‹ FranceChapitre 256 sur 378 · INDE · texte numérisé non relu

INDE

an vil , Bonaparte lui écrivit du Caire , en ces termes :

« Bonaparte , membre de l'Institut « national, générai en chef, au très-ma- « gnifique sultan, notre très-grand ami, « Tippoo-Saéb.

« On vous a déjà instruit que j'étais « arrivé sur les bords de la mer Rouge, « à la tête d'une armée innombrable et « invincible, plein du désir de vous af- « franchir du joug de fer de l'Angle- « terre. » Le général terminait la lettre en priant le prince indien de lui envoyer un émissaire pour s'aboucher avêc lui.

Nous avons indiqué ailleurs le véritable but de l'expédition d'Égypte , nous ne reviendrons pas ici sur cè sujet ; disons seulement que la bataille navale d'Aboukir détruisit le levier avec lequel seulement on pouvait exécuter les projets que Bonaparte avait conçus. Ce levier, c'était, comme le disait Kléber, la marine. On sait le résultat de ces entreprises : Tippoo-Saëb fut attaqué, battu et tué par les Anglais , l'Égypte fut perdue pour la France , nos rêves sur l'Inde détruits , et Malte resta à la Grande-Bretagne, avec l'empire de la mer.

Bonaparte ne renonça cependant pas à l'Inde. En 1800, il forma avec son allié Paul Ier le projet d'une expédition par terre dans cette contrée (*). La France et la Russie devaient envoyer sur les bords de l'Indus une armée de 70,000 hommes. Les Français devaient descendre le Danube, traverser sur des bâtiments russes la mer Noire , et débarquer à Taganrog; traverser à pied le pays jusqu'à Tzantzin sur le Volga, descendre ce fleuve jusqu'à Astrakan , opérer leur jonction avec l'armée russe, traverser la mer Caspienne, débarquer à Astrabad, marcher sur l'Indus parHé- Tat et Candahar , et commencer enfin la guerre dès leur arrivée sur ce fleuve. Tout était prévu dans cette singulière convention ; mais l'assassinat de Paul Ier fit échouer ce projet. Cependant on lit encore, dans les articles secrets du traitéconcluaveeAlexandre,enl801(**),

(*) Voyez les notes insérées par M. Hoffxnanns à la suite du mémoire de Leibniti. (**) Voy. Bignon , t. II, p. 91 et 9a.

T. ix. 36« Livraison. (Dict. ehci

que « les deux puissances s'occuperont

« des moyens de , et de réta-

« blir un juste équilibre dans les diffé- « rentes parties du monde, etc. »

Nous terminerons ici cette histoire.

En 1815, nos établissements nous ont été rendus en partie , et l'on peut lire à l'article Colonies quel est leur état actuel.

Indre ( département de Y ). Ce département, qui tire son nom de la rivière d'Indre, a été formé du bas Berry et de quelques parties de la Touraine*, de l'Orléanais et du Bourbonnais. Il est borné, au nord, par le département de Loir-et-Cher; au nord-ouest, par celui d'Indre-et-Loire ; à l'ouest, par celui de la Vienne ; au sud par ceux de la Haute-Vienne et de la Creuse ; à l'est, par celui du Cher. Sa superficie est de 688,851 hectares, dont 401,521 en terres labourables, 85,303 en prairies 75,013 en landes, pâtis et bruyères, 57,319 en bois et forêts, 48,110 en vignes, etc.

Son revenu territorial est" évalué à 9,944,000 fr. Sa part d'impositions directes a été, en 1839 , de 1,308,249 fr. Il n'a ni rivières navigables ni canaux. Ses grandes routes sont au nombre de douze, dont six royales et six départementales.

Il est divisé en quatre arrondissements dont les chefs-lieux sont : Châteauroux, chef-lieu du département; le Blanc, Issoudun et la Châtre. Il renferme 23 cantons et 249 communes. Sa population est de 257,350 habitants, parmi lesquels on compte 1,256 électeurs , qui envoient à la chambre quatre députés. Il fait partie du diocèse de Bourges, de la 15* division militaire, dont le quartier général est dans la même ville, du ressort de la cour royale et de l'académie universitaire dont cette ville est aussi le siège; enfin, du tl* arrondissement forestier, dont Tours est le chef-lieu.

