AU PROFIT
de particuliers, de corps et de communautés.
livras.
livres. 7,600,000
260,500,OW
Ce qui donne un total général de 880,oi5,0O0 livres ou, en monnaie actuelle... 1, 271, 361, 543 fr. 84 c.
Imprécations. Les imprécations jouaient un rôle important dans les cérémonies religieuses des Gaulois ; mais il n'appartenait qu'aux druides de les prononcer.
Au moyen âge, l'usage des imprécations était fort fréquent dans les actes ; et ces formules se terminaient ordinairement par les mots fiât et amen , répétés plus ou moins souvent. Le concile d'Orléans les employa dès le milieu du sixième siècle. « Quoique les rois de France , dit M. de Vailly dans son Manuel de paléographie, aient en général prononcé des peines pécuniaires plutôt que des anathèmes , on trouve cependant quelques exemples d'imprécations dans les diplômes mérovingiens. Mais au septième siècle, les imprécations furent moins souvent employées en France qu'en Espagne et en Angleterre. L'abus en fut alors poussé si loin dans ces deux pays, qu'une réaction ne pouvait manquer de s'opérer.
En effet, Grégoire VII les supprima dans les bulles, et se contenta de subs-
tituer la menace de la séparation du corps et du sang de Jésus-Christ, à ces formules où l'on accumulait auparavant comme à plaisir les images les plus terribles qui se rencontrent dans les livres saints.
« Dans la seconde moitié du douzième siècle , les imprécations deviennent rares dans les actes des laïques; le siècle suivant en fournit les derniers exemples. Mais elles persistèrent dans les actes ecclésiastiques jusqu'à la lin du quatorzième siècle. Urbain II ne rétablit pas dans les bulles les imprécations supprimées par Grégoire VII, mais il menaça de la déposition, archevêques, évéques, empereurs, rois, princes, comtes, vicomtes, juges, etc. »
Pour donner une idée des clauses bizarres que les imprécations renfermaient souvent, nous citerons, d'après M. Guérard, une charte de l'an 988, dans laquelle on souhaite à celui qui oserait l'enfreindre , la perte de la vue et le mal royal (probablement la lèpre, ou peut-être les écrouelles). Dans une
autre charte du milieu du onzième siècle, le coupable est voué avec Néron aux feux éternels.
Imprimerie. On sait gue notre patrie resta à peu près étrangère à la découverte de l'imprimerie ; car Strasbourg,
OÙ GlJTTEMBERG fit, d" 1438 à 1440,16
premier essai de son invention , ne faisait pas alors partie du territoire français, et d'ailleurs cette ville n'avait pas donné le jour à ce grand homme. Cet art s'introduisit en France sept ans après que Faust et Schœffer eurent
{>ublié(en 1462) la belle Bible de Mayence, a première qui porte une date certaine. On prétend , il est vrai que Louis XI avait, à la fin de l'année 1461 ou au commencement de 1462, envoyé à Mayence Nicolas Jenson, l'un des meilleurs graveurs de la monnaie de Paris , • pour * s'informer secrètement de la taille des « poinçons et caractères au moyen des- « quels se pouvoient multiplier par im- « pression les plus rares manuscrits, et « pour en enlever subtilement l'inven- « tion. » Mais cette mission, si elle eut lieu réellement, n'amena aucun résultat, car Jenson ne revint pas dans sa patrie. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en 1469, Jean de la Pierre, prieur de la maison de Sorbonne, et Guillaume Fichet (voyez ce nom) , firent venir de Mavence à Paris trois ouvriers imprimeurs, savoir : Martin Crantz, Ulric Gering, et Michel Friburger, qu'ils établirent dans le local même de la Sorbonne. Ces ouvriers commencèrent par imprimer les Épitres de Gasparini de Pergame ; ils firent paraître ensuite les Épitres cyniques de Cratès le philosophe ; les six livres des Élégances de la langue latine de Laurent Valla ; les Institutions oratoires de Quintilien; le Spéculum vitx humanx de Rodrigue de Zamora , et les trois livres de Rhétorique de Guillaume Fichet.
Ils formèrent d'ailleurs de nombreux élèves, et bientôt on compta dans Paris plus de quarante imprimeurs. Pierre Crsaris, entre autres, et Jean Stoll fondèrent dans cette ville, en 1473, une imprimerie, des presses de laquelle sortirent, entre autres ouvrages, le Manipulas curatorwn, le Tractatus de pluralitate benejiciorum ecclesiasticorum.
Après ces premiers imprimeurs, nous citerons encore Marc Reinhardi, qui, en 1482, possédait deux imprimeries, l'une à Strasbourg, l'autre à Paris; Jean Maurand, qui, en 1493 et 1494, imprima, rue Saint-Victor, les Grandes chroniques de France, en 3 vol. in-folio; et Thilman Kerveb, imprimeur du Compendium de Robert Gaguin.
