ERS. INFANTERIE
minente,et cet état de choses'dura aussi
longtemps que l'ignorance de l'art de la guerre. « Il est ordinaire, dit le général Rogniat, chez les peuples barbares; car toute la force de l'infanterie est dans l'ordre, l'ensemble et la discipline, qui exigent des calculs, des connaissances et des exercices auxquels ils se livrent rarement; au lieu que la cavalerie se rend redoutable par son courage seul et la rapidité de ses mouvements , quelque confuses et désordonnées que soient ses charges. »
Dans notre Europe moderne, ce furent les Suisses qui comprirent les premiers l'importance de l'infanterie; obligés de lutter dans des montagnes et sans chevaux , ils organisèrent de gros bataillons, les armèrent de piques, e$ rétablirent, peut-être sans le savoir, l'ordonnance des Grecs et leur manière de combattre. Les Allemands et les Flamands, les Italiens, les Espagnols et tes Français suivirent successivement leur exemple, et chacune de ces nations, surtout les deux dernières, dut la prépondérance politique et militaire dont elle jouit en Europe à son infanterie.
La ptétraille (*) du moyen âge n'était pas une véritable infanterie; car le nom fKinfanterie désigne une troupe organisée, et telles n'étaient pas ces masses confuses, méprisées, et le plus souvent mutiles. De la piétraille à l'infanterie, il y a une révolution. Lorsque celle-ci apparaît, les communes ou le tiers état ont acquis quelque consistance politique, la féodalité a été détruite, et la poudre à canon a rendu inutile la chevalerie. Jusqu'à ce moment, le seizième siècle, les gens de pied étaient des marautSj des bélistres, des mal armez, des mal complexionnezy des fainéants, des pilleurs et mangeurs de peuples.
Ces expressions de Brantôme peuvent donner une idée du mépris que l'on avait encore, au seizième siècle, pour les fantassins.
Les milices communales étaient ar-
(*) Ce mot seul prouve le mépris que l'ou avait alors pour les soldats de pied. La terminaison aille , dans les mois français, indique non-seulement uue idée collective , mais une idée de mépris: ferraille, valetaille, marmaille, etc.
mées de l'arbalète ou de Tare , ce qui s'opposait à toute formation régulière dans les combats; placés à l'arrièrescène, les miliciens attendaient l'occasion de piller ou de fuir, mais combattaient peu. On les occupait souvent à remuer la terre, à fourrager, à relever les gens d'armes blessés. A Bouvines, le comte de Boulogne forma son infanterie en bataillon "creux et circulaire, et, après avoir chargé l'ennemi, il venait se reposer et reprendre haleine au milieu de ce singulier retranchement.
A Crécy et à Poitiers, les milices furent taillées en pièces avec une incroyable facilité par /es Anglais, et pendant toute cette guerre elles furent entièrement inutiles. Disons ici, en passant, que les archers anglais ne valaient guère mieux que les nôtres, et que les fantassins qui remportèrent ces victoires étaient des cavaliers qui mettaient pied à terre à l'occasion, et combattaient en ordre avec la lance ou la pique.
Outre les fantassins nationaux, les rois capétiens, depuis Philippe-Auguste jusqu'à Charles V, prirent à leur solde, neut-ëtre pour des raisons de police, des fantassins étrangers; c'étaient surtout des gens de Flandre : de là leur non) de brabançons. On les appelait aussi communément routiers, parce que, le plus souvent, ils faisaient le brigandage sur les routes. Charles V les envoya en Castille, sous du Guesclin, pour en débarrasser son royaume. Parmi ces mercenaires, on comptait ordinairement beaucoup d'Écossais et de Génois.
C'est sous Charles VII que prend naissance l'infanterie proprement dite.
La lutte avec l'Angleterre touchait à sa fin depuis que Jeanne d'Arc avait soulevé le peuple contre l'étranger; les plébéiens qui composaient le conseil du roi, Jacques Cœur, les frères Bureau, comprirent l'importance d'une bonné infanterie, et résolurent d'en créer une. Les milices communales furent abolies.
En 1448, Charles VII ordonna (*) que chaque paroisse du royaume serait tenue de lever et d'entretenir a ses frais on fantassin : ce soldat était astreint à certaines exigences, et pour cela exempté
(*V Qrdonn. des rois de Fr. , XIV, a , 5. Amelgard, not de» man. , 1 , 4*3.
de payer l'impôt; de là le nom de francs-archers. Les francs-archers devaient s'équiper à leurs frais, se réunir les dimanches pour faire quelques manœuvres et s'exercer au tir de l'arc : ils ne recevaient de solde qu'en temps de guerre. Ils avaient pour armes I épée et l'arc ou l'arbalète; ils portaient la salade et une jaque formée de vieilles toiles battues et cousues entre deux peaux de cerf. La France fut divisée en cercles militaires qui correspondaient aux divisions de la milice, de sorte qu'il était facile de la réunir. « On s'égaya fort, dit M. Michelet, sur la nouvelle milice; on prétendait que rien n'était moins guerrier; on en lit des satires; il en est resté le franc -archer de BagnoietC). Plus d'un en riait, qui au fond n'avait pas envie de rire. La noblesse, entrevoyait combien l'innovation était grave (**). Ces essais plus ou moins heureux, francs-archers de Charles VII, légions de François Ier, devaient amener le temps où la force, la gloire du pavs seraient aux roturiers. L'archer de Bagnolet n'en était pas moins l'aïeul du terrible soldat de Rocroi et d'Austerlitz (***). »
La nouvelle infanterie contribua puisr samment aux grandes victoires de Formigny et de Castillon. qui forcèrent les Anglais à évacuer le territoire. Toutefois, « on n'a pas de données certaines sur l'organisation première desfranc&archers; mais on connaît celle qu'ils avaient sous le règne de Louis XI.
Le corps entier , composé de 16,000 hommes , se partageait alors en quatre grandes divisions ou bandes de 4,000 combattants chacune, et une bande comprenait huit compagnies de 500 hommes. Le grand maître des arbalétriers, chargé naturellement de l'administration de cette milice, était secondé par un commandant général, et autant
(*) C'est une des meilleures satires qu'on attribue à Villon : « Appcrçoit le franc-archer un espoventail faict en façon d'un
gendarme , » et il demande grâce :
En l'honneur de la passion De Dieu, que j'aie confession !
Car je me sens jà fort malade. . . .
(**) Cf. Amelgard, loc cit., I, 4»3.
(*") Michelet Hist. de France, t. V, a5g.