siècle (1064), la contrée entière prit le nom de Frise. Au reste, la Frise proprement dite, où nous allons voir les Francs porter leurs armes, était en ce temps beaucoup moins resserrée qu'elle ne Test aujourd'hui ; l'annaliste Éginhard nous apprend que les Frisons s'étendaient le long de la mer jusqu'à l'embouchure de l'kscaut; on voit, d'un autre côté, dans la vie de saint Éloi, qu'ils touchaient aux Antuerpiens, c'est-à-dire au pays d'Anvers, et que leurs ducs , au moins pendant quelque temps, possédèrent la ville d'Utrecht et une partie de Ylnsula Batavorum.

Du joug des empereurs romains, ces peuples passèrent sous celui des premiers rois francs ; mais ils cessèrent de payer tribut sous le règue de Clovis II. Pépin d'Héristal entreprit, en 688, de les ramener dans le devoir. Chargeant le comte JNordberg, une de ses créa* tures , de garder dans Paris le fantôme de roi qui occupait alors le trône (Thierry III) , il se rendit à Cologne, et y réunissant les milices des royaumes de Neustrie , de Bourgogne et d 'Austrasie , il entra en campagne. Ratbod, duc de Frise, dont le père s'était rendu indépendant de la France, fut d'abord sommé de se soumettre.

Pour toute réponse , il se mit à la tête de ses troupes, et marcha au-devant de l'armée frangue. Complètement battu , et sur le point de tomber au pouvoir du vainqueur, il demanda quartier,

OP., etc.) 29

s'engagea à payer tribut, et donna des otages. Mais quatre ans après, la deuxième année du règne de Clovis III, il essaya encore de se soustraire par la révolte au joug des Francs. Pépin d'Héristal retourna le combattre , et le défit rès de Dorestat (aujourd'hui Batemurg), dans la Gueldre; et le Frison, outre l'ancien tribut annuel , consentit à payer sur-le-champ, en dédommagement des frais de la guerre, une somme considérable.

En 716, sous le règne de Dagobert III , ce même Ratbod, profitant de la mort de Pépin d'Héristal, et s'alliant à Raginfred, duc des Neustriens, entra dans l'Austrasie et la ravagea jusqu'à la Meuse. L'année suivante , Charles-Martel, apprenant que Ratbod et Raginfred se mettaient l'un et l'autre en marche pour envahir de nouveau l'Austrasie, résolut de prévenir leur jonction , s'avança à la rencontre de Ratbod et lui livra bataille. Selon certaines chroniques, il fut défait et mis en fuite; selon d'autres, la journée lut très - sanglante, mais resta indécise, et les deux partis se retirèrent pour réparer leurs pertes par de nouvelles levées. Lorsqu'on rentra en campagne, Charles- Martel eut d'abord le dessous; mais peu de temps après il infligea, sur les bords de la petite rivière d'Amblère, une terrible défaite à ses deux adversaires, qui mirent bas les armes.

Les Frisons se tinrent tranquilles jusqu'en 733, que Poppon, leur duc, successeur de Ratbod , vint ravager les frontières françaises. Charles -Martel passa en Frise l'année suivante, y exerça de cruelles représailles, et força Poppon à demander la paix et à livrer des otages. Mais cela n'empêcha pas le Frison de reprendre bientôt les armes.

Charles revint bientôt, sur une flotte, l'attaquer dans ses tles, et lui livra près de la rivière de Bourdin (aujourd'hui Borduen) une bataille où le duc perdit la \\e.

Pendant plus de deux siècles la Frise continua à relever des rois francs.

Charlemagne y institua des comtes; Louis le Débonnaire la donna à Lothaire, qui la transmit à son fils; Charles le Gros la céda à Godefroi, duc des Normands , en lui faisant épouser

Gisla, fille de Lothaire. En 892, Godefroi se révolta , mais il fut vaincu et massacré avec tous ses Normands. La Frise fut alors divisée en plusieurs provinces qui eurent chacune leur chef; mais les rois francs conservèrent sur ces cheft leur suprématie jusqu'en 980, où ils se la laissèrent ravir par les empereurs d'Allemagne.