Louis XI protégea les imprimeurs; mais. on doit regarder comme une fable ce que l'on raconte de Faust, qui, venu à Paris pour vendre son édition de la Bible, lut emprisonné par ordre du parlement, sous prétexte de magie, et sauvé par l'intervention du roi. Il est vrai seulement que par lettres patentes, données le 21 avril 1475, Louis XI accorda à Pierre Schœffer et à son associé, Conrad Hanequins, la restitution de la valeur des livres imprimés
Ear eux, saisis .en vertu du droit d'auaine , après le décès de l'un de leurs facteurs, nommé Herman de Stathoen , qui était mort pendant son séjour à Paris. Ces lettres patentes renferment le passage, suivant, qui nous a paru digne d'être cité : « Ayant consi- « dération de la peine et labeur que les- « dits exposans ont prins pour ledit art « et industrie de l'impression , et au « profit et utilité qui en vient et peut « en venir tant pour l'augmentation de « la science que autrement; et combien « que toute la valeur et éstimation des- « dits livres et autres biens qui sont « venus à notre cognoissance ne mon- « tent pas de grand' chose ladite somme « de deux mille quatre cent vingt-cinq « escus et trois sous tournois , à quoi « lesdits exposans les ont estimés ; a néant moins, pour les considérations « susdites et autres à ce nous mouvans, « nous sommes libéralement condes- « rendus à faire restituer audit Conrad « Hanequins ladite somme de deux mille « quatre cent vingt-cinq escus et trois « sous tournois, etc. »
L'imprimerie ne tarda pas à se ré-
Eandre dans le reste de la France. Voici ;s dates de son introduction dans quelques villes : Metz, 1471 ; Lyon, 1476 ou peut-être 1474; Angers, 1477; Chablis, 1478; Poitiers, 1479; Caen, 1480; Vienne, 1481 ; Troves, 1483 ; Rennes et Loudéac, 1484 ; Salins, 1485 ; Abbeville,
554 IMPRIMERIE L'UlNIVERS. INCESTE
i486; Rouen, Besançon, 1487; Toulouse, 1488; Haguenau, 1489; Orléans, Dôle, 1490; Dijon, Angoulême, 1491; Nantes, Cluny, 1493; Limoges, 1495; Provins, Tours, 1496; Avignon, 1497; Tréguier, 1499; Perpignan, 1500. Favorisé par Louis XI , cet art le fut aussi par Louis XII ; c'est ce que prouvent des lettres patentes données par ce prince en faveur de ceux qui l'exerçaient. « Pour la considération, y est-il « dit, du grand bien qui est advenu en « nostre royaume, au moyen de l'art et « science d'impression , l'invention de « laquelle semble estre plus divine que « humaine; laquelle, grâce à Dieu, a esté « inventée et trouvée de nostre temps « par le moyen et industrie desdits li- « braires, par laquelle nostre saincte foy « catholique a esté grandement aug- « mentée et corroborée, la justice mieux « entendue et administrée, et le divin « service plus honorablement et curieu- « sèment faict, dict et célébré, etc. »
François Ier, le père des lettres* bien loin de donner à l'imprimerie les mêmes encouragements que ses prédécesseurs, publia, le 18 janvier 1535, des lettres patentes portant abolition de l'imprimerie, et défendant toute impression de livres dans le royaume, sous peine de la hart. Mais cette ordonnance absurde, rendue en haine des protestants, sur la requête de la Sorbonne , amena de la part du parlément des remontrances qui eurent pour résultat de nouvelles lettres patentes données le 26 février suivant, et par lesquelles son effet était suspendu ; le parlement devant choisir vingt-quatre personnes bien qualifiées et cautionnées , sur lesquelles le rôi en prendrait douze, qui seules auraient le droit d'imprimer à Paris les « livres « approuvés et néeessaires pour le bien « de la chose publique, sans imprimer « aulcune composition nouvelle; et il * est fait défense a tous autres impri- « meurs, hormis ces douze, de rien iin- « primer, sous peine de la hart. »
Les entraves mises à la liberté de la presse devinrent encore plus étroites
1>cndant la lutte qui s'éleva bientôt entre e catholicisme et le protestantisme; on vit alors les ordonnances se succéder rapidement, et enjoindre aux curés de Paris de faire dans leurs paroisses des
recherches attentives pour découvrir les imprimeries secrètes. JNous avons parlé de ces ordonnances à l'article Censube ; nous nous bornerons ici à dire que pour en rendre l'exécution plus facile, les libraires et les imprimeurs furent obligés de résider dans le quartier de l'Université; c'est-à-dire, dans l'espace compris entre les rues de la Bucherie, de la Huchette, de la Vieille-Boucherie, et les portes Saint-Michel, Saint-Jacques, Saint-Marcel et Saint-Victor. Ils pouvaient aussi s'établir dans l'enclos du Palais.
