INDUSTRIE L'UNIVERS. INDUSTRIE
Isaac de Laffemas; mais ce mémoire est fort curieux. Nous en citerons quelques extraits.
« Sire, en l'assemblée tenue à Rouen, l'an 1596, entre les ad vis qui vous furent présentez pour le bien public, mon père, qui l'a toujours désiré plus que le sien propre, fit la proposition de la deffence des manufactures étrangères, et , pour avoir moyen de s'en passer, du plantage des meuriers en ce royaume; lequel advis, non moins profitable qu'il estoit nécessaire pour la conservation des finances, fut dès lors receu et pour un temps exécuté. Mais comme on jugea la France ne pouvoir estre sitost pourveue desdites estoffes qui se fabriqueroient chez elle, pour le défault de la principale matière, qui est la soye, on en permit encore le traffic, attendant qu'elle fust peuplée de meuriers et graines, que depuis on a mis peine de recouvrer sous l'authorité de Vostre Majesté. L'effet suivit donc ce dessein en i'estendue des généralitez de Paris, Orléans, Tours, Lyon et Poictiers; et bien
2u'on tienne les Français curieux des hoses nouvelles sur toutes les autres nations, si est-ce que le même peuple, ignorant l'utilité que ce nouveau plan luy pouvoit apporter, sembloit se roidir contre un si grand bien, et mespriser le
juste poids de ceste entreprise
« Or, jaçoit qu'autrefois la France
ait eu le renom d'avoir les meilleures drapperies du monde, tant pour la teinture que pour la fabrique, il s'y est tant glissé d'abus , et on y a tant remarqué de défauts, qu'on n'en fait aujourd'huy plus d'estat; mais il faut confesser en cela, comme en toute autre chose, nostre paresse, et dire que l'estranger a raison de faire son profit de ce que nous
mesprisons Nous sommes sur les
laines, et je dy que, puisque nous avons la matière et l'industrie , nous en devons conserver la fabrique, et faire vivre là-dessus une infinité de pauvres familles ruynées à faute d'occupation
j Les moyens d'y parvenir, sire, vous les j sçavez, et c'est pourquoi vous désirez qu'on remette principalement les teintures, sans lesquelles cette riche manufacture ne peut reprendre son ancienne réputation. On scait assurément combien les teintures de Paris ont autrefois
donné de la valeur à la draperie. On n'entend plus parler de ces beaux draps d'écarlatte du fauxbourg Sai net-Marcel, depuis que la teinture en a esté délaissée, et semble qu'ils soient morts avec les ouvriers, pour le peu qu'il s'y en fait aujourd'huy, au prix de ce qu'on y en souloit faire.
« Le défaut de nos polices a per-
verty l'ordre qui s'observoit, tant à la fabrique des manufactures qu'à l'effet de tout ce qui en dépend; et que les ouvriers façonniers, teinturiers ou enjoliveurs, s'estant licenciez librement d'altérer leurs ouvrages sous l'espoir de quelque profit, se sont entièrement ruinés, et ont esté contraints, pour le mespris qu'on faisoit de leur besongne, de quitter la France pour aller aux pays policez exercer plus fidellement leur industrie, ny ayant moyen de les retenir et les conserver à leur aise, sans les régler tellement qu'ils ne puissent franchir les limites des anciens statuts; car vivant de leurs malversations pour un temps, ils se ruinent pour jamais.
« Mais ce n'est pas tout d'avoir les manufactures de soye et de laines, il faut encore celles de (il et de cotton , puisqu'il est question d'establir un beau commerce en France, et faire vivre le menu peuple, qui languit à faute d'estre
occupe
«Il ne se fait aucuns ouvrages de lingerie en Flandre qui ne se puissent
faire icy par des ouvriers Il n'est
question que de les exciter d'en embrasser la fabrique, puisque la matière ne peut défaillir à leur industrie, et que nous abondons en toutes sortes de lins
et d'hommes pour les filer et quant
aux futaines et autres manufactures de cotton , nous ne devons point permettre que les estrangers nois en fournissent, puisque nous avons des ouvriers autant expers qu'eux pour les fabriquer, et que les arbres cotonniers sont si communs partout, que nous en avons la matière à bon compte. Nous avons encores les cuirs, qui s'offrent (si on remet les tanneries en leur ancien estât) de rendre une incroyable richesse à vos sujêts. Je pense avoir leu dans les mémoires de mon père, qui parlent des abuz généralement de toutes sortes dè marchandises et manufactures, que les cuirs