CE. INDUSTRIE
noblesse qui manque d'occupation
« Il me semble, quant à moy, que nous avons icy quantité de fer, de papier, de pastel, de bleds et de vins, pour envoyer aux païs estranges, et que cela nous peut apporter un grand revenu. Le papier, qui autresfois estoit si rare entre les anciens, est aujourd'huy si commun en France, qu'on s'en sert a infinis usages, outre l'escriture, iusques à le faire servir indignement à plier des merceries de petite valeur, et cependant beaucoup de païs qui en défaillent l'achète roient chèrement s'il leur estoit porté, comme j'espère qu'il sera, lorsque nostre commerce aura cours (*). »
Les manufactures furent en général protégées par Sully, dont toute l'attention était tournée vers les finances et l'agriculture (**). Ainsi, ce fut malgré lui que les habitants de Tours obtinrent du roi, en 1699, que les étoffes étrangères en soie , en or et en argent , seraient prohibées. « Mais, dit Sully en « parlant de cette ordonnance dans ses « OEconomies royales, tout cela ayant « esté bâti sans les fondemens nécessai- « res pour un si grand dessein, s'en alla « dans six mois en ruine, les incommoo dites que quasi toute la France rece- « voit de ces défenses ayant contrainct « le roy de les révoquer. »
L'opposition de Sully à toutes les mesures qui pouvaient faciliter le développement des manufactures , contrariait la volonté de Henri IV, qui voyait mieux et plus loin que son ministre. Ce fut malgré celui-ci « que le roy voulut establir en son royaume le plant des meuriers , l'art de la soye , et toutes sortes de manufactures estranges qui ne se fabriquoient point en iceluy ; à cette lin, faire venir à grands frais des ouvriers de tous ces métiers, et construire de grands bastimens pour les loger. » Aussi
(*) V Histoire du commerce de France, par Isaac de Laffemas, Archives curieuses de l'hist. de France , première série, t. XIV, p. 4 i i et suiv.
(•*) L'éloiguement que montrait ce ministre pour tout ce qui regardait l'industrie, tenait a la fois et à son avarice naturelle et à son rigorisme protestaut qui lui faisait regarder le luxe comme une cause de ruine pour les États. .
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.çes ouvriers furent-ils en général mal accueillis par Sully* dont ils eurent beaucoup de peine à obtenir leur salaire, ainsi que le prouve la lettre suivante adressée par le roi à son ministre :
« Mon amy, vous avez assez de fois « veu les poursuites que les tapissiers « flamans ont faites pour être satisfaits « de ce qui leur avoit été promis pour « leur establissement dans le royaume; « dequoy ayant , par uue dernière fois , « traité en la présence de vous et de « M. le garde des sceaux , je me résolus « enfin de leur faire bailler cent mil li- « vres ; mais ils sont toujours sur leurs « premières plaintes s'ils n'en sont « payez. C'est pourquoy je vous fais ce « mot pour vous dire que j'ay un ex- « tresme désir de les conserver. Et pour « que cela despend du tout du payement « de ladite somme, vous les ferez incon- « tinent dresser, en sorte qu'ils n'ayent « plus de sujet de retournera moy ; car « autrement je considère bien qu'ils ne « pourroient pas subsister , et que par « leur ruine je perdrois tout ce que j'ay « fait jusques a maintenant pour lesat- « tirer ici et les y conserver. Faites-les « donc payer , puisque c'est ma vo- « lonté (*). »
Le règne de Louis XIII et les premières années de celui de Louis XIV furent une époque désastreuse pour nos manufactures. Les guerres civiles qui éclatèrent pendant les minorités des aeux princes, les guerres étrangères qui les suivirent, arrêtèrent le développement de notre industrie. Enûn arriva Colbert, et tout changea de face. Nous avons parlé ailleurs des immenses progrès qu'il fit faire à la France ; nous nous bornerons à ajouter ici quelques détails à ce que nous avons déjà dit.
De 1663 à 1672, chaque année fut marquée par l'établissement de quelque manufacture. Les draps fins , que l'on était auparavant obligé de tirer d'Angleterre et de Hollande, furent fabriques dans Abbeville; outre des gratifications considérables, le roi avançait aux manufacturiers 2,000 livres par chaque métier battant ; aussi comptaiton en 1669 dans le royaume, 44,200 de ces métiers.
(*) QEconomies royales, 1607, ch. i65.
Les draps rayés furent quelque temps de mode ; ceux qui provenaient des labriques françaises ne paraissant pas assez fins, les courtisans voulurent en faire venir de l'étranger , mais le roi le leur défendit expressément* La du* chesse d'Uzès, à laquelle le ducdeMon> tausier, son père, avait laissé le soin de la garde-robe du dauphin, imagina un jour de faire faire pour ce prince un habit avec un drap uni et étranger, sur lequel un peintre avait dessiné des raies. Le roi l'apprit, la réprimanda fort, condamna à l'amende le marchand et le peintre, et fit brûler l'habit publiquement.
Des l'année 1666, des manufactures avaient été placées dans l'hôpital général , et mises sous la direction d'une Hollandaise appelée Jacqueline Lefort , après toutefois qu'on lui eut fait abjurer sa religion. Seize cents filles furent occupées , sous sa direction , à des ouvrages de dentelles. On fit en outre venir trente habiles ouvrières de Venise et deux cents de Flandre, et le roi, pour les encourager, leur distribua 36,000 livres. Plus d'une fois il alla , en grand appareil, visiter une fabrique de points de France que Colbert avait établis dans la rue Quincampoix, et il défendit expressément à tous les Français de porter des points d'Angleterre.
Les manufactures d'étoffes de soie faisaient en même temps les plus grands progrès ; en peu d'années leur produit s'éleva à plus de 50 millions , et la culture des mûriers ayant pris une extension convenable , les mit en état de se passer des soies étrangères.
On commença , en 1666 , à faire en France d'aussi belles glaces que celles de Venise. Bientôt les tapis de Turquie et de Perse furent surpassés par ceux de la Savonnerie , et les tapisseries de Flandre par celles des Gobelins. Le vaste enclos de. cette dernière manufacture renfermait 800 ouvriers , dont 300 y étaient logés. Les meilleurs peintres dirigeaient l'ouvrage, soit sur leurs propres dessins, soit sur ceux des anciens maîtres d'Italie. On fabriquait d'ailleurs aussi dans cet établissement d'admirables ouvrages de marqueterie.
Outre cet établissement vraiment national, une autre manufacture de tapis-