L'imprimerie française, que Simon de Cou nés et surtout la lamille des Estienne firent briller d'un si vif éclat pendant le seizième siècle, était considérablement déchue au siècle suivant; aussi Louis XIV se crut-il en droit d'adresser, en 1649, aux imprimeurs de Paris des plaintes, où il disait que leur corporation « s'étoit beaucoup relâchée « de son ancienne splendeur, et que ce « n'étoit plus comme au siècle passe, où « des plus grands et des plus savants « personnage* tenoient à grand bon* « neur de servir le public dans cette «occupation.» L'imprimerie royale, fondée en 1640, par Louis XIII. et dirigée par le célèbre Cramoisi, contribua cependant à relever la réputation de la France à cet égard , en éditant de nombreux ouvrages aussi remarquables par leur exécution typographique que par leur mérite intrinsèque; telle fut, entre autres , la célèbre collection des historiens grecs du Bas-Empire, connue sous le nom de Collection byzantine.
Au dix-huitième siècle, les imprimeurs les plus célèbres furent Anisson, Barbou et Pierre Didot. Nous nous bornerons à citer, parmi ceux qui, de nos jours, méritent le plus d'éloges, les descendants de ce dernier imprimeur et M. Chapelet. (Voyez les articles que nous avons consacrés aux familles Didot et Estienne.)
Inceste. — Rien n'était si commun, chez les Francs barbares, que les unions incestueuses. L'Église fit des efforts désespères pour combattre ces désordres : elle défendit le mariage entre parents jusqu'au quatrième degré inclusivement; et, par une analogie qui s'explique facilement, elle établit les
mêmes empêchements à l'égard de ceux qu'unissait l'affinité spirituelle contractée sur les fonts baptismaux entre parrains et marraines , marraine et filleul, etc. Les Capitulaires sont remplis' de textes sur cette matière : ce sont tantôt des exhortations, tantôt des menaces contre les incestueux; on les frappe de peines canoniques; on les sépare de la communion des fidèles. Les mêmes prescriptions, sans cesse renouvelées pendant plusieurs siècles, attestent quelles difficultés il fallut surmonter pour rétablir l'ordre et la chasteté dans les mœurs barbares. C'est à ces efforts persévérants que l'on doit la constitution de la famille en France. Jamais l'Église ne céda sur ce point, ni à la force ni aux prières : la plupart des querelles de Rome avec les rois dans ces premiers siècles ont pour origine l'opposition que celle-ci lit à des mariages incestueux.
A part les peines spirituelles infligées par les canons, nous ne trouvons dans nos anciennes lois aucune trace de châtiment formellement prescrit contre les incestes. La jurisprudence des tribunaux , en ce cas comme dans beaucoup d'autres, tenait lieu de loi. La peine variait selon la parenté qui existait entre les coupables. Les incestes en ligne directe étaient punis de mort.
Il en était de même des incestes entre frères et sœurs. Quant à ceux qui avaient lieu entre collatéraux plus éloignés, on distinguait si les coupables étaient à des degrés tels que l'empêchement pût être levé par une dispense; alors la peine était, suivant les cas, la prison ou une simple réprimande.
Par un oubli qui ne s'explique que par le progrès des mœurs publiques, l'inceste proprement dit n'a pas même été prévu par notre code pénal. La conjonction charnelle des ascendants et des enfants n'est punie qu'en cas d'attentat public à la pudeur ou de viol; et, dans ce dernier cas seulement, la proximité de parenté donne lieu à une aggravation de peine.
Par les articles 161 , 162 du code civil, le mariage est prohibé entre les ascendants et descendants légitimes et naturels, et les allies au même degré; en ligne collatérale, entre les frères et
sœurs légitimes ou naturels. Le mariage entre oncle et nièce, neveu et tante n'est pas prohibé d'une manière absolue; il peut être autorisé pour cause grave par le ministre de la justice. Il en est de même depuis 1832, pour le mariage entre beaux-frères et bellessœurs. Il est à remarquer que l'union hors mariage des personnes entre lesquelles subsistent des empêchements ne tombe pas sous le coup de la loi : les enfants qui en naissent sont seulement réputés incestueux; et à ce titre, ils ne peuvent être reconnus, ni prétendre aucuns droits sur la succession de leur père et mère.
Inde (histoire des Français dans P).
Nous avons prouvé , dans l'article Colonies, que la France n'était point restée étrangère aux grands mouvements maritimes des quinzième et seizième siècles ; mais l'esprit public , trop occupé chez nous des événements qui se passaient sur le continent , a toujours négligé ceux dont la mer était le théâtre ; c'est ainsi que de nos jouraila victoire d'Austerlitz fit presque passer inaperçu le désastre de Trafalgar ! Pour les temps anciens, ce n'est que dans de vieux livres , presque inconnus aujourd'hui, que l'on trouve maintenant le souvenir des événements maritimes.