Ce département a donné naissance à plusieurs hommes remarquables, parmi lesquels nous nous contenterons de citer le général Bertrand.

Indre-et-Loire ( département d' ).

Ce département , qui répond presque exactement à l'ancienne ïouraine, est borné, au nord , par le département de la Sarthe ; à l'ouest, par celui de Maine-

etc.) 36

962 ISfDDL* L'UNIVERS. INDUSTRIE

et-Lolre; au sud, par celui de la Vienne; au sud-est, par celui de l'Indre ; à Test, par celui de Loir-et-Cher. 11 comprend cette portion du bassin de la Loire où Y Indre a son confluent avec ce fleuve, et c'est de cette circonstance qu'il tire son nom. Sa superficie est de 611,679 bect, dont 334,910en terres labourables, 79,641 en bois et forêts. 62,949 en landes, pâtis et bruyères , 35,004 en vignes, 33,463 en prairies, 18,241 en cultures diverses, etc. Son revenu territorial est évalué à 14,978.000 fr. Il a payé à l'État, en 1839 , 2,069,838 fr. d'impositions directes.

Les rivières navigables de ce département sont ; la Loire, le Cher, la Vienne et la Creuse. Il possède un embranchement du canal du Berry, ouvert à la navigation depuis 1829, et unissant le Cher à la Loire. Ses grandes routes sont au nombre de 34, dont 6 royales et 28 départementales.

Il est divisé en trois arrondissements, dont les chefs-lieux sont Tours, Chinon et Loches. 11 renferme 24 cantons et 285 communes.* Sa population est de 304,271 habitants, parmi lesquels on compte 2,127 électeurs, qui envoient à la chambre quatre députés.

Il possède à Tours, son chef-lieu , le quartier général de la 4e division militaire, forme un diocèse métropolitain dont le siège est aussi à Tours, cheflieu du 21 arrondissement forestier.

Pour ce qui regarde l'administration judiciaire, il est compris dans le ressort de la cour royale d'Orléans. 11 dépend de l'académie universitaire de la même ville.

Parmi les hommes illustres ou recommandables auxquels ce département a donné naissance , nous citerons Descartes, et, de nos jours, M.Alfred de Vigny.

Induit. Qn appelait ainsi , en général , le pouvoir que donnait le pape par une bulle, de faire ou d'obtenir une chose contre les principes du droit commun. Il y avait trois espèces principales d'induits : l'induit des rois était la faculté qui leur était accordée de nommer aux bénéfices consistoriaux de leur royaume; cette faculté, que les papes n'accordaient qu'à regret, devait être Rendue, par de nouvelles bulles , aux provinces réunies successivement à la

couronne; c'est ainsi que Louis XIV dut

demander à Clément IX un induit pour le Roussillon, après avoir fait la conquête de cette province.

L'induit du parlement était le privilège que le roi,. après l'avoir reçu au pape, accordait au chancelier de France, aux présidents, conseillers, greffiers, etc., de requérir, soit pour eux-mêmes s'ils étaient clercs, soit pour un candidat présenté par eux . le premier bénéfice vacant, soit régulier, soit secmier ( voyez Bulles ) , sur tout autre preiat qu'un cardinal.

Le droit qu'avaient les cardinaux de nommer eux-mêmes aux bénéfices sans pouvoir être prévenus par le pape, s'appelait induit des cardinaux.

L'induit du parlement, accordé dans l'origine à cette compagnie pour l'engager à approuver quelques empiétements de la cour de Rome , eut quelque peine à s'établir.

Indultaibe. On appelait ainsi celui gui requérait un bénéfice en vertu d'un induit. En cas de refus de la part du collateur, il s'adressait aux exécuteurs du mandat apostolique nommes par le pape. La nomination d'un indultaire sur un prélat qui avait déjà été grevé, c'està-dire , qui avait acquitté l'induit, était mjlle de droit.

Industbie et Manufactures. — Dans les temps antérieurs à la conquête romaine , l'industrie , dans la Gaule comme dans tous les pays à demi barbares, resta longtemps sans importance et sans activité. Les habitants trouvaient dans la chasse et dans les produits naturels du soi, les ressources nécessaires à leur subsistance , et dans le butin conquis à la guerre , les objets de luxe qui leur étaient nécessaires. On trouvait, il est vrai, sur les marchés de

Quelques villes du Midi, des marchanises rares et précieuses ; mais ces denrées, produit d'une civilisation étrangère et lointaine, avaient été importées dans l'intérieur des terres par Marseille, qui n'était point seulement l'entrepôt de la Gaule méridionale , mais aussi le centre et le but du commerce que les habitants des côtes occidentales faisaient avec la Grande-Bretagne et les pays septentrionaux , commerce qui consistait principalement en plomb, en etaju,

EEXi

STRIE FRANCE. industrie 56$

en pelleteries, en esclaves, en chiens de chasse et de combat.