A partir de cette époque, on voit bien Guillaume Ier, comte de Hollande, combattre à Bouvines dans les rangs des ennemis de Philippe-Auguste; Guillaume III, dit le Bon, s'unir contre les Français à Édouard III , roi d'Angleterre; et Philippe III, duc de Bourgogne , qui s'est emparé de la Hollande , servir encore les Anglais au détriment de la France; néanmoins on peut dire que jusqu'à la seconde moitié du dixseptième siècle il n'y eut point de guerres entre la France et la Hollande. Loin de là : pendant la longue lutte que les Hollandais soutinrent contre l'Espagne, pour recouvrer leur indépendance, plusieurs rois de France leur prêtèrent leur appui. Henri IV et Louis XIII furent constamment leiirs alliés et leurs protecteurs. Louis XIV lui-même, en 1665, leur envoya un secours de six mille hommes contre l'évéque de Munster et les Anglais.

Cependant, le 28 janvier 1668, la Hollande signa contre la France, avec l'Empire et r Angleterre, un traité dit de la triple alliance. Louis jura de l'en punir ; et à peine eut-il conclu , le 2 mai suivant, la paix d'Aix-la-Chapelle, qu'il songea à exécuter son grand projet de conquérir tous les Pays-Bas, en commençant par la Hollande. Cette petite république dominait sur les mers, mais sur terre rien n'était plus faible. Privée de ses alliés, elle ne pourrait, pensait le roi , résister aux efforts d'une armée française. Son premier soin fut donc de la sé'parer des puissances qui feraient cause commune avec elle; il s'occupa d'abord à en détacher l'Angleterre, et n'eut aucune peine à engager Charles dans ses desseins. La jeune et attrayante duchesse d'Orléans , sœur de ce prince, alla négocier la honte de son frère. En lui promettant cinq millions et en laissant de l'autre côté du détroit une de ses filles d'honneur, elle

obtint de lui tout ce qu'elle avait mission de demander. Louis XIV soudoya de même l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster. La Suède, sans attaquer la Hollande, devait l'abandonner aussitôt, qu'elle la verrait menacée , et moyennant quelques subsides renouer ses anciennes liaisons avec la France.

L'Empereur était occupé des séditions de la Hongrie , et l'Espagne , toujours faible, toujours irrésolue , toujours lente, semblait peu à craindre. Tout conspirait donc à la perte des Hollandais.

Mais sur quel prétexte Louis allait-il baser sa déclaration de guerre? A défaut de raison valable , on allégua une médaille où les États-Généraux se vantaient d'avoir affermi les lois , épuré la religion, secouru, défendu, réconcilié les rois, assuré la liberté des mers, paciiié l'Europe. Ils ne se vantaient de rien qu'ils n'eussent réellement fait; d'ailleurs, au premier mot, pour apaiser Louis XIV et conjurer forage , ils brisèrent le coin de cette médaille; mais réparations, négociations, prières, rien île put fléchir le roi , et la guerre fut déclarée au commencement de 1772.

Ces préparatifs de la France étaient immenses. Son armée s'élevait à cent

Suatre-vingt mille hommes , et recevait e Louvois la plus formidable organisation. Pour la première fois la baïonnette, si terrible entre des mains françaises, fut mise au bout du fusil.

I L'infatigable génie de Colbert, dit M. Michelet, avait créé une marine, et la France, obligée naguère d'emprunter des vaisseaux a la Hollande , en comptait cent trente dans ses ports. Cinq arsenaux maritimes avaient été bâtis, Brest, Rochefort, Toulon, Dunkerque , le Havre. Dunkerque est malheureusement ruiné; mais Toulon, mais Brest, avec ses vastes constructions, avec ses montagnes écartées pour faire place aux vaisseaux, témoignent encore de l'effort herculéen que fit alors la France, de l'immortel défi qu'elle porta aux Hollandais pour la domination des mers. »

Aux cent quatre-vingt mille combattants de Louis , à Condé , à Turenne et à Luxembourg qui étaient ses généraux, a Vaubon qui devait conduire les sièges,