Quant aux traditions , elles sont com-
})létement fausses à leur égard. Ainsi, 'on est presque d'accord aujourd'hui pour regarder les Portugais comme étant les premiers qui aient doublé le cap de Bonne -Espérance. Rien n'est cependant moins prouvé ; il paraîtrait, au contraire, qu'un navigateur dieppois, Cousin, aurait doublé ce célèbre cap en 1488, sept ans avant Vasco de Gama; c'est, du moins , ce que M. Estancelin nous semble avoir démontré dans ses Recherches sur les voyages des navigateurs normands (pag. 38). Nous n'entreprendrons point d'analyser ce livre , si rempli de faits importants , nous ne voulons qu'indiquer les plus saillants , et surtout ceux qui sont relatifs aux établissements des Français dans l'Inde.
En 1529, un navigateur français, selon Ramusio , Jean Pannentier , Diep-
{)ois , fit un voyage à Sumatra , dans 'archipel des grandes Indes. Sa rela-
INDE L'UNIVERS. INDE
tion (*) prouve que déjà auparavant les Dieppois avaient été aux Indes et même au delà ; en effet, il avait à bord des interprètes malais, il suivit le meilleur itinéraire, et enfin , il connaissait parfaitement les moussons (**). Parmentier revint de son voyage avec une bonne cargaison de poivre et d'épices; mais, après lui, l'histoire redevient encore une fois muette sur nos relations transatlantiques. François Ier était trop occupé sur le continent pour s'occuper de ces affaires, qui se passaient si loin ; il laissa les Portugais chasser nos vaisseaux et détruire notre commerce. Tout-puissants sur l'Atlantique, dans les premières années du quinzième siècle , les Français ( surtout ceux de Normandie) furent expulsés de ces mers, en 1438, et privés du prix de leurs longs efforts par la bulle de démarcation qui investit le roi de Portugal d'une autorité souveraine et absolue sur tout l'Océan , jusques et y compris les Indes , tant les terres découvertes que celles à découvrir, et frappa d'excommunication ceux qui viendraient troubler les sujets de ce prince dans leurs chrétiennes conquêtes.
Aucun roi de France n'avait pensé à réclamer contre cet acte arbitraire de la papauté. Abandonnés à leurs seules ressources, nos navigateurs n'obtinrent, malgré les plus grands efforts, que de médiocres résultats ; et ils durent enfin renoncer , devant la concurrence de tous les peuples maritimes de l'Europe secondés par leurs gouvernements , à un jeu qui allait bientôt les ruiner.
Enfin, plus habiles politiques, mieux éclairés sur les vraies sources de la richesse nationale, Henri IV et ses ministres résolurent de prendre part à ce mouvement commercial dont la France seule était exclue. Alors (1604) commence pour l'histoire de nos établissements dans l'Inde une nouvelle période,
(*) Rapporté dans Estancelin , loc. cit. , p. 187.
(**) M. de Penhoën parle dans son I/ist. de r empire anglais dans /'Inde, \. I, pag. ai , d'un voyage entrepris en i5o3 par quelques marchands de Rouen, dont le navire, assailli par la tempête , n'alla pas plus loin que le cap de Bonne-Espérance.
ui dure jusqu'en 1790. C'est l'époque es compagnies, c'est-à-dire, d'un monopole funeste au but même que l'on se proposait d'atteindre. Que les compagnies portugaise et hollandaise aient prospéré, grâce au monopole, là n'est pas la question. Combien de temps a duré cette splendeur? quelle a été la cause de sa ruine ? n'est-ce pas le monopole même et ses inévitables conséquences? Et encore aujourd'hui, est-il une compagnie qui ait atteint un plus haut degré de prospérité que la compagnie anglaise des Indes ? cependant ne la voit-on pas menacée de toute part d'une ruine prochaine?
Notre compagnie des Indes a eu aussi ses beaux jours. Sous Dupleix, nous avons, un moment, possédé l'empire de l'Inde; mais les fautes de la compagnie nous l'ont fait perdre en un instant.
Qu'attendre, en effet, d'une société égoïste, avide d'argpnt, et qui, selon Voltaire, ne sut jamais faire ni la
Suerre, ni la paix, ni le commerce?
usons encore que lorsque le gouvernement de Henri IV voulut créer ce grand commerce maritime avec les Indes, il était trop tard; plusieurs nations s'en étaient déjà emparées , notamment les Hollandais et les Anglais, nos alliés nécessaires contre l'Espagne.
