‹ FranceChapitre 257 sur 378 · G6 INDUSTRIE L'UNIVERS. INDUSTRIE · texte numérisé non relu

G6 INDUSTRIE L'UNIVERS. INDUSTRIE

« traduire Geste invention en Pro- « vence , auprès de la ville de Hières , « lieu autant propre à cest effet qu'il y

* en ayt en la chrestienté.

« Atant ledit sire fîct venir , l'an « qu'il mourut et peu auparavant sa « mort, ce Gabriel ; entendit les moyens « et la commodité de mectre cecy en « avant et conclut de le y employer, « sans s'attendre plus à quelques ïta- « liens a t r routeurs qui demandoientcent « mille escus ou pareille grand somme « de deniers, pour mectre le pays en « nature de porter succres. Mais la mort «duditsire, qui fut troys ou quatre « moys après, interrompit ce dessaing, « et despuis ne s'en est parlé.

«A maintenant, s'il plaît au roy d'in- « troduire ce bien , qui est grandi pour « tout son royaulmeet inestimable pour « le cartier de Provence , ledit Gabriel « se fait fort qu'en moinus de troys ans « la chose pourra estre tellement en na- « ture qu'on se pourra ayder desdits « succres; avec ce que cependant il en « affinera (comme il faict en Anvers) « d'autres qui sont gros, en telle quan- « tité que cela suffira pour tout le « royaulme , joint qu'il les rendra à

* Marseille et à Lyon et autres lieux « dudit royaulme.

« Le proflict qui en viendroit au roy « quantaux succres nouvellement faicts, «serait le droit de cinquiesme qu'il « prendrait, comme fait le roy de Por- « tugal ès isles où l'on fait succre , et « aussi en Cécile , qui monterait , en « moings de dix ans, environ dix mille

* escus par an Item s'éviterait par

« là la traicte hors du royaulme d'une « grosse somme d'argent, que les marchands en tirent tous les jours pour « recouvrer succres des Portugais, et <« ne seraient plus en peine lesdits mar- « chands d'aller en Anvers pour avoir « succres affinez, qui se feroient et trou- « veroient dans le royaulme, etc. (*). »

Nous n'avons trouvé nulle part qu'on ait donné suite à ce projet qui, depuis, n'a pas été repris. Du reste, l'industrie française prit à cette époque un grand développement; c'est ce qu'on

(*) Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II , publ. par M. Louis Paris, in-40, 1841, p. 768 et suiv.

est en droit de conclure d'un édit fort remarquable, rendu au mois de janvier 1572, pour favoriser les manufactures .du royaume. « Afin , y est-il dit, que « nos sujets se puissent mieux adonner « à la manufacture et ouvrages des la^ones, lins, chanvres et filaces , qui «croissent et abondent en nosdits c royaumes et pays, et en faire et tirer - « le profit que fait l'étranger , lequel « les y vient acheter , communément à « petits prix, les transporte et fait met- « tre en œuvre , et après apporte les a draps et linges qu'il vend a prix ex- « cessif, avons ordonné, etc. » Après ce préambule, suivaient les prohibitions à l'exportation des matières premières, et à l'importation des matières ouvrées. Le ^arde des sceaux était chargé de l'exécution de cette ordonnance, qui marque les premiers pas de la France dans un nouveau système financier.

Dix ans plus tard , Catherine de Médicis cherchait à fonder des manufactures de soie et de tapisserie dans la ville d'Orléans; nous transcrirons tout au long la lettre qu'elle écrivit à ce sujet aux maire et échevins de cette ville:

« Vous avez cogneu par le passé le «soing particulier que j'ay eu de tout « temps de procurer en tout ce que j'ai « peu la décoration , accroissement et « enrichissement de ma ville d'Orléans, «depuys qu'il a pieu aux roys , mes- « sieurs mes enfants , m'en délaisser la «possession et jouissance. Cela est « cause, continuant en ceste bonne vo- « lonté , laquelle m'accroist de jour à «autre, que je désire infiniment voir « de mon temps , et par mon moyen, « ceste dicte ville accreue et augmentée « en beaucoup de bonnes et grandes « commoditez , pour plusieurs belles «raisons, y voir la manufacture des « draps de soye, bien establie , comme « aussi les ouvriers de tapisserie, trou- «vant moyen d'attirer en ladite ville « quelque quantité de maistres desdicts « mestiers , soit de Flandres ou d'ail- « leurs, outre ceux qui y peuvent estre « à présent, pour y commencer à esta- «blir lesdictes manufactures, chose «dont je vous ay bien voulu advertir « et vous prier , comme très- affectionnez que je sçay que tous m'estes