à une artillerie prodigieuse; enfin, à cinquante millions qui garnissaient les caisses militaires et dont une partie était destinée à corrompre les commandants des places, la Hollande n'opposait qu'environ vingt-cinq mille soldats et un général de vingt-deux ans; mais ce général était Guillaume d'Orange, Guillaume qui, dans un corps débile, avait une âme de bronze, et brûlait déjà du feu de l'ambition et de la gloire. Il n'avait encore vu ni siège ni combat; mais l'expérience du métier des armes allait lui venîr vite : il employa sur-leebamp, avec toute l'énergie et toute l'habileté possible, les faibles ressources de la république; et s'il succomba d'abord, il sortit enfin victorieux de la lutte.

L'armée à la téte de laquel le Louis XIV ouvrit la campagne, au mois d'avril, se divisait en trois corps, conduits, le premier par Tureune , sous les ordres immédiats du roi, le second par Condé, le troisième par Luxembourg. Chacun d'eux lit de rapides progrès. Quatre villes furent aussitôt prises qu'investies. Burick ouvrit ses portes à Turenne Le 3 juin; Vesel au prince de Condé, le 4 ; Orsoi et Rheinberg au roi, le 3 et le 6. Le 12, toutes les places qui bordaient le Rhin et ITssel s'étaient successivement rendues. Quelques gouverneurs avaient envoyé leurs clefs aussitôt qu'ils avaient vu passer de loin de simples détachements français. La consternation était générale, et toute la Hollande s'attendait à passer sous le joug dès que Louis XIV serait au delà du Rhin. Le prince d'Orange fit établir à la hâte des lignes derrière ce fleuve, mais il ne put les défendre. Des gens du pays indiquèrent à Condé un bras guéable.

On tenta aussitôt le passage. H n'y avait qu'une vingtaine de pas à nager, un rang de chevaux rompait le courant, l'abord était aisé , et la rive défendue seulement par quatre ou cinq cents cavaliers et deux faibles régiments d'infanterie sans canon. L'artillerie française se mit à les foudroyer de flanc, et bientôt , tandis que la maison du roi et l'élite de la cavalerie française passaient sans risque au nombre de quinze mille hommes , les cavaliers ennemis prirent la fuite, et l'infanterie déposa les armes.

Condé eut le poignet fracassé d'une balle ; du reste , on ne compta que trèspeu de morts et de blessés. L'infanterie passa tranquillement avec le roi sur un pont de bateaux qu'on avait établi un peu plus loin.

La fin de la campagne ne fut plus qu'une suite de succès. Doesbourg, Zutphen , Nonenbourg , Arnheim , Zwoll , Deventer, Nimègue, Coewerden, Bommel, Crèvecœur, Naerden, et plus de trente autres places fortifiées se rendirent presque sans résistance. En moins de trois mois, les provinces d'Utrecht, de Gueldre et d'Over-Issel étaient soumises. Le 12 juillet, quatre cavaliers allant en maraude s'avancèrent jusqu'aux portes de Minden , où sont les écluses qui peuvent inonder le pays, et qui n'est qu'à une lieue d'Amsterdam; aussitôt les magistrats épouvantés vinrent leur présenter leurs clefs.

Ils les leur reprirent ensuite, lorsqu'ils virent qu'ils étaient seuls; mais un instant de diligence eût mis Amsterdam dans les mains du roi, et cette capitale prise, c'en était fait de la république.

Dans cet imminent péril, Jean de Witt crut ne pouvoir sauver la patrie qu'en demandant la paix au vainqueur; sincèrement républicain, il craignait l'élévation du prince d'Orange et prévoyait que la durée de la crise le porterait au stathoudérat. Le prince, au contraire, s'opposait vivement à la paix.