Ce fut la conquête qui commença à développer dans la Gaule une certaine activité industrielle, et qui lui fît sentir la nécessité de la production, en lui révélant les besoins que la civilisation apporte avec elle. Malgré la dureté du fisc impérial, l'industrie prit un essor rapide sous ia domination romaine; les voies militaires qui liaient le Nord et le Midi , en établissant entre les diverses villes une plus grande facilité de rapports , activèrent la consommation :

Nantes, Bordeaux, NarbOnne, Arles, Vannes, Coutances , Trêves, devinrent des comptoirs célèbres où se rendaient les marchands de l'Égypte, de la Syrie, de la Sicile , de l'Espagne et de diverses contrées du Nord. Des manufactures s'établirent dans les grands centres créés

Îar l'administration romaine ; et saint érôme rapporte que, de son temps , il y avait à Arras des fabriques d'étoffes qui passaient , avec celles de Laodicée, pour les plus parfaites de l'empire, et fl ajoute que les draps précieux de la ville gauloise ne le cédaient en beauté et en finesse qu'aux étoffes de soie.

Aux cinquième et sixième siècles, malgré l'invasion, la France tenait, dit M. Pardessus , le premier rang parmi Tes pays commerçants de l'Europe. Pendant la période mérovingienne , le développement de l'industrie fut également favorisé par les rois et par l'Église , oui rendait le travail obligatoire pour chaque homme ; la plupart des monastères virent s'élever dans leur enceinte des ateliers et des manufactures; les évéques eux-mêmes donnèrent l'exemple du travail manuel ; et les grandes solennités religieuses , les pèlerinages devinrent la première occasion de ces foires périodiques qui aidèrent si puissamment , dans le cours du moyen âge, à l'activité des relations Commerciales. Dans ces immenses termes où les rois francs tenaient leur cour , et qu'ils préféraient au séjour des plus belles villes , s'élevaient , de même que dans les monastères, des ateliers et des fabriques occupés par des familles gauloises en majorité, et par quelques familles germaines dont les ancêtres étaient venus dans la Gaule

comme ouvriers on gens de service à la suite des bandes conquérantes. Ces hommes ou femmes exerçaient toutes sortes de métiers , « depuis l'orfèvrerie et la fabrique des armes , jusqu'à Pétat de tisserand et de corroyeur , depuis la broderie en soie et en or, jusqu'à la plus grossière préparation de la laine et du lin. »

Quelques diplômes et diverses dispositions des lois et ordonnances des deux premières races témoignent que Pattention des hommes qui exerçaient alors le pouvoir était tournée vers les intérêts du commerce et de l'industrie, plus sérieusement et avec plus de bienveillance qu'on ne pourrait le penser généralement. Charlemagne , qui avait compris sagement que la grandeur des peuples et leur puissance ne résulte pas moins de leurs richesses que de leur culture intellectuelle, et de la force de leurs armes, Charlemagne s'appliqua de tous ses soins à encourager l'industrie, à développer le commerce ; il construisit des places, creusa des canaux, régla la police des grandes assemblées commerciales désignées sous le nom de foires , et la police si importante des poids et mesures; mais il est à remarquer que ce grand homme, tout en chei chant à activer l'industrie par les plus sages règlements , sembla les contredire lui-même, lorsqu'on cédant aux idées de son temps, il restreignit la libre production par des lois somptuaires et des prescriptions mystiques.

L'œuvre entreprise par l'empereur, trop vaste et trop haute pour son temps, devait mourir avec lui. Ses héritiers, au lieu de vaincre les pirates par le fer, essayèrent de les éloigner avec de l'or, et ceux-ci ne s'en montrèrent que plus avides. Les invasions normandes, en suivant le littoral et la voie des rivières , s'attaquèrent surtout aux principaux centres de négoce , aux villes les plus riches, témoin Quentovic, qui formait avec Rouen le principal entrepôt du Nord.