« tôus , de me vouloir* eh ce Qa\ dépen- rént toutes leurs soyes ( ainsi $o'*pert

«dm de vous, m'assister et servir en par les procédures sur ce faites , de

«ceste mienne intention , et de vostre sorte qu'enfin les pauvres ouvriers fil*

« part tenir la main et adviser à faire si rent contrai nets tout quitter , ce qui

« bon et gratieux traictemeht aux mais- démonstre qu'un tel bien et richesse

«très desdits mestiers, qui se voudront desdites soyes et autres manufactures

« retirer en ladite ville pour commencer doivent estre remises en estât pour le

« à y introduire lesdites manufactures* bien général de tout le royaume (*). »

« que cela leur donne occasion d'y ve- Plusieurs tentatives eurent lieu dans

« nir plus volontiers s'y habituer ; es- le même temps pour propager dans

«tant de ma part résolue , durant les- toutes les parties de la France la cul-

a dictes quatre premières années que ture du mûrier et la préparation de la

« iesdits maistres se retireront eu ladite soie. Déjà François Ier avait établi dans

«ville, de leur fairé don et distribuer son château de Fontainebleau des cham-

« par chacun an de mes finances , pour bres consacrées à l'éducation des vers à

« leur donner plus de moyens et d'oc- soie. Dans la seconde moitié du sei-

« casions de s'y venir habituer, et ou* zième siècle, de nombreux essais furent

«trece de supplier le roy, monsieur faits par des particuliers, soit à Paris,

«mon (ils, de les vouloir exempter de soit dans les environs; c'est ce que

« toute charge et subcide, en considé- prouve l'extrait suivant de l'opuscule

«ration du bien et commodité que ceste déjà cité: «Les incrédules qui diront

« manufacture apportera à ladite ville, les soyes ne se pouvoir faire ën France*

« poUr le grand nombre des pauvres qu'ils s'addressent au sieur Chabot, de-

« personnes qui apprendront par ce meurant près le grenier à sel, rue Saint*

« moyen à gaigner leur vie , au bien, Germain, à Paris, attendu que luy et

« accroissement et augmentation de la- sa femme sont nez du païs de Langue*

«dite ville. Partant , si vous eustes ja- doc, qui ont faict desdites soyes au

« mais envie de me faire service agréa- logis de Madame, des meuriers de son

- ble , faites-le-moy apparoistre à Tac- jardin, quatre ou cinq années consécu-

« complissement de ce que dessus, et tives, lesquelz feront cogrtoistre ce

« que dans peu de jours je scache l'or- bénéfice, qui ne doit demeurer inutile.

« are que vous y aurez donné, les fai- Le sieur de Mercure, parfumeur du roy,

« sant accommoder de plusieurs gran- a faict aussi l'espreuve audict Paris,

<• ges et greniers , tant pour iesdits ta- plus de sept à huit ans, comme depuis

« pissiers que fileurs et ouvriers en a Madry , et en diverses maisons qualli-

« soye, ainsi que je scay que vous avez fiées qui en font à présent en la ville et

« la commodité en ladite ville, qui sera fauxbourgs dudit Paris et villages voi*

«grandement accrue, ornée et enrichie sins, outre qu'il y a plus de cent ans

« par ce moyen , pour y avoir toute que l'on a veu nourrir desdits vers dans

« chose requise et nécessaire à cest ef- les collèges de Paris, sans que l'on ayt

« fect , comme les eaux propres pour seu considérer qu'il s'en peut nourrir

« 1rs taintures et quantité de laines ; partout ailleurs. »

« priant Dieu, messieurs, vous avoir en Les guerres de religion anéantirent

« sa saincte garde. complètement les manufactures ; mais

« Escriptea Fontainebleau, le 4e jour Henri IV, à peine monté sur le trône,

« d'août 1582. » s'occupa de les rétablir. Nous n'avons

« Il est certain, dit l'auteur qui nous cependant trouvé sur leur situation à

a conservé cette lettre , que si n'eust cette époque aucun autre document

este les guerres civiles advenues en qu'un mémoire présenté à ce prince par Tannée quatre-vingt-cinq (1585) en la-

y (*) Archives curieuses de l'histoire de

estoient fort bien establis. Mais aucuns w^9i première série, t IX, p. i3a et

envieux estrangers, ou revendeurs de »uiv., Lettre* et exempts de la feu roynè-

leurs dits draps de SOye , jettèrent d'à- mère comme elle faisoil travailler aux manû-

nimosité en leur chaudière de taincture factures et fournissait aux ouvriers de ses

un pot de résine OU de poix , et gastè- propres deniers, par B. de

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