Les états résolurent malgré lui de la demander ; mais il fut nommé stathouder malgré de Witt. Des députés vinrent au camp de Louis implorer sa clémence. Louvois les reçut avec une insultante hauteur. On les obligea à revenir plusieurs fois. Enfin le roi leur fit connaître ses volontés. Il exigeait tout le pays situé au delà du Rhin et un certain nombre de places fortes au sein des provinces hollandaises; une somme de vingt millions; la libre circulation des Français sur tous les canaux et sur toutes les routes de la Hollande, sans jamais paver de droits; le rétablissement de la religion catholique; une ambassade extraordinaire qui, tous les ans , lui apporterait une médaille d'or où il serait grave que la Hollande tenait sa liberté de lui ; enfin, des

satisfactions pour le roi d'Angleterre , l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster.

Ces conditions parurent intolérables, et l'orgueil du vainqueur inspira aux vaincus le courage du désespoir. Ils résolurent de périr les armes à la main; et tandis que l'exaspération du peuple éclatait contre les de Witt qui avaient conseillé la paix ; tandis que ce grand citoyen et son frère périssaient assassinés , tous les cœurs , toutes les espérances se tournaient vers Guillaume.

Le jeune stathouder était loin, en effet, de se laisser abattre. Il couvrait d'inondations les passages par où les Français pouvaient pénétrer dans l'intérieur du pays. Ses promptes et secrètes négociations réveillaient de leur assoupissement l'Empereur, l'Empire, le conseil d'Espagne, le gouverneur de la Flandre ; il disposait l'Angleterre même à la paix. Enfin Louis XIV était entré en Hollande au mois de mai, et dès le mois de juillet l'Europe se liguait contre lui.

D'autre part, les Hollandais conservaient leur supériorité maritime. Le 7 juin avilit eu lieu, près de Sultzbay, entre les flottes réunies de France et d' Angleterre, sous les ordres du comte d'Estrées et du duc d'York, et la flotte hollandaise , commandée par l'amiral Ruvter , un combat dont chaque parti s'était attribué l'avantage , mais qui força les alliés à respecter les côtes de la Hollande, et qui permit à la flotte marchande des Indes d'entrer peu après dans le Texel , et à la république de réparer en partie , avec les richesses de son commerce, les pertes qu'elle venait d'essuyer sur le continent. Enfin les Français commirent une énorme faute :

Condé et Turenne voulaient qu'on démantelât la plupart des places hollandaises , Louvois qu'on y mît des garnisons ; le roi crut Louvois. On se fia donc aux murailles, on espéra tenir la Hollande en mettant la main sur des pierres, et la Hollande échappa... Vers la fin de juillet, Louis XIV, vovant qu'il n'y avait plus de conquêtes à faire dans un pays inondé, et que la garde même des provinces conquises devenait difficile, s'en retourna à Saint-Germain.

Après son départ, la face des affaires

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changea vite. Turenne dut marcher sur la Westphalie pour s'opposer aux Impériaux. Le général autrichien Montécuculli et l'électeur de Brandebourg s'avançaient à la téte de 45,000 hommes. Pendant plus de trois mois, ils tentèrent vainement de passer le Rhin, à Coblentz , à Mayence , à Strasbourg et ailleurs ; l'habile et vigilant Turenne les empêcha, d'un côté, ae secourir les Hollandais, et de l'autre, de faire diversion en Alsace. Mais le gouverneur de Flandre renforça , sans Paveu de l'Espagne, d'une dizaine de mille hommes, la petite armée du prince d'Orange, qui put alors tenir téte aux Français jusqu'à l'hiver. C'était déjà beaucoup que de balancer la fortune.

Avant d'ouvrir la campagne de 1673, Louis XIV agita par ses négociations les cabinets de tous les princes de l'Europe. Il gagna le duc de Hanovre et l'électeur de Brandebourg; il envoya des agents fomenter les troubles de la Hongrie , et continua à soudoyer le roi d'Angleterre ; mais il ne put empêcher que l'Empereur, l'Empire et l'Espagne ne s'alliassent avec les Hollandais. Il avait tellement changé le cours des xhoses, que ce peuple, son ami naturel, était devenu celui de la maison d'Autriche, et que l'Espagne, l'Espagne ellemême , défendait la Hollande !... Au mois de juin, il alla en personne assiéger Maëstricht, qui capitula au bout de treize jours. La communication des troupes françaises qui opéraient en Hollande avec celles qui opéraient en Allemagne se trouva ainsi assurée ; mais Condé ne put percer dans le cœur des provinces hollandaises que couvrait l'inondation ; mais le prince d'Orange reprit JNaarden , le 14 septembre ; mais Bonn se rendit malgré Turenne à Montécuculli , et les Impériaux purent faire leur jonction avec les Hollandais. Il y avait eu cette même année, sans résultats pour l'un ou l'autre parti , trois combats sur mer, le premier le 7 juin, le second le 14, le troisième le 22 août.