Pouvait-on alors guerroyer contre ces peuples, pour faire entrer la France dans le commerce du monde, comme le fit plus tard Louis XIV? La société bretonne, qui, vers 1602, fit partir Pyrard pour les Maldives, n'obtint aucun résultat; la compagnie de Honfleur, autorisée par le roi en 1604, ne réussit pas davantage; son agent, Gérard Leroy, après avoir voyagé sur des vaisseaux hollandais, essaya encore, en 1611 , de la rétablir, mais sans succès; enfin, en 1615, ce persévérant navigateur fit quelques voyages heureux, et la compagnie résolut de fonder à Madagascar un grand établissement colonial. Il fallait, en effet, un centre; mais on fut obligé d'évacuer ce pays insalubre.
«En 1642, une nouvelle compagnie poursuivit le même plan, mais sans plus de succès. En 1654, le maréchal de la Meilleraie voulut exécuter le même projet pour son propre compte; il expédia trois navires pour la nouvelle colo-
nie. Cette entreprise échoua comme les précédentes (*). »
Enfin, après soixante ans de tâtonnements, le génie de Colbert parvint à réaliser ces projets toujours infructueux ; il organisa la compagnie des Indes (voyez Compagnies), qui, ainsi que le remarque M. Monteil , fut spécialement dirigée contre les Hollandais. Cette rivalité commerciale , à la-
Îjuelle les historiens n'ont peut-être pas ait assez attention , est , sans nul doute, la cause du changement de politique de la Hollande à l'égard de la France. On la voit, en effet, dès lors à la tête de toutes les coalitions forméts contre Louis XIV; c'est elle qui forme la triple alliance, soutient l'Espagne et s'oppose enfin à tout accroissement territorial d'un rival qui veut lui ravir le commerce maritime, source de sa force et de sa puissance. Il est tellement vrai que des raisons commerciales ont été les seules causes de la guerre de Hollande, que les plus éclairés des esprits du temps n'en ont pas vu d'autre.
Ainsi Leibnitz (**), tout en approuvant la guerre de Hollande, engage Louis XIV à attaquer les Hollandais dans les Indes, et à s'emparer d'abord de l'Égypte. « La « possession de l'Égypte, dit-il, ouvrira « une prompte communication avec les « plus riches contrées de l'Orient; elle « liera le commerce des Indes à celui de « la France, et frayera le chemin à de « grands capitaines pour marcher à des « conquêtes dignes d'Alexandre. Si les « Portugais, dont les forces sont bien « inférieures à celles de la France , « avaient pu s'emparer de l'Égypte , il « y a longtemps que l'Inde tout entière «leur serait soumise; et cependant, « malgré leur petit nombre, ils se sont
(*) De Penhoën, Hitt. de F empire anglais dans l'Inde, t. I, p. 77.
(**) Dans l'article Éoyptk nous n'avons parlé que du travail de M. Gurhauer sur le célèbre mémoire relatif à la*conquétede ce pays; il est certain que ce mémoire, écrit en lalin, n'a pas été remis à Louis XIV, mais (voyez le travail de M. Vallet, dans la Revue indéoendantè) Leibnitz a rédigé deux autres mémoires dont l'un, écrit en français et inconnu à M. Gurhauer , a été remis à Louis XIV. Ce mémoire a été publié en 1840, par M. de Hoffrnanns , à Paris, chez Garnot.
« rendus redoutables aux peuples de ces « contrées, et n'en ont été éloignés que
« par les Anglais et les Hollandais
« L'Égypte conquise, rien ne serait plus « aisé que de s'emparer de toutes les « cotes de la mer des Indes , et des îles
« sans nombre qui les avoisinent Je
« maintiens que la Hollande sera plus « aisément vaincue par l'Égypte que « dans son propre sein ; car on lui enci lèvera sans difficulté ce qui seul la « rend florissante , les trésors de l'O- « rient. » Louis XIV persista à envahir la Hollande (1672), et se contenta de faire attaquer par ses flottes les colonies hollandaises de l'Inde.
