HONGRIE
le réunit à son empire, et ses successeurs le gardèrent jusqu'à l'invasion des Magyares , qui , en 889 , commencèrent la conquête de la haute Hongrie. Bientôt le territoire entier fut soumis à ces terribles étrangers venus des extrémités septentrionales de l'Asie. Arnoulf, empereur d'Allemagne, eut l'imprudence de leur laisser détruire les retranchements que Charlemagne avait élevés sur les rives du Raab, pour défendre l'Allemagne contre les invasions des barbares ; il les appela même à son secours contre les Moraves révoltés. Dès lors ils firent irruption dans l'Europe occidentale , et pendant plus de soixante ans ils y exercèrent d'effroyables ravages.
Leurs invasions commencèrent en 899 ; l'Italie et l'Allemagne en souffrirent d'abord. En 910, ce fut le tour de la France; la Lorraine fut dévastée; ses monastères, ses églises furent pillés; puis les hordes retournèrent chez elles. Mais nos ancêtres les virent reparaître en 917, en 922 et en 923, où elles furent taillées en pièces par le comte de Toulouse. Trois ans après, les Hongrois dévastèrent le diocèse de Verdun, incendièrent les villes et les villages, tuèrent les habitants ou les emmenèrent en esclavage , enfin, entrèrent dans Verdun, prirent le palais épiscopal , et y brûlèrent tous les documents relatifs à l'histoire et aux privilèges des églises. Ils s'avancèrent ensuite jusqu'à Vouzy (dix lieues de Reims), en détruisant tout sur leur
?assage. Les habitants du diocèse, efrayés, se hâtèrent de retirer de leurs tombeaux le corps du bienheureux saint Remi et ceux de quelques autres saints, pour las transférer à Reims. Mais la horde n'attaqua pas cette ville. La terreur y fut telle néanmoins , qu'on crut voir la lune couleur de sang et des armées de feu se battre dans le ciel. Une peste horrible qui suivit mit le comble aux calamités de cette , année.
Cependant le roi de France Raoul , occupé à faire la guerre à Guillaume Tête d'Étoupes, duc d'Aquitaine, se hâta de quitter ce duché pour venir forcer lés Hongrois à abandonner la Champagne. En effet , ils battirent en
retraite , mais riches de prisonniers et de butin.
On les retrouve en 935 désolant la Bourgogne par le pillage , le meurtre et l'incendie. « Ils dévastèrent probablement la ville de Dôle; mais cela ne dura pas longtemps, le roi Rodolphe arrivait suivi d'une armée imposante. Ils se dirigèrent sur l'Italie, et, chemin faisant, ils détruisirent les abbayes de Saint- Pierre et de Saint-Marcel, à Châlonsur-Saône, celles de Tournus , de Savigny, de l'île Barbe, près de Lyon. Ils ne purent entrer dans cette dernière ville , car le comte Guillaume se tenait sur ses gardes; mais Dieu sait quels ravages ifs firent dans le pays. Ils détruisirent notamment la riche abbaye d'Ainay. Enfin ils quittèrent la France, après avoir dévasté l'abbaye de Saint- Amand à Nantua (*). »
Ils rentrèrent dans le royaume en 937; la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne , l'Aquitaine , puis la Franche-Comté , furent dévastées sans opposition. Le désordre et l'absence de toute administration étaient tels , que nulle part on n'essaya de résister à ce torrent dévastateur.
Les contemporains font des Hongrois une description effrayante : « Petits de taille , mais vifs ; la tete rasée ; les yeux enfoncés, étincelants; le visage "d'un jaune qui tire sur le brun ; leur aspect inspire de l'horreur. Ils sont toujours à cheval ; de leurs arcs , faits de corne , ils lancent des javelots redoutables , et sont aussi agiles pour surprendre l'ennemi que pour simuler la fuite. Ils ne vivent pas comme les hommes, mais comme les bêtes ; ils mangent la chair crue , et boivent le sang de leurs ennemis. »
Les contes que l'on débitait sur les mœurs de ces barbares jetèrent une terreur profonde dans les esprits; il se répandit un bruit que les Magyares étaient les peuples de Gog et de Magog, qui doivent venir, d'après l'Apocalypse, à la fin du monde. Leurs cruautés n'étaient pas de nature à changer l'opinion populaire, et ces invasions, jointes à celles des Arabes et des Normands ,
(*) Histoire des invasions des Hongrois , par M. Dussieux, i vol. in-8% 1839.