Quand s'ouvrit la campagne de 1674, la France se vit réduite à ses propres forces. Le parlement d'Angleterre ne voulant plus que Charles servît d'instrument à la grandeur de la France, l'avait obligé à conclure , le 19 février,

la paix avec la Hollande ; l'électeur de Cologne , l'évêque de Munster , l'électeur Palatin , s'étaient aussi déclarés pour la république ; enfin l'électeur de Brandebourg suivit bientôt leur exemple.

11 fallut évacuer les trois provinces d'Utrecht , de Gueldre et d'Over-Yssel avec autant de célérité qu'on les avait conquises. On rendit 28,000 prisonniers au prix d'un écu par soldat, et l'arc de triomphe de la porte Saint-Denis , monument de la conquête, s'achevait à peine , que cette conquête était déjà abandonnée. Louis , cependant , était toujours redoutable. Il improvisa quatre armées, et tandis que la première allait , sous les ordres de Turenne, tenir les Impériaux en échec et incendier le Palatinat, la seconde protéger le Roussiilon, la troisième, qu'il dirigeait en personne , conquérir de nouveau la Franche-Comté, il envoya le prince de Condé combattre les Hollandais , à la téte de la {quatrième. Mais le prince d'Orange eut dès lors, jusqu'à la conclusion de la paix en 1678, le bonheur de maintenir le théâtre de la guerre hors de son pavs. Il pénétra en Flandre avec près de 80,000 combattants, fit de rapides progrès, et alla mettre le siège devant Charïeroi. Condé, qui n'avait que 45,000 hommes, résolut néanmoins de troubler cette opération , et attaqua le 11 août, près du village de Senef, l'avant-garde des ennemis. Après l'avoir battue , il se jeta sur le gros de leur armée. Alors , sur une étendue de deux lieues, s'engagea une action générale qui dura douze heures. Il y eut de part et d'autre 8,000 morts et 3,000 prisonniers ; aussi la victoire demeurat-elle indécise. L'occupatiou du champ de bataille par les Français leur donna seule le droit de s'attribuer l'avantage.

Le prince d'Orange , de son côté , pour qu'on crût qu'il avait été vainqueur, alla, peu de jours après, assiéger Oudenarde ; mais Condé prouva qu'il n'avait pas été vaincu , en le forçant d'en lever le siège. Toutefois, les alliés terminèrent la campagne par la prise de Grave et de Dinant.

Sur mer , l'amiral Tromp , qui avait opéré une descente à Belle-Isle , près

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des côtes de Bretagne, fut forcé, le 28

Î'uin, de se rembarquer précipitamment i l'approche d'une escadre commandée par M. de Goëtlegon. L'amiral Ruyter, (jui était descendu près du fort Royal , à la Martinique, fut aussi contraint de se rembarquer après avoir perdu 1,200 hommes.

Le 27 mars de l'année suivante, le comte d'Estrades mit une garnison française dans la citadelle de Liège, dont voulaient s'emparer les Impériaux, pour faciliter aux Hollandais le siège de Maastricht. Louis XIV, qui était venu à l'armée , reprit Dinant le 27 mai. Il avait sous ses ordres le maréchal de Créqui. Hui se rendit le 6 juin au marquis de Rochefort, et Li m bourg, le 11, au duc d'Enghien. Mais le lt août, Créqui , voulant secourir Trêves qu'assiégeait un corps de 20,000 Allemands , l'ut complètement battu à Consarbruck.