La Compagnie, suivant les errements de ses devanciers , s'était établie à Madagascar, et avait essayé de coloniser cette île insalubre et barbare; puis, en 1670, elle avait renoncé à ses tentatives à cet égard, et rendu Madagascar au gouvernement. Depuis lors, elle fonda un comptoir à Surate, s établit à Trincomollec dans l'île de Ceylan , à Saint- Thomas sur la côte de Coromandel, mais rendit, deux ans après, cette ville à la Hollande. En 1683, elle obtint du grand Mogol la permission de commercer dans le Bengale , et fonda le comptoir de Chan(Jernagor. Elle s'établissait en même temps à Pondichéry , sous la conduite de Martin. Mais Colbert mort, Louis XIV pensa moins aux colonies des Indes , dont Lou vois n'était pas partisan. Le roi y pensant moins, les courtisans , quoique actionnaires , l'oublièrent entiement, et la Compagnie marcha vers une ruine imminente. La paix de Ryswick nous rendit cependant Pondichéry, fortifié par les Hollandais, qui s'en étaient emparés pendant la guerre, et avaient cru conserver cette ville, alors forte de 80.000 habitants. Mais la guerre avait été funeste aux intérêts de la Compagnie , à laquelle nos corsaires avaient fait un tort immense, en prenant 4,200 vaisseaux anglais , venant presque tous de l'Inde, et en répandant ainsi à vil prix en Europe une énorme quantité de marchandises orientales. La Compagnie, qui ne pouvait subsister que par le monopole , fut écrasée par cette concurrence , et elle allait succomber sous le poids de ses dettes, lorsqu'en 1716 Law
INDE L'UNIVERS. INDE
la réorganisa. Le génie de ce financier lui donna une impulsion considérable ; elle prit possession de l'île Bourbon, de l'île de France et de Mahé (1726) ; elle fut même en mesure de prêter 90 millions à l'État. Mais la chute de Law ruina la Compagnie , qui toutefois parvint à échapper au naufrage. On conçoit cependant sans peine que, liés invinciblement aux intérêts et aux caprices d'une société d'agioteurs, nos établissemepts, notre influence et notre puissance politique dans l'Inde aient été en grand danger de ruine , et par suite n'aient pris aucun développement.
Enfin la Compagnie, en envoyant, en 1735, dans les Indes, Dumas, comme gouverneur général, sembla vouloir entrer dans une ère nouvelle. L'habile et vigoureuseadministrationdecet homme rendit le nom français respectable en Asie. Il sut profiter des désordres causés dans ces contrées par la multiplicité des souverains; il acheta, d'un prétendant, Karikal et son territoire (1739); il se lit donner par le grand Mogol le titre de nabab et le droit de battre monnaie. Nos comptoirs se multiplièrent ; ceux d'Ayanoum , de Balanor ; les factoreries de Daca , Patna, Cassimbazar , Calicut , Mahé, Surate, étaient des débouchés pour nos manufactures , surtout pour celles de Lyon , et nous assuraient le commerce du poivre ; Pondichéry, Chandernagor, regorgeaient de population et de richesses ; l'Inde allait devenir française.
En 1742, Dupleix , depuis douze ans gouverneur de Chandernagor, et célèbre par l'administration de cette ville, remplaça Dumas, et se prépara à augmenter encore la puissance politique de la France dans niindoustân. Cependant , agent d'une colonie commerciale , et chargé comme tel de protéger des acheteurs de poivre et des vendeurs de soieries, et de défendre des comptoirs contre le
Sillage des voleurs ou des étrangers, mpleix ne changea-t-il pas de rôle , en se faisant plutôt un agent des intérêts généraux de la politique, de la marine et du commerce de la France ? Que Dupleix ait eu raison d'agir ainsi, on ne peut en douter ; mais la Compagnie ne pouvait tolérer sa conduite; elle le rappela sous prétexte qu'il faisait les affai-
res du pays et non pas les siennes ; elle voulait avoir des établissements commerciaux dans l'Inde, mais non pas des établissements territoriaux et politiques ; tout au plus exceptait-on Pondichéry. C'était ce système d'occupation restreinte qui a fait perdre l'Inde aux Portugais, aux Hollandais; qui la fit perdre aux Français, et qui l'aurait déjà fait perdre aux Anglais , si lord Chve et ses successeurs, plus clairvoyants que leurs concitoyens, n'avaient conquis d'immenses territoires, quitte à subir de honteux jugements pour avoir donné 125 millions de sujets a l'Angleterre, en outre-passant les ordres des directeurs de la Compagnie.
Il y a 40 ans , M. Mi chaud écrivait : « Je n'ignore pas qu'on a blâmé les vues de Dupleix, et qu'on leur a opposé le système du Portugal et des Hollandais, qui , maîtres alors, le premier de Goa, de Diu, et de quelques autres établissements sur la côte de Malabar , les seconds desdepouillesenlevéesau premier, avaient , depuis , adopté pour politique constante , de n'employer leurs forces militaires qu'à la protection d'un territoire borné, et de se réduire aux entreprises purement commerciales
L'expérience a prouvé qu'au milieu des révolutions de l'Inde et des guerres de l'Europe , tout établissement commercial , sans une force suffisante tirée de la marine nationale et de relations politiques dans l'Inde même, n'est et ne sera jamais qu'une possession précaire, destinée à devenir la proie de 1 ennemi, aux premières apparences d'hostilités.»
C'est en effet pour s'être obstinée , malgré Dumas, Dupleix, la Bourdonnais et Bussy, à se contenter de l'occupation restreinte , que la Compagnie a perdu l'Inde, et a fait perdre à la France le commerce du monde, et sa puissance coloniale et maritime.