Cette ville fut surprise pendant la tenue d'une foire; les Normands la livrèrent au pillage et à l'incendie, et depuis elle ne s'est jamais relevée de ses ruines.

La féodalité ne retarda pas moins que les invasions les progrès industriels de la France. Sous l'empire de la loi féo-

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dalft , le droit d'exercer une industrie, d'ouvrir un atelier, une boutique, s'achetait du seigneur, soit à prix d'argent, soit par des prestations en nature; et cet argent , ces prestations ne garantissaient point toujours l'ouvrier ou le marchand des violences du maître , qui s'arrogeait le droit de prendre dans la boutique ou l'atelier tout ce qu'il trouvait à sa convenance. Les péages exorbitants prélevés par les possesseurs des iiefs sur les marchandises en transit , frappaient de mort les relations commerciales entre les diverses villes , comme les rapines des seigneurs condamnaient à la misère les vassaux qui travaillaient dans leurs fiefs ; c'était le servage dans toute sa rigueur. Aucune législation précise, aucun pouvoir supérieur et respecté n'assurait des garanties aux producteurs, et, en présence d'un tel état de choses, tout ce qui avait prospéré dans les règnes précédents fut frappé d'une décadence complète. Les foires de Champagne elles-mêmes cessèrent d'être fréquentées , et les classes laborieuses furent réduites au dernier degré de misère.

Heureusement la conquête romaine d'une part , et la conquête germaine de l'autre, avaient déposé dans la Gaule les germes de deux institutions qui devaient rendre aux classes industrielles leur force et leur prospérité, et ces institutions c'étaient les corporations, et les ghildes. Les nautes parisiens , déjà riches et célèbres sous la domination romaine, s'étaient maintenus à travers tous les désastres ; à leur exemple , les gens de métier observèrent, dans l'association mutuelle, la force et les garanties que leur refusaient les lois. Le grand mouvement commercial du douzième siècle ouvrit pour eux une ère nouvelle , et leur assura , en les affranchissant, la sécurité du travail.

Les corporations se tracèrent à ellesmêmes leurs propres lois; et enfin, Louis IX, en montant sur le trône, eut la sage pensée de faire recueillir, en un code complet , toutes les coutumes éparses, toute la législation traditionnelle de l'industrie. Etienne Boileau fut chargé de la rédaction de ce code, qui fut, pendant plusieurs siècles, sous le titre de Livre des métiers , le type

des statuts rédigés dans les diverses villes du royaume. A dater de cette époque, l'industrie fut régulièrement organisée, et les statuts des corporations, quelque imparfaits qu'ils fussent , répondirent à tous les besoins du temps.

Ces statuts, en effet, règlent toute la police des métiers; ils fixent les conditions d'admission à l'apprentissage; la durée de cet apprentissage; les conditions d'admission à la maîtrise ; les droits des maîtres , de leurs enfants et de leurs veuves; la surveillance à exercer sur les producteurs dans l'intérêt des consommateur?; l'emploi des matières premières; les procèdes de fabrication ; les peines portées contre les délinquants; ils constituent, dans chaque métier, des gardes qui veillent à la stricte observation des règlements; enfin, en étudiant les premiers monuments de cette législation souvent barbare, mais toujours forte et respectée, il est facile de reconnaître que les classes industrielles ont pris rang et qu'elles vont désormais compter dans l'État.

En effet, elles y comptent non pas seulement comme associations laborieuses, mais comme corps politiques et militaires. Comme corps politiques, elles interviennent dans les élections municipales; et c'est ordinairement dans leurs rangs que se recrutent les magistrats appelés au gouvernement de la cité.

Comme corps militaires, elles sont rangées sous les bannières que portent, dans chaque ville, les diverses companies des milices bourgeoises; et, tanis que leurs délégués administrent, elles combattent et défendent leurs foyers. Sans doute , en jugeant aujourd'hui, et du point de vue de la science économique, ces lois dont 89 a brisé sans retour les dernières traditions, on a souvent l'occasion de blâmer; elles constituent au profit du petit nombre le monopole et le privilège; elles admettent dans la pénalité des dispositions vraiment absurdes; mais il faut reconnaître qu'elles se préoccupent , avec un soin vraiment louable, de maintenir dans les rapports commerciaux les droits imprescriptibles de Ja morale, et dans les rapports entre les gens d'un même métier, une bienveillance et une charité que l'on ne retrouve pas

toujours dans les mœurs modernes.