Après cette défaite , il entra lui quatrième dans Trêves ; mais cette place capitula le 8 septembre. Le stathotider s'était emparé de Binch dans les premiers jours du mois. On voit qu'en Flandre la fortune ne s'était décidée ouvertement pour aucun des deux partis. Il en fut de même sur le Rhin , malgré la mort de Turenne. Aussi viton, vers la fin de la campagne, des conférences pour la paix s'ouvrir à Nimègue.

Malgré ces négociations, la guerre continua en 1676 avec vigueur. Louis XIV vint encore à l'armée , et sa première opération fut de faire sauter la citadelle de Liège. Le 26 avril , il prit la ville de Condé ; Monsieur entra, le 1 1 mai, dans Bouchaîn ; et, le 31 juillet, le maréchal d'Humières reçut la capitulation d'Aire.

Cependant le prince d'Orange assiégeait Maëstricht. Le 27 août, après quarante jours de tranchée , pendant lesquels un grand nombre de combats avaient eu lieu entre les assiégeants et la garnison, l'approche du maréchal de Schomberg le força de lever le siège, et les bâtiments 'de transport où ce prince s'était hâté de charger son artillerie, ses munitions et ses vivres, tombèrent au pouvoir du dur. de Villeroi et du comte de Montai, qui les firent remonter la Meuse et ramener dans Maëstricht.

Les opérations maritimes de la France furent cette année-là des plus glorieuses. Vers la fin de 1675, Louis XIV avait envoyé le chef d'escadre Duquesne porter des secours aux Messinois révoltés contre l'Espagne. Ruyter voulut s'y opposer ; Duquesne le battit le 8 janvier 1676 en vue des côtes de la Sicile, et Messine fut secourue. La flotte hollandaise avait été tellement maltraitée, que Ruyter ne songeait plus qu'à regagner les ports de la Hollande, lorsqu'il reçut l'ordre de continuer à tenir la mèr. Le 22 avril , eut lieu entre les mêmes adversaires un nouveau combat, où les alliés, encore vaincus, perdirent 12 vaisseaux, 6 galères, 7,000 hommes, et, ce qui valait mieux que tout cela, Ruyter. Le 21 juin, le maréchal de Vivonne acheva dans la Méditerranée la destruction des débris de la flotte ennemie ; enfin , le 22 décembre, sur les côtes de l'Amérique méridionale, le comte d'Estrées reprit aux Hollandais l'île et le fort de Cayenne , dont ils s'étaient emparés six mois auparavant.

Néanmoins, les négociations de Nimègue n'avançaient point. Louis XIV revint en Flandre dès le mois de février 1677, et par sa présence imprima une telle activité aux travaux du siège de Valenciennes , déjà commencés par le maréchal de Luxembourg, que la place capitula le 17 mars. La ville de Cambray , assiégée ensuite , se rendit le 5 avril, et la citadelle ne tint que dix jours de plus. Dans le même temps, Monsieur assiégeait Saint-Omer. Le prince d'Orange, qui tenta de secourir la place, perdit, le 1 1 avril, la bataille de Cassel, et une semaine après , Saint-Omer ouvrit ses portes. Le stathouder alla alors investir Charleroi; mais H fut obligé , le 4 août , de renoncer à cette entreprise , et ainsi se termina la campagne.

Louis XIV ouvrit encore celle de 1 678 avant la fin de l'hiver. Il fit d*abord investir Charleroi, Namur, Luxembourg, puis, passant des bords de la Moselle à ceux de l'Escaut , il s'empara de Gand le 10 mars, d'Ypres le 25. La ville et le château de Leure , à quatre lieues de Louvain , capitulèrent le 4 mai. Le 2 juin, la guerre languissant, le roi retourna à Saint-Germain, et le 10 août,

les envoyés signèrent à Nimègue, avec la Hollande, un traité de paix dont le principal article était la restitution de Maèstricht. Le 14, c'est-à-dire, quatre jours après rechange des signatures, le prince d'Orange , feignant de ne rien savoir , attaqua le maréchal de Luxembourg à Saint-Denys , près Mons ; mais cette mauvaise foi ne servit qu'à enflammer le courage de nos troupes. Le combat fut sanglant, opiniâtre, et la victoire se déclara pour nous.