Lorsque éclata la guerre de 1744 , l'Angleterre, qui déjà convoitait nos établissements dans l'Inde, résolut de nous les enlever. La Bourdonnais répondit à leur défi en prenant Madras, Dupleix en sauvant Pondichéry. Si ces deux hommes se fussent entendus, l'Anglais était chassé. La Bourdonnais expia ses torts à la Bastiile , Dupleix sauva tout, et la paix d'Aix-la-Chapelle (1748)
nous laissa dans l'Inde tels que nous étions avant la guerre.
Dupleix libre reprit aussitôt le cours de ses projets. Il était convaincu que la Compagnie devait être, avant tout, une puissance territoriale et politique; il travailla, par conséquent, à obtenir cette puissance. Il mit à profit les querelles des nababs , obtint de l'un , en toute souveraineté, 81 aidées ou villages aux environs de Pondichéry , 81 auprès de Karikal , les villes de Mazulipatuam , Trividi, Giugi et leurs territoires; un autre le proclama vice-gérant du Mongol dans les pays situés entre le Krisna et le cap Comorta , soit 200 lieues de côtes sur GO de profondeur, c'est-à-dire, la superficie de toute l'Algérie.
La Compagnie était enchantée; toutes ces conquêtes ne coûtaient rien ; Louis XV envoyait à Dupl<ix le titre de mar-
?[uis et le cordon rouge ; une ville se ondait , et était nommée la ville de la victoire de Dupleix ; on frappait monnaies et médailles à l'effigie de Dupleix, nabab indien , marquis français, et de plus souverainlde l'Inde. De misérables marchands détruisirent bientôt cette prospérité.
Dupleix, en s'établissant dans le Carnate à l'aide d'un parti , y avait trouvé des adversaires puissants et soutenus par les Anglais. Il fut battu. Il ne recevait point de renforts de l'Europe, ou bien c'était, comme il le disait, en place de reerues , de la plus inepte et de la plus vile eanaille , qui ne savait que fuir, trahir et déserter. Pour y suppléer, il'fut obligé de dépenser de l'argent ; la Compagnie ne gagnait rien ; au lieu d'avoir 24 millions d'avance à Pondichéry, <-lle en devait deux. Quand elle apprit cela , quand elle vit ses spéculations trompées, elle demanda à Louis XV le rappel de Dupleix. Sollicité d'un autre côté par l'Angleterre, qui le menaçait de la guerre s'il ne mettait un terme aux conquêtes de la Compagnie , ce prince eut l'infamie de céder. Dupleix fut rappelé, quitta l'Inde en pleurant, comme Annibal en sortant d'Italie, et vint mourir à Paris de misère et d'humiliations (1754).
La guerre de sept ans survint alors.
Nous nous battions avec l'Angleterre pour le Canada ; la cour eût dû se con-
tenter de faire une guerre maritime ; l'Angleterre fut assez habile pour nous jeter dans la guerre continentale. La cour de Versailles y épuisa toutes ses ressources , et perdit sa marine et ses colonies.
Au commencement des hostilités, nos possessions dans l'Inde étaient gouvernées par le marquis de Bussy-Castelnau, lieutenant de Dupleix , et digne de le remplacer ; il eut conservé l'Inde : la Compagnie, qui le redoutait, le remplaça
Sar Lally. Mais nous avons raconté en étaii , dans les Annales , cette partie de notre histoire ; nous y renvoyons le lecteur qui serait curieux de relire ces tristes détails; Lally futbattu, et rendit Pondichéry sans capitulation (1761).
Dès lors, la puissance française dans l'Inde lut à jamais détruite. Les traités de 1763 nous rendirent Pondichéry, Chandernagor et Karikal, mais sans territoire, démantelés, et avec défense d'en relever les fortifications et d'y entretenir d'autre force armée que de la maréchaussée. La Compagnie et l'État avaient perdu l'Inde , la première par suite de l'adoption du système ^occupation restreinte, et par la cupidité et l'imbécillité politique de ses membres ; l'État, en se jetant dans une guerre continentale où rien ne devait l'attirer, au lieu de consacrer toutes ses forces à la guerre maritime et à la défense de ses colonies , que l'Angleterre voulait lui ravir.