Quoi qu'il en soit des imperfections de cette législation, elle porta rapidement ses fruits. Les villes de commune se donnèrent à elles-mêmes, et sans autre contrôle , leurs statuts et règlements. Les villes soumises à la couronne rédigèrent leur code sous la surveillance et avec le concours des officiers royaux; mais partout la couronne, ainsi que le parlement, restèrent, en dernier ressort, les arbitres souverains , avec droit de sanction et d'abrogation, s'il en était besoin, dans l'intérêt général ou dans l'intérêt particulier du métier.

Grâce à la fixation d'un code industriel, à l'affranchissement communal et au grand mouvement des croisades , le commerce et l'industrie se développèrent , dans les treizième et quatorzième siècles, avec une activité jusqu'alors inconnue. Des halles s'établirent dans toutes lesvilles , et même souvent dans une même ville, chaque métier eut sa balle particulière ; les foires de Champagne et de Brie reprirent leur importance ; etun grand nombrede villes,dans leNord ou le Midi , commencèrent à se livrer à des industries qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours dans plusieurs d'entre elles. Des fabriques de coton s'établirent en Provence; des fabriques de soieries s'établirent à Lyon, ainsi qu'à Nîmes, à Montpellier, à Beaucaire; Provins eut jusqu'à 3,200 métiers battants pour la confection des draps, et 1,700 ouvriers couteliers. Montpellier s'eurichit par l'habileté de ses émail leurs d'or et d'argent; Reims, par ses toiles; les villes du Nord, par leurs tanneries, leurs brasseries, leurs tapisseries de haute lisse, leurs fabriques d'armes, leurs teintureries, et le commerce de la guède ou garance, qui formait un des plus importants revenus de la région du nord de la France. Les draps de soie et d'or de Lyon , les toiles de Reims, l'orfèvrerie de Cambrai, étaient renommés dans toute l'Europe commerçante du quinzième siècle ; et tout atteste que, malgré les guerres impitoyables et sans cesse renaissantes, malgré la rareté du numéraire, malgré l'infinie variété des monnaies et des poids et mesures, l'industrie, dans la France du moyen

âge, avait atteint un haut degré de prospérité.

Les rois en secondèrent puissamment le développement; Charles V, entre autres, rendit, sur la police des foires et des marchés, des ordonnances d'une grande sagesse; il appliqua aux divers métiers du royaume des règlements qui régularisèrent, en la généralisant, la législation industrielle ; et il réforma , pour Paris et les villes qui avaient pris modèle sur la capitale, les dispositions d'Étienne Boileau qui n'étaient plus en rapport avec les besoins du temps.

On a également de Charles VII un grand nombre d'ordonnances d'une utilité réelle; c'est à ce roi qu'on doit la libre navigation de la Loire , qui avait été, jusqu'à lui, embarrassée par des obstacles de toute espèee. Louis XI ne se montra pas moins favorable aux intérêts industriels du royaume; il seconda de tout son pouvoir l'extension de la hanse teutonique, et surtout l'établissement des fabriques, des manufactures et des foires, tout en restreignant les libertés et les privilèges politiques des métiers, au profit de l'autorité royale.

La renaissance, en créant de nouveaux besoins , dut aussi faire faire à l'industrie des progrès immenses; les rois d'ailleurs se montrèrent de plus en plus empressés à la favoriser. La requête suivante, que nous extrayons des Négociations, lettres et pièces relatives au règne de François II, prouve que c'était à eux que Von s'adressait , quand il s'agissait de créer une industrie nouvelle.

«Le feu roi (Henri II), de bonne « mémoire , ayant entendu qu'en son « pays de Provence y avoit lieu fort « propre pour planter cannes de succre, « et y faire succre, comme ès isles de «Portugal et Cécile (Sicile), et dési- « rant mestre en avant cest affaire , « fut adverty, par l'ambassadeur qui «estoit lors près de la royne de « Hongrie , qu'en la ville d'Anvers y « avoit ung Françoys , nommé Ga- « briel le Succrier, autant excellent en « matière d'affiner succres qu'on en « sçache point au monde; lequel ayant « esté nourry ès lieux où se faict et af- « fine ledit succre , entreprendroit d'in-

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