En 1686, lorsque les principales puissances de l'Europe formèrent à Augsbourg une nouvelle ligue contre Louis XIV, les Hollandais s'empressèrent d'y accéder. Puis, de 1688 à 1697, de 1702 à 1718, de 1740 à 1748, Ja France les retrouva encore au nombre de ses ennemis ; mais les guerres que ces trois périodes embrassent sont celles de la Succession d'Angleterre , de la Succession d'Espagne et de la Succession d'Autbiche , auxquelles nous avons consacré des articles spéciaux, et nous y renvoyons.

Passons aux guerres de la révolution.

Dumouriez avait , dans les trois derniers mois de Tannée 1792, conquis la Belgique , traversé la Meuse , poussé ses avant-postes jusqu'à la Roër,

Ï>uis , manquant d'audace, s'était arrêté à, au lieu de poursuivre les Impériaux jusqu'au Rhin. 11 comprit bientôt que c'était une faute, car, dès le mois de février 1793 , les ennemis se disposèrent à reprendre l'offensive. Alors , pour leur tenir tête malgré sa faiblesse numérique, il conçut un projet hardi, dont la réussite eût appuyé son flanc gauche et faitdiversion sur la droite des ennemis: c'était de révolutionner la Hollande et d'y restituer au peuple l'autorité souveraine dont les armées de la Prusse avaient investi le stathouder. Ses cadres comptaient un effectif d'environ 80,000 hommes. Il en laissa 60,000 aux généraux Valence et Miranda , ses lieutenants , ordonna au premier de tenir Liège et Namur, au second d'assiéger vivement Maèstricht, et lui-même, avec le reste, fit irruption dans le Brabant hollandais. « Cette province , comprise entre l'Escaut et la Meuse, est couverte de places fortes qui forment, avec les nombreux

cours d'eau dont elle est sillonnée , la

{principale défense du pays. Dumouriez es attaqua toutes à la fois. Elles étaient pourvues de garnisons capables de résister aux détachements qui se présentaient devant leurs portes ; mais la population , excitée par un comité insurrçcteur réuni à Anvers , était partout nienaçante, et les gouverneurs, trompés sur le nombre des assaillants , que le général français eut l'adresse de dissimuler , se rendirent pour la plupart au premier coup de canon. Breda, Gertruydenberg , Je fort (je Klundert , capitulent. Williemstadt et Berg-op-Zoom ne promettent pas une résistance plus longue, et déjà nos braves préparent une flottille pour passer la basse Meuse et pénétrer au cœur de la Hollande, lorsque, dans les premiers jours de mars, on apprend que les Impériaux viennent de rouvrir victorieusement les hostilités (*). » Vainement Dumouriez envoyat-il à ses lieutenants les instructions les plus propres à tenir Cobourg en échec, ils ne surent pas les suivre, et le découragement, la désertion même, se mirent dans les rangs de leurs soldats. La présence seule du général en chef pouvait y rétablir la confiance ; mais Dumouriez, qui espérait obtenir pour lui-même un résultat plus avantageux en suivant une autre ligne de conduite , quoique à la veille de réussir dans ses projets contre la Hollande , n'hésita point à les abandonner.

La Belgique , que la France avait perdue en 1793 , était reconquise à Ja fin de juillet 1794. Jourdan, d'une part, avait oblige Clairfayt à repasser la Meuse; Pichegru , de l'autre , tenait le prince d'Orange et le duc d'York acculés aux frontières de la Hollande ; mais, au lieu de poursuivre sur-le-champ leurs avantages , les deux généraux français passèrent tout le mois d'août dans une inaction impardonnable. Lorsqu'ils reprirent enfin l'offensive, dans les premiers jours de septembre , Pichegru (nous n'avons pas ici à nous occuper de Jourdan) , Pichegru , dont les troupes tenaient Bruges , Gand , Anvers, Malines, se porta d'abord sur Turnhout, et

(*) Tableau des guerres de la révolution et de l'empire, p. a*.

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