Depuis 1763, la France a fait diverses tentatives pour rétablir sa puissance dans l'Inde ; elles ont toutes été infructueuses. Hors d'état d'agir par nous mêmes, nous nous sommes traînés à la remorque des rois indiens ; nous avons soutenu Myder-Ali, le fondateur de l'empire de'lSlysore, contre les Anglais. Les victoires de Suffren dans les mers des Indes , pendant la guerre d'Amérique (voyez les Annales), ne nous ont pas valu un pouce de terrain à la paix de Versailles, d'ailleurs si glorieuse, et ont occasionné de grandes pertes au roi de Mysore, que nous avions abandonné. St^ Tippoo-Saëb, successeur de Hvder-Ali en 1783 , eût expulsé les Anglais avec notre aide, nous eût-il laissé un grand pouvoir dans l'Inde? On n'oserait répondre affirmativement. Il nous faut
INDE L'UNIVERS. INDE
néanmoins parler des rapports de la France avec cet homme; ses projets et ceux de Bonaparte ont eu un instant une si grande analogie, que nous devons donner quelques détails à ce sujet.
Tippoo-Saeb décidé, après la paix de Versailles, à expulser les Anglais de l'Hindoustan , envoya une ambassade à Louis XVI (1788), pour faire alliance avec lui contre l'ennemi commun. On conçoit que l'état intérieur du royaume n'ait pas permis au roi de donner suite à ces avances. En 1791 , Tippoo-Saëb pensa qu'il était temps de conclure une alliance avec la France régénérée. Son espérance fut encore trompée; mais il ne se découragea pas ; il pensa qu'il viendrait enfln un temps où la France consentirait à l'aider à enlever aux Anglais, en les chassant de l'Inde, la principale source de leur puissance. En effet, l'alliance se conclut enfin, sous le Directoire. Voici quelques faits relatifs à ce traité ; nous les extrayons de l'intéivssant ouvrage de M. Michaud sur l'histoire de l'empire de Mysore (*) :
«Les citoyens français qui sont, sous les ordres du citoyen Dompard, à la solde du citoyen Tipou le Victorieux , l'allié de la république française (suivent les noms), au nombre de 59, étant jaloux de concourir de toutes leurs forces et de tout leur pouvoir à l'affermissement de la république, et à connaître leursdroits; pour y parvenir se sont rassemblés, etc.» Le citoyen Ripaud , lieutenant de corsaire, s'intitulant lieutenant des vaisseaux de la république et représentant du peuple auprès du prince Tippoo , comme énergique et de bonnes vues politiques , fit un discours au club ; il engagea les Français à arborer le pavillon tricolore, leur présenta la déclaration des droits de l'homme et un projet de loi pour organiser la société française dans l'Inde. Il établit le peuple en assemblée primaire, laquelle élit un président qui fut Ripaud, deux secrétaires et deux scrutateurs. (Première séance du club, sextidi de la deuxième décade
(*)TomcI, p. a5 i et suiv.,on y trouve tous les papiers du club jacobin de Seringapalam. Nous avons rétabli l'orthographe altérée par le garçon horloger , secrétaire rédacteur de ce club , et probablement encore plus, par les trauscripteurs.
de floréal an v.) On vota ensuite successivement les lois organisatrices du peuple français dans l'Inde.
Tippoo-Saëb écrivit une lettre au Directoire, pour l'assurer de son dévouement à la France (*) , et une autre aux représentants du peuple , ou plutôt au général Malartic, gouverneur de l'île de France , pour conclure une alliance défensive et offensive contre l'ennemi commun (**). Si la place ne nous manquait, nous citerions textuellement cette pièce importante ; nous nous contenterons de l'analyser. Après avoir rappelé les services rendus par son père a la France, le sultan y déclare qu'il reconnaît le sublime de la constitution française ; qu'il désire conclure avec la république une alliance fraternelle basée sur les principes républicains; mais qu'il ne commencera la guerre que lorsque la France aura dans l'Inde des forces suffisantes , ne voulant pas se retrouver, comme en 1783, seul contre les Anglais et leurs alliés. Puis il énumère les articles du projet d'alliance, où il s'engage à entretenir l'armée française, et à y joindre ses troupes, fortes de 30.000 cavaliers et 30,000 fantassins et artilleurs, bien disciplinés et bien équipés ; demandant que , de son côté , la république s'engage à ne pas traiter sans lui, et à le rembourser de ses avances sur les
f)rises faites à l'ennémi, s'obligeantd'aileurs à partager avec la France les pays, places et autres choses enlevées aux Anglais. Ces propositions furent envoyées à Paris par deux ambassadeurs, et à l'île de France par deux autres.
Mais le général Malartic, au lieu de tenir ces négociations secrètes, leur donna de la publicité par une proclamation , et attira ainsi l'attention des Anglais.
En même temps, un jacobin français, Raymond , détachait le Nizam de l'alliance anglaise, et levait 14,000 hommes prêts à fondre sur les possessions anglaises et à seconder Tippoo-Saëb. Le Directoire envoya de son côté, au roi de Mysore , quelques secours , mais trop faibles pour le mettre en état de commencer la guerre. Cependant on négociait toujours. Enfin, le 7 pluviôse
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H Page 278.